‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 24 sur 331 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II. XXXVII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE II. XXXVII

commencée, et le second volume n'a pas encore para ; mais ce volume si tardif eût-il enfin été produit, il n'en est pas moins vrai que la publication de six è sept cents documents extraits d'une collection où déjà une foule d'autres publications se sont alimentées, a été beaucoup plus nuisible qu'utile aux nombreux travailleurs qui ont besoin de la consulter.

Tout ce qui se rattache à la célèbre mission de Brequigny a acquis un tel degré d'intérêt qu'on sera sans doute bien aise de trouver ici un aperçu de la dépense totale occasionnée par les documents dont se compose cette collection.

Brequigny avait r'çu de M. de Laborde, pour ses frais de route, ceux de set commis, et quelques

gratifications, en trois payements 7,200' »•

■Frais de logement et nourriture à Londres, 15,037 fr. par an, pour deui ans et demi. 37,599 10 Gages de six commis à 2,000 fr. par an, en supposant que le commis principal, le savant Mouchet, n'ait pas reçu des gages plus forts que les autres 30,000

Droits de transcription des actes, et location d'une chambre à la Tour 6,600

Total des dépenses bien connues 81,392' 10*

Si Ton ajoute à cette somme les gages d'au moins trois commis anglais, employés momentanément , les fournitures de bureau, qui durent être assez considérables, les droits de transcription payés aux gardiens des archives autres que ceux de la Tour , les frais de voyage pour le retour des commis, et quelques autres dépenses sur lesquelles les détails nous manquent, on atteindra facilement un total qui dépassera certainement 100,000 livres, sans que Brequigny ait reçu la moindre rémunération pour ses travaux pendant deux années et demie ; aucune indemnité pour les frais de trois voyages de Paris à Londres et de Londres à Paris.

Cependant cette somme déjà si forte n'est rien, comparée à celle des dépenses occasionnées par les travaux exécutés sur des documents devenus ainsi doublement précieux, scientifiquement et pécuniairement parlant. Si Ton ajoute à la pension de 6,000 livres que Brequigny toucha pendant plus de vingt ans, c'est-à-dire 120,000 livres , les frais de commis dont Brequigny réclamait l'allocation dès le 3 novembre 1768, les sommes plus récemment dépensées pour l'inventaire de la collection de Brequigny, et le prix de revient des deux volumes dont a été chargé M. Champollion, on ne sera guère éloigné d'un total de 300,000 francs.

Je suis peu partisan de l'application de l'arithmétique et de la statistique aux sciences et aux arts ; mais il est certains résultats dont il est impossible de ne pas être frappé, et je n'ai pu m'empècher de remarquer que chacune des pièces de cette collection si confusément et si légèrement assemblée revient certainement à un prix supérieur à celui de la valeur vénale des originaux eux-mêmes (1).

(1) J'aurais voulu pouvoir donner ici le catalogue par ordre chronologique de toutes les pièces de la collection de Brequigny : ma tâche eût été facile, je n'aurais eu qu'à transcrire, en vérifiant sod exacti-

wnn iiinBOBocnoR.

Maintenant, n l'on veut foire le résumé de la plus brillante et de la plus importante mission littéraire dont nous puissions nous glorifier , de ces travaux célèbres auxquels s'intéressèrent personnellement les deux plus puissants monarques du globe ; si Ton ne se laisse éblouir ni par le prestige d'une grande réputation, ni par les services rendus par une masse de copies incorrectes, le résultat de cet eiamesi sera un acte d'accusation grave contre la mémoire du savant illustre qui fut chargé de cette glorieuse mission .

On trouve en effet que, sous le rapport matériel, Brequigny, par une confiance excessive dans ses lumières, négligea de transcrire une masse énorme de documents intéressants et qu'il croyait destinés à périr ; que le peu de notes dont il accompagna les transcriptions fort incorrectes qu'il fit faire, sont aussi inexactes que les copies elles-mêmes ; tandis que d'un autre côté, si c'était lui qui s'en était sérieusement occupé, les peines infinies qu'il se donna si inutilement pendant longtemps pour parvenir à un catalogue quelconque de sa collection, témoigneraient assez haut du peu de rectitude de son esprit.

Sous le rapport moral, les accusations deviennent presque aussi graves. Si l'on absout assez aisément le savant des reproches formulés en injures que lui valut sa dissertation sur le dévouement d'Eustache de Saint-Pierre (1), en supposant que les preuves qu'il a données sont loyales ; si, tenant compte de son grand Age et des événements au milieu desquels il mourut, on s'abstient de qualifier de vol le legs qu'il fit à un ami d'un dépôt de pièces qui avaient coûté des sommes énormes à l'état ; il est plus difficile de trouver une excuse pour décharger sa mémoire du reproche d'avoir sciemment et volontairement trompé le Ministre, la France et l'Europe entière, eu disant faussement qu'il avait retrouvé le résultat d'une spoliation imaginaire.

tudc, le dépouillement déjà fait et dont j'ai parlé pins haut; mais cette publication d'un travail qui ne m'appartenait pas aurait considérablement augmenté les sacrifices que m'impose cette publication* et bien inutilement , puisque tôt ou tard ces actes eux-mêmes doivent tous trouver place dans la collection générale des documente fronçai» qui ee trouvent en A ngleterre.

(1) M. de Chateaubriand, avec ce style qni lui appartient, les a résumés dans ces mots : «À coup sûr, » ce ravaleur de vertus ne fera jamais lui-même des actions dignes d'être racontées. » Etudes hUtoriquet, fragmente : Reddition de Calais.

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