‹ Colonie française de Metgermette [microforme]Chapitre 10 sur 12 · LA COLONISATION · texte numérisé non relu

LA COLONISATION

L'hon. Trésorier, M. Robertson, a parlé d'or, lorsqu'il a laissé entendre que la subvention accordée au chemin de fer de Lévis et Kennébec, se.

‘ait plus que doublée cette année.

Toutes les collines et les vallons de la Beauce en ont tressailli d'allégresse. Mais les changements promis à la loi de colonisation vont encore bien autrement réjouir le cœur du pauvre colon.

En face de l'exode de nos populalions, chacun à trouvé une cause au mal. Rien d'étonnant à cela, car les causes en sont nombreuses. Ici, c'est le luxe, ailleurs c'est l'usure, quelque part ce sera une culture négligée ou routinière, ou l'ambition des enfants fascinés par le strass et le clinquant que des industriels américains font habilement miroiter à leurs yeux, ete. A ces causes J'ajouterai la défense faite au colon de couper et de vendre à son profit les bois de service qui se trouvent dans ses défrichements. Cette mesure, un peu rigoureuse, à pu avoir sa raison d'être, pour les terrains rocheux dont la seule richesse consistait dans les arbres qu'ils poraient. On évitait par là le pillage de la forêt, et on maintenait en même temps une propriété dans toute sa valeur. Il n'en est plus ainsi, lorsqu'il s'agit d'un sol riche et fécond. La forêt devient alors une nuisance ; le plus tôt elle disparaîtra le mieux il en adviendra à la province Comme au Colon.

Jugez de la position que l'on faisait au défricheur. Un arbre colossal se rencontrait sous sa hache. Rendu sur le marché voisin il lui aurait été facile d'en obtenir quinze ou vingt piastres, une fortune pour lui et sa famille, Sorti de ses mains cet arbro serait tombé dans les engrenages du commerce et de l’industrie. On en aurait exprimé à qui mieux mieux

toute la valeur réelle. Mais si cet arbre est abattu et livré au commerce l'officier du gouvernement préposé à la garde de la forèt s’en emparera etpunira le défricheur d'une amende.

L'arbre restera donc debout, ou sion l'abat, ce sera pour en faire des cen dres qui ne représenteront qu’un dixième de sa valeur.

Voilà la loi que le goternement actuel se propose de modifie: ans le sens le plus large et le plus ral, tout en protégeant nos richesses forestiores contre les spéculateurs et les pillards. Et ces changements auront pour effet immédiat de retenir en deça de nos frontières un grand nombre de canadiens qui, tous les ans, pour donner dupain à leurs familles sont forcés d'aller faire chantier aux Etats-Unis. Désormais, ils prépareront chez eux et pour euxmêmes du bois carré et des billots, ils resteront au fover, ils garderont leurs mœurs et ils apporteront leur part de travail et d'industrie à la grande somme du travail et de l’industrie de la nation.

J'ignore quels seront les termes mêmes de la nouvelle loi, mais ce que je crois savoir, c’est qu'elle produira une amélioration considérable dans l'état du colon. Elle lui permettra au moins, lorsqu'il aura déclaré sous serment qu'il occupe unterrain bond fide, de disposer à son gré de tous Les bois qui se trouveront dans défrichements. On lui interdira cependant, ;a coupe ou le triage du beau bois. sur la reste de la proprielé, pour d'autres fins que pour les besoins d'établissement. La prudence exige une pareille réserve,qui, en définitive tournera au bénéfice du colon et du gouvernement.

Cette politique étant adoptée à l'6gard du colon, la Société Franco- Canadienne pourra, dès l'anaée prochaine, après avoir rempli les condi-

ses

tions ordinaires d'occupation, etc., livrer au commerce tout le boig qu'elle aura enlevé, soit sur ses défrichements,soit sur les chemins qu’elle a fait euvrir. Elle a plus de titre qu'un simple colon à ce permis du gouvernement, parce qu’elle construit des moulins, des manufactures, des maisons solides, sur l8 terrain ainsi défriché. Les bois qu'elle pourrait actuellement enlever ne représenteraient pas la dixième partie du montant des dépenses d'installation, Car, advienne que pourra, lestravaux faits à Metgermette auront toujours une valeur considérable. Le Gouvernement ne peut exiger de meilleures garanties pour la durée d'un établis sement. Îl a paru le comprendre ainsi, lorsque l’hon. M. Fortin lui permettait de faire ses chemins, à inème les deniers du premier versement du coût total desterres. L'hon.

M. Malhioten sursovant le terme d'installation des colons français parait disposé à accorder protection et faveur à la colonie. Il serait, de fait, extrèémement regrettable de forcer M. Vannier à laisser se détériorer et pourrir sur place, les bois marchands qu’il a retirés de ses défrichements et qui n’attendent qu’un permis pour ètre livrés au commerce.

Les plus grandes précautions ne sau-

raient prevénir la carie de certains bois coupés en grumes ou équarris, s'ils sont exposés à l'air pendant des années. Autant alors de perdu, et pour le colon et pour l’industrie et pour le commertce.

Au point de vue commercial, la Société Franco-Canadienne, transportant ses bois directement en Fran ce, devra créer de nouvelles relations avec ce pays, considération qui doit avoir un certain poids, non-seulement auprès de notre gouvernement local mais même aupres du cabinet d'Ottawa. Les deux pouvoirs devraients’entendre dans un butd’intérôt commun, pour prêter leur protection à la colonie, et lui accorder aide et faveur. Déjà, le gouvernement de Québee à fait beaucoup.

Celui d'Ottawa, qui dispose de fortes sommes pour l'immigration, saura sans doute trouver moyen d'en distraire une faible part au profit de cet établissement si bien commencé et si énergiquement soutenu. Nous pourrions ainsi étouffer les plaintes et les récriminations qui s'élèvent contre nos agents et qui peuvent avoir pour effet de discréditer notre pays en France.

À. N. MonTPETIL

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