‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 35 sur 331 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Archives ds Chrild-Hall ou de la mairie de Londres.

ARTICLE PREMIER

Édifice de GmM-HalI; divisions des archives.

L'entrée des archives de Guild-Hall n'est pas publique , et la ville de Londres accorde très-difficilement la permission d'y entrer. En communiquant des pièces historiques , elle s'exposerait à laisser voir des actes qu'elle est intéressée à ne pas faire connaître : elle n'a d'ailleurs ni local ni fonctionnaires exprès pour communiquer ses archives au public.

Ainsi donc, je. dois avant tout témoigner ici ma reconnaissance au très-honorable sir John Pirie , alors maire de Londres , et au conseil municipal tout entier, pour la faveur exceptionnelle et spéciale qu'ils voulurent bien m' accorder, malgré les difficultés et les désagréments que ma demande devait entraîner. Je dois aussi remercier M. Edward Tyrrell, remembrencer de la Cité, qui m'introduisit dans les archives, qu'il connaît si bien ; M. Merewether, town-clerb, qui justifie si complètement , sous tous les rapports , le choix honorable dont il a été l'objet , et qui , depuis sa nomination, a mis toute l'obligeance possible à faciliter mon travail; mais je dois aussi remercier bien vivement MM. les employés des bureaux de la mairie, dont la complaisance, pendant plus de trois mois que j'ai passés à Guild-Hall, occupant la place de l'un d'eux, et les fatiguant tous de ma présence et de mes demandes continuelles, ne s'est pas un seul instant démentie.

Le bâtiment d'architecture bizarre qu'on nomme Guild-Hall (gildae-aula) , situé à Londres, à l'extrémité septentrionale de King Street , dans Cheapside, n'est point aussi ancien que son nom pourrait le faire supposer. La partie la plus antique de l'édifice actuel ne remonte pas au delà de l'an 1411 : on en trouve la preuve dans la

SECONDE PABTUS, CHAPITBE PREMIER. U

Chronique de Londres (1), et les registres même de Guilè-Hall, où il est fut mention d'une partie des sommes employées à cet objet (2). Il est assez probable qoe le bâtiment de 1411 fut construit sur remplacement même, ou dans le voisinage de l'ancienne salle de la ghilde , si du moins l'ancienne ghilde des bourgeois avait un local spécial; mais rien ne l'indique aujourd'hui, et c'est à peine s'il subsiste quelques restes de la construction commencée dans les premières années du quinzième siècle. La grande salle actuelle est d'une construction bien postérieure à 1411, et beaucoup plus grande sans doute que ne l'était celle de cette époque; car une crypte, ou salle souterraine , au-dessus de laquelle est bâti le monument actuel, n'occupe que la moitié du dessous de ce bâtiment , tandis qu'elle occupait très-probablement toute la longueur delà construction du quinzième siècle. Du reste, cette curieuse crypte et le porche, ou vestibule, par où l'on entre au midi dans la grande salle actuelle, sont les seuls restes évidents de l'ancienne construction de Guild-Hall : les autres parties ont été détruites-, ou sont cachées par des bâtiments nouveaux.

Les clefs de voûte de la crypte et du porche sont ornées alternativement des armoiries actuelles de la ville de Londres, et de celles qu'on attribue au dernier roi de race saxonne. On s'explique assez difficilement le bizarre rapprochement des armoiries de la ville moderne de celles d'Edward le Confesseur. Doit-on y voir la consécration d'une tradition attribuant au saint confesseur la première concession d'une ghilde? ou bien une protestation populaire, témoignant que les libertés de la ville remontent à des temps plus anciens que la victoire de Guillaume le Bâtard? Dans ce dernier cas , avait-on voulu , même au quinzième siècle , choisir Edward comme le dernier représentant et la plus complète expression d'une société détruite? C'est ce qu'il est bien difficile aujourd'hui d'établir autrement que par des conjectures (3) ; mais, quoi qu'il en soit, et malgré ces écusaons d'Edward le Confesseur, il ne peut venir à la pensée d'aucun archéologue que les constructions dont nous venons de parler soient antérieures à la conquête des Normands.

Les archives de Guild-Hall, comme celles de toutes les anciennes et grandes

(1) AUo in this y ère the yelde halle of London was begonne to make newe. Chroniele ofLondon from 1089 to 1483. London 1827.

(2) Ad novum opxu Gvyhaldœ. Archives de la mairie de Londres, reg. K, passim.

(3) Cet Edward, dont le règne est placé entre deux invasions comme pour empêcher de les confondre, devint après sa mort doublement cher au patriotisme des Anglais. On oublia le passé» on ne vit plus en lui que le restaurateur des anciennes lois d'Ethelred, après l'expulsion des Danois, et la personnification des temps meilleurs, depuis l'établissement des Normands. Il fut aimé de toute la haine qu'on portait aux deux invasions , et son nom résuma tous les regrets et toutes les espérances. Non-seulement on en fit on saint, mais tout ce qui venait de lui fut sacré. Dans toutes les calamités, on réclamait sans cesse l'exécution des bonnes lois d'Edward ; plus tard, l'élection des maires eut lieu le jour de Saint-Edward ; enfin, un passage de Thomas Clifford, écrivain du douzième siècle, cité par Stow, semble confirmer pleinement toutes mes conjectures sur la vénération des habitants de Londres pour saint Edward, en disant qu'il fut enterré à Westminster, non loin de la ville et sur les bords du fleuve, pour être plus près des marchands qu'il avait aimés.

UTl INTRODUCTION.

communes , se divisent en deux parties bien distinctes : les archives anciennes, dont on se sert peu ; les archives modernes, qui sont d'un usage journalier. Je ne me suis occupé que 4e la première partie , car c'était là seulement que je pouvais espérer de trouver des renseignements utiles à notre histoire.

La portion des archives visitées par moi à Guild-Hall , et que je désigne sous le nom d'historiques, se compose : d'une collection de chartes originales; du répertoire ; des rolles des testaments ; des cartulaires et autres manuscrits , dont quelques-uns n'ont aucun rapport aux affaires de la Cité ; des registres de la mairie.

§ 1er. Collection de chartes originales.

On trouve è Guild-Hall quelques chartes antérieures à la conquête des Normands ; mais ce ne sont que des copies :

Ainsi, il existe (1) une confirmation par Edward III des chartes de l'église de Cantorbury, où sont rapportées des chartes de Henri II, Henri Ie* et Guillaume le Conquérant. 11 y en a même une d'Edward le Confesseur, dont le texte est en anglo-saxon. Un autre (2) contient la transcription d'un document qui remonterait bien plus haut encore, s'il était possible de lui assigner une date. Dans une espèce de cartulaire de l'église de la Sainte-Trinité de Londres, inséré dans les registres de la mairie, je ne sais par qui ni pourquoi, mais par une autre main que celle de l'écrivain ordinaire du registre, se trouve le récit fabuleux de la fondation de l'église de la Trinité, du temps de Ruwtus. Treize chevaliers fort aimés du roi lui demandèrent la concession d'une terre abandonnée {pro nimia servitute derelictam). Ruwtus la leur accorda , mais à condition que chacun d'eux soutiendrait trois combats singuliers sur terre, dessous terre et sur l'eau : après ces trente-neuf combats , les chevaliers devaient encore jouter pendant tout un jour contre quiconque se présenterait. Ces conditions, comme on s'y attend bien, furent exactement remplies, et le roi leur donna la terre appelée depuis Ruyltegilde. On se doute bien aussi que le narrateur n'oublia pas d'assigner à cette terre des limites beaucoup plus certaines que son récit n'est authentique. Cependant son imagination fut embarrassée pour l'une des confrontations de cette donation imaginaire. Du côté du midi la Ruyltegilde touchait à la Tamise; n'osant faire donner à son église la totalité du fleuve, immédiatement au-dessous du port de Londres , il devenait difficile de fixer d'une manière précise la partie de la Tamise jointe à cette donation ; mais notre chroniqueur trouva cependant moyen de la déterminer : il leur donna, dit-il, de la Tamise, aussi loin que pour-

TO

(1) Registre 6, fol. 166

(2) Registre C, fol. 134 et suivants,

* SECONDE PABXIE , CHAPITRE PREMIER. LVÏI

rait s'étendre le jet de la lance d'un chevalier, entré dans l'em avec son cheval , à marée basse.

Le plus ancien document de la collection des chartes originales dt la ville de Londres est la fameuse charte que Guillaume le Conquérant lui donna Tan 1067. Les autres pièces de ce nombreux et précieux recueil sont également relatives aux libertés de la commune ; et j'aurai plus tard l'occasion d'en citer quelques-unes ; il suffira de parler ici du soin que Ton apporte à leur conservation. Ces chartes, enfermées dans des compartiments de caisses construites exprès , sont déposées dans une chambre à V épreuve de l'incendie. Quand les chartes ont conservé leurs sceaux, on a placé ceux-ci dans des boites en bois dur, tournées et vissées, doublées intérieurement de velours, et dans lesquelles les sceaux, déjà enveloppés d'un patit sac d'une étoffe moelleuse, sont préservés de toute cause de destruction.

Il y a sans doute longtemps qu'on use à Guild-Hall de ces précautions religieuse» envers ces fragiles et précieux monuments des siècles passés, car plusieurs de ce» empreintes vénérées sont dans un état de conservation si parfait , qu'elles semblent être encore à fleur de coin. Un sceau de Jean Sans-Terre est surtout remarquable par la fraîcheur de sa conservation ; on dirait qu'il vient de sortir du moule. Le sceau de la charte du Conquérant est brisé; mais l'on garde avec soin des fragments de cire qui, dit-on, en ont fait partie. Le plus ancien des sceaux conservés en entier est un sceau du règne de Henri Ier.

La ville de Londres ne s'est pas bornée à prendre toutes les précautions imaginables pour préserver ses chartes de toute cause de destruction , elle a voulu assurer encore et perpétuer, pour ainsi dire, leur durée, au moyen d'une transcription destinée, autant que possible, à tenir lieu des originaux. A l'exemple des villes du moyen âge, qui faisaient transcrire avec soin toutes leurs chartes, l'administration municipale de 1832 eut la généreuse pensée de rendre à la ville, autant qu'il dépendait d'elle, le grand livre des chartes et des libertés (1), qui était perdu, et de laisser en même temps à la postérité un monument qui pût attester l'état de perfection de la calligraphie anglaise au dix-neuvième siècle. Deux magnifiques volumes, grand in-folio, contiennent, l'un, la transcription minutieusement exacte de toutes les chartes de la ville , quelques-unes même sont reproduites par de trèsbeaux fac simile ; et l'autre, la traduction mot à mot, en anglais, des mêmes chartes. Le tout, orné de belles miniatures représentant les armoiries de la ville et celles des principaux fonctionnaires municipaux, est revêtu d'une somptueuse reliure. Le» soins qu'exige la conservation de cette reliure splendide assurent en quelque sorte la conservation des volumes eux-mêmes.

(1) Le registre E, f. 17iTO, fait mention d'un volume qui existait à Guild-Hall en 1327 et ne se retrouve plus; il est désigné par ces mots : In magno libro de eartis et libertatibus civitatis.

Vmi WTBODUCTIOIU

S 2. Répertoire et rôles des testaments.

Il existe dans les archives de Guild-Hall, sons le titre de Repertorium et recordatorium civitatis, une longue suite de registres in-folios, qui commence au règne de Henri Y et se continue encore aujourd'hui. L'examen attentif des notes qui servirent de minutes aux clercs de la commune, amènerait sans doute la découverte de quelques renseignements curieux et qui ont été peut-être omis dans les registres faits d'après ces minutes ; mais ce travail, indispensable pour quiconque s'occupera d'une histoire de Londres, m'a paru présenter peu de chances d'amener la découverte de documents importants et nouveaux pour notre histoire ; et comme d'ailleurs je n'ai connu l'existence de cette collection qu'après avoir déjà parcouru les registres, je ne l'ai point examinée.

J'ai cru également inutile de dépouiller la collection de six cent cinquante-sept rôles de testaments ; quoique cette collection remonte à la trente-septième année de Henri III (1253), il est probable qu'elle contient bien peu de renseignements utiles à l'histoire de France.

$ 3. Cartulaires et autres manuscrits.

La mairie de Londres possède, indépendamment des archives qui lui sont propres, quelques cartulaires qu'elle a fait faire et quelques manuscrits dont elle est devenue propriétaire, par des circonstances tout à fait inconnues. Ces divers manuscrits seront décrits dans la troisième partie de cette introduction, au chapitre III. Il suffira de rappeler ici les noms qui servent à les désigner.

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