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Après une halte de quelques minutes, le temps de prendre une bouchée sous le pouce, il est le premier à dire ‘Allons, en route, rendonsnous.” (Gette fois, c'est Dulac qui suit le convoi, Duhamel et moi, nous prenons du champ sur eux.
Cependant, de distance en distan-
‘6e, nous nous arrêtons pour contem
pler la majesté de la forêt. Nous ne nous lassons pas de dire : ‘que c’est beau! que c’est riche! que c'est grand.”
Nous ne tardons pas à croiser le nouveau Chemin que M. Vannier fait ouvrir, depuis le moulin jusqu'au rang Saint-Antoine, en faisant un raccourci de cinq milles sur le chemin de sucrerie que nous avons suivi jusque là. La nouvelle route mesure trente-six pieds de largeur. Les arbres sont coupés dans leur racine à ras de terre. Chaque côté du chemin, sont rangés les billots, le bois de longueur, qui s'y trouvent de bonne qualité et en grande quantité. Quarante hommes, placés sous les ordres de M.
Gilbert dont l’habileté, la capacité, égalent la force et l'énergie, poursuivent activemont l'exécution de ces importants travaux.
Enfin, ilest huit heures du soir, lorsque nous débouchons de la forût, en face du moulin, du lac et du petit village de Metgermette, où nos amis ne nous rejoignirent que deux heures après.
Nous reçûmes la plus large, la plus cordiale hospitalité de M. La- Chance Marquette, commis de M.
Vannier. ‘ Make yourselves at home,’ nous dit-il en mettant sa maison à notre disposition.
Prompts au lit, nous ne falsons qu'un somme, de onze heure sdu
ir au lendemain.
De bonne heure nous nous éveillons aux rugissements du moulin,du monstre, qui broie les géants de la forût à belles dents d'acier.
Nous visitons le village, nous ällons saluer Mesdames Boulet, Le-
Bréton et Bondoux, les premières coionnes de l'établissement, Mes dames Boutet et Bondoux ont des maisons modèles, en ce sens qu’on s'en servira comme de modèle pour construire les autres maisons du village. Elles mesurent 24 à 18 pieds avec 9 pieds de carré, 4 fenètres au rez-de-chaussée, 2 autres au grenier, et une porte solide à panneaux. Partout, nous sommes accueillis avec cet empressement délicat, ces attentions, ce tact qui dénotent une bonne éducation.
M. RBoutet est un menuisier habile, une main d'artiste dans son métier, M. Bondoux, un mécanicien de première force. M. LeBreton, lui, ne s'occupe que de défrichements. Ilest véritablement le premier colon de Metgermette. Déjà, aidé de sa femme intrépide, qui manie la hache et la serpe, à côté de son mari, comme les françaises d'autrefois qui furent nos ancêtres, il a défriché douze arpents de terre, dont une partie parfaitement nettoyée esten pleine culture. Grâce à lui, le jour de Pâques, cette année, on mangeait des radis et de la laitue dans la forêt de Metgermette. Haricots, pommes de terre, oignons choux, raves et radis, tout pousse À ravir sous ses soins intelligents, N'a-t-il pas osé semé des salsifis, et mème des artichauts, et sur ses grands dieux il m'a bien juré qu'il les amènerait à maturité. J'aime à le croire. Un pareil courage nous force autant à [a foi qu’à l’admiration.
A côté de M. LeBreton, un auttefrançais, hélas! célibataire, travaille avec une énergie d'autant plus admirable qu'elle n’est pas stimulée par le regard et les bonnes paroles d'une femme, d’une compagne ai.
mable et dévouée, comme les autres colons, ses compatriotes, ont l’avantage d'en avoir—-je veux parler du brave M. Dumain.
Il ya, à Metgermette, une vingtaine de bâtiments déjà construits.
J'ai décrit le moulin, et donné les proportions des maisons de colons, qui seront toutes semblables, il me resterait à parler des grandes campes, des ateliers, de l'écurie, bâtie avec un soin particulier, pouvant loger à l'aise 14 chevaux à la fois ; je de vrais dire également un mot ou deux, de ce pont si solide dont le lablier de 956 pieds de longueur repose sur trois poutres d'un seul tronc chacune,mais ces détails nr'en- L'aineraient trop loin
Dois-je parler du lac Abénakis.
vous donner sa longueur de 34 ar.
pents, sa largeur de 18, de sa forme ovale, des collines quille bordent à L'Est et au Sud-Est, gracieusement vôêtues de robes vertes à Jongues lraines, dont l'onde vient baiser le bas ? de cailloux jaunes si doux au toucher, dans les quels il est enchassé comme nne émeraude dans une monture f
ses rivages €
d'or !
Dois-je oublier Les truites et les carpes qui y fourmillen l
Î el
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de canards à la file, formant capri cieusement des courbes, des herses
des couronnes au-dessus du lac dans lequel ils vont bientôt s'abattre 7ces huards, habitants permanents de la nappe azurée qui ne redouteni mi la balle, ni les chevrotines,ni le plomb.
Leur cri strident, saccadé et prolonge annonce la tempête : heureux le chasseur quia pu surpreudre ce noble gibier et Pabatire! La dépouille de ce beloiseau, presqu'aussi grand que le cygne, dans les mains du taxidermiste deviendra un ornement pour son salon, ou ce qui vaut inieux un fourreau de luxe pour son fusil ?
Hélas! oui, ilme faut ici me - taire et oublier, car des descriptions, ilen faut inais pas tropar'en faut. Certes,je néglige bien autre chose, puisque je ne parle ni des pêches rniraculeuses de M. Morquoys, ni des exploits cynégôtiques de M. Vannier.
Dans ce tableau, tout peint de blen et de rose, il y a cependant un point noir, c'est le maringouin,
moustique, le brulôt; que sais je ?
un animalcule, un insecte, qui, plus il est petit plus il est gros—parce que dans la proportion de sa faiblesse ou de sa ténuité il se réunit en plus gros, plus nombreux bataillons. — Bataillons, c’est bien le mot, car il ne vibqu'en bataillant, qu'en suçant le sang. Le sang de qu? Le sarig de tout ce qui a du sang, depuis la mouche jusqu’à Péléphant, qni n'y est pas, mais s'il v était, oh !
J'ai fait la pèche dans la petite vivière Abénakis, nonobstanc qu'on m'eût bien conseillé de ne pas x aller. Mais pêcher c'est souvent si doux que je n'ai pu résister à Ja tentation. J'ai bien eu tort et je n'en accuse avec contrition, piqüres et meuririssures,
Jde descendais le cours de La ri vière, trés-rapide en l'endroit, en levant, de ci, de Là, dans les remous, dans les haïs, des truites frétillantes, lorsque j'entends un bourdonnement ei que je sens en méme temps sur ina joue une piqüre brûlante; "était un brulôt.—eh !
À dix minutes de là, à dix pas plus loin, ce brulôts appelait légion, pour devenir presqu'aussitôt nuage, passer ensuite à létat de brouillard, puis de sorcière, puis enfin de trombe, qui vous enleve, vous emporte et vous jette je ne sais où, aveugle, boursouiflé, enrage, désespéré,
Je fus une des tristes victimes de cet horrible tourbillon, j'ai été atteint de dix mille blessures, ce qui veut dire que j'ai souffert vint mille morts, et lorsque je ressuscitai pour la vingt-et-unieme mille fois, rallumé comme le phénix dans mes propres cendres, Je ne trouvais en face du premier, de l’ancien camp où javais souffert, l'hiver précédent, autant des aiguillons du froid, que je souffrais en ce moment des aiguillons des imaringouins.
A ce seul souvenir, j'ouvris les veux, j'étais guéri: je suis prêt à en donner mon certitieat aux ho mcopathes, et vous conseiller avec
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Il y à une dizaine d'âcres de terre défrichés autour de cet ancien Camp, d'où s'élèvent, une établi, ou Coco, le cheval de M. Vannier, quatre autres Chevaux, quatre bœufs qui ont subi plus d’un lrisson, pour l'expralion des péchés de leurs maitres, un lèt, un petit magasin, un four qui ouvre sur vous une gueule rouge, comme | vous dévorer lorsqu'il N'a Jam: songé qu'à vous nourrir, —Cest le four qui à cuit le premier pain du premier défrichewr de Met- SET (le, —puis enfin la Campe Gu le chantier lui-même. qui sert aujourd'hui de INASASIN AUX provisions.
vieux, rongé, affaissé par le milieu Conne un Cheval éreinté. qui ne se soutient plus que par esprit de sacrifice, pour répondre Jusqu'au bout à la mission qu'on Ini à confiée,
J'ai versé loutes les larmes de mes FEUX, UN ruisseau, un torrent, une rivière, un fleuve, un Saint-Laurenl ——Qui à charrié des masses de can.
vres de mMaringouins, de moustiques, et de brûlôts, Je revois le soleil à H'avers mes ondes, el tout père que je suis du plus grand des fleuves.
je reprends, comme un Simple mor.
tel, le sentier qui me ramène à Ja Villa Vannier. Mais à vingt pas de là, je m'arrôte sur un pelil pout qui
traverse l’Abenakis, sollicité par le spectacle qui s'offre à mes regards.
Cest d'ici que M. Livernois a saisi cette photographie où Pierre L'Ours figure «i anlipathiquement.
La rivière est étroite, enCaissée, mais vive, bondissante, égrillarde, pleine de murmures : elle crache au nez des cailloux qui l’agacent, lorsqu'elle ne les charrie pas dans son lit :
| 1 robuste cailloux, couvert de | io se, là nargue-t-il au passage, elle lui jette un flot d’écume, lui 4" che une poignée de sa chevelure verte et Ta mêle aux l'OSCAUX, aux algues, aux feuilles, faibles proies, qu'elle roule impiloyablement dans Ses nombreux replis. Au-dessus, leg cèdres, les sapins laissent pendre de longs filaments de mousse où des insectes viennent S'accrocher. On croit voir une longue rangée de pêcheurs à la mouche debout sur la grève, attentifs et silencieux.
Le lendemain Je disais adieu à Metgermelte, adien ! c'est bien le mot Je faisais à part moi. cette réflexion. Voilà deux cents âcres de terre défrichés : lorsque je re viendrai, il y en aura un mille : tous ces arbres auront disparu, un autre Metzermetts aura fait place à celuici, qui ne vivra plus pour moi, que dans mes souvenirs, Adieu !
Et voilà !