PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE IV. XLVH
présenter des documente très-souvent écrits en chiffres, et quelquefois même sur des morceaux d'étoffe , sur lesquels une préparation convenue faisait revivre une écriture invisible , il suffira sans doute de citer la lettre écrite le 8 septembre 1 562 , au chef du ministère anglais, par les gouverneurs de Rouen, Me ntre ville, Soquence et Coton. Ils implorent son secours, disent-ils, pour leur cause , « qui est le service » de Dieu contre ses adversaires et tyrans, vos ennemis et les nostres, qui ne » tendent à aultre but , synon à ruiner nostre pays , qui est et se veult rendre vostrê » pour le sauver de leur cruauté.... et pour la royne d'Angleterre que nous » adtouons nostre maistresse.... estons ses subjets naturels, comme avons este » aultrefoys... etc. »
Il est facile de juger de l'immensité des richesses que l'Angleterre nous a jusqu'ici inutilement conservées, par l'importance des documents contenus seulement dans les trois dépôts dont je viens de donner une idée. Néanmoins il existe encore em Angleterre , indépendamment des grands dépôts de Londres que je viens de citer, et de quelques autres collections qui sont connues de tous, indépendamment des riches et célèbres bibliothèques d'Oxford, Cambridge, Edimbourg, et de plusieurs autres villes d'Angleterre et d'Ecosse, une foule d'autres collections publiques ou particulières, qui rendent les richesses de la Grande Bretagne une mine presque inépuisable de renseignements historiques.
Dans l'impossibilité où je me trouve de foire connaître complètement toutes ces collections particulières, formées par le caprice, et que le hasard peut à chaque instant disperser ou détruire, j'ai voulu du moins donner une idée de la plus importante et de la plus riche d'entre elles, la bibliothèque que sir Thomas PhiKpps a rassemblée à Middlehill , et qui renferme à elle seule plus de dix mille manuscrits* Dans ce nombre , trois à quatre cents au moins intéressent directement l'histoire de France. La collection des cartulaires français est surtout remarquable et curieuse. On y trouve , du onzième siècle, le cartulaire de saint Florent de Saumur ; du douzième siècle, ceux de Fontevraud et de Saint-Seurin de Bordeaux ; du treizième» ceux de saint André de Bordeaux, de Loudun, de Saumur, etc.; du quatorzième, ceux de Lasauve-Majeure , Lanthony, Laon, Sainte-Marie de Metz, et le custumale Andegaoense.
Parmi les autres manuscrits historiques, et sans parler de ceux qui, par leur antiquité, mériteraient cependant une exception, comme un Apicius, de re cibaria, du neuvième siècle, on remarque du treizième siècle, un Orso de Beauvais, deux manuscrits de Geoffroy de Montmouth, une Chronique de Saint-Denis. Du quatorzième siècle, le trésor des histoires, Guillaume de Nangis, l'histoire de Duguesclin, les ordonnances des rois Philippe et Louis, Liber liber tatum pro patriaDalphinalns.
Xl«Yin INTRODUCTION.
Du quinzième siècle, les chroniques de Jean de Courcy, Froi&sard, Jean de Sainte-Terre, etc., Coutumes de Normandie , Compotus monete Andegav . Terrier du captai de Buch, Ordonnance du roi Philippe sur la vente des bois. Enseignements de saint Louis à la reine de Navarre, sa fille (inédit). Apothéose de Philippe~le-Bon , etc. Du seizième siècle , Privilèges de la vicomte de Turenne , Fiefs et seigneuries de Craon , Nobiliaire de Normandie , Trésorerie de la marine en 1586, Funérailles d'Anne de Bretagne, etc. Enfin, dans des temps plus modernes, indépendamment de quelques collections importantes d'autographes, soixante-cinq volumes du Glossaire de Sainte-Palaye , soixante-deux volumes des registres de la chambre des comptes : inventaire des archives du royaume , etc.
En présence d'une masse si considérable de documents inexplorés , je ne me suis laissé ni effrayer ni éblouir de leur immensité et de leur diversité merveilleuse ; au lieu d'y choisir à la hâte, pour en former un faisceau plus brillant que solide, quelques-uns des documents les plus curieux, dont la transcription isolée eût encore augmenté les difficultés qu'on éprouve déjà à connaître les documents publiés de ceux qui ne le sont pas, j'ai cru devoir procéder immédiatement au dépouillement régulier et complet de tous les documents qui peuvent nous intéresser, et j'ai commencé ce travail ingrat , obscur, et que je savais bien que je ne finirais jamais , de manière à ce que les travailleurs qui viendront après moi ne trouvent pas leur besogne rendue de plus en plus difficile à mesure que son importance diminue, et que la science puisse espérer de voir enfin arriver un jour où toutes ces richesses seront mises à sa portée.
Après un séjour de quelques mois à Londres , je revins en France , rapportant avec plusieurs des copies que je publie aujourd'hui une indication sommaire d'un grand nombre d'autres actes curieux, et le projet d'une publication destinée à faire successivement connaître tous les documents français qui se trouvent en Angleterre. M. le Ministre de l'instruction publique voulut bien approuver le plan de mon travail, et je lui demandai en conséquence de vouloir bien aussi m 'autoriser à retourner Londres, pour achever la transcription des documents destinés à former le premier volume d'une publication dont il reconnaissait lui-même l'importance et l'utilité. Sous divers prétextes, la réponse de M. Yillemain fut de jour en jour retardée, et dans l'intervalle, M. Léon de Wailly reçut la prétendue mission dont j'ai parlé (page xlii); mais enfin, après beaucoup d'hésitations, cédant sans doute aux nouvelles instances de M. Augustin Thierry, M. Yillemain, qui non-seulement avait approuvé mon plan de publication, mais l'avait lui-même modifié dans certaines parties, voulut bien m'accorder deux mois et demi de séjour à Londres.
Je partis donc, plein d'espoir dans la réussite de mes projets : en effet, quelque