TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER. CXXIX
année pour celui d'une autre, on ne peut pas admettre qu'ils se soient aussi aisément trompés en écrivant en toutes lettres les noms des mois ; or, il arrive qu'en commençant par Bordeaux et arrangeant l'itinéraire du Prince selon Tordre des mois, cet itinéraire ne présente aucune circonstance improbable ; tandis que s'en rapportant au témoignage de Froissard, et faisant commencer cette opération à Poitiers, il serait impossible de continuer le voyage du Prince sans changer les noms des mois indiqués par les copistes. Quoi qu'il en soit, il suffira sans doute d'avoir constaté ici l'incertitude que présente cet itinéraire, pour qu'il soit facile plus tard de le rectifier, s'il y a lieu.
La prestation de l'hommage commença donc à Bordeaux le 9 juillet 1363, et dura dans cette ville jusqu'au 30 du même mois. Elle eut lieu presque toujours dajis l'église cathédrale de Saint-André, en présence du prince d'Aquitaine et des grands du «pays, Guillaume de Serys portant la parole au nom du Prince et en langue romane. Quand les hommages eurent été prêtés, maître Massé d'Ayguecaue, probablement trésorier du Prince, requit les tenanciers de payer les frais des hommages et de fournir les dénombrements de leurs fiefs, selon la coutume du pays. Le premier hommage fut celui du seigneur d' Albret ; il protesta qu'il ne faisait son serment que sauveez ses franchesez et libertez, et selone ses prédécesseurs Vont accustume a (faire. Presque tous les noms des barons, chevaliers, écuyers et autres gentils de la province, se trouvent sur cette liste ; on y remarque en première ligne les noms des seigneurs qui déjà avaient des intelligences avec la France, ou qui devaient bientôt en avoir.
La prestation d'hommage la plus remarquable fut sans contredit celle qui eut lieu le 15 juillet : ce jour-là, les représentants de toutes les villes ou bastides du Bordelais et de la Gascogne avaient été convoqués. C'est, je crois, la seule circonstance où Ton voie les députés des communes et des plus petites bourgades convoqués en masse, et malgré eux, pour rendre hommage et prêter serment en même temps et de la même manière que les plus hauts barons. Ce n'est pas ici le lieu de développer les conséquences historiques qu'on peut déduire de ce fait. Il suffira de signaler l'importance et la valeur de cette tentative. (Voyez d'ailleurs ce que j'en dis au chapitre : Histoire municipale.)
De Bordeaux, où ils reçurent les hommages déplus de trois cents feudataires, le Prince et les commissaires royaux se transportèrent à Bergerac ; ils y étaient rendus le 4 août. Du 10 au 15 du même mois, le Prince séjourna à Périgueux et y reçut les hommages des tenanciers du Périgord , du Quercy et du Rouergue : il était à Angouléme le 18 et le 21 août, et y reçut l'hommage du comte d'Armagnac.
D'Angoulème, Edward se rendit à Cognac, à Saintes, à Saint-Jean-d'Àngely, puis, revenant sur ses pas, partit de Saintes le 27 août pour arriver à La Rochelle
CUX INTRODUCTION.
le 29. Le lar septembre, les commissaires s'arrêtèrent à Benon, et le 3, à Niort; le 6, ils étaient à Saint-Maixent, et le 13, à Poitiers. Le Prince séjourna dans cette ville ou ses environs jusqu'au 19 novembre, et y reçut une grande quantité d'hommages, surtout dans les journées des 13 et 14 septembre : il y vint des tenancière d'une haute importance, et le 23 septembre, soit que le Prince fût malade, soit pour un autre motif, c'est dans sa chambre qu'il reçut l'hommage des seigneurs de Saint- Julien et de Pierre Buffière. A partir de cette époque, la succession des dates indiquées par mes copies me paraît moins certaine : il est fort possible qu'Âberford ait mis idem à la suite d'un fragment concernant Poitiers, tandis que cet idem, dans les notes de P. de Maderan, se rapportait à une autre localité ; mais des erreurs de ce genre ne peuvent modifier d'une manière bien sensible l'ensemble de l'itinéraire du Prince.
De Poitiers, les commissaires se rendirent à Agen, où ils étaient arrivés le -26 décembre; ils y étaient encore le 12 janvier 1364, et c'est dans cette ville que fut rendu l'hommage le plus important et le plus solennel que le Prince ait reçu. Le notaire a cru devoir conserver toutes les particularités qui s'y passèrent. C'est dans le parloir ou chambre de parlement de la maison des frères prêcheurs, en présence des commissaires déjà nommés, du duc de Bretagne, du chancelier d'Aquitaine, du connétable de Bordeaux, etc., que comparut le très-noble et très-honoré seigneur Gaston-Phœbus, comte de Foix et vicomte de Béa m, qui, jusque-là, prétextant ses engagements envers le roi de France, s'était refusé à taire l'hommage et n'avait voulu le faire qu'en présence des commissaires spéciaux du roi de France. Ces commissaires étaient Louis d'Harcourt et Jean de Saintré: ils montrèrent leurs pouvoirs et, sur la requête du prince de Galles, commandèrent au comte de Foix de faire les hommages auxquels il était tenu et le déchargèrent pour toujours du serment qu'il avait prêté au roi de France. Chandos, prenant de nouveau la parole, demanda, au nom du Prince, si le vicomte de Béarn était aussi compris dans l'hommage qui venait d'être rendu ; mais Gaston-Phœbus répondit que son hommage ne concernait que les vicomtes de Marsan et de Gavardan, et que s'il était prouvé que pour le Béarn il fût moindre seigneur que le roi d'Angleterre ou le prince d'Aquitaine, il était prêt à faire tout ce qu'il devait réellement. On sent percer l'orgueil de cette réponse & travers les termes embarrassés dont le notaire l'a revêtue, et la fierté des paroles du jeune et beau comte de Foix sont un argument de plus contre les partisans de l'unité et de l'intégrité du prétendu royaume de France au moyen Age. Même au xive siècle, et je devrais dire dès le XIVe siècle, puisque Louis XIII écartelait encore ses armes de l'écusson de Béarn ; même au «xiv* siècle, dis-je, le vicomte de Béarn se prétendait souverain au *nème titre que les rois de France et d'Angle* terre, et c'est une province de plus qu'il faut ajouter à la longue liste de toutes celtes