TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER. CXXI
faveur du comte de Lancastre la donation de tous ses droits à cette succession
(n° xcix).
La lettre qui fut écrite à Edward II en 1315, par Louis X, est aussi un document curieux, non-seulement en lui-même, mais parce qu'il met en saillie l'absolutisme des prétentions de la royauté féodale. Louis le Hutin ayant fait condamner par son parlement un de ses vassaux et alliés, le comte de Flandre, exige que son autre allié et vassal, le roi d'Angleterre, fasse publier dans ses états la mise hors la loi de tout un peuple et l'abandon au premier occupant des biens et des personnes des Flamands, condamnés tous par leur suzerain à la mort ou à l'esclavage. Heureusement pour ceux-ci, les conséquences logiques n'étaient pas aussi rigoureusement suivies, au moyen âge, dans les actions que dans les paroles, car Edward II fit en effet publier la proclamation que son allié lui demandait (n°* en, civ).
La suite du règne- de ce prince présente au contraire, dans ce volume, un assez grand nombre de pièces importantes. La plupart d'entre elles seront plus amplement analysées dans le chapitre suivant, à l'article Guyenne ; mais il est bon de les indiquer ici, et de faire connaître leurs caractères généraux. Ces pièces font partie d'une suite de lettres et autres documents, écrits de Guyenne par les agents secrets du dernier favori d'Edward II, cet infortuné Despenser, dont la mémoire si tardivement réhabilitée pourra désormais servir d'exemple et montrer combien de temps l'esprit de parti peut parvenir à fausser l'histoire et faire prévaloir un mensonge. Quelquesunes de ces lettres, nouvellement trouvées dans les archives de l'Échiquier, n'avaient pas encore été ouvertes, en sorte qu'elles présentaient, comme le dit sir F. Palgrave, indépendamment de l'utilité des faits qu'elles apprennent, l'intérêt d'offrir, après 500 ans, les prémices d'une pensée qui ne s'était révélée à personne depuis qu'elle avait été écrite. Dans l'impossibilité où je me trouvais alors de transcrire en entier cette curieuse correspondance, et quelque pénible qu'il fût d'enlever à ces documents un de leurs principaux mérites, en les séparant de ceux qui les expliquent , les modifient ou leur donnent de l'importance, j'en ai transcrit cinq au hasard et comme une sorte de spécimen. Aucun d'eux n'est daté, il a donc été très-difficile de leur assigner des dates précises : celles que je leur ai données ne reposent que sur des conjectures et se trouveront peut-être modifiées par l'examen des autres documents contemporains.
Dans le premier de ces documents (n° ex), un des agents de Despenser lui dénonce les préparatifs du roi de France, et demande qu'on mette au plus tôt la Guyenne en état de défense, si Ton ne veut être dupe, comme on l'a été plusieurs fois, de la parole et des traités des Français. Le confident donne à son mattre des détails circonstanciés et curieux ; il lui apprend entre autres l'envoi d'un émissaire français en Lombardie, pour y équiper une flotte.
Quelques jours après, le même personnage auquel Hugues le Despenser avait fait
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GUII INTRODUCTION.
promettre de l'avertir de tout ce qui serait contraire aux intérêts de son protecteur, écrit de nouveau pour annoncer le départ d'un messager intelligent et sûr, et qui doit contrebalancer le rapport fait au Roi par un envoyé du comte de Kent (n° cxi).
Ces deux pièces servent pour ainsi dire de préambule à l'un des plus importants documents de ce volume, un mémoire écrit de Guyenne par une main inconnue, peut-être par le même personnage qui avait écrit les deux lettres dont nous venons de parler, mais plus probablement par le père du favori, le vieux Despenser, qui se trouvait en Guyenne vers cette époque (n° cxn). Quel qu'en soit l'auteur, ce mémoire a certainement été écrit par un personnage bien haut placé dans l'esprit du ministre favori, puisqu'on y demande de faire faire des remontrances au frère du Roi, au comte de Kent lui-même. Les instructions politiques et autres qui sont données dans ce long et précieux mémoire, sont plus amplement analysées dans les chapitres suivants, je me borne à en indiquer ici l'existence.
Les prescriptions de ce mémoire avaient sans doute été exécutées, ou bien un autre agent de Despenser fut moins clairvoyant lorsqu'il écrivit que tout était en bon état de défense, qu'il envoyait un messager pour raconter ce qui se passait et instruire le favori du dévouement et de l'affection que lui portaient les principaux officiers de la province (n° cxiii).
Quel que soit l'intérêt de ces documents, il le cède sans contredit à celui que présente la lettre écrite par deux bourgeois de Bordeaux à leur ami Hugues le Despenser (n° cxiv). En arrivant en Guyenne, ils ont trouvé la province bouleversée ; la prolongation des trêves avait fait croire qu'on allait encore livrer la Guyenne aux Français, et pour augmenter le désordre, les seigneurs anglais, ennemis de Despenser, avaient imaginé d'incendier et piller la ville où ils étaient logés ; ils avaient commencé l'attaque en mettant le feu dans plusieurs quartiers à la fois et s'étaient conduits comme dans une ville prise d'assaut. Il n'existait jusqu'ici aucune trace d'un événement aussi extraordinaire.
Il résulte de l'ensemble de ces documents, qu'il y avait alors en Aquitaine, indépendamment du Conseil ou Parlement, composé des principaux seigneurs et officiers, où se traitaient toutes les affaires importantes, des conseils clandestins pour ménager la susceptibilité des conseillers ordinaires, et où n'étaient admis que les amis particuliers des princes (n° cxn). Il en résulte aussi que les ministres ou le» directeurs des affaires avaient chacun une multitude d'agents subalternes, inconnus ou déguisés sous différents titres, et d'après les avis desquels ils se dirigeaient. De telle sorte, qu'un prince du sang, lieutenant-général et souverain gouverneur de l'armée et de tout le pays, avait & ses côtés un pauvre clerc bien humble et bien timide ; mais dont les avis secrets dictaient sans qu'on s'en. doutAt les ordres amxquels