‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 18 sur 331 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II. XXY · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II. XXY

divers bureaux du domaine royal , celles que les Anglais eussent eu un intérêt réel et évident à ne pas laisser entre les mains des Français, ont conservé et conservent encore, même après les mesures prescrites par la Convention, une foule de documents importants et antérieurs à l'expulsion des Anglais. Pour quiconque s'est occupé de l'étude des archives, c'est un fait reconnu, et dont il est inutile de donner ici les preuves; il suffit de citer la richesse et l'abondance des archives de Pau, d'Auch et de toute la Gascogne, surabondamment prouvées par les énormes extraits qui forment la collection dite de Doat.

En Angleterre , malgré les nombreuses recherches auxquelles se sont livrés des érudits qui, comme Brequigny, avaient cependant bonne envie de découvrir les traces de cette spoliation , on n'a pu trouver une seule liasse dont le contenu puisse faire supposer qu'elle ait été violemment enlevée à la France, et Brequigny lui-même, réduit à citer avec emphase, comme nous l'avons vu, quelques lettres et deux ou trois ordonnances de nos rois, trouvées à la Tour, ne peut s'empêcher d'avouer qu'elles étaient mêlées à des lettres écrites par les rois de France à ceux d'Angleterre; aux minutes des réponses des rois anglais ; enfin à une multitude d'actes dont la nature prouvait évidemment qu'ils ne nous avaient pas été enlevés. Ainsi donc Brequigny, au lieu de s'étonner d'avoir trouvé à Londres trois ou quatre actes ou copies d'actes, qui évidemment y avaient été apportés de France, aurait dû s'émerveiller au contraire, qu'après avoir pendant si longtemps, par lui-même et par tant de copistes, fouillé les principaux dépôts des archives d'Angleterre , il n'y ait pas rencontré un plus grand nombre d'actes apportés de France.

Le témoignage des archives des provinces autrefois soumises à la domination des Anglais se réunit donc au témoignage des archives actuellement conservées à Londres, pour prouver que les Anglais vaincus, chassés, spoliés, n'ont pas opéré l'enlèvement des titres qu'ils n'auraient pas eu le pouvoir d'emporter au temps de leur plus grande puissance, et pour démentir une tradition qui se trouve dénuée, nonseulement de tout témoignage historique, mais de toute probabilité.

Ces raisonnements seuls sont assez concluants; mais les chiffres eux aussi viennent les corroborer. La somme totale des documents extraits par Brequigny des liasses qui selon lui contenaient les archives enlevées à la France , s'élève à cinq cent dixhuit. C'est bien peu de chose pour en avoir fait tant de bruit ; mais j'ai examiné à part ces cinq cent dix-huit documents, et il s'est trouvé que tous sont émanés des rois d'Angleterre, leur ont été adressés ou sont postérieurs à l'expulsion des Anglais de France. Il n'y en que deux qu'on puisse, au premier aspect, soupçonner de nous avoir été enlevés (1) ! Mais quand il y en aurait trois fois et vingt fois plus, au

(1) C'est : tome 65 de la collection de Brequigny, parmi des actes de 1280, une ordonnance de Philippe le Bel sur les monnaies, du mois de février 1281, ordonnance qui se trouvait aussi en France et

:•)» i hd i

milieu de tant d'actes divers , Brequigny était-il fondé à dire qu'il avait enfin retrouvé le produit de cette fameuse spoliation de nos archives T

Mais d'ailleurs, en admettant ce qui peut-être n'est pas vrai, car jusqu'ici le fait n'a été examiné avec soin par aucune personne compétente ; mais en admettant, dis-je, que les provinces qui furent si longtemps possédées par les Anglais soient précisément celles dont les archives sont le moins riches , pourquoi en chercher la cause ailleurs que dans les longues guerres dont ces provinces furent si longtemps le théâtre? Et s'il faut supposer, car, encore une fois, aucun témoignage n'est allégué à l'appui de cette assertion, que l'un des deux partis qui ravageaient alternativement ces malheureuses contrées ait cru devoir, soit en y arrivant en vainqueur, soit en s'en retirant vaincu, en enlever les archives les plus précieuses , pourquoi n'en accuserait-on pas plutôt les Français, ennemis naturels de populations qu'ils voulaient subjuguer, au lieu d'en accuser les Anglais, alliés presque autant que maîtres de ces contrées, dont la possession leur était si avantageuse (1)? Mais l'esprit de parti raisonne-t-il? L'enlèvement des archives aurait été un fait nuisible à nos provinces, donc qu'il avait eu lieu, donc les Anglais en avaient été coupables.

Après avoir démontré que les Anglais en abandonnant nos provinces n'en ont point emporté les archives, il n'est peut-être pas inutile d'ajouter que je n'entends pas tomber dans l'erreur opposée et soutenir que dans le bagage qu'emportèrent les seigneurs anglais , il ne se trouvait absolument aucun morceau de parchemin que l'encre ait plus ou moins noirci. Il est évident au contraire que plusieurs de ceux qui partirent, Anglais de race ou de cœur, emportèrent, autant que les circonstances le permirent, quelques-unes de leurs chartes particulières, soit avec l'espoir de les faire valoir plus tard, lorsque les armes leur auraient rendu ce que les armes venaient de leur enlever, soit pour obtenir du roi d'Angleterre un dédommagement proportionné à l'étendue de leurs pertes ; mais il y a loin de ce fait probable, raisonnable, exécutable, et qui n'a dû laisser aucune trace de son existence, au fait improbable, irrationnel et inexécutable, que quelques personnes s'obstinent encore à croire aujourd'hui.

Quoi qu'il en soit de ce préjugé et des efforts trop efficaces employés pour l'accréditer, il en résulta, comme je l'ai dit, les conséquences les plus heureuses pour la science, et si l'importante mission qu'il occasionna n'a pas encore produit tous les

à la suite de laquelle Brequigny avait lui-même écrit : Très-douteux que ce soit l'original. Tome 67 : une ordonnance du ratme roi , sur la transmission des biens féodaux en Aquitaine , à l'époque où ce prince possédait encore cette province, et à la suite de laquelle se trouvaient ces mots : Transeriptum predicte litière quam nobis nuncii quos in Franeiam direximus. . . portaverunt.

(1) Brussel, Usage des fiefs; Ducange, Glossaire latin; Gaignieres dans ses recueils, etc., citent, comme se trouvant à la chambre des comptes à Paris, une collection de cartulaires d'Aquitaine, portant sur leur reliure l'écusson des armes d'Angleterre.

Page 1