‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 4 sur 331 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

de pièces intéressantes et utiles. De ces deux faits il est résulté les plus graves inconvénients. D'abord , cette exclusion volontaire de documents, quelquefois trèsimportants , a souvent été cause de leur destruction ; puis un grand nombre de travailleurs, trompés par un titre inexact, ont négligé de consulter des recueils qui semblaient ne contenir rien d'utile pour eux, et quand enfin il est arrivé qu'un érudit a eu le courage et le temps nécessaires pour examiner un à un chaque document de ces collections, qui n'on en réalité d'autre homogénéité que leur titre, son esprit, fatigué et pour ainsi dire ébloui de la multiplicité des objets qu'il a vus, a mal saisi ou n'a pas aperçu tous les renseignements dont il aurait pu profiter.

De ces considérations nous devons conclure qu'il faut renoncer h ce système trompeur qui, £Ous prétexte de ne donner que des documents uniformes, rassemble des actes les plus disparates et rejette un grand nombre de titres précieux ; mais nous devons surtout nous souvenir que la plupart des travailleurs n'ont besoin de consulter que les documents utiles à l'objet particulier de leurs recherches, et que, par conséquent, le travail le plus nécessaire pour eux est non-seulement une bonne table des matières, mais une espèce d'analyse ou de résumé, dans lequel ils puissent aisément apprécier les divers renseignements spéciaux qui sont disséminés dans l'ensemble d'une collection.

Ces analyses ou résumés, auxquels doivent naturellement être joints les renseignements sur la valeur et l'histoire des documents eux-mêmes, ces résumés, dis-je, étant moins arides et moins secs qu'une table ordinaire des matières, peuvent aussi supporter plus de développements : on peut y joindre des notes et quelquefois même y hasarder des discussions ou des conjectures. Ce travail préparatoire, si différent cependant de la mise en œuvre des matériaux, exige, pour que tout y soit exactement inventorié et classé, pour ne pas y dire des choses trop connues et ne pas y mettre des renseignements qui ne le sont pas assez , une réunion de qualités bien rares ; mais j'ai songé que, sans aspirer à une perfection impossible, il doit être permis de s'essayer dans une entreprise qui ne doit réellement nuire en rien à la publication pure et simple des textes et peut ouvrir une route où d'autres s'avanceront ensuite avec plus de succès. Dans cette partie de mon travail, j'ai tâché de donner au classement des matières, classement évidemment subordonné à la substance des pièces elles-mêmes, un ordre à peu près méthodique et qui ne soit pas trop profondément modifié à la publication de chaque volume. Trois de ces divisions seront surtout importantes.

La première, et la plus considérable, sera consacrée à faire connaître les renseignements utiles à l'histoire générale. On ne sera pas sans doute surpris de trouver une pareille division dans ces résumés. Il y a des documents utiles à plusieurs branches de l'histoire, quoiqu'ils n'intéressent pas d'une manière précise l'histoire gé-

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nérale : il en est d'autres qui ne concernent aucune partie spéciale de l'histoire, et sont cependant d'une grande importance pour l'histoire en général.

La deuxième partie contiendra les renseignements relatifs à l'histoire de nos diverses provinces. Les notes sur les provinces peuvent intéresser l'histoire générale, et tous les faits relatifs à l'histoire générale intéressent nécessairement l'histoire particulière de quelque localité : il est donc facile d'apercevoir que plusieurs des divisions de ces résumés s'enchevêtreront l'une dans l'autre et que le même document sera rappelé dans plusieurs classes. Quoi qu'il en soit, les indications relatives à l'histoire des provinces seront rangées dans un ordre géographique. Commençant par le nord et parcourant chaque zone successive de l'ouest à l'est , ils descendront jusqu'à l'extrémité méridionale de la France. Dans les autres volumes, comme dans celui-ci, ces renseignements suivront presque toujours la côte occidentale et s'avanceront rarement dans l'intérieur des terres; néanmoins ce classement m'a paru préférable à un ordre purement alphabétique.

Dans la troisième division seront analysés en même temps : les monuments littéraires, en prose ou en vers, contenus dans ce volume ; les manuscrits conservés dans les dépôts visités, et qui, ne pouvant être insérés en entier dans ce recueil, intéressent néanmoins l'histoire de la littérature française. Les archives, dépouillées jusqu'ici, renferment peu de monuments littéraires ; mais il a fallu songer à s'astreindre dès aujourd'hui à un plan de publication tel, que lorsqu'on examinera des dépôts où se conservent en grand nombre des monuments plus littéraires qu'historiques, on eût déjà une place préparée pour les analyser ou en donner une indication suffisante.

Dans d'autres divisions se placeront successivement, sous différents titres, les renseignements qui , n'étant indiqués dans aucune des sections précédentes , intéressent les autres branches de la science. Les histoires ecclésiastique, militaire, municipale, judiciaire, financière, commerciale, etc., auront chacune un chapitre à part. Cette classification n'a pas la prétention d'être rigoureusement exacte et complète; elle suffira néanmoins pour qu'on puisse aisément y trouver les renseignements dont on aura besoin.

Quant à ce qui concerne la publication des documents eux-mêmes, j'ai déjà dit que j'avais scrupuleusement transcrit toutes les pièces qui peuvent intéresser notre histoire dans les dépôts visités, et que je les avais placées par ordre chronologique; mais parmi les documents français dont les originaux se trouvent en Angleterre, beaucoup sont déjà publiés dans des recueils connus ; j'ai cru que je ne devais ni les réimprimer ni les passer sous silence. De courtes notices, mises à leurs places chronologiques, m'ont paru suffisantes pour ne pas grossir inutilement ce recueil ; elles étaient nécessaires non-seulement pour compléter ce volume, mais surtout pour faciliter la révision des textes qui n'ont pas été publiés avec assez d'exactitude.

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Je n'ai point suivi, dans la transcription des documents, l'exemple des éditeurs qui, sous prétexte de rétablir ou rectifier l'orthographe ancienne, dénaturent complètement les formes du langage, et ne nous donnent, dans un style bâtard, qu'une imitation ou plutôt une traduction décolorée de la grâce, de l'énergie, et quelquefois même du sens des textes primitifs. J'ai fidèlement reproduit, quelles qu'elles soient, les leçons que j'avais sous les yeux, et quand il m'est arrivé de les rectifier, le lecteur en a été prévenu.

Je me suis encore éloigné de l'exemple donné par mes devanciers, qui, tout en dénaturant l'orthographe des manuscrits pour la moderniser, se croient obligés, je ne sais dans quel but, de changer en u les n doublés devant un autre n ou un m, et écrivent saunié pour sannté, noun pour nonn, etc., de manière à rendre inintelligibles quelques passages qui seraient très-clairs sans ces malencontreux changements. Il m'a semblé que, puisqu'il est paléographiquement impossible dans les manuscrits de l'époque où se rencontrent ces sortes de mots, de distinguer le signe qui représente un n de celui qui représente un u, il faut se laisser guider par les circonstances extérieures pour deviner le son qu'on a voulu représenter. Or, comme l'orthographe de cette époque n'est rien moins que constante, il est très-facile, en observant avec attention les différentes manières d'écrire un même mot, d'arriver à connaître le son que cette orthographe douteuse est chargée de représenter. Ainsi, pour arriver à savoir s'il faut écrire oun ou onnt aun ou ann, il faut examiner les différentes manières d'orthographier les mots où ces syllabes se rencontrent; la première de ces syllabes est écrite oun ou onn, on, en, un, la seconde aun ou ann, an, en, ein, in. Dès lors, n'est-il pas évident que cette orthographe bizarre exprime non pas l'addition d'un u qui changerait dans quelques cas exceptionnels la prononciation clairement établie dans tous les autres, mais un de ces redoublements de consonne si fréquents dans les manuscrits de cette époque, et qui ne modifiaient pas d'une manière sensible la prononciation suffisamment indiquée par les autres cas? On trouve, en effet, en recherchant ce que sont devenues ces syllabes restées dans la langue moderne, dont on suppose que la prononciation ancienne avait si étrangement modifié le son, qu'au lieu de s'ouvrir et de s'élargir, s'il est permis de s'exprimer ainsi, ces syllabes sont devenues plus brèves et plus rétrécies : on prononce Frence au lieu de Fraunce, Lenden au lieu de Loundoun, etc. Quelques rares exceptions confirment plutôt qu'elles ne détruisent la règle. U est d'autant plus inutile de développer longuement ici les autres motifs qui m'ont fait adopter un changement dont, au premier coup d'œil, on sentira l'avantage, que je n'ai trouvé nulle part une raison quelconque en faveur de l'ancien et choquant usage dont je me suis écarté.

Les notes géographiques et historiques dont les éditeurs consciencieux ont senti

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