SECONDE PARTIE, CHAPITRE PREMIER. LXXI
guerres du roi l'obligèrent d'avoir recours amenèrent entre la commune et Edward des démêlés fréquents et curieux.
Ainsi, en 1340, le roi convoqua la commune à Westminter, lui exposa lesdépenses considérables qu'il avait été obligé de faire, celles qui étaient encore nécessaires, et demanda de lui prêter 20,000 livres. Cette demande exorbitante et imprévue surprit le maire et les aldermen , qui obtinrent de se retirer pour y réfléchir. Ils rentrèrent quelques instants plus tard, et déclarèrent qu'ils ne pouvaient prêter que 5,000 marcs. Les comtes de Warwyk et d'Hungtinton , Jean de Stenore, et plusieurs autres grands seigneurs, vinrent alors trouver les bourgeois et leur dirent : que le roi était excessivement mécontent, qu'il refusait complètement d'accepter un prêt pareil, et leur ordonnait, sur la foi qu'ils lui devaient, de mieux réfléchir sur cette affaire , ou de lui apporter le dimanche suivant la liste des plus riches citoyens de la Cité, pour qu'il pût lui-même fixer la somme que chacun d'eus devait fournir.
Le dimanche donc, un peu après le lever du soleil, le maire, les aldermen et les hommes les plus riches de la Cité s'assemblèrent à Guild-Hall, et là, ayant raconté en secret ce que, pour plusieurs raisons, et à cause de l'indignation du roir on voulait cacher, il fut convenu, quelque dur et quelque difficile que cela fût, que si le roi voulait donner des garanties et fixer les termes du remboursement, la commune lui prêterait 5,000 livres. Le maire et les aldermen portèrent cette espèce d'ultimatum au roi, qui hésita, mais finit par accepter. En conséquence r douze commissaires furent nommés pour procéder à la levée de cet impôt. Ils jurèrent devant la commune de ne faire aucune distinction , aucune faveur, et d'oublier dans leurs fonctions toute haine et toute amitié. Le résultat de leur opération a été conservé : le nombre des citoyens qui furent taxés s'éleva à 236. Le maire , Jean Aubry, paya à lui seul 100 livres, et deux aldermen, Jean d'Oxford et Simon France} s, chacun 200 livres.
La répartition et la levée de l'impôt s'opérèrent promptement ; car le mercredi suivant Mc Guillaume de Lazouche, issu d'une famille dont le nom est célèbre dansl'histoire d'Angleterre, et qui était alors doyen d'York et trésorier du roi , écrivit à ses très-chers amis de la commune de Londres pour qu'ils comptassent la somme promise au clerc qu'il leur envoyait. L'archevêque de Cantorbury, le trésorier Guillaume de Lazouche et trois autres personnages éminents s'engagèrent à restituer eux-mêmes cette somme, ou à la laisser prélever sur leurs revenus, si dans le terme fixé elle n'avait pas été remboursée (1).
Un an n'était pas encore écoulé, que le roi manda de nouveau le maire et les aldermen devant lui. 11 leur exposa que pendant son voyage sur le continent il avait
U) Reg. F, fol. 33**.
LXXIV IHTRODUCTION.
accordé aux Flamands certains privilèges qu'il avait juré sur l'Évangile, en présence des prélats et des barons de sa cour, de faire ratifier par les communes de Londres , York , Lincoln , etc. En conséquence , dit le registre , il pria et supplia affectueusement le maire et les aldermen d'y apposer le sceau de leur commune , et cela par amour pour lui , car il aimerait mieux mourir, et même perdre la reine, ses fils, ses filles et tout son royaume, que de ne pouvoir tenir sa promesse. Le maire se retira pour délibérer ; et après s'être consulté en secret avec les plus riches et les pins sages de chaque garde , il vint répondre que la commune ferait , quoique h regret (quamvis invité) , ce que le roi demandait.
La copie des privilèges accordés aux Flamands est annexée à cet acte, et l'on y remarque un article additionnel par lequel le roi déclare qu'en accordant de pareilles faveurs aux habitants de la Flandre, il n'a entendu préjudicier en rien aux privilèges de sa bonne ville de Londres ( 1 ) .
J'indiquerai encore la pétition que la commune de Londres adressa au roi en 1357, et dans laquelle, après avoir énuméré tout ce qu'elle a fait pour lui, tout ce qu'elle a souffert pour sa cause, elle demande l'augmentation de ses privilèges, ou du moins l'entière exécution de ceux dont elle a le droit de jouir. Cette pièce, tant par sa forme que par les faits qu'elle rapporte, m'a paru d'une véritable importance; mais elle était trop longue pour qu'il me fût possible de la transcrire ici (2). Mais les temps changèrent : le 28 janvier 1366, Jean Lovekyn fut élu maire en remplacement d'Adam de Bury, renvoyé par ordre du roi (amotus... preeepto domini régis) (3).
Je ne sais si je me trompe , mais il me semble que les pages d'un pareil registre ont tout l'intérêt d'une chronique, et de plus l'avantage d'une authenticité incontes* table. D'ailleurs, cet autre côté de l'histoire des conquérants mérite bien d'être étudié autant que le récit de leurs batailles, et sous ces deux rapports les registres de Guild-Hall fournissent des renseignements également précieux.
Les mêmes réflexions s'appliquent aux nombreux renseignements qu'on trouve dans le registre H , sur les événements orageux dont le règne de Richard II et les suivants furent le théâtre. Pour les indiquer tous, il eût fallu citer chaque folio. Enfin, il ne faut pas oublier de remarquer que le maire , au moyen âge , était non-seulement un chef politique , représentant et défenseur des intérêts de tous , mais encore le défenseur et le chargé d' affaires de chacun des membres de la communauté , et qu'il intervenait à tout instant dans les affaires des particuliers, soit pour les protéger dans des pays étrangers , soit pour faciliter leurs opérations commerciales.
(1) Reg. F, fol. 134.
(2) Reg. G, fol. 60.
(3) Reg. G, fol. 175.