‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 20 sur 331 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

sable sans doute chez lui que chez tout autre, fit un choix dans les documents que tant de siècles avaient épargnés , et, s'érigeant en juge souverain de leur mérite, donna aux uns la récompense de la publicité, tandis qu'il replongea les autres dans les ténèbres d'un oubli qu'il devait croire éternel ; car les archives de la Tour, et surtout celles de l'Échiquier, étaient alors, s'il faut s'en rapporter à son témoignage, couvertes d'un enduit épais de poussière humide et infecte ; froissées par mille plis ; livrées aux vers, à la poussière et à la fermentation que produit V humidité naturelle du parchemin.

Cette faute fut grave : elle rend presque inutile de dire que Brequigny dut nécessairement commettre beaucoup d'autres erreurs dans le choix des documents qu'il jugea seuls dignes d'être transcrits. Il suffira, pour en faire juger, de lui laisser raconter comment, ayant trouvé à l'Échiquier une grande quantité d'anciens états de recettes et de dépenses de quelques-unes de nos provinces, il n'en fit faire que quelques extraits, parce que ces documents ne présentaient, dit-il, qu'un objet de curiosité. Peut-être même, ajoute-t-il, je les aurais complètement 'négligés si quelques pièces justificatives , jointes à ces comptes , ne m'avaient paru propres à éclaircir quelques points de l'administration de nos provinces, ou à jeter du jour sur les généalogies de notre noblesse.

Je ne parlerai point du plus ou moins de fidélité des copies qui composent la collection de Brequigny : ce serait se montrer trop sévère que d'en faire un sujet de reproche sérieux à l'illustre académicien , qui très-souvent peut-être ne vit ni les originaux ni les copies des documents qu'il nous a rapportés ; je ferai seulement remarquer que , par un hasard singulier, dans la même lettre où Brequigny se plaignait au ministre, à propos de la révision de la table des diplômes, de l'incapacité et de l'inexactitude des copistes employés par M. Secousse, il ajoutait immédiatement qu'il allait partir pour Paris, et laisser son travail à des copistes.

II est inutile aussi d'ajouter que Brequigny, accablé d'immenses travaux, n'eut pas le temps de vérifier si les actes qu'il rencontrait avaient été ou non publiés, ou s'il les avait déjà transcrits dans un autre dépôt, et qu'en même temps que par un fatal préjugé il condamnait à une destruction presque certaine des documents trèsprécieux, par une compensation déplorable il faisait transcrire jusqu'à trois et quatre fois le même acte, qu'il avait déjà transcrit, ou que Rymer avait publié.

Cependant , comme les érudits des siècles derniers se persuadaient très-aisément qu'ils avaient épuisé les matières dont ils s'étaient occupés , Brequigny, sinon complètement convaincu pour lui-même, du moins assez pour persuader aux autres qu'il avait extrait des archives d'Angleterre tout ce qui pouvait intéresser notre histoire, regarda la collection des documents qu'il avait transcrits comme un travail achevé et dont il n'y avait plus à s'occuper que pour y faciliter les recherches. Plus tard, les

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