TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER. GXini
l'orgueil des plus haute dignitaires était obligé d'obéir. Tout ce monde d'agents obscurs et d'hommes de rien, dont l'intelligence était rompue de bonne heure à la pratique des affaires, arrivait promptement aux honneurs et aux richesses, et a perpétué pendant le moyen âge les traditions de ce gouvernement occulte de l'intelligence et du savoir, dont les peuples et les souverains eux-mêmes n'ont pas toujours compris l'inévitable influence.
La déposition d'Edward II n'a laissé d'autres traces dans les registres de la mairie de Londres que cette courte note : Mémorandum quod dominas Edwardus, filius régis Edwardi, filii régis Edward* , filii régis Henrici, custos Ânglie , eoneedente faire suo, apud Kenelworth existcntc, tenuit parliamentum suum apud Westminster, in erasHno sancti Hilarii, anno regni régis Edwardi patris sui xx° (1). Néanmoins, les actes qui suivent immédiatement sont datés de la première année du règne d'Edward III : anno regni régis Edwardi tertii post conque s tum.
Cette note fixe d'une manière précise la date du jour où fut tenu le premier parlement d'Edward III, date sur laquelle il y avait des incertitudes (2), et fournit l'occasion de citer un fait littéraire assez remarquable, en ce qu'il montre avec quelle facilité peuvent se tromper les érudits, même les plus célèbres, et ceux-là même que leur mérite et leur savoir ont rendus les pères et les maîtres de la science. Pour quiconque a lu la phrase par laquelle est désigné Edward III dans la note que je viens de citer, et qui a vu des actes successivement datés d'Edward fils de Henri, puis H Edward /Us d'Edward, puis enfin d'un autre Edward, désigné par les mots : Edwardus teriius post eonquestum, ces mots ne présentent pas l'ombre d'une interprétation douteuse ; cependant les Bénédictins, ces hommes dont la science et la sagacité sont devenues proverbiales, s'y étaient mépris, et mépris de manière à ne pas en croire ses yeux (3). Je ne sais à l'aide de quels raisonnements ils avaient d'abord trouvé que ces mois post conquestum signifiaient depuis ¥ avènement. Plus tard de nouvelles conjectures leur persuadèrent que cela voulait dire depuis le couronnement, puis enfin, à l'aide de nouvelles réflexions et des renseignements que leur transmit Brequigny, ils reconnurent que cette formule ne se rattachait pas aux fantômes que leur imagination avait créés, mais au nom même du roi. Néanmoins, ib tombèrent encore dans une nouvelle erreur et prétendirent que les rois qui s'étaient intitulés troisième et quatrième depuis la conquête, étaient seulement ceux qui avaient eu des prédécesseurs du même nom avant Guillaume le Conquérant. Ainsi, il avait fallu à oes hommes éminents une dépense étonnante d'érudition et de raisonnement pour comprendre k demi le sens d'un mot tellement clair que son inter-
(1) Archives de la mairie de Londres, reg. E, fol. 161 ".
(9) Voyez Harris Nicolas, Chronotogy ofhistory. London, 1840, Longman, fn-8, fol. 817.
(3) Nouveau traité â* diplomatique, 1. 1, p. SM, et I. VI, p. 18. Art d$ vérifier In ctotff.
CXXIY INTRODUCTION.
prétation n'a jamais , que je sache, fait l'objet du moindre doute en Angleterre, où Ton savait parfaitement que dans les actes authentiques les rois avaient été constamment désignés par leur nom propre joint à celui de leur père, jusqu'au moment où pour la première fois, et précisément à l'époque où Ton se déshabituait de joindre le nom du père à celui du fils, il s'était rencontré une succession de trois rois du même nom, et il était devenu nécessaire d'ajouter un numéro d'ordre a celui du dernier, pour éviter la longueur et la confusion d'une périphrase telle que celle qui m'a fourni le sujet de cette observation . Le même motif qui avait fait adopter par Edward III la distinction des rois de race normande d'avec les rois de race saxonne , porta les autres souverains à ne pas répudier une formule consacrée par un règne si long et si glorieux et qui d'ailleurs rappelait au peuple un souvenir qu'on ne voulait pas lui laisser oublier.
Les archives de Guild-Hall, en 1335, font connaître le nom d'un envoyé du Pape en Angleterre, qui n'avait pas été signalé ; c'est Bernard Sistre, chanoine de Poitiers (n° cxxiv, cxxv). Il est possible que cette circonstance, peu importante d'elle-même, fasse découvrir plus tard quelque négociation jusqu'ici restée secrète ; mais il est positif que si l'envoyé du Pape avait été chargé de maintenir la paix entre les deux rois, il n'y réussit pas.
En 1336, Edward III convoqua son parlement à Nottingham et écrivit à ce sujet une longue lettre à la commune de Londres, pour lui faire connaître les motifs de cette décision et ses griefs contre le roi de France (n° cxxvm). On voit dans cette lettre qu'Edward III ne demandait pas seulement à la ville de Londres de lui envoyer son contingent de députés au parlement, mais qu'il demandait deui marins expérimentés , pour concerter avec eux les meilleures mesures à prendre pour assurer le succès de l'expédition projetée. Et c'est probablement d'après l'avis de ces hommes inconnus que ce roi fit donner à son armée des armures luisantes et des lances d'une longueur inaccoutumée, dont l'emploi fut si fatal à la France.
Quelque temps après, Edward 111 écrivit à son fils (n° cxxxn), pour lui annoncer l'heureux succès de son entreprise; sa lettre est datée du 28 juin, c'est-à-dire de quatre jours après la bataille de l'Écluse ; elle donne quelques nouveaux détails sur ce célèbre événement ; mais ne contrarie en rien, quoi qu'on en ait dit, la tradition, qui veut que la nouvelle de la victoire soit parvenue à Londres le lendemain même de la Saint-Jean. Quoi qu'il en soit, ce document commence, dans ce recueil, la série de cette curieuse correspondance que les rois d'Angleterre entretenaient avec la capitale de leur royaume , et nous en verrons désormais de fréquents exemples.
Les résultats qu'Edward tira de sa victoire sont connus ; mais les registres de Guild-Hall révèlent des détails curieux de ce qui se passa à Londres au retour du vainqueur de l'Écluse. Edward manda le maire et les aldermen à Westminster, et