TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE II. CLXXXI
afin que tons les hommes généreux embrassent avec plus d'ardeur une querelle ri juste. II ne faut pas oublier de rechercher et de punir les officiers précédemment chargés de ces publications, et qui , ne les ayant pas faites, ont encouru la responsabilité du préjudice que le Roi pourrait éprouver.
En Guyenne et en Gascogne, comme dans les pays d'outre-mer, il faut faire des proclamations, annoncer l'arrivée prochaine du Roi, surtout aux bonnes villes qui sont restées en son pouvoir, et envoyer des agents accrédités auprès des autres pour les entretenir dans l'affection qu'elles portent au Roi. 11 faut surtout remercier Laréole, qui s'est bien montrée; lui promettre pardon et indemnité, et lui annoncer que le comte de Kent est chargé de faire une enquête. Si le Roi est généreux envers ceux de Laréole , tous les autres lui seront plus attachés. Le comte de Kent doit se montrer moins haut et plus affable qu'il ne Ta été jusqu'ici pour les pauvres comme pour les riches. Il ne faut pas surtout qu'il renvoie les gens du pays quand il veut tenir conseil ; il peut y appeler les Gascons sans que cela l'empêche de traiter ensuite ses affaires en particulier. On ne doit point négliger d'avoir des agents dans chacune des villes conquises par les Français, afin d'être instruit de leurs dispositions et de leurs approvisionnements ; si le comte veut savoir les préparatifs que les Français font du côté de Toulouse, Raimond Durant pourra l'en instruire. Il faut enfin que le Roi remercie particulièrement les capitaines des châteaux qui se sont montrés fidèles à sa cause.
Quant aux préparatifs matériels, il faut , en Angleterre, suffisamment garnir les frontières d'Ecosse ; savoir de chaque sénéchal de combien de forces .il peut disposer, et faire passer en Gascogne les principaux otages du pays de Galles et d'Irlande. Il faut faire choisir et préparer tous les archers, arbalétriers et autres combattants de lance et d'épée, ainsi que des ouvriers artilleurs, fléchiers, charpentiers, mineurs, etc., de manière à ce qu'ils ne puissent retarder leur départ sous prétexte de leur équipement. Il faut aussi faire préparer le plus possible de machines de guerre; si le temps presse, qu'on se borne à dégrossir les bois, afin qu'ils soient plus aisément employés en Guyenne. Le Roi doit faire demander à l'évêque de Durham quelques-unes de ses espringalles et un bon maître pour en fabriquer d'autres. Il faut aussi demander dans chaque vicomte des plumes d'oie pour garnir les flèches, pour épargner le parchemin. Il ne faudra pas attendre que tout soit prêt ; mais faire deux flottes, et dans la première envoyer avec les hommes d'armes et les engins qui seront prêts, les gens suspects, tels que les otages des Gallois, etc.
En Guyenne, le comte de Kent doit faire descendre et conduire à Bordeaux, pour les armer, avant Pâques, tous les couraux, bateaux et gabarres qui sont sur la Garonne, et barrer la rivière de pieux ou autrement pour que les bateaux des Français ne puissent descendre. Il faut approvisionner de vivres Bordeaux
CtlXXU INTRODUCTION.
et Blaye , mais snrtoui Bourg ; car c'est de là qu'on ravitaillât* Lifaourne et Saintfinition, et tandis que te connétable de Bordeaux fera apprêter l'artillerie» an machiniste préparera les espringalles de Blaye et de Bourg.
Le comte de Kent aura soin d'augmenter la garnison de Saisies, et festoyer en Béarn et dans les Landes, auprès des chefs principaux, demander de combien d'archers et d'hommes d'armes ils pourront aider le Roi. Le sire de Leacnn et Laspes de Béarn sont spécialement désignés comme pouvant être d'un grand secours dans ces parties. Le comte de Kent devra aussi prier la commune de Bayeme d'envoyer ses marins en Espagne, sous la conduite d'un homme sage, pour acheter des vivres et des armes pour garnir Dax, Saint-Séver et les autres villes des Landes ; ■nia il faudra d'avance qu'il envoie des messagers au Roi d'Espagne peur loi demander permission de s'approvisionner dans son royaume.
En 1326, un clerc de Hugues le Despenser écrit à son maître pour lai apprendre ce que le conseil de Guyenne a décidé sur les affaires dent ils. s'étaient entretenus avant son départ de Londres , et comme il n'ose tout écrire, il envoie un intelligent et dévwé messager pour l'instruire du reste. Il se borne à dire que les trêves prises jusqu'à la Pentecôte, viennent d'être prolongées de dix jours, dans F espérance qu'une bonne paix s'ensuivrait, et que la Reine a spécialement prié le comte de Kent de veiller à ce qu'elles ne fassent pas enfreintes. Il ne sait si cela sera avantageux pour l'Angleterre ; mais le pays est suffisamment en état de défense, et il croit toujours pouvoir répondre de la fidélité dn séaéchal (n° cxiii).
Un document de la même année prouve que l'auteur de la lettre précédente avait vu juste en prévoyant que la prolongation des trêves serait nuisible, et révèle un épisode excessivement curieux du retentissement en Guyenne de la lutte dm partis qui divisaient alors l'Angleterre. J. Colomb et Bert. Cailhau, deux des principaux bourgeois de Bordeaux, arrivés de Portsmouth à Bordeaux après une traversée de onze jours, écrivent à leur noble et puissant ami, Hugues le Despenser, qu'ils ont trouvé la province dans un état de bouleversement inouï. Le bruit s'était répandu qu'on allait encore livrer la Guyenne aux Français, et tous les amis du Roi s'étaient préparés à quitter le pays. Profitant de ce trouble , quelques seigneurs anglais , ennemis des Despenser, avaient imaginé de saccager la ville où ils étaient logés. Ils avaient commencé l'attaque en mettant le feu dans quatre ou cinq endroits a la fois, et pillant et tuant parlout , comme dans une ville prise <T assaut ; on estimait leur butin à plus de 40,000 I. Les amis de Hugues le Despenser lui promettent d'envoyer avant peu des détails sur la conduite de chacun ; mais jusqu'ici personne n'a été indemnisé. J. Colomb prévient le favori que, n'ayant pas son sceau, B. Cailhau a mis le sien pour tous deux. L'intérêt que présente ce document est augmenté