LAND
« Directeur privilégié : M. Lemercier de Neuville. i Régisseur général : M. Jean Ddbots.
« Lampiste, machiniste, en un mot toutes les fonc- « tions viles : M. Camille \Yeinschenck.
" Les pièces le plus souvent représentées étaient :
« 1° EpoOixov ôsaxpov, prologue en vers par M. Jean « Duboys.
« 2° Signe d'argent^ vaudeville en trois actes.
« 3° Le dernier jour (F un condamné, drame en trois « actes par Tisserand.
« 4° Un caprice, vaudeville en un acte de M. Lemer- « cier de Neuville.
« 5° Les jeux de l 'amour et du bazar, comédie du « même auteur. »
Le chanteur Duprez avait un véritable culte pour les marionnettes et possédait, lui aussi, an petit guignol. Dans ses Mémoires il raconte qu'il fut invité un jour par l'Empereur à donner une représentation en l'honneur de Maximilien d'Autriche. C'était la veille du départ de l'archiduc pour le Mexique. Quelles pièces jouèrent les marionnettes? Duprez a oublié de nous le dire. Peut-être y fusillait-on quelqu'un. Le hasard a parfois de si étranges coïncidences.
Gounod lui-même a composé pour marionnettes une marche funèbre qui est un petit chef-d'œuvre et Byron, l'immortel auteur de Childe-Harold. adressant un sonnet à Polichinelle « The famous Punch » , s'écrie :
Who loves not puppets is not fit to live. (Celui qui n'aime pas les fantoches n'est pas digue de vivre.)
Et parmi les romanciers à jet continu, combien peut-être ont recours au moyen de repère de Ponson du Terrail ! L'écrivain de Rocambole, craignant de se
perdre dans l'imbroglio de ses intrigues, avait pris l'habitude de pendre à une tringle au-dessus de son bureau autant de marionnettes qu'il y avait de personnages dans ses romans. A mesure qu'il en mourait un, il abattait une marionnette. Mais un jour il s'oublia et tel héros qui était mort la veille ressuscita le lendemain.
Laissons cet échafaudage d'érudition et de souvenirs et retournons à Asnières chez M. Maury. Là-bas sur la tablette de cette vitrine, voyez toute la famille de vrai Guignol des bords du Rhône qui n'a, quoi qu'on dise, qu'un pied-à-terre à Paris dans les Champs- Elysées et qui est bien vraiment Lyonnais de cœur et d'esprit. Chignolf comme on dit au café du Caveau.
Voici Madelon, sa femme, en pet-en-Pair, avec son bonnet aux larges cornes : elle lance à son époux — un rupin! — des regards chargés de tendresse. Voilà son père, l'ami Gnaffron, le cordonnier du coin, à la figure avinée et rébarbative. Habillé d'une souquenille, d'un tablier de cuir et d'une veste rapiécée, coiffé d'un chapeau haut de forme aux larges bords tout bossues, il contemple le ménage, gronde, va, vient et ne décolère pas. « Il a du noir dans l'âme » ce Gnaffron, comme disait feu Mengin le marchand de crayons. Peut-être regrette-t-il sa place des Célestins, son propriétaire Canezou et l'hilarité communicative de son brave public de canuts.
Si Guignol fait toujours des siennes en France, il n'est pas mort non plus en Angleterre, en Italie, en Allemagne, en Turquie.
De ce côté voici Punch and Judy qui pensent avec tristesse aux rues brumeuses de Londres, où ils offrent par tous les temps leurs farces en plein vent. Et quelles farces ! L'Arlequin anglais n'a pas la bonne humeur du nôtre. Tout est satire dans sa bouche. C'est un polichinelle terrible qui tue le juge, le diable et même la mort. Quelquefois les marionnettes anglaises sont des nègres comme les Mins'trels du café des Ambassadeurs. Seulement au lieu de faire de la musique, ils jouent des drames populaires qu'on pourrait nommer le triomphe des coups de bâton, car ces nègres tapent dur et la foule toujours cruelle aime à les voir rosser les représentants de l'autorité.
Ici est représentée l'Allemagne. Qui ne connaît Hanswûrst (Jean Saucisse) et Kasperle? Leur théâtre est la fidèle image de la vie vulgaire et brutale : le peuple se complaît le plus souvent à des scènes grossières. La légende de Faust reparaît quelquefois cependant dans le répertoire, et Gœthe, qui ne dédaigna pas d'écrire pour les poupées de bois, puisa, dit-on, à ce spectacle, l'idée de son drame.
Fuis Pulcinello et Arlequin — des Italiens ! ce diable d'Arlequin qui fit rire nos pères avec sa Colombine, au temps où les rois de France, lassés du répertoire du Théâtre de Bourgogne, faisaient venir à grands frais les comédiens italiens du duc de Mantoue.
Continuons : toujours des exilés! Pickelharing (hareng- saur), le Guignol hollandais avec son compagnon Jean Klaassen, aux lourdes plaisanteries, devant lequel s'esclaffent de rire les bonnes bourgeoises d'Amsterdam.
Enfin il a tout, M. Maury, depuis les marionnettes avec fds jusqu'aux poupées qu'on fait agir à volonté, la main cachée sous les vêtements, depuis les ombres chinoises les plus archaïques jusqu'aux ouagants japonais, monstres bizarres découpés dans du cuir avec la plus réjouissante naïveté.
Cependant il lui manque quelque chose, à M. Maury : et il se désole. Comme le Démocède de La Bruyère auquel il fallait une estampe de Callot, il travaille à retrouver un Caragheus sans pouvoir y arriver.
Caragheus est une sorte de Priape antique qui joue des choses obscènes devant les jeunes gens des deux sexes. Car il est à remarquer que les gens mariés ne vont pas à ces spectacles et se contenteut d'y envoyer leurs enfants — sans doute pour leur enseigner la chasteté dont le Caragheus, un Polichinelle sans bâton, impudent et cynique, se dit toujours l'éternelle victime. Théophile Gautier dans son voyage en Orient, de Amicis dans son beau livre sur Constantinople et Edmond About en écrivant De Paris à Stamboul, ont parlé longuement de ce personnage fameux qui est à la fois, en Turquie, Prudhomme et Robert-Macaire, de même que son ami Hadji-Aivat, le bel homme pro-
tecteur des jeunes filles de Constantinople, représente Mascarille et Bertrand.
Retrouver un Caragheus, cela est bien rude ! mais que M. Maury se console : j'ai été touché de ses regrets, j'en ai parlé à Champfleury qui aime passionnément toutes ces manifestations populaires, et il m'a promis de lui procurer avant peu un Caragheus de première grandeur.
Tous ces divers types de marionnettes prouvent que les peuples sont les mêmes sous tous les climats, et que Polichinelle a de nombreux et fidèles adeptes.
D'ailleurs, ce n'est pas d'hier que les marionnettes firent leur apparition en France et en Europe.
Au xvme siècle nous les voyons figurer dans les foires de Saint-Laurent et de Saint-Germain, avec un nommé Briochi comme imprésario. Elles existaient également en Hollande à cette époque, car Guy Joly, dont on connaît les malicieuses indiscrétions sur ses contemporains, raconte que le cardinal de Retz, complètement démoralisé et ne songeant plus qu'à s'oublier lui-même, s'en allait d'auberge en auberge à travers les villes de Hollande, « passant son temps à la comédie, aux danseurs de corde, aux marionnettes et à d'autres amusements de cette nature » .
Mais le premier théâtre français des marionnettes ne date vraiment que de Séraphin.
Saluez enfin Dominique-François Séraphin! M. Maury possède le portrait rarissime du maître fait au pastel :
il décorait le foyer du petit théâtre du Palais-Royal. Séraphin est représenté en hahit rouge, gilet noir et cravate de dentelle. 11 porte une perruque à marteau il est rasé comme tous les gens de l'époque. Sa physionomie ne manque pas de finesse; la figure a hel air quoique la tète soit dans les épaules, car Séraphin était construit comme le hesacier d'Esope. Mais comme tous les bossus, il avait heaucoup d'esprit. Avant de monter son théâtre de marionnettes, il avait exploité les ombres chinoises et s'était mis à composer des pièces dont quelques-unes sont des modèles du genre.
Notre collectionneur les a retrouvées dans le répertoire manuscrit du théâtre qu'il a acheté. Il possède la Chasse aux canards, suivie du Pont cassé, par Guillemain; la Mort tragique du Mardi-Gras, par le même: les Nouveaux- cris de Paris, le Magicien Rothomago, la Bataille d'Arlequin par Dorvigny qui a heaucoup écrit pour le Théâtre Mcolet.
Sait-on combien chacune de ses pièces, qui avait souvent cinq cents représentations, était payée à Guillemain ? Douze francs î une bagatelle; mais dans ce temps-là les droits d"auteur n'étaient pas aussi élevés qu'aujourd'hui, et il n'y avait jamais à faire les frais d'un souper à cinquante francs par tète, pour fêter la centième.
Séraphin, ce Molière de la marionnette, tout à la fois directeur, imprésario, auteur et metteur en scène, fut un chef d'école. Il eut des élèves, des imitateurs et des continuateurs. — Jamais ils ne purent arriver à le surpasser, car Séraphin n'était pas un vulgaire montreur de poupées. Détrompez-vous, il était lui aussi, comme les comédiens ordinaires du roi, breveté par la cour et chargé de ses plaisirs.
M. Maury a mis sous verre le parchemin scellé de trois fleurs de lis qui autorisa Séraphin à établir à Versailles dans le jardin Lannon, en avril 1784, un théâtre d'ombres chinoises et de feux arabesques, souvent honoré de la présence de Marie-Antoinette et de toute la famille royale et désigné par le titre privilégié de Spectacle des Enfants de France.
C'est toute une histoire, ce théâtre ! Il débuta par les ombres chinoises, obtenues à l'aide de pantins découpés dans des plaques très minces de cuivre, organisées ensuite et mues par une ingénieuse combinaison de tiges en fil de fer et de roulettes. — Eclairées par des quinquets fumeux, ces pièces venaient refléter, en noir, leur ombre opaque sur un fond de papier de Hollande grossièrement collé. On riait, et c'était le principal. Le roi, déjà soucieux, voyait, en les regardant, se dérider sa tristesse.
Molière dînait à la table de Louis XIV; Louis XVI fit mieux encore, il vint un jour dans les coulisses
rendre en personne visite aux pantins de Séraphin pour étudier de près la perfection de leur mécanisme.
La petite collection d'Asnières possède les accessoires et les personnages principaux du répertoire. Elle a entre autres un Pierrot et un Arlequin qui sont de véritables objets d'art. Cet Arlequin et ce Pierrot qui ont tant travaillé, se regardent maintenant sans rire, de chaque côté de la cheminée.
Mais la merveille des merveilles, c'est un Polichinelle tout étincelant de paillettes. Ce Polichinelle était le grand premier rôle du théâtre Séraphin et la coqueluche de tous les spectateurs. Il figurait en peinture au centre du rideau du théâtre et on le retrouve, monté sur un chien, dans la maquette du rideau, que M. Maury a eu la bonne fortune de rencontrer dans ses recherches.
Vous pouvez aussi, si la curiosité vous en dit, retrouver dans un tiroir tout le matériel du Pont cassé de Guillemain et faire mouvoir vous-même la barque dans laquelle l'un des personnages traverse la rivière afin d"aller démolir « le verre de montre » du petit drôle qui lui a montré le derrière pour lui indiquer l'heure.
Ah! souvenir de mon enfance! Comme c'est déjà loin ! Oui de nous n'a pas fredonné le refrain rappelant ce joyeux épisode :
Voilà mon cadran solaire
Lire lire laire Voilà mon cadran solaire
Lire Ion la.
Rien ne vous empêche aussi de faire serpenter la trompe de l'éléphant, d'ouvrir et de fermer la mâchoire de la haleine, ou bien encore de retourner la tête mobile du cerf des Métamorphoses. Et si cela vous intéresse, plongez encore la main dans le tiroir, vous en retirerez tous les trucs de Rothomago et d'Orphée aux enfers, soixante ans avant Offenbach et bien d'autres personnages encore.
A quelle dramatique action a donc pu appartenir ce fantôme couvert de son linceul, soulevant la pierre de son tombeau; à l'aide d'un jeu très ingénieux il disparaît, se relève, s'ensevelit et se redresse toujours plus menaçant. Voyez-vous d'ici le petit public qui frissonne à la vue de ce revenant, comme nos grandes dames cet hiver tremblaient la peur lorsque Rollinat, dans leur salon, déclamait, de sa voix de cuivre et avec un geste tragique, YEaterré vif.
Avais-je raison, quand je vous disais que M." Maury avait tout Séraphin. Je n'exagérais pas. Il a même les prospectus illustrés où il s'adressait au public en vers mirlitonesques, et où il se recommandait en ces termes :
Après Melpomène et Thalie, On peut avec économie Se délasser enfin Au théâtre de Séraphin.
C'est un dialogue entre un passant et l'imprésario. On voit ce dernier se découpant en silhouette noire. Le petit bossu malin marque du doigt la réclame en vers qui précède. Cependant si Séraphin s'adresse au passant dans la langue aujourd'hui si chère à l'éditeur Lemerre, le passant, sur la même feuille, répond au poète dans la prose modeste dont se servait M. Jourdain.
Notre collectionneur a sauvé aussi une affiche sortant de l'imprimerie Galande, portant les corrections de Séraphin et donnant de précieux renseignements :
Le spectacle variera tous les jours. Dimanche et jours de fête il y aura deux représentations : (déjà connues les matinées !) une à cinq heures. Vautre à sir heures et demie.
Prie des places : Premières, fauteuils à bras, 24 sols. Deuxièmes, chaises à dos, 12 sols. Troisièmes, tabourets sans dos ni bras, 6 sols.
Plus loin :
(Nota bene, détail curieux !) Ce divertissement est fort honnête et messieurs les ecclésiastiques peuvent se le procurer.
Ce Séraphin était un ambitieux. Il quitta Versailles et ses grandeurs pour Paris avec ses recettes plus élevées. Nos pères se rappellent son installation dans la galerie de Valois, au Palais-Royal. Il y a quelque
vingt ans, on voyait encore un réverbère sur lequel était peint un polichinelle désignant aux curieux remplacement du petit théâtre. Et on y était bien, dans ce théàtricule comme à celui délie Vigne de Gênes ! 11 y avait des stalles, des loges, un foyer et un orchestre. À son service étaient des auteurs qui travaillaient pour enrichir son répertoire.
Excelsior ! se dit un jour Séraphin mordu de nouveau par l'ambition. Il voulut avoir une vraie troupe, discrète, obéissante, plus durable que les comédiens en chair et en os; alors aux ombres chinoises vinrent s'ajouter des marionnettes qu'il avait sculptées, articulées, façonnées à la manière italienne.
Les voici dans cette collection, les acteurs dociles costumés par ses soins et pour la première fois peutêtre nous pouvons admirer une ingénue qui n'est pas une effrontée, une ballerine qui n'est pas une drôlesse et une Golombine qui n'a jamais ruiné personne. A côté se tient le Pierrot chargé des premiers rôles, et un Arlequin rusé, le favori du directeur. Tous sont frais et joufflus, avec des physionomies intelligentes, vivantes presque.
Leurs lèvres paraissent se plisser dédaigneusement à la vue des ombres chinoises, leurs ancêtres cependant dans l'histoire de la marionnette : et si le collectionneur nous explique le mécanisme de cet éléphant à la trompe élégamment mobile, de ce cerf dont le cou et la tète se retournent en arrière, Pierrot et Polichinelle sourient de pitié. Ils ne comprennent pas
qu'on se donne tant de peine, qu'on consacre tant d'attention à de si misérables personnages !
Ils sont fiers, car grâce à leurs ressorts d'acier, il n'y a pas à redouter pour eux la toux opiniâtre ou les accidents de l'amour. Pas de bulletins de médecin ! Malgré leur âge, on peut toujours compter sur eux pour jouer,- aujourd'hui et demain, la Bataille (V Arlequin ou la Mort tragique de Mardi-Gras.
A coté du Théâtre Séraphin qui, du Palais-Royal, fut transporté par M. Boyer passage Jouffroy où finit sa carrière, il y eut en 1829, le Théâtre Joly, qui avait la réputation de faire des scènes à la silhouette avec des animaux merveilleusement articulés. Parmi ces animaux, on remarquait surtout une girafe, un âne et un hippopotame. Mais ce petit théâtre ne fit pas long feu passage de l'Opéra, et n'eut jamais l'éclat de Séraphin.
J'en dirai autant du Théâtre Nicolet, du Théâtre Holden, du Théâtre-Miniature. Ceci tuera cela, dit Victor Hugo en tête d'un chapitre célèbre. Les catins du boulevard ont détrôné les marionnettes.
Cependant leurs reliques ne sont pas complètement perdues et toutes ces poupées si gentilles, ces Arlequins, ces Colombines, ces nègres à la frimousse si spirituelle, se sont réfugiés chez M. Maury.
Car il n'y a pas que du Séraphin dans cette collée-
tion charmante. Il y a encore un très curieux petit théâtre chinois. Chez nous, les Guignols sont des baraques dans lesquelles on entre comme dans une maison. Chez les Chinois, ce sont de petites boîtes que l'imprésario pose sur ses deux épaules en ayant soin de cacher le bas de son corps sous une longue jupe. Autre chose sont les ombres chinoises japonaises, comme nous l'avons vu.
Est-ce tout ? pas encore. M. Maury a acheté les coulisses du Théâtre-Miniature, et c'est de ce théâtre qu'il se sert quand il donne des représentations de marionnettes sous le hangar de sa charmante habitation d'Asnières.
Je ne voudrais pas attrister M. Maury, cependant je me trouve, encore une fois, bien absolu d'avoir écrit qu'il avait tout! Il lui manque quelque chose. C'est vainement que j'ai cherché partout le célèbre Floricour, cet aboyeur au tuyau de poêle râpé qui se promenait devant la porte et dont la voix enrouée faisait chaque soir la réclame en jetant aux promeneurs ces mots sacramentels :
— Entrrrez ! Entrrrez au spectacle du sieur Séraphin. Prenez vos billets ! Cela commence à l'instant !
Cela commençait toujours à l'instant.
Aussi j'engage M. Maury pour le centenaire de Séraphin qu'il prépare, à remplacer cet ancien Elleviou, de légendaire mémoire, par le père Gall, un digne suc-
cesseur. si bien nommé le père la Réclame depuis que sur le boulevard Poissonnière, à la porte du Nouveau Journal, il a si longtemps ameuté les passants en leur criant à tue-tète:
— Ne partez pas sans le lire ! Voyez le sommaire ! Gambetta a parlé !
Le directeur d'Asnières ne perdra rien au change.
Si M. Maury est un fanatique de Polichinelle, il est aussi un imprésario de haut mérite. De même que Rossini tourna lui-même la manivelle d'un orgue de Barbarie un jour qu'il entendait un aveugle écorcher un de ses motifs, de même M. Maury tira, lui aussi, la ficelle d'un Guignol en plein air.
Il passe par hasard aux Tuileries. Un charmant public enfantin avec mamans, bonnes ou nourrices, attend impatiemment le lever du rideau.
La clarinette a joué deux fois une ouverture et le spectacle ne commence pas.
On prévoit des murmures devant le petit théâtre où le ciel tient lieu de plafond et le soleil de lustre.
Pourquoi Polichinelle s'entête-t-il à ne pas paraître? A-t-il avalé sa pratique, cassé son bâton, perdu ses bosses, ou le commissaire rossé l'a-t-il enfin mis en prison ?
M. Maury, qui s'est arrêté à regarder le Guignol, apprend que le montreur de marionnettes, pour un
motif quelconque, est retenu loin de son théâtre. Personne n'est capable de le remplacer dans ses fonctions délicates, sa femme se désole. On va perdre une belle recette!
Mais le maniement des pantins est familier à M. Maury. Il s'approche et propose de remplacer l'imprésario absent. Sa femme accepte, il se glisse alors entre les pieds de la baraque et la représentation commence immédiatement à la grande joie des jolies têtes blondes qui s'agitent. Les bébés pleins d'enthousiasme battent déjà des mains.
Ce n'est pas tout. Il fallut improviser une action toujours plus captivante que les paroles. Grâce à une prodigieuse volée de coups de poing et de furieux combats de coups de bâton, grâce à des têtes rudement cognées et faisant plus de bruit que dix marteaux de tonneliers, M. Maury remporte un véritable succès et sauve la recette.
Ah! comme je le disais en commençant, l'amusante collection qui vous procure de si vives satisfactions! Pouvoir provoquer l'hilarité des petits et des grands ! C'est autant de pris sur les heures tristes de la vie!
Et comme il avait raison, ce Séraphin, lorsqu'il disait à ceux qui l'entouraient à son lit de mort :
— Je ne vous ferai jamais tant pleurer que j'ai fait rire.
AIMÉ DESMOTTES
AIMÉ DESMOTTES
Avril 1883.
Voici un collectionneur qui a su trouver pour sa collection un cadre superbe.
Après avoir rassemblé des antiquités. M. Desmottes a voulu les loger dans une maison antique; Técrin devait être en harmonie avec les perles.
C'est au numéro 12 de la rue des Vosges, ou plutôt sur la place Royale, que M. Desmottes a entassé ses richesses artistiques. Il occupe là un vaste appartement orné d'un grand balcon, devant lequel s'étale une vue magnifique.
Je me souviens du charmant spectacle contemplé du haut de cette terrasse par une claire et gaie journée de janvier. Un soleil d'hiver, doux, tendre, plein de langueur, caressait les arbres dénudés du square, jetait des reflets d'or sur les ardoises des hautes toitures, et avivait les teintes mélancoliques des pierres de taille grises et des briques rouges dont se composent les façades des hôtels ; des rayons se glissaient sous les arcades qui couvrent les trottoirs. Dans ce petit coin de Paris, à deux pas de ce boulevard Beaumarchais où roulent les lourds omnibus à trois
chevaux, flottait une atmosphère de paix, de quiétude, se mêlant à quelque chose de solennel.
En effet, avec ses pavillons dont les combles sont à doubles croupes, avec ses arcades qui semblent les promenoirs d'un cloître, avec son square entouré d'une grille où Louis XIII, paradant sur son cheval, se cache, mélancolique, entre les marronniers, cette place Royale est douée d'une allure altière et majestueuse. Versailles seul a de tels aspects. C'est l'unique endroit de Paris qui n'ait subi aucune transformation, le seul peut-être où le passé semble vivre encore.
Chaque point où les yeux se fixent évoque un chapitre de notre histoire. Orientons-nous. Sur le balcon de M. Desmottes, nous sommes au pavillonde la Reine. En face, c'est le pavillon du roi avec ses trois arches à claire-voie. Là-bas, au numéro 6, la demeure de Marion Delorme qui abrita aussi Victor Hugo ; en face, la maison où est née Marie de Rabutin-Chantal, plus tard devenue Mme de Sévigné; puis, au numéro 9, le premier étage habité quelque temps par Rachel; plus loin, l'appartement encore tiède du séjour d'Alphonse Daudet. Derrière ces beaux hôtels, à gauche, comme un géant parmi des nains, émerge un dôme orgueilleux et superbe : c'est la grande synagogue.
Que de souvenirs elle éveille, cette place enducaillée, comme on disait jadis. Elle était alors l'arsenal de la Fronde, le faubourg Saint-Germain de l'époque, le rendez-vous du Tout-Paris d'alors. Sur l'emplacement du square actuel s'étalait une vaste pelouse où se
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pavanaient et les grandes dames aux extravagants vertugadins, et les raffinés d'honneur avec leurs fraises excentriques, leurs longues rapières, leurs larges feutres galonnés, ombragés de flamboyants panaches. On se promenait, le buste cambré, la moustache en crocs, le poing sur le pommeau de l'épée; on se racontait les duels et les histoires galantes; on saluait Mme de Montausier, Ninon de Lenclos, Marion Delorme : c'était le salon de Gélimène ; on discutait sur les auteurs : lequel avait plus de talent ? Corneille ou Garnier? On glissait des billets dans le corsage des duchesses. Parfois, pour se distraire, pour rien, pour le plaisir, deux gentilshommes tiraient la rapière : l'un tue, l'autre s'en allait retroussant tranquillement sa moustache. Parfois encore on se taisait, on éteignait ses regards en rongeant silencieusement sa haine : là-bas, sous les arcades, passait la litière de Y Homme rouge, le cardinal de Richelieu, que suivait le fidèle père Joseph, YÉminence grise. Mais aussi, quand le terrible cardinal eut disparu, comme on chanta gaiement des couplets sur le Mazarin, qui paya pour deux !
Aujourd'hui, si cette place Royale, créée par Sully sur l'emplacement du palais des Tournelles, a conservé son architecture caractéristique, elle n'est plus fréquentée par les mêmes personnages. Les pierres, salies par le temps, sont les mêmes; mais non plus les hommes, depuis longtemps disparus.
Dans le square, sur les bancs de pierre, des vieillards taciturnes se chauffent au soleil, les petits bour-
geois du Marais font leur sieste, le Petit Journal à la main : les travailleurs du quartier déjeunent d'un pain d'un sou et d'une rondelle de saucisson, et les nourrices béates bercent leurs poupons dans leurs bras. Maintenant à la place où les dames de la cour, avec leur démarche hautaine et cadencée, semblaient glisser comme des cygnes sur un lac, courent en cheveux, de longs sarraux sur les hanches, un rire hardi sur leurs lèvres fraîches, les ouvrières du voisinage, provocantes filles du peuple un instant échappées des ateliers de la rue Saint-Antoine.
Autour des bassins ronds desquels émergent des jets d'eau, des enfants turbulents jouent à cache-cache ou à la balle à l'aide d'un tambourin, tandis qu'un joli public de petits blondins frais et roses ouvre de grands yeux devant les fantoches d'un Guignol.
Sous les arcades où l'écho répétait le choc sonore des éperons sur les dalles, des fruitiers, des épiciers, des horlogers sont installés, criblant les murailles d'enseignes vulgaires; des tailleurs dressent des étalages de pantalons à bon marché à l'endroit où jadis se firent admirer les pourpoints de satin rose; des cordonniers confectionnent de gros souliers ferrés au heu de bottes à entonnoir; et, à la porte de quelque aristocratique hôtel, on peut lire, en guise de madrigal : « Ici, on raccommode la chaussure. »
Quoi qu'il en soit, la place Royale présente encore les caractères d'un autre âge ; et c'est bien un coin parisien digne de séduire un collectionneur épris,
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comme M. Desmottesj des choses du passé. Aussi, est-ce là qu'il s'est fixé en arrivant de Lille.
Ce n'est sans doute point sans plaisir qu'il monte les deux étages de son escalier monumental, où serpente une rampe au mouvement majestueux, qu'il s'arrête sur les larges paliers où la voix résonne comme dans une cathédrale, et qu'il rentre dans son vaste appartement où les plafonds élevés permettent de respirer à l'aise.
Grand, mince, distingué, un peu anglais de tenue, mais gentilhomme français d'allure, M. Desmottes ressemble, à s'y méprendre, au célèbre marchand Paul Récappé : ce qui cause souvent de piquants quiproquos. Très causeur et très en dehors, il est aussi très modeste. C'est un amant passionné des arts, et sa passion se révéla de bonne heure.
Tout jeune, il avait voulu transformer sa chambre en salle gothique : comment s'y prendre ? Il ne disposait pas de grandes ressources. Sur les vitres de sa fenêtre, il peint des losanges pour en faire des vitraux; sur la tapisserie, il colle des fleurs de lis en papier; sur la cheminée, il jette par le même procédé un manteau découpé à créneaux; enfin, sur les rideaux, entre lesquels il plante des patères en bois aux armes de Flandre, il sème des arabesques simulant les vieux brocarts; tout ce décor d'opéra-comique produisait un effet merveilleux; et l'auteur heureux, en regardant son œuvre, s'abusait lui-même et savourait l'illusion de vivre dans une autre époque.
Hélas! toutes les illusions se brisent! L'hiver arriva; la gelée détacha les fleurs de lis qui tombèrent comme les feuilles d'automne, l'humidité du dégel fit couler les vitraux: et le jeune homme sortit de son beau rêve en pleurant sur son œuvre. Mais rien n'était fini; il était sacré collectionneur, et cette petite mésaventure ne fit qu'aviver en lui l'amour du beau.
M. Desmottes a passé son enfance et sa jeunesse à Lille. Cependant il était entré dans la vie par la porte des gens heureux. Son père était riche et le laissait libre de son temps. Lui qui n'aimait que les arts, il dut vivre dans cette laborieuse ruche d'industriels que seuls passionnent la laine, le lin et le sucre, dans cette aristocratie de marchands qui cote les gens selon la quantité de leurs broches à filer le coton ou selon le nombre de leurs hectares plantés de betteraves.
Notre collectionneur soupirait de tristesse lorsqu'on causait devant lui de l'avenir des suifs, bâillait irrévérencieusement lorsqu'on parlait de la baisse des toiles, dormait lorsque la discussion s'animait sur le cours des trois-six. Au lieu d'écouter ces conversations d'affaires, il aimait mieux aller contempler les pendentifs des voûtes de l'église de Saint-Maurice, ou la tête en cire attribuée à Raphaël et léguée par le peintre Wicart. Ses journées se passaient non à la Bourse, bien qu'elle possède de splendides cariatides, mais dans le superbe musée de dessins de sa ville natale.
Pourtant, libre de sa personne, il s'ennuyait dans la
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grande citée du Nord; il voulait trouver une ville qui répondit à ses goûts artistiques, un entourage qui les partageât. Un beau jour, il arriva à Paris, pour s'installer place des Vosges.
M. Desmottes n'est point un collectionneur banal dépensant pour se désennuyer sa fortune en achats capricieux: on doit reconnaître en lui un antiquaire aussi éclairé que passionné.
11 aime surtout le xive et le xve siècle, l'époque où l'art se réveille du long sommeil qu'il a dormi pendant le moyen âge.
Connaisseur subtil, il a su trouver pour cinquante francs des objets qu'il ne donnerait pas pour cinq mille francs; ce n'est pas là un heureux hasard, mais l'indice d'une science profonde et d'un goût éclairé.
Amateur plein d'érudition, il a dressé lui-même un catalogue annoté de sa collection, et il l'a semé de remarques précieuses; voilà un exemple très utile que devraient suivre tous les collectionneurs soucieux de laisser après eux trace du monument qu'ils ont élevé à l'art.
Les Concourt ont dit quelque part : « Il y a des collections d'œuvres d'art qui ne montrent ni une passion, ni un goût, ni une intelligence; rien que la victoire brutale de la richesse. » En effet, tout le monde collectionne; mais beaucoup n'y entendent absolument rien. Il faut avoir la vocation, des dispositions particulières et une grande intuition artistique; ce n'est l'apanage que des délicats et des érudits, et
M. Desmottes se trouve au premier rang de ce petit nombre d'élus.
Gravissons l'escalier majestueux qui conduit à son home, et résistons à la tentation de camper fièrement notre poing sur le pommeau absent d'une épée en vérouil ; en vérité, dès qu'on a mis le pied dans ce pavillon de la Reine, on a de la peine à ne point se croire devenu mousquetaire. Et c'est l'heure des métamorphoses, car, si dans l'escalier, nous nous croyons un raffiné d'honneur, et non plus un moderne Parisien en rupture de boulevard, en revanche, à peine avonsnous franchi le seuil de l'antichambre de M. Desmottes que nous commençons à nous persuader que nous devenons un Flamand de xve siècle. Au milieu d'une couleur locale si accentuée, cette illusion reste bien permise.
Sous la lumière discrète, tamisée par des vitraux anciens, apparaissent, sur les parois, des panneaux gothiques où de fines dentelles de bois déroulent capricieusement leurs arabesques. Tout auprès sont accrochés un buccin aux formes contorsionnées, puis des armes, : quatre hallebardes et un fmichard du xve siècle. Ce fauchard est muni d'un crochet qui servait à saisir par ses saillies l'armure de l'ennemi, à le désarçonner et à lui faire mordre la poussière.
Abandonnons l'antichambre et passons dans la salle à manger.
Tout d'abord, quelques tableaux attirent nos yeux : un van der ?seer montre des patineurs et des pati-
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neuses glissant gracieusement sur la glace. Dans leurs cadres dorés du xvme siècle, deux dessins rehaussés de couleur et dus au pinceau de Louis AYatteau, de Lille, représentant des scènes galantes de village. Ce Louis Watteau (1731-1798), très connu à Lille, était certainement un parent de notre charmant Antoine Watteau, originaire de Yalenciennes.
Nous marchions vers un triptyque dont la couleur nous séduisait, et de loin, nous allions l'attribuer sans méfiance à l'école flamande du xvie siècle, lorsqu'en nous détournant par hasard, nous vîmes un sourire sur les lèvres de notre hôte. C'était de lui ; et il se révélait à nous comme un artiste délicat qui plus d'une fois avait trompé les amateurs, même aux expositions de Yalenciennes, par ses reproductions fidèles des peintures de la Renaissance. Mais, par un tact exquis, il hésitait, en ce moment où il nous faisait les honneurs de sa collection, à aller jusque-là avec nous.
Çà et là, sur les murailles, se dressent quelques faïences ; mais ce ne sont pas les plus belles pièces de la collection de M. Desmottes : en amateur habile, il les a réservées pour sa galerie particulière. Il a ainsi rompu avec cet antique usage d'accrocher dans la salle à manger des faïences d'apparat destinées à servir d'illusion aux convives et à leur faire croire à un luxe absent, tandis qu'ils étaient le plus souvent obligés de se contenter, comme il est mentionné dans les contes d'Eutrapel, « d'un grand plat garni de mouton, veau et lard, à la grande brassée d'herbes
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cuites dont on se fesait un brouët, vray restaurant et élexir de vie » .
Le meuble principal de la salle à manger est une crédence sortie de la main d'un de ces admirables ouvriers du xve siècle qui créèrent des merveilles avec la gouge et le ciseau. Cette crédence présente cinq vantaux et une layette ou tiroir. Sur les panneaux sont sculptés des parchemins plies, ornement fort en vogue à l'époque, et sur la layette luisent des ferrures et des verrous dorés.
Si nous avions le temps, nous raconterions comment le possesseur de cette pièce intéressante l'a obtenue en échange d'une commode d'acajou. Ce raffiné collectionneur, doué du flair des vrais trouveurs, possédait un véritable avantage : habitant sur les confins de la Belgique, il pouvait facilement découvrir des objets anciens dans ces paisibles intérieurs flamands qui, sans se modifier, ont traversé les siècles sous les chocs violents et les bouleversements des révolutions.
En face de cette crédence du xve siècle, nous en distinguons une autre, un bahut en bois de noyer où le menuisier du temps a montré son gentil sçavoir.
Une panoplie superbe étale orgueilleusement les lourdes masses de ses cuirasses, de ses casques et de ses épées. Tous ces engins primitifs, inventés pour les combats d'homme à homme, nous font sourire, nous qui vivons à une époque où Ton foudroie une armée à la distance de quelques kilomètres, où les stratégies savantes ont réduit à néant le rôle du cou-
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rage personnel. Pauvres grands preux d'antan, que pourraient vos vaillants cœurs et vos robustes bras contre une rangée de fusils perfectionnés? Soyez donc Du Guesclin en face d'un canon Krupp !
Cette panoplie renferme toutes les espèces d'armes : armes de combat et armes de tournoi, armes défensives et armes offensives. Toutes gravées, incrustées, damasquinées, ont réclamé, pour la perfection de leurs ornements, le talent des meilleurs artistes, et, pour leur exécution, Fhabileté des arquebusiers les plus expérimentés du temps.
Nous ne pouvons énumérer toutes les pièces de cette riche collection, non omnibus loquor ; contentons-nous d'en citer quelques-unes.
Parmi les casques, nous trouvons la salade en fer poli, la bourguignotte avec ses oreillères et son couvrenuque lamé, le morion surmonté d'une crête, le cabasset italien aux larges bords semés de clous de cuivre.
Puis viennent les cuirasses ; puis les armes d'attaque : les hallebardes percées d'une croix, les pertuisanes ornées d'arabesques, les arbalètes à cric, à tour, à pied-de-biche et à étrier : les fourches à mousquets, les longs pistolets à rouets, les marteaux d'armes qu'aimaient tant les Suisses du xv° siècle.
Voici toutes les variétés de lames et de poignards : la colichemarde, le braquemard, l'épée du xme siècle à quillon droit, la rapière espagnole à coquille hémisphérique; voici les dagues : le stylet à lame quadrangulaire dit brise-cuirasse, la main-gauche du xvie siècle,
la miséricorde que le vainqueur enfonçait dans la gorge de son ennemi terrassé s'il ne criait pas : « Merci. »
A côté de ces terribles engins, nos aïeux possédaient aussi les paisibles engins du ménage. Ne nous les figurons pas toujours la lance au poing sur les champs de bataille, et songeons qu'eux aussi étaient soumis aux menus détails de la vie quotidienne. Qui sait si, le soir, le chevalier revenant du tournoi n'échangeait pas avec plaisir son morion d'acier contre un bonnet de fourrure?
M. Desmottes possède un objet domestique bien curieux : un livre de compte. C'est une pièce en bois sculpté de 0m,80 environ, affectant la forme d'une batte d'Arlequin; l'une des faces, bombée, présente, entre deux cygnes, un vase d'où s'échappe un bouquet de roses, d'œillets et de marguerites. Au-dessus du bouquet, une couronne contient la date de 1746 et deux initiales, celles des jeunes mariés à qui fut offerte cette pièce. L'autre face, entièrement plane, est destinée à recevoir rapidement les comptes de la ménagère. Ce livre de dépenses se donnait comme cadeau de noces aux nouveaux époux ; ceux-ci l'accrochaient dans la cuisine, auprès de la cheminée, et la jeune femme, peut-être une bonne grosse Flamande rubiconde, au corsage rebondi, à l'air flegmatique, y inscrivait chaque soir, avec ordre, à la craie le nombre de florins qu'elle avait employés à l'achat du beurre, du sel et de la chandelle.
Nous trouvons encore une pièce historique, une
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cuiller à pot, portant la date de 1757 et les armes de la ville de Gommines (de sable à la clé accostée de quatre fleurs). A Gommines. il existait une fête des louches où il était d'usage de distribuer aux pauvres une vulgaire louche de bois, et aux échevins une louche sculptée portant les armes de la ville. Celle-ci est parvenue à M. Desmottes des mains de M. Lambin, dont un ancêtre était échevin de la ville de Commines. Voilà un morceau d'une authenticité incontestable, comme toutes les autres pièces d'ailleurs. Pourrait-il en être autrement chez un collectionneur qui pousse l'amour de l'antiquité et de la couleur locale jusqu'à posséder- une brosse du moyen âge pour enlever la poussière des vieux meubles.
Après ce rapide coup-d'œiljeté sur la salle à manger, il ne nous reste plus qu'à soulever une portière en tapisserie du xvie siècle, d'un ton charmant, pour pénétrer dans le salon.
Figurez-vous un vaste salon de près de six mètres de plafond comme disent les architectes.
Par les deux grandes fenêtres à doubles volets, la lumière entre à flots et se jette sur les boiseries blanches de l'époque de Louis XVI, rehaussées de dorures dont les scintillements sèment çà et là leur gaieté lumineuse.
Au centre, un lustre ancien se laisse gracieusement
tomber et lance, de tous côtés, ses reflets irisés et pimpants.
Au-dessus des hautes portes à doubles battants, s'étalent, dans des cadres du temps, des peintures galantes du genre Boucher. De jolis polissons d'amours tout blonds, tout frisés et tout roses se poursuivent, s'embrassent, se lutinent avec une grâce adorablement cherchée. Chérubin, quand Beaumarchais t'enverra parader sur la scène, ils auront ton âge, les mignons bambins, et alors, gare à leurs jolies contemporaines !
En attendant, ils se mirent dans le large trumeau qui surmonte la cheminée Louis XVI où, parmi des bronzes dorés d'une grande allure, se montre une pendule en marqueterie Louis XIV. Sur l'émail du cadran on lit un nom célèbre : Lebon.
De chaque côté de cette cheminée, une gaine en étoffe multicolore élève un groupe en chêne sculpté, rehaussé de peinture et de dorure. L'un de ces groupes représente le baiser de Judas, le traître auquel saint Pierre tranche une oreille, supplice infamant de l'époque; l'autre nous montre Jésus assailli de tous côtés par les Juifs et succombant sous le poids de la Croix. C'est un morceau plein de caractère.
En face, dans un cadre en bois sculpté, se détache un portrait de famille signé : Hensius (1771). C'est celui de M. et Mme Langlart, bisaïeuls de Mmc Desmottes. Mme Langlart, en robe de satin jaune, assise sur un canapé, caresse un petit chien qu'elle tient sur
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ses genoux, tandis que son mari, appuyé au dos du meuble, se penche sur elle et la regarde en souriant.
Çà et là, d'autres tableaux garnissent les boiseries. Souvent en examinant une peinture laissée au hasard dans un salon comme objet de décoration on trouve un chef-d'œuvre. C'est ce qui nous arrive cette fois. Nous sommes devant un Adrien Brawer magnifique, gai de couleur, rempli d'esprit, charmant de tonalité. C'est la fête des Rois, une truculente ripaille flamande. On mange des crêpes, on rit ferme et on boit sec. Au premier plan, le roi de la fève soulève un pichet, tandis que son voisin, un gros brave homme de fumeur, le désigne aux clameurs et aux rires des camarades.
A qui attribuer cette belle Vierge peinte sur un médaillon de bois dont la bordure a été profilée dans l'épaisseur du panneau lui-même? Certes, elie est l'œuvre d'un maître et d'un des plus grands maîtres de l'art flamand du xve siècle. Cette Vierge-là n'est point la Vierge byzantine qui dressait sa raideur impassible dans les vieilles basiliques; non, dans son attitude pleine de naturel, empreinte d'une sérénité grave, sous ses carnations fines et chaudes, on sent palpiter la vie. Drapée dans une robe bleue aux plis cassants sur lesquels retombent les extrémités d'un voile blanc, elle s'enlève vigoureusement sur un fond rouge. Sous ses paupières baissées, son regard s'échappe pour envelopper tendrement l'enfant Jésus
qui se pend au sein maternel et le caresse de sa petite main potelée.
Près de la Vierge flamande, voici la Vierge florentine, dans un cadre de la Renaissance italienne. Elle enlace l'enfant Jésus qui tient une grenade dans la main. Cette œuvre, d'un sentiment exquis, est attribuée à Gozzoli (1420-1481).
Au milieu du salon, une belle table en noyer laisse admirer les chauds reflets de sa patine; on la croirait en bronze antique. Et c'est le temps, l'invincible ennemi de la beauté des femmes, qui donne cette splendeur aux vieux bois.
Que voulez-vous, mesdames, le temps a des sévérités pour les uns et des caresses pour les autres : il dépose à la fois des rides sur vos joues, et des fards merveilleux sur les meubles.
Pourtant, si par hasard il vous venait des pensées mélancoliques en regardant cette table, approchezvous du joli petit miroir ovale qui se trouve là tout exprès. Il vous rassurera, il vous dira que vous êtes toujours jeunes et charmantes. Chacune de vous y verra son élégant visage, c'est-à-dire le plus vrai et le plus ravissant des tableaux, encadré d'une couronne de laurier fouillée dans le chêne avec une infinie délicatesse. Et de grâce, cessez un instant de contempler vos minois roses, et daignez regarder au-dessus du miroir, l'entablement ou la timide Bethsabée se baigne, pendant que le roi David, émergeant à mi-corps d'une petite niche en coquille,
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joue de la harpe en l'honneur de sa bien-aimée.
N'oublions pas non plus, en passant, de feuilleter les pages gothiques de ce beau livre d'heures, rempli de planches, que publia Philippe Pigouchet pour Simon Vostre le fameux libraire, dont on voyait jadis dans la rue Notre-Dame la pieuse enseigne : A sainct Jehan Levangeliste.
Au moyen âge, c'étaient de grands personnages que les libraires et les relieurs. Dans les monstres ou processions, leurs corporations portaient fièrement, dans les premiers rangs, leurs bannières enrubannées; déjà s'affirmait la puissance de cette chose de l'esprit : le livre.
Dans le salon de M. Desmottes, les livres du temps passé sont représentés par de brillants spécimens. Deux vitrines regorgent de volumes aux reliures superbes : une mosaïque artistement disposée, où, sur les tons chauds et clairs des maroquins posés à plat, on voit scintiller les ors des bordures, des écussons et des fermoirs.
Là, toutes les variétés des reliures étalent leurs plats étincelants :
Voici des reliures aux armes des enfants de France; voici des maroquins verts aux armes du Régent, des maroquins rouges aux armes du duc d'Orléans; tout cela reluit, scintille, flamboie sous le soleil entrant à pleines fenêtres; le coup d'œil est éblouissant.
Plu} loin des livres de plain-chant revêtus de peau de truie gaufrée avec leurs courroies où s'accrochent
des fermoirs de bronze, — puis des reliures du xvie siècle, où, sur le veau blanc gaufré qui couvre les plats, des compartiments symétriquement tracés contiennent tantôt des scènes pittoresques ou religieuses, tantôt des enroulements, des arabesques, des chimères, tantôt des saints priant dans leurs niches ogivales.
Arrêtons-nous devant deux vitrines enrichies d'ornements gothiques. L'une, avec des ferrures d'un travail parfait, repose sur un coffre du xve siècle; l'autre, sur un coffre normand du xvie, auquel est adaptée une belle serrure percée à jour et portant l'écusson fleurdelisé de France.
Ces vitrines renferment aussi des trésors. On y voit des grès de Flandre, des plats hispano-mauresques, des faïences de Pesaro, d'Urbino et des Gastelli aux fines dorures ; enfin, trois splendides Palissy : les Génies, les Reptiles, et la Sibylle, un exemplaire de premier choix. La plus belle pièce est peut-être une aiguière de Monte-Lupo du xvi° siècle; à voir ses dorures si délicatement enroulées sur un fond noir, on la prendrait pour un émail de Penicaud; il me fallut la soulever entre les mains pour m'assurer, par son poids, qu'il s'agissait bien d'une faïence.
Aimez-vous le bois sculpté? on en a mis partout. Comme dit le phrénologue Gall, chacun a sa dominante; celle de M. Desmottes est certainement l'amour du bois sculpté. Sur les bahuts, sur la cheminée, sur la table, sur tous les meubles on voit des traces de sa passion favorite.
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Nous n'en finirions pas s'il nous fallait examiner chaque chose en détail. Mais nos regards s'arrêtent avec complaisance sur un groupe en noyer poli du xve siècle : le mariage de la ATierge. Le prêtre bénit la Vierge et saint Joseph. Ils se donnent la main pendant que derrière eux, un groupe coiffé de turbans et vêtu à la mode du temps, contemple la cérémonie avec recueillement. De ce délicieux morceau s'échappe un parfum de grâce qui vous enveloppe et vous séduit.
Regardons cet autre bois sculpté : c'est une sculpture en ronde-bosse à double face, du xvie siècle ; le socle à pivot sur lequel il repose permet de faire tourner le groupe et de voir aisément les deux cotés, Assise sur un trône, la Vierge soutient de la main gauche son enfant bien-aimé, et, de la droite, lui offre une grappe de raisin, tandis que deux anges aux ailes éployées déposent sur sa tète une couronne d'or. Cet élégant petit groupe devait être une poupée de stalle. Sans doute, elle aura figuré pendant longtemps dans le chœur de quelque cathédrale, au-dessus des têtes courbées des fidèles.
Non loin de là, nous trouvons une pièce bien curieuse : un buste de Henri IV. C'est un document historique et nous connaissons sur lui une histoire toute moderne.
La scène se passe à l'hôtel Drouot, cet hiver. On vend la collection Beurdeley. Parmi les objets qui s'y trouvent, M. Desmottes remarque un buste de Henri IV revêtu de son armure et représenté en grandeur naturelle avec la figure modelée en cire.
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C'est une chose superbe. Notre collectionneur attend fiévreusement qu'elle soit mise aux enchères.
Sans hésiter il la pousse jusqu'à mille francs en comptant bien se la voir adjuger, quand un acquéreur inattendu surgit et met cinquante francs de plus.
— Onze cents, riposte aussitôt notre amateur.
— Onze cent cinquante, dit son rival.
Et l'enchère se poursuit.
Enfin M. Desmottes prononce avec hésitation treize cent cinquante. Son concurrent sourit et abandonne la partie en lui faisant un petit signe d'intelligence, que l'heureux adjudicataire prend pour une félicitation.
Tout fier de son triomphe, notre collectionneur, en sortant, rencontre M. de Liéseville, l'érudit conservateur du musée Carnavalet.
— Une trouvaille ! lui crie-t-il du plus loin qu'il l'aperçoit, un buste de Henri IV, superbe !
— Comment, répond M. de Liéseville, c'est vous qui l'avez ! mais c'est une pièce historique de premier ordre ! Quelle faute ! l'État ne l'a pas acheté ! songez donc, c'est le portrait le plus authentique du Béarnais, il l'avait commandé au sculpteur Guillaume Dupré pour l'offrir en cadeau à la ville de Genève.
— Eh bien ! pourquoi ne l'avez-vous pas disputé pour votre musée ?
— Parce que je ne voulais pas lutter avec le Louvre. La place de ce buste me semblait tout indiquée dans la salle où Henri IV est mort. Nous nous effacions devant le Louvre.
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Mais là ne se bornait pas la chance de notre acquéreur. Nous avons dit qu'il ressemblait fort à Paul Récappé.
Le lendemain de la vente, le célèbre marchand voit entrer chez lui l'un de ses meilleurs clients.
— Eh bien, lui dit celui-ci, et ce buste ! Je vous l'ai abandonné hier à 1,350 francs; aujourd'hui, je viens vous demander quel bénéfice vous comptez réaliser avec moi.
— Quel buste? fit Récappe tout interloqué.
— Comment ! celui d'hier à l'hôtel Drouot !
— Que voulez- vous dire ? Il y a deux ans que je n'ai pas mis les pieds à l'hôtel Drouot; je n'y achète jamais rien.
— Allons, mon cher, pas de diplomatie. Vous avez le Henri IV et vous allez me le céder; échange de bons procédés, je vous l'ai laissé hier pour que vous me le rendiez aujourd'hui ; vous n'avez donc pas remarqué que je vous ai fait un signe après l'adjudication.
— Je vous jure que je n'étais pas hier à l'hôtel Drouot.
Il fallut bien se rendre à la réalité et, après explication, reconnaître une nouvelle erreur causée par la ressemblance frappante de M. Desmottes avec l'honorable marchand du passage Sainte-Marie, bien connu dans le commerce de la curiosité.
En sortant du salon, après avoir vu tant de belles choses, on pourrait croire impossible tout étonnement nouveau. Quelle erreur! A peine a-t-on franchi le seuil du cabinet, qu'on reste ébloui, confondu, fasciné.
Les yeux sont charmés autant que surpris par l'harmonie régnant dans cette salle merveilleuse. Des milliers d'objets les plus disparates sont rangés avec tant d'habileté, de goût, de sentiment artistique, qu'ils semblent avoir été créés spécialement pour composer un ensemble superbe.
Sur ces richesses si variées de formes et de couleurs, il plane une homogénéité de tons comme on en peut admirer dans les portraits du Titien, il flotte une atmosphère d'un blond doré comme on s'imagine la divine chevelure de l'Astarté grecque. Tout s'enveloppe de cette teinte uniforme et charmante, tout, . depuis les oriflammes multicolores pavoisant les cuirs de Cordoue de la tenture, jusqu'aux étincelantes orfèvreries; depuis les émaux qui font éclater leurs couleurs intermittentes, jusqu'aux ivoires pâles et jaunis; depuis les faïences éternellement jaunes et bleues, jusqu'aux noires sculptures en vieux chêne.
Et quand un rayon de soleil vient baigner toutes ces merveilles, des ruissellements d'or coulent sur les
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châsses, sur les reliquaires, sur les retables; des teintes plus vives s'allument sur les tapisseries de Flandre, il semble que tout prend une âme, que tout veut se mouvoir et que la vie pénètre soudain dans* les figures éclatantes des émaux, dans les sculptures blêmes des ivoires et dans les statuettes de bois hissées sur les colonnettes. Les vierges prient, les saints se prosternent, les pages vous regardent avec étonnement et les guerriers s'apprêtent à frapper d'estoc et de taille.
Tenter l'inventaire des objets amoncelés dans cette salle serait une lourde tâche, que je n'aborderai bien certainement pas. Je me contenterai d'en citer quelques-uns en m'aidant du catalogue composé par M. Desmottes, où bien souvent se trouvent, à côté des renseignements indispensables, de très précieux commentaires.
Du plafond du cabinet descend un lustre gothique dont le sommet présente un phénix renaissant de ses cendres, et dont les neuf branches en vieil or, garnies de bougies rouges, sont formées par d'élégantes figurines entrelacées.
Sur les murailles, tendues de cuir de Cordoue, d'or basané, comme on eût dit dans les fabliaux du xve siècle, se déroulent des étendards disposés de façon à produire un très bel. effet décoratif : les uns, sont drapés et rangés en trophées, les autres, pendent en lambrequins et se balancent gracieusement au bout des hampes, caressant les tentures brunes de leurs franges d'or.
A tout seigneur, tout honneur. Accordons surtout notre attention à deux glorieux drapeaux : sur le damas de soie rouge, semé de broderies et orné de franges d'or, l'un porte l'effigie de saint Sébastien, patron des archers; l'autre, celle de saint Georges, patron des arbalétriers. Précieuses enseignes portées dans les combats par les corporations qu'elles représentent.
Au moyen âge, un grand prestige entourait les associations d'archers et d'arbalétriers dont les grandsmaîtres étaient de puissants personnages. L'illustre capitaine, Bertrand Duguesclin, se faisait gloire d'appartenir à la compagnie des arbalétriers de Rennes; et, certainement, plus d'un brave soldat du xve siècle disait : « Je suis archer » sur le ton de légitime orgueil avec lequel les honnêtes citoyens de Nanterre s'écrient aujourd'hui : « Je suis pompier! »
Auprès des étendards belliqueux, les bannières pacifiques : celle des apothicaires de Lille porte l'effigie de sainte Madeleine, patronne de ces honorables industriels, et les très utiles insignes de la profession : mortiers, pots à juleps et à collyre, vases de thériaque et dégraisse humaine; rien n'y manque, excepté l'instrument persécuteur de M. de Pourceaugnac.
Les bonnetiers ont aussi leur insigne inoffensive avec l'image de saint François; les charpentiers sont représentés par un étendard où figure leur patron légendaire, saint Joseph, entouré de la Vierge et de l'enfant Jésus.
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Sur une petite bannière, on lit :