TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER. CUV
pour obtenir d'eux la ratification des privilèges qu'il avait accordés aux Flamands, il joua devant eux une espèce de comédie , et , les larmes aux yeux , il descendit jusqu'à dire qu'il aimerait mieux perdre toute sa famille et tout son royaume que de ne pas voir ratifier sa promesse. Néanmoins la commune de Londres n'accorda qu'à regret ce que le Roi demandait avec tant d'instance , et peut-être même ne le fit-elle qu'à condition de l'insertion dans l'acte d'un article additionnel , ou le Roi déclarait qu'en accordant de pareilles faveurs aux Flamands il n'entendait préjudicier en rien aux privilèges de la ville de Londres. La longue liste des faveurs accordées dans cette circonstance aux Flamands est inscrite dans les registres de la mairie de Londres (1) ; mais je croyais ce document publié, et ne l'ai pas transcrit.
En 1343, Edward voulant s'opposer à l'importation des grains en France, où la disette commençait à se faire sentir, et s' apercevant que ses prétentions au trône de France donnaient quelque chose d'odieux à cette défense, essaya d'en atténuer l'effet en faisant une longue énumération des contrées où il était permis d'en apporter, et omettant d'y nommer la France (n° cxlii).
Mais d'autres événements approchaient, et le 3 août 1346 Edward écrivait à ses sujets anglais pour leur annoncer ses succès contre ses sujets de France. Débarqué à la Hogue, en Normandie, depuis vingt jours, il s'était successivement emparé de toutes les villes qui s'étaient trouvées sur son chemin, depuis Valognes jusqu'à Caen , pendant que sa flotte avait ravagé toutes les côtes , de Cherbourg jusqu'à l'embouchure de l'Orne (n° cxlv). Il est curieux de pouvoir comparer ce récit avec celui de la lettre sur le même sujet , publiée par Robert de Avesbury.
Les documents qui concernent les graves événements qui suivirent sont imprimés ailleurs que dans ce volume : Robert de Avesbury entre autres a fait connaître la lettre qu'écrivit le Pape à Edward III pendant le siège de Calais , et la réponse insolente à force d'ironie qu'y fit le roi d'Angleterre ; et quoique tous ces détails se retrouvent dans les archives de Guild-Hall , je ne dois m'en occuper ici que pour les indiquer. Cependant il faut dire qu'au milieu de plusieurs lettres qui ne contiennent que des demandes de vivres et de secours , il s'en trouve une qui révèle une circonstance curieuse. L'arrivée des Français avait été apprise à Edward III par quelques-uns de ses chevaliers prisonniers, qui avaient été à Hesdin pour payer leur rançon (noa cliii à clvi).
Bientôt après Calais fut pris, et dès le 12 août 1347 le roi d'Angleterre ne demanda pas seulement des vivres pour son armée, mais des habitants pour repeupler la ville conquise (n° clvi). Les trêves qui suivirent ne furent rien moins qu'observées sur terre et sur mer (n°* clix à clxv) , la guerre recommença , et amena la bataille de Poitiers.
(1) Archives de la mairie de Londres; reg, F, fol. 134.
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À cette nouvelle te Pape lui-même s'émut, et prenant parti pour le vaincu, il écrivit au prince de Galles pour qu'il ne se laissât pas enorgueillir de sa victoire , et consentît à la paix (n° clxxi). La réponse du Prince Noir au Pape ne se trouve point dans le registre de Guild-Hall , et je ne sais comment la lettre que le vainqueur de Poitiers écrivit k Londres pour annoncer sa victoire n'est transcrite dans les registres de la mairie qu'après la lettre que le Pape avait écrite d'Avignon (n° clxxii).
Plusieurs proclamations pour l'observation des trêves sont contenues dans les a* clxxiv et cluvi; puis en 1359 on trouve une nouvelle proclamation pour faire sortir d'Angleterre tous les Français, excepté les prisonniers (n° clxxxi).
Par le traité de Bretigny, Edward III avait été reconnu souverain indépendant de toutes les provinces qui composaient ce qu'on appela dès lors la principauté d'Aquitaine ; il les donna en fief à son fils aîné , le prince de Galles, qui commença k toucher les revenus de sa principauté le 19 juillet 1362. Cependant toute une année était déjà passée lorsque le 9 juillet 1363 le Prince Noir vint prendre possession de son nouveau domaine, et convoqua ses tenanciers et vassaux pour le recon~ naître et lui prêter serment. Cette formalité n'était pas aussi simple qu'on serait tenté de le supposer. Edward III ayant été reconnu, par le traité de Bretigny, suzerain des provinces dont il n'était que feudataire , ou sur lesquelles il' n'avait aucun droit; pour que les choses se passassent dans la régularité des formes féodales, les vassaux devaient prêter deux hommages et en payer les frais : le premier, au nouveau suzerain; le second, à son nouveau feudataire. En conséquence, Edward 111 nomma son fils lieutenant et commissaire pour recevoir les hommages qui lui étaient dus (1), et Thomas de Beauchamp et Jean Chandos commissaires pour mettre le Prince en possession de V Aquitaine. Nous verrons plus tard que toutes ces formalités ne furent pas jugées suffisantes , et que quelques feudataires exigèrent encore la présence des commissaires du roi de France.
On ne connaissait jusqu'ici aucune copie exacte du procès-verbal de cette longue et importante opération , dans laquelle plus de mille vassaux ou représentants des villes d'Aquitaine comparurent devant les commissaires du Roi et le prince de Galles. On savait que l'opération avait eu lieu : une multitude de familles prétendaient que leurs ancêtres y avaient assisté; mais depuis l'incendie de la Chambre des comptes de Paris les généalogistes ne pouvaient citer aucun titre authentique à l'appui de prétentions qui se trouvaient ainsi n'avoir d'autres fondements qu'une tradition vraisemblable , mais sans aucune espèce de certitude. Il existait çà et là quelques fragments de procès-verbaux et quelques extraits informes de pièces isolées ; mais on ut connaissait aucune copie authentique ou complète de cet important document. Le seul extrait un peu considérable auquel le temps avait donné une sorte d'au*
(I) Les lettres de nominations des commissaires, etc., sont publiées dans Rymer.