‹ ColomChapitre 34 sur 46 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

pénétré dans ces contrées toujours desséchées par un soleil de plomb nous parlent de ces serpents affreux dont une mort inévitable semble devoir suivre les plus petites morsures. Ah! qu'ils n'oublient pas de nous dire que ces reptiles dangereux cherchent ordinairement leur refuge sous les larges feuilles de plantes dont les sucs, distillés dans la blessure, raniment aussitôt la malheu* reuse victime, et la rendent bientôt à la santé. Le mancenillier, dont l'ombre seule donne la mort, ne croît, par un ordre divin, que sur le bord des flots -, et l'eau de mer, tout le monde le sait, est un sûr contre-poison au venin qu'il exhale. Ainsi, messieurs, quand nous voyons un peuple livré à de funestes dissensions ou gémissant sous la verge de fer d'un tyran, ne nous livrons pas à un désespoir stérile , mais cherchons plutôt autour de nous le remède ou le médecin que la Providence a sans doute en réserve. »

Le chevalier de thimbray, à part, Tout cela sent trop la pharmacie.

Le comte, lisant. « Oui, messieurs, la lecture de l'histoire, qui n'est que trop souvent un amusement pour Tliomme du monde, serait, par les crimes dont elle trace le hideux tableau, un sujet de dégoût et d'horreur pour le philosophe ami de l'humanité, si la pensée consolante qu'une Providence cachée préside aux destinées des empires ne venait soutenir le livre près d'échapper de sa main, et lui montrer que, si trop souvent quelques hommes, oublieux des préceptes divins, et s'abandonnant en proie à leurs passions effrénées , ouvrent pour leurs concitoyens et pour eux-mêmes un abîme de maux; souvent aussi, et, pour ainsi dire, comme par un enchaînement forcé, d'autres hommes, mais vertueux, mais inspirés du ciel, font de leur courage une digue au torrent dévastateur des révolutions, et referment de leurs puissantes mains le gouffre près d'engloutir leur patrie! ! ! » (4 vart.) Ouf! (Lisant.) « Un homme s'est

trouvé..., infirme, mutilé, condamné à passer dans les souffrances... »

La comtesse, le soufflant. Non : « A dit un orateur chrétien... »

Le comte. C'est juste. « Un homme s'est trouvé... » Pardon, messieurs ; c'est une page qui aura été transposée... Eh bien! je ne la trouve pas... Aurai t-ello glissé?... Bonne amie, pourtant quand vous m'avez copié le manuscrit, il était complet... Ah! n'est-ce pas cela: «Un homme s'est trouvé, a dit l'usurpateur... » Non... Je ne sais ce que sera devenu...

Le chevalier de thimbray. Un homme s'est trouvé, mais une feuille s'est perdue.

La comtesse. Mon ami, n'avez-vous point là le brouillon?

Le comte, Eh non! je l'ai brûlé. C'est inconcevable !

Le baron de mâchicoulis. Pendant que M. des Tournelles cherchera son discours, voulez-vous, pour ne point perdre de temps, écouter quelques courtes réflexions que les derniers événements politiques m'ont inspirées...

Le marquis de malespine, en même temps. J'avais préparé un petit discours, et si ces messieurs veulent bien m'accorder une demi-heure d'attention...

(Le comte de Fierdonjon tire son portefeuille, et le chevalier de Thimbray fouille dans ses poches,)

Edouard. Miséricorde ! chacun a son discours ! Cousine, nous sommes perdus; nous ne dînerons jamais. Et vous, monsieur Bertrand, n'auriez-vous point aussi votre discours ?

Bertrand. Monsieur, non. Pourtant, si j'osais, j'aurais bien deux petits mots à dire; mais je crains de dire des bêtises, car moi je ne suis qu'un pauvre paysan...

Edouard. Parlez ! parlez ! je suis sûr que ce que vous direz sera très-amusant. Silence, messieurs, silence! Écoutez M. Bertrand, (llfropm sur la table.)

Page 1