MUSÉE BRITANNIQUE
Le Musée Britannique possède la collection de manuscrits la plus importante après celle de notre Bibliothèque Boy aie ; c'est assez dire que , source immense et pour ainsi dire intarissable (elle est sans cesse alimentée des richesses que le hasard, la corruption ou une économie mal entendue permettent à nos voisins de nous enlever), la connaissance des trésors que possède le Musée Britannique a constamment été l'un des rêves les plus séduisants de tous ceux qui se sont occupés de science. Il existe, il est vrai, des catalogues imprimés des principales collections de ce vaste dépôt ; mais, quelque utile et précieuse que soit la possibilité de consulter ces volumineux in-folios, écrits dans une langue qui n'est pas toujours familière aux érudits, ce secours est bien loin de répondre aux besoins que la science pourrait en retirer. Nous ne possédons en France qu'un très-petit nombre d'exemplaires de ces catalogues, et dans les lieux où ils se trouvent, leur existence est à peine connue ; puis à ces difficultés matérielles vient se joindre l'ennui de parcourir, et souvent inutilement, d'interminables et indigestes nomenclatures. Chaque collection possède en effet un catalogue particulier, dressé dans un système différent, et par conséquent manquant souvent d'ordre, de méthode, de discernement et même d'exactitude.
Cette immense bibliothèque se compose d'ailleurs, indépendamment des anciennes collections dont il existe de si déplorables catalogues, d'une grande quantité d'autres collqctions qui n'ont pas été inventoriées ou dont le catalogue est connu seulement des travailleurs qui fréquentent le Musée Britannique. Ce supplément forme déjà vingt-trois volumes in-folio. On peut juger par ce simple aperçu de l'immensité des richesses que renferme le Musée Britannique. Le ministre qui ferait faire seulement un extrait consciencieux et complet de tout ce que les catalogues imprimés ou manuscrits du Musée Britannique renferment d'utile pour nous, rendrait un service éminent à notre histoire et mériterait la reconnaissance de tous ceux qui s'occupent de cette science. Ce n'était pas là le point qui devait m'occuper ; j'examinais le Musée pour me rendre compte de ce que Brequigny avait pu laisser à faire, et je dois dire que, quelque importants que soient les travaux qu'il y exécuta , ils n'ont fait pour ainsi dire qu'effleurer la matière ; d'abord, parce que plusieurs des grandes collections qui composent aujourd'hui le Musée n'y étaient pas encore ; et de plus, pourquoi hésiterais-je à le dire? parce que dans les collections qu'il visita il y a des séries entières qui ont échappé, on ne sait pourquoi, à ses investigations.