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J'avais vu Metgermetie en hiver, je l'ai revu cet été à huit mois d’inteævalle. Dans son berceau, creusé au sein d'un roc vif, j'avais vu la petite colonie frissonner dans ses langes de givre et de neige, bercée au bruit des vents et des tempètes, je lai revue, débarrassée de ces langes, debout sur les bords du lac Abénakis, les reins ceints de verdure et de fleurs, aspirant à pleins poumons les brises embaumées de la forêt, souriant au bruit, au mouveanent de l'industrie et du travail des hommes.
En hiver, la forêt revêt partout le même aspect, un aspect de mort.
Cette épaisse couche de neige, qui recouvre les herbes et les mousses, vous représente un linceul, d'où sortent comme des bras de squelette, les grands arbres dépouillés de leur feuillage. Seuls, les arbres funébres, les ifs, les cyprès, les melèzes, les pins ont gardé leur verdure. [ls semblent puiser la vie là où les autres ont trouvé la mort. Ecoutez le went passer sur ces branches dénudées. Il se plaint, il gémit, il pleure et sous son étreinte les branches s’entrechoquent comme des ossements heurtés. fes souches d'arbres tombés sous la hache, maintenant couvertes de neige, ne sont-elles pas des cippes funéraires, du marbre
blanc? On y cherche malgré soi une inscription, on voudrait y lire.
Ici, jadis s'élevait un pin, un roi de la forèt.”" Les rivières, les lacs, sont glacés, enfouis, sans voix.
Cependant, audessus d'un rapide, à travers la glace, vous entendez un murmure, une plainte qui vous font frissonner en vous donnant l’idée d'une personne enterrée vivante.
Après une tempête de neige, les rameaux des pins, des sapins noirs, rabougris, revètent une parure agréable à l'œil, nxancée de vert et de blanc; hélas! il suffit d'un rayon de soleil pour la détruire ; demain, le trappeur la foulera aux pieds sans même en reconnaitre les débris. Les effets d’une pluie tiède sont bien autrement beaux : elle se fige autour des branches en gangues, en étuis de cristal. Quant la lune laisse tomber ses rayons sur la forêt, ces arbres s’allument comme autant de candélabres Mais soudain, le vent s'élève, les branches craquent, les arbres s’affaissent sous leur lour de parure, comme cette princesse qui,le jour de son mariage, fut écrasée sous le poids de ses diamants.
Il y avait toutefois à Metgermette des troupes d'oiseaux, espèces de rouges-gorges ou becs-tors qui venaient à la porte du camp, becqueter les miettes qu’on leur jetait, je
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les ai souvent entendu crier au point d'en être ahuri, mais chanter ?
jamais. On entend aussi l'écureuil, le toc toc dela chouette, le hurlement du loup-cervier, un arbre qui tombe de vieillesse, un autre qui éclate sous la pression du froid, plus fort que Milon de Grutone, et là haut, le vent, toujours le vent qui hurle ou gémit; mais à part cela la forèt n’estque solitude, silence ou mort.
En traversant Les bois, vous vovez derrière vous le tourbillon occupé à effacer les traces que vos raquettes ont laissées dans la neige. Le gîte des perdrix, la nuit dernière, reste à peine marqué : voici cependant une piste à pieds joints; un lièvre à passé par ici une minute avant vous; une seconde piste à pieds suivis formant une seule ligne, la croise un peu plus loin; c’est la maniôre de marcher du renard ; on dirait à voir cette piste que l'animal qui l'a faite n'a qu'un seul pied
Il faut aller voir les chaussées et les cabanes de castor ; nous y allons.
Chose facile, car il y a de ces rongeurs dans tous les lacs desenvirons.
d’ai visité un grand nombre de leur cabanes, et si l’on peut juger du comfort intérieur par l'aspect extérieur, j'ai cru remarquer, qu’entre les castors comme entre nous les avantages sociaux, le bien-être n'est pas également distribué. J'ai vu des cabanes qui devaient être des châteaux, des palais, des résidences royales; j'en ai vu d’autres, basses, affaissées, humbles, dont le toit n'était accusé que par un petit button de neige, ce devaient être des chaumières, des demeures de pauvres prolétaires.
Sur la frontière même, en face des bornes de fer qui déterminent la ligne de séparation du Canada et des Etats-Unis, et traversant la rivière Saint-Jean, d'une rive à l’autre, s'élève une des plus belles chaussées
de castors que j'aie vues, tant au nord qu'au sud du Saint-Laurant.
Je n'ai remarqué que deux ou trois cabanes au pied de la chaussée. Elles sont probablement occupées par des gardiens, des employés du gouvernement; la ville est bâtie plus loin sans doute : je n'ai pas eu le temps de la visiter. Je dois toutefois t6moigner de la vigilance et de l'actité des gardiens de la chaussée que j'ai trouvée réparée à neuf en plusieurs endroits. Puisse ce témoignage leur valoir une angmentation de salaire où une promotion.
Au sommet d'un pin, étéic,ebran ché de haut en bas, nous découvrons un nid d'oiseau de proie, orfraie ou balbuzard, ayant la forme dun bonnet de montagnard écossais ; un peu plus loin, notre guide nous fait voir une source d'eau thermale coulant vers le petit lac Abénakis, servant de porte d'entrée vers le lac à une famille de quatre ou cinq loutres qui vont y pécher leur poisson
quotidien.
Je creusai deux outrois trous dans la glace du lac, pour y tendre
une ligne appatée de petits losanges de bœuf gelé. Pêche médiocre quatre truites, autant de perches, cinq ou six cyprins. Je ne connais pas les bons endroits.
Des chasseurs ont rapporté qu'un ravage d'orignal a été découvert à une journée de marche du camp. Si la couche de neige était plus épaisse, volontiers nous irions faire lever ces nobles bèôtes, mais il ny a aucun espoir de fatiguer l'orignal à la course dans un pied d'épaisseur de neige ; nous renonçons à cette belle partie de sport.
Tel
est à grands traits, le spec-
tacle que m'offrit la nature à Metgermette, lorsque je visitai ce can:
ton pour l1 première fois.
mn 1di VIIT
Nous étions quatre, M Dulac, le jeune député du comté de Beauce, M. le notaire Bussières de Saint George, M. Duhamel, du Bureau du Secrétaire et moi, à l'entrée de la forêt. Etait-ce le 20, le 22 ou le 25 d'août? je ne saurais le dire, mais ce que je sais bien, c’est qu'il faisait le plus beau temps du monde : cette légère vapeur dansante, tamisée d'ombre et de lumière qu'on ne distingue bien qu'à distance, montait de la terre, comme un hommage, comme un encens au soleil, qui de son côté semblait une urne renversée qui répandait sur elle une pluie de rayons d’or. Un silence absolu régnait sous les sombres arceaux des bois, qui faisaient taire jusqu’à leurs échos pour mieux entendre nos voix. La nature nous préparait les plus agréables surprises.
M. Bussière avait pourtant juré qu'il n'irait que jusqu'à la lisière de la forêt: il nous disait, le matin mème, ‘je ’irais pas à Metgermette pour une terre en bois debout ” mais la vue des doux ombrages, la verdure tendre, et quelque diable aussi le poussant, il ne sut pas résister. Le voilà embauché pour de bon.
Arrive en ce moment Pierre L'ours avec ses deux bœufs, attelés sur un traineau, notre char à bagages.
Mes amis,nous dit Bussière,d'un ton solennel, ce traineau c’est le plus beau jour de ma vie, et en mème temps il s'étend de tout son bong sur nos bagages. Nous lattachons du mieux possible au véhieule comme Mazeppa sur son cheval et nous le lâächons dans la forêt à la suite des bœufs, aiguillonnés par Pierre L’ours.
Ce Pierre L’ours est un personnage illustré par notre habile photographe, M. Livernois. Dans une des douze vues qu’il a prises de Metgermette, dans la plus pittoresque peut-
| Ôtre, nous distinguons l'envers de la
face d'un homme buvant à la rivière. Ayant vu la photographie, je reconnus de suite Pierre—à son pantalon—portant lune d'azur sur fond gris de fer.
A l'entrée de la forèt, nous passons à travers des massifs de framboisiers, dont les tètes chargées de fruits s'inclinent sur la route à la portée de nos mains. Nous cueillons çà et là, quelques cerises oubliées par les récollets, et une poignée de poires sauvages.
& C'est une terre enchantée, un véritable jardin des Hesper..……. fl Bussière n'acheva pas la phrase, une forte racine venue en travers du traineau la luifit couper en deux par un Ouf! réellement navrant.
Hithi! hi! reprit joyeusement Pierre 'ours, vous n'êtes pas à bout, allez, M. Bussièr 4 Vous avez encore quatre lieues à .aire dans des chemins comme ceux-là, peut être pires encore. Des fondrières, des souches, des racines, des culs levés,il n'y à que cela, jusqu'au camp.
Pour calmer ses tortures notre Mazeppa se mit à chanter la complainte de l'Ile d'Orléans :
Ils étaient quatre
Ils se sont noyés treiza
Treize à la fois !
On! grand Disu, quel fracas !
Bientôt M. Dulac et moi, espérant pouvoir capiurer quelques truites, à quatre ou cinq milles plus loin,nous prenons les devants, laissant notre ami Bussivres sous la garde de M.
Duhamel qui jure qu’il va mourir de rire, de voir mourir son compagnon du heurt des cahots, des souches, des cailloux et des racines, dont la route est semée,
Lorsqu'ils nous rejoignirent une heure après, nous avions deux douzaines de jolies truites embrochées.
Ce pauvre Buissières, tout meurtri, tout contusionné trouve encore la forces de rire et de nous faire rire.
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