ÉCOLE ITALIENNE
La Collection Pacully n'a recueilli que trois peintures des anciennes écoles d'Italie, une Mise au tombeau, par Simone Martini, une Sacra Conver^a^ione, par Palma Vecchio, un Portrait du Doge Andréa Gritti, par Tintoretto, mais le premier de ces tableaux suffirait seul à lui faire grand honneur. L'Œuvre d'Art a déjà signalé ce morceau précieux qui Ht partie, sans doute, d'une suite de tableautins, représentant les sct-nes de la Passion, rassemblés, suivant l'usage byzantin, dans un retable de style architectural, comme autrefois Vancona de Duccio di Buoninsegna à la cathédrale de Sienne. Moins heureux que ceux de son prédécesseur, remaniés arbitrairement, mais restés du moins presque tous en leur Heu d'origine, les panneaux dus à Simone Martini semblentavoir été depuis longtemps dispersés au hasard. L'un d'eux, le Portement de Croix, est arrivé au Musée du Louvre, sans trop de mésaventures ; il y réunit, dans sa petitesse, les qualités les plus caractéristiques, en apparence contradictoires, de l'admirable maître siennois, le rival de Giotto et l'ami de Pétrarque, sa délicatesse dans l'expression physionomique et sa force dans l'action pathétique, le sentiment le plus fin de la grâce uni à l'observation la plus franche de la réalité.
Tous les traits spéciaux de la pratique siennoise, l'accumulation et la gesticulation agitées des figures, la polychromie et les bizarreries des vêtements brodés de couleurs claires, l'emploi. dé)à suranné pour les Florentins des gaufrures et des rehauts d'or dans les larges nimbes des personnages sacrés, les cuirasses et les armes des soldats, la richesse du lond architectural y marquent, vis-à-vis de Gioito, un génie non moins poétique et non moins novateur, doué d'une force moins virile et d'une vision moins plastique, mais d'un charme plus familier ex d'une imagination plus pittoresque. D'une part, l'ensemble de la scène, par la majesté douloureuse de la figure du Christ, la vérité variée et aisée des gestes et des types chez les soldats, les bourreaux, les saintes femmes, est digne du décorateur monumental, du fresquiste fameux de Sienne-Naples, Avignon; d'autre part, le soin minutieux et la sensibilité délicate avec lesquels se précisent les traits dans les visages et les détails dans tous les accessoires ne permet-
GiACOMO Palma. — L'
(Mus<e de
tent pas d'oublier qae Simone excellait dans les petites choses comme dans les grandes, que ses miniatures étaient aussi célèbres que ses peintures murales et ses retables, et rappellent, par quelques accents communs, le frontispice, si connu, du Virgile à la Bibliothèque de l'Ambrosiana.
Entre le Portement de Croix, au Louvre, et la Mise au Tombeau, chez M. Pacully, qui en forme, probablement, la suite et le pendant (mêmes dimensions, même style, même technique) faut-il placer le Coup de lance et la Descente de Croix Ju Musée d'Anvers? M. Pacully le pense, et nous partageons son avis. Malheureusemeni, les deux panneaux d'Anvers, surtout le Coup de lance, ont beaucoup plus souffert; l'aspect s'en est alourdi et obscurci par suite de retouches fâcheuses et de surcharges maladroites. LaMiseau Tombeau, non plus, n'a pas échappé complètement aux injures du temps et des hommes; on y peut surprendre, çà et là, des traces suite de nettoyages successifs, par des repassages ou remplissages toujours fâcheux; néanmoins, pour une œuvre du xiv« siècle, qui a probablement traversé tant de périlleuses aventures, c'est grand un bonheur, un bonheur rare, de pouvoir se livrer à notre étude et à notre admiration sans de plus graves avaries.
La plupart des traits caractéristiques de Simone Martini se retrouventdans ce petit chef-d'œuvre. Il sufïit de le comparer auxpanneauxde Paris et d'Anvers pour n'avoir aucun doute sur son authenticité. Tous ces morceaux viennem, évidemment, du même atelier; la composition en a été établie par le même artiste, l'exécution révèle les mêmes mains; le dis les mêmes, et non la même, parce que, suivam les habitudes du temps, un artiste, surchargé de commandes, comme l'était Martini, prenait forcément pour collaborateurs quelques-uns de ses meilleurs élèves. De la. malgré l'unité certaine de l'origine, quelques diversités, très légères et presque imperceptibles sans une minutieuse analyse, qui peuvent, çà et là, trahir cette diversité de collaborateurs; il en est de môme, d'ailleurs, dans les œuvres des plus grands miniaturistes qui confièrent souvent le soin d-achever certains accessoires, vêtements, ornements, fonds.à des disciples éprouvés et profondément pénétrés de leur esprit.
Adoration des Bergers.
Munich.)
Ceue Mise .« tomteau montre le génie siennois. si sensible et si humain, que cette peinture est de celles qui, --^ées après a mort dans son ate^
dans ce qu'il a de plus noblement passionné et pathétique. Les acteurs lier, furent achevées par son neveu et -''^^°^^^;";'^^" ^"j;^™
émus de cette grande scène, plus nombreux, plus agités que ceux de père de PalmaGiovine. Les ouvrages de ce.te provenance, ^^.^^^"^^'^^^^^^^
C^ot o ou contemporains florentins, dans la même circonstance, ne et qu'il est souvent difficile de reconnaître à -"-;^;J-;--;J;;7 '
fixent point idéalement leurs douleurs en des attitudes sculpturales si de ^^'^^^^^^^^'^^^ ^-\'^' '^'^^'^^^^^^^^
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Les nerveux, parfois presque convulsifs. avec une vivacité plus familière table. Cette restitution, sans doute, ne saurait être fane qu avec «ne ex e
tplus désord;nnée, mais lus pittoresque, plus touchante et plus péné- prudence et, sous toutes réserves pu.sque, d ^/^^^ ^^^^ée d ^e; trante. Avec quelle tendresse la Vierge soulève, pour l'embrasser, la tête si quelques-unes de ces pe.ntures '^'^^^^ '''^^^'''''^l^^^^^^^^ ^^^n'v pâle de son fils avec quelle ferveur les apôtres baisent les mains, palpent n'étaient qu'à moitié achevées, d'autres simplement ébauchées, e qu .In y lesmembres du cadav'e, avec quelle explosion communicative de gestes et en avait pas moins de quarante-six En tout cas, ce sont --" ;^" P deplaintes, bien féminines, les saintes femmes, les plus ieunes, Madeleine et importantes pour l'établissement ^éhnm et qu. reste a [-e, malgré ses amies/dont Simone Martini multiplie à plaisir le nombre, hagardes, nombre de travaux utiles et estimables pubhés dans ces dermères années échevelées, lèvent les bras au ciel, s'arrachent les cheveux, se précipitent du catalogue des ouvrages dus a ce grand artiste qu,, comme Lorenzo dans les bras lune de l'autre, tandis que les matrones, moins expansives, Lotto et quelques autres, joua, dans la renaissance de la peinture ^cnIaccoutumées aux tristesses, contemplent d'un air résigné. Quelques-unes tienne, un rôle capital et beaucoup plus considérable qu on ne 1 a cru pende ces figures sont exactement celles que l'artiste a déjà placées :dans le dant longtemps.
Portement et la Descente de Croix, ce n'est pas là une des moindres Le Porfr..7^» /)o,.e ^.^rea Gnm est aussi une œuvre vémt.enne et de preuves de leur origine commune. la bonne époque. La date en est facile a préciser, puisque Andréa Gntti, Les deux autres peintures d'Italie que possède M. PacuUy, malgré leur l'un des adversaires redoutables de nos généraux français en Italie, pnsonmérite, ne présentent point un aussi puissant intérêt. La Vierge, avec nier de Gaston de Foix à Brescia. puis amené à Paris ou son éloquence l'enfant Jésus debout sur ses genoux, entre sainte Catherine ou sainte persuasive lui conquit la naïve confiance de Louis XII, porta 1^ bonnet Dorothée tenant le petit saint Jean-Baptiste, offrant au bambino une ducal de i 523 à i 5:^6. C'est une peinture facile, légèrement touchée, dans corbeille de fleurs et de fruits, et un Saint qui met le genou en terre, appuyé une tonalité rosée et argentine, dans un style doux et délicat qui tient beausur son bâton, est un bon ouvrage des premières années du xvi^ siècle. On coup encore de la manière des Bellini. Au premier aspect, on serait tenté y constate tous les caractères de l'école vénitienne qui, rénovée par Palma de l'attribuer à l'un de leurs élèves, à l'un de ces artistes modestes, fort Vecchio Giorgione, Ticiano Vezelli, va se continuer par les Bonifazio et nombreux encore à Venise, à cette époque, un peu démodés, un peu vieil- Paris Bordone. L'attribution à Palma Vecchio est fort plausible. Gia- lis, mais qui s'obstinaient, avec constance et fidélité, a se souvenir des Domo Palma en effet, fut l'un des premiers à rendre plus vivants et plus belles simplicités du vieux Giovanni. S'il était certain, comme le pense animés ces groupes de saints et de saintes jusqu'alors simplement juxta- M. PacuUy, que ce portrait est un ouvrage juvénile deT,ntoretto(néen i 5 1 2), posés en figures isolées, autour de la Vierge, du Christ ou d'un saint ce qui, après tout, n'a rien d'invraisemblable, nous aurions la une preuve patron Bien que la peinture ait un peu souffert, nous y trouvons, dans la nouvelle que les artistes les plus personnels, ceux qui doivent, dans leur disposition et l'attitude des figures, dans le type de la Vierge qui se rattache âge mûr, se montrer les plus libres et les plus violents, sont souvent, encore à l'école du Bellini et celui du Saint qui est plus voisin des types dans leur adolescence et leur jeunesse, les plus humblement disciplinés personnels de Palma, dans le fond de paysage lumineux, agrémenté d'édi- et les plus naïvement consciencieux. Tintoretto devait, beaucoup plus fices où passent des paysans et des animaux, tous les caractères de ces con^ tard, reproduire les traits du Doge Andréa Gritti. agenouillé devant la versations sacrées dans lesquelles excellait le contemporain et le rival de Vierge, dans une de ses grandes peintures décoratives du Palais Ducal Giorgione et de Titien. Une certaine influence de Titien dans les types et (Sala del CoUegio). Il s'y servit probablement du portrait tau d'après dans la technique de la Sainte et des deux enfants, une certaine inégalité nature dans sa jeunesse, mais en l'interprétant avec la puissante maîtrise d'exécution dans les diverses parties dont l'ensemble ne donne pas cette qui le distinguait alors.
forte et si chaude, si séduisante impression que laissent les très rares Georges Lafenestre.
tableaux de Palma complètement peints par lui, nous porteraient à croire