‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 83 sur 331 · TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE IL CLXXIU · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE IL CLXXIU

l'exercice des privilèges dont les marchands de Bordeaux avaient joui jusqu'alors (n° xxxm) .

Edward, qui voulait ménager à la fois et les Gascons et les Anglais» écrivit à son lieutenant pour savoir si les privilèges accordés aux marchands bordelais n'étaient pas contraires aux libertés et franchises de la commune de Londres, car, disait-il, quelque bienveillance que nous ayons pour ceux de Bordeaux, nous n'avons pas voulu et nous ne voulons pas leur accorder des faveurs qui porteraient préjudice aux intérêts de ceux qui n'ont pas été consultés. Par ce moyen, il ne changeait rien à l'état des choses et gagnait du temps. Il savait bien que l'enquête terminée, les Bordelais ne manqueraient pas d'en demander une à leur tour , et qu'en attendant les circonstances lui fourniraient l'occasion de prendre le parti qui lui conviendrait le mieux (1).

C'est peut-être par un motif analogue que ce roi manda en 1293, au gardien de Londres de suspendre les poursuites commencées contre quelques marchands an* glais accusés d'avoir pillé un navire gascon dans les eaux de la Gironde (n° xxxvm).

Un acte de 1294 nous apprend que de même que les Papes prenaient sous leur protection spéciale les biens des Croisés, les rois se chargeaient aussi quelquefois de défendre pendant leur absence les biens des agents qui quittaient leur patrie pour le service de leur souverain. Un sergent d'armes, envoyé par Edward en Guyenne, obtint cette espèce de sauvegarde qui probablement avait une importance commerciale et n'était pas une simple formalité, puisque l'acte fut enregistré à la mairie de Londres (n° xli). L'envoi de ce sergent en Guyenne se rapportait sans doute à cette grande affaire de l'occupation de cette province par les Français , événement qui fournit le sujet du curieux poème latin que j'ai déjà cité |(voyez page 118etn°Lxv).

Quoi qu'il en soit, l'immense déploiement de forces auquel Edward Ier fut obligé d'avoir recours en cette occasion avait épuisé ses finances, et vers l'époque où fut composé le poème latin dont je viens de parler, on trouve dans les registres de Guild- Hall un document fort curieux pour l'histoire, et qui nous révèle un des expédients dont ce prince fut forcé de se servir pour se procurer de l'argent.

Un assez grand nombre de seigneurs d'Aquitaine avaient contracté pendant leur séjour à Londres des dettes qu'ils se trouvaient dans l'impossibilité d'acquitter (n°* lvi, lvii, lviii). Il est assez difficile de déterminer quel avait été le motif du séjour prolongé des chevaliers d'Aquitaine à Londres. On serait d'abord tenté de

(1) Ses prévisions ne furent pas trompées ; ce n'est que vingt-trois ans plus tard, le 13 août 1303, qu'il intervint un arrangement désigné sous ce titre, dans les archives de la municipalité de Bordeaux : Cotnr positio facta inter regem Anglie et mercatoret vinetariot ducatus Aquitanie super libertatibue quai 4p$i mercatoret debent habere in regno Anglie. Archives de la mairie de Bordeaux : Cartulaire de Vabbé Baurein, fol. *4, et Livre des Bouillons, N«* 48 et 70, fol. 50 et 69.

crwre qne ces chcyatters avaient été emnyés prisonnier» en Anglotaii pendant les troubles excités en Guyenne par la tyrannie de Simon de Montfort f cur para* eenrcî ae trouvent le» nom» de quelques-uns des plus oékèhtea aatagenistatén comte de Leyeesler; mai» il est pins probable que ces seigneurs avaient été appelés en Angleterre par sokedu système politique que les re» nermemle mitent » souvent en pratique, et qui consistait à neutraliser, en l'employant dans daa expédition» buttâmes, l'esprit de nationalité des popuhrtion* dont la fidélité leur aurait peut-être manqué s'tb les enssent employées contre des compatriotes. Edward Ier, qsû se servit senreat de» GaHois en Gascogne, s'était probablement servi de ees ehevaberj gasr eon» dans ses expéditions contre les Galbé ou les Écossais, et il est en effet naturel de penser quH n'aurait pas eu la maladresse de renvoyer en Guyenne des vassaux sur la fidélité desquels il ne pouvait pas compter ; au moment où il voulait reeon* quérir la province. Mais quelle que soit la cenjeeture la phi» vraisemblable (i) les registre» de Guild-Hall sont complètement muets à ce sujet, et une discussion approfondie des circonstances pourra seule permettre de décider une question fort intéressante pour l'histoire asses mal connue de cette époque. Le document qui nous l » révélée est aussi fort curieux comme peinture de mœurs.

En effet, ces grands seigneurs gascons ( Vascones de pevagio) étaient partis es Londres sous la caution du Roi, sans payer leurs dettes; de retour chez eux, ils s'étaient acquittés entre les mains de Henri de Lacy, comte de Lincoln, lieutenantgénéral d'Edward en Guyenne ; mais en 1299 leurs créanciers i Londres n'étaient pas encore payés, et le Roi, se trouvant dans l'impossibilité de se procurer tant d'argent, prit le parti d'emprunter à la ville de Londres, et de lui abandonner en remboursement les revenus des vicomtes de Londres et de Middlessex, jusqu'à ce qu'ils eussent produit une somme égale à celle qui avait été empruntée. Le maire de Londres était alors ce fameux Henri Legallois, dont le nom se trouve aussi sur le registre des maires de Bordeaux, et cette circonstance peut jeter un nouvel intérêt sur le fait que nous ont révélé les archives de Guild-Hall. Cette singulière opération de banque royale a fait conserver dans les registres de la mairie de Londres, en regard des noms des débiteurs gascons, celui de leurs créanciers anglais , le montant et la nature de leurs créances, dont la somme totale s'élevait à 1 ,049 livres, 13 sous, 11 deniers.

Dans les 92 articles qui composent ces comptes, on ne trouve que 79 individus, parce que les dettes de quelques-uns sont réparties en plusieurs articles. Dans ce

(i) On voit dans Rymer que le 4 avril 1283, Edward I" remercia les principale* communes de Guyenne du secours qu'elles lui avaient fourni contre les Gallois, et qu'en 1297, il promit de faire grâce aut Ecossais rebelles qui voudraient raccompagner en France. En 1325, Hugues le Despenscr conseillait de foire passer en Guyenne les otages gallois, irlandais» et autres gens suspects (n° cxn, art. 13).

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