‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 66 sur 331 · CXXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXXXII INTRODUCTION

à-dire pendant une période de huit ans deux mois et treize jours. Le trésorier divisa son travail en deux tableaux. Dans le premier, qui ne commence qu'en 1363, il présenta le relevé, année par année, des revenus et des dépenses particuliers à chaque sénéchaussée, mais sans en faire l'addition générale. Dans le second, qui commence à 1 362, il présenta, indépendamment du relevé des revenus et des dépenses détaillés dans le premier tableau , le produit du monnayage d'or et d'argent , des louages, du sceau de la chancellerie, des opérations de change, etc. , et le termina par une addition qui semble , au premier aspect , présenter un résumé complet de la situation des finances du Prince ; mais qui n'est rien moins que cela. 11 paraît, en effet, que ce résumé a été ajouté postérieurement, et ne concerne qu'une certaine portion de l'administration de la province : tous les trésoriers n'avaient pas encore remis leurs comptes, et le total embrassait si peu l'ensemble des finances du Prince, qu'après l'avoir exprimé, Filongleye ajouta quelques autres articles et n'en forma point une nouvelle somme.

Ces comptes ne sont point les originaux présentés aux auditeurs chargés de les vérifier; ce sont des extraits et des résumés, faits et présentés dans un but qui ne nous est pas connu , mais dont les témoignages n'en sont pas moins authentiques et intéressants.

En envisageant ce travail sous le rapport financier, on pourrait développer tout le système de comptabilité de cette époque mémorable ; mais ce n'est ici ni la place ni le moment; et si j'insiste, plus peut-être que je ne le devrais, sur l'importance de ces documents, c'est que je crois qu'il a existé et qu'il existe encore contre eux des préventions qu'il faut détruire. Ces préventions, quelles qu'elles soient, s'expliquent d'ailleurs bien facilement, si l'on ne perd pas de vue qu'entre tous les progrès que les événements politiques de ce siècle ont apportés dans la science de l'histoire, l'un des principaux est résulté de l'initiation des masses aux secrets du gouvernement des peuples. Les anciens érudits, qui, pour la plupart, ne comprenaient aucun des rouages de la machine gouvernementale, regardaient très-aisément comme inutiles les documents relatifs aux branches d'une administration qu'ils ne connaissaient pas , ou qu'il ne leur était pas permis de faire connaître ; mais aujourd'hui que chacun voit fonctionner devant lui toutes les parties de cette immense machine, et que les questions qui s'y rattachent sont journellement débattues en public, il est tout simple que les écrivains s'attachent de préférence à la recherche des documents que leurs devanciers avaient regardés comme inutiles.

En examinant, sous le rapport financier, le travail de Richard Filongleye, il ne faut pas oublier que si , de nos jours , malgré les perfectionnements introduits depuis cinq cents ans dans l'administration des finances , il existe encore parmi nous un art de grouper les chiffres susceptible de faire illusion aux hommes les plus versés

Page 1