SECONDE PARTIE, CHAPITRE PREMIER. LXX
Pour donner une idée du degré de puissance où parvint la commune de Londres, je terminerai ces citations en rapportant que le 8 mars 1428, le maire et les aider* men se présentèrent au parlement assemblé, et lui exposèrent qu'ils avaient reçu une lettre de la duchesse de Glocester, comtesse de Hainaut, Hollande, Zélande, etc., réduite par ses ennemis à l'état le plus malheureux et qui implorait le secours de la commune de Londres ; ils rappelèrent que cette noble dame avait été constamment l'amie des marchands anglais et leur avait toujours donné un refuge assuré ; en conséquence, ils demandaient que la nation vint à son secours ; de leur côté ils offraient de faire pour la comtesse tout ce qu'il serait raisonnable de faire (1). Le 1er juillet 1428, une alliance fut en effet contractée entre l'Angleterre et le Hainaut (2).
Si Ton veut encore mieux se faire une juste idée du degré d'influence que la commune de Londres avait alors acquis, il faut rapprocher ce fait du passage d'une lettre qu'écrivait à peu près à la même époque la commune de Paris à celle de Londres, pour lui dire que si Londres voulait s'en mêler, les choses se passeraient en France (3) tout autrement qu'elles ne s'y passaient. Il est vrai qu'un acte de 1434 nous rappelle que les prospérités des peuples ont leurs revers comme celles des rois ; cet acte nous donne le nom des gardes de Londres qui furent exemptées cette année de payer leur part d'un subside, parce qu'elles étaient trop désolées, dévastées, détruites, appauvries et surchargées; sur vingt-quatre, il y en eut dix-huit (4).
8 4. Électeurs municipaux.
Un des points les plus curieux à étudier dans l'histoire de la Cité est certainement celui de savoir comment s'établit et finit l'espèce de curie romaine qui existait pour ainsi dire complète dans cette ville au milieu du quatorzième siècle. Il ne faut pas en effet se méprendre sur le sens des mots qui désignent la classe de citoyens convoqués dans chaque garde pour venir délibérer à Guild-Hall avec le maire et les aidermes Ils sont appelés en latin indifféremment sapientiores, probiores, discrétions, mais presque toujours ditiores, et en français suffisants d'avoir comme de sens. Ils n'étaient pas seulement choisis pour donner les meilleurs conseils à la commune, mais encore, en certaines circonstances, pour supporter seuls les impôts. Les registres de Guild-Hall ont conservé les listes des citoyens qui payèrent les emprunts auxquels la commune se trouva quelquefois exposée, et l'on y voit clai-
(1) Reg. K, fol. 80".
(2) Reg. K, fol. 61".
(3) W CCGLXXXVL
(4) Reg. K, fol. 137".
1XXVI INTRODUCTION
rement que ceux qui seuls étaient appelés à conseiller étaient aussi seuls appelés 4 payer.
Ainsi, en 1340, le roi emprunta à la commune 5,000 marcs. II n'y eut que deux cent trente-six citoyens appelés à y contribuer. Le maire, André Aubry, était en tète •de la liste pour 100 livres ; deux aldermen, Jean d'Oxford et Simon Franceys, chacun pour 200 livres (1). En 1346, un subside de 3,000 marcs fut payé par trois cent soixante citoyens (2). En 1370, le nombre des imposés fut plus considérable;
mais quoiqu'on ait gratté leurs noms sur le registre, il est encore facile de voir qu'ils n'étaient pas plus de six cents (3). Il fallait donc en effet que le conseil de la Cité fût composé de citoyens suffisants de sens, pour ne pas entraîner la commune dans des démarches funestes ; mais surtout suffisants d'avoir, pour pouvoir payer les sommes auxquelles la communauté pourrait être imposée. Si Ton ajoute à tous ces faits l'obligation d'accepter les fonctions municipales sous des peines très-sévères, ne trouvera-t-on pas dans la commune de Londres une imitation presque parfaite de l'ancienne curie de l'empire? Quoi qu'il en soit, il m'a paru curieux de faire connaître comment sur ce point, au quatorzième siècle, la municipalité de Londres, après tant de variations , de changements et d'influences diverses confondues et mêlées, en était venue sans le savoir à une imitation aussi exacte des institutions romaines, qu'elle s'imaginait, si mal à propos, avoir perpétuées sous d'autres points (4).
Les registres de Guild-Hall font d'ailleurs connaître à quel point la fortune était une des conditions requises pour parvenir aux fonctions de la municipalité. Cet André Aubry, qui était maire en 1340, lorsque eut lieu l'emprunt de 5,000 marcs dont je viens de parler, fut remplacé par Jean d'Oxford, l'un des aldermen qui avait fourni une si forte partie de l'emprunt. Jean d'Oxford mourut bientôt après, à l'heure de la messe paroissiale; aussitôt l'alderman de sa garde fit convoquer, par des sergents, les vicomtes, les aldermen et les citoyens les plus probres et les plus riches de chaque garde, pour qu'ils aient à se trouver le même jour, à trois heures au plus tard, à Guild-Hall, afin de nommer un nouveau maire. Là, d'une voix unanime, on proclama maire le plus riche citoyen de la commune, cet autre alderman dont j'ai déjà parlé, Simon Franceys.
Voici la formule des lettres de convocation pour l'élection d'un maire en 1350 :
(i) Reg. F, fol. 32 vo.
(2) Beg. F, fol. 122.
(3) Reg. G, fol. 247 *°.
(4) Les impôts que devaient supporter seuls les conseillers de la commune étaient d'une nature toute spéciale; on ne les confondait point avec les impôts accordés par les parlements, et auxquels tous les citoyens du royaume devaient être soumis. On verra, dans le paragraphe suivant, la manière dont étaient répartis et levés ces impôts généraux.