‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 14 sur 331 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II. XIX · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II. XIX

tanniqne, etc., et dont le roi d'Angleterre lui-même avait complimenté Brequigny, n'aient pas été connus des archivistes de la Tour? Et d'ailleurs, quel motif pouvait faune éloigner Brequigny des archives de la Tour? Ce n'était pas une rivalité jalouse; il n'y avait rien de plus important dans les archives conservées à la Tour que dans celles de l'Échiquier. Ce n'était pas la crainte de voir publier des documents politiques que l'Angleterre aurait eu intérêt à tenir secrets. Alors, comme aujourd'hui, la politique anglaise était beaucoup moins timide sous ce rapport que la nôtre, et la publication des collections de papiers d'état de Thurloe, Sidney, Wolsey, etc., etc., que Brequigny avait fait dépouiller, était bien autrement imporlante que les parchemins séculaires plus ou moins endommagés que ses copistes devaient visiter à la Tour (1). Si donc Brequigny n'entretint que deux copistes à la Tour, ce n'est point, comme il le dit, de peur qu'un plus grand nombre ne donnât trop d'éclat à son travail et ne fit ombrage, c'est pour un motif d'une nature tout à fait différente et que des pièces authentiques nous font parfaitement connaître.

Le produit des expéditions des actes conservés dans les archives faisait partie des émoluments attachés à la place d'archiviste, en sorte qu'en Angleterre, comme en France, la communication des archives dépendait des gardiens de ces dépôts (2). Cette circonstance, loin d'être un obstacle pour Brequigny, devait au contraire faire accueillir son projet avec d'autant plus de facilité, que plus il demanderait d'expéditions, plus il y aurait de bénéfices pour l'archiviste. Il n'y eut en effçt d'autres contestations entre le gardien des archives de la Tour et le savant français que pour déterminer le prix de la communication demandée. Brequigny, se présentant comme un consommateur en gros, s'il est permis de s'exprimer ainsi, voulait être plus favorablement traité qu'un client ordinaire ; mais la question financière fut le seul obstacle qu'il eut à lever.

Il résulte en effet du contrat passé, le 6 octobre 1785 (3), entre Brequigny et Henri Rooke, gardien des archives de la Tour, que notre académicien, qui déjà depuis un mois travaillait à la Tour à dresser des listes des pièces & copier, s'engagea à payer k M. Rooke la somme fixe de 126 guinées (4), pour avoir la liberté d'employer deux ou trois personnes à transcrire les documents qui intéressent la France, pendant six mois, depuis neuf heures jusqu'à trois heures, les dimanches et fêtes exceptés. Bre-

(1) M. Champollion Figeac a été complètement trompé par les paroles de Brequigny, lorsqu'il a cru qu'elles signifiaient que notre envoyé avait été obligé d'user de voies indirectes pour se faire introduire dans des dépôts d'oii son nom et la grande considération qui l'entourait auraient pu le faire poliment écarter.

(2) On trouve dans le registre de la correspondance de M. Moreau une lettre de dora Carrière, cfa 19 août 1783, où ce savant se plaint de ce que le garde des archives de Pau. M. Fescheux, n'a pas voulu lai laisser continuer ses recherches, prétendant que sa charge lui coûtant 40,000 francs, il est en droit 4e taxer arbitrairement ceui que la curiosité attire dans ses archives.

(3) Bibt. royale, M". Cartons de Brequigny, XI. Liasse Y, n° 4.

(4) Brequigny évalue cette somme à 3,000 francs.

XX INTRODUCTION

quigny s'obligea à ne rien rabattre de cette somme s'il interrompait ou cessait son travail, et, comme indemnité du travail déjà fait, ou fit remonter au 23 septembre précédent le terme à partir duquel les six mois devaient commencer à courir. Brequigny dut en outre payer 300 francs pour la location d'une chambre où il faisait faire ses copies.

Comme on le voit, il ne s'agissait, dans cette affaire, de rien moins que de rivalité nationale : l'intérêt pécuniaire des deux contractants était seul en jeu, et la précaution que Brequigny avait prise de faire transcrire au Musée Britannique la copie des actes préparés pour un supplément au Rymer, dont les originaux se trouvaient à la Tour, dut contribuer à rendre cette sorte de marché singulièrement avantageuse pour notre envoyé (1).

Dès le lendemain, Brequigny, sans parler de son traité avec M. Rooke, se hâta d'annoncer à M. Bertin qu'il avait enfin surmonté les difficultés qui s'opposaient à ses recherches dans les archives de la Tour. Cette nouvelle fut regardée à Versailles comme une espèce d'événement ; le ministre, enthousiasmé, fut lui-même lire la lettre au roi, et celui-ci en fut trè&satisfait. Il résultait de cette lettre que, dès les premières visites, Brequigny avait découvert à la Tour, au milieu d'une foule de pièces originales rassemblées sans ordre, quelques pièces qui nécessairement avaient été apportées de France , puisqu'elles étaient émanées de nos rois. Notre envoyé se hâtait d'en conclure que Thomas Cartes se trompoit ou nous trompoit quand il assuroit que les pièces qui avoient été apportées de France en Angleterre ne dévoient se trouver qu'à V Échiquier et ne pouvoient jamais se trouver à la Tour. Je conçois, disait-il, de ces premières découvertes des espérances encore plus heureuses. On dirait que dès lors Brequigny avait formé le projet de retrouver à la Tour, n'importe à quel prix, les dépouilles qu'il avait annoncé d'une manière si positive devoir certainement se trouver quelque part à l'Echiquier. Ces paroles sont en effet les premiers symptômes d'une faiblesse qui, peu à peu, amena l'un des hommes les plus considérables de la science à donner ses espérances déçues comme des réalités , à mentir enfin publiquement au ministre, à l'Académie, à l'Europe entière, en annonçant qu'il avait enfin retrouvé l'objet de tant de laborieuses recherches.

Le 8 octobre 1765, Brequigny écrivit donc à M. Bertin qu'il avait trouvé, dans les liasses de la Tour, quelques pièces qui nécessairement avaient été apportées de France, et que ces découvertes lui donnaient les plus vives espérances. Quelques jours après, notre académicien, ayant fait revenir Mouchet à Londres, abandonna de nouveau son travail à ses copistes, et vint à Paris surveiller l'impression de la

(1) Brequigny avait d'avance fait copier au Musée plus de 1900 pièces qui se trouvaient à la Tour. Il ne se contenta pas de prendre dans le travail de Rymer les copies des pièces qui étaient à la Tour, U prit même des pièces dont les originaux se trouvaient au Musée lui-même, entre autres les pièces du M". Caligula D, VI.

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