‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 38 sur 331 · SECONDE PARTIE, CHAPITRE PREMIER. UT · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE, CHAPITRE PREMIER. UT

diritur in latina.. . In carta vero régis Henrici, filii dlcti Willelmi, dédit en licenciam eligendi justiciarium de se ipsis... sic ut qui nunc major et justiciarius vocabatur.

$ 2. Effets de la conquête sur l'organisation politique de la ville de Londres.

Si l'on examine, en laissant de côté les divers systèmes qui prévalurent au moyen Age, et sans approfondir les questions que soulève l'origine de la municipalité , le» documents qui font connaître la constitution politique de Londres, depuis l'époque de la conquête jusqu'à l'année où la mairie fut pleinement et complètement établie , et où l'histoire de ses révolutions existe , sinon bien connue, du moins facile à reconstruire, les faits principaux qu'on y découvre sont ceux-ci :

La charte que Guillaume le Conquérant accorda, Tan 1067, aux habitants de Londres, est le plus ancien document original renfermé dans les archives de Guild- Hall ; mais, quoi qu'en disent les habitants de Londres dans leur procès contre les chanoines de Saint-Martin-le-Grand, il n'y est nullement question du consentement accordé par le parlement de Guillaume.

Les Londoniens avaient sans doute regardé la conquête comme un fait qui donnait au vainqueur un pouvoir absolu sur la personne et les biens des vaincus , puisqu'ils reçurent de Guillaume, comme une faveur importante, la garantie que désormais leurs fils pourraient hériter de leurs pères.

Il semble, au premier aspect , qu'on pourrait dire , conformément à l'esprit des idées dont je viens de parler, que le magistrat désigné sous le nom de portgrava était en effet, quoiqu'il eût conservé son nom saxon , l'homme du roi, et non celui du peuple, puisqu'il est peu probable que le vainqueur ait laissé à des gens auxquels le droit de succession n'était pas même reconnu, le droit de choisir eux-mêmes leur gouverneur. Il paraît cependant certain qu'il en fut autrement. Il importait en effet assez peu au vainqueur que ce fût tel ou tel qui marchât en tète du troupeau. Le Conquérant avait trop d'autres affaires à régler, et trouvait fort bien qu'une équitable répartition de l'impôt lui permît d'en augmenter la somme sans être personnellement responsable des mécontentements que les mesures de détail pouvaient soulever. Il laissa donc les habitants de la ville se gouverner eux-mêmes, et il se passa à Londres le même fait qui s'était passé lors de la destruction de l'empire romain . L'introduction de la civilisation normande en Angleterre eut pour résultat à peu près les mêmes effets que l'introduction des barbares avait produits au milieu de la civilisation romaine. L'agrandissement des pouvoirs municipaux, loin d'être troublé par la conquête, se trouvaau contraire aidé et accéléré. L'espèce d'association ou de solidarité qui existait déjà entre les habitants de Londres, resserrée et comprimée, s'il est permis de s'exprimer ainsi, acquit promptement un degré d'énergie inouï, et Ton peut

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dire que c est h l'excès même de son abaissement que la ville de Londres fat redevable de la grandeur et du pouvoir qu'elle conquit en peu de temps.

Le vainqueur accorda tous les droits qui pouvaient assurer une tranquillité extérieure, aussi profitable à lui-même qu'à ceux auxquels il la laissait. Londres, gouvernée par ses propres magistrats et conservant ses anciennes lois et coutumes, échappa à la plupart des maux qui furent la suite de la conquête. Elle fut comme une exception dans le royaume, et de plus, comme elle offrait, quelque grossier et quelque imparfait qu'il fôt, un corps organisé au milieu du désordre, elle acquit, par la force même des choses, une influence et une prépondérance d'autant plus grandes qu'après avoir tout détruit, la force envahissante se divisa et perdit beaucoup de son intensité. Londres eut bientôt acquis sous les rois normands plus d'influence et de puissance qu'elle n'en avait eu sous les rois saxons. Les événements marchèrent de telle sorte, que déjà, lorsque vivaient encore quelques-uns des Normands qui les premiers 'avaient mis le pied sur le sol de la conquête, ces vaincus, auxquels Guillaume avait fait une grâce en permettant que leurs fils pussent hériter de leurs pères, avaient acquis une telle prépondérance, qu'ils décidaient de l'héritage royal et l'enlevaient à leur gré à Mathilde pour le donner à Etienne.

Un peu plus tard, lorsque l'aristocratie normande imposa ses lois aux rois qu'elle voulait bien conserver, la puissance roturière de la cité de Londres marcha de front avec celle des plus hauts barons ; elle imposa à son tour ses lois aux vaincus ; la grande charte stipula les droits des villes d'Angleterre, et toute infraction aux privilèges de Londres dut être regardée comme une infraction aux lois du royaume.

C'était la première année de son règne que Guillaume avait accordé à la ville la charte dont je viens de parler ; il n'y eut donc qu'une interruption bien courte dans la manière dont Londres fut légalement administrée. Elle fut, comme je viens de le dire , une exception au milieu de l'Angleterre dévastée ; son administration et ses lois restèrent les mêmes; il n'y eut pour ainsi dire de changé que le propriétaire de la ferme et le prix du bail. Les mêmes divisions territoriales subsistèrent. Londres sous les rois saxons avait été divisée en plusieurs ghildes, gardes ou quartiers, présidés chacun par un alderman, et formant autant de cités dans la cité même. Cet état de choses ne changea pas après la coiftpiète, chaque jgarde conserva une espèce d'administration particulière (1). J'ai trouvé une preuve curieuse de ce fait dans un procès que la ville eut à soutenir au commencement du quinzième siècle. Il en résulte qu'un des quartiers de Londres avait conservé après la conquête le nom qu'il

(1) Une circonstance bien peu importante prouve que, même à la fin du quatorzième siècle, cette organisation subsistait encore. Les prud'hommes d'une garde vinrent demander à la commune la permission de faire abattre et vendre un vieil orme qui croissait près des murs, pour, du prix, acheter une grande corde. Reg. E, fol. 27.

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