‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 48 sur 331 · SECONDE PARTIE, CHAPITRE PREMIER. ICHI · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE, CHAPITRE PREMIER. ICHI

si l'on s'en rapportait aux apparences, les Espagnols auraient été les plus nombreux ; mais comme le scribe de la Mairie négligeait aussi souvent de désigner le pays des comparants que la nature de leur créance, il est probable que les marchands gascons, dont le nombre mentionné par le registre approche beaucoup de celui des marchands espagnols, était au moins aussi considérable. (Voir ce que j'en dis : Introd., 3* part., chap. 11. Guyenne.)

On trouve d'ailleurs dans cette partie des registres le nom des marchands d'un grand nombre de villes de France : de Paris, Toulouse, Montpellier, Limoges, Cambrai, Abbeville, Saint-Quentin, Nantes, Calais, Saint-Jean d'Angely, etc., etc

N° 2. De tcriplis inrotulatU.

Il serait assez difficile de donner une idée exacte ou même une simple nomenclature des autres actes de toute nature qui, à diverses époques , furent transcrits dans les registres de Guild-Hall, ou sur la demande des parties, ou volontairement dans l'intérêt de la ville, ou seulement par le caprice du greffier, soit pour en augmenter la publicité, soit pour en assurer la conservation. Les pièces qui n'intéressent que des particuliers s'y confondent continuellement avec les documents d'un intérêt général. Les actes désignés sous les noms de custodia, compota, manucaptiones , concordia, quiète clamaliones, scrtpta, conventiones, etc., y sont mêlés avec les créances dont j'ai déjà eu occasion de parler ; les concessions de ghildes aux marchands étrangers; les statuts des métiers; les règlements de police administrative; les rapports de la commune avec les rois ou leurs officiers, avec les diverses provinces de France, avec l'Espagne, la Belgique, l'Allemagne, la Suisse, la Prusse, la Bohême et autres pays ; les traités et tous les autres actes publics du Roi avec les souverains étrangers, etc., etc.

Quoique bien convaincu qu'un examen plus attentif de ces documents pourrait ré* vêler des faits ignorés ou imprévus, et amener la découverte de renseignements curieux sur l'état des mœurs et la forme des transactions civiles ou commerciales, comme ce travail s'éloignait du but de mes recherches , et qu'il eût d'ailleurs fallu, pour le faire avec fruit , une connaissance déjà profonde des lois et des usages de l'ancienne Angleterre, je m'en suis abstenu. Si j'ajoute ici quelques nouveaux renseignements à ceux que j'ai déjà donnés , c'est uniquement pour qu'on puisse se faire une idée plus exacte de l'abondance et de la variété des richesses que renferment les archives de Guild-Hall.

Pour faciliter les recherches et donner une espèce de vie aux notes que le hasard m'a fournies, je les ai rassemblées sous les titres suivants :

1. Chartes et privilèges des villes d'Angleterre; 2. Police et voirie; 3. Méteaux,

lépreux, mendiaaU; 4. Ordoiiftaaceft sur les nœura; 5. Bôittco* et «fcmetïts; 4»* Mélangea.

Chartes et privilèges des villes anglaises.

©fi ne dfcvine pas au premier abord pourquoi les chartes de privilèges accordées aux autres villes anglaises étaient inscrites dans les registres de la mairie de Londres ; mais cependant H est assez facile de s'expliquer ce fait. Londres avait une espèce de suprématie sur les autres villes du royaume: presque toutes les communes d'Angleterre étaient organisées à l'instar de la sienne ; d'ailleurs, comme Londres était la plus puissante, et que sa position la rendait, alors comme aujourd'hui, le centre des affaires, la porte du commerce, s'il est permis de s'exprimer ainsi ; les communes obtenant quelques privilèges étaient en quelque sorte obligées de faire enregistrer leurs chartes à Londres, pour qu'elles y fussent connues, et que ceflleci ne mît pas d'entraves à leur exécution. Londres regardait ce droit comme lui étant si bien reconnu , qu'indépendamment des sommes qu'elle ne manquait pas sans doute de se faire payer pour consentir à ces enregistrements , elle s'arrogeait quelquefois le droit de modifier ces chartes elles-mêmes. Te me bornerai à citer la charte de Colchester, qui ne fut acceptée par la commune de Londres qu'en ce qui concernait l'exemption du droit demuragio (1).

Jtattoe et vaine.

La plupart des ordonnances ou règlements de police étaient faits, comme je l'ai dit» au nom du Roi; maïs indépendamment de ces règlements extraordinaires, chaque nouveau maire , en entrant en fonctions , faisait faire une proclamation qui rappelait ces règlements anciens, où les nouveaux magistrats romains faisaient connaître les dispositions qu'ils voulaient maintenir , et les dispositions particulières qu'ils voulaient établir. Je n'ai point entrepris d'analyser les immenses documents de, ce genre que renferment les registres de ÇuiId~HalI; mais j'ai signalé quelques-uns de ceux qui m'ont paru les plus curieux.

A la date de 1310, on trouve une ordonnance du roi, que je laisse s'exprimer

(t) Pour donner une idée du nombre des chartes concernant les vïTtes d'Angleterre qui se trouvent dans tes registres de GuàM-Hall; j?en ji fait m relevé qui n'est peutrètve fus complet, irais fonioeanmoins faire comprendre l'importance de cette partie des registres, si l'on songe que la plupart des chartes que je cite sont des confirmations, et renferment le texte de plusieurs autres chartes antérieures : Bedfbrd, reg. 6, fol. 30"; Colchester, reg. E, fol. 117; Dublin, reg. G, fol. 8SL; Ifsivicfc, r«g- E, Wu70"°; Litcoin, reg. G, fol. 242; M al don, reg. G, fol. 65"; Norwick, reg. G, fol. 88; reg. H, fol. 56'°, 54; Nothinrfham, reg. G.fèl. «»»•; Oxford, reg. C,fô4. M~,4*8;Teg.B, fol. 42; Teg.E, M. 262,»,2e4i*,Teg;F, 206, 208, 209 ; reg. G, fol. 33", reg. H, ibL.283^, 3*4*°; PorUmoulh, reg. C, foi. 44,; Rf adûifl, i»g, C. fol. 51; Wallingfurd, reg. C, fol. 40 °; Winchester, reg. F, fol. 25, 28; reg. G, fol. 39, 39TO; reg. H, IW. W0~

SECONDE PARTIE, CHAPIT1E PREMIER. XCT

e* 8M langage : « Pur ceo que sovente fées, myntes heures a esta défendu de par w le rey et de par le meyre. . . qe tatllours qe avoyent ferures de boues gentz a

> escower qe ils le escowassent de nuyt ou avant le jour, iasî qe granfes seignurs et » boue gentz passants par un cbepe e en autres grants ruwes de la Cite ne feussent » par tiel manere de escower revuh ne desturbe de lur passage. E sur ceo home ne » a pas uncore lesse de escower les forures en cbepe e en autres grantz ruwes. . . » ordine... qe nul taillur, ne pheliper, ne soit si os, ne si hardy de escower forures

> si nonn de nuyt , ou avant le aube de jour. E si par cas aviegne qe nul taillur eit » tant a fere qe pur grant baste des busoygnes nostre seignour le roy, ou de aukun » autre grant seignur q'il convient forures de jour escower, q'il les face escower en » aukun morte venelle... on nuli grautz seignurs ne sont passantz allants ne n venants. . . E si nul soit si ose. . . soit son corps attache et mannde a la prison et illoqes h demoere, issi q'il ne soit dej ivres sanz especial comandement nostre seignur le » roy (1). »

La propreté des rues préoccupait constamment , mais, il faut l'avouer, assez infructueusement, les édiles de la Cité. Il est facile de s'en convaincre par leurs ordonnances elles-mêmes.

Un arrêté pour taire enlever les boues et bourriers s'exprime ainsi : « Pur ceo » qe la gent de la vile fonnt porter le ordure qi est cuilhe en lour mesons e mettre » en rues et en venelles la (où) il le deussent fere porter a Tamise (2). » Un autre défend aux équarrisseurs d'écorcher des chevaux dans les rues (3). Je suis obligé de laisser s'exprimer en latin une ordonnance de 1355 : Pro hiis latrinas super fossatumjuxta Fleete habentibus et aliis sordis et fetidis in eundem pertinentibus (4).

Les ordonnances contre les pourceaux qu'on gardait dans les rues peuvent compléter la triste idée qu'on doit se faire de la propreté de la ville de Londres au moyen Age. Le passage suivant d'une de ces ordonnances m'a paru mériter d'être connu : (( Roger ius de Wynton, rentarius doraus sancti Àntonini London. juratus fuit coram » majore quod de cetero nullum porcum per vicos civitatis vagantem, nomine » sancti Àntonini tanquam elemosina dicte domui per aliquem caritetis inturtu eollatt » advocabit , nec eampanas aliquas coltis porcorum suorum propriorum aut akorun » apponet pro se vel pro alium nec pro posse suo apponi permittet, nisi tan tu m » modo illis porcis que caricature dicte domui dari contingent et bec sub perieuio » quodincumbit etc. (5). »

(1) Reg. D, fol. 108.

(2) Reg. C, foJ. 96T*.

(3) Reg. D, fol. 137*

(4) Beg. G. UL. 40.

(5) Reg. D, fol. 122».

XCVI INTRODUCTION

Cependant on trouve dans les anciens registres de Guild-Hall plusieurs documents très-anciens sur les fontaines et les aqueducs de Londres. Dès le douzième siècle, ces monuments excitaient l'admiration de W. Fitz Stephen. En 1237, le revenu d'une espèce d'abonnement, exigé de la corporation des marchands d'Amiens, était employé à conduire dans la ville de Londres les eaux des fontaines de Tyburn. Une ordonnance du quatorzième siècle argumente, à propos des réparations de certaines murailles , de la beauté et de l'embellissement que ces réparations procureront a la ville (1).

En 1349, à propos de la peste, dont les effets furent si violents, que quelques auteurs pensent qu'il y périt un dixième de la population, plusieurs mandements tâchèrent d'empêcher les émigrations, et surtout que les domestiques des deux sexes exigeassent des salaires exorbitants (2).

En juillet 1376, une ordonnance enjoignit à chaque alderman de veiller à ce que, pendant la grande sécheresse, chaque citoyen eût devant sa maison « un grant keve » ou di tere vessel, plein de evve... pur socurer qe péril de feu n'aviegne, come » ancienement estoit usé (3) . »

Mezeaux, lépreux et mendiants.

On pourrait ranger dans la catégorie des actes qui intéressent la salubrité et la propreté de la ville, les règlements concernant les mendiants et les lépreux; c'est du moins ainsi qu'en avait jugé l'auteur du Liber niger ; un des chapitres de son manuscrit est intitulé : De Judeis , leprosis , forcis et validis mendicis extra civitatem evacuandis.

Il semble résulter des termes d'un acte du 13 mars 1316 que, jusqu'à cette époque , les lépreux circulèrent librement dans Londres , cherchant par leurs fréquentes communications avec les personnes saines à augmenter le nombre de leurs malheureux camarades. Un des moyens dont ils se servaient dans ce but pourrait confirmer l'opinion de ceux qui pensent qu'on comprenait sous le nom de lèpre un mal généralement regardé comme inconnu au moyen âge; voici les termes du registre : Per carnales copulas cum mulieribus . . . sanos et sanas infidunt (4). Quoi qu'il en soit, l'ordonnance prescrivait contre eux des mesures d'une telle inhumanité et sur des preuves si légères, que l'imagination s'effraye à l'idée des détestables abus qu'il a pu en résulter.

(1) Reg. F, fol. 17.

(2) Reg. F, fol. 168, 177, 178.

(3) Reg. H, fol. 37 T0.

(4} Reg. F, fol. 116. 11 n'est peut-être pas inutile d'ajouter que Froissart nomme la lèpre, dont mourut Robert-Bruce, la grosse maladie, et que dans les livres de médecine les plus anciens, où U est traité de la prétendue nouvelle maladie, son article suit immédiatement celui de la lèpre.

SECONDE PAHTIB, CHAPITRE PREMIER. XCVH

Heureusement la plupart des mesures du moyen Age n'étaient que des menaces qu'on appliquait quelquefois , il est vrai , à la rigueur , mais qui le plus souvent n'étaient pas même exécutées. On voit en effet en 1372 plusieurs délibérations de la commune contre un même individu lépreux, qui refusait obstinément de sortir de la ville (1). Il y a dans les registres de Guild-Hall une foule d'autres chartes, bulles, proclamations, etc., relatives aux lépreux et à l'hôpital Saint-Gilles (2).

Les mezeaux paraissent avoir été à Londres complètement distincts des lépreux. Jusqu'en 1346, les lépreux avaient librement circulé dans Londres, tandis que, dé» 1332, les mezeaux étaient parqués, et leurs biens exempts d'impôts, selon qu'ils étaient administrés par un sovereyn mezel ou par un mettre sain. (Voy. chap. I, art. 2, n° 5.)

Ordonnances sur les mœurs.

Les règlements qui concernent les mœurs proprement dites sont en général peu nombreux et disséminés dans des proclamations concernant d'autres matières ; mais on en trouve quelques-uns, vers le milieu du quatorzième siècle, qui méritent spécialement d'être cités.

Au mois de janvier 1351, on publia une ordonnance contre les comunes foies femes qui ont pris la gise d'estre vestu et attirée a lappareille des bones et nobles dames et damoiselles. L'ordonnance énumère les vêtements qu'il leur est défendu de porter, et leur assigne un costume particulier (3).

On trouve très-souvent dans les registres la mention des peines infligées aux gens de mauvaises mœurs des deux sexes ; quelques-unes sont curieuses , mais elles sont toutes soigneusement rapportées dans le liber niger et dans le liber Horn. D'après un de ces registres , il résulte qu'au quatorzième siècle les prostituées de Londres étaient presque toutes des femmes flamandes (4). 11 y a des ordonnances contre les usuriers, contre les sorciers et les magiciens, contre ceux qui portent des visures ou faux visages, contre les jeux. Parmi ces derniers, une proclamation de 1365 fait remarquer qu'autrefois les nobles- et les roturiers [ignobiles) ne s'amusaient dans leurs jeux qu'à s'exercer à tirer de l'arc, ce dont la patrie avait retiré un immense avantage dans ses guerres. Edward III défendait en conséquence tous les jeux inutiles ou honteux auxquels, disait-il, on avait pris l'habitude de s'adonner depuis quelque temps (5). Il désignait quelques-uns de ces jeux selon lui nouveaux;

(1) Reg. G, fol. 289.

(2) Reg. G, fol. 24. 27, 78, 102, etc.

(3) Reg. F, fol. 208.

(4) Reg. H, fol. 146'°.

(5) Reg. G, fol 168.

CIVIII HfTftODUCTIM»

mais la plupart de ceux qu'il nommait -étaient déjà en usage bien longtemps auparavant, et William Fitz-Stepben les citait presque tous comme existant au douzième siècle.

On peut encore ranger dans la classe des règlements sur les mœurs ceux qui défendent les tournois (1), et quelques autres ordonnances dont j'ai déjà eu l'occasion de parler, entre autres ces proclamations si souvent répétées pour que tout le monde soit rentré après le couvre-feu sonné , et qu'aucun marchand ne soit assez hardi pour étaler ses marchandises à vendre à la chandelle.

Boissons et aliments.

Les règlements sur les boissons et les autres aliments sont aussi très-nombreux dans les archives de la Mairie de Londres ; en voici quelques exemples :

En 1290, une proclamation défendit aux marchands d'enchérir le prix des vivres à l'occasion du parlement que le Roi se proposait (Je tenir. Le gallon de vin pur ne devait pas se payer plus de trois deniers , un gallon de cervoise pure plus d'un denier (2), et quatre pains plus d'un denier.

28 août 1309, le Roi s'opposa à une espèce d'accaparement entrepris par quelques riches particuliers qui envoyaient à quatre ou cinq lieues en avant de Londres attendre les marchands qui portaient des vivres, et les revendaient ensuite au peuple à un prix beaucoup plus élevé (3) .

En 1320, au temps des vendanges, le vin était encore au même prix qu'en 1290 ; mais les ta ver ni ers se plaignirent : il était arrivé des vins du Kek qui s'étaient vendus 40 sous, 60 sous, et jusqu'à 5 marcs le tonneau ; en sorte que les taverniers ne pouvaient le donner à moins de 4 deniers le gallon (4).

En 1352, les prix étaient bien différents : le vin de Gascogne pouvait se vendre 6 deniers le gallon, et le vin Remoys 8 deniers (5).

On trouve aussi des renseignements sur le prix des autres denrées. Le 2 mars 1315, une ordonnance royale avait ainsi fixé le prix des objets suivants :

1 bœuf gras. 16 sous (6).

1 vache grasse. 12

1 porc de deux ans. » 40 deniers.

(1) Voy. entre autres : Liber Horn, fol. 101*°; reg. F, fol. 154 ; reg. G, fol. 6™, etc.

(2; Reg. C, fol. 86.

(3) Reg. C, fol. 92.

(4) Reg. E, fol. 119.

i5) Reg. G, fol. 2-.

(6) Reg. E, fol. 30. Quod melior bos, vivus, venalis, crawls, de grano non pastms, vend&tur de cetero pro sexdeeim solidos et non ultra, et si de grano pastut fuerit et $it orassus , pro vifinii et quatuor solidos ad plus, tune vendatur.

SECONDE PABTIB, CBàVHfeE PREMIER* XCII

I mouton avec sa laine. * s. 26 d.

1 mouton tondu. * 14

1 oie grasse. » 3

1 chapon gras. » 2

1 poule, 2 poulets, 3 pigeons ou 20 œufe. » 1

Le 5 décembre 1318 , la commune de Londres envoya au Roi un présent qui avait coûté :

10 morceaux de bœuf salé (carcasi a bovina). 7 liv. 10 s.

20 morceaux de porc. 4 »

24 cygnes. 6 »

24 butors et hérons. 4 4

10 douzaines de chapons. » 50

5 poids de cire. 19 19 4 barils d'esturgeon. 12 »

6 barils de brochets et 6 d'anguilles. » * 10 marcs.

Le présent destiné à la Reine était composé de la moitié des mêmes objets , et le tout avait coûté 85 livres 13 sois 6 deniers (1).

Mélanges.

J'ai réuni sous ce dernier titre quelques renseignements qui n'ont aucun rapport entre eux ni avec les notes qui les précèdent.

Dans presque tous les registres se trouvent des fragments de comptes des revenus de la ville. Ces comptes, d'abord informes et très-succincts, se perfectionnent peu à peu, et se présentent enfin sous des formes parfaitement claires et intelligibles; mais ils n'acquièrent jamais un développement assez grand pour qu'il ne soit pas évident qu'il a dû en exister des registres spéciaux, et que je n'ai pas connus.

Le registre D contient la formule des différents serments que devaient prêter les divers officiers municipaux, et le .registre C, plusieurs ordonnances sur la garde des portes de la ville, desquelles il résulte'qu'au commencement du quatorzième siècle il y avait à Londres sept portes, gardées chacune par 24 hommes d'armes (2). On y voit aussi des détails curieux sur le vol du trésor royal, audacieusement effectué en plein jour, en 1275, par quelques moines de l'abbaye même de Westminster (3) .

(1) Reg. B. J'ai cité, ebap. I, art. 2, §5, l'estimation de quelques objets mobiliers, et je citerai dans la 3* partie, aux articles consacrés au commerce, aux armements, aux Onances, etc., la valeur du fret des navires, le prix des chevaux, des armures, etc., etc.

(2) Reg. C, fol. 93'°.

(3) Reg. C, fol. 75T0. Ces détails complètent les nombreux documents publiés, sut cet événement singulier, par sir Francis Palgrave : Kalendars and inventories, tom. 1, fol. 251.

€ INTRODUCTION

Le registre H contient une délibération de la. commune en 1381, ordonnant la confection d'un nouveau sceau, l'ancien étant trop petit, trop grossier et trop vieux. La description très-longue et très-compliquée de tout ce qui ft>it être représenté dans le nouveau sceau est jointe à la délibération (1). Il ne sera peut-être pas inutile de faire remarquer à cette occasion que l'usage des sceaux était répandu au moyen âge jusque dans les classes du plus bas étage. On en trouve des preuves nombreuses dans les registres de Guild-Hall. Je me contenterai de rapporter l'exemple d'un tavernier qui perdit le sceau dont il se servait, et fit publier qu'il ne serait plus désormais obligé par ce sceau (2).

Un autre registre nous apprend que le Roi fit consulter le Domesday-book en 1428, pour savoir si la ville n'avait pas autrefois fait partie du domaine royal (3).

Les documents sur l'armement et l'équipement des armées sont fréquents dans les registres. J'en citerai quelques-uns dans la troisième partie de cette introduction. Je réserve également pour la troisième partie, chapitre ix, tout ce que j'ai à dire sur la fabrication et le prix des diverses monnaies.

Il est probablement inutile d'ajouter combien on trouve de renseignements pour l'histoire ecclésiastique dans les archives de la capitale d'un peuple où les querelles religieuses ont toujours eu le privilège d'agiter si violemment les esprits ; je me bornerai à signaler la lettre par laquelle la commune de Londres annonce au Roi , le 22 août 1415, qu'elle avait livré à l'évêque de Londres le chef des lollards, ce patriarche de dépravation , nommé Jean Cleydon, et qu'elle contribuerait de tout son pouvoir à son supplice et à celui de ses émules (4).

Mais je ne dois pas oublier de dire que, quoiqu'une phraséologie d'étiquette y tienne trop souvent la place du récit des faits, une des parties les plus intéressantes des registres de Guild-Hall est, sans contredit, la correspondance que les rois d'Angleterre ou leurs ministres entretenaient , pendant leurs voyages , avec la commune de Londres. J'ai parlé ailleurs des lettres qui concernent les événements arrivés en France ; mais je crois devoir ajouter ici qu'il existe en outre dans les registres un assez bon nombre de lettres concernant les guerres d'Ecosse, d'Irlande, etc., qui mériteraient d'être connues. Je me bornerai à citer celle que l'évêque de Chichester, trésorier du Roi, écrivit en 1290 à la commune de Londres, pour lui annoncer la grande victoire remportée près d' Edimbourg (5).

Ces registres nous offrent aussi un exemple des bizarreries que peut entraîner

(1) Reg. H, fol. 132 "». U existe, dans les archives de la mairie de Bordeaui, une empreinte en cire rouge, assez bien conservée, du sceau de la commune de Londres en 1446*

(2) Reg. G, fol. 56.

(3) Reg. K, fol. 59*°.

(4) Reg. I, fol. lfitf.

(3) Reg. B, fol. 24.

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