‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 39 sur 331 · SECONDE PARTIE, CHAPITRE PREMIER. LXTO · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE, CHAPITRE PREMIER. LXTO

portait anciennement, celui de ghilde des chevaliers anglais [Engliskknightgelde), et que sous Henri Ier les descendants de ces nobles saxons, fatigués d'une existence désormais sans liens avec les mœurs nouvelles, avaient donné leurs habitations à l'Église. J'ai cru devoir transcrire ce passage curieux.

Ad ostendendum et probandtun quod hospitale sancte Katerine, etc., sunt et a toto tempore cnjus contrarii memoria hominum non existit, fuerunt in et de liberlate civîtatis London. et parcella warde de Portesokcam , extra Algate, in suburbiis ejusdem civitatis, major et communitas ejusdem civitatis dicunt quod, tempore Willelmi Conquestoris... antea dicta warda de Portesokcum, vocata fuit soka de Ânglisshknightgelde et quod postea, circiter annum octavum régis Henrici prirni, quidam Ramundus, filius Algordi... et plures alii, valentes cives Londonienses, ex antiqua nobilium inilitum Anglorum progenie procreati, qui gilde libertatem habuerunt in soka predicta et de tota terra in eadem soka seisiti fuerunt, sicut patet per cartam ejusdem régis Henrici, sokam et terram îllam... dederunt ecclesie... quod donum idem dominus Henricus, per cartam suam quam similiter idem major et comunitas proférant, confirmavit (1).

Ce fait remarquable qui avait frappé Madox, mais dont il n'avait pu se rendre compte (2), confirme pleinement le système de la formation des municipalités anglaises, établi avec cette rectitude et cette hauteur de vues qui le caractérise par M. Augustin Thierry. Dans l'admirable tableau où cet illustre écrivain nous a si bien fait voir sur quelle magnifique et grandiose base il allait asseoir la plus belle et la plus vaste entreprise littéraire qui ait été conçue en aucun temps (la collection des monuments de l'histoire du tiers-état) , M. Augustin Thierry s'eiprime ainsi : « En » Angleterre, la ghilde Scandinave s'établit à côté de l'organisation cantonale des » Anglo-Saxons ; mais en se plaçant à côté d'elle, non en se fondant avec elle pour » former de deux éléments divers une nouvelle constitution. Il y eut une ghilde des

» bourgeois, et non de tous les bourgeois une cité politique en quelque sorte

» plus étroite que la cité territoriale (3) . »

Nous venons de voir en effet qu'il existait à Londres, indépendamment des autres ghildes particulières , une ghilde des chevaliers. Le principe tout personnel de ces ghildes, quoique vicié par l'introduction du principe territorial de la commune, se modifia, se transforma, mais se maintint enfin malgré la conquête ; il n'en fut pas de même de la ghilde des chevaliers, sa nature même l'empêcha de subsister à côté des idées nouvelles, elle ne put résister longtemps et vint bientôt après s'éteindre dans l'Eglise.

Il n'est peut-être pas inutile d'ajouter que le fait de l'existence des anciennes di-

(1) Archiv. de la mairie de Londres, reg. K, fol. 56 T°.

(2) Thomas Madox. Firma burgi, fol. 23.

(3) Aug. Thierry, Récits mérovingiens, tom. I, fol. 299.

UVI11 INTRODUCTION.

TÎsions territoriales en Angleterre après la conquête n'a rien qui doive surprendre , lorsque, de nos jours et sous nos yeux, il se passe è Londres un fait analogue à celui qui arriva au onzième siècle. Les conquêtes de la civilisation et de l'industrie de notre siècle éprouvent dans la métropole de l'Angleterre les mêmes résistances que la conquête des Normands y avait déjà rencontrées. De tous côtés, Londres s'est agrandie, les murs de l'ancienne cité ont été débordés, les barrières abattues ; la ville nouvelle a renfermé dans son sein plus de dix fois l'espace de l'antique capitale ; quand l'étranger s'y promène et passe sans obstacle de la Tour à la Cité, à la Savoy, à Westminster et plus loin encore, il croit être resté dans la même ville et cependant dans cet immense espace, les anciennes divisions ont conservé leurs limites : à Régent7 s Parkj il n'était plus sous la même loi qu'à Uyde Park ou dans le Strand : il y a telle rue qui dans sa longueur change trois ou quatre fois de juridiction.

$ 3. Établissement et développements de la mairie*

Le maire, premier magistrat de l'association territoriale ou de la commune, ne remplaça complètement à Londres le portgrava, premier magistrat de l'association personnelle ou de la ghilde, qu'à la fin du douzième siècle. Le portgrava est encore mentionné dans une charte accordée par Henri II aux tisserands de Londres en 1 184; mais ces fondions, successivement modifiées par l'introduction des idées nouvelles, ne ressemblaient, pour ainsi dire, plus à ce qu'elles avaient été du temps des rois saxons ; et lorsque, cinq ans plus tard, les habitants de Londres obtinrent, à l'avénement de Richard Cœur-de-lion, la création d'une mairie, cette transition d'une magistrature qui s'éteignait à une magistrature naissante fut à peine remarquée.

Le premier maire fut Henri Fitz-Elwyne , descendant sans doute , comme son nom l'indique, d'une famille saxonne (1) ; mais fut-il nommé par le peuple ou choisi par le roi? Quelle était la forme et l'étendue de son pouvoir? On ne peut jusqu'ici répondre à toutes ces questions que par des conjectures. Tout ce qu'on sait de por sitif, c'est qu'il fut maire pendant le reste de sa vie, c'est-à-dire à peu près pendant vingt-cinq ans, et que de son vivant les habitants de Londres avaient déjà obtenu une modification importante à leur nouvelle organisation politique. En effet, la première année du règne de Jean Sans-terre, vingt-cinq des meilleurs citoyens furent adjoints «m maire pour l'aider à diriger les affaires de la Cité (2).

il) On trouve, dans plusieurs registres et dans le M"" De antiquis legibus, des listes des maires de Londres qui n'ont encore été publiées par personne : mais M. Edward Tyrell, dont j'ai déjà eu l'occasion de louer les utiles travaux, s'est occupé du soin de recueillir tous ces témoignages épars, et possède aujourd'hui une liste complète des maires de Londres.

(2) Hoc anno fuerunt XXV electi de discretioribus civitatis et jurati pro consulendum civitatem una ru m majore... etc. Archives de la mairie de Londres; De antiquis legibus liber.

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