Livre IV
Les six amis, élevant vers Dieu un cantique d'action de grâces, s'aperçoivent à ce propos que l'unisson est aussi désagréable que l'harmonie plaisante. Qu'est-elle donc? L'accord des contraires par les intermédiaires. Elle est d'ailleurs la condition générale du monde, et les discordances (maladies, douleurs, etc.) ne sont là que pour en faire mieux sentir le charme. Coroni chante en vers latins cette théorie (209).
[215J Tokalbe. — Aussy la Justice, la force, l'intégrité (a) et les autres vertus des gens de bien & de ceux qui s'esleuent au dessus des autres ne parestroient point dans vne Republique s'il ny auoit des meschanls parmy les bons (A), et s'il n'y auoit des furieux auee les gens posés (b), des pusillanimes auec des hardis, des panures auec des riches, des roturiers auec des nobles (B) enfermés dans les mesmes murailles. Mesmes ces conuersations ou nous engage Coroni n'auroient aucune vtilité ny plaisir si elles nestoient rendues célèbres (C) par vne contrariété d'opinions et de raisonnements.
Senamy. — le ne comprens pas pourquoy (c) vne bonne ville ne se trouueroit pas plus heureuse qui auroit chassé tous les meschants que celle qui en conserueroit quelques vns et comment se peut trouuer l'vnion ou bien comment pourroil elle estre paisible parmy la discorde (D), veu qu'il ny a point de plus fort lien de concorde entre les amis et les citoïens que lorsque chacun est dans le mesme sentiment et veut viure en charité dans lobseruance des loix diuines et humaines.
Cukce. — Cette opinion (E) de Ciceron (1) nest que dans ses parolles puis-
(1) Lib. de amicitia (F).
(a) NMD Integritas que PG omeltent. B ne donne pour la moitié du livre IV qu'une traduction, souvent même un résumé, en allemand. — (6) PG omettent sani furiosis. — (c) M quomodo. DN quant ob rem.
(A) Idées anciennes chez Bodin. C'est sur elles qu'il fonde, dès la République (157G), sa théorie du gouvernement harmonique. « En couplant les hommes de vertu lantost aux nobles, tantost » aux riches, ores qu'ils soyent destitués de vertu, neanlmoins ils se sentiront honnorés d'eslre » conioinls auec les genls vertueux, et ceux cy de monter au lieu d'honneur : et en ce faisant » toute la noblesse d'vn coslé se resiouït de voir que le seul poinct de noblesse est respecté en » la distribution des loyers : et d'autre coslé tous les roturiers sont rauis d'vn plaisir incroyable, » et se sentent tous honnorés ». Rép., VI, 6, p. 735 sq.
(B) MD nobilibus infâmes signifierait plutôt, en bon latin : des gens décriés auprès de gens illustres. Mais le texte de la Rép. cité supra prouve que B interprète correctement la pensée de Bodin.
(G) Obscur. MD splendescerent. Bodin veut, je crois, dire que le choc des opinions contraires illumine la discussion.
(D) MD Aut cur islo modo discordia concors esse possit... De ces élégances apprêtées et un peu postiches qu'il emprunte assurément à Gicéron, le latin de VHepl. est très friand.
(K) A savoir que la sympathie vient de la communauté de sentiments.
(F) Gic, De Amicitia, G : « Est autem amicitia nihil aliud, nisi omnium diviuarum humanarum- » que rerum, cum benevolentia et caritale, summa consensio • .
qu'il en a condamné la pratique (</), et peut on mieux apprendre ses sentiments que dans la conduitte de sa vie? Car quelqu'vn a til ramais plus aimé Epicure (e) qu'Atticus le plus grand de tous les amis de Ciceron (A) qui tant quil a vescu est tousiours demeuré constant dans la secte des Académiciens, déclamant dans tous ses escrits (4) contre les Epicuriens parce qu'il ny a rien de plus 216] difficile que de sempescher de blasmer vn meschant homme lorsque l'occasion se présente d'en parler, comme disoit Theophrasle (B).
Tohalbe. — Il est vray que les sectes des Académiciens, des Stoïciens, des Peripateticiens, des Epicuriens et des Cyniques disputoient l'vne contre l'autre, cependant ils ne troubloient point lunion et la paix de la ville (C) par ce que les Académiciens et les Peripateticiens estoient comme vn milieu pour reunir (D) les Epicuriens et les Stoïciens qui estoient entièrement opposés. Autrement (/") s'il ne se trouuoit quelque milieu pour rassembler les contraires il faudroit nécessairement qu'il y eust partout vne guerre perpétuelle (E).
Ekdehicu. — Cultiuer vne amitié et garder la concorde parmy vne si grande diuersité de sentiments des choses diuines et humaines m'a semblé tousiours la chose du monde la plus difficile de touttes.
Cujjce. — Cultiuer vne amitié est [vne] chose et garder l'vnion et la concorde en est vne autre (g). Car comme les natures opposées (h) de chacune chose trauaillent a l'vnion de tout cet vniuers : ainsy les ialousies et les haines particulières des citoïens les vns contre les autres nourrissent la paix générale de toutte la République. Ainsy Rome n'a iamais esté plus florissante que lorsque les Patrices reprimoient la populace (5) et que la cholere des tribuns s'opposoit vertement au dereiglement des consuls. Cest pour cella que M. Cato le Censeur auoit accoustumé de semer des querelles parmy les esclaues et des
(4) In libb. de Finibus, de Natura Deorum (F). — (5) Plutar. in Catone.
(d) MDPG senlentia, quam suis ipse factis oppugnavil. N ipsis. — (e) MDPG Epicurum. N Epicurœos. — (f) MNPG Alioquin (ou alioqui) si. D Alioqui nisi. — (g) NMDTP Alind est amicitiam colère, aliud (G aul) concordiam lueri. — (h) N dis cre pan lise. MDPG nalurae discrepanles.
(A) MD cui tamen mortalium Cicero magis amicus quam Atlico exstitit unquam, -= Alticus que Gicéron aima uniquemenl.
(B) <■ Non potesl, inquit Theophrastus, fieri ut bonus vir non irascatur malis ». Sénèque, De ira, 1, 14.
G) Sens indéfini : de la ville où ils se trouvaient réunis, MD in eadem civilale.
(D) MD quasi vinculis, non traduit. Les Epicuriens qui ne croient pas à la Providence s'opposent aux Stoïciens fatalistes. Voyez dans Gic, De natura Deorum, les attaques hargneuses de Zenon l'épicurien contre les autres écoles, 1, 33 sq. Bodin a pratiqué assidûment cet ouvrage en vue de VHept.
(Ë) M alioquin, si (D alioqui nisi est fautif : nisi annule, contre le bon sens, nullo) unum uni conlrarium nullo inlerjeclo medio copulelur, pugna quœdam perpétua futura sit oportet. L'idée que l'harmonie sociale se fonde en conciliant les contraires par les intermédiaires est courante dans Bodin : « La nature de la proportion harmonique vnit tousiours les extremilez par » vn moyen qui s'accorde auec l'vn et l'autre ». Rép., VI, G, p. 710. Cf. ibid., pp. 734-737.
(F) De finibus, 1, 7; II en enlier. De nat. deorum, I, 25, 33, 41 ; II, 17, etc.
Ghauviré 3
desmeslez entre les magistrats (A) afin d'obuier aux conspirations et (i) que le bien des familles fust conserué par les vns et celluy de la République par les autres. Et Licurge (6) n'a pas creu pouuoir mieux faire quand il esloit question de choisir des magistrals [217] ou des ambassadeurs que dassocier ensemble pour mesmes emplois ceux qui auoient quelque haine secrète l'vn contre l'autre (B).
Cokoni. — On ne trouue pas mal a propos dans cette Republique icy de donner mesmes charges et (j) mesmes soins (C) a plusieurs ensemble, par ce qu'vn tiers concilie tousiours l'esprit des deux qui ne seroient pas d'accord en se Joignant a l'vn ou a l'autre : autrement (D) il y auroit du péril a mon aduis de donner vn employ a deux ennemis. Tant que vesquit M. Crassus, César et Pompée ne feirent point esclalter leur haine car ce premier estoit tousiours le médiateur (E) entre le beau père et le gendre : mais ayant esté tué dans la Caldée aussy tost la guerre ciuile salluma entre les deux partis (/e). Tout de mesmes (/) Lepide estant abattu (m) du feste du triumuirat suiuit la guerre ciuile d'entre Anthoine & Auguste.
Salomon. — le serois de cet aduis pour les estais populaires (F), mais dans les monarchiques il ny a point de hasard a mettre deux ennemis dans vne mesme commission (n) ou l'auctorité royalle les force d'agir dun mutuel esprit d'vnion. Comme Alexandre obligea tousiours Cratère et Ephestion (o) quoy qu'ils feussent ennemis de viure bien ensemble (G). Et cella se veoit
(1) Plutar. in Lycurgo.
(j) Nvel. MDPGT et. — {j) MD curalionis aut (N et) muneris collegœ. PG omellent et muneris. — (k) PG seuls omellenl Sed, Ci'asso in Chaldœa cseso, ad arma civilia concursum est a duobus. — (l) N Non secus ac. MDPG Non aliter ac. — (m) NU dejecto, préférable quant au sens. M ejecto. — {n) N in eodem magistratu conjungere. MDPG conjugare. — (u) N Ut Alexander M. (MD Magnus) Ifephestionem Cratero nutu solo conciliavit.
(A) « Il s'ingéniait toujours à entretenir parmi eux [ses esclaves] des discordes et des brouilles, » se méfiant de leur bonne intelligence et en craignant l'effet ». Plut., Caton l'ancien, 21. Quant aux « desmeslez entre les magistrats », c'est une allusion au c. 15, où Plut, raconte avec quelle passion Caton toute sa vie accusa ou poussa à accuser les gens en place. On aura la certitude de l'allusion en lisant liép., IV, 5, p. 421, qui résume ce chap. et le chap. 21.
(B) Il n'y a rien de tel dans Plut., Lgcurgue. Bodin disait déjà : « Le sage Lycurgue législateur » melloit dissension entre les deux rois et vouloit aussi qu'on enuoyast tousiours deux ennemis » en ambassade », etc., Rép., IV, 5, p. 421, mais sans donner une rélérence que, dès ce moment, il avait sans doute perdue. En écrivant VHept , Bodin se rappelle le trait, le trouve, avec raison, assez semblable à ceux qu'il puise dans Plut., et le lui attribue, sans vérifier.
(G) MD si plures sunt ejusdem curalionis aut muneris collegœ, — si plusieurs reçoivent ensemble même charge ou même fonction. — 11 s'agit de la république de Venise, où a eu lieu J'enlrelien.
(D) Entendez : faute d'un tiers pour arbitrer les querelles.
(E) ML) quasi média vox facile conciliabal, = réalisait aisément l'accord, comme une note intermédiaire. Allusion aux théories musicales des pp. 209-213. Cf. Plut., César, 28 : « Crassus, » qui pouvait être l'éphèdre de l'un ou de l'autre, ayant péri chez les Parlhes, il ne restait à César, » pour s'élever au rang suprême, qu'à renverser Pompée qui l'occupait ».
(F) Inexact : MD in oplimatum et populari civitale, =pour le régime aristocratique et populaire. Cette idée reçoit son plein développement dans la Rej>ub., IV, 7, p. 442. Cf. aussi ma thèse sur Jean Bodin, IV, 3, 4.
(G) Inexact, par omission et par glose : MD nutu solo conciliavil, = réconcilia d'un signe de tête Cratère et Ephestion. — Source : Plut., Alexandre, 47.
encores mieux dans toulte la nature qui est le plus parfaiet et le plus antien (A) exemple d'vne republique bien policée : non seulement les éléments contraires mais aussy les astres et puissances angeliques sont conduicts par le seul pouuoir supresme (p) et la maiesté diuine et partant Dieu seul est reconneu pour donner la paix dans tous les sièges de la hault.
Senamy. — Quoy les anges se font aussy des guerres ciuiles entre eux?
[218] le mets en faict, répliqua Salomon, que le monde intelligible cest a dire les anges ne sont gouuernez que par la volonté seule de Dieu, le monde céleste par les anges, le monde élémentaire par les corps célestes (B). Et que les supérieurs sont les images des inférieurs (C). Et que comme il s'esleue souuent des desbals entre les grands capitaines et les magistrats par émulation de vertu, si les éléments contraires se font la guerre et si nous voyons que les astres ont vn mouuement contraire peut on doubter qu'il ny ait pas des contentions entre les anges? Comme (q) le prouuent les parolles de l'ange a Daniel (4), le Prince du royaume de Perse m'a résisté pendant vingt iours, mais Michel entre les Princes m'a donné secours. Aussy (/•) Dieu parlant a Pharaon, selon l'interprétation allégorique et cachée cest a dire le Prince des Démons (Y) : le t'ay appelle a fin d'exercer en toy (/) ma puissance, a fin que le bruit de mon nom se respende (u) par loutte la terre (y) (5). Donc entre les anges il ny a point de combats sinon a qui produira plus de vertus ou d'actions (x) héroïques, mais (y) entre les hommes rarement les vertus don-
(4) Daniel, c. 10. — (5) Exod., c. 9; ad Romanos, c. 9.
(p) JV seul omet summa. — (q) N Hue eliam. MDTPG Hue enbn pertinet Ma vox. — (r) Nila. MDPG item. — (s) MU ad l'haraonem, quem [N quam, inadvertance) secretiore sensu dœmonum principem significare diximus. — (t) N omet in le. — (w) NU disseminaretur. M dissiparetur. — (v) NMD toto terravum orbe. PG omettent tevrarum. — [x) MDTPG aclionum. N unirrtorum. — {y) MDPG inter homines vero. AT omet vero.
(A) MD anliquissimum exemptai', = le type le meilleur. De crainte d'errer, R n'a pas choisi entre les deux sens possibles d'anliquissimum, et les a tous deux donnés : le second me paraît peu défendable. — Bodin compare perpétuellement la nature et la cité. Cf. mon Jean Uodin, IV, 2,2.
(B) Cette page peut sembler bizarre, et obscure, à qui n'a pas dans la tête la cosmologie de Bodin, et quelque peu de sa métaphysique. Il y a trois mondes, l'intelligible, séjour des anges; le céleste, séjour des astres ; l'élémentaire ou sublunaire, séjour des hommes, le monde supérieur influant sur le monde immédiatement inférieur. Les astres sont « des animaux célestes qui sont » ornez d'intelligence & de lumière » (Th., V, 1, p. 790 sq.); ils sont encore, avec les anges, les intermédiaires dont Dieu se sert pour exercer son influence sur la création. On trouvera exposée cette physique singulière, toute proche de celle d'un Marsile Ficin, dans mon Jean Bodin, II, 2, pp. 155 sqq., et dans mon article de la Revue d'Anjou, sept 1912, pp. 175 sqq., où je donne les textes y afférents. — Dès lors on comprend qu'il puisse y avoir entre les astres et les anges rivalités de bonne intention, virtutis certamen, comme entre l'ange qui parle à Daniel et l'archange Michel qui lui porte secours, Daniel, 10, 13. Les mauvais anges eux-mêmes, comme le Pharaon dont le nom cache le Prince des démons, en luttant contre la volonté divine, ne servent qu'à manifester sa gloire. D'où la citation d'Exod., 9, 16 et ad Rom., 9, 17.
(G) Autre idée courante dans Bodin. Les divers mondes se ressemblent, et sont commandés par les mêmes lois. Voyez-en une application curieuse à l'ange, à l'homme et à la bête, dans mon Jean Bodin, II, 2, p. 125.
nent elles de l'émulation (A) : mais souuent les vices combattent contre les vertus, et plus souuent (s) les vices contre les vices mesmes, vne opinion contre vn'aulre, la deuotion contre l'impiété, la superstition contre la religion, et très souuent vne superstition contre vne autre (a).
Feuekich. — le me suis souuent estonné parmy vne si grande diuersité de sectes et telle qu'Epiphane et Tertullien en ont conté iusques a CXX et Teiniste plus de (b) trois cens (Bi comment la paix & [219] l'vnion ait pu se conseruer parmy les peuples puisque de nostre temps deux diuerses créances parmy les chrestiens ont causé tant & de si rudes guerres ciuiles & tant de désolations de villes.
CutCE. — Il n'y a rien de plus dangereux que de voir dans vne République le peuple partagé en deux factions seulement soit qui! soit question des loix ou des préséances (c) (C) ou pour le faict de la religion (d), mais (e) s'il y a plusieurs factions il n'y a point de guerre ciuile a craindre, par ce que les vnes sont comme des voix (D) qui semblent intercéder enuers les autres pour mettre la paix et lharmonie parmy les ciloiens.
Toualbe. — Cette raison est 1res a propos (/") recherchée dans les accords de la musique la raison naturelle estant trop releuée (g) asçauoir par qui natu-
(2) N seul omel saepius. MDI'G ssepius. — (a) N religio cum supers lilione et religiotie, sœpissiixe tamen cum superslitione superslilio ipsa cerlal. MD superslitio cum religiotie, ssepisshne tamen cum superslitione superslitio cerlal. — (b) N amplitis 2.Ï0. MUTPG plures 300. B tnehr als 300 (cf. Thémislius). — (c) NMDTG de honoribus. B ùber Ehren. P de humoribus, inadvertance. — [d] N sive de religiotie dispulelur. MD sive de religionibus disceptelur. — (e) NMDIJ al. G ac. — (/") ND aplissitne. M apertissime. B offenbar. — [g) N subtilior. MUTPG subtimior. B erhabener.
(A) MD inler homines vero rarius virtutes cum virtutibus, saepius vitia cum viliis [certant], = mais enlre les hommes ce ne sont pas leurs vertus qui luttent à l'envi, ce sont leurs vices.
(B) ThémisLius, orateur et philosophe païen, vivait dans la seconde moitié du ive siècle. Sozomène, H. E., 6, 36 et Socrale, 4, 32, nous le montrent tenant à Valens, pour l'engager à cesser les persécutions contre les orthodoxes, une harangue : les sectes philosophiques grecques, explique-t-il, moins sujettes encore à dissensions que la religion chrétienne, avaient multiplié jusqu'au nombre de 300. Sur ces passages de Socrate et de Sozomène, un certain André Dudilh composa une prétendue traduction en latin de la harangue, que personne n'a jamais vue, de Thémislius à Valens. Cf. le P. Pétau, Themislii Oraliones, La Flèche, 1G 13, in-8; ou Paris, S. Mabre-Cramoisy, 1684, in-fol. La source de Bodin est, soit André Dudilh, soit directement Socrale el Sozomène; on voil avec quelle légèrelé il a lu les uns ou l'autre. Saint Lpiphane (310-403) énumère dans son Panarium ou Adversus Hsereses, non pas 120, mais 80 hérésies, Cf. en lêle du Panarium, la Lettre à Acacius et Paulus prêtres, où il énumère el classe ces 80 hérésies (Épiphane de Migne, t. I, col. 173 sqq.). Quant à Tertullien, il énumère dans le De prœscriplione haerelicorum, c. 45-53, les hérésies qui se sont élevées jusqu'à son temps. Ellies du Pin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, Paris, Pralard, 1686 et sqq., t. 1, p. 251, signale « ce petit catalogue des hérésies » el le croil apocryphe [ibid., p. 299). Apocryphe ou non, il contient bien moins de 120 hérésies. Mais le souvenir de Bodin était bien peu précis, el il négligeait de le vérifier : on le verra en comparant Hept., V, p. 378, où il dil que Tertullien compte 120 sectes, Epiphane davantage (première variation) ; el Bép., IV, 7, p. 456, où il dit que tous les deux ont complé cent sectes (deuxième variation).
(G) MD de honoribus, = des grandes charges de l'État. Sur l'idée générale de celle réplique de Curce, voyez le développement : « Pourquoy plusieurs sectes s'accordent mieux que deux ». Rép., IV, 7, p. 456.
(D) MD quasi mediisvocibus, = comme des noies intermédiaires.
Tellement vne chose seulement est contraire a vne autre et que plusieurs choses différentes ne peuuent pas estre contraires a vne seule naturellement (A).
Octaue. — l'estime que cest par cette raison que les Turcs & les Persans reçoiuent parmy eux toutte sorte de religions & vous voyez cependant vne merueilleuse concorde tant parmy les peuples que parmy les passagers bien que differans de religion (B).
Federicb. — Pour moy i'estime qu'il ny a rien qui fust plus a souhaiter dans vn grand royaume ou dans vne grande ville que cela se peust faire que tous eussent vne mesme religion (C). Et Aratus (6) na rien faict de plus remarquable que d'auoir accoustumé (h) les Acheens qui composoient plus de trois cens villes (i) a viure soubz mesmes loix, mesme religion, mesmes cérémonies, mesmes poids &. et mesmes mesures, en sorte [220] qu'on ny pouuoit plus rien désirer sinon que touttes ces villes feussent enfermées entre mesmes murailles, et cest a mon aduis le fondement solide de lamitié que Ciceron a mis a suiure vn mesme sentiment (j) tant pour les choses diuines que pour les humaines.
Octaue. — Croyez vous, Federich, que les Acheens ayent peu se conseruer(I)j dans vne seule religion (k) eux qui contoient trente six mille diuinités puis-
6 Polybius, lib. IV; Plutar. in Arato (E).
{h) N assueveràl. MD assuefecerat. — [i) MN societalem Achseorum, quse CCC amplius urbes complexa {D amplexa) continebat. — (/) .V consensione. MD consensione et carilate. — /.- MD An tibividentur, Federiche, Achxi in una et eadem religione conspirare potuisse. PG omettent Federiche et et eadem N Au tibi videtur... Achaeos... potuisse.
(A) M Hxc quidem ratio a musicis modulalionibus apertissime (D aplissime) qusesita. Naturalis vero subtimior est, quia scilicet unutn uni tanlum, plura eidem contraria per naturam esse non possunt. Tout ceci est 1res obscur, et les traductions de R ni de B ne l'éclaircissenl. Voici une interprétation, dont je suis le premier à sentir toute l'incertitude : En musique, on recherche à juste titre une telle relation des noies entre elles. Mais dans la nature cette relation est bien plus excellente encore, parce que là une chose a son contraire, mais n'a pas plusieurs contraires [suppléez : au lieu qu'en musique la note intermédiaire de l'accord est opposée aux deux notes extrêmes] ; mais elle n'a pas plusieurs contraires [suppléez : et l'harmonie se réalise d'autant plus facilement]. D'ailleurs, même mutilé de la réflexion de Toralba, si on ne l'entend pas, le raisonnement se suit aisément. Accessoirement, remarquons, à propos de aplissime, le prix de R pour départager M et D, et son accord, que nous retrouverons plus d'une fois, avec D.
(B) MD cives et peregrinos inler se religionibus discrepanles et cum republica conciliant. R omet cum republica. J'entends que les Turcs établissent ainsi l'accord : 1° entre les gens de religions diverses, population sédentaire ou flottante ; 2° entre ces gens et l'intérêt public. Cf. p. 229 note. Sur les faits, tirés de Poslel ou de Chalcondylas (cf. infra, p. 329 note), voyez Rép., IV, 7, p. 4f>5 sq.
(G) Inexact : MD quant ut eisdem sacris et eodem numinis cultu cives omnes conjungantur. (D) MD in una et eadem reliqione conspirare, = s'accorder, communier dans une seule et même religion. — Quant à leurs 3b\0)0 divinités, que le musulman Octave, très attaché au monothéisme de Mahomet, est bien qualifié pour railler, je les retrouve citées infra, p. 308 et Démon., 2. 3, p. 199, mais sans que Bodin nomme davantage ses autorités, que j'ignore.
E] Corrigez : Polybe, ;">, 19 (Aratus prêche activement l'union aux Mégalopolilains) ; ou 2, 8 commencement de la ligue achéenne). Bodin, Rép., 1, 9, p. 170, allègue Pol., 3 : la référence n'est pas plus exacte. — Plut., Aratus, 9, 10 et 11.
que iamais les sacrifices de Bacchus nont peu auoir de conformité auec ceux d'Eleusine (/)?
Coroni. — Certainement nous debuons plustost le souhaiter et le demander a Dieu que l'espérer qu'il ny ait parmy le monde qu'vne religion (m) et qu'vne mesme créance, pourueu que ce soit la vraye (A).
Salomon. — Ne disons point que cest vne religion quand nous ne dirons (n) point que cest la vraye.
Senamy (o) (B). — Puisque lès chefs des religions et les pontifes (C) en chacune ont eu tant de débats les vns contre les autres qu'il nest pas possible de dire quelle est la vraye, nest il pas bien mieux de receuoirdans les grands estats comme nous voyons dans ceux des Turcs et des Perses touttes sortes de religions que den exclure quelqu'vne. Car si nous cherchons pourquoy les Grecs, les Latins et les Barbares nont point eu (p) autresfois de différents pour le faict de la religion nous nen trouuerons point a mon aduis d'autre raison [q) sinon que tous estoient esgallement esclairés et auoient vu mesme sentiment de touttes les religions (D).
Salomon. — Il en faut excepter les Iuifs lesquels [221] pour ce regard séparez en quelque façon de touttes les autres nations nadoroient (K) et nadorent encores qu'vn seul & vrai Dieu éternel detestans touttes les autres diuinités. Aussy les Caldeens (F) abatirent tous les temples des Dieux (r) par ce quils
(l) MDT Eleusinarum, incorrect. N Eleusiniorum. — (m) MDTPG ut una sit eadem civium, immo etiarn mortalium omnium [N civium unio, una etiam, etc.) de rébus divinis assensio (N consensio). fi suit MD, mais attribue, seul, et à tort, cette réplique à Octave. — (h) Nnisi veram esse dabimus. MD de mus. — ;o) MDTPGB Senamus. iVseul t'ait continuer Salomon. — (p) N quid sit, quam ob rem Grseci, Latini, Rarbari nullam de religionibus controversiam olim habuerint. MDPG liabuere, solécisme. — (q) MD non aliam comperiemus (PG comperimus), opinon quam, etc. AT ajoute ralionem après comperiemus. — (r) PG omettent Deorum.
(A) R résume, et inexactement : MD ut una sit et eadem civium, immo etiam mortalium omnium de divinis rébus assensio, una religio, modo vera, = qu'il y ait entre concitoyens, que dis-je, entre tous les hommes un seul et même accord sur les choses divines, une seule religion, pourvu que ce soit la vraie. — Ce rêve d'unité religieuse dans la nation, c'est celui de tous les esprits moyens du xvi" siècle, et auquel la politique du temps a tant sacrifié ; le rêve d'unité religieuse dans l'humanité, c'est celui que Bodin laisse deviner partout entre les lignes de VHepl.
(B) N est seul à faire continuer Salomon ; et le bon sens ne l'avoue pas plus que les mss. Toutes les idées de cette réplique, difficulté de découvrir la vraie religion, excellence relative de toutes, bienfaits de la tolérance absolue, sont, on le verra dès les pages qui vont suivre et mieux encore à mesure qu'on avancera, les motifs propres a Senamy et qu'il développe à la moindre occasion.
(C) MD Pontifices, quos veteres Grseci [/.urrraytoyouç appellanl. Erudition à la mode du XVIe siècle, que R n'a pas daigné traduire.
(D) Le latin est plus hardi : MD omnium in omnibus religionibus conspirationem et consensum, = le sentiment religieux de tous embrassait toutes les religions. C'est sa religion même que Senamy définit là; cf. infra, V, p. 370 sq.
(E) MD adorabant. R ajoute et n'adorent encores; on pourrait y voir un indice des sentiments personnels du traducteur. Mais, nous le verrons, les indications qu'on obtient par celte méthode sont contradictoires; et j'incline à penser qu'il n'y a point eu d'intention dans cette inexactitude.
(F) On retrouve ce détail, infra, p. 270. Recherches faites, je crois que Bodin le puise dans Origène, Contra Cels., 7, 69 (Migne, t. 1, col. 1509), lequel le lire lui-même d'Hérodote, 1 ; ou de Gic, de Nat. deor., 1, 41 et de Leg., 2, 10 : « Nec sequor magos Persarum, quibus auctoribus » Xerxes inflammasse templa Grseciœ dicitur,quod parietibus includerent deos, quorum hic mun- » dus omnis lemplum esset, et domus ».
estimoient que ce fust impieté que de renfermer des Dieux dans le peu despace d'vn temple.
Senamy. — Mais il me semble qu'il ny a presque que les Iuifs de tous les peuples qui pour leur loy ayent troublé le repos des villes et des Empires. Car lorsqu'Antiochus eut subiugué Hierusalem et qu'il en voulut remercier les Dieux par sacrifices les Iuifs feirent des imprécations contre luy dont il fut tellement irrité de ce qu'ils le prenoient pour vn impie qu'il les forcea sur peine destre cruellement punis d'assister aux sacrifices des Dieux &. des Gentils (A), dou (B) ils s'attirèrent la haine des peuples les plus esloignez en sorte qu'il sembloit que touttes les nations eussent iuré (s) la ruine de celte seule nation. Car Celse (7) raporte que les Chrestiens et les Iuifs parlant trop insolament de leurs Dieux mesprisoient touttes les autres diuinitez (C).
Fkdehicu — Celluy qui reçoit la diuersité des religions différentes semble auoir dessein de ruiner la véritable et Proculus a dict (/) fort a propos que celluy qui tient pour la diuersité des Dieux ne diffère guieres de celluy qui nen croit point (D) parce qu'on ne peut point adorer ensemble Dieu [222] et le Diable (m), qui sont si contraires l'vn a l'autre.
Senamy. — Toralbe nous a faict veoir cy dessus (E) que Dieu ne peut
(7) Refert Origenes, lib. 3. Contra Celsum.
(s) NMD conjurasse. PG conspirasse. — [t] N scribit. MD scripsit. — (m) N ac daemonem colère. MD dsemona. PG dsemonas.
(A) 1 Macchabées, 1, 5; Josèphe, Antiquités judaïques, 12, 7.
(B) Par leur intolérance farouche que condamne Senamy, et que condamnait déjà le païen Celse, dans Origène, o. c, 3, 2 (Migne, t. 1, col. 923).
(Gj Seul contre N, H, et l'unanimité des mss., B attribue à Federich la phrase Car Celse, etc. Celte phrase appartient évidemment à Senamy, dont elle appuie l'accusation d'intolérance.
(D) Vérification faite, MD a7:sifi'av àvaioetv tov Oîov xat TioXuOcÔT^Ta nihil %~o tTjî àOsoTYjTo; di ff erre ne sont pas des expressions textuelles de Proclus, mais, comme il arrivera encore (cf. infra, VI, p. 656), le résumé d'une lecture, écrit en grec pour l'authentiquer. Cette lecture est soit celle du De anima et dœmone, indiquée par Duplessis-Mornay, De la vérité de la religion chreslienne, Paris, 1581, qui fait cette même citation de Proclus (mais il n'est pas la source de Bodin, qui fait la citation dis 1580, Démon.. 1, 5, p. 108), soit celle de VInstitulio Iheologica, art. 113-161. En particulier, l'art. 149 (éd. Creuzer, Francfort, 1822, p. 220) explique que le nombre des dieux ne peut être infini, car il y a incompatibilité entre l'un et l'infini, si bien qu'un nombre infini est vraiment vide de l'unité; et l'art. 119, p. 174, explique que chacun des dieux, étant unité et bonté, n'est Dieu qu'autant que son éloignement du Dieu unique lui permet de conserver de sa nature.
La prédilection de Bodin pour les interprètes de Platon qui ont développé encore le caractère religieux et mystique de sa pensée est certain. Cf. mon Jean Bodin, II, 1, p. 110 sq., qui donne textes et références. Non seulement il goûte Apulée, Plolin et Proclus, mais Marsiie Ficin, Jean Pic et Jean-François Pic [infra, p. 415). C'est d'ailleurs un goût commun aux hommes de ce temps que cette inclination pour les philosophes qui sont à moitié pontifes ou thaumaturges. Voici un recueil factice, imprimé à Bàle, chez Froben, 1519, in fol., qui traduit clairement cette tendance. J'y trouve Jamblique, Proclus, Porphyre, Synésius De Somniis, Psellus De dsemonibus, Pylhagore, VAsclepius et le Pimander de Mercure Trismégiste, Marsiie Ficin De magis, etc. Tous ces livres, sauf le dernier, et tous ces auteurs sont cités passim par Bodin; un bon nombre dans la seule p. 548 de la Démon., Réfut. de Wier.
(F) Supra. III, pp. 150-153. Et nous venons de lire que Dieu fait servir à la manifestation de sa gloire jusqu'à Pharaon, le prince des Démons, p. 218.
auoir (u) de contraire, mesmes (x) que les démons ne sont que les ministres (y) très soubmis a l'exécution de ses ordres (s). Or (a) (A) ne peut on pas respecter le seruiteur d'vn seigneur non pas a l'esgal de luy mesme, mais comme son ambassadeur? Aussy quel inconuenient y auroit il de prier (b) deux diuinitez l'vne de peur de nous eslre nuisible & l'autre afin qu'elle nous fasse du bien? Cest pour cella que les Opuntiens auoient deux Pontifes (8) dont l'vn estoit pour sacrifier aux Dieux l'autre aux Diables. Et les Romains nauoient pas seulement respect et vénération pour les Dieux bienfaisants (c) comme lupiter, Mars, Diane, mais aussy pour ceux qui pouuoient faire du mal comme pour celluy qui cause la nielle aux blés qu'ils appellent Robigus ou Rubigus, pour la Fiebure, la Paueur, l'Occasion, l'Enuie (R) et les autres diuinitez qui pouuoient faire mal ou le destourner qu'ils appelloient Auemmcalores & les Grecs (d) 'AÀev.Kxxou; (9).
Salomon. — Pleust a Dieu que nous eussions la prudence des Grecs et des Latins (G) de sestre imaginé des dieux masles et des dieux femelles (e) ! Mais par la loy de Dieu (1) il n'y a rien de plus estroictement defîendu que de craindre des Dieux estrangers qui ne peuuent faire ny bien ny mal. Cest pourquoy il est escript (2) quil ny a que Dieu seul (/) qui soit capable de nous enuoier des afflictions.
(8) Plutar. in Apophtegm. Grœcorum. — (9) Plutar. in Cleomene (D). — (1) Gènes., c. 35; Exod., c. 20; Judic, c. 10; Prouerb., c. 29 (E). — (2) Deuteron., c. 30 et 32; Leuit., c. ult. ; Lib. 3. Regum, c. 9 et 21 ; Iesayse, c. 45; Hierem., c. 11 et 32; Baruch, c. 2; Amos, c. 3; Ionas, c. 3; Micheœ, c. 1 (F).
(v) N Deo nihil conlrarium esse. MDPG existere. — (x) N quia etiam. MDPG quin etiam.
— (y) N ministri. MDPG administri. — (z) NMD obsequentissimi divinse majeslatis. B der gôttlicher Majestœt. PG divinœ volunlalis. — (a) MDl'G quid autem (N enim) vetat. — (b) N alterum quidem ne noceat, alterum ut prosif. obsecrari. MDPG obsecrare. — (c) NMDT nec Romani beneficos tantum Deos. PG omettent, à tort, beneficos. — {d) N averruncatores sive (MD id est) àÀsq'.xixo'j;. — [e) MDTE quos enim Deos mares 4>0dvov, Kat'pov, 4>ôoov (PG Grseci, eosdem) Latini sexu et habilu fœmineo Deas fecerunt, scilicet Invidiam, etc. L'adjonction de PG est nécessaire à l'intelligence du texte. N l'adopte. H passe cette réplique.
— (/") NMD nullam mortalibus nisi {l'G omettent, à tort, nisi) ab uno immortali Deo calamitalem impendere .
(A) M D autem est autorisé par la suite des idées. Non, il n'est pas vrai que polythéisme vaille athéisme, puisque les Dieux ne sont pas le contraire de Dieu. Mais ne peut-on l'adorer en eux ?
(B; R fait précéder Robigus et Averruncatores d'une glose explicative. Sources probables de Bodin : pour Robigus, Varron, R. R., 1, 1, et Ling. Lai., 5, 3; Pline, H. Nat., 18, 29, 69; pour Pavor, Lactance, Inst. div., 1, 20 et T. Liv., 1, 27; pour Occasio, Phèdre, Fab., 5, 8; pour Invidia, Hygin, Prœfat. fabut., 277: pour Febris, voyez p. 225.
(G) Contresens. Salomon raille bien la prudence des Grecs et des Latins, mais plus durement encore que ne le croit R : les sages admirés de Senamy font les mêmes dieux mâles ou femelles suivant le caprice de la langue parlée. Les docteurs chrétiens, et ceux que lit familièrement Bodin, Tertullien, Apologeticus, 10, S. Augustin, De civ. Dei, 3, 12 et 7, 2, raillent souvent eux aussi les Dieux sexués au gré de la fantaisie des païens.
(D) « Ils honorent la Peur, non comme un de ces êtres malfaisants dont on détourne l'in- » fluence », etc. Cléomène, 9. MD déplacent à tort cette note jusque sur des dieux masles. — Cf. Plut., Les demandes des choses romaines, 74, où nous voyons Servius élever un temple à la Fortune « destournant malencontre ». — Réf. 8, corrigez : Les dem. des ch. grecques, 6.
(E « Vous n'aurez point de dieux étrangers devant moi ». Exod., 20, 3. Genèse, 35, 2; Juges, 10, 6; l'roverb., 29, 18, même sens.
(F' Deuleron., 30, 1 (plutôt 29, 20 : « Le Seigneur ne pardonnera point à cet homme, mais sa
Senamy. — Parmy vn si grand nombre de religions il peut estre de deux choses l'vne, ou que ce nest rien, ou que l'vne n'est pas plus la vraye (A.) que l'autre {g). Car (h) les pontifes de touttes les religions ayans vne haine mortelle [223] les vns contre les autres nest il pas (i) (B) plus sur de les receuoir touttes que d'en choisir vne (laquelle peut estre faulse) que den exclure j ou condamner vne laquelle peut estre sera la plus véritable de touttes ?
Octale. — Il est cependant (k) très dangereux aux princes et aux magistrats de vouloir abolir / vne religion receue de longue main (m) et qui tire son origine de bien loin (C). Car Thomas et Constantin sixiesme empereur (D) de Constantinople ayant faict dessein dabattre (n) touttes les idoles des temples feurent tous deux cruellement massacrez dans le temple de Saincte Sophie I'vn par sa mère & lautre par la populace (o). Cest pourquoy les empereurs Valens, Theodose le Grand (p), Valentinian, Iouinian (q) et Theodorich non seulement (r) ne voulurent pas chasser la secte des Ariens qui multiplioit de touttes parts, mais par vn edict public luy donnèrent liberté de sestablir partout et la toleroient (E).
(g) MDTE ut (N earum) plus una vera sit. — {h) MDTPG at. Nac. B und. — [i MDTPG num tutius est. XII suppriment num. — (j) NMD excludere velle. PG omettent velle. — (k) MDTPN at. B auch. G ac. - \l) MDPG convellere. Nevellere. — [m) NMD religiones diulurno consensu
receptas. PG quae receptœ sunt. — [n) MD précipites deturbarent. N. prœcipiter. — o Y
a populo. MDT a plèbe. — {p) NTheodosius, M. Valentinianus. MD Theodosius Magnas, Valentinianus. — {q) N Jovianus. MDTEPG Jovinianus. — (r) PG suppriment non modo.
» fureur s'allumera », etc.) et 32, 22 sqq. ; III Rois, 9, 6-9 et 21, 21-23 (Dieu maudit Achab et Jézabel) ; Isaïe, 45, 2 sqq. : Jérémie, 11, 11 et 32, 26 sqq. ; Baruch, 2, 21 sqq. ; Amos, 3, 11 sqq. : Jonas, 3 (prédiction de la ruine de Ninive); Michée, 1, 3-4. Le dernier chap. (27) du Lévilique ne parle que des choses vouées; je corrige : 26, 14 sqq. (Dieu promet de punir les infracleurs de la loi).
(A) Contresens. MD allerum fieri polest, ut earum nulla; alferum non potest, ut plus una vera sit, = il peut arriver qu'aucune ne soit la vraie: il ne peut pas arriver que plus d'une soit la vraie. Mais (MD at) il vaut mieux les accepter toutes que courir le risque de rejeter la véritable.
(B) MD num tutius est. Contrairement à l'usage, Bodin emploie couramment num dans le sens de nonne, impliquant une réponse affirmative. Cf. infra, p. 227 : Num vobis videtur Scsevola,
= est-ce que Scévola ne vous semble pas ? Cf. pp. 376 et 612 notes. Faute d'avoir remarqué
cet idiotisme du latin de Bodin, N se croit obligé de corriger en supprimant num.
(C) Faux sens. MD quse radiées allais egerunt, = qui ont poussé des racines profondes.
(D) MD ulerque, omis, = tous deux empereurs. La Rép , 1, 9, p. 133, nous conte la même chose, mais de Léon IV Iconomaque et de Thomas. Source de Bodin : Annales de Zonaras (cf. infra, p. 267, note), III, Lrad. lat. de J. Aymin, Paris, Chaudière, 1567, pp. 135a et 138 6. L'impératrice mère Irène fit révolter les troupes de son fils Constantin, favorable aux iconoclastes, qui eut les yeux crevés. Thomas, faux empereur, s'éleva contre Michel le Bègue, qui le prit dans Andrinople, le fit mutiler et empaler.
(E) Il y a là quelque inexactitude, et Bodin, on va le voir, le sait aussi bien que nous : l'erreur vient donc ou de sa négligence, ou d'une corruption ancienne de l'archétype perdu. 1° UHept., ici, et VI, p. 6S4, dit Jovinianus Ml) . Il n'y a pas d'empereur de ce nom; lisez Jovianus. 2° Théodoric était Arien et exerça sa tolérance envers les orthodoxes. Bodin a loué, d'après VHist. eccl.es. triparlile de Cassiodore, sa belle parole : Beligionem imperare non possumus, quia nemo cogilur ut credal invitus, infra, VI, p. 684, et Rép., IV, 7, p. 456. II nous a montré, Rép., ibid., Théodôse le Grand ne combattant l'arianisme que par les exemples d'orthodoxie qu'il donne en lui & en sa famille. Il a vanté l'svoTty.ôv ou édit d'union entre catholiques, ariens, manichéens, etc , proclamé par .lovien, infra, VI. p. 684. Pour Jovien, Théodose, Valens et Valenlinien, sa source est Zonaras, Annales, III, p. 114 b sqq.
Federicii. — Si par les anciennes ordonnances (5) du Sénat Romain (A) la charge estoit donnée aux Ediles ou Escheuins de prendre garde (t) qu'aucune religion estrangere ne fust receue dans la ville et qu'on ne rendist aucuns honneurs aux Dieux que selon les coustumes (u) du pays, auec combien plus de zèle les princes chrestiens deburoient ils prendre ce soin !
Sknamy. — Mais (0) les Romains nont peu sempescher eux mesmes d'enfreindre leurs ioix puisqu'ils ont enfin faict des sacrifices a Isis et Osiris, au dieu Anubis leur fils (x), a Esculape & a Cybele la mère des Dieux. Et mesmes (B) M. Agrippa fit bastir vn temple [224] a lhonneur de tous les Dieux quil appella llavôsov qui est le seul qui soit resté entier de tous les anciens temples des Romains et que Boniface consacra en lhonneur de la vierge (y) (C). Vulgairement on lappelle la Rotonde ou le temple de Sainle Marie de la Rotonde. De mesme aussy les Athéniens dressoient partout des autels au Dieu inconneu qu'ils appelloient ayvaxiTo;, comme l'asseure Pausanias dans ses Attiques et saint Paul (3) en preschant aux Athéniens, dont est faict mention aux actes des Apostres, afin doftïir en quelque façon des sacrifices au vray Dieu qu'Us ne connaissoient point. Ainsy (D) ces anciens croioient que tout ce monde fust plein de Dieux parce que partout ils remarquoient (z) des apparences secrètes de diuinité (a) en sorte qu'ils sescrioient souuent : touttes choses sont remplies de Iupiter, voulant dire de Dieu CE). Et certainement aussy les Cieux et la Terre sont remplis de la maiesté
(3) In actis apostolorum (F).
(s) N Si sanclis Romanorum. MDTPO vetere senalusconsullo Romanorum. — (t) N ne quœ
religio peregrina in urbem admit 1er etur, neu. MUPG neu neu. — (m) N palrio modo. MD
more. — (y) NMD AL PG Ac. — (x) AT seul intercale ici Apis. — {y) NMATEPG quod quidem unum er, omnibus antiquorum fanis Romse reliquum esse videmus, a Bonifiai io 3. Pontifi.ee Maximo divin omnibus consecratum. t) a d'abord écrit divis omnibus, puis il a biffé cl corrigé lleatse Marias consecratum. B der Tempel... . den der Papst Bonifacivs III allen Heiligen (Divis) geweiht hat. — [z) N conluerentur. MD inluerentur. — [a] NMDTP numina divinilalis. B Naluren der GœtUr. G munera (?).
(A) L'erreur de N sanctis vient d'une mauvaise lecture de l'abréviation seto. — Cf. Terl., ApoL, 5 : « Vêtus erat decrelum, ne quis deus ab imperalore consecraretur, nisi a senalu probalus ».
(B) MD post.remo, = la dernière et plus forte preuve, c'est que. — Pline, H. nat., 36, 15, 24, dit qu'Agrippa avait dédié ce temple à Jupiter Ultor; mais la source de Bodin est Dion, 53, 27.
<; Le texte de D Beatse Marias consecratum. qu'a aussi traduit B, est le seul conforme au bon sens, et à l'histoire. Boniface IV, ayant reçu de l'empereur Pbocas le Panthéon d'Agrippa, le consacra à Marie, 608, Paul Diacre, De gestis Longobardorum, 4, 37. Je m'explique l'erreur des autres mss. divis omnibus consecratum, par l'insertion fautive de ces mots, d'abord glose marginale explicative du grec Panthéon, après a Pont. Maximo. Ainsi B fait entrer dans son texte la glose Vulgo lemplum V. Marias Rotundae.
(D) Faux sens. Le sic du latin n'a d'autre sens que d'annoncer la prop. infinitive qui suit, et ne doit pas être traduit. MD Sic enim veteres Mi statuebanl, mundum hune Deorum plenissimum esse.
(E) Voulant dire de Dieu est une glose de B, mais qui reste bien dans l'esprit du texte. Tout ce passage est tiré d'Aug., De civil. Dei, 4,9 : « Omnia plena Jovis. Hune Varro crédit eliam ab bis » coli, qui unum Deum solum sine simulacro colunt, sed alio nomine nuncupari ». Et le c. 11 s'intitule : « De multis diis, quos doclores Paganornm unum eumdem Jovem esse del'endunt ».
(F) « Car ayant regardé eu passant les statues de vos dieux, j'ai trouvé même un aulel, sur le- » quel il est écrit : Au dieu inconnu ». Act., 17, 23. Cf. Pausanias, 1,1,4.
de sa gloire. Cest pourquoy Seneque (4) voulant en rendre raison a soy mesme pour exprimer ce que cest que Dieu : tout ce qui se veoit dict il et ce qui ne se voit pas. Et Pline (A) appelle l'estendue de cet vniuers vne diuinité éternelle. Et quand ces anciens ont donné des temples aux vertus asçauoir a la Iustice (5), a la Force (6), a la Paix (7), a l'Espérance (8), a la Foy (9), a la Pudicité 1 , a la Concorde (2), au Salut (3), a la Pieté (4), a l'Honneur (5), a la Vérité (6), a la Prouidence 7), a l'Esprit (8), a la Clémence (9), a la Miséricorde (1), a la Félicité (2), a la Liberté (b) (3), a la Renommée (4) et a l'Eternité, iestime que ce na point esté pour autre subiect qu'a fin de proposer aux bommes les vertus de Dieu pour les mettre en pratique 225] et pour leur donner horreur des vices.
(4) Lib. 1 qua?stionum naturalium (B). — (5) Pollux in voce Buaj; Ghrysippus in lib. 7cepi xâXXouç (C). — (6) Plutarcb. in qusestion. (D). — (7) Plinius; Seneca ; Dio ; Plutarcbus in ïimone(E). — (8) Liuius, lib. 1 et 4 ex 3. decad. (F). — (9) Plin., lib. 35; Cicero de officiis (G). — (1) Festus in verbo pudicit. (H). — (2) August., lib. 3 de Ciuit. Dei (I). - 3 Liuius, lib. 10 (J). - (4) Plin., lib. 7, c. 36. — (5) Plutarcb., in quœstion. — (K). (6) Plutarch. ibidem (L). — (7) Cicero, lib. 2 de Natura deorum (M). — (8) Ouid. in Fastis (N). — (9) Plutarch. in Cœsare (O). — (1) Pausanias in Atticis (P). — (2) Plin., lib. 35 (Q). — (3) Dio lib. 43 (R). — (4) Pausanias in Atticis (S).
[b) X Liberalitati. MD Liberlali. fi der Freiheil.
(A) H. nalur., 2, 1, 1.
(B) Préface, ad Lucilium.
(C) Des références qui suivent, celles dont je ne dis rien ont élé vérifiées et trouvées exactes, par ex. Pollux. Quant à Chrysippe, s'il s'agit du philosophe et grammairien cilé par Varron, Cicéron, elc, nous n'avons rien gardé de lui, et Bodin va chercher son nom dans un ouvrage d'un autre auteur, qu'il est bien difficile de retrouver.
(Dj Les demandes des choses romaines, 74 (Irad. Amyot, Nie. Buon, Paris, 1006, 2 vol. in-4°, t. 2, p. 228). Cf. De la fortune des Romains, 2 (t. 1, p. 636). Forliludo = la Valeur.
(E) Corrigez d'après MDAT : Pline (36, 4, 15); Suétone {]'espasien, 9 : Dion (54 ad fin.); Plut., Cimon (13).
(F) Exact. Tile-Live nous parle de la déesse Spes 21, 62 et 24, 47.
(G) Pline, 35, 100, nous décrit un tableau qu'on voyait au temple de Fides. Cic, de Officiis, 3, 29, 104.
(H) Festus, 14 : « Plebeiœ Pudicitise sacellum Homnp ut sacra cetera colebatur ».
(I) De civ. Dei, 3, 25. Cf. Dio, 55; Cic, De nat. deor., 2, 23, elc.
(J) Bubulcus dédie le temple de S;dus. Liv., 10, 1, qu'il avait promis étant consul, 9, 43.
(K) Les demandes des choses romaines, 13 (t. 2, p. 209 .
(L) Ibid., 12 (t. 2, p. 209) : « Les Romains estiment Saturne père de la Vérité ».
(M) De nat. deor., 2, 22. Cf. 1, 8 et 3. 39.
(N) Fast., 6, 241.
(O) César, 57.
(P) Pausanias, 1, 17, 1.
(Q) Lucullus place dans le Forum de C^sar une statue de la Félicité par Arcésilas. 35, 156. Cf. 34, 69 et 36, 39.
(R On élève par décret un temple à la Liberté, Dion, 43, 44. Cf. 38, 17 et 58, 12.
(S) Pausanias, 1, 17, 1. — Dans tout le développement qui s'achève ici, 'Senamy démarque purement et simplement Cic, De natura deorum, 2, 23 28, qui par la bouche du stoïcien Ralbus, explique que les différents dieux sont seulement des attributs divinisés du Dieu seul et unique, Jupiter.
Curce. — Cella est dict auec esprit, Senamy, mais pourquoy donc ont ils aussy mis les vices (A) au rang des Dieux? pourquoy ont ils basti vn temple a largent (5) ou aux richesses? pourquoy a la gourmandise (6j soubs le nom d'Edusaou Edulia(c)? pourquoy a l'yurongnerie(7) soubs le nom de Potina(d)? pourquoy aux plaisirs (8) soubs le nom de Volupia? pourquoi a la lubricité (9) soubs le nom de Libentina (e)? a Venus (1)? a Priape (/')? si ce nest a fin de s'abandonner plus facilement dans les dissolutions eslimans que tels dieux leur estoient fauorables pour cella? J'obmets la fiebure (2), la déesse des larcins (4) quils appelloient Lauerna (g), le Ris (5), la Luxure (6) ou Profusion, l'Impudence (7), la mauuaise odeur qu'ils appelloient Mephitis (h), comme
(o) Augustin., Mb. 6 de Ciuil. Dei (B). — (6) Augustin , ibid. (C). — (7) Donatus in Phormion. (D). — (8) Varro et Macrob. in Snturnalibus (E). — (9) Arnobius contra gentes (F). — (1) Plutarch. in Solone (G). — (2) Ciceronis de Natura Deorum (H). — (3) Festus in voce Furina (I). — (A) Festus in Lauerna furum (J). — (5) Apuleius in Asino (K). — (6) Plaut. in Trinummo (L). — (7) Tacit., lib. 19 (M).
(c) DTENEdusae vel Eduliœ. M Edeusse vel Eduliœ. — >.d) MU Potinse. N Polanae. — (e) MDP Libentinae. G Libenliniae, barbare. N Libertinse ('?). — (f) MDTA rapporlenl la noie 2 à Priopo et à Febrim (oui ensemble. — (g) ND Lavernam. M Laver num, inadvertance. — [h) S Memphitim (?). MUT Mephilim.
(A) MD vitia superïora, = les vices capitaux. — Cette longue énuméralion des faux dieux de Rome a de multiples sources dans divers ouvrages que Bodin pratiquait beaucoup, et entre lesquels il n'y a pas lieu de choisir. Je viens de nommer le De natura deorum, 2, où Balbus énumcre lui aussi une foule de vertus divinisées. Mais voici Jean Wier, De l'imposture des diables, 1, 4 et 5, Lrad. Grévin, pp. 6 sqq. (cf. infru, p. 254 note), qui, dans un but tout différent, celui d'établir qu'ils sont des démons, dénombre les dieux antiques, avec des références utilisées par Bodin; voici S. Augustin, De civ. Dei, 4, 10 et 11, qui raille celte foule de dieux latins qui président aux moindres acles de la vie, Potina, Educa, Volupia, que Bodin nomme aussi; voici enfin Clément Bomain (cf. infra, p. 485 note) qui se plaint que les anciens aient mis les vices au rang des Dieux, Récognitions, p. 279 a. Citons encore Pline, H. nat , 2, 5. Tous ces souvenirs, qui plus, qui moins, doivent flotter dans l'esprit de Bodin.
(B) Bectifiez : De civ Dei, 4, 21.
(C) Educa, dans Aug., De civ. Dei, 4, 11.
(D) In Phormionem, 1, 1, 15. Cf. Aug., o. c , 4, 11.
iE) Varron, De lingua latina, 4, 8 et Macrobe, Sat., 1, 10.
(F) 4, 9. Cf. Aug., o. c, 4, 8 et Varron, /.. L., 5, 6.
(G) Plut., Solon, 1, nous montre Pisistrate élevant un temple à Vénus. Cic, De nat. deor., 2, 23, parle nommément de Vénus Lubenlina.
(H) Cic. nous parle du temple, De nat, deor., 3, 25, et de l'aulel antique, Leg., 2, 11, de laPièvre sur le mont Palatin.
(I) Celle note se rapporte à Furina, que R a omis, ce qui explique l'absence du chiffre 3 dans son texte. ■• Furnalia, sacra Furinae, quam deam dicebant ». Festus, 6.
(J) « Laverniones fures anliqui dicebant, quod sub tutela dese Lavernse essent, elc. ». Festus, 10.
(K) Apulée, Métum., 2 ad fin. Cf. Plut., Cléomène, 9; Lycurgue, 25.
(L) Prolog., 8.
(M) Evidemment erroné, puisque nul ouvrage de Tacite n'a 19 livres. D seul corrige : Tac, lib. iij, allongeant le troisième I en J dont la queue explique l'apparition du 9 de 19. Il s'agit, je pense, des Histoires, 3, 33, où Tacite nous apprend l'existence, attestée aussi par Pline, d'un temple de Méphilis à Crémone. Si j'ai raison, la note 7 devra se rapporter à Mephitis, et non à Impudentia, contre lous les manuscrits.
àussy les Dieux dans chacun endroit des maisons (i) et (j) trois cens lupiters a qui chacun donnoit vn surnom a sa fantaisie. Sans comprendre vne infinité de Dieux populaires (A) iusques a des Sefpens, tous lesquels tant de lun que de l'autre sexe (/•) M. Agrippa voulut estre adorés soubs vn mesme toict.
Salomon. — Il eust esté bien plus louable de séparer le vray Dieu de touttes ces diuinitez imaginaires que de les confondre ensemble qui est vne horrible profanation (/). C'est pourquoy le peuple de Dieu ayant esté enuoyé dans la terre de promission comme dans vu bien (B) qui leur appartenoit suiuant la volonté de Dieu, il leur fut commandé de ruiner et mettre rez pied rez terre tous les temples de ces faux Dieux (m), leurs statues (C), leurs autels et les bocages mesmes qui leur estoient consacrés et (n) Dieu ne voulut pas souffrir que larche fut prophanée par l'approche de la statue de Dagon dans le temple duquel on l'auoit mise. Et les [226 prestres iuifs (o) (D) feurent spectateurs comme deux fois elle fut abbattue (p) et brisée lorsque larche eut esté posée auprès.
Cuhce. — Neantmoins (E) & ceux cy et M. Agrippa violoient le priuilege des choses sacrées. Car il estoit si peu permis de consacrer vn temple a deux diuinitez que M. Marcellus en ayant faict construire vn a l'Honneur & a la Vertu les Pontifes Romains {q) obteinrent que les misteres des deux ne feussent point confondus en sorte que par vne muraille le temple fut partagé d'vne façon touttesfois que l'on r/eust pas peu entrer dans le temple de Ihonneur que la porte de celluy de la vertu neust été ouuerle (F) : a plus forte raison deburoit on moins souffrir telle chose dans le culte que l'on rend a Dieu.
Octale. — Il est vray qu'il y a raison de détester la confusion des sacrifices, cependant les Empereurs Turcs et les Roys de Perse, de la haute Asie et [de]
(ii N prœtermilto Ueos omnium œdium partibus ac locis constilulos. MUI'G omnibus. PG ometleril ac locis. L)lJG consecralos. M consectatos, inusilé au sens passif. — [j) N praelerea Joves trecenlos. MD prœtereo. — (k) N Deos Deasque. MU Deasve. — (l) ND sacratissima (M sanclissima) quœque profanis conspurcare. — (m) N omnium inanium et ficlilium Deorum fana. PG omnium inania, elc. MD omnia inanium, elc — (?j) NMUTP al. G ac. — (o) N sacerclotes Palœstinœ MUPG Palœslini. — (p) N bis dejeclam. MDPG disjeclam. — (q) N liomanorum ponlifices. MUPG romani.
(A) Inexact : MD innumerabilium Deorum populos, = des mulliludes de Dieux innombrables. R semble traduire un texte populariurn, que je ne trouve dans aucun manuscrit.
(B) MD in lerram sanctiorem quasi in bonorum possessionem missus. Je donne à ?nissus un double sens, littéral et juridique, et j'entends : envoyé en terre promise comme si on l'envoyait en possession de son bien.
(C) « Tu n'adoreras point leurs dieux et ne les seruiras, ains les démoliras et briseras leurs » statues ». Exode, 23, 24. Lapidation d'Acban, qui avait dérobé à la destruction quelque chose du sac de Jéricho, Josué, 1. Etc. — R traduit insuffisamment MD inanium et ficlilium, épithèles homériques des idoles dans ï'Hept. Cf. IV, p. 252, et V, p. 371.
(D) Contre sens : MD sacerdoies Palœslini, — les prêtres l'aleslins ou Philistins. Ce sont eux qui trouvent la seconde fois Dagon par terre, la lêle et les mains cassées (ce qui autorise MD disjeclam), I liais, 5, 3 sq.
(E) Faux sens : MD profecto, = assurément. B gewisz. Curce explique la double chute de Dagon par une règle générale. Mais l'erreur de R qui vient de traduire Palœslini par Juifs entraîne à présent celle-ci.
(F) Source : Valère-Maxime, 1, 1, 8.
LAffrique selon la doctrine d'Homar Second, ambassadeur du pape Homar Premier, chef des Ismaélites (A), et de llothar (/■) célèbre théologien (B) croient (s) que tous les hommes sont aggreables a Dieu qui auec sincérité dame adorent vne diuinité quand mesmes ils ne sçauroient pas quelle elle est (C), par ce disent ils que la source (/) de touttes les actions est dans la volonté (D) dont Dieu connoist tousiours le fond & la pureté. Et de cette opinion ont esté non seulement les théologiens ismaélites, mais (u) aussy les chrestiens. Puisque Thomas d'Aquin (8) raisonne ainsy : Lorsque la raison qui se trompe vous ordonne de faire quelque chose comme (u) si c'estoit vn commandement de Dieu, alors c'est vne mesme chose de mespriser ce que voslre raison vous [227] dicte et mespriser vn commandement de Dieu. Ce que S1 Augustin (9) auoit desia dict auparauant.
(8) Secunda secundse, q. 19 (Eh — (9) In libro retractationum (F).
(r) N Hellhero. .1 Hechari. MDTEPG Eelhari, seul correct. — (s) MDPG (sic insliluti ac imbuli sunt) ut arbitrenlur. N arbitrarentur. — U) NMD quoniam rerum omnium agendarum fonlem judicant in volunlatis impetu. PG indicant, laule de leclure. — (u) N sed eliam. MDPG verum eliam. — (v) NMD Quando, inquit, ratio errans statuit aliquid ut praeceplum Dei. PG slatuit aliquo'l praeceplum Dei (?).
(A) Le texte est constant. MDN (B concorde) ab Homaro 11, Homari I pontificis maximi in ter Ismaelitas legato. Mais il est inadmissible. 11 n'y a qu'un Omar. On verra, infra, p. 342, cet Omar appelé : Mahumelis legalus. Je conclus à une très ancienne corruption de l'archétype, de là passée dans tous nos manuscrits. Et je conjecture : ab Homaro, II. (= secundo) pontifice maximo inter Ismaelitas, Mahumelis legato. Omar est le successeur d'Abou-Bekr, et le 2e calife des Musulmans. — Oclave nomme les rois de Perse, parce qu'ils sont chefs de la secte chiite, qui souffre les images : ainsi il montre le monde mahomélan tout entier, sans distinction de secte, unanime dans ce sentiment.
(B) Elhari-ibim-Esed, de Bagdad, excellent théologien qui llorissail environ 180 ans après Mahomet, nous apprend Léon d'Afrique, De l'Afrique (Irad. Jean Temporal, Lyon, Temporal, 1556, réimprimé à Paris, 1830, 4 vol. in-8), liv. 3, t. 1, p. 409. Bodin a lu Léon : cf. p. 339.
(C) Inexact, et la chose est grave, car Oclave exprime ici une des idées les plus belles de YHept. : MD si pura menle suum quisque numen revereatur, lametsi qualem Deum habere oporleat, penitus ignoret, = lous ceux qui en loule pureté de cœur adorent leur dieu à eux, malgré qu'ils ignorent complètement quel est le bon. Ces mots rappellent invinciblement la Lettre à Baulru : « Nec le auferant varice de religionibus senLenliœ, modo illud habeas animo comprehensum, veram » religionem aliud nihil esse quam purgatae mentis in Deum verum conversionem ». Cf. ma thèse, Jean Bodin, 2, 3, 5, pp. 162 sqq. — Tout ce que je trouve dans le Coran d'approchant, c'est le : « Point de contrainte en religion ! » 2, 257. (Je cite, sauf indication contraire, l'éd. Kasimirski, Paris, Charpentier, 1852. J'ai eu aussi en main une Irad. latine, accompagnée de nombreux opuscules historiques et polémiques, dont Bodin s'est beaucoup servi : Machumelis Saracenorum principis Doctrina ac i/ise Alchoran, opéra Theod. Bibliandri, ecclesia? Tigurinae minislri, s. I., Jean de Bourdigalle, 1550 3 tomes en 1 vol. in-4°).
(D) Insuffisant. MD in volunlatis impetu ac mente ipsa. Entendez d'ailleurs Rvolonlé au sens latin de : intention, disposition intime.
(E) « Quando ratio errans ponit aliquid ut prœceptum Dei, lune idem est conlemnere diclamen » ralionis et Dei praeceplum ». Summ. theol., prima secundee, q. 19, art. 5. Le texte de S. Thomas autorise d'ailleurs MD.
(F) Retract., 1, 15, 2 (Migne, t. 1, col. 609), où Aug. discute le verset : « Car je ne fais pas le » bien que je veux, mais je fais le mal que je ne veux pas », Paul, ad Rom., 1, 19. Cf. Aug. : « Non esse peccalum nisi libero arbilrio ». De actis cum Felice Manichœo, 2, 4 (Migne, t. 8, col. 538). « A libero arbilrio peccalum ». De vera religione, 14 (Migne, t. 3, col. 133). — Cette idée, que la faute est dans l'intention, est un des lieux communs les plus chers à Bodin, et s'accompagne presque toujours de ces deux mêmes références, S. Thomas et S. Augustin. Cf. infra, pp. 565 et 588. Démon., 4, 5, p. 517 et Réf. de Wier, p. 592; Rép., VI, 6, p. 726, etc.
Cuhce. — 0 11 y ie demeure daccord (.r) que la puissance de la volonté est si grande (A) pour discerner les actions des hommes (j/ que celluy qui tue quelqu'vn contre son intention demeure innocent du meurtre (s) et que celluy qui est forcé (B) par cette mesme volonté a) de tuer vn autre [et] cependant le manque, ne laisse pas a mon aduis destre tenu pour meurtrier (I ) : Iugerons nous pour cella droictes touttes les actions qui procèdent d'vne volonté droicle et sincère? certainement non, il y auroit trop de confusion de pieté auec l'impiété.
Senamy. — A votre aduis Sceuola qui ne tua qu'vn de la suitte du roy Porsenna voulant le tuer luy mesme uestoit il pas aussy coulpable que (b) sil neust pas manqué son coup?
Clrci;. — Personne nen double.
Senamy. — Qui est celluy donc qui pourra mettre en doubte que si Sceuola de bonne foy eust rendu les honneurs a ce suiuant qui nestoient deubz qu'au Roy (C) [il] n'eust pas mérité les mesmes recompenses que s'il les eust rendu au Roy mesme (c) ?
Cuhce. — Cella est ainsy pourueu qu'il eust avec justice peu excuser la mesprise.
(1) Lege Cornelia de sicariis § Diuus. Lege de pcenis § Aut facta (D).
(x) NM Assenlior. PGD Assentimus. — {y) NMD tuntam esse vim in ipsa volunlale ad hominum actiones (PG voluntales, négligence) dijudicandas. — (z) Nul qui, quem nollet, occidil, sit illius (MPG Me. U Mae, faute d'attention) casdis innocens. — (a) MDTPG et qui, quem conatus eral (N esl), occidere non rotuit. — '6) ND proînde teueri ac si. M perinde leneri ut si. — (c) N seul Idem si quis facial erga Dei legalos ac nuncios, ut quos crealori debuit (?). Interpolation évidente des premiers mots que va prononcer Senamus, amenée par la similitude de habuisset elexhibuisset, de idem et quidem.
(A) Obscur. MD tantam vim in ipsa voluntale, = que l'intention a une telle importance pour l'évaluation des actes.
(B) MD qui, quem conatus erat, occidere non poluil. B der welclier zu lodlen beabsichligte. L'exemple de Scévola, qui suit, autorise conatus. R semble traduire coadus, et devient inintelligible.
(<J) MU si regios honores bona fide legato quasi régi et quidem eo speclanle adhibuisset. R omet et quidem eo speclanle, = sous les yeux, au nez du roi, ce qui accentue l'erreur, et, si Scévola avait élé conscient, la culpabilité.
(D) « Divus Hadrianus rescripsit eum qui hominem occidit, si non occidendi animo hoc admi- » sil, absolvi posse ; et qui hominem non occidil, sed vulneravit ut occidal, pro homicida dam- » nandum ». Corpus juris civilis Justinianei, éd. Dionys. Golhofredus, Colonise Allobrogum, Sleph. Gamonelus, 1012, Digesle, 1. 48, lit. 8 ad legem Corneliam de Sicariis, 1 , 3, l. 3, col. 1482. « Aut l'acla puniuntur, aut l'urla caedesque; aut dicta, ut convicia et infid;ij advocaliones; aut » scripla, ut falsa el l'amosi libelli; aut consilia, ut conjuraliones et latronum conscientia; quos- » que alios suadendo jussisse sceleris est inslar ». Ibid., 1. 48, lit. 19 de pœnis, 16, t. 3, col. 1558. Bodin a pu connaître celle édition du code Juslinien, qui passe pour excellente : première édition, 1583. — Bodin a ainsi une petite collection de textes juridiques touchant les idées morales les plus générales, et qu'il reproduit sans dégoût à la moindre occasion : L'inlention vaut le fait, ici, Rép. ,Vl, 6, p. 720, et Démon., Réf. de VA'ier, p. 568; - qui l'ail son devoir ne mérite pas récompense, infra, pp. 229 el 270: — la religion fait la force des cités, infra, p. 231 et Rép., IV, 7, p. 455, etc. D'ailleurs, tout le passage ci-dessus se retrouve épars de-ci, de-là, dans son œuvre antérieure : l'histoire de Scévola, Démon., 2, 1, p. 179; celles des sages-femmes d'Égyple, qui va suivre, Démon., 4, 1, p. 422.
Senamy. — De mesme en est il de ce que l'on rend aux ambassadeurs ou messagers de [228] Dieu croiant le rendre a luy mesme. Et celluy qui ne rend qu'aux seruiteurs ce quil croit rendre a son Créateur (d) quand il n'y a point de malice affectée nest il pas en mesme cause et ne mérite til pas autant (e) que sil sestoit addressé (/") a Dieu mesme (A)? Nous lisons que les sages femmes Egiptiennes receurent de grandes récompenses pour auoir éludé les cruels commandemens de Pharaon par vn mensonge officieux, dautant qu'elles lauoient faict par crainte de Dieu (g). Et ce Dieu cependant nestoit qu'vn bœuf (h) lequel les Iuifs malgré la loy ne pouuoient (i) pas oublier. Car Pharaon leur ayant commandé d'inuocquer leur Dieu a leur mode, Moyse luy repartit quils ne pouuoient pas en équité (B) sacrifier (j) a Dieu dans vn pays ou il estoit en abomination et quil y auroit danger pour eux que le peuple d'Egipte (k) ne les assommast a coups de pierre. Dieu (/) donc eut compassion de ces matrones qui adoroient vn bœuf sous le nom d'Apis (C).
Salomon. — Autre chose est recompenser les bonnes œuures et autre chose excuser les péchés commis par ignorance : car celluy qui aime & adore le vray Dieu mérite (D) den estre recompensé encores quil ne soit deub (m) aucun salaire a celluy qui fait son debuoir (2). Mais (n) celluy qui adore le soleil
(2) Leg. 1 mandali (E).
(d) MDPG quosque creatori decuit (N debuit) honores, ad servos (S servum) ipsius errore non simulato detulerit. — (e) Niclem praemium. MDPG eadem prsemia mereatur. — (f) MDPG (honores) decrevissel. N detulïsset. — (,7) Nl'G metuerant. MD meluerent. — (h) NMPG Apim ôovein. D Apium, barbarisme. — (i) N poluerant. MDPG polerant. — (f) NPG sacra fieri. D jusla sacra. M jusla sacrificia. — (k) N ab JEgyptiis. MDPG ab Aigyptia plèbe. — (l) MD Deus oplimus maximus. NPG Deus. — (m) ND lametsi officio nulla merces debetur. M debealur. — (n) NDM Qui vero. PG omettent vero.
(A) N'hésilons pas à mettre celle opinion de Senamy au compte de Bodin même. C'est lui qui nous y aulorise quand il refuse de condamner les néoplatoniciens (cf. infra, VI, p. 633) qui croyaient ne pouvoir arriver au Dieu unique que par les dieux secondaires qui procédaient de lui : « Les Platoniques et autres payens qui par vue simplicité de conscience et par ignorance » adoroient et prioient Iupiler, Saturnus et autres demy-dieux, viuans sainctement, prians et » ieusnans... oui bien eslé idolaslres, mais non pas sorciers, ny ceux qui sont en pareil erreur : » atlendu qu'ils pensoyent faire chose aggreable a Diea ». Démon., 1, 3, p. 91. Cf. 2, 1, p. 162.
(B) En équité répond à un adv. juste qu'aucun ms. ne nous donne. MD jusla, des sacrifices conformes aux rites. Cf. Exod., 8, 26 : « Moïse répondit : Cela ne se peut faire : car nous sacri- » lierons au Seigneur noire Dieu des animaux [les bœufs] dont la mort paraîtrait une abomination » aux Égyptiens. Si nous tuons devant les Égyptiens ce qu'ils adorenl, ils nous lapideront ». Ce n'est donc pas Dieu, mais le sacrifice hébreu qui est en horreur aux Egyptiens : pourtant le texte (et B le corrobore) est constant : MDN non posse illic sacra fieri Deo, que m Mgyptii exsecrabanlur. Je conjecture quœ à la place de quem.
(C) Pharaon ordonne aux sages-femmes d'Egypte de tuer tous les nouveau-nés Hébreux mâles; elles rusent et les sauvent; Dieu tes récompense, Exode, 1, 15 sqq. Et cependant, ajoute Senamy, l'acte de piélé par elles accompli s'adressait dans leur pensée au faux dieu Apis. Voilà l'idée exprimée par Bodin; mais, à sa mode, il la rend obscure, à force de décousu et d'abus de l'érudition. 11 apporte deux preuves, si peu utiles ! — que les Égyptiens adoraient bien un bœuf. 1° C'est si vrai que les Hébreux, même quand Moïse eut proclamé la loi, ne pouvaient oublier leurs anciennes habitudes : allusion au veau d'or. Cf. infra, p. 272. 2° Moïse n'ose pas sacrifier en Egyple de bœufs au Seigneur, de peur d'être tué par les indigènes adorateurs d'Apis.
(D) MD huic prsemia tribuuntur, = il en est effectivement récompensé.
(E) « Mandatum nisi graluilum nullum est. Nam originem ex officio alque amicilia trahit. » Contrarium ergo est officio merces. Intervenienle enim pecunia, res ad locationem et conduc- » tionem potius respicit ». Digeste, I. 18, tit. 1, 4 (t. 1, col. 1628). Cf. p. 227 noie.
DES SECRETS CACHEZ HKS CHOSES SUBLIMES 'i!l
estant conduict par vne iuste erreur (s'il peut (o) y en auoir de iuste) est (p) en tel estât que non seulement il mérite qu'on l'excuse mais il est encore digne de quelque recompense parce qu'entiers Dieu la volonlé suffit pour estre recompensé de ce que vous auez voulu présenter encores que cette volonté n'ait pas son effect. Dieu (q) donc [229] recompense l'intention droicte (A.) : ce n'est pas pour cella que Ion puisse dire (V) que celluy la faict bien qui adore vne idole parce que le culte des Gentils est (s) vne impieté enuers Dieu, comme dict le sage (3) : aussy les Ismaélites ou Mahometans qui reçoiuent et souffrent loutles sortes de religions dans leurs villes dans des temples séparés (/) ne quittent pas pour cella la leur. Et personne (u) sans impieté ne peut suiure et l'aire profession de plusieurs religions différentes (B). Senamy. — Alexandre Senere passe pour vu très grand empereur et très religieux, cependant il auoitdans son oratoire les images d'Abraham, d'Orphée, d'Hercules & du Christ qu'il adoroit comme ses dieux domestiques (C) & le tout de bonne foy, puisque tous les historiens luy donnent la louange de Prince parfaictement sincère et homme de bien. Or voyant que les chrestiens, les luifs & et les payens ne se pouuoient accorder pour leurs créances (v), il ayma mieux (a?) les embrasser louttes que d'en reietter vne (y), de crainte de donner occasion a quelqu'vn de mespriser la Diuinité. Et par ce moïen il fît si
(3) In Prouerb. (D).
(o) N si justus error esse polesl. MDPG possit. — (p) JV esse, impossible : la phrase exige un mode personnel. MD esf. — [q) ND Deus optimus. M Deus optimus maximus. — (r) N dicitur.MD dicelur. — (s) N quoniam } de Las gentium non impietas erga Deum. MDPGB Leyser suppriment non. — [t) N dislinctis (emplis. MD discretis. — (u) NMD Nec sine impietate quisquam (potest, elc). PG omettent fautivement quisquam. — (o) N curh perciperet. MD perspiceret. — [x) D seul omet maluit. Inattention. — (y) DMPG quum ullam repudians ad numinis conlemplum quemquam exciture N omet ullam, nécessaire.
(A) H omet MD ac numinis melum, = et la crainte de sa volonlé.
(B) La pensée de Salomon peut sembler embarrassée, mais elle s'éclaire par comparaison avec d'autres passages : Les choses ne sont pas si simples que les voit Senamy. Et d'abord Dieu ne nous doit jamais aucune récompense (digression : l'idée est développée inf'ra, VI, p. 612). Qui adore sincèrement un faux Dieu est récompensé de sa bonne intention, mais il ne s'ensuit pas que son action soit bonne. Et ainsi le flottement indifférent de Senamy entre toutes les religions est une position d'esprit insoutenable. Je ne serais pas étonné que Salomon exprimât ici la conviction profonde de Bodin : loi personnelle décidée, qui n'empêche pas la tolérance. En tous cas Salomon, si éloigné de Senamy, tombe d'accord avec lui sur celte question capitale, que toute religion sincère, même fausse, atteint le vrai Dieu. Au texte cité p. 226 noie, ajoutez : Démon , 1, 7, p. 157 et 2, 3, p. 195. Ne sent-on pas là une parenté élroile enlre la pensée de Bodin et celle d'Erasme, que condamnait sur la proposition de Noël Béda la Faculté de Paris, 15 déc. 1527? « Quand Erasme avait énoncé celle proposilion : Celui qui pratique une fausse » religion est plus rapproché de la vraie que celui qui ne croit pas en Dieu, n'était-ce pas l'ex- » pression prudente de la pensée fondamentale du rationalisme formulée par Bayle deux siècles » plus lard : Tout homme qui use honnêtement de sa raison est orthodoxe à l'égard de Dieu? » Feugère, Erasme, Paris, Hachelle, 1874, p. 308.
(G) Source : Lampride, Histoire Auguste, Alexandre Sévère, 28. Quant à l'altitude intellectuelle de Sévère, avec son principal motif, la crainte du scandale et du mauvais exemple, elle est exactement celle de Senamy lui-même. Cf. Hept., V, p. 371 et VI, p. 673.
(Dj « Les victimes des impies sont abominables devant le Seigneur ». l'rov., 15, 8. Ce verset autorise MD impietas.
Chauviré 4
bien que non seulement chacun en particulier, mais tous generallement vescurent dansl'vnion (2) et dans vne extrême pieté et charité réciproque (A).
Curck. — On luy peut donner la louange de bon, prudent el sage Prince, mais non pas de religieux ny plein de pieté sansquoy touttes les autres vertus ne sont rien.
[230] Si-;namy (a) (B). — Si la vertu nestoit rien sans la vraye religion, pourquoy louas estant enuoié de la part de Dieu a Niniue ne lui fut il pas commandé (b) dannoncer la vraye religion? Car il ne leur defïendit point (c) le culte des astres et des idoles pour ambrasser (d) la loy de Dieu, mais il leur prédit la ruine prochaine de celte grande ville dont le Prince (e) & les magistrats estans espouuanlez ils résolurent de faire pénitence, des ieusnes & des processions. Et Dieu vit, dict le Prophète (4), qu'ils quittèrent leurs vices & leur fit miséricorde puisqu'il ne les chaslia pas comme il auoit résolu. Ce qui est encores digne de remarque c'est que ce Prince soubmettant sa raison a la menace du Prophète (C), Qui ausera,dict il,soustenir que Pieu naura pas pitié de nous? Cependant ils ne reconnoissoient point d'autre Dieu que Milhra et Banal, & neantmoins ils ne laissèrent pas d'esprouuer la miséricorde de Dieu qu'ils sceurent fléchir.
Federicu. — C'est a cause de leur pénitence & de leurs ieusnes que Dieu leur fut propice et non pas pour auoir adoré le soleil.
Senamy. — Si les misteres de la religion des Gentils neussent pas esté aggreables a Dieu, pourquoy lorsqu'ils les negligeoient se voioient ils affligés de pertes de leurs fruicts, de mortalité parmy les bestiaux, de pestes, de guerres? Et, au contraire, pourquoy (/*) auons nous veu ceux qui ont eu vu soin particulier de faire des sacrifices aux Dieux, cest a dire (g) qui ont adoré des hommes morts (D) ou des idoles, auoir augmenté en biens, en honneur,
(4) lonas, cap. 3.
(z) MU1PG sed elicun universos inler se el cum republica... conjunxit. N omet et. — (a) MUTEI'GBN Oclavius. M passe une ligne, puis se corrige en un renvoi. Le ins. Nationale n. a. 1. 515 passe celle ligne : Curlius continue à parler, el le lexle devient inintelligible. Tout cela, avec /{ Senamy, marque une corruption ancienne du lexle. — [h) MUTE pervidgare jussus est. l'G visus est. />' schien. N'promulgare nisus est. — (c) MD prohibuil. N deserere jussit. — (d) DN amplecli. M complecli. — (e) N principes. DM princeps, le roi de Ninive {Jouas, 3, ('•) — (f) ND cur [M quid) item. — (g) MD id est. Nl'G oniellenl id est.
(A) MD universos inler se et cum republica... conjunjil, — il fd régner l'union entre les citoyens et aussi entre les citoyens et l'intérêt public. Même expression, supra, p. 219 note.
(B) MD donnent celle réplique à Octave. Elle lui convient : nous le verrons nier, contre les protestants, que les bonnes œuvres n'aient de valeur que par la grâce de J.-C, infra, p. 559 et p. 5G5 note. 11 lui sied donc de conlesler que la vertu ne soit rien sans la vraie religion Mais d'autre part j'accorde une haute valeur au témoignage de 11 (cl\ Inlrod.,; de plus Senamy, indifférent a la l'orme des religions, est, plus encore qu'Octave, qualifié pour soutenir une lelle théorie; el depuis plusieurs pages c'est lui seul qui mène la discussion contre Curce el Salomon, comme il va la continuer contre Federich. Pourquoi lui enlever la parole, pour la donner à Octave, muet depuis si longtemps ?
(C) Contresens. MD princéps edicto rationem subjiciens, = le prince faisant suivre son ordonnance d'un exposé des motifs. En effet, le roi de Ninive ordonne d'abord jeûnes el pénitences, Jotias, 3, 7-8, puis il les molive, 3, 9.
(D) Des hommes morts, les héros divinisés. Je ne crois pas que le loléranl Senamy veuille lancer un coup de griffe aux catholiques el à l'adoration des saints (cf. infra, p. 308 note).
en victoires et auoir estendu les bornes de leurs Empires? Mesmes Polybe (5) 231 assure que l'Empire romain (h) ne sesl iamais accreu dauantage que par la religion. Ce que Ciceron voulant confirmer (i a dicl j fort elegament : ce n'est point par la force que nous auons dompté les Gaulois ny par le nombre dhommes les Espagnols ny par addresse les Grecs ny par finesse les Carthaginois ny par le sens naturel (k) les Italiens, mais appuyés de la religion et de la crainte entiers les Dieux (A). Dou vient que Papinian le plus célèbre (L) des Iuiisconsulles die t (G que la plus puissante raison qu'il eut pour maintenir sa religion esloit que (B) les sacrilices des Dieux ayant cessé a la naissance de la religion chrestienne (/h), les villes et les Republiques par tout le monde commencèrent C de souffrir et d'estre affligées d'vn nombre inliny de malheurs. Et lustin raporte que les Grecs et les Latins ont mis de puissans obstacles a lestablissement du nom (n) chrestien par leur mésintelligence (D) :
.". I.ib. 6 de militari ac domestica Romana disciplina (E). — (6) Leg. Et si quis de religiosis (F).
(h) MDl'G Romanorum (N Romanum) imperium. — (i) N affirmons. MU confirmons. — (j) l'G omettent inquil. — [k) Ml) sensu nalivo, correct : cf. Cicéron. N naturali. — (l) MUTEl'G decus [N Deus) jurisconsullorum. I! die Zierde. — (m) NI'G exoriente religione Christiana (G Chrislianorum), civilales ac respitblicas loto lerrarum orbe ingentibus calamilatibus confliclari cœperunt. MD civilales ac respublicse, nécessaire : sujet de cœperunt. — [n) MD ut Grœcos et Lalinos acerbissimis querelis {N acerbissimas querelas) no mini N numini [?]) christiano objecisse scribit (.Y scribal) .luslinus.
(A) Gic, De haruspicum responsis, 9.
^B) Contresens. MD Quid Papinianus, decus jurisconsullorum : Summa ratio est, inquil, quas pro religione facit. Quœ deorum sacra cum fieri tlesiissent, etc. = Voyez encore le mol de Papinien. Et (dernière preuve), quand cessèrent ces sacrifices aux faux dieux, le monde en pâlit. Il n'a pas ponctué après facit, et tombe dans des erreurs inextricables.
(C) MD confliclari cœperunt. La grammaire voudrait cœplœ sunt ; el Bodin le sait bien, qui écrit : « uljam apud Halos tieri cœptum est », Oratio de inslituenda iuuentule, 155'J, fol. 43 v°. Mais dans ÏHept., il a constamment employé cœpit après l'infin. passif. « Confliclari cœpil », infra, p. 236; cf. pp. 46'J et 530.
(D) Faux sens. MD acerbissimis querelii nomini christiano objecisse, = ont fait entendre de vives plaintes contre le nom chrélien. Cf. B : die biltersten Klagen gegen das Chrislenlhum erhoben haben. Justin Martyr (lre éd. : R. Eslienne, Paris, typis regiis, 1551; Irad. latines de Joachim Perionius, Paris, J. Dupuys, 1554; de Sigismond Gelenius, Bâte, Froben, 1555, que j'ai vue; de J. Langus Silesius, Bâle, 1565, etc.) proleste contre les infamies, cannibalisme, luxures bestiales, qu'on imputait aux chrétiens, en les accusant d'allumer ainsi la colère des Dieux, Apologia ad Antoninum l'ium, 1, 26. De même Aug. ouvre le De civ. Dei en montrant que le christianisme n'est eu rien la cause du sas de Rome par Alaric, et qu'il est faux que les chrétiens, par leur impiété, portent malheur au monde romain. On voit aussi les Pères très préoccupés de combattre une idée voisine : à savoir que la religion païenne a fait la grandeur de Rome. Cf. Aug., o, c 1. 3 tout enlier ; Tert., Apol., 25.
(E) « Mais ce qui a le plus contribué aux progrès de la Rép. romaine, c'est l'opinion que l'on » y a des dieux; el la superstition qui est blâmée chez d'autres peuples est à mon sens tout ce » qui la soutient... S'il était possible qu'un État ne fût composé que de gens sages, peut-être que » celte institution n'eùl pas été nécessaire. Mais comme le peuple n'a nulle consistance, etc., il » a fallu le retenir par tout cet attirail de Actions effrayantes ». Polybe, 6, 9. Ce passage avait vivement frappé Bodin; cf. Rép., préface, p 3.
(F) De deux copropriétaires, l'un veut enterrer un mort dans leur commun bien, l'autre s'y oppose. Le premier l'emporte : « Nain propler publicam ulililatem, ne insepulta cadavera jace- » renl, strictam ralionem insuper habemus, qua> nonnunquam in ambiguis religionum queestio-
o2 JEAN BODIN
pour les (A) sauuer duquel reproche on croit que S. Augustin s'aduisa de composer ses liures de la cité de Dieu afin de garantir les clirestiens de l'iniure (o) qu'on leur faisoit a tort ou auec raison en les accusant de mespriser généralement tous les Dieux.
Salomon". — Ce fut la dispute (B) des Israélites soubs la conduicte de Ieroboam qui leurauoit faict oublier Dieu pour adorer le soleil et les astres (Oj. Depuis que nous auons cessé de leur offrir des sacrifices, disoient ils, tout bonheur nous a abandonnés et nous nauons souffert [232] que desastres et calamités (C). Et ce qui est extrêmement remarquable cest que tous ceux qui ont pillé les temples de Dieu ont tous pery misérablement (7). Car non seulement (p) Flaccus, Antiochus le noble, Menelaus, M. Crassus, Ilerode & Gabinius qui ont enleué (q) les trésors du temple de Ilieruzalem, mais aussi Q. Capio consul, Brennus, les sacrilèges Phocens.'S, Achas (D) et (r) tous les autres qui ont destruict les temples des démons ont tous finy par des euene-
(6) Hyerem., cap. 7. — (7) Iosué c. 7. lustin Historicus. Strabo. Cicero pro Flacco (E).
(o) N a gravi Ma contumelia. MD ab is la gravi conlumelia. — (p) MD neque enim solum {N solus, impossible : il y a plusieurs personnages). PG omellenl neque enim solum. — (q) N expilaverat, incorrect. MD expilarunt. — (r) ND cœlerique. M omet que : inadvertance.
» nibus omitli solet. Nam summam esse ralionem quae pro religione facit ». Digeste, 1. 11, lit. 7, 43, Réponse de Papinien (L. 1, col. 1230). Vola encore une de ces formules juridiques dont Bodin aime émailler ses discussions. Cf. Rép., IV, 7, p. 455.
(A) Les chrétiens : syllepse.
(B) MD querela, = la plainte.
(C) Salomon explique que même Israël, tombé avec Jéroboam dans l'idolâtrie, souffre des calamités, dès qu'il se relâche de son culte, fût-ce des faux dieux. Jérémie, 7, se plaint de l'idolâtrie où est lomhé Israël. Quanl à lu citation si intéressante qui suit, Bodin n'en donne pas la référence, et j'ai lu III et IV Rois, II Parai., sans la Irouver; comme elle n'est pas littérale, les Concordances ne peuvent ici m'aider.
(D) Q. Servilius Caepio, consul, envoyé contre les Cimbres, pilla un temple à Toulouse, fut ballu, destitué, et mourut en exil. Cet aurum Tolosanum était le fruit de pillages antérieurs des Gaulois qui avaient dépouillé les temples grecs, et il avait déjà valu une épidémie de peste aux sacrilèges Tectosages, Justin, 32, 3. Qu'il lui passé en proverbe, Cic, De nat. deor., 3, 30, le prouve. — Brennus et les Phocidiens avaient tenté de piller ou réellement pillé le temple de Delphes. — Achas avait dépouillé le temple de Salomon pour orner l'autel d'une idole, IV Rois, 16.
(E) Josué, 7 (Achau lapidé pour avoir dérobé de ranalhème de Jéricho). — Antiochus tué à l'assaul du temple de Jupiter d'Elymée, Justin, 32, 2. — Même récit dans Slrabon, 16 (éd. Is. Casaubon, Paris, lypis regii-;, 1620, in-fol., p. 744 U). — Cic, pro Flacco, 28, défend Flaccus du reproche non d'avoir pillé le temple, mais d'avoir interdit l'importation qu'y faisaient de leur or les juifs du monde entier. Mais pour moi — corruption ancienne des mss., ou négligence de Bodin : on verra inf'ra, passim, qu'il en est très capable — il faut lire : Philon, In Flaccum seu de Providentiel. Ce Flaccus esl le cruel gouverneur de Judée sous Caligula, dont parle aussi Josèphe et dont Philon conte les exactions, les cruautés, la fin. Pour l'autre Flaccus, Cic. ne parle pas de sa mort, et je n'ai rien pu en savoir. Une confusion s'établit dans le souvenir de Bodin entre les deux Flaccus, et il cite, au petit bonheur, Cic, Pro Flacco au lieu de Philon, in Flaccum, sans vérifier. — A. Gabinius, gouverneur de Syrie en 57 av. J.-C , détrôna Arislobule et se signala par ses pilleries. Accusé de concussion à son retour, il lui condamné malgré la défense de Cicéron, el péril misérablement à Salone, en combattant les Illyriens, 46.
mens très funestes. Don les anciens vsoient (s) en prouerbe du mot : Aurum Tolosanum, or tolosain.
Salomon. — Il est très estroictement deflendu par la loy de Dieu (8) de ne rien emporter a peine de la vie qui soit consacré aux idoles, ou parce questant consacré aux idoles cest comme s'il esloit consacré a Dieu, 0.1 parce que les Démons pour se vanger des voleurs qui leur ont pris quelque chose les poursuiuent (t) et les dénoncent (A), ou parce que les larcins des idoles (B) sont cause (m) quelquesfois qu'on les adore (9) comme Dieux pénates ou domestiques. *■
Octaue. — Pour moy ie liens que celluy qui nest pas dans la vraye religion et qui mesprise les faulses diuinitez quil prend pour vrayes (u) est coulpable de la dernière impieté comme a esté l'Empereur Caligula (1) qui disoit des iniures a l'aureille de Iupiter Stator, et demandant a baiser la figure de Vesta la iettoil par terre (x). Cependant au bruit du tonnerre il ny auoit pas de cauerne assez creuse pour le cacher.
Federich. — Cest ce que font tous les sorciers quand ils foulent aux pieds les hosties consacrées auec les mots vsitez (y) (C) ou quand ils les donnent a manger aux crapaux (z) ou bien quand ils percent auec des flesches des images de Iesus Christ (D) comme voulans faire iniure a Dieu qu'ils le croient
(8) Deuteron,xap. 7; Leuitic, cap. vltimo; Iosue, cap. 7 (E). — (9) Gènes., c. 32; Iudicum c. 18 (F). — (1) Tranquill. in Caligula (G).
[s) N Inde aurum Tolosanum velerum proverbio usurpalum. MDl'G proverbio veteribus usurpation. — [t) N ubique. MD ubi ubi. — [u) Nvelquia idolorum furtum faciunt interdumulpro IH>s laribus colantur, difficilement, explicable MD furlafiunt inlerdumut, etc. — (v)Neumqui et verum religionem et falsa numina, qu;e }>ro verts habeniw; con/emnit. MDTEPG Leyser eum qui nec veram religionem habel, et falsa numina, qusepro veris habel , contemnit. fi traduit .1//'. — [x) Ml) ad solum. N ad terram. — [y) I) hestias exadoreo (MEGH Leyser exadorea. 77' exudorla, N exadoratas) verbis ritualibus consecralas [N omel consecrulas) proculcant. — (z) MDN aul rubetas eo ci'>o pascunt. Leyser e cibo pascuntur (?)
A Faux sens. MD vel quia dsemones ullores res suas a furibus ubiubi vindicant & condicunl, --— soil parce (jue les démons réclament et, revendiquent leur propriété à leurs voleurs, si loin que ce soit.
(Bi MD vel quia idolorum farta fiunt. Gén. objectif : le vol qu'on fait des idoles.
(G) De tous les textes, également barbares, des mss., 1) exadoreo est le plus aisément explicable Lisons ex adoreo, = les hosties de pur froment. B omel ce passage. B n'a pas traduit ce mol, sans doule aussi embarrassant dans son texte que dans les nôtres.
I) La Démon, esl farcie de tels sacrilèges : hoslies données aux crapauds, 2, 8, p. 295 et 4, 5, p. 417; ou aux ânes, 2, 8, p. 292; sorciers qui tirent des flèches au crucifix, 2, 8, p. 303, ou lui cassenl les cuisses, Réf. de Wier, p. 589.
E Dieu ordonne l'extermination totale des Ghananéens, Deul., 7, 1-5. Il indique le taux de radial des biens voués, Levit., 27 Lapidation d'Achan, .losué, 7 (cf. supra, p. 232, note E).
1" Genèse, 32 esl inexact. Jacob el Bachel, en s'enfuyant de Mésopotamie, voient les idoles de leur père Laban; Jacob les enterre par ordre du Seigneur, Genèse, 31, 19 sqq. et 35, 4. Les fds de Dan ravissent l'idole de Michas et s'en font un Dieu, Juges, 18, 15-31.
li Suétone, Caligula, 22. L'anecdote de Caligula outrageant Jupiter el Vesla est courante dans Bodin pour montrer que» celuy n'offense pas gueres moins qui fait quelque chose en despit » d'vne pierre ou autre maliere qu'il pense eslre Dieu que celuy qui blasphème le vray Dieu » éternel ■>. Démon., Rëhû. de XYier, p. 591. Cf. ibid., 2, 2, p. 179: el Duplessis-Mornay, o. c, 1,15 — Voyez aussi Sénèque, De ira, 1, 16.
estre (a), auxquelles actions ils confessent auoir esté induicts par les démons [233] qui ne les inciteroient point a de telles choses s'ils ne sçauoient point que les sorciers croient que ces hosties sont des Dieux (A).
Senamy. — Qui doubte donc que la religion payenne n'est pas aggreable a Dieu, puisque les Démons s'efforcent (b) de persuader de l'auoir a mespris et qu'ils taschent mesmes d'anéantir touttes les religions ?
Cohoni. — le croy que tout le monde est persuadé qu'il est mieux de s'arrester a vne faulse religion que de non auoir point du tout. Comme de tous les gouuernements (c) (Bj il n'y a point de pire que l'anarchique ou personne ne commande et ou personne n'obeït, et ou l'on ne recompense ny ne punit on personne. Mais (d) il ny a point de superstition quelque grande qu'elle soit qui ne puisse retenir les meschants dans leur debuoir par la crainte d'vne diuinité et leur faire obseruer en quelque sorte la loy de la nature (e) quand on leur a persuadé que les chastimens soit préparés pour les vns et les recompenses pour les autres par un iugement diuin. Cest en quoy (/") le détestable (g) Epicure a fait vn crime irrémissible en ce que voulant oster (h) toutte crainte de la diuinité il semble donner l'entrée (i) a touttes sortes de vices (Ci et les moyens de pécher auec impu-
ta) MDPG quasi cleum, quem (Ar insère etiam Deum) esse arbilrantur, violaturi, — (b) N conantur. MD conentur. — (c) MD de omnibus rerum pub li arum qeneribus. N gentibus. — (d) MD at. N sic (corrélatif de ut qui précède). — (e) MDATEPG et naturse legem quodamr modo tueri non possit. B liaduil Ml). N lege (?). — (/"} MDN Et. quidem in eo. Leyser Et quid in eo (?). — (g) MDI'G capitalis (N capite) Epicurus inexpiabile scelus admisit. — [h) MX radicitus. D radicibus, inadvertance.— (i) MDl'H aditus aperuisse. N aperire.
(A) Bodin a répélé sous toutes les formes celle idée si inléressanle : « Ceux qui blasphèment » ce qu'ils pensent estre Dieu blasphèment Dieu ayant esgard a leur intention et qui sonde les » cœurs et les volunlés des hommes. » Démon., 4, 5, p. 477. « Le pariure est plus exécrable que » l'athéisme, d'autant que l'alheïsle qui ne croit poinldeDieu neluy l'ail pas tant d'iuiure ne croyant » point qu'il y en ail que celuy qui le sçail bien et le pariure par moquerie ». Rép., V, 6, p. 558. Cf. sur les sorciers qui renoncent leur dieu, vrai ou faux, mais en tout cm cru vrai, Démon., 2, 4, p. 218. — Cette proposition esl l'inverse — el la parallèle — de celle exprimée p. 228 L'idolâtre sincire est agréable au vrai Dieu; qui renonce sincèrement son dieu, même faux, est exécrable au vrai Dieu. EL ce sont là des corollaires de la proposition centrale : le péché est dans l'intention. Mais est-ce trop en tirer que de dire : toute pri're ou tout blasph 'me oulrage ou louche le vrai Dieu; il esl vraiment dans l'idée vraie ou fausse que nous nous faisons de lui î dans le dieu que nous nous créons à l'aune de notre conscience il y a toujours du divin; el renoncer noire dieu, aimer notre dieu, c'est aimer, renoncer le divin? Peut être vais-je trop loin. Mais comme il esl facile de passer des thunes de VHept. à ces propositions presque renaniennes! Et n'esl-ce pas là de Bodin le plus bel éloge?
(B) N gentibus esl une faule cerlaine, puisque N même continue nullum (se. genus) perniciosius est, etc. Cette phrase de VHept. se retrouve à peu près textuellement Rép., IV, 7, p. 456. Cf. Hept., V, p. 354 : « Quelque grande que soit vne superstition, elle est tousiours plus a esli- » mer que l'athéisme, parce que celluy qui esl retenu par la superstition demeure en quelque » façon dans son debuoir & garde au moins les loix du nature : mais l'athée qui ne crainL que le » iuge et le Lesmoin tombe facilement dans toutes sorles d'abominations ». Melhod., V, p. 59 : « Superslilione praeslal quam impietale obligari, & l'alsam quain nullam babere religionem ». Dém., 2, 4. p. 218. C'est donc une idée invétérée chez Bodin que morale et sociabilité sont inséparables de la religion.
(C) Sources probables de Bodin : Cic, De nal. deor., 1, 41; Plularque, Qu'on ne sçauroit viure iogeusement selon la doctrine d'Epicure, 25.
nité (j). Aussy les pontifes du royaume de Narsingue aux Indes meltent dans les temples des images des Dieux et des diables monstrueux et difformes (A) a lin d'espouuanter les meschants et les forcer par la crainte a s'abstenir de mal faire.
Fedekich. — Quand nous accorderions que ceux qui de bonne foy suiuent vue faulse religion sont excusables d'vne erreur qui a quelque sorte de Justice (B), peut on trouuer auec équité quelque excuse légitime pour l'impiété (C) 234 puisque le valet ignorant (A) qui ne faict pas les commandements de son maistre est battu comme le malicieux?
Senamy. — Guy si nous nous arreslons aux parolles de S. Luc. Mais ou est le iuge inique, le tyran cruel & le prince desraisonnable qui fasse punir de mort ses subiects pour a noir transgressé (/) des ordonnances qui (m) ne leur ont pas esté conneues?
CuiiCE. — Quand les loix humaines sont publiées, si chacun les doibtsuiure(2)
(±) 1. Leg. C. de Legibus.
(,/) Ici tous les mss. latins de Paris el N répèlent la phrase : Ut enim de omnibus rébus publiais, comme de tous les gouuernemenis, jusqu'à j>ar vn iugement diuin. J, qui essaye d'interpréter, au lieu de la supprimer, celle interpolation évidente, conjecture, corrige cl devient absurde. Cf. Introduction, p. 15, note. B supprime celte phrase interpolée, /{ aussi. — [le, MD servus ignarus N ignavus. — [l] MD violentes, erreur. X violantes. — (m) MN principis edictà quœ... U qui, inadvertance.
(A) « Hommes [Narsingarum] superslilïone dirissimi confliclanlur : unum lamen summum » Deum esse contitentur, pênes quem aiunl esse summam rerum omnium poleslatem. Templa » prol'usis sumplihus aedificant, quœ lamen, ut alia Indiae templa, monstrorum alque prodigio- » rum simulacra conteguut : qnibus divinos honores habent ». Hiéron. Osorii Lusitani De rébus Kmmanuelis régis Lusitanise virtute et auspicio gestis, Coloniae Agrippiuse, Arn. Birckmann, 1574, ï ii S (Nationale 0 B 34), 1. 4, fol. 136 a. On voit avec quel sans gêne Bodin sollicite ses auteurs. Les gens de Narsingue ne croient qu'en un Dieu ; et je n'ai trouvé nulle part dans Osorio l'explication que lui attribue Bodin : a fin d'espouuanter les meschants, elc.
(Bi MD juslo errore excusari, = ont pour les excuser la bonne foi de leur erreur.
<; Par impiété, n'entendez pas l'athéisme : l'athéisme n'est pas une doctrine, c'est un crime; il n'a pas de champion dans Yllepl., el Senamy lui-même déclare les athées « meschans el detes- Lables », inf'ra, V, p. 350. El supra, 1, loi. 4 de D, il attaquait violemment non seulement les athées, mais les Épicuriens qui admettent des Dieux, mais non la récompense ou la punition de l'âme dans une autre vie : « Multos Deorum eoulemplores, plures eliam qui nihil a belluis nisi » figura differrenl, Epicuraeum lamen reperi neminem, id est qui Deos uullà prœmiorum spe reli- » giose coleret, qui frugilissime ac lemperalissime viveret », elc. Quant à Bodin, comme son mailre Platon, Lois, X, et comme Aristote, il estime que l'athéisme doit être non raisonné, mais châtié, « pœnis esse, non arguments refellendum », 7'/;., dédie, p. 5; liép., IV, 7, p. 454, et VI. l,p. 5'JO. Cf. Duplessis Mornay, o. c, II, p. 223 sq. Que faut il donc entendre par impiété? Toute religion qui n'est pus la vraie, c'est-à-dire celle de Federich. Ainsi l'entendait déjà Curce dans le passage concluant : « Ingérons nous pour cella droictes touttes les actions qui procèdent » d'vne volonlé droicte et sincère? Cerlainement non, il y auroil trop de confusion de pieté auec » Viiniàelé », supra, p. 227. Une religion fausse, même sincèrement pratiquée, voilà donc l'impiélé. Et alors, voici le raisonnement de Federich : admettons que la bonne foi dans Terreur soit une excuse; mais qui peut à l'hérésie (impietali) prétendre cause légitime d'erreur? Personne. Car il est écrit : « Le servileur qui aura su la volonlé de son mailre et qui néanmoins ne se sera » pas tenu prêt sera battu rudement. Mais celui qui n'aura pas su sa volonlé & qui aura fait des » choses dignes de châtiment sera moins battu ». Luc, 1?, 47 sq. — Faute d'avoir bien entendu impietati, B corrige par pielati et devient inintelligible.
sans en pouuôir prétendre cause d'ignorenee (a) (A), a plus forte raison les loix de Dieu estant annoncées (o) par tout l'vniuers depuis tant de siècles personne n'aura subiect de les ignorer (p).
Sknamy. — Mais (q) si les loix sont contraires (r) aux loix & les législateurs ennemis les vns des autres, si la religion combat contre la religion & les pontifes contre les pontifes, que feront [s) de malheureux subiects (B) qui d'vne secte [sont] attirez (/) dans vne autre (a)?
Tokalbe. — Dans vne si grande ditiersilé de loix et de religions qui sopposent les vnes aux autres, il fault chercher quelle est la meilleure et la vraye, et quand on l'aura trouuée il sera bien aysé de connoistre celluy qui sera excusable (v) par son ignorance (x) ou coulpable par sa malice (C).
Fedehich. — Qui doubte que la religion chrestienne n'est pas la vraye ou pluslost la seule?
Octaue. — Presque tontte la terre, toutte l'étendue de (y) l'Asie, presque toutte l'Affrique, la plus grande partie de l'Europe. Et parmy cette infinité de sectes (z) chacun croit que la religion qu'il ayme le mieux est la plus belle et la plus excellente.
Cuhce. — Il ne fault pas chercher la meilleure religion dans la multitude des [235] peuples, mais dans la force des raisons que Dieu mesmes a prescriples, car il ny a que Dieu qui sçache et l'homme ne peut seulement qu'opiner (D).
Cokoni. — Puisqu'insensiblernent nous sommes tombez sur la contestation des religions, auantque de passer plus outre, il fault sortir de la question qui fut hier proposée (Ej assauoir s'il est permis a vu homme de bien d'entamer cette matière.
Tokalbe. — Il me semble que Platon (3) a très sagement dit qu'il est bien
(3) In Timrco.
(n) MU nec juris ignoratione quisquam excusatur (N ignorantia quemquam excusai). — (o) MD pervulgala (lege). N promulgata. — [p] MD ignorai ionem . N ignorantiam. — {q) MU Quid, si. N Quodsi. — (?•) MN leges legibus contrarias. U contraria. — (s) MD faciant. N f'acient. — (l) MD distrahanlur. NI'G distrahuntur. — (u) MD in sec/as alii ab aliis. N in sectas alii alias. — (v) MDPG excusare possit. N poterit. — [x) N ignorantiam. MD ignorationetn. — (//) ND Asia quanta est. M quanlaquanta est. — (z) Nex infinila sectarum diversilate. MU et in infinila sectarum varie tate.
(A) « Consliluliones principum aec ignorare quemquam nec dissimulare permiltimus ». Codicis sacraliss. Imperaloris Justiniani lib. 1, fit. 18, De Juris el facli ignoranlia, 12 (t. 1, col. 256). Cf. ibid., I. 1, tit. 14, De leg-'ib. et cunslilut. principis, 9 (t. 1, col 221). Voyez supra, p. 227, note.
(B) MD miseri subditi. Bodin est de son temps. Les sujets, pour lui, suivent la religion de leurs princes : c'est l'esprit de tous les traités, après chaque prise d'armes. Mais ils n'ont pas droit de se faire une conviction personnelle. Bodin, se demandant quels hommes ont le droil de rechercher la vraie religion, réservera ce droit aux prêtres el aux savants, infra, V, p. 357 sqq.
(Gj Faux sens. MD illud compertum & exploralum eril, quisnam ignorantiam aut animi morbum excusare possit, — on aura du môme coup trouvé qui peut alléguer comme excuse l'ignorance (s'il n'a pas connu la vraie religion) ou la folie (si, l'ayant connue, il l'a repoussée).
(D) Opiner, opinion, dans le sens de sentiment conjectural, sans fondement certain. Latinisme. Cf. infra, p. 244, el surtout VI, p. 591, note.
(E) Supra, III, p. 207.
malaisé de trouuer le Père de toultes choses & que c'est vn crime (A) i quand on l'aura trouué) de le dire (a), non pas a la vérité que ce soit vn crime de le publier, mais, comme plusieurs croyenl, que Ciceron qui a expliqué Platon a dict pour l'adoucir qu'il y a impossibilité de l'exprimer (B). Ainsi qu'Horace en a vsé en se semant du mot nefas qui signifie crime pour dire impossible :
Tu ne quaesieris, scire nefas, quem mihi, queni tibi Finem Dî dederint.
Ne cherche point, car il est impossible de sçauoir quelle fin les Dieux nous donneront. Parce que (C) le vulgaire ne sçauroit souffrir la splendeur des choses esleuées auec des yeux troubles, ou, si quelqu'vn y pénètre, il ne peut pas auoir assez d'éloquence pour exprimer dignement les secrets de la maiesté diuine, mais il fault nécessairement qu'il y fasse mille faillies. Et pour cella Platon (i) en traittant des anges qu'il appelle partout des Dieux : Ne discourons point (6), dict-il (D), ie vous prie, des Dieux, parce que ie n'en puis parler qu'en tremblant (c). C'est pourquoy il [236] est plus expédient de s'en taire (ainsy qu'il le conseille) [d) que de parler légèrement de la chose du monde la plus saincte ou n'en parler pas assez dignement
Salomon. — Iay tousiours aussy trouué très dangereux (e) de discourir de
(4) In Cratylo.
(a) MDATE id est : xbv u.èv oùv Tzxxipy. toû os tou ttxvto; eôpecv T£ epyov /,%'. eûpôvtx sic tAvtxç, àouvxTov XÉveiv. A' supprime id est, écrit izxtî^x tou 7r*ivro;, etç Trxvxa, fautes. — (b) MDI'G Per Ueos, inquil, sermonem (S quœstionem) de Diis cohibeamus. — (c) MTEPGIi citent ici le grec Al) omettent Ttpb; 9ewv. — [d) NB omettent ut ille monet. — (e) N de religione sermonem serere periculosum Ml) de religionibus sermones serere periculosissimum.
(A) Platon était, dès le xve siècle, devenu très accessible, par les travaux de Marsile Ficin principalement. Sa célèbre trad. latine (Venise, 1491) est fréquemment rééditée au xvie siècle, par exemple à Paris, Josse Bade et Jean le Pauvre, 1533, in-fol. (avec des notes de Simon Grynée) et à Lyon, Ant. Vincent, 15i7, in-fol. Surtout Bodiu a pu lire l'excellente édition d'il. Eslienne, s. 1 , 1578, 3 in-fol., en grec et en latin. — Voici le passage cilé : « Quant au créateur et pore de » ce Tout, il est malaisé de le trouver, et, si on l'a trouvé, impossible de l'exprimer à tous ». Timée, 5 (éd. U. Eslienne, t. 3, p. 28 c). Ce passage est d'ailleurs de ceux qu'on voit le plus fréquemment cité dans les philosophes et les Pères : Gic, De nat. deor., 1, 12; Apulée, De dogmale Plalonis, 1, ad init.; Origène, Contra Celsum, 7, 42 (Migne, t. 1, col. 1681); Terlullien, Apotog., 46; Duplessis-Mornay, De la vérité de la religion chrétienne, 4, p. 63; tous ouvrages très lus de Bodin. — lî fait faux sens en écrivant : c'est vn crime.
(B) R n'a pas compris l'intervention de Cicéron ici. Bodin, avec sou goût indiscret pour l'érudition, rappelle la traduc'ion par Gic. de ce mot de Platon : « Àlque illum quidem quasi paren- » le m hujus universilalis invenire difficile; et cum jam inveneris, indicare in vulgus nefas». Ex Platone Timœus, 2. El il indique que Gic. a entendu en employant nefas signifier non pas crime, mais impossibilité. A l'appui, il c te dans Horace, Od., 1, 11, ad Geuconoen, un emploi analogue du mot nefas. « Von que ce soif un crime de l'exprimer, comme plusieurs entendent la Iraduc- » lion de Platon faite par Cicéron; Cicéron a employé nefas pour ne pas tomber avec impossibile » dans la mauvaise lalinilé. Ainsi Horace », clc ..
(G) Ici, abandonnant son commentaire sur le sens de nefas, Toralba reprend la discussion antérieure sur L'impossibilité d'exprimer Dieu, même pour ceux qui l'ont trouvé. Cf. un plus ample développement de cette idée infra, V, p. 176 sq.
(D) 'Vjy. [xàv ouv Ttov Oîwv rcpb; 6£wv y.tzxk\,j.y5>\].iv ■ w; syœ SsSoixa irspt ïutwv 8ia- ÀÉyeaOjci. Cratyle, 23 (éd. H. Eslienne, t. 1, p. 407 E).
la religion, tant par ce que iestime que rest vn grand crime que de ne parler pas de Dieu auec assez de reuerence que par ce que celluy la nest guieres moindre de retirer quelqu'vn de la deuotion (/) (À) ou il a créance et par des arguments de le rendre chancellanl (g) dans sa religion a moins que d'estre asseuré de le rappeller dans vne meilleure. Sans conter combien les euenements et les suittes en ont tousiours (B) esté funestes quand on a tasché de faire changer de religion a quelqu'vn sans y auoir reussy, dontquoy qu'il y ait beaucoup d'exemples ie nen ay point de plus considérable que celluy de Florus qui commandoit en Iudée pour les Romains. Nostre grand Preslre auoitfaict amitié auec luy si estroicte qu'il creut estre obligé de l'instruire de nostre religion et luy faisant abandonner ses idoles l'induire au culte du vray Dieu : ce que nayant peu luy persuader ils feurent si grands ennemis que loutte nostre nation commencea de la a estre si mal menée par longues et cruelles guerres qu'elle en perdit sa liberté et feut enlin chassée du patrimoine de ses ancestres (C) par les Romains (h).
Senamy. — Quoy (D) qu'vne nouuelle religion soit meilleure et plus vraye qu'vne ancienne ie ne voudrois pas pour cella la publier, par ce qu'il me semble qu'elle n'apporte [231] point tant de proffict, qu'il y a de mal a déraciner vne ancienne créance qui mespiise la nouuelle (E) laquelle semble vouloir diminuer la crainte des Dieux si nécessaire parmy les hommes. Comme si quelqu'vn a cause de la vieillesse d'vn bastiment qui tombe vouloit changer les pierres angulaires, [il] ne feroit rien qui vaille (F). Les changements de reli-
ai N cuiquam pietalis opinionem, qualiscunque etiam sit, eripere. MD omellenl eliam. — [g) MD (religionem cujusquam)in dubium revocare. Nvocare. — [h) N (gens nostraja Romanis opprimeretur. MD opprimerentur.
(A) Omission importante. MD qualiscumque sit. Même idolâtre, une religion est précieuse. Essayer de la modifier est dangereux. Cf. p. 237.
15; Non : souvent. MD Omillo illud, quod mullis exilio fuit, cum, etc. — Huant à l'histoire de Florus, gouverneur de Judée, et du grand-prêLre, j'ai vainement cherché où Bodin l'a prise.
(C) H omet MD dura servitute opprimerentur.
(Dj Inexact : MD Ut religio nova melior ac verior sit velere, — à supposer qu'une nouvelle croyance soit meilleure et plus vraie que l'ancienne. Remarquez -le, ce langage implique que l'excellence et la vérité des religions est graduelle, et par conséquent relative.
(E) Contresens. MD quia non tantum ulilitalis allatura videfur nova religio quantum ex ipsius novitalis contemplu detrahitur de pielate veleri, = parce que la religion nouvelle ne semhle pas apporter un avantage comparable à la diminution que subit l'antique piété du seul fait du changement. Cf. B p. 47.
(F) Inexact. MD ut si quis œdificii sua velustate caduci lapides angulares mutare velit, temere feceril, = comme à une maison qui tombe de vieillesse changer les pierres d'angle est une imprudence. L'esprit tradilionnaliste et conservateur de Jean Bodin éclate ici en religion, comme ailleurs il éclatait en politique. 11 prémunissait le prince contre le danger des guerres de religion, Bép., IV, 7, p. 454. « Et d'autant que les atheïsles mesmes sont d'accord qu'il n'y a » chose qui plus maintienne les estats et republiques que la religion... il faut bien prendre garde » qu'vne chose si sacrée ne soit mesprisée ou reuoquée en double par disputes ». Jbid., p. 405. D'ailleurs la question que Bodin envisage ici est plus politique que religieuse : il s'agit non de la croyance individuelle des âmes, mais de la confession collective des sujets et de son influence sur la paix sociale. Or, même eu politique pure, le fait d'avoir existé, vécu, duré, est une preuve en faveur des institutions, et Bodin blâme « ceux qui voudroyenl changer les loix ia » receues, que les subiects doyuent trouuer belles en chacune Bepublique », ou qui ont « désir » d'altérer Testât des Républiques ia establies et qui ont pris leur ply par longue succession
gion ont encore quelque chose de plus dangereux dans la suille par ce que Ion ne voit que boulleuersemenls (i) d'estats, des guerres, des pestes, des famines, et des gens possédez par les démons
Coroni. — Certainement ces malheurs accompagnent presque tousiours les changements de religion (j), cest pourquoy iestime qu'on ny peut pas apporter trop de circonspection (A).
Ocïaue. — Est ce a cause que, par l'ancienne religion qu'on veut arracher de l'esprit et par le mespris d'vne nouuellc qui nest pas cncores conneue, les hommes vacillent entre le vrav et le faulx et dans cette conjoncture ont accoustumé de chasser (k) de leur esprit toutte sorte de pieté? et cest lors que les Diables (B) les maltraitent et les obsèdent (/).
Salomon. — Dans cette incertitude il ny a point de remède plus puissant que de demander a Dieu par des prières continuelles qu'il nous conduise dans le bon chemin.
Federicii. — Entreprendre de parler des religions en public et den donner la preuue nest pas moins dangereux que criminel si ce n'est qu'on soit en [238] estât de se faire escouter (C) par la volonté de Dieu comme Moyse ou par la force des armes comme Mahomet. Mais entre des gens letlrez & en particulier iay tousiours creu quil estoit très vtile de rechercher (m) les misteres diuins et de se les faire, expliquer (D). Ainsy que iay souuent tasché d'attirer nostre amy Salomon dans celte dispute, sans fruict par ce que peut estre il craint que ie ne le force de changer (n) de religion. Ainsy dict on que les aspics se bouchent les deux oreilles de peur destre séduits par les charmes des sorciers.
[Salomon gardant le silence, de peur, interprète Toralba, d'offenser ses amis par la vigueur de sa défense, Coroni l'assure que leur amitié n'en sera pas atteinte. Mais, répond Salomon, si l'Ecriture ordonne la lecture publique de la loi, elle en défend la discussion (cf. I»ép., IV, 7, p. 454); et votre religion à chacun vous interdit de vous laisser convaincre. Nouvel assaut de politesse. (239-241)].
(i)MD mutationem relir/ionis sequuntur fere conversiones (lierumpub.J Nsequatur... conversio. — [j) M Hœc certe mutationem relit/louis publiées {U publiée, inadvertance) incommoda fere sequuntur. S incommoda publica.— h, \ll> exuere. Neruere. — (lt MU et exerceri et (N uc) obsideri soient. — [m) Ml> inquirere. Ningerere. — (n) MD de suscepla religione decedere. N discedere.
« d'années », Flé/i., IV, 4, p. 405. Cf. mon Jean Bodin, IV, 3, 2. Et même en religion pure, pour fonder, en dehors de toute arrière pensée politique, sa foi profonde, l'anliquilé est une preuve capitale. Infra, p. 2G6 note.
(A) Contresens. MD cujus causas non satis persjieclas habeo, ^j'en démêle mal la relation de cause à effet.
(13) Les démons, ennemis des religions, cherchent à les détruire toutes pour s'emparer des âmes désormais non protégées. Cf. infra, pp. 255 et 258.
(C) D'écraser la résistance de la populace récalcitrante, MD plebem renilenlem cogère vi, soit comme Moïse, avec l'aide de Dieu {Exode, 32, 27 sqq.), soit comme Mahomet par l'épée (cf. infra, p. 342 note. Sur le droit qu'on a de contraindre la plèbe en matière religieuse; sur le danger des prédications populaires et la légitimité des discussions privées entre savants, cf. supra, p. 234 note B, et infra, V, p. 357 sq.
(D) Inexact. MD res divinas inquirere et expliçare, — approfondir et développer les problèmes religieux.
60 JEAN BOD1N
Comme Salomon resuoit (h) la dessus : Senamy en le (?) regardant prit la parolle et dicl (/') : Il y a long temps que par délibération du Sénat de nostre République de Sienne il est permis de tenir académies pour les leçons publiques a la charge (k) neantmoins de ne point (/) mettre en controuerse les matières diuines ny les constitutions des Papes (m).
Octaue. — Les Turcs & les Persans ont aussy deffendu par leurs ordonnances de disputer de la religion (n), ce que pratiquent aussy les Moscouiles (A) : et les Princes d'Allemagne dans rassemblée d'Augsbourg après de funestes et longues guerres feirent deffenses ^242] a tous les Catoliques et Prolestans de la confession d'Augsbourg de plus auoir aucune contestation entre eux sur le faict de la religion (B) : lesquelles (o) deffenses ayant esté violées par vn seul malheureux a qui il en cousta la vie, les séditions ont depuis cessé et Ion nen parle plus a présent (p).
Federich. -- Cependant les disputes dans les escholes publiques ne sont point deffendnës es vniuersitez puisque mesmes (Ci les théologiens de semblable créance et de mesme religion sy exercent.
CuacE. — Cest par cette ruse pour ne pas dire impieté que Mahomet reconnoissant comme les fondemens & arcboutans de sa doctrine se pouuoient facilement sapper s'ils cstoient attaqués [q) par les machines de nos raisonnemens a defîendu (D) sur peine de la vie que personne ne disputast iamais (r) sur sa loy.
Octaue. — Nous auons vne semblable ordonnance de l'empereur Iustinian qui (s) deffend de disputer publiquement(P>) de la Trinité & de la foy catholique.
(6) In codice Iustiniani (E).
(h) MD hsesisset. N hsesitasset. — (i) MDPG illum. Neum. — (j) .Vomel inquit. — (k) MDPG eu tumen lege. N tege posila. — (l) MDA TEGBN Leyser ne. P ul . — (m) MD pontificiis decretis. NPontifîcum. — (n) MD ullœ disputât ionès serantur (cf. sermones serere, p. 230). PG feruntur. N geraniur. — (o) N seul rejette celle phrase plus haut, à la fin de la réplique précédente. — (p) MD ad hœc risque lempora conquieverunt. N ad liane usque dieni. — (q) MDPG oppugnarenlar (argumenta). N oppugnarelur (religio). — (r) MDPG usquam. N unquam. — (s) MDPG interdictum, quo veluit. N interdit- lum qui veluil, solécisme.
(A) Cf. Répub., IV, 7, p. 454. La source de Bodin est VHistoria Moscovilarum de Sigismond de Herberslein (1486-1566), imprimée à Vienne, 1549, el à Bâle, 1557, in-t'ol.
(B) Il s'agil de la paix d'Augsbourg signée enlre les Princes protestants vainqueurs et l'Empereur, en 1555, comme le prouve Rép., IV, 7, p. 456 : >< Après la iournée impériale de l'an MDLV ».
(G) Contresens. MD modo, = on exige seulement que ce soient des docteurs de la même religion.
(D) « Dieu envoya les prophètes chargés d'annoncer et d'avertir. II leur donna le Livre conle- » nanl la vérité pour prononcer entre les hommes sur l'objet de leurs disputes ■. Coran, 2, 209. Et un peu plus loin, la guerre sainte est enjointe aux fidèles, 2, 212 à 215. Bibliander (cl' supra, p. 226 note G), t. 1, p 16, annote ainsi ce passage : « SecLarum conlroversias Machumet sustulil ». Bodiu, qui s'est beaucoup servi de ce li vie (cf. infra, pp. 329 sqq.), a pu y voir souvent signalé, et en termes proches de ceux qu'il emploie ici, le refus de disculer opposé par les Musulmans au Christianisme, par ex. t. 2, p. 47, De moribus Turcorum, Septemcastrensi quodam incerto authore.
(L) « Cunclos populos quos Clementiœ Noslrae régit imperium in tali religione versari volumus » quam Divum Pelrum Aposlolum tradidisse Romanis religio usque ad hue ah ipso insinuala » déclarai... hoc est, ut secundum Apostolicam disciplinam evangelicamque doclrinam Patris et » Filii el Spirilus Scli ;;nam deilalem sub pari majeslate el sub pia Trinilate credamus. ». Cod. Justiniani, 1. 1, lit. 1 (t. 1, col. 14).
DES SECRETS CACHEZ DES CHOSES SUBLIMES 6i
Salomon. — Il me semble plus dangereux (f) de disputer de la religion entre gens de mesme party soit publiquement soit en particulier, qu'entre ceux qui proposent de defTendre leur cause pour la secte qu'ils affectionnent, par ce que chacun combat (m) auec courage pour le party quil choisit, mais celluy qui parle contre sa religion tasche de la renuerser en proposant ses difficultez (A).
Sknamy.. — lay conneu vn vieil rusé de Président de Lion [243] lequel ayant faict dessein de destruire les Luthériens (B) par eux mesmes (u) les faisoit disputer ensemble [x) a fin que comme des gladiateurs ils s'esgorgcassent de leurs propres poignards. Tout ainsy que ces anciens preslres de Mars, lesquels après les imprécations légitimes (C) ayant ietlé des flambeaux ardents entre les deux armées doimoient (y) par la le signal du combat et se retiroient aussy tost du péril, on les appelloit pour ce suiet Trupo-iôpoyç (Y), porlefeux (1). Ainsy les spectateurs de telles disputes pour l'vtil i Lé qu'ils eu ont tirée (D) ont lousiours remarqué que cestoit l'origine d^s guerres & les causes des incendies (a).
(7) Arsenius scholiastes Euripidis in Phœnissis (E).
(t) NMDTE periculosius. B minder gefàhrlich. — (u) MUPG propugnat. N pugnat. — (v) MU cum sectas LuLheranorum per se ipse (N >/>sas) convelli cuperel. — [x) N omelinter se. — (//) MDPGdare consueuerant. N consueverunt. — (z) N mipcocûôpouç, barbare. — (a) MD ita plerique [N pie raque) incendia bellorum maxima (N maxime. P maximis) ex 'Mis disputationibus ejcitare (N excilari) soient.
(A) La pensée de Salomon est obscure, el ce n'est pas R, vague el inexact, qui est fait pour l'éclaircir. MD periculosius mihi videlur de suscepla religione ac probata inler eos, qui semel probarunt, disserere, sive publiée sive privatim, quam inler eos, qui varias sectas lueri proposuerunt, —je crois plus dangereuses les discussions entre gens qui ont une bonne l'ois admis une religion, qu'entre gens de confessions diverses. Après avoir tourné et retourné celte singulière assertion, j'en suis arrivé à l'expliquer par les exemples qu'à mon avis Senamy apporte infra pour l'appuyer. Une discussion sur le luthéranisme est plus périlleuse pour le luthéranisme entre luthériens. Le christianisme pàtit plus des querelles de ses sectes, ariens ou orthodoxes, catholiques ou réformés, que des attaques de ses ennemis extérieurs. Faute de cette explication, B, n'arrivant pas à comprendre, a l'ait une conjecture de bon sens, minder gefàhrlich, qui est un contresens.
(B) MD seclas Lutheranorum inler se dise re pan les, -— les sectes protestantes ennemies les unes des autres.
(C) MD légitimas, = rituelles.
(D) Contresens, et qui contribue à obscurcir tout ce passage. MD ita plerique incendia bellorum maxima ex Mis dispulalionibus excilare soient ad spedaculi fructum, = [comme les bouteftux dans l'antiquité], de même trop de gens allument à de telles controverses l'incendie de la guerre civile, pour se donner le plaisir du spectacle (cf. ad speclaculi fructum, en ce sens, infra. p. 310). Bodin a déjà protesté, Rép., IV, 7, p. 457, contre ces mauvais citoyens qui, sous prétexte de neutralité, se tiennent à l'écart des partis, et aussi des périls de la patrie. Que si l'on pense que celle idée ne se lie guère au contexte, c'est bien mon avis; mais ce goût des digressions, cette absence de composition caractérisent justement le tour d'esprilde Bodin. L'essenliel du couplet de Senamy, c'est que le président de Lyon et Julien mettaient aux prises les sectes ennemies d'une même religion pour la détruire.
(E) Arsenius, fait archevêque de Moneml.asie en Péloponèse par Léon X, a écrit : Scholia in septem Euripidis tragœdias ex antiquis exemplaribus collecta, Venise, 1534, in-8. J'ai vu la réédition de Bâle, J. Hervagius, 1544, in-8. L'histoire des prêtres de Mars boute feux est rapportée aa v. 647 des Phéniciennes. Bodin l'avait déjà racontée, liép., IV, 7, p. 457 sq.
Aussy lempereur Iulien (8) ne rappella d'exil les Ariens que pour sopposer aux progrès des CaLoliques et ne fauorisoit pas seulement les Iuifs afin de destruire (b) les chresliens pour lesquels il auoit vne haine mortelle, mais encores il restablit les pontifes de Iupiter et d'Apollon comme pareillement touttes les vieilles cérémonies des Payens desquelles on auoit quasi perdeu la mémoire : et (c) joignant son image auec celle des Dieux, on ne pouuoit pas esuiter le danger puisque (d) l'honneur deub a Cœsar estant meslé auec le culte des Démons il nestoit pas possible de s'incliner deuant l'vn sans sincliner deuant l'autre, ny mespriser l'vn sans mespriser laulre (9), par ou il estoit facile de se rendre coulpable du crime de leze maiesfé.
Tohai.be. — Ciceron (1) a fort raisonnablement dict qu'il y auoit impieté de disputer des Dieux soit que ce fust tout de bon ou par diuerlissement, par ce qu'il ne fault iamais traitter vne matière si relleuée a la négligence (A), bien moins encore en raillant. Et si vous entreprenez (e) telle dispute contre vostre propre sentiment il fault que vous ayez dessein de quitter(/) vostre religion (B).
[244] Federich. — Pourquoy? Si cestoit auec intention dinslruire ou destre instruict?
Toralbe. — Encores cella ne seroit il pas exempt de danger parce que la religion seroit ou (g) vne science ou vne opinion ou vne foy (/*). Si la religion nestqu'vne opinion (C) elle est tousiours douteuse & suspendue (i) entre le vray & le faulx et par la dispute elle sesbranlechacquo iour de plus en plus (j). Si cest vne science (D) il fault qu'elle despende de la démonstration (k) et
(8) Nicephorus Callistus (E). — [9) Epiphanius (F). (1) De naturaDeorum.
(b) MDN enervaret. PG everteret. — (c) MN idem. D item. — {il) MDPG cum. N dum. — (e) MDPG sin serio disputationem (suscepeiis). N si seriam. — (/") MD moliri necesse est. N moliaris. — [g) N vel (répélé). MD aut (répété). — [h) G seul omet aut in fide. — {i) MD ambigit illa inler verum et falsum. N ambigua illa inter verum & falsum ambigit. — (j) MDPG et disputalionibus magis ac magis (N iniquis ac magnis['?}) lubef'actatur. — (A) MDPG demonstrationem subesse [N) esse oporlet.
(A) Faux sens. MD simulale, = en déguisant sa pensée.
(B) Inexact. MD luœ religiouis eversioxem moliri necesse est, = vous ébranlez forcément votre religion. Seulement on ne voit pas pourquoi, parlant sérieusement [serio, omis par R), vous parleriez contre votre sentiment. Si l'on peut comprendre le passage, ce n'est que par Cicéron : « Mala enim et impia consuetudo est contra deos dispulandi, sive ex animo id fit sive simulale ». De nat. deor., 2, G7. Balbus dans ces paroles élève une protestation anticipée contre l'attitude de son adversaire, l'académicien Colta, lequel, tout en répétant que, comme pontife déférent aux autorités anciennes, il croit aux dieux, va montrer la faiblesse des arguments par quoi Balbus prouve leur existence. Ainsi Colta se trouve parler sérieusemenl contre une doctrine qu'il dit la sienne; cette doctrine ne peut pas ne pas souffrir des coups qu'il porle à ceux qui la défendent. On voit combien tout cela est sublil, particulier, — el oiseux.
(C) Opinion, croyance sans fondement bien solide. Cf. supra, p. 235 note.
(D) Science, certitude scientifique fondée en raison, et, dans l'esprit de Bodin, plutôt sur des preuves logiques ou mathématiques que sur l'expérience. Une telle certitude ne paraît pas à Toralba avoir encore été procurée pour quelque religion que ce soit, même par ceux qui ont affiché celle prétention, comme Eusèbe, en intitulant son livre Démonstration évangélique.
(E) N. Gallist, Ecclesiaslicae historiée libri 18, Irad. J. Langus, Bâle, J. Oporinus et Hervagius, 1555, in-fol. Julien exhorte les Juifs à reconstruire le Temple et les favorise, 10, 32; rétablit l'idolâtrie de Jupiter, Mars, Mercure, 10, 33, el le crime de lèse-majesté, ibid., etc.
(F) Le passage allégué est manifestement le même que celui cité p. 351; mais ni tables ni recherches n'onl pu me le découvrir; et je doute, malgré la double référence, qu'il se trouve dans Epiphane.
qu'elle soit fondée sur des principes certains et souslenne par des conclusions infaillibles & nécessaires. Or les choses qui sont de cette façon (/) ne reçoiuent point île contestation. Mais il nie semble quil ny a personne qui de quelque religion que ce soit [m) ayt donné des prennes demonstratiues, encores que plusieurs l'aient entrepris (u2) : en vain, parce que tant s'en fault que la foy puisse estre & subsister ou il y a démonstration qu'au contraire elle la renuerse [n) de fond en comble (3). Cest pour quoy les Grecs (o) ont appelle la science tizinT^j.^ nzpx -h kizÎG-cxrtxi A) tov vouv (/>), parce que cest elle seule qui peut arrester lesprit quand il ne sçait quel party prendre (q). l'entends icy (B) la foy (>•) des Théologiens non pas a la façon des logiciens qui par des arguments concluants & nécessaires font connoisLre la vérité (C) d'vne chose doubfeuse (s) et ont mis la foy des Théologiens (t) (D) dans vn consentement ou acquiescement pur & simple qui ne demande point de preuue pour croire pendant que nous sommes en terre les choses dont les âmes bienheureuses ont acquis la science. De cette façon (E) ils mettent deux sortes de foy, l'vne infuse, l'autre acquise (a), laquelle (y) nous receuons par la lecture ou par la prédication [245] lorsque nous auons croiance (x) a celluy que nous estimons
(2 Eusebius in libro de demonstratione euangelica. — (3) Scolus in Prologo Sententiar., q. i et o et S. Thomas, secunda secundae, q. 7 (F).
/ MDI'G Quse autem sunl ejusmodi disputationem nullam admiltunl. N Quse aulem stant, ejusmodi disputationem, elc. C?). — [m) MDPG religionis cujusquam. N cujusque. — [n) .1/ D ut illam [se. fidem] fundilus everlat (?). Conjecture : evertanl [se. demonstratio et scienlia]. AT ut funditus evertalur. B, inintelligible, n'est d'aucun secours : dass sie (die Démonstration uud die Wissenschal't) dieseu (deu GlaubenJ von Grund ans zerslôrte [sic]. — (o) MD Grœcis. N Grœce. — (p) MDI'GT Tr/pà to s7rc'(TTX<ï9ai. N àuo (B Tixpx) zoïï ÈTrt<rrâvetv, barbare. — (q) MU hac Mac distraclam. N laïc Mue. — (r) MPGSB theologorum more. D non more, inadvertance, due au voisinage de non dialecticorum. — (s) MU dubise rei veritalem. N dubiam [?). — (/) MDG al theologi fidem... collocarunt. TPN ac (E al) theologorum fidem [se. dialeclici] collocarunt. — (u) MX tabore ac studio parlam. l> partent (?). — [v) MUl'G id est [N verbi gratia) ejusmodi quœ... — [x] MDI'H assentimus. N assentiamur.
(A) Corrigez : È'it'TTa'jOat, et entendez : par suite du fait qu'elle fixe l'esprit.
(B Brusquement, et sans prévenir, Bodin passe à la troisième hypothèse : La religion est foi. El il va définir ce qu'il entend par foi. M hic fidem appello theologorum more, non dialecticorum, = ici j'entends loi comme les théologiens, non pas comme les logiciens. K. qui semble traduire un texte où la virgule passait avant more, en devient obscur
(C) Quand ou ajoute foi à quelque chose, en obéissant aux seuls principes de la pure logique, c'est que celle chose vient de vous être pertinemment démontrée : ainsi celle loi logicienne est identique à la certitude scientifique, et Bodin l'écarté tout d'abord, puisqu'il veut donner au mot de loi son sens propre et théologique.
(D) On voit que R traduit TPN ac theologorum fidem. Je préfère Ml) al theologi fidem [collocarunt], = mais la Ihéologie a placé la loi dans un consentement, etc., qui me semble rendre plus net l'enchaînement des idées.
[E <Je «jui pour nous est foi sans preuves est pour les élus certitude évidente ou constatée. Et en eu tendant foi de cette façon, il y a encore à distinguer foi infuse el foi acquise.
(Fj S. Thomas, 2a 2œ, q. 1, art. 4 (el non q. 7;, d'où semble empruntée en grande partie la dissertation de Toralha. — J. Duns Scot, Qusesliones subtilissimœ in IV libros sententiarum, éd. Hug. Cavellus, Anlverpiœ, J. Keerbergius, 1620, 2 vol. in-fol. (Nat. 1)31), Prologi senlenliarum q. IV et V, explique que la théologie est en tout pareille à la science, horsmis qu'elle n'emploie pas le raisonnement syllogislique. Et, leurs moyens de connaissance étant parfois 1res différents, il s'ensuit que l'une est parfois le dissuivant de l'autre.
homme de bien & de sçauoir. Or si nous venons a perdre cette opinion de science et de probité nous perdons aussy la foy et si nous persistons (»/) a le croire il ny a plus de contestation, estans libres de croire cecy ou cella qu'il soit vray ou faulx (A) : parce que cellny qui apprend les mathématiques et qui croit vne proposition que le Docteur luy faict sans l'entendre (B), on peut dire qu'il a la foy et qu'il na pas la science : mais dès qu'il a compris la leçon de son maistre, en acquérant la science (z) il perd la foy, ainsy que (a) quand il na plus croiance en luy. Quand a la foy infuse les Théologiens lappellent vne vertu théologale qui na que Dieu pour son (b) obiect. Et (c) si cette foy laquelle est un présent de Dieu est tellement (d) nécessaire et nous force (e) en sorte qu'on ne la peut perdre, c'est vne violence & non pas vne foy : si (f) elle est libre, elle est appuyée sur vn certain acquiescement et (C) ce seroit vne impiété horrible de tascher darracher de lesprit humain vne doctrine que Dieu par sa bonté infinie y auroit infuse. Ce questant ainsy il fault absolument se dispenser de (g) touttes sortes de disputes qui concernent la religion (D).
Octaue. — Nous auons ouy dire que les Florentins dans lestât populaire auoient faict vn edict par lequel il estoil deffendu de disputer ou contester vne loy qui auroit esté vne fois receue et approuuée, laquelle loy vous vous
[y) MDPG pergimus. N pergamus. — (z) MDPG adipiscilur (N qu'idem) scienliam. — (a) N omel si magislrum répudiât, seque fidem amitlit. — [b) M DPN argumentum «c \D ab, négligence) objection. G sese argumentum (?j. — (c) MDTEPG Ea porro fides. B nun (= porro). Nvero. — (d} MDTEPG tam necessaria. B so... dass. N lamen (?). — (e) MUTPG coacta. Y cerla. B gewiss. — (/) MDPG sin. B wenri... aber. N si. — 'g) N disputaiionibus [abslinere). MDPG a disputalionibus.
(A) Exliêmemeul obscur dans H. Toralba ne perd pas de vue son but : prouver l'inutilité des discussions religieuses. Si nous ne croyons plus que notre maître est savant et honnête, nous perdons la foi [et nous sortons des conditions du probK me où la religion est loi]; si nous lui gardons notre confiance, toute discussion est vaine, puisque nous voulons croire ceci ou cela, vrai ou faux, par simple confiance en notre maître.
(B) Sans l'entendre a pour sujet celui qui croit.
(G) Légère inexactitude, mais qui importe dans un passage d'une logique si serrée. MD si libéra quadam assensiune nititur, = sï étant libreelles'appuie surleconsenlement de l'homme... (.a suite du raisonnement est telle : La foi infuse est ou bien imposée par Dieu, forcée et con. trainle [necessaria ac <oacta)\ mais alors elle n'est plus foi (voyez le prix capital que Bodin attache à la liberté et à la responsabilité de la conscience, p. 565 note), — ou bien libre ; et puisque l'homme accepte de bon cœur cette foi qui est un présent de Dieu, quelle impiété de vouloir l'en dépouiller!
(D) Voici comment j'entends la suite des idées dans ce difficile passage. Proposition : Il faut éviter les controverses religieuses : 1° Si la religion est une simple opinion, la discussion ne saurait que l'ébranler. [Suppléez : et elle n'en est pas une]. 2° Si elle est une science, elle ressortit à l'évidence mathématique, qui, une fois démontrée, exclut loule discussion. .Mais celte démonstration n'a encore jamais été réalisée, en ce qui louche la religion. 3° La religion est donc foi. A) N'équivoquons pas sur le terme. L'acquiescement à une doctrine logiquement démontrée n'est pas la foi proprement dite ou théologique. B) La foi proprement dite est ou acquise (quand j'accorde créance à mon maitie, non que je comprenne sa démonstration, mais par confiance en lui) ; G) ou infuse C'est là une vertu théologale, qui a pour objet Dieu. Elle n'est pas forcée, car la foi par contrainte n'est plus la foi. Et si elle est un don de Dieu librement accepté par nous, il est criminel de chercher à nous l'enlever. Évitons donc les controverses, inutiles ou impie3. G. Q. F. D. — Salomon résume tout cela, V, p. 373.
souuenez bien auoir esté donnée autresfois par Lycurgue (4). Or s'il nest pas permis de mettre [246] en contronerse les loix humaines de peur de fournir par la dispute vue voye pour les enfreindre, bien moins le doibt on souffrir des loix diuines. Et s'il y a mesmes du péril en particulier il y en aura bien dauanlage de le faire en public
Ci hce. — Les anciens prophètes ont très sagement faict (A) de deffendre par leurs constitutions (h) la dispute sur les matières de la religion. Ce qu'il fault que chacun obserue pour la sienne, assauoir (i) qu'vn chrestien ne doibt jamais doubler des grands et principaux points de sa croiance, non plus que les iuifs et les mahometans, mais ceux cy ont encore cella de plus qu'il ne leur est pas mesmes permis (j) dagiter enlre eux des questions de controuerse louchant leur foy non plus qu'auec les iuifs, et les chrestiens (B). Ce qui est ridicule ou (k) malitieux : car si leur (/) religion ou superstition est vraye daultant [dus quelle est certaine <Sc [m) asseurée tant plus est elle facile a persuader : ou si cest qu'ils ne veulent pas (n) faire part(o)d'vn si grand aduantage aux iuifs ny aux chresliens cest vue marque de haine et d'enuie criminelle au dernier poinct (Ç). Mais il me semble plus véritable que si les iuifs (D) et les mahometans ne veulent point entrer en conferance auec les chrestiens touchant la religion (p) : cest qu'ils ne peuuent veoir (q) auec des yeux louches les beaulez et les lumières qui se descouurenl (r dans les veritez et les mystères sur lesquels elle est fondée.
Cokoni. — Lopinion de Curce me semble la plus probable, assauoir qu'il ne doibt point estre permis aux chrestiens de disputer [247! enlre eux [s) en public ou en particulier des points capitaux de leur religion [t] de crainte
(4) Plularchus in Lycurgo (E).
[h) MDPG ex antiquissimis prophetarum instilulis. N antiquissimorum. — (i) MDPG id est. .Y omet idest. — (j) N patiantur. MD paliunlur. — [k] N et, faulif. MD au t. — (l) MD eorum religio. Nillorum. — (m) MD quo verior ac (Naut) certior. — (n) NBMDTEG nolunl. P volunl. — (o) MD si tantum bonum... communicari nolunt. .V communicare. — [p] N omet de religione. — (q) MD conlueri. N intueri. — [r) MPGS perspicuam. D conspicuam. — [s] MD inler ipsos. N se ipsos. — [t) MD de summa religionis noslrae. N de summae (?).
(A) Inexact. MD laudab'de est ex antiquissimis prophetarum instilulis... abslinere, = il sied d'obéir aux commandements des anciens prophètes et d'éviter, etc. « Mais qui par arro- » gance ne voudra obéir aux commandements du preslre qui pour ce temps la ministre au Sei- » gneur ton Dieu, par sentence du iuge cet homme mourra, et osleras le mal d'Israël ». Deut., 17,8-12.
(B) Inexactitude qui obscurcit l'enchaînement des idées : MD sed Ismaëlitœ hoc amplius, quod nec secum ipsi, nec cum Judseis aut Christ iani s de sua religione disseri paliuntiir. Chrétiens et juifs interprètent le commandement du Deut. comme interdisant les controverses à l'intérieur de leur confession respective; mais les mahometans s'interdisent, en plus, les controverses avec les infidèles (voir textes, p. 242, note), et en conséquence le prosélytisme par la persuasion.
(C) Inexact. MD illud est animi invidi ac ipsa malevolenlia jejuni, = c'est une preuve d'envie haineuse, et que la malveillance même rend bornée.
(D) Curce, qui rangeait tout à l'heure les juifs avec les chrétiens, les en sépare maintenant au souvenir de la répugnance que Salomon a montrée à entrer en dispute, pp. 239 sqq.
(E) Plut., Lycurgue, 29.
Chauvi ré 5
(>l> JEAN 1Î0DIN
que la force des arguments napporte des scrupules dans les esprits (A) qui estants attirés tantost dans vn sentiment tantost dans vn autre peuuent tomber dans vne infinité de doubles & derreurs Et c'est pour cella que les loix diuines (1) le dépendent (B). Cependant (n) il est permis a tout sexe a tout ordre a tout aage et en tous lieux de lire les loix diuines et les apprendre et il a tousiours esté permis entre ceux de diuerses sectes de disputer de leur religion pour connoistre la meilleure et ramener dans la chemin du salut dont sesloignent (y) ou sapprocbent (C) les Neopbites, les Catliecumenes, les Energumenes, les Mahometans, les luifs, les Payens et (.r) les Epicuriens par la force (D) des authoritez, de l'antiquité, de la science, et des démonstrations claires & nettes, selon que le droicl d'vnion et de charité y oblige tous les hommes les vns enuers les autres [y).
Senamy (E). — le preuoy [z< que ces disputes des religions sen iront a néant, car qui sera l'arbitre d'vne si grande controuerse?
Feoerich. — I.-C. nostre Dieu layant ainsy promis : Si vous estes (a) trois assemblez en mon nom, ie seray au milieu de vous.
Senamy. — Mais cest le premier différant (b) denlre les luifs et les Chrestiens, & les Chrestiens encores auec les Mahometans assauoir si le Christ est Dieu ou non.
Curce. — Pour le prouuer il se fault seruir de bons tesmoins et de bonnes authoritez (F).
(1) Deuleronom., c. Il et 31 ; Iosué, c. 1 et 24 (G).
(u) M. dum. D num. N cum. Mi) divina lex. N divinae leges, qu'exige MUN proponantur. — (v) MD aberrantes. N oberrantes, impropre — [x) N et Epicurœos. Ml) suppriment, et. — yu) MDN homiui cum homine. PG omettent cum homine. — (z) MD prospicio. N perspicio. — («) M insère inquit. — (b) MDl'G controverlitur. BN conlravertitur (?).
(A) « Car loules choses mises en dispute sont aussy reuoquées en double : or c'est impielé » bien grande reuoquer en double la chose dont vn chacun doit estre résolu et asseuré : d'autant » qu'il n'y a chose si claire & si véritable qu'on n'esbranle par dispute : mesmemenl de ce qui ne » gist en démonstration ny en raison, ains en la seule créance ». Itép., IV, 7, p. 454. Cf. mon Jean Bodin, IV, 3, 6 D.
(B) Contresens sur cautum, traduit par de/fendent, et qui signifie : stipulé, réglé, ordonné par la loi. M dum (D num, n'esl-il pas vrai que?... Sur num = nonne dans VHept., cf. références, p. 223, ta/nen divina lex omni sexui, omnibus ordinibus, omnibus œtalibus, omnibus locis, ad legendum et ad inluendum proponantur (conjeclure : proponatur), ut leye divina sanctissime eàutum est. — J'entends : Tandis que (contrairement à la coutume chrétienne) la loi divine (= la loi juive) est exposée à tous et à loules en loules circonstances, comme elle en ordonne ainsi elle-même. Cf. B, p. 52. El Bodin lui-même : « El par la loy de Dieu il est expressément » recommandé de l'escrire partout et la lire au peuple : mais il n'est pas dit qu'on en disputera ». liép.. IV, 7, p. 455.
(C) Inexact : MD a recta via oblique aberrantes.
(D) Omission : argumenlis, par les raisonnements. B durch Vernunflgrunde.
(E) A partir d'ici jusqu'à la (in du livre V, B offre à côté de la traduction allemande, qui se réduit parfois à une simple analyse, pp. 52 sqq , le texte latin lui-même, pp. 161 sqq.
(F) Tabulis, de preuves écriles. B Dokumenle.
(G) G donne les références de B. M Deut., c. 11 cl 21. DA Dent., 11 el 34. Ce sont celles de M qui sont correctes. Deut., 11, passim et 21, 11; .Iosué, 1, 16 et 24; 24, 16 et 21 el 24, nous montrent la loi proposée au peuple entier.
l>i:S SECRETS CACHEZ DES CHOSES SUBLIMES (>7
Sknamy. — Et cesl encores la difficulté, ou sont ces tesmoins suffisans & ces [248J auctoritez? qui en seront leurs (A) cautions? et de ces cautions qui seront les certifîcaleurs a lin quon leur donne vne créance ferme & asseurée qui ne laisse aucune incertitude?
Coroni. — I/Eglise, selon le sentiment de S. Augustin conneu & approuué partout : Non crederem Euangelio (c) nisi Ecclesia id ipsum confirmaret (B), le ne croirois pas l'Euangile si l'Eglise ne l'auoit approuué.
Senamy. — La difficulté nest pas moindre encores de sçauoir quelle est celte Eglise (Ci : les Iuifs tiennent pour la leur, les Mahometans au contraire [d)\ les Chrestiens se lattribuent et les payens de touttes les Indes veulent lemporter par l'antiquité. Cest pourquoy Nicolas Cusanus (D) cardinal homme deminente doctrine na rien entrepris (e) (E) de prouuer touchant l'Eglise chrestienne (/"), mais posant, dict il, ce principe que l'Eglise est establie par l'vnion auec I.-C, il se sert de ce qui faict la principale {g) difficulté.
Salomon. — Cest vne vérité dont les Chrestiens & les Mahometans (F) demeurent daccord et en cella ils ont le mesme sentiment que les Iuifs que la véritable et seule Eglise de Dieu a esté parmy le peuple d'Israël qui seul en toutle la terre conseruoit le culte du Dieu éternel et son alliance, empreinte de ses doigts sur la table de pierre (G) & qui fut (h) sanctifliée par le sang des victimes, et qui seul aussy est garde & dépositaire de la loy de Dieu & des lettres sacrées ou elle est comprise.
(c) MDB evangelio. N evangelium, fautif [cf. S. Augustin). — (d) NPGB Ismaëlilœ infitianlur. MD Ismaélites inficiatur, incorrect. — (e) MDTE sibi probandum sumpsit. PG suppriment sibl. NB scripsit. — (/") ND de ecclesia Chris tianorum. MB chrisliana. — {g) NMDB in précipita quseslione. PG omettent prœcipua. — {h) MDB incisum et sanguine sacratum erat. N incisum est.
(A) Pléonasme, par négligence de style, entre en et leurs.
(B) Contra Episl. Manichœi, b, 6 (Migne, August., t. 8, col. 176). (G) MD vera ecclesia, = quelle est la véritable Eglise.
(D)Nicolas de Gusa (1401-1464) a eu une influence importante sur la discipline de l'Eglise, notamment au concile de Bàle (1431). De ses nombreux ouvrages d'apologétique, le plus connu est le De calholica verilate. OEuvres publiées à Bàle, 1565, 3 vol. in-l'ol. — Je crois que Bodin l'ait ici allusion à ses Cribrationum Alchorani libri 1res, qu'il trouvait dans l'Alcoran de Bibliander, s. 1., 1550, t. 3, pp. 31 sqq. Je lis dans le premier prologue que la principale preuve de l'erreur de Mahomet, c'est qu'il n'est pas d'accord avec le Christ : « Cerlum est igitur quod qui » Chrislum et viam ejus sequilur, ad comprehensionem desiderati boni perveniet. Unde si » Machumel, in aliquo, Ghrislo dissentit : necesse est ut hoc aut faciat ignoranlia, quia Christum » non scivit aut intellexit, aut perversilate intenlionis, quia non intendebat homines ducere ad » illum finem quielis, ad quem Christus viam oslendit », etc. Un tel passage me semble hien prêter le flanc à la critique de Bodin, que N. de C. prend pour acquis ce qui justement est en question.
(E) Sumpsit a pour lui l'autorité des meilleurs mss., MDTE. D'autre part, bien qu'évidemment je n'ai pas lu tout N. de G., je ne trouve pas dans les Cribrationes Alchorani, que j'ai lues, de passage où l'auleur écrive (scripsil) littéralement qu'il n'a rien à prouver touchant l'Eglise chrétienne. Il me semblerait d'ailleurs peu adroit de souligner cette altitude; il l'est bien davantage de la prendre sans en parler, comme dans le passage ci-dessus.
(K) » Ils [les Mahometans] disent qu'ils suyuent la loy d'Abraham et qu'ils adorent le mesme » Dieu que ce patriarche viuant et respirant adora ». Infra, p. 310 et note.
(G) Exod., 30, 18.
Federich. — Ouy, iusqu'a I.-C.
Octaue. — Les Iuifs et (i) les Mahometans reiettent les escritures du nouueau Testament (j) (A) comme corrompues par les chrestiens : cependant les Mahometans (B) ne sçauroient [249] sempescher (k) de se seruir (/) des tesmoignages euangeliques principalement dans TAIcoran Azoara(C) Elmeide (D) et Azoara XII (m), mais non pas comme ils sont raportés (n) dans ceux dont les chrestiens se seruent (E).
Toralbe. — ■ Si les fondements de la véritable religion ne sont appuyez que sur rauctorité des escritures, il ny a qua se seruir de la vieille sentence des Pytagoriciens, aù-ro; etpa (F), ipse dixil, il la dict (2). Que si cella rendoit la chose assez doubteuse pour pouuoir donner diuerses explications a ces parolles il faudra auoir recours aux arbitres cest a dire aux sages.
Senamy. — Cest encore vne question qui nest pas moins embarrassante que les autres, ou sont ces sages, car au iugement des foux les snges sont reputez foux et (o) les sages appellent les autres furieux (G).
(2) Ipse dixit.
((') NMDB Judaei aeque ac Ismaëlitae. l'G omettent seque. — [j] NB novi leslamenli. MU ins- Irumenli. — (k) N lamelsi Muhammedes non dubitaverit. l'G dubilet. MDB dubilal. — (l) MDPG ciere. BN citare — (m) MUATEJH potissimum in Azoara Elmeide et in Azoara XII. PG omettent in Azoara Elmeide et. N potissimum in Alcorano Elmeide (?j et in Az. XII. B potissimum in Alcorano (?). — (n) MDTEI'GHB Leyser non tamen ea (se. evangelica testimonia) quae in Chrislianorum manibus versanlur. N non tamen in ea fsc. AzoaraJ quse in Chrislianorum manibus versalur[1). — (o) MUTEI'B si suo judicio, furiosi. NG et suo judicio, furiosi.
(A) MD insti'umenti = pitee d'archives, document écrit.
(B) Inexactitude. C'est Mahomet qui n'hésite pas à employer les Evangiles dans son Coran. MDNB Muhammedes.
(C) Ce mot <ïazoara est la transcription de l'arabe soura, dont nous avons fait sourate. Cf. Bibliander, o. c, t. I, p. 224. « Azoara arabice vullus latine dicitur; unde quod nos capitulum » dicimus, i 1 II vocant azoaram ».
(D) La sourate Elmeide (•= de la Pàque. Cf. Ilept., IV, p. 324 : « Au iour de Pasques ils l'ont la « Cène » = Post jejunium menslruum Elmeide, id est cenam concélébrant) et la sourate XII n'en t'ont qu'une dans VAlcoran de Bibliander. Je conjecture donc le texte : in Azoara Elmeide (Azoara XII), ce qui explique l'alternance de certains mss., où tantôt Az. Elmeide et tantôt Az. XII ont disparu. Voici des versets où Mahomet invoque les Évangiles : « S'ils observaient » le Penlateuque et l'Evangile et les livres que le Seigneur leur a envoyés, ils jouiraient de » biens qui se trouvent au-dessus de leurs têtes », éd. Kasimirski, 5, 70; Bibliander, 12, p. 41 ad fin. — « Infidèle est celui qui dit : Dieu c'est le Messie lils de Marie. Le Messie n'a-l-il pas » dit lui-même : O entants d'Israël, adorez mon Dieu qui est le vôtre? ». Kasim., 5, 76; Bib., 12, p. 42, ligne 6.
(E) Les témoignages que Mahomet lire des Evangiles sont souvent mutilés ou faussés, déclare Kasimirski, p. xx\. Et il ajoute : « Quant à l'instruction telle qu'elle pouvait exister à cette » époque-là entre les Juifs et les Chrétiens, il [Mahomet] n'en avait évidemment pas; et il ne » possédait des Écritures qu'une connaissance fragmentaire telle qu'on la puise dans des enlre- » liens et par des ouï-dire. De là vient que quelques récits bibliques reproduits dans le Koran » sont défigurés ».
(P) Sentence citée dans maint livre familier à Bodin : Origène, Contra Celsum, 1, 7 (Migne, Orig., t. I, col. 667) ; Cicéron, Académie, 2, 3, et De natura deor., 1, 5.
(G) MD si suo judicio, furiosi. Voici ce que j'entends : Si les philosophes (sapienles) sont estimés philosophes par les autres, c'est-à-dire par les non-philosophes (stultorum), c'est qu'ils
Tohalbe. — Il fault (p) en chacun art se conseiller aux experts et (q) les bons ouuriers sans vn long vsage ou sans dexcellentes raisons ne sen veullent pas raporter a eux mesmes (A), cependant ils se peuuent tromper es choses ou il ny a point de démonstration. Pour ce qui regarde la foy et la perseuerance en matière de religion elles ne despendent (/*) que de l'auctorité dun senl Dieu qui ne trompe iamais & ne peut point estre trompé, laquelle auctorité vaûlt infiniment mieux que touttes démonstrations, raisonnemens, escri- Lures & tesmoins.
Sknamy. — Il ny a point de double que (s) [B) la véritable religion est celle (jui a Dieu pour son autheur, mais de sçauoir sil est autheur de celle cy pluslosl que de celle la (t), cest la question.
Salomon. — Les prestres d'Apollon (m) que les Caldeens appellent Bahalem layant déclaré pour leur Dieu a estre adoré (v), le [250] prophète Helie en demanda lespreuue a condition que celluy la seroit reconneu pour le vray Dieu dont llioslie (.r) a luy présentée en sacrifice seroit pluslost consommée par le feu du ciel en présence du roy Acab : ce qui (y) ayant esté faict deuant vn concours innombrable de peuple, les Pontifes d'Appollon (3) dun cœur tout de feu (C) ayant redoublé (2) leurs voeux & leurs prières au soleil d'esté [a) iusques a faire sortir du sang de leur visage et de leurs veines inu-
(3) Ab habitu furioso sic dicti camarin (D).
(/)) NMPGB considère solemus. D debemus. — (</) MDTEPG neque lamen (NB etiam) opifices.
— (/■) MI>B peu-tel. N dépende!. — [s) MDTEPG omettent necèsse est, qui est dans NB. — (/) MUPG sed hujus an illius religionis uutor s'il. NB sed num hnjus legis uni illius autor sit.
— («) MD sacerdoles A/iollinis. NB Apolline»! (?). — (o) NB (Bahalem) pro deo colrndo proponerent. MD culendum. — (x) MDPGB in cujus hosliam (N hosUa, abl. incorrect) flamma cœlilns delapsa — [y] N omet Acla res est ingenli concursu mulliludinis. — (z) MDTEG ingeminarenl BNP ingénièrent. — (Uj MNB ardenlissimo œstutis sole. D soli, inadvertance.
sont des non-philosophes; et si c'est de leur propre autorité qu'ils s'estiment philosophes, c'est bien pis, c'est (à force de prétention] de la démence. Conclusion implicite • qui sont donc, parmi les hommes, les philosophes?
(A) Oliscur. — Senamus vient de montrer combien les experts en sciences morales sont difficiles à distinguer des non-experts. Toralba confirme son point de vue : 1° En ce qui concerne chaque corps de métier, nous nous fions à un artisan habile en sa spécialité; encore cet artisan ne s'en rapporle-t il pas à lui-même, s'il ne s'assure sur l'expérience, usu, et le calcul précis, cerlissimis ralionibus. Si les moyens de connaissance exacte, demonslraiio, lui manquent, il peut se tromper; et pourtant nous nous fions à lui [lamen, à mon sens, répond à consulere solemus de M, ou debemus de D). Idée générale : nous nous en remettons à une autorité, cependant faillible. 2° Il n'en va pas de même (autem) en ce qui concerne la religion. Nous faisons toujours appel à une autorité, mais à celle de Dieu, qui est infaillible. — Oui bien, va reprendre Senamy, mais comme toutes les religions prétendent être autorisées de Dieu, quelle est celle que vraiment il autorise? — La Juive, dira Salomon, comme Dieu Ta prouvé en répondant à l'appel d'Elie contre les prêtres de Bahal.
(B; Necesse est semble une glose ajoutée au texte par des copistes qui n'auront pas compris le subj. seul : Fera profecfo sit religio, = admettons que la véritable religion... R traduit donc inexactement.
(<"j M ardenlissimo œslatis sole. Il semble traduire : ardentissime, eestalis sole. I) MD (corrects; ab habitu fumoso sic dicti Camarim. « Et mesmes les prestres de Bahal » esloyent aussi prophètes se retirans du monde, habillez de drap enfumé qui est la plus hideuse » couleur, et pour cesle cause s'appelloyent Camarim ». Démon., 1, 3, p. 81.
tileuient, Helie (4) par vne ironie élégante leur criant qu'il falloit parler plus hault, le soleil estant presque vers son couchant auec trois mots seulement fit descendre le feu du ciel qui dans vn moment consomma la victime l'autel les pierres et les eaues respendues dans les Elices (b) fossés (A) qui esloient près de cet autel. Ce Roy & son peuple estonné d'vn spectacle si prodigieux commanda (B) que le Dieu des luifs fusl reconneu et adoré. Et Helie lit passer au fil de l'espée les près très de ce Bahalem. Et peu de temps après les pluyes qu'il auoit arrestées par ses prières pendant trois ans & six mois tombèrent en abondance par lefficace de ses mesmes prières dont lintention esloit changée (C).
Eedeiucu. — le souhaiterois de tout mon cœur quil y eust maintenant quelque Helie qui en présence des Roys et des peuples vouleut faire lespreuue laquelle parmy tant de religions est la meilleure.
Salomon -- La loy de Dieu (5) deifend (c) de siriformer s'il est cecy ou cella et sans son [251] commandement exprès Helie (6) n'eust eu garde de sengager dans vne telle entreprise, les miracles & les prodiges nayans aucun effect auec les impies et les scélérats : puisque ces merueilleuses opérations d'Helie neurent aucune suitte en ce que Acab et son peuple (d) retournèrent a l'Idolatrie et que le pauure Helie (D) fut proscript par la Reyne (e) letzabel la furie de laquelle il neust iamais euité s'il ne se fust sauué par la fuitte : et dans toutte l'estendue [f)de la terre il ne sest iamais l'aict tant & de si grands miracles que parmy les enfans d'Izraël (E) : et partant ou peut on chercher vne preuue plus certaine de la véritable religion?
Curck. — La preuue ce me semble de la véritable religion est l'auctorité de l'Eglise, la vérité des escritures sainctes (q), son antiquité, les oracles sacrez, les prodiges célestes et les raisons claires & nettes.
Salomon. — Le rabbin Moyse Rambam (F) abbrege encore & ne reconnoist
(4) Lib. I Regum, c. 18 (G). — (5) Exod., c. 17 (H). — (6) I Regum, c. 18 (I).
{b) M DTE G elices. BXP silices (?). — (c) .V vetabal. M veluit. DPGR velut. — (d) PG omettent cum populo. — (e) NB omettent regina. — (/) N usquequaque [MDI'GB mquam) terrarum. — [gi 'V snerse scrîpturae (MDPGB sacrarum scriplionum) verilate.
(A) Elices. Ce sont les rigoles qn'Elie creuse, conformément au rite, autour de l'autel, III Rois, 18, 82 et 38.
(B) MD coactus est. Le roi fut contraint de reconnaître le dieu des juifs. Cf. ibid., 18, 3'J. (G) III Bois, 18, 41 à 45.
(D, III Bois, 1(J. Le traducteur manifeste assez naïvement son sentiment (le pauure Helie).
(E) Inexact. MD quam quse universo populo islo speclante fada legimus, = que les prodiges qui ont eu pour témoin le peuple entier d'Israël.
',Fj 11 s'agit du célibre Maimonide, dont IJodin a beaucoup lu le Docteur des perplexes, Moreh nevokim, fréquemment invoqué dans la Démon, et VHept. L'ouvrage auquel fait allusion la note 7 est la Lettre aux rabbins de Marseille, en hébreu avec trad. latine de Jean-Isaac Levita, Cologne, 1555, in-8. Maimonide y montre la vanité de l'astrologie et l'incompatibilité de l'influence des astres avec la liberté de l'homme et les préceptes de Dieu.
(G) Erreur. III Rois, 18.
(Il; Exod., 17, raconte l'eau sortie du rocher et les Amalécites vaincus. Ne faudrait-il pas lire Exod., 19, 21 à 24, où Dieu interdit l'accôs du Siuaï au peuple et même aux lévites, ne le permettant qu'aux seuls Moïse et Aaron?
(I) Erreur. 111 Rois, 18, 1 : « L'est par votre ordre que j'ai fait toutes ces choses ».
que trois choses a croire nécessairement (h), assauoir la démonstration, les sens & les oracles des Prophètes : tout le reste dict-il (7) se peut croire, mais il ny a poinct de nécessité.
Senamy. — Si l'on doibt adiouster (i) foy aux oracles (A), il y en a vu vieux d'Apollon lequel ayant esté consulté au subiect des diuersitez de religions laquelle estoit la meilleure, respondit en vn mot, la plus ancienne (/), et interrogé derechef laquelle estoit la plus ancienne, la meilleure [k), respondit il.
252j Tomalbe. — Quand ie naurois aucun tesmoignage d'oracle ie croirois (l) lousiours que la plus ancienne des religions est la meilleure, le respect & la foy de lantiquité (m) estant assez puissante pour se soustenir (n) de soy mesme : mais ces (B) nouuelles religions, ces nouueaux sacrifices, ces nouueaux sacremens, ces nouuelles cérémonies, ces nouuelles loix, ces nouueaux conciles, ces nouuelles Eglises, ces nouuelles constitutions, ces nouuelles mœurs ont tousiours renuersé de fond en comble les plus fleurissantes des villes.
Cokoni. — Cest vu grand preiugé pour l'Eglise Romaine (o) contre les aucteurs de la nouuelle croiance. Cest pourquoy voyons ie vous prie quelle est la plus ancienne et aussy (p) quelle est la meilleure car avec la coanoissance de Ivn nous aurons celle de l'autre.
Salomon tente de s'opposer à ce qu'on se fie aux oracles païens. La seule légitime divination est celle par Urim et Tlmmmim, sur le rational du grand prêtre hébreu. Le démon Apollon n'a qu'un instinct (cf. infra, p. 255) celui d'ébranler toute religion (253)|.
Senamy. — Mais (G), Salomon, qui a monstre que la vostre estoit la meilleure,
7 In Epist. aduersus theologos (7).
{h) N noslris credendn. MDI'GU necessario credendu — [i) N Si (ides oraculis habelur. MDli habealur. — (j) N8 Anliquissima. MDPG Aiiliquissimam. — {k) NB Oplima. MDPG Optimum. — (/; N 1 ersuasum. MDli persuasum est. — («#) .V files ttnliqnilati. MDPGBanliquilalis.
— (//) PGR omellenl facile. — 0) NB Romand. MDPG Romunorum. — [p) NB quae sil untiquissiiiia relit/ 10, ut etium patent, quae sit oplima. MDI'G retit/io, tel eliam quœ sil oplima.
— i/\ MDI'G aslrologos, qui est certain. Cl*, p. 484.
(A) [.a discussion où s'engage Bodin, sur la valeur des oracles païens, des prophéties des sibylles el de celles des prophètes juifs, peut nous paraître assez vaine aujourd'hui; mais c'esl, pour ainsi dire, un développement obligatoire dans le sujet qu'il traite. Nous le verrons, c'a été, aux premiers siècles de l'Eglise, un terrain permanent de lutte entre les gentils et les chrétiens que l'interprétation des anciennes prophéties. S. Augustin, Ensèbe, S. Clémenl d'Alexandrie, Laclance. Porphyre s'en sont occupés. Et naturellement chaque parti , s'efforçant de citer des oracles qui lussent en sa laveur, en a truqué et même forgé un grand nombre. Les hommes de la Renaissance qui traitent des choses religieuses suivent la trace des anciens, Marsile Ficin, par exemple, dans son De Christiana religione (analyse dans Ph. Monnier, Le quattrocento, t. II, p. 107), ou Duplessis-Mornay,dans sa Venté de la religion chrestienne.
(Bi Inexact. MD novae religiones, — les nouvelles religions, quelles qu'elles soient. Sur le conservatisme religieux ou politique de Bodin, cf. supra, p. 236 sq.
(G) R n'a pas compris la suite des idées. Salomon disait : Si c'est un crime de consulter Apollon, quel crime plus grand encore que d'en faire l'arbitre de sa foi! — « hnmo vestram, Salotno, » religionem ut oplimam probavit », rétorque Senamy. Mais non, faut-il suppléer; et bien plus, Salomon, c'esl lui qui a défendu la vôtre dans ses oracles.
ayant esté enquis laquelle estoit la meilleure de toultes, respondit de cette façon (i) :
Mouvoi XaASouoi çocpiTqv Xâ/ov, ot S ' ap ' 'Eêpcuoi aÙToysv/jTOv avaxroc aeSaÇouEvcH 6eov àyvco; (2) (A).
C'est a dire : Caldrei sapienliam nacti sunt, Hebrœi vero Deum seternum regem pure (j) colunt. Les Galdeens sont sages, mais les Iuifs adorent Dieu roy éternel purement. [254] Et puis enquis quels gens cestoient que les Iuifs dict :
'H8à 6eov p7.TtX'?]ot xat yEvv7jT7|pa 7rpo irivrcov ov TpÉaexat xat youa *a' où'pxvot 7)5è ôxXacraa
TapTapSOl (A') Té. \J.U/o\ XXI 8xCf/.OV£Ç ÈxtppiTTOUffl (B).
C'est a dire en latin :
111a Deum regem pure colit omnipotentem,
Quem mare, quem tellus ingens, quem sidéra cœli,
Quem genii exhorrent, metuit quem immanis abyssus (/) (C).
Et en françois : Sont ceux la qui adorent seulement vn Dieu, Roy tout puissant que la mer et que la terre et que les astres des cieux craignent, que les diables des enfers redoutent.
(2) Eusebius in lib. llpoTuapas/eù/jç, et Lactantius, et Iustinus martyr.
(ij MDI'G sic enim (respondit). Nli sic efiam. — [j) MDPG pure. N pie. — (k) MO Txitxosoi.
N TapTxpioi. Corrigez : Taprxpsioi. — (/) MDTEPG immanis (NB maris) abyssus.
(A) Cel oracle, célèbre à cause de sa valeur polémique, est dans Eusèbe, Pr¶lio evangelica, 9, 10 (Migne, t. 21, col. 697), qui écrit aÙToyÉvsQXov ; — dans Laclance, De ira Dei, c. 23; dans Justin Martyr, Cohortalio ad Greecos, 11 (Migne, t. (J, col. 26i) et 24; même dans Cyrille, Conlra Julianum,b (Migne, t. 9, col. 775), qui écrivent aÙToyévqTOv. Il est cité dans Duplessis- Mornay, De la vérité de la religion chrestienne, 1581 (2e éd., que j'ai eue, Paris, Cl. Micard, 1582, in 8, G, p. 98, ou 21, p. 507). Mais Bodin le connaissait avant de l'y avoir lu, puisqu'on le trouve dans la Démon , 2, 3, p. 209 (1" éd. : 1580).
(B) Source : La philosophie des oracles, de Porphyre, dont il reste une quarantaine de fragments dans Eusèbe, Prœpar. evang. Cf. Wolff, l'orphgrii de philosophia ex oraculis haurienda librorum reliquiœ, Berolini, Springer, 1856 (B. nat. H 47.264), et Cbaignel, La philosophie des oracles de Porphyre, Revue d'hist. des religions, Paris, Leroux, 1900. Augustinus Steuchus Eugubinus [De perenni philosophia libri X, Lugduni, 1540, in-fol.) avait rassemblé nombre de ces oracles. Réédité à Bàle, 1542, et à Venise, 1591, c'est chez lui qu'ont sans doute puisé Bodin, qui cite son ouvrage dans VHept., et aussi Duplessis-Mornay, o. c. De ces oracles, la plupart, montre WolfT, ne sauraient être de Porphyre et ont été forgés par les chrétiens. — Celui-ci est cité différemment par Laclance, De ira Dei, 23 : 'H8à ôebv, etc., et par Wolff : |ç 8à Osbv. Cf. S. Augustin, De civ. Dei, 19, ?3 : « In Deum », et D.-Mornay, o c, 6, p. 129. Chaignet réunit le présent oracle au précédent, et, avec le texte de Lactance, traduit : « Seuls les Chaldéens et » les célèbres Hébreux ont eu en partage la vraie science et ont rendu un culte vraiment saint au » Dieu souverain, né de lui-même, Dieu suprême, créateur de toutes choses, devant qui trem- » blenl le ciel, la terre, la mer, l'enfer, en présence de qui les démons s'enfuient épouvantés ».
(C) Immanis abyssus, autorisé par les mss., est encore imposé par la mesure du vers.
Salomon. — Ce sont choses inuentées par les chefs du christianisme ou par les disciples de Christ, lesquels (m) estans Iuifs d'origine estimoient (n) vulgairement faire profession de leur religion (A) a fin de donner (o) quelque image d'ancienneté a la chrestienne. Cependant (p) si mille Apollons nous asseuroient que la religion (q) des Iuifs est la meilleure, nous nous empescherions bien dy donner croiance pour cella.
Federich. — Au contraire (B) il est bien plus véritable que le démon d'Apollon (/■) a meslé (s) la religion des Iuifs auec la science des Caldeens a fin qu'y ieltant la confusion il peut abolir l'vne & l'autre. Ainsi que depuis peu (/) au pays de luilliers dans le bourg de Loemi (3; vn certain curé (C) ayant [255] interrogé vn diable qui obsedoit (u) vne ieune fille pourquoy il la pressoit auec tant de soin daller a la messe et si ce sacrifice a son aduis estoit (y) fort vtile au genre humain, sur quoy (x) le démon demanda du temps pour respondre et que falloit quil y pensast, il demeura ainsy court : car s'il eust confessé que la messe estoit salutaire les Luthériens eussent estimé auoir raison de la reielter, et s'il en eust mal parlé les catholiques en eussent pris aduantage : mais ainsy naiant donné qu'vne response ambiguë, il se ioua des vns & des autres. Vn autre [y] petit sacrificateur (D) encor (z) interrogeant vn
(3) Vierius in lib. de Prsestigiis (E).
(m) MDR qui (X etiam) génère Judaei. — (n) MDTEPGX ptofileri putabanlur. B profitebantur.
— (o) MD C/iristianœ religioni (PG legi) obtenderent. X conciliarent B religionis oslenderenl.
— (p) MDPG si mille Apolli nés. .Y quod si, elc. 8 quod s'nniles Apollines (?). — [q] G insère aul devant religionem. — (c) MD Apollinseum (XB Apollinem) daeniona. — (s) MDPGB contudisse. N conlulisse. — (t) MDXB non itapridem. PG ometlent ita. — [u) MD obsiilehal. X possidebat. B possideret (subj. injustifiable). — (v) MD esse arbitra) etur. XB suppriment esse. — [x) MD Hic. X lluic. B Hoc (?) dœmon. — {y) MDPGB alius. N alias. — [z] MDB item X idem (?).
(A) MD qui, yenere Judxi, et Judeeorum religionem vulgo profiteri putabanlur, = qui, étant Juifs d'origine, passaient aussi pour professer la religion des Juifs. Salomon insiste làdessus pour expliquer comment des chrétiens ont pu jadis, dans l'intérêt de leur foi, forger des oracles à la louange de la religion juive. — Quant au contresens de H, il aura été causé par un mauvais texte : putabant, au lieu de putabanlur.
(B) MD Immo, = loin de là. Federich à son tour va contredire l'insinuation de Senamy qu'on peut en matière de foi s'en rapporter à l'oracle d'Apollon.
(G) MD maleferialus curio, un curé sot et malavisé. L'épilhète se dit de ceux qui se croient mal à propos eu sécurité ou qui dirigent mal à propos leur activité. Cf. Horace, Od., 4, 6, 14, maleferialos Troes (id est : stulte et inauspicato dies feslos de Grœcorum discessu célébrantes), et Aulu-Gelle, 10, 22.
(D) Sacrificulus, un moinillon.
(E) Jean Wier, élève du grand Corneille Agrippa, médecin du duc de Clèves et démonologue, a écrit deux livres, De lamiis et De prpstigiis dsemonum, pour s'élever contre les rigueurs infligées aux sorciers: ils sont à son avis simplement les victimes d'illus:ons à eux envoyées par le diable. La Réfutation de J. Wier remplit loule la fin de la Démonom. et YHeplapl. est plein du De prœstigiis. que Bodin lisait (cf. Démon , Béfut., p. 52'») dans la réimpression de Bàle, 1578. Pour moi je l'ai lu dans la Irad. en français de Jacques Grévin, De l'imposture des diables de Jean Wier, Paris, laques du Puys, 1569, in-8°. L'histoire du curé et du diable s'y trouve, 4, 21, p. 363; elle avait déjà passé de là dans la Démon., 3, 6, p. 403. Le vrai nom du pays est « Lœn situé près Aldenhou au duché de Iuliers ».
Diable (4) qui possedoit vn moine et luy demandant quel (a) il estoit (A) : le suis, respondit il, Mathias (b) abbé de Dure & ie ne quitteray point mon possédé qu'il nait esté a Treues (c) pour appaiser la vierge Marie de ce que \e(d) nay pas assez bien payé le peintre qui a représenté son image (e).
Octaue. — Ne confondons point les oracles d'Apollon auec les responses des possédez. Iay tousiours estimé les oracles de la religion chrestienne dans sa naissance pour la pluspart auoir esté imaginez par les Grecs selon que chacun approuuoit ou desapprouuoit cette religion, ainsy que nous voyons dans Porphyre le contraire de ce qu'Eusebe et Lactance escriuent(B) : assauoir cet endroit ou ils asseurent que les Juifs (/") ayant consulté l'oracle d'Apollon pour apprendre que deuiendroit le Messie on raporte qu'il respondit quil seroit mortel selon la chair (g). Les Pères (h) raportent T256] encores vn autre semblable (i) oracle (5) qui fut rendu pour lempereur Auguste (C) : Vu enfant, dict il, Hébreu Dieu Roy me force de me taire (j) : comme si Suétone Dion et Tacite qui ont ramassé iusques aux moindres (/.') songes d'Auguste dans leurs
(4) Vierius de Prœstigiis (D). — (5) Apud Suidam in verbo Augustus et apud Nicephorum Callistum, lib. 1, c. 17 (E).
{a) MDTEI'G ecquisnam. NB quisnam. — [b) NBM Malhias, correct (cf. Wier). D Malttiseus. — (c) MD Treverim. N Trevirim. B Trevirum. — [d) MDPG quod piclori... non salis cumula te fecerim. N non cumulai e salis 'eceril {?). B quod pictor... non salitfecerit (fautif. Cf. Wier). — (e) MDNB slaluee Virginia. G Marias. — (f) iVomet Judœis. — [g) MDN Morlnlis erit (conjecture : eral). B Morlahs est. — (h) MDTEPNB Auguslo pat'i reddition. G paires reddition ferunt. — (i) MDPGB consimile. N simile. — (jj MDTEI'G lacère. NB fugere. — (A) MN levissima. BD Isevissima, inadverlance.
(A) Ecquisnam, qui a pour lui l'autorité des meilleurs mss., est d'une latinité douteuse dans le sens : qui, quel donc?
(B) Voyez Eusèbe, Demonstratio evangelica, 3, 7 ^Migne, t. 22, col. 237). Voici l'oracle de Laclance, Divin, institution., 4, 13 (Migne, t. 6, col. 484) :
0v/]tÔ; êtjv xxrà fjiç.x.%, doïiôç TepaTa>8ee«v epyot;,
aXX ' Otto XaXoauov xpcxàiv ottXoiç duvaXtoOstç,
yôj/.cpoiç y.v.1 o'xoXÔTreo'fft 7rixp7)v av£TAT|i£ tsX£utV]v. Voici peut-être où Bodin a vu Porphyre contredire Lactance et Eusèbe : Un mari demandant à Apollon comment détourner sa femme du christianisme, le dieu lui répond, suivant Porphyre, qu'il serait plus facile d'écrire sur l'eau ou de voler en l'air, et il ajoute : « Pergal [uxor] » quomodo vult, inanibus fallaciis perseverans et lamentationibus fallacissimis morluum Deum » cantans ». Apollon, qui disait tout à l'heure le Christ mortel selon la chair seulement, semble bien dire à présent que le Dieu de la chrétienne était tout mortel, puisqu'il est mort. Aug., De civilale dei, 19, 23 (Migne, t. 41, col. 650).
(C) Oraculum, quod Auguslo pulri redditum ferunt, autorisé par tous les manuscrits, l'est aussi par le sens : Suidas, Nicéphore Calliste ne sont pas des pères, Patres.
(D) Wier, 4, 29, fol. 381 a. Philippe Ubesselich de Cologne, moine de l'abbaye de Knechlenstein, était tourmenlé par l'ombre de l'ancien abbé Mathias Duren. Wier ajoute que l'apparition fut chassée, non qu'on lui eût donné salisfaclion pour les messes qu'elle réclamait, mais par les menaces et les prières de Philippe. L'apparition n'était nullement l'âme de Malhias, mais le diable qui usurpait la forme de l'abbé.
(E; Références exactes : la traduction de Bodin l'est moins. Cf. Duplessis Mornay, o. c, 32, p. 797. Voici le texte :
flouç 'Eëpxco; xéXeTat [xe Osoç p.axàps<7<Ttv àvy.?7cov tt^v Se S6[7.ov 7:poXtTretv ts xal "AVôoç aûôi; [xésOcu ■
XotTTQV XTllfh <7tyà)V £X pQ)ljL(OV Vj jJ.STEpOiV.
escripts eussent obmis a faire mention d'vn oracle de celte importance! El (A) Ciceron (6) qui estoit consul a la naissance d'Auguste èscript quil y auoit desia longtemps que les oracles d'Apollon auoient cessé et quil ny auoit alors rien de plus mesprisé. Si Apollon estoit deuenu muet longtemps (/) auparauant laage de Ciceron (B), qui est ce qui (m) pounoit trois cens(C) ans après auoir rendu tant & de si grands oracles!») qui ont eslonné toutte la terre (D)?
Curce. — (E) Porphire (o) recherchant la cause de la cessation des oracles p) faict mention d'vn oracle d'Apollon qui [q) ne la donne pas à cet enfant iuif, Dieu, roy, mais a Iupiter : OfyaiToci (r), inquit, oT/xna.1 'AtcoXXwv £7il cpXoyôsv u.s {BiâÇsTai oùpiw.ov cp<5; -f|V Zeu; e<rn te vxôv, etc. (F). Or qui est ce a moins que désire fou au dernier poinct qui peut s'aduiser de consulter vne femme possédée auec vn visage ou est peinte la fureur & escumante de rage et ne parlant iamais qu'en bégayant et en termes ambigus de l'aduenir (G) comme Heraclile, Plufarque 7) et Basile tesmoignent que Ion faisoit autres-
(6) In lib. de Diuinalione H . — 7) In lib. de oraculorum defectu (L).
(/) .N'omet tnullis temporibus (ante Tullium). — (m) MD ecquis. XB quis. - (n) MDPGB quse prodila (X pelita [?]) legimus. — (o) DAB omettent Plularchus ad inleritum dœmonum putavit. — {;/) MDB tam (X quam) diulumi silenlii causa»/. — [q) MDPO de silenlii causa quam non ad puerum illum. XB omettent puerum. — [r, MDXB ôt/srai. Les mss. ont d'ailleurs tous un texte grec inintelligible.
(A) MD At, = de son côté, c'est-à-dire : démentant d'autre part ces oracles controuvés, Gicéron dit qu'il n'y en avait plus de son temps.
(•B) Cent ou cent vingt ans avant, précise la Démon., 2, 3, p. 209.
(C) Trecenlesimo, disent tous les mss. Ces trois cents ans sont comptés de Gicéron à l'époque de Porphyre et des Pères, qui rapportent les taux oracles ci-dessus.
(D) R ajoute : « qui ont étonné toute la terre » et omet quse prodita legimus.
(E) Omission (dans DAR; : M Tam diulumi silenlii causam Plularchus ad inlerilum dxmonum référendum putavil. A cette phrase se rapporte la note (7).
(F) Bodin (d'après Sleuchus, et comme D.-Mornay, o. c, 32, p. 7î)8) a fondu deux oracles en un, qui devient inintelligible. — Cf. Wolff, o. c, p. 234 sq. : Le prêtre d'Apollon ayant demandé au dieu quelle religion allait l'emporter, le dieu répondit en gémissant :
OT \j.oi aoï, rp:'T:oO£;, ttc/vx/v^iete ■ o'(/zt' 'AttoXXwv, o'i/£t', £tce\ cpXoyosv [j.i (i'.iÇcTai oùpiviov cpco;. Ailleurs, il confesse sa mort prochaine, à lui :
' Hv Zsû; kart te vuv ZeÙ; xkïTfferat. Q i/.Eya).E Zeu, orf| [j-oi /pz-^aiov înroXetTueTai r^vit-rJ.-j.. J'entends comme W'olfî qu'Apollon prédit ici la mort de ses oracles et l'éternité du dieu suprême, en disanL : 0 Zeus suprême, seule m'est laissée, il ne me reste que l'aurore de mes oracles (suppléez : qui vont donc vers leur couchant et leur fin).
(G) De l'aduenir a été déplacé par H. — MD de fuluris rogare, = d'interroger sur l'avenir. (11) Bodin cite encore avec légèreté Après avoir rappelé les oracles qui prédirent à Crésus la
fin de son empire, Gicéron demande pourquoi Delphes ne rend plus de tels oracles (= sur des intérêts aussi généraux) : « Cur is/o modo jam oracula Delphis non eduntur? » De divinat., 2, 57. Mais il nous dit formellement, ibid., 1, 19, que, de son temps, la Pythie prophétisait encore. Fonlenelle, Histoire des oiacles, 2, 1, partage l'erreur de Bodin.
(I) « Quand les daemons qui sont ordonnez pour le gouuernement & superintendance des » oracles & diuinalions viennent a défaillir, il est force aussi que les oracles périssent ». (Amyotj. Suit l'histoire de la mort de Pan. De orac. defeclu, 12 et 13. — Wier, o. c, 1, 7, pp. 13 b sqq., et D. Mornay, o. c, 32, p. 797-800, parlent longuement de la cessation des oracles à la venue de J. C, avec les mêmes références que Bodin.
fois (A)? El mesmes souuent il falloit mettre ses aureilles aux parties honteuses des femmes pour entendre la response de tels oracles : Ainsi que Cœlius Rodiginus raporle (B)qnil a veu au bourg (C) de Rege (s) vne sorcière qui parloit par ce mesme endroit et fort clairement [257] des choses passées mais fort obscurément de l'aduenir. Cependant la folie (/) des hommes a monté iusques a tel point que les responses de ces sorcières estoient vantées (u) comme des oracles diuins non seulement par les ignorans mais encores par ceux (v) qui auoient acquis (x) la réputation de gens de hault sçauoir (y) comme Iuslin, Eusebe, Laclance et Porphyre. Croyez (2), dicl Iustin (D), a la vieille Sybille Erythrée dont les liures ont esté conseruez par toutte la terre. Mesmes les oracles des Sybilles en vers grecs (a) ont esté rendus latins et on en a veu (b) il n'y a pas longtemps qui contenoient en abbregé l'histoire de la Bible (E).
(s) NBD in oppido Rhegio. M in oppidulo Rhodigio. — (/) MDPG Eo (amen erupit amenlia. B demenlia. N amendée (la phrase reste sans sujet). — (u) MDB jactarent. N venditarent. — (v) NB ipsi. MDl'G Mi ipsi. — [x] Ml) de se ipsi excilarenl. V ipsis excilarant. B ipsis excilarent. — (y) MDNB summum erudiliunis ac sapiendse opinionem. l'G erudidonem. — (2) MD Ilêt'97|TE, inquil Justinus, crédite. NB Crédite, inquit, etc. — (a) MDPNB versibus grascis excusa. G excussa (?) — (6) DPGB pervulgare non dubitavit Castalio. N evulgare. M promulgare.
(A) Innombrables références. Je ne citerai que celles que Bodin semble avoir connues (par Wier et D.-Mornay) ou a certainement connues (comme la Démon, le prouve). — Sur la fureur écumanle que cause à la Pythie la possession du dieu-démon, Virgile, En., 6, 46; Lucain, 6, 719; Plutarq., De orac. Py(hite,b, « a cause du dieu qui parle en elle », dit Amyol; S. Jean Chrysoslome, in Epist. lad Cor. Homil. '29, 2 ad finem. Cf. Démon., 2, 3, p. 207 et 3, 6, p. 384. — Que la Pythie parle en termes ambigus, Tertullien, Apologeticus, 22; Plut., De orac. Pyt/iise, 25 et De orac. defectu, 1; Lucien, Aiexander seu Pseudomands; Heraclite est cité par Plut., De orac. Pylhise, 5; Basile, Enarratio in octavum caput Esaix, ad finem, dans Omnia S. Basilii opéra, éd. de 1637, in-fol., t. Il, p. 203 d (Bodin pouvait consulter l'éd., avec traduction latine du médecin Jean (Jornarius, de Bàle, Froben, 1552, in-fol.). Cf. Démon., 2, 3, p. 206 sq. et 2, 3, p. 210. — Que les pylhonisses étaient ventriloques, Deut., 18, 11 ; I Rois, 28, 7; IV Rois, 23, 24 ; Il Paralip., 33, 6; Acl. Apost., 16, 16. Quelquefois aussi les Septante appellent les sorcières iTiioiloi ou <rrepvop.xvTeiç. Cf. Démon., Préface, p. 38; 2, 3, p. 207 et surtout 212; enfin, 3, 6, p. 382. Mais la source générale de Bodin dans ce passage est Wier, on va le voir.
(B) Dans son livre Des antiques leçons, 8, 10. — Toute cette dissertation sur les Pylhonisses est, à travers la Démonomanie, 2, 3, pp. 207-212, copiée de Wier, o. c, 2, 1, pp. 59 b sqq. Wier déjà nous parle du diable nommé obf, que les Septante appellent èyYaffTpfyiuôo;, c'esl-à dire : parle-ventre; de la Pythie, aussi ventriloque; de S. Augustin, des Actes des Apôtres, de Tertullien qui ont allégué la chose ; enfin de Cœlius Bhodiginus, dans les termes même dont use Bodin.
(C) In oppidulo Rhodigio de M est autorisé par le surnom Rhodiginus de Cœlius, et par Wier. (D; Justin le Martyr, Cohortudo ad Grsecos, 38 (Migne, t. 6, col. 310;.
(E) Cf. Démon., 2, 3, éd. de 1604, p. 208. Bodin y montre que les Sibylles étaient démoniaques, païennes, et n'ont jamais été reçues de l'Église. « Mais Laclance voyant que les Païens ne » faisoienl aucun compte de la Bible, s'efforça de faire entendre ce qu'il vouloilpar les prophéties » sibyllines, forgées peut estre a plaisir, auxquelles les Païens adiouslaienl foy. Et de dire que les » vers des Sibylles soient ceux qui sont imprimez et tournez du Grec en Latin par Castalion (qui » comprennent sommairement toute l'histoire de la Bible et rien autre chose), c'est vn abus assez » notoire : car il n'y a pas vn seul vers de ceux qui sont rapportez des Sibylles en Ciceron, en » Tile Liue, en Porphyre, Plularque et aux auteurs grecs ». Bodin fait allusion aux Sibyllina oracula de grseco in latinum conversa, Seb. Caslalione interprète, Basilese, 1546 (cf. Buisson, 0. c, t. II, p. 354). — Sur les Sibylles et l'authenticité des livres qui leur sont attribués, cf. Ellies Dupin, 0. c, t. I, pp. 70 à 74; et Bouché-Leclercq, Histoire de la divination dans l'antiquité, Paris, 1882, 4 vol. in-8.
Octaue. — Pour moy ie ne double point que loutles les Sybilles nayent esté tachées dauoir eu commerce & société auec les diables et ieslime que la preuue conuainquante d'vne superstition impie est de la vouloir appuyer sur les oracles des Sybilles comme sur de bons fondemens (c). En q.uoy Tertullien (8) me semble auoir failly lourdement quand il a voulu tirer la preuue de la religion cbrestienne de ce que les diables dans les obsédez rendoient raison des choses les plus cachées que les Chrestiens leur demandoient en louant la sagesse & la vertu de I. C et ne respondoient point aux autres prestres des paiens. Par ces mesmes responses des Sybilles il est dict que le nom de Dieu est de quatre syllabes (A) et, a fin que personne ne creust que ce fust ce sacré hierogliffique des Hébreux (B), que dans les premières syllabes il ny auoit que deux lettres, que la dernière [258] esloit de trois et que dans la totalité du mot il ny auoit que quatre voyelles (d) et cinq consonnes et que le tout composoit (e) le nombre de 1711. Ce qui adonné subiect a Cardan de croire que cestoit le mot 'Apuevixdv (C), dont il a esté raillé comme il le meritoit parce que le nombre des lettres ne se raporte pas (D), encores que tout le reste (f) y conuienne. Ceux qui ont esté plus subtils ont estimé que ce nestoit
(8) In Apologetico (E)
(<•) S fulis. MDTEAl'GB fundamentis. — (d, O/'GB.V vjealibus. M vocibus. — [e) MDTEPGli conficere numerum. N consislere numerum. — (/') MDTEI'G eieteru. .V cseleri (?) B omet la proposition lametsi caetera conveniant.
(A) Ellies du Pin, o. c, t. I, p. 72, note i, dit un peu différemment : « II [l'auteur qui a contre- » fait les livres attribués aux Sibylles] suppose que les lettres du nom de Dieu font le nombre de » 1697 : ce qui n'est vrai qu'en l'écrivant en grec, & barbaremenl ».
(B) Telragrammaton. Il s'agit du nom sacré (Jéhovah) qui ne s'applique qu'à Dieu, et qui en hébreu s'écrit : lod, hé, vau, hé (Dom Galmet, Dict. de la Bible, Paris, Emery, 1730, 4 in-fol., art. Tétragramme). — Les rabbins tirent l'interdiction de prononcer le nom de Jéhovah de Lévitiq., 24, 1(3, entendu dans un sens rigoriste : Celui qui maudira ^e verbe veut dire aussi : ponctuer, désigner distinctement) le nom de Jéhovah sera puni de mort. El Josèphe, Antiq. judaïques, 2, 12, 4, se croit interdit de transcrire le nom divin. (Vigouroux, Dict. de la Bible, t. 111, p. 1223 sq.). Cf. Heplapl., éd. Noack, p. 249.
(C) J'ai eu enlre les mains : Hieron. Cardani Mediolanensis Opéra, cura Caroli Sponii, Lugduni, Huguelan el Bavaud, 1GG3, 10 vol. in-fol. Mais ni la lecture attentive de tables, qui sont loin d'être exhaustives, ni, quand je feuilletais les volumes, la chance ne m'ont livré la référence que je cherchais. Je croirais loulefois qu'elle se trouve ou dans l'Horoscope de Jésus-Christ, que lisait Bodin (Dém., 1, 5, p. 121), ou dans le De rerutn varielale, qu'il lisait aussi (Démon., 2, 5, p. 244) ou dans le De sublilitale, où Bodin a sans doute aussi puisé (par ex. : histoire de l'antre de Trophonius, Cardan, t. III, p. 657 b; ambiguïté des oracles, ibid.).
(D) MD quod numeri litlerarum non congruant, = parce qu'en additionnant les chiffres signifiés par les lettres grecques, on n'obtient pas un total de 1711.
(E)Terlullien, Apol., 23 (Migne, t. I, col. 413 sq.). — D.-Mornay, o. c, 32, p. 800 sq., apivs avoir rapporté le passage de Tert., conclut : « Qu'est ce a dire, sinon que Iesus leur commande, » comme a des esclaues el par ses seruileurs mesmes? » Et il cile d'autres témoignages de l'empire des chrétiens sur les démons, dans Laclance, Lucien, Zosime. 11 n'y aurait rien d'étonnant que Bodin ail puisé encore à cette page.
autre chose que le mol yaÔŒtpopo; (!)) composé de quatre sillabes d'autant de voyelles et de cinq consonnes, les trois premières syllabes de deux et la quatrième de trois : et (g) touttes contiennent le nombre prescript : par lequel oracle est entendu le soleil qui porte la lumière, ou Apollon que le démon Appollineus (A) a proposé luy mesme aux hommes pour estre adoré comme Dieu.
Senamy. — Pour moi il me semble que le mot de <I>aô<7cfQûo; qui signifie Lucifer ou porte lumière conuient fort au créateur de toutte chose (B) qui seul peut dissiper les ténèbres et le brouillard de l'esprit des hommes.
Cubce. — Cest la finesse des démons de mesler tousiours le mensonge auec la vérité a fin de tromper plus facilement les idiots et de se faire admirer (/*) par eux. Cependant ils ne se faisoient entendre que (i) par des bouches en fureur : vous auez leu que ceux qui dormoient dans l'antre de Lebadius (7) Trophonius (C) qui est le temple de Mopse (/.) Dieu des songes espouuantez dans leur sommeil (D) et semblables a des furieux rendoient des oracles (0).
Summa = 1.711 (0) Pausanias in Achaicis (E).
(o) N seul omet et. — (h) MDl'Gli admiralionem nui conciliare N concitare. — [i) MDB ?iixi. N omet, à tort, nisi. — (j) MD Lebadio. NB Lepadio, barbare. — (k) MDI'GB Mopsi fano. N Mopsitanos, barbare.
(A) Le démon d'Apollon, celui qui a revêtu le nom et la personnalité d'Apollon, c'est-à-dire Apollon en tant que démon — le xvie siècle en général croit à l'existence des dieux du paganisme, mais y voit de mauvais anges : là-dessus cf. L. Lalanne, Brantôme, Paris, 1896, p. 138 — Apollon donc, en tant que démon, égare à dessein, par un oracle trompeur, l'adoration des hommes, due au vrai Dieu & rien qu'à lui, sur le faux dieu Apollon.
(B) Inexact : MD lucis totius creatori.
(C) Il s'agit de la caverne de Trophonius, pris de Lébadée en Béolie : d'où l'épilhèle Lebadius. Apollon, en mémoire de l'architecte Agamède, frère de Trophonius, qui avait construit son temple à Delphes, avait accordé au gouffre, où Trophonius s'était englouti, la vertu divinatoire.
(D) MD so»))iiis perterritos, = épouvantés par des songes. Cf. infra.
(E) Pausanias ne parle pas de Trophonius dans ses Achaïca. Mais, IX, 39, 2 à 40, 3, il nous indique les rites qui accompagnent la descente dans l'antre. Toutefois, Bodin semble, d'après H, le citer très inexactement : lui nous dit seulement qu'au retour le consultant, frappé de terreur, semble avoir perdu conscience de son existence comme de celle des assistants et ne se remet que peu à peu. Cf. Philoslrale, Apollonius de Tyane, 8, 19; Plularque, qui nous conte la descente de Timarque chez Trophonius, Du dsemon de Socrale, 22. Et c'est le récit de Pausanias qu'on trouve dans d'autres démonographes, par ex. Cardan, De subtilitule, c. 19 De d;emonihus, t. III, p. 657 b. On mettra Bodin et Pausanias d'accord en traduisant similes furent i bus, ainsi que la latinité le permet, par : comme frappés d'aliénation mentale.
DES SECRETS CACHEZ DES CHOSES SUBLIMES 7tt
Senamy. — Neantmoins certains Epicuriens (I) autresfois sestants moequé de cet [259j oracle en présence de Moyse (A) proconsul en Asie, on despesclia vu paysan a Mopse auec vue lettre fermée qui luy demandoit (/) lequel il aymoit mieux (m) pour sacrifice ou vue vache blanche (») ou vne noire : ce paysan sestant (o) endormi dans le temple fut esueillé en sursault (p) par vn bruit et estant reuenu deuers ces Epicuriens auec sa mesme lettre fermée dict qiiîl nauoit rien entendu qu'vne voix qui luy crioit (q) aux oreilles incessament ce mot, noire. Ce quayant apris le Proconsul il condamna les Epicuriens d'impiété et de la en auant (r) voulut tousiours sacrifier a Mopse. Mais escoutons llerrodole (2) qui viuoit du lemps (s) que les Apollons estoient grands parleurs. Il raconte que les Cnidiens sestans aduisez de creuser ou couper l'isthme d'Haliearnasse et nen pointant venir a bout (B) ils feurent a loracle (/) qui leur deffendit de combler ny de creuser l'isthme et que si Iupiter leut ainsy voulu il en eut fait vue isle : ce quaiants entendu ils quittèrent leur entreprise. Et la marque que Dieu en a ainsi (u) ordonné est que Demostene, Demetrius Poliorcetes, Calfgula, Néron, Domitian ayans entrepris de couper risfhme de Corinthe ils ont tous esté ou tuez ou faicts prisonniers ou leurs armées defl'aicles (Cj par ce qu'ils auoient mesprisé les oracles diuins & les ordres de la nature. Dou vient que les Athéniens ayants receu diuerses pertes a la guerre & se voyans affliger de diuerses maladies populaires eurent pareillement recours a l'oracle d'Apollon [260] qui leur ordonna daugmenter & doubler son autel (lequel esloit cube) d'vne autre moitié : les ouuriers igno-
(\) Plutarq., in lib. de oculorum defectu (D). — (2) Lib. I, c. 44 (E).
/ MDI'GB in qua nihil aliu l conHnebulur (.Y omet ce mot,) quam illud. — [m) MD mal le t. SB vellet — (m) MD airain an album, correct : cf. Plutarq. SB alrum an album. — (u) MDB rus lie us qui (S omet qui) obdormiveral. — (//) MD a somno excitutus. S somno. B a somniis. — 'q, MD insusitrrantis. SB susurranlis. — (»•) MDPG deinceps. SB deinde. — [s) D\B Herodolum, eu jus adule. M eu jus lempore. — (/) MD Pyllvum. SB Pylhiqin. — [u] MD ita decrevisse. SB isla decrevi>se.
(A) MD Al cum Epicurœi quidam oracula Mopsi coram Asise proconsule if ridèrent... L'erreur de 11 : « eu présence de Moyse proconsul en Asie », vient d'un texte fautif, par ex. : Moyse coram Asix proconsule. l'Iularq ne donne pas le nom du gouverneur.
(B) MU cxmenlis inoculos obsilienlibus, aul lalomis se ipsos vulueranlibus, omis.
(G) Mêmes réflexions dans le Theatr. nalurse, 11, f>, trad. Fougerolles, Lyon, PilIehoLLe, 1397, in-8, p. 2G5 sq. — On peut hésiler sur les sources de Bodin : Plularque, César, 58; Suétone, Caligula, 21, et Néron, 1'.». Pausanias, II, 1,5, et Xiphilin, G3, 16, noient en bloc, comme Bodin, la fin tragique de tous ces imprudents. Mais c'est Pline, H. nat., IV, 5, que VHept. me semble avoir copié : » Perfodere navigabili alveo anguslias eas tenlavere Demetrius rex, diclator Caesar, » Caius princeps, Domitius Nero, infauslo (ut omnium paluit) inceplo ». Les principaux personnages cités par Pline se retrouvent chez Bodin, dans l'ordre. Il n'est pas jusqu'à Domilien (dont je ne trouve le nom nulle part ailleurs) que je ne croie Bodin capable d'avoir été chercher, par légèreté, dans le Domitius de Domitius Sero .'
(D) C. Si). Ni le lalin de VHept., ni le français — qui pourrait être plus instructif — de la Démon , 1, 4, p. U9, ne permettent de déterminer si Bodin se sert d'une traduction, et de laquelle. Son récit ne suit celui de Plutarque ni dans les détails, ni dans la composition, ce qui semble prouver qu'il cite de mémoire, sans avoir de livre sous les yeux. C'est d'ailleurs l'impression que laisse la majorité de ses citations.
(E) Erreur. Hérodote, I, 174.
rans se contentèrent de mettre vn antre cube sur (v) cet autel cube. Mais comme la peste augmentoit encor dauantnge ils retournèrent a l'oracle qui leur reprocha que son autel n'estoit pas doublé. Sur quoy on conuocqua (x) tous les plus habiles géomètres de la Grèce pour doubler ce cube, ce que Platon après y auoirbien resué aiant entrepris et en estant venu a bout (y) (A), mais la ville despeuplée de citoiens, la maladie cessa (z). Remarquez ie vous prie que le Démon (a) grand géomètre auoit faict vne proposition aux Athéniens la plus difficile de touttes que personne encores iusques allors nauoit peu résoudre assauoir de doubler vn cube, ce qui ne se put pas par démonstration, ains seulement par vne raison phisique. Car il eus! fallu sur deux lignes proposées (1) en Irouuer deux autres moyennes proportionnées, ce qui ne sest peu faire encores (b). Nicolas Cusa (B) la (c) essayé; Orontius (C) sest vanté (cl) de lauoir trouué et par ce moien dauoir rencontré la quadrature du cercle (2) creuë impossible (<■). Mais Nonius Portuguais (D) et Buteo Delphi nas ont enseigné ce paralogisme (E) et en ont faict la démonstration. Ainsy Apollon se rendit encores plus fameux quil nauoit iamais esté, mesmes (/') Platon augmenta sa réputation (Fj de bonne foy en ce que suiuant le conseil d'vn (g) Egiptien (3) dont il auoit pris quelques leçons il prescha publiquement que par ceste response Apollon auoit voulu retirer les Athéniens du luxe, de
(1) Id quidem demonstrari potest in quibusdam, nemo tamen adhuc de omnibus praestitit. — (2) In lib. de circuli quadratura. — (3) Plut, in lib. de Dœmone Socratis (G).
(v) MDPG superposuerunt. NB supposuerunt. — {x) MDPGB (geometras) arcessere oportuit. N arcessiri. — (//) MDTEPGB quod tandem l'ialo cum uigffoXâêoiç prœslitissel. N y-.£<roXà6io. — (2) MD conquierunt (suj. indéfini). N csedes conquievit. B cœdes conquierunt. — [a) MUB daemona. N daemonem. — (b) B in quibusdam quidem ne tamen adhuc in omnibus praestitit : lambeaux d'une glose que NMD laissent hors du Lexle.— (c) MDPG Nicolaus Cusa lenlavit. N id lenlavit. B Chuso. — [d) MDNB jactavit. l'G putavit. — (e) MD TeTpaycovtsf^v penitus ignolam. NB ignolum (seul correct). — (f) N omet etiam. — (g) MDTEPGB ab Mggptio. N ab jEgyptiis.
(A) MD u.EToÀâêotç, omis, = par les moyennes proportionnelles.
(B) Le cardinal de Cusa (sur ce personnage, voyez p. 248, note) avait adressé au pape Nicolas V des recherches, plus lard réfutées par Iiegiomontanus, sur la quadrature du cercle.
(G) Oronce Fine (1494-1555), professeur au collège de France, croyait avoir découvert la quadrature du cercle et la duplication du cube. Il en traite dans Quadratura circuli et demonstrationes variœ, Paris, 1544, in-fol.: et dans De rébus malhemalicis hac tenus desideralis libri IV, Paris, 1556, in-fol.
(D) Pedro Nunnez (Nonius), 1492-1577, précepteur de dom Henri de Portugal, professeur à l'Université de Coïmbre, a écrit De erralis Orontii Finsei Delphinatis, Goïmbre, 1573, in-fol., réimprimé dans ses Opéra, Bâle, 1592, in-fol.
(E) Entendez : ont démontré que c'était un paralogisme. Joannes Buteo (Jean Borel de Romans, Dauphinois), 1492-1572, juriste et mathématicien, a écrit De quadratura circuli libri duo, Lyon, 1559, in-8.
(F) La réputation d'Apollon. MD sic Apollo admirabililalem sui multo quant antea excitavit, quam etiam Plato bona fide auxit.
(G) Ch. 8. Plularque autorise MDB ab /Egyplio; cet Égyptien est un prêtre de Memphis, nommé Conuphis. — Bodin avait déjà emprunté l'histoire de l'autel cube doublé, Démon., I, 4, p. 99.
la lubricité, de lyurongoerie et de lusure pour leur faire aimer le |261] chemin de la vertu et lestude des lettres.
Tohalbe. — Si les ouuriers eussent pris vne masse d'argille (A) de mesme poids que celluy de cet autel cube et que cette masse ils y en eussent adiousté encores autant et meslant le tout ensemble ils eussent composé vn cube de l*vne & de l'autre masse laffaire estoit faicte sans beaucoup de peine par vne raison phisique.
Salomon. — Les oracles d'Apollon aussy bien que ceux de Bahal soit quils soyent vrais ou faux ont esté rendus par les Démons (B) et Ion nen peut doubler pour peu que Ion les examine. Car jamais la Prestresse Pithie [h) ne respondoit que furieuse (C) la bouche escumante le gausier enflé les yeux esgarez (i) et souuent (/) par les parties honteuses la bouche fermée et faisant sortir les parolles du fond de l'estomach. Et les relations modernes nous apprennent que les prestresses (D) indiennes (k) estoient telles (/) auant l'arriuée des Espagnols en ces pays la lorsquils y ontaboly le culte des démons les sortilèges et les sacrifices de victimes humaines. Mais les oracles diuins estoient donnez seulement aux Prophètes par vn présent céleste (m)(E) comme la loy de Dieu (6) nous lapprend et estoient rendus un non pas dun esprit
(6) Numer., c. 12 (F).
(h) MDPG Pyfhius (faule). NB Pythia sacerdos. — (i) MDPG oculis lurvum luenlibus. NB inluentibus. — (j) NBM ssepius. D saepe. — (k) MDTEG sacerdote* indicas. NBP indicos. — [l) MDPG quo eliam in statu (fuisse legimus). NB suppriment in. — [m) MDPG concessu uc minière dei. NB concessa minière dei (oracula). — (n) MDPG quœ (N et) a prophetis reddebantur. B supprime a.
(A) Inexact. MD cubicam argillse massam.
(B) Tous les dieux des nations sont des démons, déclare Origène dans ce Contra Celsum, 3, 2 (Migne, t. I, col. 923), que Bodin a tant lu. Mais c'est là une conviction fréquente au xvie siècle : cf. p. 258 noie.
(C) Sur la fureur des Sibylles, cf. Contra Cels., 7, 3 (Migne, t. I, col. 1423). Mais l'important ici, c'est le discernement que l'ail Bodin des enchanteurs aux prophètes. Cl. Démon., 1. 4, p. 100 : « Ceux qui sont inspirez des Démons sont alors les plus furieux & insensez, et ceux qui sont » inspirez de Dieu sont alors plus sages que iamais ».
(D) MDB spécifient qu'il s'agit de prêtresses, sacerdotes indicas. Mais ou il faut lire indicos, ou Bodin, suivant l'idée d'une comparaison avec la Pythie, a encore cité par à peu près. Lopez de Gomara, Histoire générale des Indes occidentales, Irad. Martin Fumée, Paris, M. Sonnius, 1587, in-8,p. 37, nous parle de devineurs, ou « preslres du diable », ou « Bohilis », qui s'enivrent d'une herbe nommée Cohoba el dans leur furie prophétisent. Or, Bodin connaissait bien Gomara qu'il cite par ex. Rép., VI, 6, p. 721 et V, 1 , p. 487. Je trouve ailleurs dans Bodin : « Et pour estre » plus fort rauis, ils [ces prestres Indois] fermoienl les yeux, les autres s'aueugloient, sacrifians » les hommes el toutes sortes d'animaux a leurs idoles », Dém., 1, 3, p. 79. Ces détails, el toute la page qui les enchâsse, viennent de Gomara, 5, 14, p. 323. Montaigne (cf. Villey, Les livres d'histoire moderne utilisés par Montaigne, pp. 76 sqq.) emprunte précisément les mêmes détails, des prêtres qui s'aveuglent « pour accointer leurs démons et prendre les oracles » (Essais, I, 23, éd. Jouaust, t. I, p. 157), à la même page de Gomara. Mais, la Démon, étant de 1580, c'est donc à Gomara lui-même que Bodin a puisé.
(E) Cf. Démon., 1, 3, p. 83 : « Iamblique conclud que la prophétie nest point naturelle, ains
» que c'est le plus grand don de Dieu ». "O t Q (p *4~/f-}
(F) Num., 12, 6 : « S'il y a quelque prophète du Seigneur parmy vous, ie me montreray a luy » par vision ou parleray a luy en songe ».
Chauviré 6
82 JEAN BOPIN
furieux mais d'vne ame tranquille et ferme : & cependant Dieu ne sest iamais rendu visible a aucun mortel (7) fors a JVloyse (A) : quand aux autres Prophètes ils ne lont iamais veu qu'en songe ou en dormant ou par visions (o) nocturnes, dont Moyse Rambam (8) a faict dix espèces (B). Ce don toutlesfois de prophétie [262] pour toutte la vie na esté donné qu'a fort peu, comme a Samuel, a Osée (p) (C), Helie, Helisée et a Iesaye. Car tout autant de fois que Ion trouue dans l'escriture saincte que Dieu ou lange de Dieu (q) a parlé, cest a dire vn aduertissement prophétique arriué en dormant par songe (r) ou par vision (9) par exemple les visions d'Abraham et les colloques de Dieu auec luy &auec tous les autres excepté Moyse (D). Ceux qui ne comprennent (s) pas ce mistere tombent dans vne infinité derreurs. Quelquesfois neantmoins on est aduerty en veillant de ce quon a a faire (l) (1), mais cest par des sentimens intérieurs par le ministère de lange gardien. Et en dormant on entend souuent (par la permission de Dieuj [u) des vois, ou des bourdonnemens daureilles, ou bien on est espouvanté. A quoy se raporte ce qu'Helisée (v) (E) disoit a lob pour linstruire : Dieu (2), dict-il, ne parle iamais qu'vne fois ou deux en songe (x) ou visions (y) nocturnes quand on est dans le plus profond sommeil : si lhomme ny prend pas garde alors il bourdonne a laureille des hommes pour leur faire entendre sa volonté et leur imprimer sa doctrine (s) comme auec vn cachet (a) a fin de corriger l'iniquité (b) des faibles (F) et lorgueil des
(7) Num., c. 12 (G). — (8j In libro More neuochim (H). — (9) Moses Ramban in libro eodem. — (I) Vt lib. 3 Kegum, c. 18 et lib. 1, c. 16 (I). — (2) lob, c. 33 (J).
(o) MDPG visis. SB visionibus. — (pj MD Ahise. SB omeltent ce mot. B omet Helisœo. — (q) MDB Dei. S Domini. — (r) MDB in somnio. S in somno. — (<) MPGSB percipiunl animo. D prœcifiunt. — (/) MD quid facto. SB quid factu sit opus. — (u) MD uoces divinitus (SB divins) e.ruttdiunlur. — \v) MFJ'PGB Elihn Jobum inslrttentis. S Jubi (?). — (x) SBDPG in somniis. M in somnis. — [y) MD in viso. SB visu. — (z) MD ac [l'G uni) doctrinam. SB ac diuinam vocetn (?,. — (a) MDl'G velut impresso siyillo. SB ex/iresso. — (b) MDATEHG pravilalem. SB probitalem (?).
(A) MD lex divina aperte déclarât, omis.
(B) On trouvera ces dix espèces ou ■< degrés » de la prophétie dans la Démon., 1, 4, pp. 96-98. (G) Il s'agit d'Ahias, Dém., 1, 4, p. 99, qui prophétise qu'Israël va se scinder, les dix liguées
d'un côté et Juda de l'autre, III Rois, 11, 30 sqq. — H écrit Osée : la confusion s'explique : paléographiquemenl, par la l'orme ancieune de l'h, assez proche de l's; et autrement, par la notoriété d'Osée.
(D) « Et au dernier chapitre du Deuteronome [Deut., 34, 10], il est dit qu'il n'y eut iamais pro- » phele semblahle a Moyse, qui cogneut Dieu face a face ». Démon., 1, 4, p. 94.
(E) MD Elihu, est confirmé par le livre de Job. L'erreur de R s'explique comme supra, pour Ahias-Osée.
(F) MD tenuibus provitatem est seul conforme au bon sens. Quelle apparence que Dieu veuille enlever aux pauvres la vertu d'honneur (NB probilatem)1
(G) Num., 12, 6-8. « S'il y a quelque prophète entre vous ie luy apparoistray par vision, et par- » leray a luy par songe ; mais quant a Moyse mon esclaue fidelle, et loyal entre tous, il n'en sera » pas ainsi, car ie parleray a luy face a face ».
(H) Cf. p. 251 note.
(I) « Le Seigneur adressa la parole a Elie », 111 Bois, 18, 1. — « Enfin le Seigneur dit a Samuel », I Rois, 16, 1.
(J) Job, 3?, 14 à 17.
puissans. Conformément a lesaye .'< . Dieu, dict il, a la pointe du iour a frappé a mon aureille pour se faire entendre, il la ouuerte & ie me suis monstre obéissant. Mais personne ne songe a ce bourdonnement daureille que lorsque la chose est arriuée [cj. Et quand aux Prophètes de nostre nation (d) ils ont produit des choses admirables et en quantité pendant plusieurs siècles [263] (A) comme sousleuemens des peuples, ruines e) de villes, boulleuersemens de royaumes & massacres de Princes lesquelles prédictions après plusieurs années (f) (B) se sont trouuées véritables es temps quelles auoient esté marquées. Cest donc [g) de la voix de ces prophètes ou de leurs escripts qu'il fault demander des oracles et dans leurs seuls tesmoignages rechercher la véritable [h) religion (C).
Gcrce. — Il est vray qu'il fault rechercher les premiers Prophètes depuis Abraham et les Israélites : et neantmoins tous nestoient pas (i) Israélites, car Bileham estoit Caldeen (4) & a obtenu de Dieu le don (j) de prophétie et deux mil ans (k) auant que de tels malheurs arriuassent a prédit (/: d'admirables
(3) C. 50 (D). — (4) Numer., c. 23 (E).
(c) MUPG nemo nisi rêvera experlus inlelliget. SI! nisi expertus inlelligit. — [d) MDPG nostrœ geulis. NB noslris. — (e) DNB excidia lirais. M exodia ('?). — (/) Ml'GB multis {Nlanlis) posl œlatibus (U poslestalibus, barbare). — [g) MD ab his igîlnr [vocibus]. NB ab Us ergo. — [h) MON veru reliyionis lestUiionia, PUB verse. — (i) MUB nec lamen o-i nés se. arcessere oporlel . N indûment ajoute videmus. — (j) MON hausisse. BPG habuisse. — (k) MDB daobus annorum millibus. N duo millia annos, solécisme. — (Z) MDTËPG prie ce pisse animo. NB percepisse.
(A) MD Prophetis quidem nostrœ genlis vaticlnia admirabilia per multa saecula prodita fuere, = pendant de longs siècles les prophéties de nos prophètes se sont réalisées avec une constance étonnante.
(B) M multis post setalibus, — après bien des générations écoulées.
(C) Assommé par ce déluge d'érudition sur la valeur comparative des oracles, Guhrauer résume d'un mot l'immense développement qui commence p. 255: « Quand nous aurons parcouru louL » ce qu'on a dit et écrit sur les oracles, nous conclurons que seuls sont à croire ceux des pro- » phèles ». 0. c, p. 55. Mais : 1° en omettant ces pages, il semble qu'on manquerait à présenter une face pittoresque de la pensée de Bodin, parfois si hautement philosophique, parfois imprégnée de superstitions bizarres, et qu'ainsi ces extraits de YHept. auraient quelque chose d'incomplet; 2° j'ai montré plus haut, p. 252 note, que les chrétiens des premiers siècles, puis les hommes de la Renaissance avaient accordé une grande attention à celte question. La querelle, sur ce point, entre l'esprit critique et l'orthodoxie, continue après eux. L'anabaptiste Van Dale, antiquaire & médecin, dans ses De oraculis veterum ethnicorum dissert aLiones duse, Amsterdam, 1683, in-8 et 1700, in-4°, prouve que les oracles des païens ont eu pour cause non le démon, mais la supercherie des prêtres; Fonlenelle, dans sa fameuse Histoire des oracles, vulgarise cette thèse et cherche en outre à prouver que les oracles n'ont pas cessé à la venue de J.-C. De son côté, le jésuite J.-Fr. Ballhus, de Metz (1667-1704), dans sa Réponse à l'histoire des oracles de Fontenelle, Strasbourg, 1707 et 1709, contredit l'une et l'autre assertion, et attribue au diable au moins une partie des oracles païens.
(D) Isaïe, 50, 5. — Cf. Démon , 1, 4, p. 105 : « Aussi lisons nous en lob que Dieu ayant pitié » des hommes les aduerlit en songe et leur tire l'oreille ». {Job, 33, 15 sq.).
^E) .Vu?n.,23,7 : « Balaac roy des Moabites m'a faict venir d'Aram, des montagnes de l'Orient ». — Cf. ibid.i 22, 5.
changemens dans le monde (À). lob (5), pareillement Elihu (6) (m) et Eliplias (7) quoiqu'Arabes auant la publication de la loy (B) ont esté des prophètes 1res renommez.
[Senamy remarquant que les songes divinatoires se rencontrent également chez les profanes, Pisistrate, Caracalla, Salomon répond que la plupart du temps nos songes sont trompeurs; puis il indique un critérium pour connaître les songes trompeurs des véridiques, auxquels on peut communément donner le nom de divination].
L264] Mais la prophétie est appellée singulièrement (a) (G) vne force diuine accordée par vne grâce particulière pour sçauoir et prédire ce qui doibt arriuer : laquelle faculté n'a pas seulement esté accordée aux anciens, mais aussy souuent a plusieurs de nostre temps. Et quoy que nous voyons dans les commentaires des Iuifs (D) qu'après estre retournez de leur exil les prophéties ont cessé, ce n'est pas a dire pour cella que depuis ils n'ayent pas esté fauorisez de quelques [265] songes diuins (E), mais pour nous apprendre seulement que la voix de Dieu a cessé de se faire entendre par la bouche des prophètes qui annoncoient (b) aux princes & au peuple sa volonté & (c) ses
(5) lob, cap. vltimo (F). — (6) lob, c. 33 (G) — (7) lob, c. 4 (H).
(m) MDPG Jobum, JSlihum, Eli;>ham. S Jobum, Hélium, Helisam (faiilif). B Jobum, eliam Helisam (fautif). — {a) MDATEN Leyser (somnin vera) qux in universum communi quaclam appellalione [vaticinia dici possunl. Prophelia vero singulari quadam appellalione] dicilur divina vis. PGB omettent les mots entre crochets. — {b) MDI'GB denunciarenlur. N annunciarentur. — (c) MDPG legesve. NB legesque.
(A) MD prœcepisse est exigé aussi par le sens. Allusion à N'um., 24, où Balaam prédit jusqu'à la conquête de la Judée par les Romains, et (aux yeux des chrétiens) jusqu'à la venue du Christ : « Vne esloile sortira de Iacob », etc.
(B) « On y trouve [dans le livre de Job] une infinité de termes arabes et syriaques ». Ellies du Pin, o. c, Dissert, prélimin., p. 38, note u. — « On croit communément que Job a été avant » Moïse ou du moins de son temps, parce qu'il n'y est point parlé de la Loi écrite », Ibid., p. 12.
(C) Le texte de MD est seul intelligible. Salomon vient de dire qu'en langage commun, communi quadam appellalione, on appelle divination, vaticinia, les songes véridiques. Mais, ajoute-t-il, la prophétie proprement dite, singulari quadam appellalione, se définit une impulsion divine, etc. — L'erreur de PGB s'explique par le voisinage des deux quadam appellatione.
(D) Josèphe, Antiquités judaïques, 3, 9. — « Et mesmes nous lisons i's docteurs Hehrieux » [ftabbi Iosué ben Leui], que iaçoil que l'oracle de Urimel Thummim cessast après le retour de » Babylone, si est ce que lousiours on oyoit quelque voix diuine ». Démon., 1, 4, p. 106.
(E) Somnia divina. Celte expression est éclaircie par la lecture de Dém., 1, 4, tout entier : « De la prophétie et autres moyens diuins pour sçauoir les choses occultes ». Il y a trois moyens divins : la prophétie, les songes d'origine céleste, l'ordalie par Urim & Thummim. On peut connaître l'avenir par d'autres moyens, mais qui sont diaboliques et magiques.
(F) Job, 42, 5 : « Maintenant mon œil le voit ». Cf. versets 7, 8 et 12.
(G) Job, 32, 8, où Elihu revendique pour lui l'inspiration du Tout-Puissant. Elihu indique bien, Job, 33, 15-16, les conditions ordinaires de la prophétie, mais d'une façon générale et sans indiquer qu'elles soient réalisées pour lui.
(H) Job, 4, 12 à 16 : « Or la parolle secrelte m'a esté dicte, elc... Et quand l'esprit passoit en » ma présence, les poils de ma chair en ont eu horreur ».
DES SECRETS CACTIEZ DES CHOSES SURLIMES 85
loix. Et nous en auons encore pnrmy nous (A) qui pour leur conseruation ou de leur prochain reçoiuent en songe (d) des commandemens de la part de Dieu ou pour euiter les ambuches de leurs ennemis ou pour se corriger de leurs vices ou pour les diuertir de leur impieté & superstition en les ramenant dans la véritable religion et (e) pour estre esclaircis es choses douhteuses. Et certainement les songes & visions nocturnes ont plus deffîcace que tout ce que Ion peut faire estant esueillé. Comme lorsque Abraham croioit if) en dormant (B) intercéder pour les villes de Sodome & de Gomorre et parler a Dieu familiairement, cette prière neut pas moins de force et peut estre (C) encores plus (g) que s'il leust faicte en veillant. Et Salomon qui simagina (2) en dormant (/*) qu'il demandoit a Dieu le don de sagesse, cette prière en songe [i) opéra elle pas iusques la que Dieu luy respondit (D) que ses vœux auoifuit esté exaucez, el, en effet de la en auant fut doiié de tant de lumières qu'aucun autre ny auparauant ny depuis na iamais acquis tant de connoissances.
Eederich. — S'il fault se raporter (/') aux songes pour y fonder nostre religion et le chemin de nostre salut, tout est perdu, puisque S. Paul (3) vous aduertit de vous deffendre soigneusement des faulx prophètes et que si vn ange descendoit du ciel en terre (A) pour vous enseigner vne autre doctrine que la sienne (7), il ne fauldroit pas l'escouler : par (m) quoy il donne assez a entendre qu'il ne fault point escouter les nouueaux prophètes les Apollons ny les oracles sur le faict de [266] la meilleure religion, puisqu'il monstre clairement que cest celle des chrestiens (n).
(2) Lib. I Regum, c. 3 (E). — (3) Ad Galat., 1 (F).
(d) MDTPSB in somniis. G in somnis. — (e) M"PGB ac. N sive. — [f\ DPGSB (cum Abrahamus) viderelur. M viderentnr, inadverlance. — [g] MD haud scio an efficacior. SB nescio an non elficacior. — lh) MDSB in somniis. PG in somnis. — (i) DPGSB in somjiiis. M in som?iis, négligence. — [j) MDPG revocemus. SB revocaremus. — (k) MDPGB in terras. S in lerram. — l] MDBS quam quee. ah eo (PG ab ipso) tradita sunl. — [m] MDPG E.r qno salis innuit, {li In quo. S Qno. — 'n) MDPGB cum nper/e doceat. esse chrislianam (se. religionem). S esse christianum (?).
(A) Voyez dans la Démon.. 1, 2, pp. 70-75, l'histoire d'un gentilhomme que Bodin connaît parlicnlii remenl el refuse d'ailleurs de nommer, lequel a un démon familier qui l'avertit en songe et le préserve des embûches, du péché, de l'hérésie; à l'opposé, l'histoire d'un Angevin, également bien connu de Bodin, en proie à un esprit malin, Démon., 2, 3, p. 216. — Nombreux sont, au xvie siècle, les personnages qui passent pour avoir leur démon familier. Cf. L. Lalanne, o. c, p. 13'J sq.
(B) Le texte dit : « Le Seigneur derechef s'apparut a luy [Abraham] en la plaine de Mambré, et » iceluy esloit assis a l'entrée de son pauillon en la chaleur du iour ». Genèse, 18, 1. Bien n'indique qu'Abraham dormîl. Mais les théologiens hébreux estiment que celte apparition du Seigneur, venant lui annoncer la ruine de Sodome & Gomorrhe, fut un songe qu'Abraham eut en sommeillant. Dém , 1, 4, p. 98.
(G) MD haud scio an efficacior est seul correct, = je ne sais si sa prière ne fut pas plus écoulée. Haud scio an suffit à signifier : je ne sais si... ne... pas. peut-être el probablement. Faute d'avoir connu ce sens, NB se sont cru obligés d'insérer un non fautif devant efficacior.
(D) Omission. MD eodem somnio.
(E) Erreur : III Rois, '6, 5-12 : <■ El le Seigneur s'apparut a Salomon de nuict par songe », etc.
(F) « Or si nous mesmes ou vn ange du ciel vous euangelise aulrement que nous ne vous auons » euangelisés, qu'il soit maudicl ». Ad Gai., I, 8.
Senamy. — Parce que les Iuifs rejettent non seulement S. Paul mais tout le contenu du nouueau Testament et les Mahometans tous les escripts des chrestiens (o), il nous fault seruir et rechercher d'autres tesmoignages (p), & pour moy ie ne connois rien de plus accommodant que de veoir laquelle des religions est la plus ancienne car cest vn grand preiugé que cella est la meilleure (A).
Tohalbe. — Si par lancieneté nous voulons décider de la bonté & de la vérité de la religion, il nous fault remonter (q) iusques au premier Père du genre humain pour la trouuer. Car il est a croire que Dieu lui a communiqué (r) par priuilege spécial la meilleure religion (s), les meilleures mœurs (/), la meilleure conduicte, la meilleure science et finallement touttes les plus parfaictes vertus de lame, puisque (w) cest de Dieu qu'il a appris le sainct langage pour s'exprimer (B) et la conoissance pour donner vn nom a tous les autres animaux et créatures, chacun selon leurs natures, leurs facultez et leurs puissances (C), car il neust pas peu parler ny connoistre touttes ces choses de soy mesme (v) lesquelles il ne pouuoit apprendre f.r) que par vn si bon maistre et son créateur tout ensemble (4). Ce premier homme (et personne
(4) Philo in allegoriis (D).
(o) MDPGB Chrisli'tnorum scripta. S chrislia.ua. — {p) MDI'G ulendum nobis est. NB nobis utendum est. — (q) MDI'G origo repetenda. \B pe/enda. — (r) MDPGB {hune) a. Deo subornutum fuisse oporlel. N a Deo exornalum nportel. — (s) NB orne lient optima religio'ie. — (t) B omet opt'nnis moribus — (m) MDPGN enim. B etiam. — (v) MDPGN neque enim per sese eloqui jioluisset, aut omnium animanlinm fquibu.t ex insitn cuique vi et polestate nomina indidisse dicilnr) uaturai nisi ab optimo parente ac maqistro eruditus, etc. B neque eliam per sese eloquium (quo animi sensu patefacerel) nisi a Deo tanguant optimo parente, etc. — (x) MON hausisset. PGB habuisset.
(A) Nous avions déjà senti, supra, p 236 sq., quel poids Bodin donne à la tradition, à l'antiquité, quand Senamy se demandait s'il y avait intérêt à changer une religion moins bonne, mais invétérée dans l'âme du peuple, pour une meilleure, mais neuve. Et à ce propos, j'avais cité quelques textes de la Rép. où Bodin applique ce raisonnement à la politique. En voici un autre plus caractéristique encore : « La reuerence de l'antiquité est si grande, qu'elle donne assez de » force a la loy pour se faire obeïr de soy mesme sans magistrats ». Rép., IV, 3, p. 400. Et la principale preuve de l'excellence de la monarchie française, c'est sa haute et majestueuse antiquité. Ibid., VI, 5, pp. (385-688. Cf. mou lean Bodin, IV, 3, 3 ad finem.
(B) Pour s'exprimer semble bien la traduction de quo animi sensa patefacerel, qui esl dans B seul.
(C) Cette idée que la langue hébraïque, d'origine divine, définit excellemment êtres et choses par les noms seuls qu'elle leur donne, est familière à Bodin : cf. Heptapl., V, p. 389; Theatr. naturse, III, 16, p. 606; Démon., I, 5, p. 122. On en verra les sources infra.
(D) J'ai eu en mains : Philonis Iudaei Opéra exegetica, Turnebo et Haeschelio interprelibus, Coloniae Allobrogum, P. de la Rouiere, 1612, in-l'ol., graeceet latine; et Philon le lui f, OEuures, translatées. . par Pierre Bellier, augmentées par Frédéric Morel, Paris, Cl. Chappelain, 1612. — La référence des Allégories semble erronée. Le passage imité me paraît le suivant : <• Au reste » Dieu luy donna vne belle commission de donner les noms aux choses, lequel acte sent son Roy » el sage homme... Il est dit doneques que Dieu amena loules les bestes a l'homme a fin qu'il >. vist comment il les appellerait. .. Par ce moyen il le vouloit esprouuer comme faict le maistre » l'escholier qu'il cognoist, resueillant le naturel d'iceluy el le prouoquant a la contemplation de » ses œuures a fin qu'il leur donnast des noms propres et conuenables, representans naïfuemenl » les proprielez des choses : car estant encores la nature raisonnable toute pure & nette dedans
n'en doubte; a instruict et esleué ses enfans qui luy feurent très chers dans louttes sortes de vertus et principalement dans la vraye religion assauoir dadorer vn Dieu seul éternel et de luy faire sacrifice de prières, de fruicts et d'animaux que l'on faisoit consommer [y) par le feu (A) : le manger des viandes nàyant ^267] point esté en vsage auant le déluge (z) (5).
[Salomon montre alors, par un long développement historique connexe à cette assertion de Toralba, que la religion juive est la plus ancienne, et partant la meilleure. La religion d'Adam s'est perpétuée en sa pureté, de génération en génération, jusqu'à ce que les descendants d'Abraham se soient laissé séduire à l'idolâtrie des Égyptiens. C'est alors que Dieu, se souvenant de l'alliance qu'il avait faite avec Abraham, a envoyé Moïse et sa loi écrite aux hommes pour renouveler en leurs cœurs le souvenir perdu de la loi naturelle. On voit donc ce qu'est la religion hébraïque aux yeux de Salomon-Bodin : un simple rappel, une reproduction de la religion naturelle et universelle, 267-269].
[270i Toralbk. — Donc il est certain que la meilleure et la plus ancienne religion a esté par la bonté de Dieu inspirée aux hommes auec iuste raison (B),
(o) Zonaras, lib. 1 (C). —
y MDB sacrificio consumerentur. N sacrificiis. l'G absumerentur. — (z) MSB colluviones. DPG eluviones.
» l'ame, el n'estant aucunement troublée d'infirmité ou maladie ou passion, et consequemment » ayant certaines cognoissances de la nature des corps et des choses, elle trouuoit des noms tous •> propres elles appliquoil fort bien a propos aux choses designées el signifiées, de sorte qu'incon- » tinent qu'ils esloienl prononcez, les natures el proprietez esloient entendues el cogneuës ». De la création du monte, trad. Bellier, p. 61-62. (Je suis d'autant plus fondé à croire que VHept. copie ici le Iraité De la création du monde, que le début du couplet, où Toralbe avance que Dieu avait doué Adam de toules les vertus, est inspiré du même Irailé, ibid., p. 55 à 63, passim). Quant à celle idée que l'hébreu esl la langue divine, primitive, parfaite, Bodin la rencontrait dans maint auteur à lui familier. S. Augustin émet celte pensée, toute voisine, que l'hébreu était, au commencement, la langue universelle de toute l'humanité, De civ. Dei, 16, 11. Proche aussi esl celte conviclion de Jamblique et des thaumaturges néo-platoniciens qu'en goétie seuls les noms hébraïques de Dieu ont sur lui un pouvoir évocateur. El de Jamblique, celle conviction avait passé : 1° dans tous les auteurs qui s'élaienL occupés de cabale : Jean Pic en ses Positions magiques, Reuchlin en son De arte cabalistica. Corneille Agrippa, tous assidûment lus par Bodin: 2° dans les pratiques courantes de la magie. Cf. Démon., 2, 1, pp. 180-181.
(A) Genèse, 4, 3 sq.
(B) Faux sens cerLain. MD optimum atque antiquissimam omnium religionem ab œterno Deo cum recta ratione mentibus humanis insitam, = la meilleure et la plus ancienne religion
c.-à-d. la Juive) est, par le bienfait de Dieu, déposée, innée dans l'âme humaine en même temps que la droite raison. B mil dem rechten Vernunfl eingepflanzt. — C'est toujours, sous une forme à peine différente, l'idée que raison ou loi naturelle, d'une part, religion ou loi hébraïque, de l'antre, coïncident.
(C) Nombreuses éditions. J'ai vu : Chroniques ou Annales de lean Zonare, trad. par 1. Millet de S. Amour, Lyon, Macé-Bonhomme, 1560, in-fol. ; les Histoires el chroniques du monde de Ion Zonaras, trad. par lan de Maumont, Paris, Vascosan, 1561, in-fol.; une aulre trad. (en latin, par Jean Aymin, Paris, Chaudière, 1567, in-fol. J'y lis : « Deus autem se non amplius » talem cladem terrae immissurum dixit [se. à Noé sorlant de l'arche après le déluge] et vesci » iussit animanlibus ». L. I, 4. Donc auparavant l'homme n'élait pas Carnivore.
88 JEAN BOMN
laquelle ne leur propose que luy seul (a) pour estre adoré. Puisque nous auons monstre ey dessus que ce Dieu extrêmement espuré de toutte crasse corporelle est créateur et conseruateur de touttes choses, lequel estant tout bon (b) & tout grand (A), le culte souuerain aussi nest deub qua lui (c) seul : et que le rendre aux autres diuinitez qui sont ses créatures ou (d) de les mesler ensemble (B), cest ce que personne ne peut faire sans estre coulpable de la dernière impieté. Quiconque donc aura vescu de sorte quil se sera attaché inuiolablement au seul culte de Dieu selon (C) les loix de la nature, ie ne doubte point quil nait la mesme béatitude dont iouïssent maintenant Abel, Henoch, Noe (e), Sem, Abraham, lob (D) et (f) tous les autres que Dieu par son tesmoignage sacré a reconneu très saincts et luy (g) estre très aggreables. Et Platon na iamais rien dict de plus véritable assauoir que les premiers Pères du genre humain auoient dautant plus de probité que leurs descendans que plus ils approchoient de la pureté (E) des Dieux (h), desquels (F) les marques des premiers siècles dor (?) sescouloient (j) iusqu'a leur postorilé. Et Simplicius(G)mesmement autant cnnemy des Chrestiens que des Iuifs dict que lame la plus accomplie en toutte perfection est celle qui ne regarde que Dieu (k) et
(a) MDPG et quidem (SB ac) soluin homini colendum. — (b) MDPGN oplimus maximus. B omnium maximus. — (c) MDl'G illi. NB ei. — (d) DNB mit. M ac (conjungere). — (e) MPG Noha. D Nohamus. NB Noak. — \f) MDPGN caeteri. B cmterique. — (g) MPGBN sibi (D sic [?]) gratissimos. — (/<) MDN ici est : oi roxXatot xai xpëfrroveç ^y-wv xat (B supprime xal) ÈyyijTepO'. ôeàiv oÎ/.ouvtî;. — (i) MDTEPG ad posteras aurei (NB ad poslerorum aures [?]) vesligia prisca sœculi. — (/) MDN dimunarunl. B demanarunt. — (k) MDPG Deum. MB dominum.
(A) Oplimus maximus, ce sonl les épilhèles que portent le Jupiter antique, dieu suprême, et qui peuvent faire croire que, par lui et sous son nom, les anciens ont reconnu le principe du monothéisme. Cf. Gic, De natura Deorum, 2, 28 et 31; D. Mornay, o. c, p. 58; et Hept., p. 224 sq.
(B) Inexact. MD cxlera numina, qux ab eo creata sunt, honoris cullu illi anleferre aut conjungere = lui joindre ou lui préférer dans l'adoration d'autres prétendus dieux, ses créatures.
(C) Inexact. MD purum Dei cultum et natures leges. R n'entend point cette idée si intéressante de l'identité de la loi naturelle avec le culte du vrai Dieu.
(D) Salomon vient d'énumérer, supra, p. 268 sq., les faveurs par où Dieu a montré sa faveur à ces sainls hommes : l'assomption de Hénoch, Noé avec les siens épargnés pendant le déluge, elc. Voici les principales références : Abel, Genèse, 4, 4; Hénoch, Genèse, 5, 22-24; Noé, Gen., 8, 9; Sem, Gen., 9, 26; Abraham, Gen., 12, 2 sq. ; et sur les quatre derniers, Sirach, 44, 16-20; Job, Job, 42, 7, elc. — Cet argument de la sainteté des hommes antérieurs à Moïse, qui ont pratiqué la religion naturelle, est un des plus chers à Bodin ; il le répète à satiété dans ïllept. Source : Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon, 27. Justin, lui, comme bien on pense, le tournait k l'avantage du christianisme.
(E) Entendez que les premiers hommes, en contact plus étroit avec les dieux, étaient meilleurs que nous, & que leur excellence diminue avec les générations. C'est le progeniem viliosiorem d'Horace et de tous les poètes anciens. Quant au texte de Platon, Bodin le cite un peu inexactement, peut-être de mémoire. Le voici : Kal oi [j.kw 7rxAauoi', xpeforoveç Tjawv xcà iyyurépiù Osàiv oÎxcuvteç. Philèbe, 6 (H. Eslienne, t. 2, p. 16 c d.).
(P) Desquels représente nos premiers pères.
(G) Commentaires sur diverses œuvres d'Arislole, etc., édités au xvie ^siècle. Voici le texte : Ilaaa ■/] ttj; av0po)7u'v7); 'lu/r^z TSÀstdnrj; Et; T7]v Tzph; 6sàv S7:'.<7rpocpYjv xal t^v aùxoù <7ÔvTa;;v a-jtoxopucpouTOu, Comment, sur Epictète, 53. Toute la perfection de l'âme humaine [s'aiguise =] arrive à son point le plus haut quand elle se tourne vers Dieu et se range à son côté.
(/) adiouste vn peu [2711 après f A) : tant que lame de lhomme tiendra (m) par de fortes racines a son autheur elle pourra aysement se conseruer saine et entière dans la pureté on elle (n) a esté créée : mais h) en estant arrachée elle se corrompra & de&seichera iusques a ce qu'elle retourne a l'autheur de de son estre (p).
Senamy. — Si celte bonne & ancienne religion naturelle la plus simple de toultes est suffisante pour la vie heureuse, quest il besoin de tant de sacrifices, de cérémonies, de coustumes que la loy de Moyse commande (B)? Car a ce que nous voyons Ion ny sacrifie pas seulement des animaux, mais des victimes humaines, puisque lephté (q), roy des Israélites, immola sa fille vnique (r) presque dans le mesme temps qu'Agamemnon en fit autant d'Iphigenie la sienne.
Salomon. — 11 semble qu'Abel ayt le premier appris par la nature a sacrifier des bestes et les autres après luy, mais les victimes humaines par vne coustume très abominable ont esté en vsage pariny presque (s) tous les peuples de la terre, assauoir Caldeens, Persans, Amorrheens. Grecs, Italiens, Gaulois, Pceniens et Indiens (G). Toultesfois lephté i/) nimmola pas sa fille comme presque tout le monde la estimé, mais il la bannit de sa présence pour
(l) MDNB idem. PG igilur (confusion avec un igilur Subséquent). — {m) MD cohaeserit. NB ad/iseserit. — (n) MD crealus est (suppl. : homo). NB creatu est (mens humana). — (o) MD veto. NB aulem — [p] MDPG ad originis (NB origine»! <•/, autorem. M kvojrr,, barbare. DTEN ÈvwQrj, barb. li ^voOrj, barb. Conjecture : IvtoffOyj. — [q) 'MDPG Jephle. NB Jep/ila. — (r) MDPG filium, quam liabuil iiniram. NB suppriment indûment unicam. — (s) DI'GNB fere. M psene. — {l) MD Jephle. NB Jephta.
(A) D id est : xt.oit.xtj.'jX oà àaur^v xîu oçov xo ' éaut^ a7iop2tÇaxr/<7a, îx£?(kv fxapat'vîtx'. xat cp6i'v£i, Éw; àv -xÀ'.v È-'.TTpac&r, y.y.i ÈvioOr, -poç t^v atxt'xv. T écrit : ècp àaurr, à.TZOOai^ûvy.riy., que seul j'entends, ïr\ (dal.j signifiant : à la portée, au pouvoir de. Je comprends alors : Mais quand l'âme s'arrache à Dieu, et, autant qu'il est en elle, se déracine, dès lors, à l'écart, elle languit et s'étiole, jusqu'à ce que derechef elle soit tournée et poussée vers son principe. — Je n'ai pas trouvé cette citation dans Simplicius. Mais les expressions qu'un lui prèle ici sont tout à fait conformes au reste de l'ouvrage. Ne peut-on supposer que Bodin, gardant un souvenir général assez net du Commentaire, aura résumé son impression en une phrase qu'il aura écrite en grec pour l'authentiquer? Pour m i part, je l'en crois capable. Ce ne serait pas son coup d'essai (cf. p. 222, note sur Proclus). El l'emploi de la forme barbare £vto6rt (p. èvwrOri) est peut-être une aulre indication dans ce sens.
(B) Allusion au Lévitique.
(C) Salomon essaie d'établir que les sacrifices humains ont élé inconnus au judaïsme. Sources : Wier et D.-Mornay, qui voient dans le sacrifice humain la marque des fausses religions. Wier nous cite sur les Gaulois César, liv. 6; nous conle l'histoire d'Iphigénie, du fils de Créon réclamé comme victime par Tirésias pour assurer la victoire aux Thébains, de l'oracle demandant le sacrifice d'une pucelle aux Messéniens, etc., o. c, 1, 6, p. 11 a sq. D.-Mornay nous cite Tibère, « qui fil crucifier les sacrificateurs au bois mesme ou ils souloyent sacrifier », les meurtres religieux rapportés par Wier, plus ceux des Crélois, des Chypriotes, des Druides, des Carthaginois à Moloch, o. c, 23, p. 527 sq. Voilà cités tous les peuples par Bodin énumérés, hormis les Indiens, qu'il trouve chez Lopez de Gomara, Hist. gén. des Indes, trad. M. Fumée, Paris, M. Sonnius, 1587, in-8, 2, 21, p. 74 b; 2,25, p. 79 b; 2, 89, p. 177 a; 2, 91, p. 179 a; 3, 22, p. 241 b. La conclusion, que Salomon laisse dans l'ombre, D.-Mornay nous la donne : « [Ces » sacrifices se faisoient] auec vne cruauté si exquise que le Diable & non aulre n'en pouuoit » estre l'inuenteur. Oui doutera après lout cela, que ces dieux ne fussent diables? » (p. 528).
auoir faict vœu (A) de chasteté (?/), comme linterprete caldeen (B), Raby Leui ben Iarson (u) (C) [et] Dauid Kimlii (D) auec plus de vraisemblance lasseurent (x), et ont plus de raison que ceux qui veulent (y) que lephté ait esté parricide de sa fille. Et a cette opinion conuient fort bien ce que lhisloire remarque que les filles tous les ans alloient la consoler (z). Car le mot hébreu qui signifie pleurer (4) signifie aussy consoler et se doit [272] plustost entendre dune façon que de l'autre (E) et est plus croiable que lephté (a) sacrifia au lieu de sa fille des choses qu'il estoit permis d'immoler par la loy de Dieu.
Toralbe. — Si la loy dicte naturelle et la religion naturelle que la nature inspire dans les cœurs est suffisante pour le salut, ie ne voy point pourquoy les cérémonies et (b) les coustumes de Moyse soient nécessaires.
Salomon. — 11 ny a rien de plus ancien ou de plus sacré dans la Bible que la loy de Dieu qui peut se diuiser en trois. Car outre l'historique (Y) il y a la
(4) Iudicum c. 11. lllud obiici potest, Numer., c. 17 (F), cautum fuisse vt mactaretur quidquid Deo consecratum erat, siue homo siue bestia : sed responderi potest aliudesse vouere, aliud consecrare.
(u) MDPG perpetuse caslllati votam. B perpétua; castitalis voto. N perpetuse castitatis votum (?). — (v) MD ben larhii. N ben Gerson. B omet les deux rabbins. — (x) MDPGN interprelantur. B omet ce mot, et laisse la phrase sans verbe. — (,'/) MDPGB incusant. N accusant. — (z) MPGN inviserent et consolarentur. D iniriserenl, barb. B invi<erunt, et omet etconsolarentur. — (u) MD Jep/ilen. NB Jephtam. — [b] MD ac. NB omettent ac. — (c) MDB hisloriam. N historiarum libvos.
(A) MU perpetuse caslilali votam a se amandavit, = il prononça pour elle un vœu d'éternelle chasteté et l'exila.
(B) Qui est-ce? Bodin lui-même, Hept., V, D fol. 152a, nous cite trois Targum : celui d'Onkelos ou Aquila; celui de .lonalhan, appelé aussi Théodotion ; la paraphrase de Jérusalem. Or il lit Onkelos, supra, p 253; mais il lit aussi .lonalhan ben Uziel, Démon., Réf. de Wier, p. 536. Et le doute reste entier.
(G) MD Rabbi Levi ben larhii. Je ne trouve, à se rapprocher de ce nom, que R. Salomon [et non : Levi] larcin Raschi, né à Troyes, 1040-1105, auteur de Commentaires in Pentateuchum, souvent réédités depuis 1475; in Canlicum, Ecclesiasten, elc.,Na.p\es, 1487; in Talmud, Venise, 1520, in-fol., etc. — Au contraire, si on adopte le texte de R, on découvre un Rabbi Levi ben Gerson [Ralbagh], mort en 1370, qui a laissé Milchamot Adonaï, les guerres du Seigneur; un commentaire in Job, Ferrare, 1477; in Pentateuchum, Mantoue, s. d. C'est bien ce R. Levi que Bodin a entendu citer ici. 11 appelle l'autre Rabbi Salomon, infra, p. 276. Comment la faute de MD a pu se produire, on le verra p. 262, note C sur Ahias,où une confusion pareille s'est produite entre h et s. Accessoirement c'est ici une nouvelle occasion de signaler l'excellence et l'autorité de R.
(D, David Kimhi, d'une famille de savants juifs narbonnais (11601240 environ) a laissé des commentaires in Genesim, Paralip., Psalm., etc.; une grammaire, Venise, Michlol, 1545; un Dictionnaire, Naples, 1490; Venise, 1529, etc.
(E) « Et depuis ce temps la coustume vint en Israël, et fut la coustume gardée, que tous les » ans vne fois les enfans d'Israël conuiennent ensemble, a fin de plorer par quatre iours la fille » de lephté de Galaad ». Juges, il, 40.
(F) Référence fausse. Mais je vois, Deut., 7, 1 à 5 et 25, 26, Dieu ordonner aux Hébreux l'extermination des peuples, bêtes et gens, qu'il leur aura livrés. Bodin fait une distinction — subtile — entre la fille de Jephté, qui n'est que vouée, et les Amorrhéens, Chananéens, etc., qui spnt consacrés, {= réservés à la destruction).
morale, celle qui concerne les cérémonies, et la politique (A). La morale encore (d) se peut diuiser en deux, lune (e) qui regarde le culte qui est deub a Dieu et l'autre lassislance mutuelle que les hommes se doibuent les vns aux autres. Le culte de Dieu est compris dans les quatre premiers articles du decalogue, les autres six chapitres sont establis pour conseruer la foy entre les hommes (/*) & la société (B). La politique ne comprend autre chose que ce qui est contenu sommairement dans cette seconde table, mais auec plus destendue, assauoir les loix de iudicature, du mariage et contre les volleurs (g) (C) : sur lesquelles la republique des Iuifs est fondée et establie, sans lesquelles vn homme de bien peut mesmes (h) dans un désert & par toutte (i) la terre faire son salut. Les cérémonies (j>) et les sacrifices (D) sont (k) instituez de la part de Dieu a fin que les Israélites qui auoient appris des Egiptiens et de leur voisins de sacrifier aux démons & aux images des animaux (/j (E) sen corrigeassent : ce qu'il n'eusl pas esté possible dobtenir deux si on leur eust retranché cette vieille coustume de sacrifier (F) : et Moyse en vsa ainsy par prudence en leur commandant de T273i rendre les mesmes sacrifices a Dieu qu'a l'exemple des Egiptiens ils auoient rendus aux démons. A quoy se raporte (m) ce grand (n) reproche qui leur a esté faict (o) tant de fois qu'ils se
('/) MDPG item. NB ilerum. — ie) MD una. NB altéra. — [f) MDPG hominum inler homines fidem. NB in ter se. — (g) DMTEG prsediatorias. PB prsedicatorias (?) N prsetorias (?). — (//) MDPG etiam. SB suppriment etinn. — [i) MDPG ubiubi terrarum. NB ubique. — [j) MDI'GB ritus aulem. N vero. — (k) MDB sunt a Deo instituta. N omet sunt. — (l) MDPG animanlium statuts. N animaliinn statuts. B an i m an li bits slatuis (?;. — (»i) NDB Atque eo pertinel (criminatio). M pertinent, inadvertance. — (n) MDB r/ravis. V graDior. — (o) MDPG loties Israelitis inusla. NB injuncta.
(A) Il veut dire que la Bible contient une pari historique et une part législative, laquelle comprend la politique, le rituel, et la morale.
(B) MD hominum inler homines fidem ac societatem, = la loyauté et l'union des hommes entre eux.
(G) MD praediatorias, = les lois relatives à la propriété : lois du jubilé, de la septième année de rémission, du droit d'ainesse, etc. — B doit traduire prœdatorias.
(D) MD ritus vero et sacrificia, = quant aux cérémonies, etc. C'est seulement maintenant que Salomon va commencer à répondre à la question de Toralba : si la religion naturelle est sulfisanle, à quoi bon toutes les cérémonies prescrites par Moïse? Mais d'abord, en docteur content de sa science — trait qui le rapproche bien de Bodin lui-même — , il a voulu exposer les divisions capitales des Saints Livres.
(E) « Et mesmes les Israëliles ayans la superstition d'Apis grauée en leur cœur, pour figurer » Dieu qui les auoit tirés d'Egypte ils firent vn veau de fonte, cuidans que le Dieu du ciel et » de la terre qu'ils adoroyent se deuoit figurer en l'orme de veau ». Démon., 2, 3, p. 198. « Il » [Abraham] se maintint dans la religion de ses ancestres auec ses descendans iusques a ce » qu'ayans esté seduicls par les fraudes des Egiptiens, ils quittèrent leur religion naturelle et » n'adorèrent pas seulement les astres, mais aussi les elemens, les animaux, les idoles et les » diables en abandonnant leur créateur ». Hept., IV, p. 269.
(F; Inexact. D'ailleurs tout ce passage est. dans B, non pas traduit, mais largement paraphrasé. MD quod fieri non poluisset ob inveteratum dxmonibus sacrificandi morem, nisi eadem sacra Deo facere juberentur, — résultat qu'on n'aurait jamais obtenu, étant donné l'habitude, ancrée en eux, de sacrifier aux démons, si on n'avait pas détourné ces mêmes sacrifices à l'honneur du vrai Dieu (d'où l'utilité, provisoire, du rituel imposé par Moïse).
gorgeoient trop de sang (A) ainsy que celte détestable (p) Circé (5) qui enseignent a Ulisse et a ses compagnons de repaistre les mânes en respandant du sang de plusieurs animaux dans vne fosse. Cest pourquoy après que Moyse a expliqué touttes les sortes de sacrifices il met a la fin du chapitre : a fin que doresenauant ils ne présentent plus des sacrifices aux Satyres & aux Démons auec lesquels ils auoient accoustumé de faire copulation charnelle (6).
[Après avoir d'abord, par prudence, seulement détourné à son profit les sacrifices dont les Juifs avaient pris l'habitude envers les fausses divinités, Dieu les supprime complètement, en laissant détruire le Temple, seul lieu où ils fussent de par sa loi permis. Puis il nous enseigne, par maint verset des livres saints, que la seule oblalion qu'il aime est celle de nos cœurs & de nos vertus. La seule obligation donc à laquelle il nous astreigne, c'est l'observation du décalogue (lequel ne parle pas du sacrifice sanglant) et dont le Pentateuque n'est en général que le développement & le commentaire, 274] .
[275] Car les six cens treize chapitres (B) des loix (i) qui sont contenus dans le chapitre de la loy sont en partie (j) pour les iugemens, en partie pour les mœurs, en partie pour les cérémonies, et enfin pour vne plus ample explication (/.•) du décalogue : par exemple quand par vn seul mot du décalogue (C) la fornication est deffendue, par ce mot (/) toutte sorte de fornication est entendue soit auec les Démons soit auec les idoles (D) soit auec ses parents (ce (mi) qu'on appelle inceste) soit auec la femme de son voysin : bref cette loy defFend generallement touttes copulations abominables iusques auec les brutes (qu'on nomme (E) stupres) (»), lesquelles Moyse explique plus amplement dans le liure de la loy (o) quelles ne le sont (p) dans les tables. Mais le rabbin
(5) Odysseos, lib. 10 (F). — (6) Leuitiq., c. 17 (G).
(p) MDTEP telerrima. NBG deterrima. — (i) MDPG 613 capita legum. NB capita ac leges.
— (j) DM par le m. NB partim. — (k) MDPG interprelationem. NB explicalionem. — (/) MD ut cum uno verbo decalogi scortatioprohibetttr. Vox enim, etc. N après prohibetur met une virgule, ce qui rend enim inexplicable. B supprime enim. — [m) MNB [proximis] quibuscum (D cum) inceslus admittitur. — (n) BNR omettent paederastiam. — [o) MDPGB legis. N legum.
— (p) MDPG tueranl. NB fuere.
(A) Saiil reproche aux Juifs d'avoir mangé la chair des bêles avec le sang, I Rois, 14, 33sqq. Défense est faite à chaque instant aux Juifs de manger le sang des bêles : Genèse, 9, 4; Lévitique, 3, 17; 1, 26 ; Deuleron , 12, 16 et 23; 15, 23; Actes des Apôtres, 15, 20; 21, 25.
(B) MDNB capita. Ce ne sont pas des chapilres, mais, comme dit Bodin lui-même, 613 « man- » demenls » {Dém., 1,6, p. 149) ou 613 « commandements >» (Dém., 2, 1, p. 170) de la loi de Dieu.
(<;) Exod., 20, 14 ou Deut., 5, 18.
(D) MD sive cum statuts cxlerisque rébus.
(E) Inexact. MD vagos omnes concubilus, stupra, pœderasliam, et cum brûlis nefariam copulalionem vetàl, = elle interdit lous les accouplements de hasard (irréguliers), la débauche, la pédérastie, et l'abominable bestialité. — Cf. LeviL, 1S, 6 à 24; 20, 10 à 22; Deut., 22, 22 à 30, qui sont le développement du simple et général mot de la loi : Tu ne paillarderas pas.
(F) Odyssée, X, 516 sqq.
(G) Lev.,11,1.
DES SECRETS GACHEZ I>ES CHOSES SUBLIMES \Ki
Movse Uambam a diuisé (A) toutte la loy en quatorze chapitres : le premier traicte de l'aduersion du péché et de l'amour de Dieu, le second contient la dette n se de sacrifier aux idoles, le troisiesme enseigne les bonnes mœurs, le quatriesnie la charité enuers le prochain, le sixiesme (</) (B) les amandes pécuniaires, le septiesme Iraicle du droict des contracts & des héritages, le huiliesme des iours de feste des heureux & malheureux & des ieusnes, le neufiesme des prières et louanges, le dixiesme du sanctuaire, le onziesme des [276] façons de sacrifier (/•), le douziesme des pollutions & des expiations, le treiziesme des viandes deffendues pour (s) arrester les conuoitises, le qualorziesme des lubricitez aussy deffendues. Et tout cella est amplement contenu dans les six cens (C) Mures (/) des Pandectes hébraïques en cinq cens trente deux chapitres, en suilte des loix qui deffendent les peines qui y sont, et les recompenses après celles de commandement (D) : ainsy quand il nous est commandé de donner assistance aux foibles on y adiousle (E), Et tu len trouueras bien, ou, le te combleray de richesses si tu fais cella (u). Car tousiours labondance de biens arriue (u) a ceux qui secourent les pauures. et encore quil ne soit deub (7) (x) aulcune recompense a celluy qui sacquite de ce quil doibt neantmoins Dieu donne de grands sallaires a ceux qui sabstiennent de ce quil leur deffend et obseruent ses commandements.
Octaue. — Puis donc (y) que les Iuifs n'immolent plus de bestes en aucun lieu de la terre (s), a quoy bon tant de loix pour les sacrifices?
Salomon. — Il ny a point de sacrifices, point d'instruments pour les vsages, point, de cérémonies qui ne contiennent dadmirables secrets des choses cachées dans les thresors de la nature comme lont excelament bien expliqué Philon
(7) Leg. 1 Mandati (F).
(7) MDAEPG.IOH quarla charitatem erç/a singulos; sexta (TSNB quinta) muletas pecuniarias ; septima (TS septima. NB sexta) contracluum et hereditatum jura; octava (TS octava. NR septima) dies fastos, nefastos. ferialos, (NB octava) jejunia. — {>•) MDPGB sacrificiorum ritus. N sacrifiai*,, ritus. — (.s) MDB cibos vetitos ad (N ac) cupiditales frangendas. — (/) MDPG Leyser B libris sexaginta. N libris LXl. — [u; MDPG Si kaec (NB hoc) feceris — !v) MDB consequitur. S consequetur. — (x) MDPGB debelur. N drbealur. — [y] MDPGB cum iyitur. N cum i laque, incorrect. — (z) MDN ubique terrarum. B locorum.
iA) Sur Moïse Ramuam, cf. p. 251 note. Le livre de lui que Salomon résume depuis le début de la réplique. est Sepher Mllzvolh, le Livre des Préceptes ;les 613 préceptes de la loi), traduit en hébreu par AbenTibbon, son disciple, & imprimé pour la premi're l'ois à Gonstantinople, 1517. Cf. Dém., 1, G, p. 149.
(B) R, comme MD, passe du quatrième au sixième chapitre, en sautant le cinquième. L'erreur vient, je pense, de ce que les manuscrits ont réuni sous le même chapitre d'une part les jours ouvrables ou non, et les jours de fêle, d'autre part les dates des jeûnes, qui devaient être rangées en deux chapitres séparés.
(C) Sexaginta, = soixante, disent MDB.
(D) MD velantibus quidem legibus pœnx, jubentibus prmmia subjiciuntur, = après les lois prohibitives les sanctions, après les impératives les récompenses.
(E) Par exemple Deut., 30, 3, 5, 6, 9, 10, etc.
(F) Cf. p. 228, note E.
luif (8), Abraham Aben tësra (A , le Rabin (a) Salomon (B; & Léon (6) Iuif (G). Car ils nous enseignent premièrement a confesser nos fautes, puis après a prier pour deslourner les peines rigoureuses qu'ils méritent et pour esuiter les dangers (c) (D) qu'ils nous pourroient causer, puis a rendre grâces a Dieu pour tous les biens dont il nous fauorise (d) chaque iour (e), et enfin (/") la façon de chanter ses louanges. Et encores en dernier lieu de luy donner auec pureté nos cœurs en sacrifices.
[277] Tokalbe — Certainement, i'ay appris dun astrologue iuif (9) que ces dix chapitres (g du decalogue conuiennent fort proprement aux dix ordres des corps ou sphères (h) célestes (E).
iToralba, puis Federich, expliquent que la signification allégorique du Decalogue est la description du monde terrestre et céleste. Fuis Salomon,
(8) In lib. de sacrificiis (F) et fere (i) (G) in omnibus locis scripturae. — (y; Faulo aliter Aben Esra in Decalogum.
a MUTEPGB Babbi Salomon. X Bex Salomon. — (b) MDX Léo Hebraeus. B. L-v. (?) Hebraeus.
— (c) MDTEBI' ac pericula impendenlia deprecari. GN ne piacula', elc. — \d) MDX beamur. B beamiis, nég igence. — (e) MDPG continue. XB continua. — [f\ MDX de nique. B deinde.
— </ MDTEPNB cnpita. G prœcepla. — [h) MDX orbibus. B urbibits (?) — (/'] MD In lib. de sacrificiis. Cseteri [= les aulres commentateurs] locis omnibus scriplurx.
(A) Aben-Esra de Tolède (1119-1174) a laissé de nombreux commentaires, imprimés au xviK siècle. Bodin a surtout pratiqué son Comm. sur le Penlateuque, Naples, 1488, dont il parle à chaque instant dans la Démon., 1, 5, pp. 114, 120, 122 ; 3, 1, pp. 321, 323, etc., et dans Y Hep t., infra, p. 277. — Aben-Esra est également l'auteur d'un traité d'astrologie, La Porte des deux.
(B) Cf. supra, p. 271 note C.
(C) Juda Abranavel, fils d'un juif espagnol réfugié à Naples, publia à Gênes, en 1502, ses Dialoglii di Amore. A côté de développements connexes à la théorie platonicienne de l'amour, on y trouve des explications sur les traditions bibliques, les fables grecques, elc. Trad. françaises par Pontus de Thyard; par Denys Sauvage, Sr du Parc, Lyon, 1558. J'ai eu entre les mains : Léon Hebrieu, De l'amour, trad. par Antoine du Moulin Masconnois, Lyon, Ian de Tournes, 1551, 2 vol. in-8 (Nationale Z 16907-1G908). Léon l'Hébreu y invoque à plusieurs reprises la loi de Moïse comme une preuve de la vérité de la conception qu'il se l'ait, lui, de l'univers (liv. 3, pp. 130 sqq. et surtout pp. 144 sqq).
(D) Contre l'autorité de MDTE, pourtant si supérieure à celle de G, on peut être tenté de défendre piacula, qui cadre mieux avec le contexte : prius de peccatis confiteri, deinde pœnas acerbiores ac piacula deprecari impendenlia, = d'abord avouer nos fautes, ensuite supplier Dieu de nous épargner les sanctions trop- grièves et les expiations suspendues sur nos têtes. Pericula est beaucoup moins attendu. Et la confusion est aisée entre les deux mots. Déjà p. 270, D (fol. 91 b) avait failli écrire : sine ingenli periculo, puis, biffant periculo, avait rectifié : piaculo. — Ils =■ nos péchés, implicite dans nos fautes.
(E) Ml) decem illa decalogi capita decem orbibus cœlestibus ordine décent i convenire, = qu'il y a, par une harmonie merveilleuse de la nature, une correspondance des dix points du decalogue aux dix sphères célestes. Sur celle idée bizarre, dont on va voir la source tout de suite, et qui est celle de son temps, et non de Bodin seul, voyez la fin du Theatr. nalurse, à partir de V, 2, pp. 805 sq. et mon article de la Bévue d'Anjou, sept. 1912, La Physique de Bodin.
(F) Philon, trad. Bellier, pp. 707 sqq., Des animaux qui sont propres aux sacrifices et quelles sont les espèces des sacrifices, indique les correspondances mystérieuses du sacrifice avec l'année, les astres, etc.
G) MD Cseteri est le seul lexle plausible. Philon est cité, seul, avec précision. Les aulres, Aben Esra, R. Salomon, Léon l'Hébreu sont allégués dans leurs commentaires de la Bible, passhn.
ltES SECRETS GACHEZ DES CHOSES SUBLIMES 95
après avoir rappelé que ce Décalogue n'est que le renouvellement aux hommes de la loi naturelle longtemps oubliée, récite un hymne en l'honneur du Dieu qui l'a révélé à Moïse sur le mont Horeb, 277-282].
283j Toralbk. — Qu'est ce autre chose de cette alliance contenue (a) en deux tables et en dix chapitres (A) que Ja pure et véritable loy naturelle (Bj ? Car nous auons pris cette loy de la Nature, nous lauons puisée dans son sein et la ressentons en nous mesmes : on ne nous lenseigne point mais nous y sommes formés. Elle ne nous est point commandée mais elle nous est inspirée (C). Et premièrement que Dieu éternel est la seule cause non seulement ouuriere mais encore conseruatrice de touttes choses. Et que nous le ( b) debuons craindre & respecter par le droict de sa maieslé (D). Et laymer et (c) seruir pour lincroiable & l'indicible bonté quil a pour nous (d) (E). Et que de luy rauir le culte et lhonneur qui luy est deub par vne impiété sacrilège pour le (> donner a des choses créées fresles & périssables et (f) y (g) mettre la confiance de nostre salut cest vn crime abominable. Et en second lieu pour ce qui est deffendu dans le second chapitre (Fi du Décalogue de tailler aucune [h) image ou faire aucune représentation de Dieu cella nous est pareillement dicté par la Nature puisque nous auons faict veoir (G) clairement & manifestement
a) MDPGB compréhension. X depre/iensum. — [b MDB Deum aeternum cuusam non modo reruin omnium effeclricem, se l etium conservatricem esse; eundem pro jure suse majeslalis metuendum. X esse eand^m, pro jure, etc. — [c) MX ac loto (li lotis, barbare) mentis impetu prosequeiidum. DB omettent tolo mentis impetu. — d) M Et cum nu lia omnino 1er sit. quse non uliqua tempo rum aut locorum aut personarum exceptione minualur, hiec lamen una lex est interna nec ulla e rceptiune violabilis, quin omnibus locis, temporibus ac personis conveniat, scilicet Deum uni ce amandum ac prosequendum. DBXR omettent cette phrase. — (e) MD illud Iribuere. XB illum (se. cultum?) lribue>*e. — {/') MUB aut. X et. — q MD in iis. XB in illis. — (//) MDX fiquram utlam. B Willam ?
(A) Capita. Ce mot (cf. p. 277 ou 275; signifie : commandements, points (chefs, comme le traduit très bien Bodin lui-même, p. 284 .
(B) Cette idée, que Bodin vient de développer, avec une longue digression sur les sacrifices, depuis la page 271. est une de celles qui lui sont le plus chères. On le comprend, si, se sentant pour le judaïsme tendresse de cœur secrète, il croit par elle pouvoir assimiler le judaïsme mosaïque à celle religion pure, dépouillée, qui sera un jour universelle et où viendront se fondre les divergences des religions d'aujourd'hui. Nous allons donc rencontrer cette idée à chaque instant dans VHept. Octave louera le Décalogue « que Christ n'a pas plus losl voulu ou pu abolir que la » loy de la Nature, n'y ayant rien dans les douze Tables que la loy très équitable de la Nature ne » contienne », VI, p. 618.
(C) MD hanc enim a nalura Legem arripuimus, hausimus, expressimus : ad quam non docti, sed lacli; non instiluli, sed imbuti sumus. Souvenir cicéronien, tiré mol pour mot du Pro Milone, 4, 1<). Et sans doute ce balancement, un peu apprêlé, lui apparail-il comme le summum de l'éloquence, car il le reproduit textuellement infra, p. 333, et dans son mouvement à plusieurs reprises, par ex. Rép., IV, 4, p. 411.
(D) MD pro jure suse majestatis, = à proportion de sa majeslé.
(E) R marque ici encore sa ressemblance avec les mss. du type D par l'omission de la phrase insérée dans M : « Et s'il n'y a pas de loi qui ne souffre exception de temps, de lieux et de personnes, » il y eu a tout de même une qui ne souffre aucune telle exception, c'est la loi éternelle qui réserve » uniquement à Dieu notre amour et noire respect ».
. (F) Capite, commandement : Tu ne le feras idole taillée, Exod., 20, 4 ou Ueul., 5, 8.
(G) Supra, II, pp. 68-73, 86-88, 90 sq., et IV, 269-270, où il montre que, pour cette raison, certains peuples refusent de bâtir des temples matériels à l'être incorporel et infini.
que Dieu nesL point corporel et que pour cette raisofi Numa Pompilius par sa loy [i) deffendit de faire aucune représentation des Dieux comme raporte Plutarque (2) dans sa vie. Et certainement si cest vn crime dadorer les cieux (/), les astres ou le soleil, comme dict S. Augustin au 3. de la Cité de Dieu, cen est vn bien plus horrible dadorer les ouurages des hommes ou leurs imaginations (A). Et {k) ie me suis souuent eslonné que tant de nations pendant tant dannées fécondes en sciences [l) par vne affection de pieté aient adoré des idoles, quoy qu'Heraclite presque (m) le plus ancien de tous les Philosophes grecs eut dict quil ne [284] consideroit pas plus ces idolâtres de statues que ceux qui parleroient (n) a des murailles (B).
Curce. — De tous ces peuples il en fault excepter les Perses (C), les Scythes, les Affriquains et les anciens (o) Romains que Varron (3) a remarqué auoir esté plus de CLXX (p) ans sans connoistre les idoles.
Salomon. — Pourquoy sembarrasser a contester (q) ou il ny a point de difficulté ? Il suffit de les appeller (ces idoles) pour les destruire par vn mot dont se sert nostre nation bien quil soit sale&deshonneste qui signifie estron pour lesmoigner combien les idoles estoient en abomination parmy nos ancestres.
Tohalbe. — Tous les autres chefs du decalogue sont approuuez et pratiquez presque par toutte la terre (/•) ce qui est vn raisonnement assez puissant pour
(2) Plutarch in Numa. August. de Ciuit. Dei, 3 (D). — (3) Ex Varrone August. in lib. de Ciuit. Dei (E).
(i) PG omettent sua lege. — (j) MDB cœlos. N cœlum. — (k) MDPG Ac. NB A t. — (l) MDPGB lamqiie emditis lemporibus. N lamque erudilissimis (?). — (m) MU Grsecorum philosophorum fere anliquissimus. PGB omettent fere. N omet fere et Grsecorum. — (n) MDTE obloquerenlur. PGNB colloquerenttir. — (o) MDNB Persse, Scylliae, Afri ac veteres Romani. PG place veleres avant Scytlix. — (p) I\IDR deos (N omet deos) annos amplius CLXX (N : CXXX) coluisse. — (q) MDN argumentamini. B argumentum (?). — (r) MDN omnium fere gentium communia sunl. B omnibus fere gentibus.
(A) MD jigmenta, = les représentations plastiques d'imaginations humaines.
(B) Je ne sais où liodin a pris ce détail sur Heraclite; peut-être dans un auteur qui cite Heraclite, et alors c'est une chance bien risquée de le découvrir. 11 n'y a rien dans Diogène Laërce, 9, 1. — En tous cas, un tel mot convient à merveille à Heraclite, qui regarde le feu éternel, inaltérable, comme le principe et la fin de toute chose. D'autre part, si l'on en croit les lettres publiées sous son nom dans la Poesis philosophica d'H. Estienne, Paris, 1573, in-8, il fut chassé d'Ephèse sur une accusation d'impiété.
(G) Cf. supra, p. 269 : « Les rois de Perse défendaient d'eleuer des temples, estimans que » ceust esté faire outrage a la diuineMaiesté laquelle estant immense ne peut eslre enfermée dans » aucun lieu ». Il lire ce détail d'Origime, Conlra Cels., 7, 69 (Migne, t. I, col. 509), qui lui-même copie Hérodote.
(D) MD, avec raison, appliquent ces deux références au même objet. R les insère dans le texte et les sépare indûment. « Numa défendit aux Homains d'attribuer à Dieu aucune forme d'homme » ni de bêle, et il n'y avait jadis parmi eux nulle représentation graphique ou plastique de la divi- » nilé ». Plut., Numa, 8. — « ...Romanos sine simulacro deos coluisse : quod si mansisset, » inquil [Varro], castius dii observarentur ». De civ. Dei, 4 (et non : 3), 31.
(E) « Dicit eliam [Varro] anliquos Romanos plus annos centum & septuaginta deos sine simu- » lacro coluisse ». De civ. Dei., 4, 31. Cf. Plut., Numa, 8 : « Durant les 170 premières années, » ils ne placèrent dans les temples aucune image figurée, attendu qu'ils croyaient impie d'assimiler » ce qu'il y a de meilleur à ce qu'il y a de pire, & impossible d'atteindre Dieu autrement que par » la pensée ».
prouuer comme la loy de Dieu est conforme entièrement. (a-) a la Nature. l'en excepte le quatriesme chapitre touchant le repos (/) du Sabath(A)et ie ne comprens paspourquoylesluifs festent (u) plustostleseptiesme iourquelesixiesme ainsy que (u) les mahometans ou le premier comme les chrestiens. Car ce qui est iniuste naturellement ne peut iamais deuenir iuste auec le temps tant senfault (x) (B). Donc si auparauant la loy de Moyse ce nestoit pas vn crime de trauailler et sappliquer aux affaires (C) le septiesme iour pourquoy après a ce esté vne impieté ?
Icy Salomon estant demeuré court (g) contre lattente d'vn chacun, Federich prit la parole et dict :
La dispute est finie (D), Salomon ne respond rien.
Salomon. - le ne voy pas quil me soit permis (E) de parler puisque cest vne offense digne de mort de reueler le secret de l'Empereur.
285] Coroni. — Ouy entre des ennemis, mais non pas entre des gens vnis daffinité, tels que nous sommes icy (2). Expliquez nous donc ie vous prie (a) (Salomon) ce que vous appeliez (//) icy sceau ou cachet ou secret (F) a fin que Toralbe ne remporte pas de victoire sans auoir combatu.
Salomon. — Le Sabath est véritablement vn secret ou mistere entre Dieu & son (c) peuple choisi (4) que les autres (d) peuples ne peuuent comprendre ou s'ils le peuuent ils ne le veulent pas (e). Or [f] l'obiection que me faict Toralbe auoit desia esté proposée a Tryphon par Iustin le Martyr (G). Mais ie vous demande vne chose, Toralbe, est il [g) iuste ou iniuste naturellement de porter les armes?
(4) Ezechiel, c. 20 et 21. Exod., c. 31 H).
(s) MDN l^(,ein divin am o»niino (l'G omnem) nalurae consenlaneam (II consenlaneum [?]J esse. — (t) MDPG île requiele Sabbathi. B de requie. N requiem. — (u) MD feriare, barbare. NB feriari. — [v] MDPG ut (NB ut el) Ismaëlitse. — <x) MDB contrave. N conlraque. — (y) MUPGB hic cura (N ut, incorrect avec le subj.) conticuissel. — <z) MDI'GB qaos hic vides. N virfemus. — (a) N omel si placel. — [b] MD appelles. NB appellas. — (c) MDN et populum (B stium). — (d) MDTEGN castei i. P selecti. Leyser B non selecli, conjecture de bon sens. — (e) MDTEPN non possunt, nec, si possinl, velint. G no?i possunt, nec, si possunt, volant (incorrect). B non possunt, etiamsi velint. — (/') MD Àrqumentum aulem. NB omettent autetn. — [g] MDN videalur. B vilelur.
(A) « Mais le septiesme iour est le repos du Seigneur Ion Dieu. Tu ne feras aucune œuure en » iceluy ». Exod., 20, 10.
(B) MD Quod enim natura injustum sit temporis decursu juslum fîeri nequit, contrave. R l'ail un contresens sur contrave, qui signifie : el inversement.
(C) Omission. MD et opificiis, = el aux travaux manuels.
(D) Inexact. MD salva res est, expression fréquente chez les comiques : loulest sauvé, tout va bien, je respire. Federich se félicite de voir Salomon mis à quia.
IE) MD debeam, = que j'aie le devoir de répondre.
(Fj MD lesseram. — La source de Bodin est Aben Esra : « Tay leu aux commentaires » hebrieux d'Abraham Aben Esra sur le 4e article du Decalogue que Dieu auoit commandé sur la » vie de chommer et sanctifier le samedy surtout et iceluy beny entre tous ». Et en note : « Secre- » lum et lesseram vocal inler Deum &hominem ». Démon., 3, 1, p. 322.
[G) Dialogue avec Tryphon, 27.
(H) Exod., 31, 13 à 17. Quant aux références, erronées, d'Ezechiel, elles sont corrigées par la Démon., 3, 1, p. 322, qui cite, à ce même propos, Ezechiel, 22 [8] et 23 [38].
Chauvi ré 7
Toralbe. — Cella me semble indiffèrent.
Salomon. — Pourquoy donc (h) si vn Prince (i) pendant vne sédition deffend de prendre les armes vn citoien qui nonobstant la deffense marcheroit armé ne seroit il pas coulpable (A) ou iniuste (j)? Toralbe, que vous (k) en semble?
Toralbe. — le le croirois coulpable.
Salomon. — Pourquoy cella puisqu'auparauant la deffense il ne leust pas esté?
Toralbe. — Par ce que (/) cest vne loy naturelle dobeïr au magistrat qui vous faict vn commandement équitable et celluy qui desobeïroit (m) après seroit iniuste (n).
Salomon. — Auec bien plus de raison celluy la est il iniuste qui désobéît a Dieu (B) soit que son commandement soit équitable ou non quoy qu'il soit impossible a Dieu de commander rien d'iniuste (o).
[Suit une longue discussion sur le sabbat, 285-306. Salomon explique que ce loisir imposé aux hommes les rappelle à la contemplation oubliée des choses divines, 285-288. Le repos est imposé aux hommes le septième jour, en mémoire du repos de Dieu en ce môme jour, après la création du monde, 288-291. Mahométans et chrétiens, qui tiennent le Décalogue de Moïse pour dicté de Dieu, n'ont aucune vraie raison d'en enfreindre le quatrième commandement, ni de déplacer, en haine des Juifs, le jour du repos hebdomadaire, 291-293. Enfin le nombre 7, qui est celui du jour de repos, joue le plus grand rôle dans la création, dans l'histoire, etc. Valeur mystique du nombre 7. Toralba approuve Salomon, 293-300. Le chômage du sabbat, lui répondent ses adversaires, a donné lieu à des excès. Curce rapporte qu'un jour de Sabbat, les Juifs préférèrent à le violer laisser prendre Jérusalem aux Romains. Senamy, que d'illustres Juifs, tel Judas Macchabée, se sont affranchis de ce chômage, en cas de nécessité. Federich, que Jésus l'a condamné. Salomon concède qu'en cas de nécessité il ne faut pas observer rigoureusement le sabbat, 300-306. En tout cas, quelque jour que l'on chôme, il faudrait, non le déshonorer par des orgies, mais le sanctifier par la méditation].
[306] Salomon. - Prenez garde, Coroni, que vous ne vous imaginiez que mon dessein soit de persuader (a) aux chrestiens de changer leur dimanche (b)
(h) NB omellent igitur. — (i) MDNB si princeps... arma gestare prohibuerit . l'G principes... arma geslari prohibent. — (j) MD civis injuriosus et iniquus. B injustus et injuriosus. N injustus et injuriosus atque iniquus. — (k) MDN num tibi... videatur. B sibi (?). — (/) MDB quoniam. N quia. — (m) MD qui aliter facial. NB facil. — (n) D répèle la réplique de Toralba sous le nom de Salomon. Puis il continue comme B. — (o) MON sive justum, sive injustum [id esse arbitretur : quanquam fieri nonpotesl, ut quicquam injustum] a De» jubeatur. B omet les mots entre crochets. — (a) MDN persuudere. B persuusisse. — (b) MD dominica. NP dominico.
(A) Sur num = nonne, cf. p. 223 note B.
(B) Omission. MD Quando igitur injuslior est qui, Deo vêlante id quod antea vetitum non erat, interdicto non paruerit, = combien plus injuste l'homme qui, lorsque Dieu prononce une interdiction qu'auparavant il n'avait pas prononcée, n'obéit pas à la prohibition.
au samedy, de crainte qu'ils ne profanent (c) ce sainct iour du Sabath aussy bien que leur dimanche [d) en danses impudiques, en yurongneries A , a la chasse, aux ieux & dans la compagnie des femmes desbauchées ce que ie ne puis penser sans en concepuoir vne douleur extresme dans le cœur. Car il vauldroit mieux encor transgresser ce iour la en le donnant aux affaires que de le violer par des desbauches criminelles (B).
Senamy. — Vous autres Iuifs scrupuleux & melancholiques vous ne remarquez pas (C que 307] les anciens, tant Grecs que Latins, ont tousiours célébré les festes par des combats (e publics, des festins, des assemblées, en chantant des cantiques, et par des danses, a fin de les rendre plus ioyeux & parlant plus aggreables aux Dieux.
Salomon. — Nostre nation ne deffend point les assemblées et les danses : mesmes (/) en nostre langage le iour de feste signiffie et danse & méditation (D) pour dire que les iours de festes ne sont pas simplement ordonnés pour chanter dans nos assemblées les louanges de Dieu, mais aussy a fin de vacquer a la méditation. Cest pourquoy a touttes les nouueiles lunes nous prenons touttes sortes de diuertissemens honnestes [g) et rien par toutte lescriture ne nous est plus souuent recommandé o que dauoir la iove dans le cœur (h) : et (i) encores que le iour du Sabath nous nous retranchions (j)
."» Deuteron., c. 28. Nehemiae, c. 8. lésai se, c. 52,61,62,65. Abachuch, c. 3. Psalm. 20 et 125. Zach., c. 8 [E .
(c) MBX conlaminari videam. D debeam, faute certaine. — [d) MDB dominicain. N dominicain.— [e) MD luclis publicis. B ludis. N ludibus (barbare:. — [f)MDPG quin eliam. SB quin et. — (iy) DBN qme modo a lurpiludine abhorreant. M a écrit, puis biiïé quo. —(h) MDI'GB inlimis animi pecloribus. N intimi. — (i) D.\B ac. M nec, inadvertance. — {j) MNB [t-tmelsi) abslineamus. DPG ab&linemus.
(A) Omission. MD libidine, = en libertinages.
(B) Ce n'est pas la dernière fois que Salomon attaquera les églises chrétiennes dans les mœurs de leurs adeptes. Un peu infra, p. 310, il parlera » des accouplemens détestables de l'vn & de » l'autre sexe qui passent iusques dans les maisons cloislrées soubs couleur de deuolion ». Et les chrétiens même contresignent ces critiques. « Curce Pleust a Dieu que celte couslume [de » séparer hommes & femmes au temple] fust receue de ceux de noslre créance : nous pouuons » dire en quelque façon qu'il n'y a pas de temples de chrestiens ou les œillades attrayantes ne » soyenl en vsage >, p. 315. Et Coroni déclare qu'il attend un règlement des Papes sur cette question, p. 316. Bodin prend leurs dires à son compte: « Nous sanctifions, ou, pour mieux dire, » deuons sanctifier le dimanche, lequel neantmoins est souillé de toutes les desbauches et folies » dont on se peul aduiser, au grand deshonneur de Dieu qui n'a rien commandé plus eslroicte- » ment que de chommer le iour du repos ». Démon., 3, 1, p. 3*2 4 .
(G) MD non videmini dies festos colère, quos veteres omnes... laetiores esse voluerunt , = [vous autres Juifs confils dans votre roideur austère] vous n'avez pas l'air de célébrer ces jours de fête, dont toute l'antiquité avait voulu faire des jours de liesse.
(D) Cf. Démonomanie, 2, 4, p. 238 : « Car il est bien cerlain que les anciens Hebrieux appor- » tant leurs obligations au temple, quand ils approchoyent de l'autel ils dançoyent, comme a 1res » bien noté Dauid Kimhi sur le mot Iiaga [au Ps. 41] qui signifie feste, danse ».
(E) [Le Seigneur te punira] « pour tant que lu n'as pas serui au Seigneur ton Dieu en ioye et » de bon cœur ». Dent., 28,47. — « Et il leur dit : Allez, mangez les choses grasses [c'est le cibis » sacrificiorum opimis de Bodin]... car c'est vn iour sainct au Seigneur, et ne soyez point » conlrislez ■>. Néhémie, 8, 11. De même Isnïe, 52, 9; 61, 10; 65, 18. Abacuc, 3, 18. Psaurn., 20, 7; 125, 2 sqq. Zachar., 8, 19. MD citent en plus Sophonias, 3 [14].
des assemblées vulgaires (À) nous ne laissons pas de le rendre ioyeux & très aggreable par larmonie de nos concerts de vois et dinstrumens que nous meslons aux chants de nos cantiques en resonnant les louanges diuines. Et dans nos festins des festes nous nous obligeons a Dieu de manger (k) auec grande ioye les viandes exquises (/jdes sacrifices, ainsy que la loi diurne nous le commande (6). Neantmoins nous employons quelques heures a la lecture des loix diuines a fin de repaistre Tarne (m) aussy bien que le corps suiuant la pratique (n) de nos plus anciens prophètes qui sest conseruée iusques a présent. Vne femme de Sunamite (7) estant allée trouuer (o) Helisée son mary luy dit, Pourquoy as tu esté (p) vers le Prophète quand il nest pas nouuelle lune ny iour de Sabath? Car pour receuoir les oracles diuins des sçauans théologiens on peut sesloigner [q) de la maison de deux milles (8) seulement & pas plus (B). Quant a ce que Senamy nous accuse destre [308] plus tristes et melancholiques que les autres peuples, quil sçache que la véritable (r) cause procède de la douleur (s) éternelle 'que nous auons de veoir que par toutte la terre on ne viole pas seulement le Sabath impunément mais tous les autres chefs du Decalogue, par exemple (/) : bien que par le premier chapitre il soit expressément enioinct aux hommes (u) de ne reconnoistre et nadorer qu'vn seul Dieu (C), cependant nous voyons qu'on en adore plus de six cens mille (D). Les anciens Payens auoient trois cens Iupitecs selon que le dict vn de leurs poètes :
Ter centum tonat ore deos (w) Herebumque Cliaosque (E).
(6) Deuter., c. 26 (F). — (7) Regum 4, 4 (G). — (8) In actis apostolorum, c. 1. Iter (x) vnius sabbati duo milliaria interpretattir [y).
(k) NB nos... vpsci. MDGP omettent )ios. — (/) MDTPG Leyser B opimis. N oplimis. — {m) MDS mentem. B mentes. — {n) MDPG idque ab antiquissimis Prophetarum disciplinis imbuli ad hxc usque tempora nsurpare sot émus. NB prophelavum discipulis ad hœc, etc.
— (o) MDNB de Sunamilide ad Elisseum pro/ecla. PG prophetam, erreur. — (p) MDPG car, inquit maritus, uxor ad prophetam? N car, inquit marilus uxori.venis (B ris) ail prophetam ?
— {q) MD abscedere. MB discedere. — (/•) MD polissima causa. NB polissimum. — (s) MDPG dolemus. NB videmus. — [l) MDN nain. B num (l). — (u) N omet homini. — (v) MDI'GB deos. N deo. — (x) MDG Iter. P inter (?). — (//) MDPG interpretantur, déponent, seul correct.
(A) MD a vulgaribus choreis abslineamus, — que nous n'entrions pas dans les danses ordinaires. Sur la danse religieuse, cf. infra, VI, p. 469 sq.
(B) Bodin ajoute à présent un détail qui n'a pour but que de l'aire briller son érudition : l'interdiction d'aller consulter le prophète à plus de deux mille pas, de l'açon à pouvoir aller et revenir dans la même journée de sabbat. Le chemin du Sabbat (sabbati iter, Actes, 1, 12) était égal à la distance qui avait séparé le Tabernacle de l'extrémité du camp hébreu: et c'était là un des préceptes pharisiens tirés de la Mischna Schabbalh. Cf. S. Jérôme, Epist., 121, 10 (Migne, t. I, col. 1034); Josèphe, Ant. judaïq., 13, 8, 4; Vigouroux, Dict. de la Bible, t. 9, col. 1296.
(C) « Tu n'auras point d'autre Dieu deuant moy ». Exod., 20, 3 ou Deut., 5, 7.
(D) MD sexcenla millia, nombre indéfini : des millions.
(E) Virgile, En., 4, 510. D'ordinaire d'ailleurs on rapporte 1er à tonat, non à cenlum. = Par trois fois elle appelle à grands cris les cent dieux, etc. — Citation légère encore que celle-là; n'aurait-elle pas surgi à la mémoire de Bodin pour corroborer une idée dont il avait oublié la source, que voici sans doute :« Et Romanus cynicus Varro trecenlos Joves, sive Jupileres dicen- » dum... introducit ». Terlullien, A/iolog., 14. — Cf. Hept., IV, p. 225.
(F) Deut., 26, 11 : « Tu t'esiouïras en mangeant de tous ces biens que le Seigneur ton Dieu » l'aura donnez ».
(G) IV Rois,i, 8 sqq. Seul D donne la référence correcte. — L'histoire de la Sunamite prouve
Et ceux qui exagèrent ou enchérissent sur l'hyperbole (z) en mettent iusques a trente six mille (A). Les Chrestiens mesmes font [à] autant de dieux qui! y a danges & de bienheureux esprits, cest a dire des légions innombrables. Sans conter ceux que les Papes par vne détestable apothéose (B), en inuocquant comme les Sorciers les Démons, enregistrent (b) au nombre des Saincts. Et puisquil est deffendu (C) par le second chapitre de faire aucune (c) image pour luy porter honneur sur peine de la vie, touttesfois tous leurs temples et tous les coins de leurs églises sont remplis de sculptures et (d) didoles de touttes matières, de pierre, de plâtre, de bois, de cire, dor, dargent, de cuiure et de plomb, et baisent des corps (e) morts conseruez dans le sel & le vinaigre, des os, des cendres auec des chandelles allumées (D), croyans (/') par tels attonchemens estre guéris non seulement de maladies corporelles, mais trouuer encore la santé de lame [g). Et ce qui est de plus abominable ils ont tiré de ce second chapitre du Decalogue qui deffend [309] lidol.itrie, non seulement en Italie en France et en Espagne, mais en Allemagne mesme le formulaire de leurs prières iournallieres ou de leurs heures (E) et les ont tout a fait corrompues (h). Et ie meslonne de ce que (i)
; M DATE nul (PG el) qui plitrima hyperbole ampli ficant. SB et. quse plu ru hyperbole amplificat (?).— [a) MDNB arbilrantur. PG arbitramur. — (b) MDPGB conscripsere. N scripsere.
— (c) D supprime allas. — {d) N sculplilibus (MDI'GB uc) idolis. — [e] MDPG putria (NB putrida) cadavèra. — [f] MDTEl'G ut... putent. S et. . pulant. Bel... patent, incorrect. — [g) MUTEPG sanitalem (SB sanctilatem [?]) et ulrique (N ubique (?). B ulrique) salulem comparait. — [h) MDEl'G de (SB in) omnibus hora<iis... indu.xerunl (l'GSB expunxerunl).
— \i) 1>SB ac mirum mihi vision est car... M cum, incorrect.
par l'interrogation du mari, que les Hébreux avaient coutume, à la nouvelle lune et aux sabbats, de se rendre au temple ou de consulter les prophètes. — R devait écrire : une Sunamite, ou : une femme de Sunam.
(A) (if. supra, p. 220 note D.
(B) C'est le mot même de la Lettre de Bodin à Baulru : nulla mortalium apotheosis. — D'où vient maintenant celte accusation que les papes, comme les sorciers, invoquent les démons"? 1° Le but du diable est (cf. p. 254 sq.) de détourner l'adoration des hommes du vrai Dieu sur ses créatures. Les papes, pense Salomon, en déifiant des créatures, commettent ce crime, et quand ils adorent les saints, ils sont réellement des sorciers qui adorent des démons. 2° D'autre part il a existé des papes sorciers. » Icy dira quelqu'vn que depuis Syluestre second iusques a Gre- » goire VII inclusiuement tous les papes ont esté sorciers ». Et Bodin énumère les principaux, Sylvestre II, Benoit IX, Jean XX. Jean XXI, Grégoire VII. Démon., 3, 3, p. 339; cf. ibid., Réf. de Wier, p. 525, et Wier, o. c, 4, 2, p. 309 a.
(C; Contresens. MD Et cum... ante statuas aut ullas imagines procidere... prohibeamur, = el quoiqu'il nous soit interdit de nous prosterner devant les images.
[D) MDei quidem ex omni maleria, ex omnibus metallis, lapidibus, lignis, terra, cera, farina, ipsaque putria cadavèra, pulpam aceto et sale condilam, ossa, cineres cereis ardenlibus deosculari. 11 a volontairement?^ amorti la violence indignée de l'invective. —Je ne puis m 'empêcher d'en rapprocher Calvin : « Par ce moyen les superstitions de tous les Gentils et -> Payens demeureraient en leur entier : lesquels ne contoient point au nombre de leurs dieux » sinon ceux qui étoient passés hors de ce monde. Les Papistes aussi ont fondé leur idolâtrie de » celle belle couleur mesme quand ils adorent plutôt les vêlements et os des morts, le bois & les •> pierres et les choses mortes que les hommes vivans & respirans ». Commentaires sur le Souveau Testament, Paris, Meyrueis, 1854, t. II fsur les Actes, XIV, 15, p. 722); cf. son Comment. sur S. Jean, VIII, 53. Bodin avait lu ces Comment. : voyez infra, V, p. 445.
(E) Contresens. MD de omnibus horariis precalionibus secundum decalogi caput... ex ipso decalogo induxerunt, etc., = ils ont fait disparaître de leurs Heures le second chef du decalogue retranché du decalogue lui-même. (Inducere, — abroger, biffer, rayer). — 11 s'agit ici de l'Office divin ou canonial, vulgo le bréviaire ou les Heures. Cf. p. 311.
Martin Luther (9) a aduancé quil ny a aucune image deffendue par le decalogue que celles de Dieu mais non pas du crucifix ny (j) des apostres, puis il adiouste : Pour nous nous ne voulons point veoir ny escouler Moyse : les commandemens des images & du sabath sont cérémonies abolies. Cella est il a souffrir en la plume dun homme qui se vante destrR reformateur de la religion? Le troisiesme chapitre du Decalogue qui deffend de prendre le nom de Dieu (k) en vain nest pas moins trangressé que les autres par ce que ce nom sacrosainct nest pas seulement pris a tesmoing sans cause et profané indiferament en tout rencontre (/) mais encores on se sert des noms des Dieux des payens & des Démons pour iurer (A) quoy quil nous soit (m) tant de fois & si clairement deffendu (1) de ne iurer iamais qu'au nom de Dieu éternel pour asseurer vne vérité, le ne parle point de la seconde table spécialement des accouplemens détestables de l'vn & de l'autre sexe (B) qui passent iusques dans les maisons cloistrées soubs couleur de deuotion.
Sur quoy Salomon sestant emporté plus que son aage caduc ne sembloit
(9) Tomo Ienensium 3, parte prima, Aduersus cœlestes prophetas (C). — (1) Deuteron., c. 19. Ierem, c. 5 et 12 (D).
/ \IDPGB aul. Xel.— (k) MD Dei nomen. NB Domini. — [l) MDPG quia [non modo pejeratur, verum etiam contumeliis omnibus (N omet omnibus) nomen illius] sacra tissimum dilaceratur. B omet les mois entre crochets. — (m) MDNB prohibeamur. PG prohibemur.
(A) MD uc pro selerno Deo peregHna deorum ac dsemonum nomina jurantur, = au lieu de jurer par le dieu éternel, on jure par des noms, et encore étrangers, de dieux & de démons. — A mon avis, peregrina est une allusion à l'habitude prise de jurer par le nom italien de divinités païennes : per Bacco. Charles IX. donnait à sa cour l'exemple du blasphème. Henri III fil au contraire contre les blasphémateurs un édit fort sévère, qui naturellement ne reçut point d'exécution. Bodin se félicite qu'en 1569 un blasphémateur, la langue percée au fer rouge, ait été pendu & étranglé; il rappelle avec louange que les Juifs lapidaient le blasphémateur. Démon., 3, 1, p. 313 sq. Cf. Lalanne, o. c, p. 136 sq., qui nous montre Brantôme perdant, sur les instances de Téligny, l'habitude de blasphémer, et cite II. Estienne, Deux dialogues du nouveau langage français ilulianizé, II, p. 142, sur la coutume courtisanesque d'invoquer les dieux de l'antiquité payenne.
(B) Nouvelle atténuation du texte par B. — MD scortatioues, adulteria, slupra et utriusque sexus ab ordinibus sticris libidines continenlise specie turpiler effusas. On sait quel dérèglement, né depuis plusieurs siècles, mais accru par les guerres de religion, règne dans les couvents au xvip siècle, et persiste bien avant dans. le xvne, où peu à peu une réforme générale s'accomplit.
(C) M. Lulheri Opéra omnia, leusi, Christ. Bodius, 1556-1558, et Witlebergœ, Joh. Crato, 1553, 4 in-fol. (Bib. nal. Invent. D2 27). Béédilion (Bib. du Prylanée), lenœ, ex officina heredum Thomae Rebart, 1579, in-fol. « Und sage zuersl, das nach dem Gesetz Mose kein ander bilde » verbotten ist denn [ = si ce n'est] Golles bilde, das man anbetlel. Eyn crucifix aber odder sonst » eyns heyligen bilde ist nichl verbotten zu haben »î. — « Wir wollen Mosen widder sehen noch » horen ». Wider die himmlischen Prophelen, von den Bildern und Sakrament, 1525, dans l'éd. moderne de Weimar, t. 1S, p. 68 et 76. Sur Luther, voy. Luther et le Luthéranisme, du P. Denifle, Irad. de l'abbé Paquier, Paris, 1910. — Quant à l'avis de Bodin sur la question des images, cf. inf'ra, VI, p. 632 note, et une attaque prudemment voilée, Dém , 2, 1, p. 163.
(D) Veut., 19, 17, contre celui qui jure par Dieu en faisant un faux témoignage. Jérém.,?>, 2, contre ceux qui jurent faussement par le Seigneur; ibid., 12, 16, Dieu promet son pardon aux méchants, s'ils apprennent à jurer par son nom, comme ils ont enseigné à son peuple à jurer par le nom de Baal. — Mêmes références, Démon., 2, 1, p. 166.
permettre il demeura court comme pour reprendre haleine (A) mais la cause de son silence fut quil remarqua que son discours auoit fort choqué [n) Coboni très zélé deffenseur de l'Eglise romaine lequel semblant se disposer (o) a parler chacun les regardant (p) pour les escouter il fut quelque temps a resuer puis (q) tout dun coup (B) : lauois enuie dict il de respondre aux reproches & aux calomnies C) de Silomon, mais iestime quil est mieux de [310] remettre la partie a vue autre fois a fin de nosler a personne (r) la liberté de s'expliquer.
Octaue. — le ne scay aussy si ie dois parler ou si ie dois me taire.
Cokom. — Pourquoy demeureriez vous muet en vue si belle occasion si vous auez dessein de réfuter Salomon.
Octale. — Lorsque ie fais comparaison de la religion [s) et des constitutions des Othomans auec les mœurs & les cérémonies des chrestiens (/) il me semble que ie tombe des niies. Car les Turcs nadorent qu'vn seul Dieu et non pas plusieurs en vn (D). Et pour lesus quils appellent Isaac (u) (E) ils ne le reconnoissent pas seulement pour le verbe (v) (F) mais aussy pour lesprit & ambassadeur de Dieu (G) retiré des mains de ses ennemis qui le vouloient faire mourir (H) : mais ils ne le reconnoissent point pour Dieu ny pour fils
n MDN pupugerat. B pupugeret, barbare. — [o) MDN eum se ad responsionem comparare videretur. B paratum videret (?,. — (/>) DXB omnibus in eum inlentis. M intentis oculis. — (q) N omet postea. — /■ MDPGN ne de libertate dicen li quicquum cuiquam B quenquam cuiqua-n [?]) detraxisse videamur. — [s] MDPG religione*. NB religionem. — / MDPG rilibus c/trislianis. NB Christiunorum. — [m) N Jesuni atiiem ipsum [MDTEI'GB t/uem ipsi, nécessaire) Isaac vocant. — [v) MXB verbtim. D verbium, barbare.
(A) Pour reprendre haleine, ajouté.
(Bj Très inexact. D omnibus in eum intentis, sermonem cohibuit; postea, ru/do silenlio, = tous les regards convergeaient sur Goroni ; mais lui demeura sans parler, puis, rompant le silence...
G Ml) criminationes, = accusations, dit seulement le latin. Notre traducteur est-il un catholique indigné des attaques de Salomon? En tous cas, la partialité de Bodin est visible ici au piteux personnage qu'il l'ait jouer à Goroni. La dérobade du papiste est d'autant plus accusée qu'immédiatement après il engage Octave à réfuter Salomon : que ne le fait-il lui-même? et que vaut a présent la défaite qu'il a donnée ?
(D- MD Deum sternum, nec plures uno colunt, = un Dieu éternel et non pas plus d'un, finies dogmes principaux du Goran. voyez l'excellent article de Vacant & Mangenol, o. c, t. III, col. 1781 sqq.). Toute la sourate 112, une des plus anciennes du Goran, est consacrée à VUnilé de Dieu : c'est son titre. — Plures uno. Voici bien un texte dirigé contre la Trinité : « Infidèle » est celui qui dit : Dieu est un troisième de la Trinité, pendant qu'il n'y a point de Dieu, si ce •> n'est le Dieu unique ». Mais 1° la latinité me semble exiger qu'on traduise plures uno — en plus grand nombre qu'un, plus d'un. Sinon, Bodin aurait écrit : plures in uno. 2° Le sens aussi : Si on traduit : plusieurs en un, le reproche, qui est capital, de méconnaître l'unité de Dieu n'a plus d'expression.
(E) Isaac ou Ishak, Coran, 2, 127-130, 134, etc.
(F) » Le .Messie Jésus, fils de Marie, est l'apôtre de Dieu et son verbe qu'il jeta en Marie », 41, 169. Cf. 3,34 et 3, 40. ,
(G) « Il [Jésus] est un esprit venant de Dieu », 4, 169. — « Nous [Juifs] avons mis à mort le > Messie Jésus, fils de Marie, l'envoyé de Dieu », 4. 156.
(H) « Non, ils ne l'ont point tué, ils ne l'ont point crucifié : un homme qui lui ressemblait l'ut » mis à sa place », 4, 156. Cf. 3. 47 et 5, 110. Voy. Hept., V, p. 447.
104 JEAN BOniN
de Dieu (x) (A), cest pourquoy ils deffendent de ladorer (B). Ils disent quils suyuent la loy d'Abraham et quils adorent le mesme Dieu que ce patriarche viuant et respirant adora (C). Ils ont tant dhorreur pour les images (D) que non seulement ils nen ont aucune dans leurs temples ny dans leurs maisons (E) ny de sculpture ny de graveure (F) ny de peinture ()/), mais il ne leur est pas mesmes permis de représenter ou peindre quoy que ce soit de tout ce que la nature produict (G) ny den auoir (z) pour le plaisir de la veiie en quelque endroict que ce soit a peine de la vie. Et voulant un iour [311] deffendre l'vsage des images en faueur des chrestiens fondés sur ce quils ne sen seruent que pour proposer les verLus de ceux qu'elles représentent a fin de les imiter : vn certain Paracadius (a) (H) me respondit que ceux dont les images nous sont en vénération [b) nauoient acquis la félicité éternelle que pour auoir brisé et condamné les images a fin de nadorer qu'vn seul Dieu. Ils chantent (I) les psanlmes de Dauid quils disent auoir esté reuelez de Dieu aux hommes (J) et leur coutume est d'aller quatre fois le iour a la mosquée prier Dieu en public et linuocquent vne fois la nuict en particulier (K), et il me ressouuient (c) que mestant trouué logé auec vn Afîriquain dans vne mesme chambre d'hostellerie {d) il se leuoit (e) touttes les nuicts pour faire ses prières & me reprimandoit de ce que ie mesprisois cette couslume (L) si
[x) NB nec Dei filium (MU esse) arbitrantur. — (y) MDl'G ut nnlla usquam cselalu vel sculpta vel fusa vel picta imago (se. sil). NB ut nutla unquam cœlalas vel sculptas vel fusas velpiclas imagines (se. pingere liceal). — (s) MDPG liabere. NB haberi. — (a) MDPG Paracadius. N Pracadius. — (b) MDPG et quidem, cum statuas chrislianorum quasi ad vivlulis imitationem excusarem, Paracadius quidem illud tnihi reposuil, eus ipsos, quorum statuas veneremur (N veneramur), cœlesti felicitate frui, quod divorum imagines dejecissenl . B et quidem eo minus statuas venerantur ut etiam felicitate cœlesti se frai gloriantur, quod d. i. dejecissenl (omission, solécisme, non-sens). — (<) DBN memini. M nemini (inadvertance). — (d) MDN hospilii cubiculo. B cubiculari hospilio (?). — (e) MDPG ille média nocle surgens a cubili laudes immorlali Deo canere ac me graviter iucrepare quod tacerem, usurpans illud arabica lingua. NB [memini] illum... surgentem... canere... usurpans, incorrect.
(A) « Le Messie, fils de Marie, n'est qu'un apôtre : il se nourrissait de mets », 5, 79. Cf. 110; 19, 91 sqq. ; 112, 32.
(B) « Dieu dit alors à Jésus : As lu jamais dit aux hommes : Prenez pour dieux moi & ma » mère à côté du Dieu unique. — Par la gloire ! non. Comment aurais-je pu dire ce qui n'est pas » vrai? .., 5, 116. Cf. 5, 7G et 9, 31.
(C) Ce sont Abraham et Ismaël qui ont consacré la Kaaha, 2, 119. « Fais [s'écrièrent-ils alors] » que nous soyons résignés à la volonté de Dieu [muslim], que notre postérité soit un peuple » résigné à la volonté de Dieu [musulman] », 2, 122. Cf. la noie de Kasimirski sur 2, 12 ; et 3, 61.
(D) « 0 croyants, le vin, les jeux de hasard, les statues et la divination par les flèches sont une » abomination inventée par Satan ».
(E) MD in lemplis ac delubris, = dans leurs temples el lieux saints.
(F) Omission.. MD vel fusas [imagines], = [pas une effigie] fondue.
(G) Omission. MD seu stirpes seu animantia, = végétaux ou animaux.
(H) Ce Paracadius est un ancien maître d'Octave, naguère esclave chez les Turcs (infra, p. 332). Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que cette histoire eût un fond de réalité; et ainsi on peut entrevoir que le personnage d'Octave, et par extension les autres, aient, à côté de traits imaginaires, des traits vrais. Cf. Inlrod., p. 2, l'histoire que Naudé contait à G. Patin.
(1) En s'accompagnant, MD cantibus ac nervis usurpare [psalmos].
(J) « Nous [Dieu] avons donné les psaumes à David », 17, 57. Cf. 4, 161 el 21, 10b.
(K) « Sois debout en prière la nuit et psalmodie le Coran », Coran, 73, 2 sq.
(L) Exagéré. MD increpare quod tacerem, = il me reprochait de ne pas chanter avec lui.
DES SECRETS CACHEZ DES CHOSES SUBLIMES lOo
louable suiuant le sentiment du prophète royal quil mexpliqua en Arabe, Psalme 119, le me leuois la nuict pour chanter louange a ton nom (A). Et me raportoit encores le passage de lob (B), Plusieurs se plaignent d'estre oppressez par les tyrans & destre affligez de (f) disgrâces, et personne ne saduise la nuict de chanter des cantiques a la louange de Dieu.
Coroni. — Les chrestiens depuis le pape Pelage qui la ainsy ordonné (C) chantent (g) sept fois le iour ou la nuict les louanges (D) de Dieu, ee quils prattiquent pour lauoir appris du mesme prophète royal : Sept fois, dict il, par iour (h) ie te chanleray louange (2). Ce que ne font point (E) ny les Luthériens ny les Zwingliens si [312j ce ne sont les Anglois qui ne sont point puri • tains. Et se contentent (F) seulement de faire deux fois la sepmaine (i) des prières publiques (j).
[La discussion descend aux minuties du cérémonial de chaque religion. On compare les prières usuelles des musulmans, chrétiens, juifs. Amulettes juives où sont inscrits certains versets (tephilin) (313 sq). — La séparation des hommes et des femmes au temple existe chez musulmans & juifs ; elle est souhaitable chez les chrétiens (315 sq.). — La circoncision est commune aux juifs et aux musulmans : sa double utilité, médicale & religieuse (317). — Orientation du prêtre chez les musulmans, les théurges, les chrétiens. Le prêtre juif, tourné au couchant, détermine par sa droite la droite du monde (nord) & par sa gauche la gauche du inonde (sud) : ce qui explique nombre de phénomènes physiques, physiologiques, historiques (318-322). — Attitude
(2) Psalm. 119.
(/) MUB calamitatibus (S cum calamitatibus) confliclari. - [g) MDPG recolere. NB colère. — (h) DNB interdite. M diu (erreur). — (t) MDBS hebdomade. PG hebdomada (= sept ans : erreur). — (j) MDB pubticas. N publiée.
(A; M place ici la note 2 et donne les références Psalm. 119 et 42. D place la note 2 où elle se trouve dans R. Mais R introduit dans son texte la note 2 de M. Nouvelles preuves que : 1° R est plus proche de D que de M 2° R est cependant différent de D, parfois plus plausible ou plus complet, en tous cas considérable. — « le me leuois a minuict pour chanter la louange ». Ps., 118 (Hébreux 119), 62. « Le Seigneur a enuoyé sa miséricorde par le iour et ie luy chanleray en la nuict son » canlique ». Ps., 41 (H. 42), 9.
(B) Le livre de Job ne contient pas un tel verset; cf. Concordances. Bodin fait allusion (cf. infra, VI, p. 655) à Job, 21, 7-14, où le saint homme nous peint la prospérité des méchanls.
(G) MD Ecclesise Bomanse mos jam inde a Pelagio, ponlifice maximo, usitatus est. Le latin ne dit pas que c'esl Pelage qui a ordonné la récitation des Heures, — el de fait je n'ai rien trouvé d'approchant dans les 16 Epîtres qui nous restent de Pelage, Migne, t. 69, col. 392 sqq., — mais seulement que c'est de Pelage que date cet usage Gela même, je ne sais où Bodin Ta pris. Bien antérieurement à Pelage Ie'' mort en 559;, S. Glément d'Alexandrie, Stromat., 7, 7; Tertullien, De jejiinio, in, avaient parlé des heures de l'office divin. S. Gyprien, L. de Oral. Domin., ad finem, observe que les juifs distinguaient déjà les heures du jour par des prières : obligation plus forte encore pour des chrétiens. « Il faut prier Dieu le matin, le soir el pendant la nuit ». De là est venue l'obligation pour les clercs de réciter l'office canonial. Cf. Migne, Encyclopédie lhéolog.,1. 34, col. 1172.
(D) Omission. MD laudibus, supplicationibus et canticis Deum colère.
(E) Omission. MD nec Judaei, nec Lutherani, etc.
(F) Les Zwingliens.
de la prière chez les musulmans et les juifs (323 sq.). — Eloge des musulmans par Octave : jeûnes, charité, monothéisme, goût des fondations pieuses, des aumônes leur viennent de leur sincérité religieuse (325-327). — Federich attaque violemment Mahomet : impostures dont il s'est entouré, turpitudes privées et publiques de sa vie, débauches, cruauté, fiction d'un paradis d'une honteuse sensualité (327 sq.)].
329] Curck. — La force d'vne meschante opinion est telle que quand vne fois elle s'est mise en possession d'vn esprit elle en est mieux (a) maistresse (A) que la Nature ny que touttes les raisons du monde. Nous {b) sçauons qu'au royaume de Narsingue (c) aux Indes (d) les femmes quand leurs maris sont morts se iettent (B) dans le bûcher qui brûle le cadaure (selon le raport des anciens & nouueaux historiens) et y courent (e) auec la mesme gayetté (conduictes par leurs meilleurs amis) que si (C) elles aboient iouïr des voluptez éternelles auec ces maris. Mais (/') il me semble que ce sont des contes a faire a des enfans quand les musulmans [g) croyent effacer leurs péchez en se lauant souuent (D) : ainsy que les Indiens occidentaux (h) de la nouuelle Espagne quand ils degueulent aux pieds des autels & de leurs idoles ils croyent que ce sont les péchez qui sen vont (E). Octaue. — Il ne fault point sestonner (i) si Auerroes (F) a condamné (j) la
(a) MDNB polenlius. PG potins. — ;6) MDPGN et quidem. B et quid (?). — (c) MDN Narsingas. B Nausingas. — (cl) MDPGB Indise (N Indorutn) populos. — (e) MDN eas... deferri. PG differri. B eos... deferri (?). — [f] MDPGB sed illud. N sed et illud. — [g) MDTEPBN Ismaëlilœ. G hraëlilœ. — (h) DN Indi occidentales (MB occidentalis) Hispaniolœ. — (i) MDB nilmirurh(Nest) si. — (j) MDPGN valere jussit. B abolere jussit (?).
(A) MD polenlius, = son emprise est plus forte que celle de la nature.
(B) Omission. MD viventes ac spiranles. Ce trait de mœurs est signalé aussi par Montaigne, I, 14 (éd. Jouaust, t. 1, p. GG), mais c'est une addition de 1595. Telle n'est donc pas la source de Bodin. Bodin a puisé directement à celle de Montaigne, Jérôme Osorio (cf. supra, p. 233, note). Cf. Villey, Les livres d'histoire moderne utilisés par Montaigne, p. 98. Voici son latin : « Beliquae » [les autres femmes que celles des brahmanes] quse aliis hominibus nubunt, posl virorum mor- » tein vivae in rogum cum magno suorum comitalu et multis cantibus atque laudibus inferunlur ». 0. c., lib. 4, fol. 13G 6. — De la comparaison des trois textes : Bodin, Osorio, et trad. Goulart, il ressort que Bodin cite encore de mémoire, en termes assez éloignés de l'original et de la traduction.
(G) Inexact. MD ut, — dans l'intention de.
(D) « 0 croyants, quand vous vous disposez à faire la prière, lavez-vous le visage et les mains » jusqu'au coude ; essuyez-vous la tête et les pieds jusqu'au talon ». Coran, 5, 8. Cf. 5, 9 et 2, 4G. — Quant au reproche de superstition, Bodin le Lire, je pense, de \aDisputatioChrislianieruditissimi... aduersus doctrinam & ftagitia Mahumetis, dans Bibliander, o. c, t. III, col. 20 : « Quod vero » frequenti corporum lavalione hominem purificari creditis easque lavationes totiens frequentatisi » hoc libi respondeo », etr.
(E) Lopez de Gomara, o. c. (cf. supra, p. 272, note), p. 38 : « Estans tous entrez au temple vn » chacun vomisl se mettant vne baguette au gosier, pour monstrer a leur idole qu'il ne leur reste » aucune chose mauuaise en leur estomac ». Mais quand Bodin ajoute que les Indiens « croyent » que ce sont les péchez qui s'en vont », il sollicite le texte.
(F) Valere jussit, disent cavalièrement MD. Bodin vient de dire, p. 329, qu'Averroès, ayant lu dans le Coran quelles joies Mahomet promet à ses élus, appela ce ciel un paradis de pourceaux. Averroès passe d'ailleurs, à partir du xme siècle, pour le représentant de l'incrédulité absolue aux yeux des docteurs scolastiques : c'est lui que l'opinion charge du blasphème des trois imposteurs
religion des Turcs puisqu'il foulle aux pieds pareillement les loix des Iuifs et des Clirestiens. Mais Auicenne Prince en toutle façon et des Médecins & des Philosophes dict que la loy de Mahomet (A) donne vn preserualif contre touttes les afflictions du corps en cette vie et faict espérer en lautre tous les plaisirs imaginables (B) mais quil auoit bien reconneu quil y auoit vne autre béatitude plus excellente (k) que celle qu'il a proposée. Quant aux liures de la vie du Prophète & de sa 330] doctrine (/) cest a dire l'histoire du Prophète [m) que Federich (n) nous a racontée (C) elle est absolument apocriphe parmy les Turcs et nest approuuée daucun Théologien, mais on reiette les escrits imperlinens des ceruelles mal tournées (o), comme (p) ce qua escrit le théologien Bonauaniure de la vie de Iesus Christ laquelle se vent partout (D) : assauoir que les arbres fruictiers courboient (//) tout doucement leurs plus hautes
(k)MDTEPGB longe prœslabiliorem. N lege (?). — (/) MDPG ex libris Ta (N omet ce mot. B Ja) Elim el Nebi. — [m) B omet il est historia prophetae. — [n) H, trompé par Federichus, croit à un changement d'interlocuteur. — lo) MDPGB ab imperilis... rejiciunlur. N omet ab. — (/)) MDPGN ut [B aut [?]) ea, quœ... — {q) MD curvarent. N curvassenl (faute).
(l'univers trompé par trois imposteurs, Moïse, Jésus et Mahomet). « 11 y a trois religions, aurait » dit cet impie, dont l'une est impossible, c'est le christianisme; une autre est une religion » d'enfants, c'est le judaïsme; la troisième une religion de porcs, c'est l'islamisme ». E. Renan, Averroès el l'Averroïsme, Paris, Michel Lévy, 1861, p. 297. Voyez, sur l'incrédulité attribuée à Averroès, Renan, o. c, II, 13 à 16, pp. 278 à 316; Bayle, Dict., art. Averroès; Menagiana, t. IV, pp. 378 sqq.; — et sur les nouvelles traductions en latin dont le texte d'Averroès, et celui d'Avicenne, sont l'objet, et que Bodin a facilement pu connaître, voyez Renan, o. c, III, 10, pp. 377 sqq. Jean Cinq-Arbres, lecteur en hébreu au Collège de France, el ami particulier de Bodin (Cf. Methodus ad facilem liisloriarum cognilioneni, proœmium), est l'un de ces traducteurs d'Avicenne.
(A) Sur la religion et les mœurs musulmanes, Bodin a certainement connu Chalcondylas, Histoire de la décadence de l'empire des Grecs (trad. latine à Râle, 1556), et Guill. Poslel, Histoires Orientales, Paris, 1560 : ces deux ouvrages sont cités dans le catalogue de la Methodus, p. 459. Mais il a surtout utilisé VAlcoran de Bibliander cf. supra, p. 226 note), el la multitude d'opuscules ethnographiques, exégétiques, polémiques y annexés. Les preuves vont s'accumuler : définition d'Alfurkan, p. 330; allusions aux ouvr. de Ricold de Montecroce, Nicolas de Cusa, Denys le Chartreux, ibid.; comparaison concluante des lexles de Bodin et de Ribliander, Hepl ., V, p. 414 note.
(B) Inexacl. MD legem Mit/uinunedis miserias ac felicitatem summarum voluplalum corporis proposuisse, -- que par sa loi Mahomet ne promettait que des souffrances ou des jouissances physiques, mais que, etc.
(C) Federich vienl de railler longuement les légendes qui entourent la naissance, la vie et la mort du ProphMe; ses traits sont la plupart tirés de Bibliander : double nom du prophète, Mahomet çà-bas, Achmet dans le ciel (dans Bibliander, De generatione Machumet , t. I, p. 203); les vents, les nuages & les anges se disputent la gloire de nourrir le prophète enfant [ibid., p. 209) ; le prophète étant mort et, sur son ordre, non enseveli, son cadavre sent si mauvais que ses disciples sont obligés de le jeter (dans Bibl., Disputalio christiani eruditissimi, t. III, col. 10) ; le paradis de Mahomet n'offre aux justes que des plaisiis honteux, torrents de lait et de vin, troupes de belles femmes el de Ganymèdes (dans Bibl., Epislola PU papx II ad Morbisanum Turcarum principan, t. II, p. 81), etc.
(D) MD quœ circumferunlur, = qu'on voit dans toutes les mains. — Allusion aux Méditations sur la vie de J -C. S. Bonavenlure (1221-1274) écrit : « Je vous raconterai les actions de » N.-S. J.-C. de la manière dont on peut se les représenter par l'imagination: car rien n'empêche » de méditer ainsi même l'Écriture sainte ». La légende abonde donc chez lui. Buonafoco Ferrara, franciscain, édite S. Bonavenlure, 1588-1596, 7 vol. in-fol. Mais, à part les grandes éditions, ces petils livres édifiants étaient dans toules les mains (Vollet, Grande Encyclopédie).
branches deux mesmes pour laisser cueillir de leurs fruicts a lenfant quand il en desiroit iusques a ce quil en fus rassasié. Ce que les théologiens ne reçoiuent non plus que la légende dorée ou plustost ferrée (»•) de la vie des Saincts dont ie ne raporteray point icy les sottises pour ne leur (s) pas faire honte (A). Mais l'Alcoran ainsy appelle comme qui diroit vn recueil ou l'Alphurcan [l) a cause de la distinction des chapitres au nombre de 123 (B) ne contient rien que d'important, rien qui sente la bagatelle. Et ne se contrarie en aucun lieu comme lont creu Denys le Chartreux & le cardinal de Saint Sixte qui ont escript contre la loy de Mahomet. Ricoldus (m) Iacobin qui entend la langue et la science des Arabes (C) en parle plus ciuilement (u), encores qu'en quelques endroicts il ayt dict des mensonges et en dautres desguisé la vérité. Quant a ce que plusieurs (D) escriuent de ces sales plaisirs du paradis (x) de Mahomet telles calomnies se destruisent assez par les LXXV et LXXVM Azoara ou articles de l'Alcoran assauoir que les adultères et les parjures seront chastiez dans les flammes éternelles (E) ainsy que (y) luy
(/•) MDNquam in aurea dicam an ferrea leclione divorum legimus. B quas inler aureas dicam an ferreas lectiones divorum legimus. — (s) MDPG ne vos pigeât ineptiarum. NB nos. I! semble traduire eos. — (t) MDPG Leyser Alcoranus, qui a côllcctione sic dicitur, vel Alphurcanus (N Alphaticianus) a distinctione capitum quse 123 numeranlur. B omet vel Alphurcanus a distinctione capitum. — (u) MDPG Ricoldus. NB Richardus. — (v) MDB milius aliquanlo. N aliquando. — [x] MDPGB de paradisi sordidis voluptalibus. N de paradiso et sordidis, etc. — [y) MDPGB ut eliam. N omet etiam.
(A) MD ne vos pigeât ineptiarum, — pour ne pas vous faire honte à vous autres chrétiens. — Allusion à l'ouvrage de Jacques de Voragine, dominicain (1230-1298), Historia lombardina seu Legenda sancta, sans cesse réimprimée, Paris, 1475; Cologne, 1476; Nuremberg, 1481. La sévère et critique religion de Bodin, peu capable d'être émue par la grâce naïve de la Légende, ne lui pardonne pas justement ce caractère légendaire. Cf. Démon., Relut, de Wier, p. 560.
(B) 124, d'après Bibliander. Mais une erreur de graphie est facile entre 123 et 124, avec les chiffres romains. L'explication des deux mots vient en tous cas de Bibliander, o. c, t. I, p. 8 : « Incipit lex Saracenorum, quam Alcoran vocant, id est collectionem prœceptorum ». T. I, p. 190 : « Cur dictum Alfurcan? Quia discrets sunt sententiae et figurée ejus ». Kasimirski entend autrement el forkan : la distinction du licite et de l'illicite.
(G) Le cardinal de Cusa, Cribratio Alchorani (dans Bibliander, o. c, t. III, col. 32), nomme côte à côte les trois auteurs que cite ici Bodin. — Le cardinal de S. Sixte a^ait écrit une Confutatio hseresium & errorum Machurnet (restée manuscrite?). Denys le Chartreux (+ 147P, auteur de nombreux ouvrages d'apologétique, est cité ici pour son Contra perfidiam Mahometi, imprimé à Cologne, 1533. — Ricold (ou Richard : cf. Bibliander, t. III, col. 121 note) de Montecroce, de l'ordre des Frères prêcheurs, originaire de Florence (Renan, Averroès, p. 2*1) est cité comme auteur de la Confutatio legis lalx Saracenis a maledicto Mahwneto, publiée par Bibliander, o. c, t. III, col. 124 sqq. Lui-même (Bibl., o. c, t. 111, col. 124) nous dit qu'il avait appris, pendant un long séjour à Baldach ^Bagdag], les lettres et la théologie sarrasines. — Quant aux contradictions que contiendrait le Coran, c'est un des plus fréquents moyens de polémique des chrétiens. Cusa veut tirer la vérité du christianisme de ce Coran même qui la nie, l. c, t. III, col. 32; et Ricold intitule son c. 6 : « Quod [lex Mahumeli] in mullis sibi ipsi conlradicit », L c, t. III, col. 139-141.
(D) Le pape Pie II dans une lettre au Sultan (Bibl., t. II, p. 81); Nie. de Cusa, o. c, II, 18 (Bibl., t. III, col. 87), etc.
(F) « O prophète, ne répudiez vos femmes qu'au terme marqué : avant ce temps vous ne pouvez » pas les chasser de vos maisons, à moins qu'elles n'aient commis un adultère prouvé ». Kasimirski, 65, 1 (= Bibl. 75). « Peu s'en faut que l'enfer ne crève de fureur, chaque fois qu'on y précipitera » une foule d'infidèles ». Kasim., 67, 8 (= Bibl., 77. Bibliander écrit : Deum non sequentes, que Bodin rend par : perjuros). Bodin a étendu la peine de l'enfer de la Sourate 67 à la s. 65, où elle ne figure pas.
DES SECRETS CACHEZ ItlôS CHOSES SUBLIMES 109
mesrae (z) la presché de viue voix. Et de peur que (A) les femmes ne [331j soient œilladées par les hommes pendant les sacrifices ils ne permettent pas seulement qu'elles sortent iamais en public autrement que voylées (a) ainsy que Mahomet la ordonné par ses loix (B). Et pour ce que les Ghrestiens veullent quil ait promis de ressusciter dans trois iours (C) cella ne se trouue dans aucunes archiues (b) des Mahomelans. Et les Chrestiens eux mesmes se contredisent en ce que les vns disent [cj dans trois iours, les autres dans huict cens ans, comme vn autre Licurgue qui debuoit consulter Apollon a lin dobliger ses citoyens a garder ses loix iusques a ce qu'il reuint(D). Donc sans nous amuser aux fables si Ton veult lire lWlcoran auec application on n'y trouuera rien au moins a mon aduis (d) qu'vn zèle admirable enuers Dieu vne grande pieté enuers ses parents vne parfaicte charité enuers le prochain (e) vne bonté extrême enuers les infirmes & indigens et vne équité générale et inimitable enuers tout le monde indifferament (/").
Fëdehich. — Mais dou vient que les Musulmans veulent que Mahomet soit monté au ciel auec vn mulet (E)? que ne luy donnent ils [g) plustost vne eschelle? est ce qu'ils croyent (h) plus probable vne ascension auec vn mulet qu'auec vne eschelle ?
Octale. — Il n'y a rien de tout cella dans les liures sacrez des Mahomelans, en quelque lieu que ce puisse estre. Et telles sortes de fables ne sont pas mieux receiies (i) (F; parmy eux que celle de Numerius Atticus prêteur
(z) MDNB ipse legislalor Muhammedes. PG ometlentip.se. — (a) M D nec in publico vultus revelare patiunlur. NE revelari. B vullu (?). — (b) MDPG nusquam in scripturis. B in scriptis. N supprime in : incorrect. — (c) DB resurrecturum (N resurrectionem) se vromisisse (M spopondisse) jaclant. — {d) MDN nihil in eo reperiet... 7iisi. B inveniet non nisi. — 'e) MDPG in propinquos. NB proximos. — (/') N ajoute videbit : double emploi avec reperiet. — [g) MDB <ur... non adhibuerunt. N adhibuerint. — [h) PGN [Agareni] putarent. MD putaret, inadvertance. B putabanl. — (i) MDTEPGB nec mugis credibiles. N incredibiles, contresens.
(A) MD Al ne fœminas quidem a viris, dum sacra fiunt, conspici, nec in publico vultus revelare patiunlur populi, qui Mahumedis legibus obligantur, = les peuples qui observent la loi mahomélane ne permettent même pas que les femmes soient du tout vues par les hommes à la mosquée (ils les séparent les uns des autres par une cloison, cf. supra, p. 315 sq.) et leur défendent de dévoiler leur visage en public. — H s'est trompé sur le sens de ne, de toute la première proposition, et traduit le reste très inexactement.
(B) «Vos épouses peuvent se découvrir devant leurs pères, leurs enfants, leurs neveux et leurs » femmes, et devant leurs esclaves ». Coran, 33, 55. Cf. 59.
(C) Ltans trois jours est une inadvertance de R, amenée par une confusion avec le dans trois jours, un peu infra. — Sources possibles. « Moriens [Mahumelus] praedixit se iturum in cœlum : » quod diu exspectanles, tandem lelro coacti odore, sepulchro mandarunt apud Mecham civita- » lem ». De Mahumeto ejusque legibus et Saracenorum rébus, ex Volaterrano (Bibliander, o. c. t. III, proœmium, p. n). — « Gum praîcepisset eis, ut mortuum se non sepelirent, eo quod » terlia die assumendus esset in cœlum », etc. Dispulatio christiani eruditissimi (Bibl., t. III, col. 10;.
(D) Plutarque, Lycurgue, 29.
(E) Al Borak, qui transporta en une nuit, dit la légende, Mahomet de la Mecque à Jérusalem et de là au ciel. Allusion est faite à ce voyage prodigieux dans le Coran, 17, 1 (= Bibliander 27); voyez à cet endroit la note de Kasimirski sur Borak. Ricoldus, Confutatio, 14 (Bibl., t. III, col. 168 sq.), raconte la légende d'Al Borak : « Et [Gabriel] adduxit mihi jumentum majus quidem » asino, minus aulem mulo, et nomen ejus Elmparac » ; puis la raille acerbement.
(F y MD nec magis credibiles, = on ne peut y ajouter plus de foi qu'à...
1 10 JEAN BOD1N
romain qui pour auoir receu dix mil escus de Liuie iura (j) quil auoit veu Auguste monter au ciel (A). Mais comme vn autre (B) en voulut dire autant de Druzille que Ton sauoit seslre souillée d'inceste (k) auec son frère Cal i g u la il en fut (/) raillé de belle hauteur par toutte la populace.
332] Coroni — Cest vne chose merueilleuse (m) de voir Octaue (n) luy qui est (o) vn esprit admirablement pénétrant qui aprouve les superstitions mahometanes (C), plus dignes (p) de compassion que de risée, bien quil (D) ayt esté (q) long temps captif parmy eux et très rigoureusement traitté dans sa captiuité.
Octaue. — Dieu a permis qu'ayant esté pris par des pyrates sur les costes de Sicile ie fus vendu a vn marchand syrien (r) ou ie fis connoissance (E) auec vn autre, Paracadius (s), lequel ayant conneu que iestois fort amateur (/) des lettres et de la religion, par ce qu'ayant desia esté trois ans captif ie mestois accoustumé a la langue vulgaire des Arabes, il me fit diuerses questions sur ma créance auxquelles ayant assez pertinament (F) respondu a mon aduis ie pensois lattirer dans mes (u) sentimens & fis tous mes efforts a cet effet comme estimant faire vn œuvre très (o) aggreable a Dieu : Mais luy au contraire me combattit de si fortes raisons que ie pensois estre tombé au fond de la mer (G) et enfin me communiqua (x) vn petit liure arabe qu'vn Jacobin renégat auoit composé pour la deffense de la religion de Mahomet, lequel après lauoir leu & releu (H) me donna beaucoup dadmiration comment vn
(/) MUN qui juratus (B qui traditionem) in cœlum ascendisse Augustum... confirmavit. — (A) MDI'Gli ascensionem Drusillœ incestibus (N in sedibus [?]) Caligulse fratris nobilein. Conjecture : nobilis, que semble traduire B. — (/) N acceptus. MDB acceptus est. — [m) MDNB mirôr. l'G mirum. — (n) MDPGN Octavium superstitiones probare potuisse. B Octavio. . probari. — (o) N ipse. UPGB cum sit ipse. M cum sit ex se. — (p) MDI'GB superstitiones misericordia potius quam risu dignas. N quam risu dignse cum sint. — (q) MDPG est oppressus. NE fuit oppressus. — (r) MDPG Sgrio. NB Syriaco. - (s) MTEP Paracadio me dedidit. SB dédit. D dedidi, inadvertance. G Paracadionis (?). — (t) MDPG sludiosum. NBsludiosissimum. — (u) MDNB in meam [PG veram, contresens) senlentiam. — (») MDPGB quo nihil a Ueo majus [N mugis, faute) ac melius optandum judicabam. — (a:) MDNB exhibuit. PGdedil.
(A) Suétone, Auguste, 49, mentionne le fait en termes assez imprécis. C'est Dion, 56, 4G, qui nomme Numérius, déclare qu'il était soudoyé, et à quel prix.
(B) Nommé Livius Géminus, Dion, 59, 11 ; il est raillé par Sénèque, Apocolokynlos, 1, 3.
(C) MD Agarenorum superstitiones. — Les Arabes prétendaient descendre d'Ismaël, fils d'Abraham et d'Agar, qui fut chassé au désert par la jalousie de Sara : d'où leur nom d'Ismaélites ou Agaréniens, qui voulait rappeler encore le lien du mahométisme avec la religion d'Abraham.
(D) Inexact. MD eoque magis quo diutius ab illis dura servitute oppressus fuit, = et cela étonne d'autant plus que, etc.
(E) Contresens. MD Paracadio me dedidit, = il fil cadeau de moi à un certain Paracadius; cf. supra, p. 311.
(Fj Non pas pertinament, mais : point par point. MD ego cum ad singula capita responderem. — Par ce qu'ayant desia esté trois ans captif, etc. se rapporte naturellement à ce qui suit : il me fit diuerses questions.
(G) Le latin a une métaphore contraire. MD ab argumentis quasi ab aquis deserlus invado lisererem. — Quant au Dominicain renégat, je ne sais, en dépit de toutes recherches, qui il est.
(H) Omission. MD in varias anirni sententias distractus.
religieux de lordre des frères presclieurs auoit peu quitter la religion de ses pères pour escrire contre de si belles choses, et si puissantes quenfin ie my rendis et suiny sa doctrine. Ce que mon maistre ayant sceu il me donna la liberté laquelle pour recouurer beaucoup dautres pareillement embrassent la loy de Mahomet & se laissent circoncire.
Fedehicu, — Iay ouy dire autresfois que (À) ceux qui enlroient dans l'antre de Trophon (y) sautoient comme des possédez [333] et que quand leurs amis se mettoient en debuoir de les en vouloir retirer ils estoient forcez par la puissance du charme de se mettre a la danse & de saulter comme les autres. Cest ce qui est arriué a Octaue.
Octale. — le ne marreste pas aux iniures ny aux reproches (z) dont on attaque la dignité de Mahomet : ie scay vne chose (B) assauoir que ie suis dans la vraye et sincère adoration du seul Dieu éternel (a) et incompréhensible.
Toralbe. — Si la véritable religion ne consiste qu'en ladoration pure & simple d'vn seul Dieu et qui seul est éternel, iestime quil suffit aux hommes pour faire leur salut de suiure la loy de nature (C). Et nous ne voyons point quayent tenu Jautre religion les premiers hommes lesquels ont laissé a la postérité (b) la mémoire du siècle dor. Ils ny ont point esté enseignez, mais ils y sont nais : ils ny ont point esté instruits mais elle leur a esté inspirée par cette mesme nature (D) dou ils ont puisé (c) comme dans leur source les principes de pieté de religion de sincérité et de touttes les vertus pour les mettre en pratique. Ce qui est confirmé {d) non seulement par touttes les opinions de tous les philosophes mais par les tesmoignages de tous les oracles, si on y doit croire. Car Ciceron en ayant consulté vn pour apprendre vne forme de vie il luy fut respondeu quil nauoit qu'a prendre la nature pour guide (e) et pour directrice. Paul dict la mesme chose (2) (E), escriuant aux
(2) Ad Rom., c. 1.
[y) MDTESD antrum Trophonium. P Trophonise, incorrect, iï Trophonii. — (z) MDPGB obtreclalione. N oblreclationibus. — la) l'G omellenl œlemi. — [b] MDXB posleritati reliquerunt. l'G poste/ ilalem ('?). — (c) MNB hauserunt et expresserunl. I) hauserant et expresserant. — (d) MDNB confit'inatum. PG firmatum. — (e) Nomet ducem.
(A) Non pas, mais : j'ai ouï dire qu'autrefois ceux... MD audivi quondam eos, etc. permet les deux traductions, mais quondam retombe évidemment sur les consultants de Trophonius. — Sur l'antre de Trophonius, cf. les références, p. 258, note E : elles montreront qu'une fois de plus Bodin sollicite les textes.
(B) Faux-sens. MD vem teneo, je possède l'essentiel, la réalité (par opposition aux chimériques accusations des ennemis de ma religion).
(G) Ici la discussion semble tourner court, et revenir à la louange, déjà entonnée pp. 2C6-271, de la religion naturelle. Je ne le crois pas. Après avoir exposé dans le détail le cérémonial de chaque religion, les interlocuteurs se sont égarés quelque temps autour du mahomélisme, attaqué et défendu. Après cette digression, ils reviennent à leur sujet, le cérémonial; et la fin de ce livre va montrer que, variables, et souvent d'ailleurs empruntés d'une religion à l'autre, non essentiels à la vraie religion, les rites sont des moyens que toutes les religions ont employés pour attirer à elles les âmes médiocres, incapables de contempler en sa nudité la pure notion de Dieu. Enfin les toutes dernières pages seront de nouveau consacrées à discuter le mahomélisme. Il y a là bien du désordre, dira-t-on? C'est, pour Bodin, de la composition.
(D) Cf. le même effet oratoire, p. 283 et la note C.
(E) Référence erronée. On pourrait lire plutôt : ad Rom., 2; et encore ce ne serait pas là une
Romains (/) non point en termes ambigus ny obscurs mais clairement et distinctement : les peuples dict-il qui nont point de loy suiuant celle de la nature ne laissent pas de viure dans linnocence, pur ce que [334] encores quils nayent (g) aucune loy escrite ils ne laissent pas de porter partout empreinte dans leur esprit (h) les edicts et les tesmoignages de leurs consciences. Par lesquels termes il enseigne que la bonne et droicte intention auec la loy naturelle suffit a l'homme pour son salut Ce questant ainsy a quoi bon tant de cérémonies et de superstitions (i) auxquelles sobligent les chrestiens les iuifs les mahometans & et les idolâtres? Puisque iestime que cest la plus ancienne & la meilleure de touttes (A).
Ce que Toralbe ayant décidé en peu de mots chacun se regardoit sans parler, par ce que iusques la (y) personne ne sestoit encor beaucoup ouuert touchant les sentiments (k) de la religion horsmis Salomon qui estimoit auoir l'auctorité publique (B) de son costé (/) : aussy reprit il la parole le premier & dict :
Ma créance, Toralbe, est entièrement conforme a la vostre assauoir que touttes les choses nécessaires au salut sont contenues touttes dans les loix de la nature suyuant lesquelles ont vescu Abel, Hanoch (m), Noé (n), Abraham, lob, Isaac et Iacob (C), tous lesquels par le tesmoignage mesme de Dieu (o) (qui est le plus solennel et le plus auguste que nous puissions nous imaginer) ont esté déclarez personnages douez (p) dune extrême pielé et d'une intégrité exemplaire. Car ce nest pas que la circoncision qui a esté imposée (q) a Abraham pour vne marque dalliance (/•) (D) luy ayt esté commandée pour estre
(f) MDN ad Romanos. B ad Romanus, négligence. — (g) DNB (tametsi) habent. M habeant- — (h) MDNB menlibus suis. PG suis mentibus. — (i) NB omellent ac superslilionibus. — (j) MDPG eatenus. NB hac tenus. — {k) MDPGB quid quisque senliret. N quod quisque senliret (incorrecl). — (l) MDNB publica aulhoritate frelum. Leyser victum (contresens). — (m) MDPG Hanochum. NB Henochum. — {n) MDPG Noemum. NB Noachum. — (o) MDNB ipsius immortalis Dei testimonio. PG immortalis Dei ipsius lestimonio. — (p) MDN (integrilalis laudem) adeplos. B ajoute novimus, oiseux. — (q) DNB data est. M elala est. — (r) PG ometlenl, à tort, fœderis.
citation lexluelle, mais, comme il arrive à Bodin, l'impression résumée d'une lecture. S. Paul, ad Rom., 2, 3, 4 (cf. ad Galat., 4), combat le formalisme pharisien, et déclare que ce n'est pas tant l'observation sèche et extérieure de la loi qui fera notre salut, mais la foi et la conversion intérieure. El ainsi les juifs, stricts observateurs de la loi, mais qui n'auront ni foi ni œuvres, seront damnés, et les gentils qui auront eu la foi et les œuvres sans connaître la loi seront sauvés. Voici quelques versets qui peuvent faire songer à VUept. : « Lors donc que les gen- » lils qui n'ont point la loi font naturellement les choses que la loi commande, n'ayant point la » loi, ils se tiennent à eux-mêmes lieu de loi, — faisant voir que ce qui est prescrit par la loi est » écrit dans leur cœur, comme leur conscience en rend témoignage par la diversité des réflexions » et des pensées qui les accusent ou qui les défendent ». Ad Rom., 2, 14 sq.
(A) La religion naturelle. MD Hanc enim religionem.
(B) MD Salomonem, publica auctoritate frelum. Entendez par là le poids que donne à ses opinions le fait qu'il représente la religion la plus ancienne, mère des autres religions. Catholiques, protestants, mahometans sont forcément d'accord avec lui sur un grand nombre de points, communs à la religion juive et à la leur.
(G) MD quos viros! omis. Même mouvement dans la Lettre à Baulru (1563?). Sur cette idée, véritable refrain dans YHepl., cf. p. 270, note. (D) Genèse, 17, 10; Deut., 10, 16 et 30, 6, etc.
nécessaire a salut, mais seulement pour estre distingué des autres nations comme vn peuple choisy de Dieu. Et il me semble quil entendoit parler de la loy naturelle quand il a dict dans la Genèse (3), Touttes les nations dans la semence d'Abraham (s) auront ma bénédiction [335] par ce quil a obey a ma voix et na iamais transgressé mes loix ny mes (/) commandements : et (u) la boy na esté donnée a (A) Moyse que quatre cens trente (u) ans après (B). Touttes les autres choses presque (a?) qui concernent la politique (y) ecclésiastique ou la iudicalure ont esté abolies par la destruction du temple de Dieu et la ruyne de la Republique des Iuifs. Car au Deuleronome (4) il nous est estroictement deffendu (z) dimmoier des bestes ailleurs que dans le lieu que Dieu luy mesme auoit particulièrement designé pour cet effect : cest pourquoy nous ne suyuons (a) présentement que le decalogue la circoncision et Faigneau paschal pour mémoire éternelle des biens que Dieu nous faict iournellement. Ce nest pas que ie ne croye qu'il ny peut auoir (C) de religion
(3) Cap. 26 (D). — (4) Cap. 4, 5 et seq. (E).
(s) MDN Abrahami. B Abrahse. — (t) PG ometlent meas. — (u) MDPGB at lex. N alque lex. — (y) G omet et tricesimo. — [x] MDTEPG caetera fere. NB caetera vero. — (y) DNB quae legibus{M legimus, inadvertance) ritualibus ac judiciariis continebantur. — (3) MDNB prohibemur. PG prohibelur. — (a) MDNB a nobis usurpatur. PG usurpantur.
(A) MD at lex a Mose nulla lala est nisi 430 m" post anno, -= or la loi n'a été apportée par Moïse que 430 ans plus tard (suppléez : donc quand Abraham parle de la loi, ce ne peut être que de la loi naturelle). Mais B, l'aute d'avoir traduit at, et d'avoir exactement traduit a Mose, ne permet pas de saisir la suite des idées.
(B) Dans tout ce passage, Salomon s'inspire de S. Paul. « Ce n'est pas que la circoncision ne » soit utile, si vous accomplissez la loi ; mais si vous la violez, tout circoncis que vous êtes, vous » devenez un homme incirconcis... Car le vrai Juif n'est pas celui qui l'est au dehors ; et la véri- » table circoncision n'est pas celle de la chair, et qui n'est qu'extérieure ». Ad Rom., 2, 25 et 28. (Cf. Philon, De ceux qui offrent les hosties aux sacrifices, Irad. Bellier, p. 747. Bodin a lu et imité ce traité, voy. infra, p. 597). — Et encore : « Sachez donc que ceux qui s'appuient sur la » foi sont les vrais enfants d'Abraham. Aussi Dieu, dans l'Ecriture, prévoyant qu'il justifierait les » nations par la foi, l'a annoncé par avance à Abraham, en lui disant : Toutes les nations de la » terre seront bénies en vous... Ce que je veux donc dire est que Dieu ayant fait un testament en » bonne forme en faveur de J.G., la loi qui n'a été donnée que 430 ans après n'a pu le rendre » nul ». Ad Galat., 3, 7 8 et 17. Celte fois Salomon ne prend pas à son compte la pensée de S. Paul, il lui emprunte seulement le cadre où il interprétera à sa façon la fameuse bénédiction sur la postérité d'Abraham. — En tous cas : 1° Salomon, ce Juif, en le nommant ou non, consent à s'inspirer de l'apôtre; 2° plus généralement, il est aussi hostile que possible au pharisaïsme. On va le voir, il considère les rites les plus sacrés de sa religion comme des expédients exigés par la corruption invétérée (cf. p. 272) ou la médiocrité morale des fidèles, conçoit dans l'idéal leur suppression totale, et par là se rapproche de Toralba, sans doute aussi de Bodin. Cf. p. 341, note C.
(C) MD Sic enim persuasum fiabeo, nullam omnino religionem sine ritibus ac cœremoniis solemnibus existere posse, = ma conviction est qu'une religion ne peut guère se passer de cérémonial.
(D) Genèse, 26, 4-5.
(E) Références erronées. — Bodin avait déjà dit, p. 273 : « Mais pour marque que Dieu ne se » plaisoil point aux sacrifices, c'est qu'il deffendil qu'on ne luy immolasl aucun animal en autre » lieu que celluy qu'il auoit choisi pour cet effect... Et ce ne fut que par sa bonté et sa prouidence » que Vespasian l'empereur fit brasier le temple de Hyerusalem, ou il estoit permis de sacrifier » des bestes et non ailleurs ». El il donne là les vraies références. Deut., 14 [23, 24, 25]; 15 [20] ; 16 [2 et 16].
Chauviré 8
sans cérémonies (b) et ieslime que l'Eglise romaine na (c) point de meilleur secret pour conseruer sa durée que cette quantité (d) de cérémonies diuerses dont elle faict vsage, celle pompe d'habits et ces meubles superbes dont elle embellit les temples (A) lesquels attachent (e) le peuple comme a des spectacles (f) et ieux publics. Car pourquoy (g) Dieu eust il faict l'habit d'Aaron nostre souuerain preslre si vénérable (h) ou bien pourquoy eust il commandé lant de sortes de sacrifices et de se Iauer (B) si souuent (i) pour expier ses péchez s'il (j) eust vu que les esprits de la grossière et ignorante populace eussent peu sattacher a la religion par des moyens plus commodes?Quoy que l'Eglise romaine ayt emprunté beaucoup de cérémonies des Iuifs ils ont neantmoins tiré la pluspart de celles quils mettent en vsage des anciens (k) Grecs [336] et Romains (C) : comme les peaux des victimes dont les sacrificateurs couuroient (/) leurs testes, les chanoines de leglise romaine ne sen seruent ils pas (m) ainsy que des tonsures du sommet de la teste (D)? Et le congé que Ion donne au peuple par Vite missa est (5) nest il pas emprunlé des
(5) Cum dicitur : Ite missa est.
(6) MDI'G caeremoniis solemnibus. NB ometlenl solemnibus. — (c) MDPG nec, opinor, ullurn majus arcunum ha bel religio romana... NB ... habere religionem romanam. — (d) MDI'G lanlam, quanta cogitari potest, multitudinem. NB cogilare, l'aule. — (e) MDPGB relinet. Nretineal. — (f) MDPGB spectaculo admirabili. N admirabile (faute). — [g) MDPGB ad quid. N ad qnod (incorrect). — {h) MDPGB augusta quadam (N quidem) specie venerabilem. — (i) MDPG tam exquisilas loliones. NB tôt. — (/) MDPGN si (B niai) plebis imperitie mentes culla religionis obligari commodius arbilraretur. Conjecture : cullui, que traduit /{. — (k) PG omettent veteribus. — (l) MDI'G obvolvebant. NB obvelabanl. — (m) MDPGB uturpari videamus. N videmus.
f A) MD riluum ac cœremoniarum lanlam, quanta cogitari potest, multitudinem ac varie tatem, tum suavissimam canlicorum ac organorum, lum eliam vestium ac suppelleclilis sacrée ac preliosie pompam. R abrège fâcheusement.
(B) Exod., 39 sqq. Léviliq. en entier.
(G) Cf. le même thème dans Calvin : « Ainsi les sacrificateurs de la grande Cybèle ont introduit » la superstition de vivre sans se marier; les nonnains et moinesses ont esté substituées en la » place des Vestales; le temple ou la leste de Toussaincls a succédé au temple de tous les » Dieux; en lieu des cérémonies anciennes on en a introduit d'autres bien fort approchantes » des premières; finalement on a introduit une grande troupe de Dieux & a-L-ou pensé qu'ils » seroienl légitimes s'ils estoient masqués de ces beaux titres de saincts ». Comment, sur les Actes, XIV, 15, Paris, Meyrueis, 1854, in-8, p. 722 sq.
(D) R mêle deux choses, très distinctes dans M pelles hostiarum, quibus ip.si saci'ifici caput obvolvebant, a Canonicis usurpari videamus: et abrasiones verticis jam inde ab Iside, qu:e Osiridis audita morte caput una cum ejus sacerdotibus abrasit, forsilan originem traxerunt. L'aumusse des chanoines (primitivement c'était un bonnet de peau d'agneau) lui rappelle, je pense, une vieille tradition juive : les sacrificateurs recevaient la peau des victimes. Cf. Philon, Quels sont les loyers des sacrificateurs, trad. Bellier. p. 702. — Pour faire remonter l'usage de la tonsure au culte d'Isis, Bodin s'appuie sur Plularque, De Isis et Osiris, 2, 8. Mais Epiphane, Adversus Hœres., lib. 3, t. 2, haeres. 80, § G, voit l'origine de la tonsure dans l'ordre de S. Paul, 1 Cor., 2, 14 : « La nature ne vous enseigne-l-elle pas qu'il serait honteux à un homme de laisser » croître ses cheveux? •> Et Migne, citant le canon 0" du concile de Rouen (1096), qui ordonne aux hommes d'avoir les cheveux ras, pense que par là on voulait distinguer le chrétien civilisé du barbare païen. Dict. Ihéol., t. 8, col. 1197.
DES SECRETS CACHEZ DES CHOSES SUBLIMES llo
cérémonies (Tlsis et d'Osyris (n) a la lin des sacrifices, que les Grecs appelaient toù OY^.Qu (o) àcpésEiî (A) ? Puis les eaux lustrales (B), les chants, les restes (C) des hosties (p) que les prestres après en estre rassasiez iettoient dans le feu (6), ces apparitions de Dieu, ces ciuieres a col, les pains bénits, les danses et les coussinets (</) ou aureillers dont on se sert sur les autels ou pour mettre soubs les reliques (D).
Guhce. — Cette pompe de leglise romaine sent mieux ces ieux de Iheatre et ces spectacles des anciens (r) qu'vne véritable deuolion qui est ennemye du fard et doibt auoir en horreur touttes sortes de desguisement ny ayant rien de plus trompeur que lapparence extérieure (s) comme les marchandises lustrées, les murailles peintes et les visages fardez. Et tout de mesmes que ces poissons que les Latins appellent lulis (/) (E) et le Tygre ont les plus belles peaux et les mieux diuersifiées de couleurs de tous les animaux dont ils (u) sont les plus féroces, ainsy en est il des religions qui sappuient (F) sur les cérémonies et les pompes extérieures.
6 Proteruiam faciebantqui reliquias hostiarum iam saturi flammis consumebant, vt etiam legediuina iubetur de Agni paschalis reliquiis, Exodi c. 12.
(n) MNB et abrasiones verticis jam inde ah Iside, quae Osiridis [audita morte capnl (PG oineltent caput) una cum ejus sacerdotibus abrusit, forsitan ortginem traxerunt, lum etiam] populi dimissiones . DA omettent les mots entre crochets. — (o) Leyser o^ovou, barbare. — (p) li omet prolervix. — 'q) MD\B pulvinaria. Leyser pluvinaria, barbare. — / ; DNB velerum payanoru>n. M veteram. barbare. — (s) MDNB [fallacius] quam quod (PG est [?]) exterias speciosum apparel. — il) MON lulis (correct : cf. Pline). B Tulis. — (u) MUPG utroque animante. NB ulraque, incorrect.
(A) « Par Vile missa est », interpolation de R. Où Bodin a-t-il pris l'expression tou ot^u-ou àcp£<7Eiç? Il indique, supra, II, p. 28, comme source Apulée. C'est en vain que j'ai voulu vérifier la référence.
(B) La Grande Enct/clopé'/ie voit l'origine de l'eau bénite dans la purification des mains par l'eau avant tout acte religieux chez les Égyptiens, les Grecs, les Romains et les Juifs [Exod., 30, 18-21 ; Num., 19,9).
(C MD chori, proterviie, = les chants, lesprolerviv. B die schamlosen Ti'tnze, contresens. On appelle protervia ou sacrificium proterviam tout sacrifice offert en vue d'un départ. » In eo mos « eral, ut si quia ex epulis superfuissel, igné consumerelur ». Macrob., Saturnal., 2,2 (éd. Camerarius, Basileae, I. Hervagius, 1535, in-fol.).
D MD thensse, fercula, saltationes ac pulvinaria deorum. Thensw. civières où l'on promenait les images des dieux; fercula. brancards de ces civières. Saltationes, danses religieuses que Bodin compare (cf. infra, p. 467 sqq.) aux évolutions de l'officiant et de ses aides devant l'autel. Pulvinaria, coussins où l'on portail dieux et déesses pendant les leclislernes et les sellisternes. R commente le texte, en les comparant à ceux que nous mettons sous les reliques. — Ouanl au caractère conjectural de ces rapprochements, il m'apparaît, pour certains exemples, peu niable; mais l'important n'est pas là; il est dans la tendance, révélée en Bodin, à réduire la pure religion à l'adoration pure, en montrant dans les cérémonies des emprunts que se font les religions les unes aux autres et, en particulier, dans les cérémonies chrétiennes des emprunts au paganisme.
(E) Pline l'ancien, 32, 94, en parle d'après Aristole, Hist. anlm., 9, 2, 1.
(F) MD lanlum [nituntur], = qui ne s'appuient que... Nouvelle atténuation par R d'une vive attaque contre la religion catholique (cf. pp. 308 et 309). — Cf. Calvin : « Ils ont un amas infini » de cérémonies : et à quel propos sinon afin que pour un voile du temple ancien ils en mettent » cent en avant? Dieu a aboli les cérémonies qu'il avoit ordonnées, afin que la vérité de l'Evan- » gile reluisist plus clairement. Les hommes ont esté si oulrecuidés d'en introduire de nouvelles, » voire sans garder mesure quelconque... Maintenant puisqu'on voit clairement que telles céré-
Salomon. — L'vne (u) certainement ne peut se passer de lautre (x).
Octale. — Les mahometans (A) saccordent en tout aux sentimens de Toralbe et sesloignent fort [y) peu de ceux de Salomon. Car Mahomet dans son Alcoran proteste a ses peuples quil (z) suit exactement la loy d'Abraham et quil ne faict profession que dadorer vn Dieu seul et éternel, détestant toutte apparence mesmes didolatrie inuitant en beaucoup dendroils (a) a auoir compassion des affligez (B) et a faire iustice a chacun (b). Il ny a que cette seule différence (c) que Moyse (d) pour recompense a ceux qui obserueront sa loy ne dict que deux mots assauoir, Obseruez [337] ce que ie vous dis et vous viurez (C). Mais Mahomet propose vn paradis si délicieux (e) que par ces appas ces attrais et ces alleichemens il retient chacun bon gré mal gré (/) dans son debuoir & empesche par la cruauté des chastimens (g) dont il menasse les peruers (D) quils ne continuent dans leurs crimes. Nous auons quelques cérémonies (h) (E), mais point dinutiles (?'), nulles parades, nulles peintures ny sculptures qui puissent arrester les yeux assés pour estre distraicts de la méditation des choses diuines, nous nous lauons (j) très souuent le corps (F) a fin destre aduertys de nous deffaire des vices qui peuuent souiller nostre ame.
Cokoni (k) (G). — Ceux qui accablent le peuple par vne quantité de ceremo-
(y) MDPG altéra (se. religio). N aller (?). B allerum (?). — (x) MDN altérais. B ullerius (?). — (y) NB omellenl admodum. — (s) MDB conleslalur... se... profileri. N omet se, l'aule. — (a) MDB benignilatem adversus tenues infinitis locis, justifiant in omnes. N place la virgule après tenues. — (b) B ajoule ubique inculcat, oiseux. — (c) MDN hoc lamen intéresse {B in specie [?]) pato. — (d) MDN legislalor (B quidem) Hebrseorum. — (e) MDN voluplatum fruendarum. B voluplalem, faute. — {/', MDN nolenles. B renilenles. — (g) B omet suppliciorum immanium. — (h) DXB Bitiis aulem. M item. — (i) MDN ac necessarias lantum ceremonias, nullas inutiles habemus. B rilus aulem necessarios tanlum, ceremonias nullas, etc. — (j) N lolionibus etiam. M DPGB omellenl etiam. — t/c) NLeyser Toralba. MDATEPGB Coronseus.
» monies ne sont ne voiles ne sepulchres par lesquels Christ soit couvert, mais pluslosl fïenles » puanles par lesquelles la pure religion et la vraie foi est souillée et du tout enterrée; ceux qui » meltent l'usage d'icelles indifféremment en liberté attribuent beaucoup plus au pape que Dieu » n'ollroye à sa loi », etc. Comment, sur les Actes, 16, 3, p. 764; cf. Sur les Actes, 15, 5.
(A) Octave répète en partie son apologie des pages 310 sq. : s'y reporter pour avoir les textes du Coran : en voici d'autres. — Contre l'idolâtrie : « Dieu ne pardonnera pas qu'on lui associe "d'autres dieux », 4, 51 ; cf. 4, 116 et 9, 28, et, contre les chrétiens idolâtres, 2, 107 à 112. — Pour la charité envers les humbles : « Ceux qui feront l'aumône le jour ou la nuit, en secret » ou en public, en recevront la récompense de Dieu », 2, 275. Cf. 2, 273 sq. et 17, 28.
(B) MD benignilalem adversus tenues, = la bonté envers les humbles.
(C) Proverb., 4, 4; Deuter., 30, 19, etc.
(D) Délices du paradis, Coran, 37, 38 sqq. et 47; 55, 46-78; 56,14-39; 76,11-23. Cf. supra, p. 329 ad fin. — Supplices des enfers, exemple : « Ceux qui refuseront de croire à nos signes, nous les » approcherons du feu ardent. Aussitôt que leur peau sera consumée par le feu, nous les revêli- » rons d'une autre, pour leur faire goûter le supplice », 4, 59. Cf. 7, 36; 11, 120, etc.
(E) Omission. MD necessarias tantum. Kasimirski, o. c, p. xxxn, confirme l'opinion d'Octave.
(F) Voyez eu note, p. 311, le passage du Coran, 5, 92, qui interdit les images; et p. 329, ceux (5, 8 et 9; 2, 46) qui recommandent les ablutions.
(C) MD Coronseus. C'est évidemment le catholique Coroni qui prend ici la défense du catholicisme, au nom seul de sou ancienneté, en haine et défiance des nouveautés. Ce n'est pas non plus à Toralba, adepte de la religion naturelle qui n'a pas besoin d'intermédiaires entre la conscience et Dieu, à disserter sur la condition des ministres.
nies tournent la religion en superstition mais aussy qui les retrancheroit touttes ce seroit couper (l) la religion iusques dans sa racine. Ainsy que ce vigneron qui auoit appris de son voysin que pour faire pousser sa vigne plus abondament il falloit retrancher (m) tous les rameaux superflus la tailla si près de terre quil la fit mourir. Le mesme arriue til a ceux qui abandonnent la loy de leurs pères par ce quelle les ennuyé sçauoir la doctrine de leglise romaine : nous verrons quils sennuyeront bientost de la nouuelle [ri] quils ont embrassée si ce nest que faisan resflexion sur la nécessité des cérémonies et sur lesperance des recompenses qui leur sont promises par les pontifes et prestres de l'vne & l'autre religion ils ne choisissent ce qui leur plaist de lune & de lautre pour en composer vne troisiesme(o) (A). Or il n'y a rien que la loy de Dieu recommande auec plus de soin que de payer exactement les dixmes (p) et les prémices des sacrifices. Car les sages parmy les Iuifs ont ainsi parlé [338] sçauoir est ce que ceux la nauront point de fruicts, verront mourir leur bestial et tomberont dans l'extrême indigence lesquels frauderont (q) ce qui est deub aux prestres et ne payeront [r) point les dixmes. Portez, dict Malachie (7) (s), touttes les dixmes dans ma maison a fin que ie vous fasse largesse (/) et vous verrez que iouuriray (m) les fenestres du ciel pour respendre (y) sur vous mes thresors et labondance de touttes sortes de biens. le deffendray a celuy qui deuore (a?) dendommager vos champs et de les rendre
h MDPG revellunt. NB evellu/il. — [m) MDTEf a vicino superfl.ua vilium secanle doclus. GNB secare. — (h) B omet brevi quoque novae pigebil. — o) MTEA nisi lum rilibus ac cseremoniis necessariis, Lum eliam prsemiorum {PG omellent ce mol) spe majore ponlificibus ac sacerdolibus (D en surcharge : a pont ificibus ac sacerdolibus) proposila, optimum ac doclissimum quemque retinere conentur. NB nisi cum rilibus. N lum eliam prsemiorum spe majore ponlificibus ac sacerdolibus proposila. B lum eliam prsemiorum sue majora ponlificibus ac sacerdolibus proposila. — (p) MDN decintœ. B décima. — {q) MUB eripiunt. N eripiant. — (/•) MDB faciunl.N faciant. — (s) MIJNB inquit Ueus apud prophetam, PG prophelas, erreur. — (/) MDPGB ul, sit unde largilio fieri possil. N ut subinde largilio. — (m) MDN et lentale me. si non aperuero... B lentale re (faute). — (v) ML) impluam. NB i-npleam. — (x) MD devoratorem. NB devaslalorem (erreur : cf. Malachie).
A M nisi lum rilibus ac cseremoniis necessariis, lum eliam prsemiorum spe majore ponlificibus ac sacerdolibus proposila, optimum ac doctissinium quemque retinere conentur. Je m'en liens à ce texte, — la surcharge de D a ponlificibus m'est inintelligible — et j'entends : [Les protestants, qui se sont dégoûtés de l'ancienne religion, se dégoûteront vite de la nouvelle], à moins que [s.-ent. : pour que les fidèles n'abandonnent pas la nouvelle religion] ils n'y retiennent l'élite du cœur & de l'esprit : 1° par les cérémonies indispensables [s.-ent. : qu'ils rétabliraient]; 2° une situation meilleure offerte aux prêtres. (Je ne crois pas que ponlificibus ac sacerdolibus désigne les évêques et les prêtres, ce qui serait forcément une allusion à la hiérarchie catholique, et détruirait mon explication; c'est une de ces redondances d'expression dont le xvie siècle est plein, et Bodin entre tous. — Quant au sens de recomvenses matérielles, à donner à prsemiorum spe majore, il n'est pas douteux pour moi. De quoi parle le contexte qui suit, sinon de l'entretien des prêtres"? D'autre part, c'est une idée familière à Bodin que : >< L'indignité, mespris » & mendicité des minisires faicl mespriser la religion ». BépubL, VI, 1, p. 594. — Pour R, il doit traduire un texte où se trouvent a ponlificibus, et, à la place de quemque, un quodque ; de plus, glosant comme à l'habitude, il ajoute : « pour en composer vne Iroisiesme ». (B) Malachie, 3, 10 sq.
infructueux. Et en vérité il ny a point de secret pareil a celluy la pour deuenir riche (A).
Octale. — Les Mahometans (y) ont vn soin tout particulier denrichir les pontifes (s) afin de ne pas rendre (a) leur religion mesprisable par la pauureté de leurs prestres.
Curce. -- Mahomet a lil eu raison de repaislre (B) les esprits d'vne ignorante (b) populace de mensonges luy qui se dict Prophète (8), et de feindre que sa loy luy a esté dictée par lange Gabriel (G)? Car (c) quand il a dict que Marie mère de lesus estoit sœur (d) de Moyse et d'Aaron (D) n'est ce pas vn conte denfant puis que Marie (e) sœur de Moyse estoit morte plus de deux mil ans auant la naissance de lesusdont Marie est la mère (/")? Quant (g) a ce que les Musulmans se vanlent de nadorer qu'vn seul Dieu éternel et le mesme quadoroit Abraham (E) ne voit on pas quils sen escartent puisque souuent ils confondent & meslent ensemble les louanges de Dieu et celles de Mahomet (F) dont ils vont auec grande deuotion visiter (h) le sepulchre ainsy que celluy de Nafissa [i) (G) et comblent lun & lautre de présents et doffrandes? Y a til (/) rien de plus malheureux (A) que de veoir que Mahomet ayt atliré a sa secte [339] des gens vicieux et sensuels soubs promesse de leur donner de quoy
(8) Hazora77, 7B, 27, 75, 42 (H).
[>j)MD musulmannis. XB muselmannis. — [z] DNB nique Muhammedes sapienter providit. M sapientior. — [a] MPGNB ne sacerdotam inopia tifferat contemptum. I> affermit (?). — (b) MDPGB imperitœ plebis animos. X imperitos. — (c) MDl'GB cum enim. X aulem. — {d) MDPGmatrem Jesu scripserit esse. NB rnatrem esse Jesu scripserit. — (e) MDN Maria. B Miriam. — If) MDPGB Maria Chrisli mater. X mater Jesu. — (g) MDX quod aulem. B sed quod. — [h) MDPGB adeunl. X adorant. — (i) MDB Nafissse correct). PU Naphissse. X Nabissse. — (j) MDB quid aulem. X enim. — [k) MDN f unes tius. B fœdiiis.
(A) C'est un des refrains de Bodin. Cf. Bép., VI, 2, p. 625. Si bien que la première dépense que Bodin inscrit au budget de nos rois, c'est l'aumône.
(B) MD mendaciorum ferculis imperitœ )>lebis animos inescare, plus coloré encore.
(G) La sourate %, 1 à 5, rapporte les paroles de Gabriel à Moïse (lors de la première révélation de janvier 611. Cf. Kasimirski, o. c, p. llj. Voy. aussi Coran, 66, 4.
(D) « O Marie, sœur d'Aaron », 19, 2'.). « El Marie, fille d'Imran », 66, (Bibl. 76), 12. Source possible: Bicold, Confulalio.\) : « Quod lex Saracenorum manifesta conlineat mendacia ».§ 8 de Virgine Maria : « Sed inler banc Mariam [sororem Aaronj et beatam V. Mariam rnatrem J.-C. » filii Dei, mille quingenti anni inlercessere ». Bibl., o. c, t. 111, col. 154.
(E) Cf. pp. 310 note G et 336 .
(F) Allusion à la formule de prit re : <> II n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est le » prophète de Dieu ».
(G) Sources possibles : 1° Mahomet. « Nam magna multitudo de secla illa annuatim visitant » memoriam & sepulcbruin Mabumeti ». De moribus, religione, conditianibus et nequitia Turcorum, c. 13 (Bibl., t. Il, p. l'.»j. 2° Nalissa. Issue du sang d'Hali, et ses parents ayant été privés du califat, elle se réfugia au Caire, où elle mourut en odeur de sainteté. Son tombeau était un lieu de pèlerinage, Léon d'Afrique (1res lu de Bodin : cf. Bép., passim ; Method., Gatalog.. p. 459; Hept., IV, p. 226 et 339), De l'Afrique, VIII, t. 2, pp. 215 sqq.
(H) « Oui, répondront les damnés, un apôtre [Mahomet] parut au milieu de nous, mais nous » l'avons traité d'imposteur », 67, 9 (Bibliander 77). — « O prophète! » 66, 1 (Bibl., 76). — « O » prophète! » 65, 1 (Bibl., 75). — « C'est la voie qu'ont suivie nos apôtres avant toi » (ce qui implique que Mahomet aussi est un apôtre), 17, 79 (Bibl., 27). — « Le Coran a été révélé à » Mahomet par Dieu »,32, 1 et 2 (Bibl., 42). Toutefois n'y aurait-il pas ici erreur de référence, et ne vaudrait-il pas mieux lire : « O prophète ! » 33, 1 (Bibl., 43)?
rassasier leur lubricité (A) après cette vie ? Et qui est ce qui ne croira pas quil soit (/) beau & honneste de pratiquer cabas en terre ce qui sera lionneste & permis (m) vn iour la hault dans le paradis (B)? Léon l'AfFriquain qui de mahometan quil estoit embrassa la religion romaine (n) escript dans son troisiesme liure que poursuiuant vn iour vne femme de sa secte (o) dans la ville du Caire il la viola (C) en présence dun grand concours de peuple, pour raison de quoy (p) les babitants respectèrent les habits de cette (q) femme comme sils eussent (/■) esté sanctifiez par ce stupre et les touchants du bout des doigts les baisoient. Et de plus que le mary de cette malheureuse non seulement la congratula (s) mais aussi son adultère et en fit feste & festin (/) auec (u) ses amis. Ce qui ne doit pas sembler estrange puisque Mabomet promet de ces sortes de recompenses aux sectateurs de sa loy (9). Que si Pitagore veut qu'Homère Orphée & Hésiode (v) soient tourmentez dans les enfers, attachez a des arbres, par des serpens qui les rongent, et Platon mesmes encor bannit Homère de (x) sa republique (D), parce quiis {y) auoient
(9) Azoara 1 et 51 (E).
(I) MDN ici esse in terris, quod. B supprime esse.— (m) MDB legislator honestum esse censeat. Y docuit. — (h) MDN qui, Mahumedis ejurata religione, Romanqm amplexus est. B Mahumedis, ejurata religione Bomana, amplexus est (contraire aux faits). — (o) M scribit se quendam (N supprime se. D sequendam ['?]) seclarium Ibuni Faridse (N lan Farida, erreur;. B scribit sequentem historiam : quendam sectarum (barbare) Ibufii-Faridse, etc. — (p) MDPG post complexum. NB amplexum. — (7) MDPGB illius. V istiui. — [r] MDVB quasi divinitatem adepta fuissent [se. veslimenla]. l'G fuisset [se. mulier]. — [s\ DSB gratulalum esse. M gratuitum, non-sens. — (/) MDPGB feslas epulas. N ajoute et Itulos. — («) .N'ajoute cunctis. — (v) MD\ Homerum, Orpheum, Hesiodum. B Hesiodus, inadvertance. — 'x) MDPG c (NB a) sua civitate. — (,'/) ^ quod fi-nxissent. MPGBN finxisset.
A) « Ils auront des vierges au regard modeste, aux grands yeux noirs, et semblables par leur » teint aux œufs d'autruche cachés avec soin », 'M, 47 (Bibl., 47). VA. 56, 31-36; 55, 56-68 et 70- 74. Voyez aussi l'invective de Federich, p. 328.
(B) K est inexact. MD quis corruplor publiais non sibi persuadeal pulchrum ac honestum id esse in terris, quod in paradiso legislator honestum esse censeat. L'argument pourrait bien venir à Gurce de Ricold, Confutatio, 8 : « Item si in his actionibus {se. illecebris voluptatum) » extrema hominis l'œlicUas est, sicut Mahometus palam dicere videtur, cujus gratia nunc oportet » ab his contineri, et non potins die ac nocte comedere et luxuriari, ut et hic l'œlices esse possi- » mus? ■> Bibl., t. III, col. 150.
(G) M [Léo Afer] scribit se quendam {sequendam de D me semble une simple élourderie) sectarium Ibuni- Faridse in urbe Cahira publiée mulierem constup fasse, inintelligible Je conjecture qu'un mot tel que vidisse est tombé aprc'S se ; et j'entends : Léon écrit qu'il a vu un sectateur d'Ihnu-Farid violer un jour publiquement une femme en plein Caire. La trad. de R suppose se quamdam seclariam Ibuni-Faridœ... mulierem constuprasse. Le bon sens l'avoue, mais Léon le contredit, qui impute le viol non à lui-même, mais au disciple d'Ibnu-Farid {De l'Afrique, III, Autres diverses règles et sectes, avec les opinions superstitieuses de plusieurs, t. I, p. 416;, comme ma conjecture, ou alors N, qui supprime se, permettent de l'entendre. — Sur Léon d'Afrique, cf. supra, p. 226 note.
(D) Je ne sais où Bodin a pris ce jugement de Pythagore. QuanL à Platon, Bodin songe au fameux passage si souvent allégué, Bépubl., 3, (.» (éd. H. Eslienne, t. 2, p. 398 a).
lE) Références fausses Lisez, à la place de az. I, Coran, 2, 23 (Bibl. 2) : <- Là ils trouveront •> des femmes exemptes de toutes souillures ». — Tout ce que je trouve à Bibl , 51, c'est l'annonce d'un paradis très imprécis : « Réjouissez- vous du paradis qui a été promis! « Kasim. 41, 30. Il est probable que des erreurs de chiffres se sont glissées dans les mss., et que Bodin songeait aux sourates 55 ou 56 (Bibl., 65 ou 66) citées supra.
faict (A) les Dieux capables de querelles de paillardise de stupres de meurtres & dincestes, a quoy bien plus iustement (B) doit on condamner Mahomet qui (z) serige (a) en Prophète en Législateur en Docteur pour la pieté et en Reformateur des religions?
Salomon. — Touttes ces choses sont non seulement honteuses a reciter mais de pernicieux exemple assauoir de promettre aux hommes pour recompense de leur vertu et de leur pieté des plaisirs infâmes de beste brûle. Et cependant [340j il a trouué des gens assez simples pour se laisser infatuer a ses faulses promesses (b). Dieu (c) tout bon et tout grand ne donne pas seulement ce quil promet mais il va bien au delà [d) de nos espérances (e) (C), mais les imposteurs promettent (/) tousiours plus quils ne tiennent. Quand Dieu eut aduerty par la bouche de son prophète que la verge de celluy quil auoit choisy pour grand prestre [g) prendroit racine, incontinent après cette mesme verge non seulement germa en terre mais aussy porta fleur et fruict dans le mesme moment (D) : aussy quand il promet (h) la terre aux obseruateurs de sa loy il leur faict encor des largesses (i) célestes, de mesmes quand il les asseure quils viuront ce n'est pas seulement de la vie présente mais cest de celle qui est. a venir, beaucoup plus excellente que celle cy. Car (j) Onkelus interprète chaldeen (E) explique ainsy cet endroit (4) : celluy qui obseruera mon alliance et mes iugemens viura, cest a dire de la vie éternelle. Et (/.) ce qui est de plus pernicieux cest que ceux qui sçauentbien que ces recompenses de plaisirs charnels ne sont que des fables croyent aussy que les peines dont on menasse les impies (/) sont pareillement fabuleuses et de celte façon tombent dans vn aueuglement espouuantable.
Octaue. — lay tousiours fort estimé les sentimens de Platon et de Xenophon (F) qui veulent quil soit permis comme il a tousiours esté (m) aux
(4) Leuitici c. 18. Exodi c. 20 et 31. Deuteron. c, 5. Ezechielis c. 20 (G).
(z) MD qui (NB quod) se et (N supprime et) prophetam el legislatorem. — (a) MDR profiteatur. V profitetur. — (6) MDTEA falsis promiisis imperitos lactari, PG laclare (seul correct). NB traclare. — (c) MDPG cum lamen Deus. NB omettent tamen. — (d) MDPGB mullo uberius. N liberalius. — (e) MDN quam pollicëatur. PGB pollicetur. — (f\ MNB promillunl. D promittant. — (g) MTEDAPG virgam illius, quem ad ponlificalum sibi delegerat. Leyser virgam illius, quem ponl.ifi.cem. NB virgam illius, quam ad pontificem (non-sens). — [h) MDPGB cum pollicetur. N polliceretur — [i] MDPG prsedia. NB prsemia. — (,/) NB omettent enim. — (k) Nomet eliam. — (/) MTEI'G supplicia sceleribus proposita. Domet à tort supplicia. N omet à tort sceleribus. B caetera proposita (?). — [m MDNB licere ac semper licuisse. PG ometlent licere ac.
(A) M finxisset. D finxissent. Et parce qu'ils uuoient faict. RD me semblent plus plausibles : les trois poètes sont coupables de ces fictions. A noter une fois encore la proximité de R avecD.
(B) Inexact. MD quanlo graviore pœna, = à quel châtiment plus grief?....
(G) Dieu nous récompense au delà de nos mérites, infra, VI, p. G45 et Déni., 3, 4, p. 360, avec références.
(D) Nuni., 17, 1-8.
(E) Cf. p. 271 noteB.
(F) Le passage de Platon est célèbre, Répub., 2, 21 (éd. H. Estienne, t. 2, p. 382 c). — Celui de Xénophon m'est demeuré inconnu, <5c cependant ailleurs encore Bodin associe dans la même idée son nom el celui de Platon, Bép., Il, 5, p. 214 et Démon., 4, 1, p. 422.
(G) « Gardez mes commandements, lesquels faisant l'homme viura en iceux ». Levit., 18, 5. « Cheminez en la voie de Dieu, afin que vous viuiez ». Deul.,5, 33. « Et leur monstray mes iuge- » mens que si l'homme les faict il viura en iceux ». Ezechiel, 20, 11. Rien à Exod., 20 ni 31.
magistrats et aux médecins de mentir qneJquesfois (ainsy qu'aux nourices auec les nourissons; aux vus pour le bien et la santé des corps cl aux autres pour laduanlage de la République : a combien plus forte raison (n) se peuuent donc seruir du mensonge les législateurs qui se donnent le soucy du salut de lame. Bien que (A) Mahomet ayt promis dans son paradis des voluptez charnelles a ceux qui seroient chastes en cette vie, laquelle vertu il a fort estimée en Marie en Zacharie et en la personne de Jean (Bj et il menasse de feux éternels les adultères & les fornicateurs .'i , voit on pas bien quil na escript 341 telles choses qua tin de donner a entendre que ceux qui sabandonneroient (o) aux attrais des salles voluptez // nauroient point la vie éternelle, ainsy quil le dict clairement (6)? Mais par ce que les peuples du midy sont ceux de. toulle la terre les plus enclins aux femmes (7) Mahomet sest aduisé de telles sortes de recompenses (C) pour ramener les hommes malgré
(5) Azoara 77 (q) (D). —(6) Azoara 1, 6, 51 et 107 (r) (E). — (7) Liuius de Numidis [s). Ptolemteus in quadripartito (F).
(») MUN quanto magis. B quanto niajus (faute). — [o] MDPGB manciparent. .V mancipassent. — (/)) MUN turpium [B turpiter) voluplatum. — (q) MD azoara 77. Y az. 76. B az. 73. — [r MD az. 1,6,61 et 107. N az. 1,6,51et 117. B az. 6,50 et US.— {s) K Livius de Manuliusi?.).
(A) Contresens, qui rompl dans R la marche de la démonstration d'Octave. La voici : Il est permis de mentir pour sauver les âmes. Accordons du moins que (MD demus certe) sur la terre, sinon dans le ciel, Mahomet a commandé la chasteté. Mais qui ne voit (MD sed quis non videl) que, même dans le ciel, il n'a promis aux fidèles la volupté qu'à raison du tempérament sensuel des Orientaux ?
(B) Chasteté des Mahométans : « Sed apud Saracenos ipsos honorabilius videtur continere ab « his [voluplatibus]. Ilabent aulem et quosdam viros speculativos et continentes, quos maxime » laudant ». Ricold, Confulalio, 8 (Bibl., t. III, col. 150). — Chasteté de Marie : « Seigneur, » répondit Marie, comment aurais-je un fils? aucun homme ne m'a touchée », Coran, 19, 20; cf. 3, 42 et 21, 91. — De Jean : « Il sera grand, chaste, un prophète parmi les justes », 3, 3i; cf. 19, 14. — De Zacharie : le Coran paile seulement de son impuissance.
(C) Que Mahomet ail promis aux fidèles du Coran les récompenses qui pouvaient leur être le plus agréables, c'est l'évidence même : cf. Kasimisrki, o. c, p. xxxii. El Bodin trouvait cette idée encore dans Bibliander, t. 1, p. 2.7, Annotaliones erndili cujusdam & recenlioris scriptoris, in azoaram 66. — D'autre part, et ceci offre un intérêt plus général, Octave détend à présent les points de doctrine les plus certainement prêches par Mahomet comme des expédients provisoires : c'est exaclemenl la même altitude que nous avons soulignée dans Salomon, p 335. Et si Bodin la prête à des personnages différents, de religion différente, ne peut-on en inférer que c'est la sienne propre ? qu'il considère les rites el dogmes spéciaux de chaque conlession comme des étapes nécessaires, mais que l'humanité franchira un jour, pour arriver à la religion pure, nue, universelle?
(D) Erroné. La sourate 67 Bibl. 77) décrit les tourments de l'enfer, sans en menacer les adultères ou les fornicateurs. Il y a des peines civiles contre l'adultère Coran, 24, 2) ou le fornicaleur (4,19).
E Encore des citations légères : dans ces sourates Mahomet ne menace que les infidèles en général. « Dirige-nous dans le sentier droit, non pas de ceux qui ont encouru la colère ni de ceux » qui s'égarent », Bibl. : infidelium), 1. 7. « Les infidèles seront livrés au leu », 3, 102 Bibl. 6). « Malheur à ceux qui nient la vie future » (Bibl. : incredulis . 41, 6 (Bibl. 51 . « Les infidèles et » les idolâtres resteront éternellement dans le feu de la géhenne », 98, 5 (Bibl. 108*.
(F « Utestgenus Numidarum in Venerem preeceps ». Liv., 30, 12, 18. — « H arum quoque » regionum [Asie, Inde, Arabie, Assyrie] domini sunt Venus et Saturnus. Quapropler nalurae has » habilanlium regiones horum duorum dominorum naluras imitanlur. Venerem namque veneran-
eux dans le bon chemin. Or sil la faict pour le salut des âmes (t) en quoy a il tant (u) failly qu'on ne luy puisse pardonner? Que promettent autre chose les chresliens (y) ou de quoy a faict feste Christ mesme que dune vie abondante en toutte sorte de voluplez (-a?) a ceux qui viuroient dans vne vie exempte de reproche, encores que les gens de bien et les sages soient (y) bien esloignez de suiure la vertu par espoir den estre recompensez, elle qui porte en soy (z) sa recompense? Et celluy la ne mérite pas (a) beaucoup de louange qui ne faict (b) du bien que pour en tirer du proffict. Sans nous arrester donc dauantage sur les recompenses qui sont deubes ;■ la vertu, sondez touttes (c) les religions vous nen trouuerez aucune (si tant est quil y en ayt vne) (d) (A) qui soit plus attachée inséparablement au culte du vray Dieu et plus esloignée de toutte idolâtrie tant des yeux que de la pensée que celle de Mahomet.
Salomon. — Si les Musulmans nadorent qu'vn seul Dieu et non point plusieurs en vn ils tiennent cela de la loy diuine car (B) il n'eust pas esté bienséant a Mahomet soubs prétexte d'vne loy nouuelleO') de mesler le faulx auec le vray, ce qui est honteux auec ce qui est honneste
Octaue. — Leuenement a iustiffié que la loy de Mahomet estoit nécessaire par ce qu'il ne pouuoit pas autrement détromper les peuples [342] de l'Asie et de l'Afrique de la croyance quils auoient conceue que Iupiter & le Christ l'eussent des Dieux (Cj : et na presché sa loy que pour empescher que les
(t) MDPG animos. NB animas. — (m) MD lam peccavil. NB lum peccavit. — (v) MDPGTE aut quid aliud [Chrisliani pollicentur ? quid aliud] Christus proposuil quant... NB omettent les mois enlre crochets. — (x) MDPGIi m sempiternis (N aelernis) voluptalibus. — (y\ MDPG sunt. NB sint. — \z) MDPG virtus per se ipsa. NB ipsam. — (a) DTEB nec (N ac, absurde) magnopere laudandus (PG mihi) videatur (M videtur). — (b) MD facial. NB facit. — (c) MON omnes omnium religiones. PG omettent omnium. — (rf) MDN si ulla est usquam (B usquc, faute) gentium. — (e) MDPGR nova legis specie. N novae, que traduit Et.
» tur et accurate observant membra generanlia et illa pro divinitatibus habent Sunl hommes » calidi, qui venereos actus exercent, & in eis plus quam oporleat sollicilantur ». Quadripartitum, 2, 3, Basile*, I. Hervagius, 1533, in-fol., p. 211 (sur Ptolémée, cf. irtfra, p. 589). Bodin reproduit déjà ce passage, Rép., V, 1. p. 475.
(A) Vrai non-sens : comment en trouver, s'il n'y en a pas? C'est que le latin est incorrect, et intelligible au prix seulement d'un solécisme, auquel R ne s'est pas arrêté. MD omnes omnium religiones inquirite, si ulla est usquam gentium. Je crois qu'il y a là une négligence, par gallicisme; que la grammaire exigerait num...sit; et j'entends : cherchez dans toutes les aulres religions humaines s'il y en a une seule plus monothéiste que la nôtre. — C'est peut-être pour de telles inadvertances que Crotius, après lecture de VHeptapl., incriminait la latinité de Bodin : « [Bodinum] latinilale utenlem haud plane nilida ». Grotius, Epistolae, Amstelodami, Blœu, 1687, in-fol., p. 127.
(B) Car vient à contresens. MD nec. Voici la suite des idées : Mahomet emprunte aux Juifs tout ce qu'a de bon le Coran, et par conséquent (nec) ce fut inconvenance à lui de mutiler, falsifier les livres saints, qui sont la vérité même.
(C) Passage remarquable : il apparaît bien cette fois que, comme nous l'avions senti p. 341, Oclave lui-même ne considère l'islamisme que comme un degré pour arriver à la pure religion naturelle. — Sur Jupiter et le Christ : Kasimirski, Notice, p. X, explique qu'au début du vne siècle, les Arabes étaient juifs, chrétiens, et pour la plupart idolâtres. La Kaaba, très accueillante aux divinités de toule sorle, pourvu qu'elles ne fussent pas exclusives, pouvait bien contenir les images du Christ et de Jupiter, enlre les 360 idoles que Mahomet fit briser à la prise de la Mecque (Kasimirski, ibid., p. xxiu).
peuples ne fondassent plus lesperance de leur salut (f) sur la vie de lun (g) & sur la mort de lautre, de laquelle mort il ne demeure pas daccord mais qu'il a esté retiré par la puissance de Dieu des mains de ses ennemis qui le vouloient faire mourir (A). Et sur ces fondemens il a Irouué (B) deux puissans appuys pour establir sa religion. Premièrement en s'allirant tous les esclaues soubs promesse de liberté quil prometloit a tous ceux qui suiuroient sa doctrine (C). Et en second lieu en dépendant de disputer sur les articles de sa loy, mais par la force des armes & par la crainte des supplices il a contrainct ceux qui parloient mal de sa loy de la suiure Du Cest pourquoy Homarus son ambassadeur (E) ayant composé vue prodigieuse armée dun nombre presque infiny desclaues il deffit en battaille tous les gouuerneurs des villes et les intendans d'Arabye Syrie et d'Egipte et en peu de temps subiuga la Caldée et la Perse [h) en bruslant tous les liures des payens & des chrestiens. Et se seruit de son secret pour gaigner & attirer les chrestiens a son parly dappeler Christ prophète, comme aussy les luifs, les Arriens, les Nestoriens (i) & les Sabelliens en niant sa diuinité (F). Car lopinion des Mahometans et des Arriens sur ce chef a seruy aux vns & aux autres de fondement a la religion. Car les vns & les autres croyent bien quil est fils d'vne vierge mais quil est créature (8), laquelle (j) opinion a esté confirmée par huicl conciles assem-
(8) Epiphanius contra Arrianos; Hilarius, libro .'3 de Trinitale (G).
(f) MDPGB spem aut prsesidia salul.is. .V praesidium. — [g MDN in illius B illi, négligence) vita aut in hu jus (l'G ejus) morte. — [h] DN Persidis, B Persiae. M Prœsidis, par conlusion avec prsesides urbium, qui précède. — i DNB Neslorianos. M Neslorios, incorrect. — [j) DNB qnae (sentenlia). M quia, inadvertance.
(A) Cf. p. 310, noie II.
(B) MD his jadis fundamenlis, duo prsesidia maxima stabiliendae religion is mljecit, = voilà les fondations sur lesquelles il a construit sa religion; puis il l'a étayée de deux puissants étais (qui vont suivre).
(C) Au siège de Taïf, Mahomet annonce que tout esclave qui ferait défection el passerait aux Musulmans serait libre. C'est ce que lui reprochait Federich, p. 328.
(D) Sur l'interdiction des disputes religieuses, cf. p. 242, note D. — Sur l'obligation faite aux fidèles, du djiliad ou propagande par la guerre sainle : « Combattez-les fies infidèles] jusqu'à ce » que vous n'ayez point à craindre la tentation el que loul culte soit celui du Dieu unique », 2, 190 (Bibl. 2, t. I, p. 15). CI'. 2, 215 (Bibl. 3,1. 1, p. 17,, et 3, 163 (Bibl. 6, l. I, p. 28;.
(E) MD Homarus, Muhamedis legatus, = Omar, son lieutenant. — Sur Omar, cf. p. 226 noie A. 11 donna l'ordre à Amrou d'incendier une riche bibliothèque d'Alexandrie, disant que le Coran tenait lieu de tous les livres. — Naguère au contraire, Octave vantait la tolérance des musulmans, et en particulier de ce même Omar (p. 226) ; mais peul-on lui en vouloir, à lui seul, de ces conlradiclions que le Coran même comporte, s'il recommande la guerre sainle et en même temps interdit la contrainte en matière de religion cf. p. 226 noie C)?
F) Arius niait la divinité de .lésus; Neslorius voyail en lui deux personnes distinctes absolument, l'une divine, l'autre humaine, dont Marie était la mère. Sabellius, lui, voyail dans le Père, le Fils el le Saint-Esprit moins des personnes distinctes que des énergies différentes de la Trinité. On conçoit comment Mahomet pouvait, dans une certaine limile (au delà de laquelle il les contrariait), satisfaire à la fois ces doctrines, par ailleurs presque opposiles. Cf. Ricold, Confulatio, 13 (Bibl., I. III, col. 166; : « Et quidem Nesloriani maxime cum Saracenis conveniunt, dicentes » quod Deus non esl nalus de beata Virgine, sed homo J.-C. ».
(G) Epiphane, Adversus hsereses, 2, 2, haeresis 69, 34 (Migne, l. 2, col. 255). — Hilaire, Ue Trinitale, 3, 8 -Migne, t. Il, col. 80) et passim : dans lout le i. 12, Hilaire montre aux Ariens,
blez (k) a Tyr, Sardes, Smyrne, Milan, Seleucie, Nycée, Tharse, J343] mais principalement par celluy d'Ariminie ou (l) six cens euesques (A) dun mesme esprit et dune mesme pensée (m) confirmèrent (B) que Marie nestoit point mère de Dieu.
Curce. — Sy vne multitude dheretiques assemblez pour cabaler se doibt appeller concile pourquoy nappellera ton pas les assemblées (n) des Epicuriens des conciles et des Eglises? Cependant (o) les iurisconsultes ne veulent point souffrir dassemblées (p) de criminels & de scélérats (C) : a plus forte raison les assemblées des Nestoriens des Sabelliens et des Arriens qui faisoient des conjurations contre Dieu doiuent elles estre reiettées du nombre des conciles, puisquils destruisent (q) le chef principal de la foy assauoir la diuinité de lesus Christ et lessence (/•, dun Dieu en trois personnes (D) reconneue pur vne infinité dautres conciles el particulièrement par celluy de Nice.
Octaue. — L'antiquité de la religion chrestienne...
Mais Cohoni voyant qu'il alloit (s) commencer vn grand discours i/) et qu'vne matière de cette conséquence demandoit trop de temps (E), se leuant de son siège, Après souper, dict il, le reste, a fin qu'Octaue ne croye pas que Ion veuille luy oster la liberté de respondre. Puis on traictera (u) soubs le bon plaisir de la compagnie assauoir sil est permis a vu homme de bien dauoir dautres sentimens touchant la religion (v) que ceux dont il faict publiquement
[k)Nocto conciliis, scilicet (MDB conciliis) qux. — (l) MDB quae (anlécédenl : concilia) ...comprobarunt. N qua (sujet : episcopi) ...comprobarunt. — (m) MD Arianam religionem comprobarnnl. Clarius {B claruit [?]) eliam Nestor [NB Nestorius, correct) qui Mariant Dei malrem esse operle negavit. — (n) MUPGB cœlus. N cœtui. — (o) MDNB at. l'G ac (?). — (p) DNB cotre. N coiri, barbare. — (q) MNB abrogaveri.nl. B abnegaverint. — (r) MUNB ac trium personarum in unius (PG unica) essenlii trinitatem. — (s) ML) comparalum. NB parai uni. — (l) MDB ad responsa. N ad responsionem. — (m) MON disseretur. B disseratur. — (v) MDPGB de religionibus. N de religione.
qui ne peuvent concevoir que le Fils, étant né, soit en même temps éternel, que c'est là un mystère inconcevable. Erasme a édité Hilaire, Bàle, Froben, 1535, in-fol.
(A) 400 (et non 600) évêques s'y trouvèrent (Sozomène, 4, 17), et leur unanimité eut pour principale cause la pression impériale. Cf. Vacant et Mangenol, Dict de théol. catholique, art. Arianisme, t. I, col. 1827 sq. Bodin avait déjà dit 600 évêques, Bép., IV, 5, p. 455.
;Bj Omission. MD [oclo concilia] Arianam religionem comprobarunt. Clarius eliam Nestor [= Neslorius] qui Mariant Dei malrem esse aperle negavit.
(C) Cf. Bép., [, 1, p. 1 sq. « Nous auons. dict en premier lieu droict gouuernement pour la » différence qu'il y a entre les Repub. et les troupes de volleurs et de pirates, auec lesquels on » ne doibt auoir part ny commerce ny alliance... Et mesines la loy n'a pas voulu que celuy qui » lomberoil entre leurs mains perdist vn seul poinct de sa liberté, ou qu'il ne peusl faire testament » et tous actes légitimes, que ne pouuoit celuy qui esloit captif des ennemis, comme estant leur » esclaue, qui perdoil sa liberté et la puissance domestique sur les siens ». Donc pour les groupes sociaux illicites, point d'existence juridique : ainsi des conciles hérétiques.
(D) Omission. Ml) quant... debemus tueri, = [croyance] que nous devons garder, soutenir. — « Et [nous croyons] en un Seigneur Jésus-Christ le fils de Dieu, seul engendré du Père, c'est- » à-dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, » engendré el non fait, consubstantiel au Père ». Symbole de Nicée. Les termes en italiques sont les termes explicatifs ajoutés, contre Arius, au symLole de Césarée par le symbole de Nicée. Vacant & Mangenol, o. c, l. I, col. 1796.
(E) Contresens : et que la discussion sur ces graves sujets s'était déjàprolongée trop longtemps. Ml) ac diulius de rébus gravissimis protracta disputatio fuisset.
profession. Après quoy auec les ciuililez accousturnées ils se séparèrent auec vne merueilleuse atlenle de la conférence suiuante.