‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 71 sur 331 · TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER. CXLUI · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER. CXLUI

Je reprends l'examen par l'ordre chronologique des faits historiques que l'analyse des comptes de Rich. Filongleye m'avait obligé d'interrompre, et pendant quelque temps encore le travail du trésorier d'Aquitaine continuera à fournir quelques renseignements curieux.

Nous avons vu que les revenus de l'Aquitaine appartinrent au vainqueur de Poitiers à partir du 19 juillet 1362; mais que ce prince ne revint en France qu'en 1363 ; et qu'il commença à se faire rendre les hommages à Bordeaux le 9 juillet de cette année. Toutes les parties de sa principauté ne lui furent pas livrées à cette époque. Dans le Rouergue entre autres, plusieurs des revenus appartenant au Prince continuèrent à être perçus par le roi de France. La guerre se faisait encore en Bigorre; la vicomte de Limoges ne fut rendue qu'à la fin de 1364; et dans le Poitou, les seigneurs de Clisson et de Laval, l'évêque de Poitiers, etc., prétendirent que les prévôtés de Laganasche, Beaumer-sur-mer, 11 le- Dieu, etc., leur appartenaient, et le Prince n'en jouit jamais.

Comme on doit s'y attendre, c'est la première année de son arrivée en Guyenne que le Prince fit le plus de libéralités à ses chevaliers : parmi les plus favorisés , les comptes de Filongleye signalent le captai de Buch, le soudic de Latran, J. de Harpedenne, Bertoncat d'Albret, R. d'Angle, Roger Dore, les seigneurs de Poyanne, de Mucidan, de Mareuil, etc. Ces donations sont d'autant plus précieuses à recueillir, qu'il ne doit en exister aucune trace, ni dans les rôles gascons, ni dans les autres parties des archives de la chancellerie anglaise; car l'Aquitaine était alors un fief de la couronne d'Angleterre , et non un fief tenu par le roi d'Angleterre.

C'est sans doute pour aider à l'installation du Prince que la province lui fit cette année un don de 1,000 1. Néanmoins le Prince de Galles fit apporter d'Angleterre près de 18,000 1. st., et ses dépenses excédèrent encore de beaucoup ses recettes.

Pendant ce temps, Edward III ayant renouvelé la paix avec le nouveau roi de France, fit faire à Londres plusieurs proclamations pour en faire connaître les conditions (n°* cxciv et excv) , et de son cAté Charles V rendit une ordonnance en faveur des marchands anglais (n° exevi). Ce document ne se trouve pas dans le recueil des ordonnances des rois de France.

En 1 365 , le prince d'Aquitaine recouvra dans la sénéchaussée des Landes plusieurs baillies qu'il n'avait pas encore possédées, tandis qu'en Limousin la baillie de Beauregard commença à ne rien rapporter, parce quelle était sur les frontières de France; mais partout, excepté dans le Poitou et le Limousin, les revenus du Prince furent supérieurs à ses dépenses.

En 1366, le Prinee ne paya aucun gage de guerre dans le Bordelais, la Saintonge, etc., mais il les augmenta beaucoup dans le Rouergue et le Quercy : le

CXLIY ÏNTRODUGTION-

Périgord et la Terre-du-duché étaient déjà presque complètement abandonnés. Dans toutes les autres sénéchaussées , les dépenses furent supérieures aux recettes ordinaires.

L'année suivante fut Tannée du voyage d'Espagne. J'ai déjà dit que ie total des sommes données à cette occasion par les bonnes villes de la principauté , joint aux prix des joyaux de don Pedre , aux revenus ordinaires des sénéchaussées , à l'argent que le Prince fit venir d'Angleterre, etc., surpasse de beaucoup la somme des gages de guerre payés par le Prince en Aquitaine , non-seulement cette année , mais pendant tout le temps de son administration. Ce fait est si complètement en opposition avec le récit des historiens, qu'il faut nécessairement admettre qu'il y eut pour l'expédition d'Espagne un trésorier particulier, dont les comptes ne furent pas communiqués à Filongleye. Il est plus difficile de concilier le témoignage des historiens avec celui de ces comptes en ce qui concerne les fouages. Il est positif que cet impôt avait été levé dans plusieurs sénéchaussées avant l'expédition d'Espagne, et qu'il ne le fut pas dans quelques autres , où l'on suppose que la levée excita le plus de murmures. Quoi qu'il en soit, dès cette année, les comptes des revenus du Prince cessèrent d'être tenus dans tout le Quercy, le Périgord et l'Agenois.

En 1368, les comptes du Prince, déjà fort simplifiés, comme nous venons de le voir, le furent bien davantage par la mort de Jean d'Atby, connétable de Bordeaux. On se saisit des sommes qu'il avait en caisse, et tout en resta là. Il semble que la générosité du Prince augmentait à mesure que les revenus diminuaient ; il donna cette année à R. de Walsham, son confesseur, à J. Chandos, à M. de Gournay, à J. de Stratton, elo., presque la moitié des baillies qu'il possédait encore dans le Bordelais.

En 1 369, les revenus furent de plus en plus diminués ; les habitants du Bazadois se révoltèrent , et les trésoriers cessèrent de tenir leurs comptes dans toute la sénéchaussée du Rouergue.

En 1370, la comptabilité, déjà si réduite, le fut encore par les nombreuses libéralités du Prince, et dans toutes les contrées qui lui restaient, les dépenses excédèrent de beaucoup les recettes. Edward III voyait ainsi peu à peu le fruit de ses conquêtes échapper de ses mains, il essaya d'y remédier, en envoyant son autre fils, le duc de Lancastre, au secours de son frère, et sentant combien il avait besoin, pour réussir, de se concilier l'affection des peuples, il lui donna, le 1er juillet 1370, le pouvoir d'accorder toute espèce de grâce ou de pardon , même pour les crimes de sortilège et de lèse-majesté, de relever de toute tache d'infamie, et même de conférer la noblesse (n° ccxvn).

L'expédition du duc de Lancastre, préparée depuis longtemps, et pour laquelle ce prince avait été obligé de mettre en gage le comté de Richemond (n° ccn) , ne

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