‹ Collection générale des documents français qui se trouvent en Angleterre. Tome premier, archives de la Mairie de Londres, du Duché de Lancastre, de la Bibliothèque des Avocats et première partie de L'ÉchiquierChapitre 85 sur 331 · TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE If. CLXXVII · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE If. CLXXVII

femme de Roberl-le-Barbier et à Catherine de Laréole. La bourse de cette Catherine deLaréole ou la Française, dont nous avons déjà vu le nom plusieurs fois inscrit dans les registres de Guild-Hall, fut inépuisable pour ses compatriotes. Elle avait prêté & 15 d'entre eux diverses sommes qui portaient le total de sa créance à 184 livres 6 sous. C'était près d'un cinquième de la somme totale prêtée à tous les chevaliers, somme que les revenus des vicomtes de Londres et de Middlessex ne purent achever de payer en dix années. On continue en effet de rencontrer dans les registres de Guild-Hall, des quittances données par la ville de Londres aux receveurs des revenus royaux de ces deux vicomtes, jusqu'en Tan (510 (n°* lxxiii, lxxvii, et Archives de la mairie de Londres, regist. D, fol. 135 v°).

Je me suis arrêté peut-être trop longtemps sur un document qui n'a pas toute l'importance historique que je lui suppose , mais on m'excusera en faveur de sa singularité, car il est au moins bizarre de retrouver après 600 ans, dans les registres municipaux de la capitale de l'Angleterre, le menu détail des dépenses personnelles de ces aventureux chevaliers d'Aquitaine qui s'embarquaient avec autant d'indifférence pour aller combattre dans les montagnes glacées du pays de Galles ou de l'Ecosse, que dans les plaines brûlantes de l'Espagne ou de la Syrie.

Pendant que s'opérait à Londres le payement des dettes laissées par les seigneurs d'Aquitaine, et que la Guyenne était toujours occupée par les Français, la querelle des marchands de Londres et de Bordeaux prit un autre aspect. L'an 1300, Edward 1" fut obligé de demander à la commune de Londres pourquoi elle troublait les Bordelais dans l'exercice de leurs privilèges et voulait leur faire payer un droit nouveau de deux deniers par tonneau de vin. La commune répondit que les marchands bordelais , comme les autres marchands étrangers , n'avaient jamais eu le droit d'avoir un domicile dans la ville, ni d'y loger les autres marchands, ni de leur donner h manger , tant que la ville de Londres avait joui d'une entière liberté comme elle en jouissait alors, et que le droit de deux deniers par tonneau avait été autorisé par le Roi lui-même pendant un temps qui n'était pas encore expiré (n° lxx).

Edward, soit qu'il ne voulût pas se contenter de ces explications, soit qu'il cherchât un prétexte pour se faire donner de l'argent par les deux partis, écrivit l'année suivante pour avoir des renseignements plus précis au sujet des plaintes des marchands de Bordeaux. 11 voulait savoir, disait-il , si les Bordelais pouvaient ou non habiter les magasins où ils avaient le droit de déposer leurs marchandises. La commune répondit très-sèchement et très-brièvement, absolument dans les mêmes termes dont elle s'était précédemment servie, et sans ajouter aucun renseignement nouveau (n° lxxiv).

Nous verrons plus tard la suite de cette affaire ; mais dans l'intervalle, les rela-

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CXXXVm INTRODUCTION.

tions commerciales entre les deux métropoles ne cessèrent point. En 1302, des marchands bordelais firent transcrire dans les registres de Guîftd-Hall a Londres i une créance importante par la valeur de la somme qui en était l'objet, et que j'ai publiée couine spécimen des transactions commerciales de cette époque. Ganoem Bonnet , bourgeois de Bordeaux , celui-là même qui avait fiait enregistrer nne quittance de la reine d'Angleterre , se présenta à Gnikt-Hall , accompagné de té* moins et demanda d'y faire transcrire nne déckratioa de lui, rédigée en forme de lettres patentes , munie de son sceau et par laqweUe , en son nom et celai de son fils, il reconnaissait avoir été payé, par un marchand anglais, d'une somme de 200 marcs, et lui avoir cédé tous ses droite snr diverses obligations des comtes de Warwyck, d'Arundel et autres grands seigneurs anglais (n* lxxvih).

La vente des vins de Gascogne , ea Angleterre , joue nn rôle si important dans les relations de la commune de Londres avec les communes d'Aquitaine, que j'ai transcrit tout ce qui pouvait s'y rapporter dans les registres de Gutld-HaH. J'aâ même noté les noms des dégustateurs jurés des vins de Gascogne, à Londres, pour l'an 1302; ils étaient au nombre de six et devaient faire jeter tons les vins qu'ils trouveraient corrompus (n° lxxix). Nous verrons plus tard les règlements qui présidaient à la vente de ces vins.

Il paraît que tant que vécut Edward bT le procès entre les marchands de Londres et de Bordeaux fui décidé en faveur de ceux de cette dernière ville; mais à l'avènement d'Edward II , la commune de Londres recommença bientAt à s'opposer aux privilèges de sa rivale. Dès 1309, les Gascons, inquiétés, lurent obligés d'obtenir un nouveau mandement du Roi ; mais la commune de Londres sentit bientôt qu'elle pouvait plus aisément se dispenser d'obéir à Edward II , qu'elle n'avait pu le faire sous son prédécesseur, et le marre de Londres se contenta de répondre que les exemptions accordées aux Bordelais avaient été temporaires et que leur temps était fini (n° lxxxix).

La querelle ne resta pas dans les bornes légales : dans le port même de Londres, nos compatriotes osèrent soutenir leurs droits les armes à la main, et furent maltraités. Le Roi fut obligé d'envoyer à Londres un commissaire spécial chargé de rétablir l'ordre (n° xc) , et de faire ensuite mandement sur mandement pour protéger les Gascons (n* xci , xcn).

Ces querelles , et d'autres causes peut-être , firent considérablement augmenter le prix des vins à Londres, et dès le commencement de l'année suivante Edward H fut obligé de faire une ordonnance sur la vente des vins , devenus plus chers qu'ils n'avaient jamais été. Nul , excepté le bouteilier du roi , ne pouvait aller au-devant des marchands pour leur acheter leurs marchandises , et le bouteilier du rot m devait acheter que ce qui lui était strictement nécessaire. Avant d'être rentrés dans les

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