‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 63 sur 331 · TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIEB. CXXYB · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIEB. CXXYB

thentieité consistait dans les notes presque illisibles que Ducange avait prises à la hâte et pour son usage particulier dans les registres, aujourd'hui détruits, de la Chambre des comptes. C'est donc un bonheur inespéré d'avoir retrouvé dans les archives de l'Échiquier deux copies authentiques de l'ensemble de ce document (n° cxcu). La première de ces copies, écrite au xive siècle par un clerc du nom d'Aberibrd, parait avoir été faite pour le trésorier d'Aquitaine, Richard Filongleye, sur les notes originales du notaire Pierre de Maderan, qui dressa les actes d'hommages : la seconde copie, faite d'après les originaux conservés dans les archives d'Aquitaine , fut envoyée au commencement du xve siècle par l'archevêque de Bordeaux au roi d'Angleterre (d°cccl). Ces deux copies, jointes à l'extrait de Ducange et à quelques renseignements recueillis çà et là, m'ont permis de restituer d'une manière à peu près complète un document qui comble une véritable lacune de notre histoire.

Malheureusement, quelque précieuses que sqient les copies nouvelles dont je me suis servi , elles ont été faites avec cette négligence et ce manque d'ordre et de méthode qu'on retrouve trop souvent dans les œuvres de nos jours , pour songer à en faire un reproche particulier au moyen âge : elles ne sont parfaitement semblables ni dans le nombre, ni dans l'ordre, ni dans l'orthographe des noms; j'ai donc tâché, en les collationnant et en les complétant l'une par l'autre, de faire du tout un seul corps , où , sans rien élaguer ni changer, je me suis seulement permis d'essayer de classer chronologiquement les notes qui avaient été rassemblées sans ordre.

Malgré tous mes efforts , cette liste sera nécessairement incomplète et fautive. L'orthographe des noms propres est si étrangement défigurée, qu'il m'a été quelquefois totalement impossible de reconnaître le véritable nom qu'on avait voulu inscrire, et quelquefois peut-être je me suis mépris sur les noms que j'ai cru retrouver; mais comme j'ai soigneusement reproduit les différentes orthographes de chaque nom, et que les rectifications adoptées ne sont indiquées que dans la table des matières, il sera toujours facile aux lecteurs favorisés de connaissances particulières de reconnaître les noms que je n'ai pu deviner ou que j'ai méconnus. Quelles que soient les imper* Sections de cette immense liste, elle sera néanmoins d'un grand secours à la science. On peut même dire que ces imperfections elles-mêmes sont une preuve de l'utilité de sa publication. Pour concevoir combien il était difficile de se servir avee quelque sécurité des renseignements défectueux que nous avions , il suffira de savoir qu'aidé de deux nouvelles copies soigneusement comparées, et de la coopération bienveillante qu'ont bien voulu me prêter, et dont je suis heureux de pouvoir les remercier publiquement, M. Lacabane, conservateur du cabinet des titres à la Bibliothèque royale, et qui connaît si bien l'histoire de nos grandes familles, surtout à cette époque, et pour ce qui concerne le Quercy ; M. Léon Dessalles, employé aux Archives du royaume, qui a consacré sa vie à l'histoire du Périgord; M. Mar-

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chegay, originaire du Poitou et archiviste d'Angers; M. l'abbé Michon, qui fait une histoire de l'Angoumois ; M. de Métivier, qui s'occupe de l'Armagnac; M. Curysimbre, qui connaît si bien toute la Gascogne et le Bigorre, etc. etc. J'ai eu une peine infinie à reconnaître ou restituer d'une manière incomplète l'orthographe de cette longue nomenclature de noms défigurés.

Du reste, quelque considérable que soit ce document, il ne faut point le regarder comme une statistique exacte et complète de la noblesse d'Aquitaine au xive siècle. Les lacunes que chacune des listes qui nous sont parvenues révèlent dans les autres copies, font assez deviner qu'il doit y avoir encore d'autres passages oubliés, et l'on sait d'ailleurs qu'à cette époque, où les actes administratifs n'étaient pas rédigés avec l'exactitude qu'on y apporte aujourd'hui, plusieurs vassaux, volontairement ou involontairement, ne se soumettaient pas à l'hommage, tandis qu'un grand nombre de tenanciers, même des plus puissants, ne devaient point s'y soumettre, soit que leurs terres fussent allodiales, soit qu'elles ne relevassent pas immédiatement du souverain. Quoi -qu'il en soit, ce document donne une idée exacte de la manière dont s'accomplissait cette grande opération féodale, qui joue un rôle si important dans l'histoire du moyen âge. Brequigny avait, il est vrai, transcrit, d'après le supplément de Rymer, et sans indiquer où se trouvait l'original, la formule du procès- verbal de l'hommage du sire d'Albret (1) ; mais il n'avait connu ni la liste des vassaux, ni celle des députés des villes, ni rien de ce qui constitue l'importance et la valeur historique de ce document; tandis que la liste de Ducange, en la supposant complète, avait au contraire supprimé toutes les formules, et n'était plus qu'une aride et sèche nomenclature.

11 résulte de la pièce que je publie, que, contrairement au récit de Froissard (2) et des historiens qui l'ont suivi, l'opération commença par Bordeaux, et le 9 juillet

1363. En admettant, comme on l'a fait jusqu'ici, que le Prince Noir soit réellement débarqué à la Rochelle au commencement de février 1363 (il faudrait qu'il y eût 1362, car fe mois de février 1363 de l'ancien calendrier serait pour nous février

1364, époque où le prince était depuis longtemps en Aquitaine); en admettant que le prince Edward soit réellement débarqué à la Rochelle au mois de février, il est impossible de concilier le récit de Froissard avec le témoignage des documents qui nous occupent, quelque inexacts et confus qu'ils soient sous le rapport des dates. Les trois copies que nous avons s'accordent d'ailleurs en un point, et font commencer l'hommage dans la capitale de la nouvelle principauté, au lieu de le faire commencer à Poitiers. En admettant que les copistes dont les manuscrits nous sont parvenus se sont fréquemment trompés, et ont mis indifféremment le chiffre d'une

(1) Collection Brequigny, t. III, 20 juillet 1363.

(2) Froûsard, l.|l, châp. cxm.

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