‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 3 sur 331 · H AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

H AVANT-PROPOS

de recueillir les documents échappés par hasard aux regards du maître; si je voulais être utile et placer mon travail à la hauteur de l'importance nouvelle de ma mission, il fallait asseoir mes recherches sur les mêmes bases qu'elles auraient eues si le gouvernement français m'avait chargé dfe l'exploitation en grand d'une mine à peine entamée et du complet épuisement des ressources offertes par les archives britanniques. II y a tant de documents français en Angleterre, que la plupart des productions historiques sont obligées de s'en imprégner; et tandis que nos historiens les ignorent, nos voisins en enrichissent des recueils auxquels ils sont tout à fait étrangers. Presque jamais ces publications isolées et sans but n'aboutissent à rien de réellement utile pour la science, et les documents sur lesquels on voulait appeler la lumière restent aussi profondément enfouis et perdus sur les rayons de quelques bibliothèques privilégiées, qu'ils l'avaient été jusqu'alors dans la poussière des archives. Prolonger une telle situation n'est pas seulement laisser subsister un obstacle aux progrès de notre histoire, c'est donner une espèce d'encouragement à l'esprit de système ; c'est vouloir que les hommes sérieux et capables d'élever un monument durable, reconnaissant l'impossibilité de se procurer des matériaux réels et solides , se contentent de fictions ou de conjectures , et se rejettent tout entiers dans le domaine de l'imagination.

S'il m'était impossible d'apporter immédiatement et efficacement un remède à un pareil état de choses, je pouvais du moins diriger mon travail de manière à le faire servir de premier pas vers un meilleur avenir, et c'est la tâche que je me sois imposée. Après avoir examiné quelques-uns des dépôts où je savais que Brequigny n'avait pas pénétré, je revins à Paris. M. le Ministre de l'instruction publique approuva mes projets, et je fus chargé de retourner à Londres pour rassembler les matériaux du premier volume d'une vaste collection dont on voulait d'abord juger par un essai. Ce volume est donc la tête et comme une sorte de spécimen d'un recueil très-considérable, et basé sur les considérations suivantes.

La science de l'histoire embrasse tout ce qui a existé, et ne doit répudier aucun des monuments dont l'utilité se révélera tôt ou tard. Je me suis donc imposé la loi rigoureuse de n'avancer dans l'immense champ que j'avais à parcourir, qu'après avoir scrupuleusement et complètement épuisé chaque portion du terrain sur lequel je me trouvais placé, et j'ai successivement transcrit, dans les dépôts visités, tons les documents inédits, quels qu'ils soient, qui peuvent nous intéresser. Mon travail formera ainsi, dès le premier volume , un tout indépendant et complet , et pourra néanmoins être repris et continué jusqu'au moment où une seule table chronologique, réunissant tous ces volumes , permettra d'embrasser d'un coup d'œil le vaste ensemble de tous les documents français qui se trouvent en Angleterre.

Dans la transcription de tant d'actes de toute espèce, il est aussi impossible de

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songer à faire un choix que d'adopter pour le classement des pièces un autre ordre que l'ordre chronologique. Nous avons un exemple frappant des inconvénients qui peuvent résulter d'une détermination différente. Un homme que l'activité et la profondeur de son jugement» autant que son immense érudition , ont placé au rang des gloires littéraires de la France, Brequigny, crut que, du point de vue ou la science était arrivée, il pouvait faire un choix dans les documents qui passaient sous ses yeux. Dans sa préoccupation, il ne songea pas que la science qui lui devait déjà tant de progrès pouvait avancer encore, et qu'un érudit, quelque haut qu'il soit placé, ne doit jamais se faire un agent de destruction, en replongeant dans l'oubli des monuments que les siècles ont épargnés. Les documents qu'il dédaigna comme ne pouvant tout au plus servir qu'à satisfaire une vaine curiosité sont peut-être ceux-là même que les historiens recherchent aujourd'hui avec le plus d'empressement.

D'un autre côté, si l'on négligeait de décrire exactement les dépôts ou les portions de dépôts qui sont explorés, la masse des documents à examiner resterait toujours la même , et les travailleurs futurs se trouveraient dans l'alternative fâcheuse de refaire , sans s'en douter, un travail déjà fait, ou de laisser, sans les examiner, des documents du plus haut intérêt. Cette pensée ne s'était, à ce qu'il paraît, présentée à aucun de ceux que le gouvernement français avait chargés de recherches historiques en Angleterre, et pour en donner une idée, il suffira sans doute de dire qu'il n'existe jusqu'ici aucun autre moyen de s'assurer qu'un acte a été connu de Brequigny, que de parcourir une à une toutes les pièces de sa volumineuse collection. Ainsi, pour que d'autres ne soient pas exposés à recommencer des recherches qui déjà avaient été inutilement entreprises, j'ai joint à la nomenclature des dépôts qui m'ont fourni des documents , l'indication des dépôts ou de leurs parties où je n'avais rien trouvé (1), et j'ai joint à la notice des travaux déjà terminés une indication de tous les documents recueillis par mes devanciers.

On peut dire aussi qu'un des obstacles les plus nuisibles aux progrès de la science de l'histoire est bien certainement le système défectueux d'après lequel ont été exécutés la plupart des grands recueils de documents historiques : ce plan vicieux a causé dans la science à peu près les mêmes résultats qu'amène dans les arts mécaniques l'emploi d'outils mal confectionnés. La plupart de nos éditeurs se sont bornés à l'impression pure et simple de leurs copies, et, sous prétexte de ne publier que des actes uniformes ou de faire un choix , ont laissé dans l'oubli une foule

(1) Je dois prévenir ici que j'ai réuni à la notice consacrée aux archives de la mairie de Londres quelques notes sur L'histoire de cette ville elle-même. Ces notes, qui ne rentrent pas directement dans le plan que je me suis imposé, ne seront peut-être pas regardées comme trop déplacées dans ce volume , si l'on considère qu'elles sont pour la plupart utiles à l'appréciation et quelquefois même à l'intelligence des BMnbraux documents extraits de ce dépôt.

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