‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 68 sur 331 · TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER. CXXXY · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER. CXXXY

expression de ces chiffres peut encore fournir des arguments dans cette grande question, jusqu'ici si mal étudiée, de l'exécution du traité de Bretigny. Les phrases et les raisonnements les plus éloquents n'en diront jamais plus que ces faits si simplement et si naturellement énoncés par le trésorier : Nichil quia in marchiis Francie : Nichil pr opter guerram : Nichil quia datur per regem Francie, etc. Ces tableaux paraissent aussi présenter sous un jour tout nouveau l'histoire de la levée des fouages en Aquitaine, opération à laquelle nos écrivains ont jusqu'ici attaché une importance sinon trop grande, du moins reposant sur des bases inexactes.

On peut dire aussi que si l'on découvrait dans un manuscrit inconnu une description géographique de l'une de nos provinces au xiv° siècle, on s'empresserait certainement de la recueillir. Le travail de Filongleye nous donne mieux encore qu'une simple nomenclature des localités dont se composait l'Aquitaine; il nous fait connaître en même temps les divers droits que le Prince en retirait. Il résulte de ces tableaux que la domination du Prince s'étendait sur 25 diocèses, divisés en 14 sénéchaussées. Dans cette circonscription, le Prince avait conservé dans ses mains 14 chàtellenies, 30 prévôtés et 220 baillies; en tout 264 seigneuries, sur l'existence et la valeur desquelles nous avons des renseignements positifs. Il n'est pas question dans ces comptes des fiefs du Condomois, de l'Armagnac, d'Albrefr, etc., par la même raison sans doute qu'il n'eût pas été question des fiefs de l'Aquitaine dans le compte des revenus des rois de France : une suzeraineté douteuse pouvait être utile aux calculs politiques, mais ne laissait pas de traces dans les additions financières.

L'origine des revenus des princes est une des parties le moins connues de notre histoire ; sous ce rapport encore , le travail du trésorier d'Aquitaine fournit des renseignements précieux. Au moyen Age, tout était matière à fief : tout droit, tout péage, tout impôt, toute fonction rapportant un salaire ou un bénéfice quelconque était regardé comme négociable et transmissible ; et les souverains les vendaient ou les donnaient avec une imprévoyance qui nous paraît d'autant plus inconcevable, qu'à cette époque les revenus royaux n'étant plus en rapport avec le nouveau rôle que la royauté était appelée à jouer, la politique des conseillers du pouvoir tendait constamment à augmenter le nombre des revenus de leurs maîtres. Ces empiétements systématiques étaient devenus une nécessité ; car les mœurs obligeant les princes à se défaire de presque tous les fiefs disponibles , et les usurpations , si faciles alors , joignant leur contingent aux libéralités intempestives des souverains , le pouvoir se serait insensiblement dépouillé de toute ressource , si le zèle des officiers royaux ne s'était attaché à rétablir une espèce d'équilibre.

Avant de faire connaître en détail quels étaient, d'après les comptes de Filongleye,

CXiXYI INTRODUCTION.

les revenus du prince d'Aquitaine, remarquons qu'il n'est jamais question, dans ces tableaux , des revenus particuliers du Prince ; c'est-à-dire de ses propriétés personnelles ou de son domaine privé. Il est cependant probable que, malgré la facilité avec laquelle les souverains aliénaient les domaines que les lois féodales faisaient si souvent retomber dans leurs mains , les ducs d'Aquitaine avaient conservé quelques seigneuries sur lesquelles ils possédaient autre chose que les droits, très-souvent abstraits, de leur suzeraineté. Les produits de ces domaines en blés, vins, troupeaux, etc., se consommaient sans doute en nature, ou bien il y avait un trésorier chargé d'en tenir un compte à part. On peut faire une observation à peu près semblable à propos du butin ou des revenus de la guerre. Les princes n'avaient-ils aucune part dans le pillage d'un camp ou d'un château, dans les contributions imposées aux villes, etc.? On n'en voit aucune trace dans les comptes de Filongleye.

Les revenus que le Prince avait conservés en Aquitaine sont renfermés dans environ 800 articles: 700 articles à peu près concernent les recettes, et 100 les dépenses ; mais les mêmes revenus se trouvant répétés dans plusieurs localités, il n'y a en réalité que 1 30 noms différents pour les revenus, et 20 pour les dépenses : en tout 1 50 dénominations, dont la signification exacte est souvent peu connue et, par conséquent, utile à étudier. J'ai cru pouvoir me dispenser d'en donner le catalogue, et me suis borné à faire quelques observations sur les principales d'entre elles.

Pour les dépenses, il a été facile aux trésoriers de les ranger sous un petit nombre de titres. Nous avons vu que ce nombre ne dépasse pas 20, encore quelques-uns d'entre eux sont-ils à peu près synonymes. Le premier article qui se trouve toujours en tète des dépenses, est celui des aumônes ; mais comme les sommes ainsi désignées sont presque toujours fixes, il ne faut pas croire qu'on ait voulu comprendre sous ce titre les sommes que la charité du Prince le portait à donner aux pauvres; il est plus probable qu'on désignait ainsi certaines rentes pieuses que le Prince s'était imposées.

Quant aux rectftes, la multitude des dénominations inventées pour déguiser l'avidité toujours croissante du fisc nous a laissé, comme nous venons de le voir, 130 expressions différentes qu'on peut ranger dans diverses classes, déterminées par la nalure de l'impôt qu'elles désignent : revenus féodaux; droits de justice; revenus du monnayage; impôts sur le sol et sur ses produits; droits de douanes; impôts indirects ou octrois ; et quelques autres réunis sous le nom de mélanges.

Revenus féodaux.

Dans ma conviction, mais ce n'est pas ici le lieu d'en développer les motifs, le régime féodal fut créé principalement pour tenir lieu du système fiscal, détruit avec l'empire. Sous un gouvernement féodal, toutes les sources des revenus des princes devaient donc se rattacher plus ou moins à la féodalité, et je n'aurais pas dû en faire

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