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LE CAMBODGE

et, le 11 août 1863, Norodom acceptait notre protectorat. Comme gage de sa bonne volonté, il nous cédait, pour y fonder un dépôt de charbon, l’importante position des Quatre Bras , sur le grand fleuve du Mékong. Dès ce moment, la bonne harmonie n’a jamais été troublée. La France a gagné à ce iraité d’assurer ses frontières du nord et d’étendre son influence dans l’intérieur de la péninsule. Le Cambodge y a gagné la paix, la tranquillité, et la certitude d’être soutenu par la France en cas de guerre contre ses voisins. Il est probable que l’alliance se maintiendra, puisqu’elle convient également aux parties contractantes. En 1883 un nouveau traité a été signé et le roi, moyennant un revenu fixe, nous a cédé l’administration financière de ses domaines. Ce ne sont pas ses sujets qui se plaindront de cette innovation.

Le Cambodge est en général un pays de plaines ; cependant vers l’ouest, en se rapprochant du golfe de Siam, on trouve un massif montagneux assez considérable. Il a deux ports de mer, Compong Som et Campot. Plusieurs îles sont échelonnées le long de la côte. Il est arrosé par le Mékong et par un affluent très important, qui sort du grand lac Tonlé-sap (30 lieues de longueur sur 10 à 12 de largeur moyenne). Ce lac, dans la saison des pluies, présente un volume d’eau énorme. Pendant la saison sèche au contraire les bords sont à découvert à une certaine distance. La rivière ou plutôt le canal qui le fait communiquer avec le grand fleuve présente un phénomène extraordinaire. Tantôt il roule ses eaux vers le lac, qui devient alors comme un déversoir du Mékong; tantôt, quand les eaux sont basses, le courant reprend sa direction vers la mer de Chine.

Le climat du Cambodge est à peu près le même que celui de notre Cochinchine, c’est-à-dire qu’il est peu salubre : néanmoins, à cause de l’élévation plus grande au-dessus du niveau de la mer, la terre étant moins humide pendant l’été, les vapeurs paludéennes sont plus rares, et, par conséquent, la température générale meilleure. Les productions sont également les mêmes : riz, bétel, bananier, méréak, vernis laque de bonne qualité, cardamome, gomme-gutte, etc. Comme la vie est facile, et que le moindre travail suffit pour se procurer le

nécessaire, les- Cambodgiens se sont endormis dans la mollesse. Peu à peu, les forêts envahissent la contrée. Moins intelligents* ou plutôt moins actifs que les- Annamites, les Cambodgiens ont toute la nonchalance que les Hollandais ont signalée dans les* naturels des îles de la Sonde. Néanmoins, depuis l'arrivée des Français* quelques progrès se sont accomplis. Rien n’est contagieux comme l’exemple. Le roi Norodom s’efforce en toute circonstance d’inspirer à ses apathiques sujets le désir de s’initier à la civilisation européenne, et, peu à peu, un bien-être relatif s’établit. Le Cambodge est donc en voie dei progrès, et ce progrès continuera sans doute autant que notre influence.

C’est dans les forêts de l’intérieur du Cambodge que se trouvent des ruines merveilleuses, dont les splendides débris retrouvés et décrits par nos compatriotes attestent un degré inouï de puissance et un prodigieux développement de civilisation. Dès 1591, le Père Riba-de-neyra écrivait dans son Histoire des îles de l'Archipel : « Il y a au Cambodge les ruines d’une antique cité que quelques-uns disent avoir été construite par les Romains ou Alexandre le Grand. C’est une chose merveilleuse qu’aucun des indigènes ne puisse vivre dans ces ruines, qui sont le repaire des bêtes sauvages. Ces gentils tiennent pour tradition que cette ville dut être reconstruite par une nation étrangère. » En 1606, Christoval de Jacque, écrivant la relation de ses voyages en Indo-Chine, racontait à son tour qu’on avait découvert au Cambodge une ville splendide, tout en ruines, des inscriptions, que les indigènes ne pouvaient plus déchiffrer. Il la nommait Angoz. Mercator, dans son atlas de 1613, lui donne le nom de Lancor. En 1672, un missionnaire français, le Père Chevreul, en parle de nouveau sous le nom d ’Angcor, et remarque qu’elle est fréquentée par des pèlerins et des docteurs bouddhistes. Puis le silence s’établit de nouveau, et cette fois il dure deux siècles. On avait même si complètement perdu de vue le Cambodge, qu’il ne figure pas dans la grande compilation de ï Univers illustré , entreprise en 1838 par MM. Didot et Cie. Ce fut un voyageur fiançais, le regretté Mouhot, qui en 1860 révéla une seconde fois ces ruines à l’attention de l’Europe savante. La relation de son voyage figurait en 1863 dans le Tour du monde. Après

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