‹ ColomChapitre 36 sur 46 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

La comtesse. Monsieur a fait la guerre de la Vendée.' Il était major dans l'armée royale.

Edouard. Oui, oui, la guerre des chouans... guerre d'escarmouches.... derrière des haies.... des coups de fusil aux traînards.... Peste! jolie guerre! On vivait longtemps dans ce temps-là.

Bertrand. C'est selon. Il y en a bien des jeunes et des vieux qui se porteraient peut-être bien aujourd'hui s'ils n'étaient pas morts dans cette jolie guerre-là. Il y en a qui s'étonnent de voir leur blé pousser si haut dans des endroits que je connais.... c'est rapport aux gens qu'on y a enterrés. Moi qui vous parle, monsieur, j'ai vu plus d'une affaire où ceux qui s'en tiraient devaient une fière chandelle à la bonne Vierge. Un jour, dans la lande du Gros-Sablon, nous étions deux cents qui eûmes affaire à environ autant de bleus. Nous les défîmes ; mais le soir nous n'étions que quarante -cinq à manger la soupe.

Edouard. Pas mal. L'affaire a dû être disputée. Et des vaincus, combien en resta-t-il?

Bertrand. Pas un.

Edouard. Pas mal, en vérité.

Le comte. Si ces messieurs parlent guerre, nous n'aurons jamais fini....

La comtesse. Il faudrait que les Amis du malheur portassent quelque signe au moyen duquel ils pourraient se faire reconnaître....

Le raron de mâchicoulis. De la police? diable! non.

La comtesse. J'entends un signe caché... Par exemple, chacun de nous, chacun de vous, messieurs, porterait un poignard d'une certaine forme...

Edouard. Ah oui ! un poignard ! d'abord il n'y a pas de conspiration sans poignards. Le poignard de la vengeance.... le glaive mystérieux..», Avez-vous vu le mélodrame des Francs Juges?

Le comte de fierdonjon. Oui.. ; un noignard; je n'y

vois pas d'inconvénients.... et puis cela peut être utile.

Bertrand. C'est une bonne arme, tout de même, sans que ça paraisse. Faut donner le coup de haut en bas. {Faisant le geste de frapper,) Pardon, monsieur, comme cela.... afin que le sang ne se répande pas, et vous étouffe tout de suite.

Le baron de mâchicoulis. Quelle horreur! nous ne voulons assassiner personne, nous n'avons pas besoin de vos leçons.

Bertrand. Alors, pourquoi donc...?

Le chevalier de thimbray. C'est une marque de distinction \ mais des gentilshommes français ne se servent point de ces armes-là.

Le comte. Il y a une ordonnance de police qui les défend... Il serait dangereux...

Bertrand. Pourtant Lescure, Charette, La Bochejaquelem, tous ces messieurs en avaient dans le temps... et celui qui leur aurait mis la main sur le collet aurait vu s'ils savaient en jouer.

La comtesse, à part. Les propos de cet homme font frémir. {Haut,) Il faudrait que le manche du poignard fût blanc... c'est notre couleur... en ivoire ou en nacre, avec des enjolivements d'argent. J'en dessinerai un modèle. Et sur la lame il faudrait graver le mot Fidélité en latin. Cela serait de bon goût, n'est-ce pas?

Edouard. Ma foi, vive ma cousine pour les conspirations ! Elle y est divine. Ne vous inquiétez pas de vos poignards, mes chers collègues; je vais en Espagne, c'est le pays où se fabrique tout ce qu'il y a de plus soigné dans ce genre-là. Même les femmes en ont dans leurs corsets et dans leurs jarretières. Un oflicier de dragons qui en revient me l'a dit. Vrai, sans farce, il faut y prendre garde, elles sont traîtresses en diable.

Le chevalier de thimbray. Votre âmi, monsieur, a donc visité ces parages-là, puisqu'il y faisait de si belles découvertes?

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