‹ Collection PacullyChapitre 4 sur 9 · ÉCOLE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

ÉCOLE FRANÇAISE

— Pardon ! répliqua galamment le roi. nousavonscellesde M. Vernet. Ce mot, un peu trop haut montant peut-être sur les

talons dorés du plus précieux et du plus fat queue-rouge iL.."" A du siècle qu'il gouverna, on se le rappelle avec à-propos en traversant la partie française de la Galerie Pacully.

Ce n'est pas seulement une des admirables marines de Joseph Vernet, orgueil du vaniteux Louis XV, qu'on y rencontre. C'est aussiundes plus beaux portraits d'Hyacinthe Rigaud dont Louis XIV eût pu se prévaloir à égal titre que son royal arrière-peùt-fils de ses peintres favoris. Et c'est encore, au nombre des œuvreschoisies du XV 111'' siècle, une étude de la meilleure manière de Greuze; et enfin un rarissime portrait de Chardin qui n'en essaya presque jamais. Tout compte fait, quatre morceaux seulement représentent ici les plus grands maîtres et la plus belle manière de notre École française au xviii« siècle; mais ils le font d'une façon si parfaite et si inattendue que, sans nuire aux droits de la critique impartiale, nous ne craindrons pas denous attarderàles étudier longuement l'un après l'autre et, l'un autant que l'autre, à les estimer àleurprix.

Le premier de ces quatre tableaux est, par ordre de date, un Portrait d'Homme de Cour peint par,... j'allais écrire Largillïère. Mais le même portrait, — moins la figure qui est celle d'un certain Suisse nommé Schaub,

— se voit avec l'identique ordonnance de la perruque

RiGAt-D (Attridi-é a). — Portrait de Lucas Schaub.

[tAusie de llOlc.)

épaules sur cette personne de

pur marquis, sur ce chef-d'œuvre d'harmonie picturale, sur ces

.^ formes ruisselantes et pures, ainsi que l'eau de cristal

#^ dans la vasque de marbre dont nous comparions plus

haut l'éclat à ce seigneur qui avait voulu poser, pour LaigiUière ou pour Rigaud, un si magnifique modèle.

Largillière ou Rigaud?

Pour fixer l'authcniicilé de l'œuvre possédée par la Collection Pacully, nous avons une première argumentation facile à emprunter au portrait de Lucas Schaub du musée de Bàle.au quel nous faisions précédemment allusion. Ce tableau est, — quelques dissemblances de la figure à part, — la copie textuelle du nôtre. Si le visage y dessine un angle facial plus ouvert, la disposition de la perruque et l'ordonnance des vêtements y sont, jusqu'il la couleur, les mômes. L'un de ces deux portraits ne serait donc que la copie de l'autre. D'accord, mais le tableau du musée de Bàle portant la signature de Rigaud et la date de 1771, celui de la collection Pacully qu'aucune signature n'estampille en réalité se trouve virtuellement signé, contormémeni à sa copie si fidèle de Bàle. La preuve principale, il est vrai, se trouve dans les tableaux eux mè mes, celui de Bàle étant très médiocre tandis que celui de M. Pacully e$t de toute beauté. Aces raisons s'ajoutent des preuves esthétiques plus probantes encore, en faveur de Rigaud, seul peintre possible d'une œuvre si originalement atiribuable à la manière du maître? Ne savons-nous pas que Largil-

oraui...a..-v ^. ." ^ n- . Hère l'éléeani dificrc de Rigaud, comme Icspiriluc-l diffère du majestueux du

et du costume, à Bàle où le nom de R.gaud et la ^^'^^^ ! «^^''^f ' ' J ^^ ' '.urAinsi le Portrait d'Homme de Cour de la Collection Pacully,

cristalline sur les gradins harmonieux d'une vasque de marbre; ou comme ûers-éiat. on passe plus aisément sur le terrain de l'art

"ampres décadents d'une vigne -core fière.dansra.ourement de^^^^^^^^^^^^^^ ,,?; ;pTocl et l-ntonise les extrêmes, que sur celui de l'histo.re quj

■n.Pn rose et or une belle journée d'automne.- Et c est bun la ladieuse qui rapp .... ,,r„„„/.,-. 1.0 r,,„r« des st.-culaires et

peini eu . , 1 : „kr,l>/^fle nup fmirhes. à ce

g COLLECTION PACULLY

cher, les Fragonard, les Na.,ier, les Vanloo, les Wa.teau même. Il fai, bon montable, contre - lame ^^P^ Z^^L^V^^nir^rl^ 1::^

voir, à la veille du deuxième centenaire que Paris prépare à un de ses plus seau charmant auxcouleursdefé.equu.promet.aten a

typiques enfants, ce bon Chardin dominer son siècle de faquins et de tablement son ameavec ses homm ambea^^^^^ et que lacùte va

maniérés avec sa grosse tête de hls du menuisier de la rue de Seine. Le mortes que "^".quete a more aux le ^ -' ^^ fj^^f^^^ ,„; ,,e,un autre

génie s'y loge ù l'aise et sans façons; génie robuste e, sain du veux peuple recevo.r aveclesepaves du bo d. A,^ lo.n ur la mer p ,. ^^ ^^^^

de Paris. Les courtisans de Versailles n'en retinrent pour eux que l'espr.t vaisseau renouvelle le drame e le :^''°7'=' '" '""j'"; ,^ Jj^,,

le plus lé.er le plus fat, le plus vain, avec lequel une cour d'artistes minau- encore à la mortcommune et p us affreuse peut-ctre ^"^ '^ P"'"'*^^' P''^"

deu'rpuren; cré'er une ma'nière, mais non pas une école. Car si l'école du qu'on la voit venir de >-- -^--\^^,-^;: :,,",!' 'œ;re de .loseph xv,„. siècle fu, faite, ce fut grâce aux œuvres de ce peintre dont le gros bon En considérant '-B---' ""; larpTécier un ,„ qu'on avait cru,

sens et la pleine pâte servirent de levure nécessaire à ces gâteaux de cabme.s Verne, on s apprend a pénétre " " fP?^^' "^^"^ ',^,1 ,, po„ fi„i, p^r

et à ces bouchées à la reine, qu'ils rendaient présentables à d'autres siècles et d'abord, tout de convention voulue "/ '^ " ""^ f^''^;' 1',°, C'esUe

d'autres écoles où le croustillant et le scandaleux ne suffiraient déjà plus. Et comprendre la large par, d'estime que ^?" ^^^^'^ J",,^^, ^P^J^'^^, „„,,„.

voye^.le, ce plantureux et jovial Chardin, derrière les verres arrondis de ses propre des grandes œuvres, de "^^^'"^^^'^^''l"!^^^^^^^

débordâmes besicles, regardant sans hésitation et bien en face ce xviiL siècle porains et la réputation de la P»!-.'- f- "^ detnt ceUe qu'rnous arrête

plaisantin qui ne lui paya pas sa peinture au prix marchand des couleurs toiles, nous serions passes peu,.e,re ndiffcrents 'i'^™"' "''"/l"' "°

me lu qui tirera'it'devant l'histoire des beaux-ans plus de profit de dans une Galerie fermée e, nous -""^ '!;;" '^Jf, j"^; 7,';,;,^ ^

Pœuvre Ien,cmen, e, solidemen, cons,rui,e d'un mai,re mort seulement J°"t "°"^" ^-°"^ P''""^"^°^^^PP;^^;"'"^^'''='"'''"f^^^^^^^^^

0^10. naire, que des ouvrages légers e, immoraux de tan, d'artistes mai- Le N.ufr.ge de la Collection Pacully fai, le plus grand ^^"Zs esp -

g dets que eur siècle, amusl e, corrompu par eux, ne laissa vivre que trop brité admise de Joseph Verne,. E, l'on comprend -;"• " ^^ ^^//j;^

f ' table tableau que. naufrage pour naufrage, Louis XV regrettant peu les siens,

A'^r^dire, le morceau de Chardin que nous rencontrons dans la Col- ai, pu dire qu'il resrait, du moins après tout, à la France les marines de

lection Pacully nous surprend. C'est un portrait, et nous savons que le M. Vernet. ^

maitre duBe/ierfû-iVcet delà roi7t.'f/c'.yHi\fiï//7ï, àun ou deux près, n'en fit , -v , * * • x ,'« ^^r,c Ii rnll^rtinn

pas. Trop retiré derrière l'établi du menuisier son père pour aborder, à la L'Ecole française au xvn.e siècle est auss, -P.^^; "'7';^-:^^^ ^^^^'"^!;;^

pose le beau monde du Louvre et de Versailles, Chardin avait pris son Pacully, par un dernier morceau dont il faut dire le plus grand bien. C es

ai' des na^es mortes que ces dames des Halles de Paris lui servaient à un Greu.e de derrière les fagots P^^^^^^^^ ^^^^^^^^^^^^^^^

peu de frais, ou des scènes d'imérieur bourgeois qu'il pouvait peindre sans du maître. C'est aussi un des plus agréables morceaux de la me eu ^

sortir de che^ lui • le tout s'exposant place Dauphine, en plein air de la manière de ce peimre, celle que tous ses contemporains aimèrent avant que

Fête-Dieu- et quelquefois le morceau se vendant quelques écus, pénible- l'infortuné Greuze ne la changeât en celle qui lui valut les plus pénibles

menttircsdelapochedecemêmepeupledontChardins'étaitfaitle«peintre efforts et les plus mérités reproches

ordinaire » et qui le reconnaissait bien h ses sujets préférés. Puisque Sur un panneau, tout au plus grand comme un mouchoir epoch^^^^^^

le portrait seul rapportait la fortune aux peintres, le maître se décida jeune fille, dont le corps ne descend pas même jusqu a la ceinture recueil e

aussi à en entreprendre. Pour attirer les marquises, il commença dans un format si restreint, la plus large et belle part de grâce que le mait^^^

par portraiturer des bourgeoises. En 174-^ Chardin envoya au Salon le dispersa tant de fois, en tant d'autres grandioses tableaux qui ne valurent

portrait de la femme de son meilleur ami. un négociant de la rue Mau- pas celui-ci. L'exquis minois a donné rendez-vous a tous les charmes de

conseil qui s'appelait M. Lenoiret qui devait, le 26 novembre de l'année la femme nubile a peine, entre la masse de ses cheveux dun adorable

suivante, ù l'église Saint-Sulpice, lui servir de témoin en deuxième mariage blond cendré, en désordre. Pour les yeux, deux perles d eau manne,

qu'il contracterait avec dame veuve Marguerite Poujet, lui-même étant transparentes et humides comme deux gouttes de cristal. Pour es baisers,

veuf de sa première femme Marguerite Saintard qu'il avait épousée en la une bouche que n'entr'ouvrirait pas une cerise dont elle a la couleur.

même paroisse, le i" janvier i;?!. Au Salon de .746, il exposa trois Et partout, emre les frisons folâtres de cette tête créée pour 1 amour, des

portraits: celui de M. Levret, de l'Académie de Médecine; celui de M-' M... fossettes piquant les joues incarnadines et duvetées comme deux pèches ou

en manchon; enfin celui de M. Louis, censeur royal en médecine. Si l'on les lutinsamoureux ontlaissé, à la place de ces fossettes adorables la marque

ajoute à cette liste deux autres portraits attribués à Chardin, l'un au musée folle de leurs dents. La belle drape à peine sa nudité ambrée de Iruit

de Montpellier sous les traits de M"'^ Geoffrin, l'autre au musée du mûrissant, sous une draperie mauve que les seins crèvent pour laisser voir

Louvre et représentant M-e Lenoir encore, on aura toute la galerie des entre leurs coupes rondes où la jeunesse de Ganymede viendra boire, une

portraits qu'essaya Chardin et dont il ne reste plus rien aujourd'hui, colombe immaculée. Et les deux mains pressent timidement ce nid, le plus

Le portrait que'la Collection Pacully nous conserve, ne prend que plus de doux que l'amour se soit fait ici-bas et d'où l'oiseau de Vénus va s'envoler,

valeur à cette injustice des temps qui avait juré de ne faire, ni la fortune du porteur d'un billet qu'il tient au bec. Aussi bien, ce madrigal exquis a pour

portraitiste d'emprunt, ni celle de ses clients de passage. Comme première titre : le Message d'Amour. Il aurait aussi, dit-on, une histoire. L'adorable

garantie de ce charmant tableautin nous avons la signature de son très véri- modèle qui posa ce morceau, ne fut autre que la belle Adélaide-Marie Fai-

dique auteur, haut montante sur le coin de gauche. Mais nous aimons gnau, qui fut l'épouse d'un certain sieur Dupuy; non sans avoir été precé-

mieux reconnaître, à l'ordonnance harmonieuse des couleurs, le maître des demment la mère d'Emile de Girardin, par la volonté de Napoléon I" qui,

tons blancs et noirs de chambre close et de cette espèce de peinture à pâte à titre de Jupiter Olympien de son temps, se permit de renouveler l'his-

épaisse si brillamment croDteuse que nous appellerions un « chaufroix », toire de la belle Europe et de tant d'autres adoratrices du même dieu. Le

si nous osions prêter un terme d'art culinaire au vocabulaire des beaux- roman vaut-il mieux que l'histoire? Je ne sais, mais il est rare que Greuze

arts. Sur un fond uniformément noir, une tète et un demi-corps de femme ait accordé l'un et l'autre plus harmonieusement qu'en cette délicieuse

s'enlèvent en couleurs passées et comme en demi-teintes des vêtements et pochade. Et l'ingrat ne l'a pas cataloguée !

des autres fanfreluches modestes. Toutes les atténuations delà fa ne h on en L'occasion serait, certes, bonne pour montrer la contradiction que le

point de Valenciennes sur les cheveux cendrés et du coqueluchon sobre mauvais sort ménage à certains tempéraments de peintres qui, faits comme

passementé de petit-gris, ne sont sur cette toile que pour y faire valoir la Greuze, par exemple, pour donner les plus agréables leçons de l'amour,

figure chaudement éclairée et les pommettes rouges de celte jolie maman s'obstinèrent à ne répéter que les plus ennuyeux enseignements de la morale,

à qui ne manquent ni la santé, ni l'humeur des bourgeoises si bien en chair mais il nous reste, de ce Greuze aux grands cheveux blonds et bouclés,

et en gaieté, qu'on les dit Françaises parce qu'on ne trouve les pareilles à la tète d'Anacréon charmant et charmeur malgré lui, il nous reste d'au-

nuUe autre part. très pages que celles du Repentir ou de la Vertu chancelante. Le Message

La Collection Pacully nous présente à côté de Chardin un exemplaire d'Amour que son volumineux catalogue de sermons ne mentionne pas,

remarquablede Joseph Vernet. Par une de ces mers démontées où tous les nous demeure heureusement encore dans la collection Pacully. Avec de

éléments conjurés ensemble font rage, eau, ciel et terre, une galère dont le tels morceaux, sans nombre heureusement eux aussi, la belle étoile de

styleindiquelesparages italiens de Gênes que ce peintre fréquenta de préfé- Vénus n'est pas près de sèteindre sur le front de son interprète le plus

rence vient se briser sur un écueil gigantesque, — lame de rocher insur- récalcitrant et de son plus véridique maître. Boyer d'Agen.

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