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dres ajoutait sans cesse aux difficultés de leur commerce. Pour en donner une idée il suffira dédire que, le 25 avril 1312, il fut défendu à tous les marchands étrangers de rester à Londres au delà de 40 jours (n* xcvn). Ainsi, ce n'était pas contre les Gascons seuls que se développa cet instinct jaloux qui forma un des caractères distincts de l'existence commerciale de Londres au XIVe siècle. On peut dire que, dès cette époque, cette commune avait deviné le secret de son accroissement merveilleux, et sentait fort bien que sa prospérité et son influence résultant de sa position commerciale, tout ce qui contribuait à développer son commerce augmentait en même temps sa prépondérance politique , et que cette prépondérance réagissait à son tour sur le développement de son commerce.
En 1304, l'espèce de fédération des diverses communautés des marchands qui fréquentaient le port de Londres avait obtenu du Roi une charte par laquelle le gardien de la balance publique devait, avant de peser les marchandises, montrer que les bassins étaient parfaitement égaux, et plus tard éloigner ses mains de la balance pour ne pas faire pencher injustement l'un ou l'autre bassin. Ce règlement équitable excita chez les Londoniens une répulsion énergique, ils prétendirent que de tout temps l'usage contraire avait prévalu , que la balance devait pencher du côté le meilleur [versus meliorem, hoc est, versus rem empsam), que les évoques et les barons achetaient toujours ainsi, et que le Roi, qui venait d'accorder à Londres la confirmation de ses privilèges, ne pouvait pas lui en enlever un aussi important (n°* lxxxv, lxxxvi).
11 avait été défendu aux marchands étrangers de garder leurs marchandises à Londres pendant plus de 40 jours ; un autre règlement les forçait de ne les mettre en vente que trois jours après leur arrivée, pour que les personnes privilégiées eussent encore le temps de s'en accommoder; le délai total se trouvait ainsi réduit à un terme excessivement onéreux (n0> xciv, xcvn). Il est peut-être difficile de décider aujourd'hui si toutes ces mesures exorbitantes étaient le résultat d'un absurde système de protection ou simplement le produit d'une stupidité cupide. Mais quoi qu'il en soit, ce n'étaient pas les seules entraves dont le commerce eût à souffrir. En 1309, on avait été obligé de faire un mandement contre quelques riches particuliers qui envoyaient à quatre ou cinq lieues en avant de Londres , attendre les marchands et leur acheter les denrées qu'ils revendaient ensuite au peuple (Reg. G, f. 92). Les grands seigneurs prétendirent que ce règlement ne les concernait pas , et, deux ans après, on fut obligé de faire un nouveau règlement pour déclarer qu'il n'y avait d'exception que pour le bouteiller du Roi (n° xciv).
Nous avons vu (page xc) qu'à l'imitation de ce qui se passait à Rome, il y avait à Londres un registre dans lequel les créanciers anglais et étrangers faisaient inscrire les créances dont ils voulaient assurer l'existence, et j'ai donné la formule
CCXXXVI INTRODUCTION,
de ces sortes d'enregistrements dans les n" xi, xvni, xxx, xxxu, lxxviu). Un des principaux effets de ces enregistrements était de donner au créancier le droit de contrainte par corps contre son débiteur. En examinant ces actes, j'ai remarqué qu'en général les négociante étrangers ne venaient pas eux-mêmes i Londres , mais y envoyaient leurs commis, ou, comme on disait alors, leurs marchands. D'autres actes m'ont permis de conclure que les marchands du xiii* siècle ne s'associaient ordinairement pas comme on le fait aujourd'hui pour toutes les affaires de leur commerce , mais pour chaque spéculation particulière.
Une sorte d'intérêt historique se rattache à l'étude des formes de ces transactions commerciales, qui concernent très-souvent les membres les plus connus de la haute noblesse de l'époque ; j'ajoute qu'il est probable qu'une grande partie des négociations des créances sur les grands seigneurs avaient pour but de faire passer ces créances dans les mains de personnages assez importants pour que les débiteurs n'osassent pas se refuser à les payer (n" xxxu, lxxviu).
Parmi les renseignements les plus caractéristiques des mœurs commerciales de l'époque, on peut citer le payement fait sous Edward I" et par l'intermédiaire de la ville de Londres, des dettes contractées en Angleterre par quelques chevaliers gascons (n° lvi) ; puis encore l'intervention directe et réelle des maires dans les affaires commerciales des membres de la commune. Dans les actes inscrits sur le registre de Gui ld- Hall , on voit un marchand anglais s'engager à payer, si le maire de Bordeaux lui écrit que les marchandises expédiées n'ont pas suffi pour désintéresser son créancier. La commune de Londres et les gardiens des foires de Champagne prirent fait et cause pour un de leurs marchands : le n° lix nous montre encore le maire de Londres écrivant aux maires de trois autres communes en faveur d'un de ses administrés, etc.
A cette époque, les marchands avaient des sceaux comme les chevaliers ou les princes. J'ai trouvé dans un des registres de la mairie de Londres (Reg. C, f. 58) une proclamation, faite par un tavernier, pour annoncer qu'ayant perdu le sceau dont il se servait, il ne serait plus désormais obligé par ce sceau. Le n° lxxviu parle du sceau d'un marchand bordelais ; le n° cxiv, de celui d'un bourgeois de la même ville, etc.
En 1318, un marchand poitevin fut pillé en mer par des pirates anglais. Le Roi rendit responsable de ce fait la ville d'où étaient partis les pirates ; mais, avant d'qgir contre elle, il voulut faire constater la vérité du fait , et l'enquête qui eut lieu à cette occasion nous fournit de curieux renseignements sur les mœurs commerciales do cette époque (n° cviii).
Le document qui constate le plus évidemment la manie d'incorporation et de solidarité qui préoccupait les esprits au moyen Age, est le n° xcviu. On pourrait
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à la rigueur lappeler une charte de commune ; car il détermine la forme de l'élection et ta limite des attribution du maire, dv conseil et de la cçmmwouté dçs marchand? anglais ou étrangers qui font le commerce des laines (1).
Un article du n° ç*|i noijs apprend que les plumes à oie étaient alors l'objet d'un commerce considérable, et qu'on les employait à garnir les flèches, pour éviter de se servir de parcbenw, qui coûtait beaucoup plus.
En 1331 « la confirmation par le Roi et par le maire de Londres des privilèges des marchands espagnols, fait rénumération des diverses natioqs qui fréqueutaiept alprs lç port de Londres (n° ex vu).
Il faut noter comme documents commerciaux les fréquentes proclamations qui sp faisaient è Londres» pour annoncer que telle armée ou telle vtfle manquait de tejle ou telje denrée ; les proclamation? pour encourager ou défendre l'exportation des grains, ejt celles enfin qui, dam c? temps où la force brutale avait acquis me si grande prépondérance, furent faites pour empêcher que les navires s'aventurassent seuls sur la mer.
Le o° cxcvj contient un document important sur ce sujet ; c'est une ordjoajpance de Charles Y, qui ne se trouve pas dans la collection du Louvre, et concerne la liberté du commerce entre les deux peuples. On regretta satp doute ep Fcapcç qu'elle ait été rendue, et c'est peut-être pour cela qu'elle ne se trouve qu'en Angleterre.
On peut encore regarder comme documents relatifs au commerce les actes qui font connaître la prise du fret des navires (Voy. n° ccliii et ce que j'ai dit à l'article Marine du chapitre v).
En 1409, une trêve permit aux marchands des deux peuples de commercer librement entre la Rochelle et l'Angleterre pendant 8 mois (ri0 cccxviii).
Le Roi d'Angleterre essaya, en 1413, de s'attribuer le monopole du commerce de l'or et de l'argent, monnayés ou non, ainsi que celui des opérations de banque ; mais, l'année suivante, il fut obligé de modifier ses prétentions et permit aux marchands d'emporter l'or et l'argent nécessaires pour leur commerce (n0< cccxxvi, cccxxvm).
A peu près dans le même temps , la ville de Londres essaya aussi de faire valoir des prétentions exorbitantes. Elle prétendit avoir le privilège de commercer dans toutes les possessions anglaises sans payer aucune espèce d'impôt , et le droit de namium, c'est-à-dire le droit de s'indemniser par la saisie d'un navire de la ville qui aurait exigé d'un Londonien un impôt quelconque. A Calais, ville peuplée d'Anglais et placée sous la main de la commune puissante de Londres, peut-être
(1) La collection de Brequigny, t. LVH, contient une charte d'Edward III, qui permet aussi aux marchands de Y étape de Calais d'élire un maért.
ccxxxvm introduction.
que ces prétentions furent admises ; mais è Rayonne, cette fière et guerrière sœur de Londres, il fallut rabattre un peu de ces prétentions. Je n'ai point trouvé dans les registres de Guild-Hall la preuve que la commune de Londres ait essayé de faire valoir les mêmes prétentions è Bordeaux. Il est cependant certain qu'elle le tenta. On conserve dans les archives de la mairie de Bordeaux une lettre de la commune de Londres, du 1 5 septembre 1446(1), ou se trouvent exprimées les mêmes prétentions. Il est vrai qu'à l'égard de la capitale de la Guyenne, la ville de Londres agit avec plus de ménagements encore qu'envers celle de Bayonne. Une commune dont les marchands soutenaient dans Londres même leurs droits les armes à la main, méritait quelques égards. Londres essaya donc de démontrer la justice de ses droits ; mais il est probable que les Bordelais n'en furent pas plus convaincus que les habitants de Calais et ceux de Bayonne. Quoi qu'il en soit, la conquête de la Guyenne vint bientôt après trancher la question (n" cccxcvii, cccxcvm, cdiii, cdv).
Ces notes suffisent à prouver qu'une étude approfondie des actes qui se rapportent aux transactions commerciales du moyen Age, donnerait nécessairement des renseignements précieux pour l'histoire de toutes les villes qui , comme Londres, ont puisé dans leurs relations commerciales la richesse et la prospérité qui ont causé leur importance politique.
(1) Cette lettre est munie d'un sceau en cire rouge, endommagé , mail le mieux eemerré de tous ceux que J'ai tu.
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