‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 23 sur 331 · ANNÉES. DOCUMENTS · texte numérisé non relu

ANNÉES. DOCUMENTS

1160 à 1595 1694 1200 1422 environ 200 1345 1446 environ 150 table, etc.

1366 2 docu1' 1178 1685 45 1232 1469 8 1419 1 \ 99 1232 1372 16 1279 1376 15 1253 1361 12 1214 1547 35

1066 1702 3127 1673 1677 334 vnr8 siècle 72

Total 11,004

Les onze mille documents de cette collection, ainsi classés, avaient été d'abord enfermés dans cinquante-et-un cartons uniformes, et étiquetés de la main de Mouchet; mais Brequigny avait déjà plus de quatre-vingts ans, et sentant bien qu'il ne verrait jamais revenir un ordre de choses pour le soutien duquel il avait entrepris ses travaux, il voulut du moins assurer, autant qu'il était en lui , la conservation de ces précieuses copies. Ainsi, malgré l'ordonnance du roi qui avait prescrit la réunion des pièces de cette collection au dépôt des monuments historiques, Brequigny, qui était resté possesseur de ses copies, les donna à celui de ses confrères qu'il aimait le mieux, et qu'il avait le plus complètement initié à ses projets, M. Laporle Dutheil (1).

Brequigny mourut en 1794, et M. Dutheil, Adèle à la mémoire de son ami, remit le 19 vendémiaire an y (10 octobre 1796), à la Bibliothèque nationale, la collection des pièces relatives à l'histoire de France , que le citoyen Brequigny avait fait copier dans les archives de Londres, et lui avait donnée de son vivant.

La collection de Brequigny resta dans l'état où M. Dutheil l'avait remise en 1796 jusqu'en 1827, où M. Champollion, pour en assurer la conservation, la fit relier en cent sept volumes in-folio (2) , dans lesquels il se fit un devoir de ne rien changer à

(1) M. Laporle Dutheil avait été chargé par M. Berlin, en 1776, d'exécuter à Rome les mêmes recherches que Brequigny avait faites à Londres. Il rendit compte de sa mission à l'Académie, le 20 août 1784. Le résultat était 20,000 notices de pièces et 150 volumes de copies dont quelques-unes ont élé publiées; mais le plus grand nombre, déposé à la bibliothèque royale, attend encore une main habile pour les mettre en œuvre.

(2) Par suite d'une erreur bien fâcheuse pour ceux qui ont eu occasion de consulter cette collection

PREMIÈRE PÀBTIE, CHAPITRE IL XXXfll

l'ordre dans lequel l'avaient mise les savants hommes qui l'avaient formée ; mais malheureusement, tous ceux qui visitèrent ces précieux documents avant M. Champollion n'avaient pas eu le même respect religieux pour Tordre établi par les savants hommes dont je viens de parler, en sorte qu'en faisant relier ces volume» dans Tordre où ils se trouvaient, on a pour ainsi dire rendu irréparable la confusion que des mains indiscrètes y avaient causée, et qu'aux embarras que Brequigny avait déjà fait introduire dans cette immense collection, en la divisant en plusieurs classes, on a ajouté l'embarras de ne pouvoir plus retrouver un acte qu'on a vu sans parcourir une à une toutes les pièces du volume, car pas un n'a encore reçu de pagination.

On remarqua bientôt que cet état de choses était déplorable , et la collection de Brequigny fut comprise dans l'ensemble des dépouillements entrepris au cabinet des manuscrits delà Bibliothèque Royale ; mais lorsqu'on fut arrivé, après des dépenses excessives, à pouvoir enfin placer les cartes des documents dans Tordre chronologique, où il avait été si facile de placer les documents eux-mêmes, on fut loin d'avoir obtenu les résultats qu'on s'était promis. En effet, en supposant que les travailleurs chargés du dépouillement de cette collection aient accompli leur tâche avec tout le zèle et toute T intelligence désirables (I), comme les documents inventoriés ne sont pas placés dans les volumes dans un ordre chronologique exact, et que les volumes eux-mêmes ne sont pas paginés, il devient excessivement difficile de retrouver les documents dont les cartes fournissent l'indication. Si Ton ajoute à ces premières difficultés les difficultés plus nombreuses encore qui peuvent résulter du désordre involontairement introduit dans le classement de ces cartes, par la plus légère distraction de ceux qui les consultent, et les désordres plus grands introduits par des travailleurs sujets à des distractions systématiques, on sera aisément amené à conclure qu'en réalité, ce grand et dispendieux travail du classement sur des cartes séparées pourra être plus nuisible qu utile à ceux qui auront l'imprudence de s'y confier.

J'ai peut-être attiré trop longtemps l'attention sur l'état actuel de la collection de Brequigny; cependant, puisqu'il s'agit de travaux qui se lient d'une manière si intime à la mission dont j'ai été chargé, on m'excusera, je l'espère, d'avoir autant insisté sur ce point.

11 parait d'ailleurs que les inconvénients que je viens de signaler, ou d'autres encore, avaient frappé M. le ministre de 1 instruction publique, lorsque, pour y remédier, le 5 novembre 1834 il chargea M. Champollion-Figeac de faire une

avant l'époque ou M. Cbampollion a publié son premier volume, la collection de Brequigny, qui n'était alors que de 107 volumes, est aujourd'hui de 109 volumes.

(1) Il suffira de dire pour en faire juger que le même volume a été inventorié jusqu'à trois fois, sinon pour procurer un triple salaire à ceux qui en étaient chargés, du moins comme compensation des volumes qui sans doute n'ont pas été inventoriés.

XXXIV UnODUCTIOR.

publication d'après les copies rapportées de Londres. Mais, par une fatalité qui semble indélébilement attachée à ees travaux de Brequigny, cette dernière mesure, en apparence protectrice, devait anéantir, ou du moins réduire à des proportions les plus minimes, les résultats si vantés de cette célèbre mission. N'est-ce pas en effet annuler d'un seul coup les documents d'un aussi vaste recueil que d'en publier à part les plus curieux? Qui voudra désormais rechercher dans le désordre de cet énorme amas de copies mal classées, s'il y existe encore quelque document intéressant qui n'ait été imprimé dans aucune des nombreuses publications qui se sont alimentées à cette source, lorsque M. Champollion, butinant sur le tout, aura fait un choix dans ce qui reste du choix déjà fait par Brequigny, et sous prétexte de ne publier que des lettres de rois, reines, etc., aura imprimé tous les documents qui lui paraissaient importants? Cette publication devait donc porter un coup fatal à l'intérêt qui s'attachait encore à cette célèbre collection , et la réduire aux mesquines proportions d'un recueil de cinq à six cents documents.

Quoi qu'il en soit, en 1839, cinq ans après la décision ministérielle qui l'avait autorisé, le premier volume d'une collection d'actes extraits des copies de Brequigny sortit des presses de l'imprimerie royale, sous ce titre : Lettres de rais, reines et autres personnages des cours de France et d'Angleterre, depuis Louis VII jusqu'à Henri IV. Depuis lors, sept autres années se sont écoulées, et le second volume n'a pas encore paru. Ce n'est donc que* d'après le premier volume qu'il est possible d'apprécier le plan et l'exécution d'une entreprise dont l'éditeur lui-même parait être dégoûté.

Par suite de ce préjugé, dont j'ai déjà parlé , et qui consiste à ne vouloir publier que des actes d'une nature semblable , l'éditeur chargé de la confiance du ministre , au lieu de demander l'autorisation de publier tout ce qui restait encore d'inédit dans les copies rapportées de Londres, demanda seulement d'en extraire les lettres de rois, reines et autres personnages éminents; mais cette restriction devait peu le gêner : M. Champollion a eu soin d'annoncer lui-même qu'il n'a adopté ce titre que parce que les lettres de ces personnages sont les documents les plus historiques de son recueil. Ce titre n'est donc exclusif qu'en apparence, et le volume contient en effet des documents de tous les genres, depuis des traités de paix jusqu'à la nomination d'un simple tabellion de village.

On vient de voir avec quelle aisance l'éditeur a secoué le joug de son titre : en compensation, pour donner à son recueil au moins une apparence qui justifie le nom qu'il lui a donné, M. Champollion a conservé dans son volume un grand nombre de pièces déjà publiées. Non-seulement M. Champollion a fait imprimer beaucoup d'actes déjà connus, mais il a pris la peine de réimprimer deux fois la même pièce. Ainsi le n0 158 est réimprimé textuellement au n* 169, sans autre chan-

PREMIÈRE *A1HB, CHAPITRE IL IIXT

gement que celui d'un nom propre. L'acte avait été déjà publié par Rymer, et M. ChampolUon a laissé aux lecteurs curieux le soin de choisir, après trois éditions successives, le nom et la date qu'il faut conserver. P«s, sous prétexte d'imprimer quelques fragments intéressants de la correspondance de Brequigny, il a fait précéder son livre d'une longue série de documents relatifs au dix-huitième siècle , et n'ayant aucun rapport avec les 337 documents publié» ou réimprimés dans le volume.

I/etécution la plus soignée, l'attention la plus soutenue, les recherches les plus exactes n'auraient jamais pu compenser les défauts essentiels d'une publication entreprise sur de pareilles bases; malheureusement l'exécution matérielle, ce qui constitue le travail propre de l'éditeur, n'est pas d'une nature à faire oublier ces défauts.

Ainsi l'éditeur s'affranchit si bien du travail pénible d'assigner une date exacte à chaque document, qu'on peut à juste titre lui contester le droit de dire qu'il a classé ses documents dans un ordre chronologique ; très-souvent le hasard seul préside au classement qu'il leur assigne. Il est donc très-difficile de suivre la marche des événements dans des pièces ainsi classées, et surtout il est impossible de s'en rapporter à l'éditeur sur l'exactitude des dates qu'il a données.

M. ChampolUon tenait si peu à classer les documents dans un ordre chronologique exact, que lorsqu'il a rencontré des actes renfermant plusieurs documents, il ne s'est pas donné la peine de les séparer pour les placer chacun à leur date. Quand il a trouvé quelques pièces dont Brequigny avait déterminé la date d'une manière approximative, au lieu de placer toutes ces pièces avant ou après les autres documents de la même année, qui ont une date plus précise, il en a placé quelques-uns avant, quelques autres après et complètement au hasard ; le n* 194 est daté de juin 1280, le n° 196, du mois de mars; le n° 198, d'octobre ; le n° 199, d'août; le n° 214 est daté de la Pentecôte ; le n° 223, de Pâques ; le n° 224, de l'Epiphanie, et il en est de même dans plusieurs autres circonstances.

On trouve aussi, à propos de dates, des inadvertances inconcevables; le n° 31, daté en marge du 24 octobre, est daté en bas du 23 ; deux actes datés du itième jour sont donnés, l'un à Bordeaux, l'autre à Saintes, sans que l'éditeur s'en soit aperçu. Le n° 152 est daté de la sixième année du règne d'Edward Ier; le n° 153, de la cinquième année; le n° 244, signalé par l'éditeur comme pouvant servir à rectifier la date de la mort du duc d'Alençon, est placé au 24 juin, quoique le texte dise en toute lettre qu'il est du jeudi après le 29 juin. Les documents de l'année 1 280 paraissent surtout avoir porté malheur à celui qui les a classés, et l'un d'eux, le n° 253, oublié à sa date, est venu hardiment se placer au milieu des actes de 1285.

Mais une chose plus curieuse encore que tout ce désordre, c'est que le savant con-

XXXVI INTRODUCTION

servateur des manuscrits de la Bibliothèque Royale se raille fort agréablement de ceux qui, par un long et minutieux examen, tâchent de faire disparaître une partie des incertitudes sur les dates, et que pour seconder leurs louables efforts il a publié quelques documents qui peuvent leur en faciliter les moyens. Faisons remarquer à ce sujet que M. Champollion, en mentionnant lès travaux auxquels certains érudits se sont livrés pour fixer le jour d'où Ton commençait à dater les années des règnes des rois d'Angleterre, demande avec une anxiété d'une naïveté admirable à quel règne appartiendront les actes datés du jour antérieur, et ne s'aperçoit pas qu'il faut d'abord qu'il puisse montrer un de ces actes pour que l'on puisse lui répondre. Il n'est peutêtre pas inutile de faire observer aussi que M. Champollion, après avoir publié un de ces documents destinés à seconder les louables efforts de ses lecteurs, et dans lequel on voit que les années du règne de Henri III changeaient le 28 octobre, argumente, un peu plus loin, de ce que les années de ce roi commençaient le 1 1 novembre;

Il suffira de citer quelques exemples pour faire apprécier la manière dont les autres parties du travail de l'éditeur ont été traitées.

Par une distraction fâcheuse, M. Champollion prenant une ville de Béarn, célèbre au moyen âge, pour un port de mer, alors inconnu de la Bretagne, fait payer à Bayonne 20 livres de la monnaie de Morlaix , au lieu de 20 livres de Morlas. Par une inadvertance plus déplorable, il traduit die martis par mois de mars et place en mars un document du mois de juillet.

Je ne m'arrêterai point à relever combien de fois et je ne sais dans quel but, en désignant les archives de la Tour de Londres, il a travesti l'expression si connue ex bundellisy par cette expression qui, je n'ai pas besoin de le dire, ne se trouve jamais dans Brequigny : ex bor délits; mais ce qui est plus fâcheux, c'est que si l'on en jugeait sur les apparences, l'honorable conservateur de notre bibliothèque nationale serait très-peu versé dans la connaissance des mœurs du moyen âge ; ainsi, il ne paraît pas se douter qu'il y ait quelque différence entre les chevaliers qui faisaient la force des armées féodales et les fantassins de nos armées modernes. C'est une espèce de parti pris chez lui de traduire les ordres, de faire une retenue de chevaliers ou de convoquer les vassaux par l'expression lever des troupes ; une fois même il lui est arrivé de traduire centum milites par cent soldats.

Comme on le voit, je ne me suis point amusé à relever des fautes échappées pendant l'impression : l'éditeur a d'ailleurs eu soin de donner un errata ; aucune des erreurs que je viens de signaler ne s'y trouve. Cependant M. Champollion a eu soin de nous prévenir qu'il a bien voulu consacrer à ce labeur les rares instants qu'il lui était permis de dérober à ses nombreuses fonctions, seulement dans la vue de l'utilité publique et de la gloire de la patrie.

Quoi qu'il en soit, douze années se sont écoulées depuis que cette entreprise est

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