‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 40 sur 331 · SECONDE PARTIE, CHAPITRE PREMIER. LUX · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE, CHAPITRE PREMIER. LUX

La quinzième année du règne de Jean Sans-terre, l'an 1214, Henri Fitz-Elwine mourut ; les habitants de Londres profitèrent de cette circonstance pour obtenir une nouvelle et importante modification à leur constitution communale : le roi leur permit de choisir eux-mêmes leur maire, et de pouvoir le changer tous les ans. J'ai remarqué que les Londoniens usèrent d'abord avec modération de ce nouveau droit ; ils réélurent le même maire pendant trois, quatre, six et même sept années de suite.

Quoi qu'il en soit, la commune normande fut dès lors complètement constituée à Ijondres. II parait qu'elle se maintint à peu près dans le même état jusqu'au milieu du treizième siècle ; mais a cette époque, les fréquentes révolutions qu'elle éprouva rendent très-difficile de suivre les nombreuses vicissitudes de son existence orageuse. C'est à peine si l'on peut en suivre le fil à l'aide de la chronique du De antiquis legibus liber. D'après ce chroniqueur anonyme, en 1254 le roi se saisit de la mairie , sous prétexte que le maire n'avait pas fait exactement observer les ordonnances sur la vente du pain et de la cervoise. Il s'éleva même à cette occasion une contestation curieuse et bien caractéristique. Le roi voulait rendre la commune responsable des vicomtes, puisque c'était elle qui les nommait , et la commune ne voulait pas en répondre, parce qu'elle était obligée de faire ratifier leur élection.

Dix ans plus tard, en 1265 , les citoyens de Londres,. dit la même chronique, ayant placé sous la volonté du roi leurs vies, leurs membres et leurs biens, par suite des transgressions commises de complicité avec le comte de Leycester, il fut nommé un gardien de la Cité, et les vicomtes n.e furent pas élus.

L'année suivante, 1266, la ville resta sans maire ni gardien , parce que le gardien avait accompagné le comte de Glocester. Après la paix, le roi désigna un autre gardien ; mais les citoyens nommèrent leurs vicomtes, tandis que Tan 1267 ce fut le roi qui les nomma... etc.

A la date de 1272, la même chronique révèle un fait (1) important qui a néanmoins échappé jusqu'ici aux auteurs qui se sont occupés des révolutions municipales de Londres. Cette année, dit-elle, le maire fut élu à la Croix de Saint-Paul, in pleno folkesmolo. L'assemblée du peuple, désignée sous le nom de folkesmoto, se tenait donc à la Croix de Saint-Paul, tandis que l'autre assemblée, désignée sous le nom de husiing , se tenait à Guild-Hall. C'est aussi à la Croix de Saint-Paul, in pleno folkesmoto, que le roi, prêt à quitter l'Angleterre, venait prendre congé de son peuple, ou plutôt, selon l'expression de la chronique, venait demander la permission de passer la mer (2). C'est donc encore un autre point k éclaircir dans l'his-

(1) De antiquis legibui liber, fol. 157.

(2) Cepit licenciant à populo transfrettandi, sicut anlea fecerat... De antiquis legibuê liber, fol. 79.

U* «THOWCTION.

twe de Londres que celui de savoir à quelle époque l'élection du maire passa de la commune assemblée sur la place publique à la commune assemblée dans la salle de l'ancienne ghilde.

Jusqu'à la fin du treizième siècle on continue à trouver de précieux documents sur T histoire municipale de Londres dans la chronique du De antiquis legibus Uber, et quand cette chronique cesse, les registres de la mairie sont déjà corn-* mencés et fournissent des renseignements plus nombreux et plus précis encore que ceux donnés par la chronique ; mais dès lors l'abondance même de ces actes m'oblige à ne pas les analyser, et je me bornerai à indiquer quelques-uns des plus curieux de ces documents.

L'un de ces derniers est le récit de ce qui se passa en 1298, lorsque Edouard Ier restitua à la commune de Londres le droit de nommer un maire (1). La mairie avait été saisie pendant quatorze ans, et le gardien (custosj nommé par le roi avait été le drapier Ranf-Sandwyche. La restitution de la mairie était donc un événement qui intéressait vivement la commune. Le greffier de Guild-Hall en a conservé, jour par jour, tous les détails.

Le mercredi de Pâques, dit-il, le roi manda à Westminster les aldermen et douze prud'hommes, et leur annonça que, de l'avis de son conseil, il leur restituait le droit de nommer un maire. Le vendredi suivant , les aldermen , assemblés avec douze hommes de chaque garde, élurent l'ancien maire, Henri le Gallois ou le Galeys, et ce ne fut que le lundi d'ensuite qu'on lut au peuple assemblé l'acte par lequel le roi avait restitué à la commune le droit d'élire un maire (2). Le mercredi, Henri Legallois fut présenté au roi , et lui prêta serment. Deux jours après, le vendredi , le nouveau maire quitta Londres pour aller, par ordre du roi , dans le comté de Lincoln , et choisit deux aldermen pour le remplacer pendant son absence (3) .

(1) Reg. B, fol. 38 et suiv.

(2) Il serait boa de noter avec soin les dates, en apparence insignifiantes, du jour des élections des maires. Il est probable qu'elles n'ont pas été choisies au basard, et si Ton trouvait qu'elles sont uniformément les mêmes dans les plus anciennes cités, on pourrait en tirer des conjectures assez importantes.

(3) Henri le Gallois, Galeys, Wallis ou Walace, appartenait à la corporation des cordonniers de Londres. Il fut nommé vicomte, en 1270, en même temps que Grégoire de Roskeley. Trois ans plus tard, cet deux collègues , on pourrait presque dire ces deux rivaux , furent encore élus vicomtes. Il exista une espèce d'antagonisme entre ces deux personnages, et Henri Legallois, que son nom et son caractère semblent au premier aspect présenter comme l'élu du parti populaire, fut, au contraire, à ce qu'il paraît, l'bomme du pouvoir royal. En 1274, Legallois parvint à faire déposer le maire, partisan du parti populaire, et fut élu à sa place; mais il ne resta en fonctions qu'un an, et G. de Roskeley, qui lui succéda, le fut pendant sept ans. De maire de Londres, Legallois devint, en 1275, maire de Bordeaux. Notons, en passant, qu'en sa qualité d'ancien maire de Bordeaux, il dut prendre une part active aux querelles que la ville de Londres suscita aux marchands bordelais, et cette circonstance ajoute un nouvel intérêt à l'histoire déjà si curieuse de cet homme remarquable.

La dixième année d'Edward Ier, Legallois fut de nouveau nommé maire de Londres. Il était, à ce qu'il parait, fort riche : ayant appris, en 1284, que le roi manquait d'argent, non-seulement il facilita à des marchands-de Loques les moyens -ëe lui en prêter, mais il prêta lui-même 400 £ (Wouv. Rymer , tom. 1,

SECONDE PASTIS, CHAPITRE PREMIER. LXXl

11 est probable que cette fois l'absence du maire devait être de peu de durée; car en 1299 le même Henri Legallois, ayant été chargé d'une mission par le roi, obtint la permission de faire nommer un maire provisoire , et le registre nous a conservé le procès-verval de l'élection de ce maire par intérim (1). Il était , à ce qu'il paraît, d'usage que les maires de Londres se fissent officiellement remplacer ; car, en 1307, le roi voulant créer J. le Blond, drapier et maire de Londres, chevalier au parlement de Carlisle, celui-ci fit nommer quatre prud'hommes pour le remplacer pendant son absence (2). Du reste, la faveur que le roi voulait faire au maire de Londres en lui conférant le titre de chevalier, n'était pas aussi remarquable qu'on serait tenté de le supposer si l'on oubliait que les rois , recherchant , par tous les moyens possibles, l'occasion d'accroître le nombre de cette partie de leur milice , en étaient venus jusqu'à offrir une espèce de prime d'encouragement à ceux qui consentiraient à contracter les obligations que ce titre imposait. On voit dans Rymer que, le 6 avril 1306, le même Edward avait écrit à tous les vicomtes de faire proclamer que ceux qui voudraient être reçus chevaliers eussent à se présenter au trésorier de la garde-robe royale, qui leur délivrerait tous les équipements nécessaires

On sait que les nombreuses guerres qu'Edouard Ier avait eues a soutenir avaient épuisé ses finances. Les tristes ressources auxquelles il fut obligé de recourir, pour se procurer de l'argent pendant les dernières années de son règne, sont asseï connues par les divers témoignages des écrivains contemporains ; mais les registres de Guild-Hall nous ont conservé un curieux témoignage du degré de discrédit dans lequel il était tombé. En 1301, il fut obligé d'avoir recours à ses bonnes gens de la ville de Londres, et leur disait : « Nous avons entendu par les purveours de nostre

pag. 044). Le roi ne fut point ingrat, et lui donna, en Guyenne, les châteaux de Puyguillem, Fonroque, Beaulieu, Villefranche» Beaumont, Saint-Jean de Molières, Lalinde, etc. En 1289, il lui donna encore cent sadons de terre dans la forât de Bordeaux (Rôles gascons).

C'est dans cette période de sa mairie que Legallois ordonna au greffier de Guild-Hall, contrairement à l'un des statuts du parlement d'Âcton-Burnel, de continuer à recevoir les déclarations de toute espèce, et donna lui-même l'exemple en faisant enregistrer ses créances. Au bout de trois ans, Legallois fut de nouveau remplacé par Roskeley, sur qui la mairie fut saisie par le roi. Pendant la saisie de la mairie, en 1290, Legallois, ayant prêté au roi 5 £, fit enregistrer sa créance à Guild-Hall; et lorsqu'en 1298, Edward Pr restitua les libertés de la ville, ce fut probablement à condition que Legallois fût choisi pour maire; du moins ce fut lui qui fut nommé, et c'est alors que le roi lui permit de désigner deux citoyens pour le remplacer pendant son absence. Legallois, profitant de sa réélection, mit tellement d'entraves au commerce des villes rivales de Londres, que l'archevêque de Gontorbury fut obligé d'intervenir au nom des barons des Cinq Ports, et la persistance de Legallois causa un des plus grands et des plus célèbres procès commerciaux qui aient eu lieu. C'est encore pendant la mairie de Legallois que la ville de Londres consentit à se charger de payer les dettes des chevaliers de Guyenne (n° LVI).

Selon Stowe, H. Legallois fit construire à Londres une grande quantité d'édifices publics. Il mourut le 29 juin 1302, sans doute dans un Age très-avancé, puisqu'il y avait plus de trente-deux ans qu'il remplissait des fonctions publiques. Je puis m'être trompé dans l'appréciation de quelques circonstances de la vie de cet homme; mais je me féliciterai toujours d'avoir été le premier à les réunir et à les signales.

(1) Reg. B, fol. 99*<>.

(2) Reg. C, fol. 88.

LXXII INTRODUCTION

» grant garderobe que les marchanns des queux hom soleit prendre a nostre oeps » cyre, espicerie, draperie pelure, lingeteyle , canevaz et autre chose font ore grant » dangier de rien bayller et devienent tôt estranges par la reison qu'il ne unt eu » nule seurete avant ces houres d'estres payez (1). »

Cet état déplorable ne s'améliora point jusqu'à la mort d'Edward Ier. La manière dont fut proclamé à Londres le changement de règne mérite d'être rapportée. « Nous vous manndons qe vous faciez crier nostre pees en nostre cite de Londres , » en la fourme contenue en une cedule qe nous vous enveoms enclose denz cestes » lettres. Donne souz nostre prive seal lequel nous usâmes avant qe nous receumes » legouvernemt de nostre roiaume, a Cardoil, le 23 juyl, l'an de nostre règne » primer. » Le maire fit proclamer cette lettre , en y ajoutant : « Corne le très » noble prince» sire Edward, qui estoit nagueres roi d'Engleterre, soit a Dieu » commande et nostre seignur, sire Edward, son fuiz et son heir soit jà roi d'Engle- » terre par descente de héritage, nous mandons.. ... que sa pees soit tenue et » gardée (2). »

Les registres de Guild-Hall nous apprennent en même temps que les environs de Carlisle , où le drapier Leblond devait être créé chevalier avec le fils du roi , étaient tellement ravagés et dépouillés, que le roi craignit que la foule n'y manquât de vivres , et fit défendre dans Londres l'exportation pour tout autre lieu de toute espèce de vi tailles et autres choses pour la suslenance (3).

Ce fut le dernier parlement tenu par Edward 1er. Ce roi mourut à Carlisle le 7 juillet 1307. Une quinzaine d'années s'étaient à peine écoulées depuis la mort d'Edward Ier, iorsqu'en 1321 le faible Edward II manda le maire et les aldermen à Westminster pour savoir deux si, à l'occasion des discussions qui s'étaient élevées entre lui et quelques grands du pays , ils étaient dans l'intention de conserver la commune de Londres au parti du roi ; et sur la réponse affirmative des magistrats municipaux , on arrêta en commun les dispositions qui devaient être prises pour la défense de la ville. Toutes les dispositions qui furent décidées ont été enregistrées avec tant de soin par le secrétaire de la commune, qu'on peut dire qu'à cette époque son registre n'est plus un registre, mais une véritable histoire composée de pièces authentiques (4).

Les registres du temps de Edward III ne sont pas moins intéressants. Le pouvoir royal avait repris sur celui de la commune une prépondérance bien marquée; mais néanmoins les demandes réitérées d'armes et de subsides auxquelles les nombreuses

il) Archives de la mairie de Londres; reg. G, fol. 85 T°.

(2) Reg. C, fol. 92.

(3) Reg. C, fol. 88.

[A) Reg. E, fol. 119™ à 127; fol. 134 et suir.

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