PREMIÈRE PARTIE (( BANIANS
DU MARIAGE
Dans les solennités nuptiales, les fiancés se donnent la main, en présence du « brahme » (prêtre;, qui les reçoit, en un lieu quelconque, en
(1) Banian vient du mot sanscrit « hanigyana ^, qui veut dire négociant.
A la prise de Surrate, (Indes), en 1530, par Antonio da Silveïra, on constata dans la ville la présence de Banians, « gens paisibles, adonnés aux métiers mécaniques, notamment à l'art du tissage. Ces gens, sous l'influence de la crainte, perdent toute notion de l'honneur d. Il y avait dans le royaume de Guzerath (Cambaye),à part les Banians dont nous venons de parler, desjBanians (cbagrancaris», les seuls qui se nourrissaient de viande etde poisson. La religion des Banians porte le nom de € Vertiàs )).I1 était interditaux iiBaniansy)&Q retirer le drap blanc dont ils se couvraient, avant que l'usure ne l'ait fait tomber en morceaux.Ils n'avaient point coutume de garder quoique ce soit pour le lendemain. Ils ne mangent rien de ce qui a été vivant. Ils proscrivent l'usage de la chandelle, parce que la lumière peut attirer des insecte» et provoquer leur mort. Ils balayent le sol aux endroits où ils passent, pour éviter de tuer des vers, en marchant dessus. Sectateurs de Pythagore et... d'Elysée Reclus, ils conservent précieusement, en
présence de deux témoiris. Il récite certaines prières, qu'il accompagne de cérémonies extérieures,— qui ne sont d'ailleurs pas indispensables, (Art. 4 du Code) (1).
les déposant en lieu sûr, les vers qui prennent naissance dans leur... corps et dans leur lit.
Les Banians^ d'après Diôgo do Coûto (« DécacTes»), descendent des tribus d'Israël qui disparurent : ce Cela paraît ass=ez vraisemblable, — ajoute le célèbre chroniqueur, — si Ton considère la tendance qu'ils ont, en leur qualité de trafiquants rapaces, à tromper, de toutes façons, les chrétiens. »
Il existe dejs sectes chinoises qui, comme les Banians^ achètent des oiseaux en cage, à seule fin de leur rendre la liberté, ce qu'ils font en prononçant ces paroles : « Pichau pitanel calao vacaï », ce qui signifie : « Va dire au bon Dieu comment nous le servons ici », (Fernâo Mëndes Pinto, « PérégrinaT tion »).
Dans l'île de Mounay, — la Rome du royaume de Pégu, — le jour de l'élection du « ro^ïm», (le pontife suprême du royaume), — et il s'agit, en l'espèce, d'un usage consacré par la tradition, — on rendit la liberté à une grande quantité de petits oiseaux, qui lui avaient été apportés dans plus de 300 cages, en disant que c'étaient les âmes des défunts qui attendaient leur délivrance, (Fernâo Mëndes Pinto, t Perégrination », 1545).
(1) Les mariages contractés en conformité des rites païens, malgré la lièvre d'absorption catholique qui fut l'une des causes des premières expéditions et
280 LES ORGANISEES POLITIQUES INDIGENES
Dans le contrat de mariage, outre la stipula-
explorations portugaises, furent, de tous temps, tolérés aux Indes, {Charte royale du 15 Février 1624, pour Gôa ; Charte royale du 22 Mars 1627, pour Bardez).
Même au temps de l'Inquisition, alors que des crimes de conscience étaient consommés à son instigation, (Charte royale du 14 Octobre 1697), la cérémonie du mariage des indigènes — « infidèles » — était permise; mais elle devait avoir lieu dans une enceinte fermée, à la porte de laquelle l'Inquisition faisait poster un policier (« naique »), chargé d'en interdire l'accès aux chrétiens. Un simple aperçu des principes religieux des castes indiennes, — principes d'ailleurs assez connus, — donnera une preuve éclatante de la vigueur d'institutions intangibles, auxquelles le Portugal n'a jamais porté atteinte :
Les dieux adorés dans les pagodes de l'Inde ont, ordinairement, des visages d'animaux : Le c Bormu », à la tête d'éléphant, symbolise la prudence ; le <( Bétal », sous l'aspect d'un homme nu, est l'emblème de la lascivité ; le « Ravana », avec dix têtes «t vingt bras ; le « Naguia », à la tête de chien ; le « Catagrâo », à la hure de porc, symbolisant les turpitudes ; 1' « Honovontû », au visage de singe ; « Vitobd » et ce Ganeçu », pourvus chacun de 4 mains ; la déesse « Momagïm », de Pondà, portant 4 seins et plusieurs épaules, — emblème de la volupté.
(Comme dans l'Egypte antique et dans les Indes, — disons-le, à ce propos, — les indigènes Ba-nha-
tien du « polîum », (la dot^ faite par le fiancé,
neca (Angola), ont une sorte de culte pour le bœuf, (Capello et Ivens, aDe Bëngxiella as Terras-de-Iacca)')).
Dans le ciel des Indiens (« Amaravoty »), habite le grand dieu « Indru ». On ne pénètre jamais dans son paradis avant d'avoir expié toutes les fautes commises en ce bas monde, dans un lieu dénommé <( Emupury », régi par le fils du Soleil. A côté de ce lieu se trouve l'Enfer (« Cumhapacâ »), qui reçoit ceux dont les crimes sont trop grands pour qu'ils puissent être expiés.
Au-dessous du Dieu ou Esprit suprême, qui ne se révèle pas, le brahmanisme place la trinité ou <( trymurti » : « BraJima », \e créateur ; « VisJi7in ,» le conservateur ; « Shiva » ou « Mahes >>, le destructeur. Le dogme fondamental de cette religion fataliste est la métempsycose ou docti'iiie de ce piinarhhava », des existences successives.
Le Gode de Manou (qui fut établi sans le concours de la... femme), — Gode nommé « Manava-Dharma- Shastra)), — comprend 12 volumes, et va à rencontre des idées égalitaires des bouddhistes. On y fait un éloge dithyrambique des castes supérieures. « La femme y est considérée comme la dernière des esclaves : On la classe dans la catégorie des « calaoontes » ou bayadères », (A. F. Nogueïra, « L'Inde portugaise »).
En plein cœur de l'Afrique, au Barôtze(Angola), — disons-le, comme pendant curieux du fait précédent,. — les femmes « luinas » sont, au contraire, très respectées ; et, si elles sont de sang noble, elles ne peuvent être astreintes à aucun travail.
282 LES ORGANISMES POLITIOUES INDIGENES
consistant en des bijoux et de l'argent), on peut
A chaque divinité mâle correspond, cependanty respectivement, aux Indes, une déesse : (c Saravasti », épouse de « Brahma « ; c Lakmi », épouse de « Vishnit » ; « Durgci », épouse de « Siva -p.
Brahma créa l'homme-type (« cassepd »), qu'il divisa en 4 castes, (« déhadi »), plus ou moins nobles, de la façon suivante : Les a hrahmines », les plus nobles, furent issus de la tête. Ils sont voués au sacerdoce, aux sciences et aux lettres. Les bras firent les < chardôs )), destinés à la guerre. Les « sistres » furent enfantés parles jambes; ce sont les commerçants. Les « aoudres », à qui les pieds donnèrent naissance, ont pour partage l'agriculture et les métiers rudes. Il' y a une cinquième caste, celle des « farazes y^, racoleurs de bayadères, souteneurs émérites, (J . de Sousa Monteiro, a Dictionnaire géographique des possessions portugaises ))). Il existe aussi un grand nombre de subdivisons de ces castes, comme nous l'avons dit.
Voici, — comme parallèle de ces principes de la création, — d'après ce que nous ont rapporté les voyageurs lusitaniens, la curieuse « Genèse » de quelques peuplades d'africains Portugais.
Le côté pittoresque de la description mis à part, il y a, sans doute, dans cette anecdote... biblique, ample matière à méditation et à comparaison.
Le dieu (« Murungo »), des indigènes de Chedima (Afrique Centrale), créa l'homme, d'une seule couleur, — noire, bien entendu. Les hommes noirs se multiplièrent; et, se trouvant réunis au centre de la Terre, se mirent un jour en route, pour se fixer
stipuler que la femme administrera elle-même les
dans un lieu qui leur avait été désigné d'avance par le « Murungo ». Mais, chemin faisant, quelques-uns trouvèrent une rivière purificatrice, — qui justement était en crue et qu'il fallait traverser à la nage. Ceux qui y prirent un bain lustral complet, se... blanchirent. Ils furent les ancêtres des blancs. Les retardataires noirs, lorsque la crue de cette Seine biblique eût cessé, ne firent qu'y boire de l'eau, en se servant du creux de leur main en guise de gobelet et en s'y mouillant tout juste la plante des pieds. — C'est pourquoi ils restèrent noirs partout, — sauf sous la plante des pieds, et dans la paume des mains, (« De l'Angola à la Contre-Côte », par Capello et Ivens).
Ajoutons, à propos des croyances des Hindous, — cela nous aidera à comprendre certaines dispositions de leurs Codes, — qu'elles ont pour base un dogme qui fait de la terre le lieu destiné à la purification des âmes. La série des êtres représente la série des corps mortels dont chaque âme doit se vêtir pour se purifier de fautes antérieures. Les âmes pures passent, graduellement, par une série de réincarnations, en commençant par les plantes, en continuant par les animaux, jusqu'au corps humain, dans lequel elles se purifient complètement, par la pratique du bien, de la vertu, de l'austérité. Le péché originel une fois eftacé, la série des réincarnations une fois épuisée, l'âme va jouir, au pied de l'Eternel, d'un bonheur sans fin et sans limites. Si l'âme est demeurée impure, elle retombe dans un corps infé-
biens qu'elle apporte à son mari ou qu'elle ac-
rieur et recommence une nouvelle série indéfinie de réincarnations, (J. do Nascimënto Pinheiro, « Restauration sociale et économique de Vlnde »).
Il existe aussi, chez les Chinois, une secte appelée « trimechau » qui, d'après leurs bonzes, croit que les âmes des morts se réincarnent dans d'autres corps, pour aller à la recherche de leurs corps antérieurs et les transporter dans la... Lune, où ilsdoivent éternellement demeurer. La secte des « gisom » croit même que les animaux seuls participeront aux jouissances et aux biens célestes, à titre de récompense de leur travail sur laterre,— puisque Thomme ne passe son temps qu'à voler et à tuer, (Fernào Mëndes Pinto, (( Pérégrination »).
D'après les « Livres saints » des Indiens, plus ou moinscontenusdans le fameux code de Manou(extrait lui-même des « Védas y>, — livres inspirés par Vishnu), les enfants issus de croisements de castes sont condamnés aux supplices éternels. La femme adultère (« para/purva »), est, en conséquence, vouée à la même damnation.
Il est curieux de comparer cet état sociologique de la femme indienne avec ce qu'elle fut, dans les civilisations les plus antiques, et ce qu'elle est, — comme on peut le voir en parcourant ces pages, — dans les sociétés primitives de l'Afrique.
La civilisation chaldéo-assyrienne, qui, comme la civilisation brahmanique, adorait des divinités aux corps d'animaux, pratiqua la monogamie à Ninive et peut-être la polygamie (royale), àBabylone, où les juifs
querra pendant le temps de son mariage (art, 3).
parvinrent. Hérodote affirme qu'il y existait alors comme une sorte de prostitution sacrée. La femme juive, à Babylone comme en Palestine, élait considérée comme la propriété de son père, qui, de fait, la vendait : — absolument comme en Afrique, surtout dans les régions où l'influence arabe et sémite s'est davantage imposée. Dans le mariage juif, la stérilité était chose méprisable. L'adultère de la femme était puni de la peine de mort. Il n'en était pas de même, évidemment, pour celui de l'homme : — absolument comme dans les pays dont nous faisons l'étude dans ce livre. Il n'y a guère que dans l'Egypte que la femme, — qui se fardait et portait des perruques, soit dit en passant, — était considérée presque comme l'égale de l'homme ; mais au temps de Cheops, (Kliéops), — qui donna son nom à la grande pyramide, — la polygamie s'introduisit dans ce pays, et avilit ainsi la condition de la femme.
Au Japon, — oi^i le bouddhisme hindou se retrouve dans le culte, — les dieux domestiques (a Kami s »), sont représentés par des... «effets de la nature utiles à l'humanité», (Docteur Verrier, (nEtiides ethnographiques ))). La (( mousmé » fréquente le^ maisons publiques(«maiso)îs .'./e^/ié»), avant de se marier... toujours envuedela...dot.Elle ignore la pudeur des occidentales. Elle jouit donc d'une entière liberté... paradisiaque. Comparez-la aux femmes platyrhiniennes (lisez : au nez large), — et jugez 1
De la coutume barbare de l'immolation de la veuve sur la tombe du mari, («Satty»), qui existait autre-
Le mari ne peut aliéner le <f pollum » sans le consentement de sa femme (art. 10).
fois, dans l'Inde Portugaise,à Java et en Chine, —coutume prohibée, d'ailleurs, comme nous l'avons dit, dès les premiers temps de la colonisation lusitanienne, -^ il subsiste, à Dondo (Angola), par exemple, et sous une forme plus... humaine, ce que l'on appelle le « hombo » qui consiste dans le sacrifice, par laveuve, assistée du « quimhonda t) (sorcier), d'un simple agneau qu'elle immole sur la tombe de son mari. Le sang de la victime arrose la terre funéraire, tandis que la veuve, sous la direction du sorcier, s'entretient avec... l'âme du mari défunt, (Xavier, «i^appo)-! sur le service de santé », à Dondo, 1881).
Sur la tombe des chefs indigènes de Bunqueïa, (Afrique Centrale), on immolait un grand nombre de femmes, (Gapello et Ivens, « De l'Angola à la Contre-Côte »).
A Timor, on fait une hécatombe solennelle et générale des animaux domestiques qui appartenaient au mort.
Toutes ces victuailles sont destinées, bien entendu, à de grandioses et interminables ripailles.
En matière de sacrifices humains, par superstition guerrière, nous pourrions signaler des faits qui surpassent en horreur le massacre des innocents parHérode.
Dans l'assaut du Raju de Geylan, en 1587, à la forteresse de Columbo, défendue par les Portugais, les sorciers prophétisèrent au Raju que, s'il voulait entrer dans la forteresse, il importait de réunir 500
DES EXCOMMUNICATIONS
L'excommunication ne peut avoir lieu que pour des motifs strictement religieux (art. 82).
L'excommunié a cependant le droit de fréquenter les pagodes et peut prétendre à l'honneur
enfants âgés de moins de 10 ans et de les immoler aux idoles. Le potentat de Geylan les fit égorger immédiatement ; leur sang fut recueilli dans des chaudières, et les sorciers en aspergèrent les soldats.
Chez les indigènes du littoral d^ la Guinée Portugaise, (Lopes de Lima, « Statistique des Pousessions Portugaises », Cap-Vert), on retrouve, dans les mêmes circonstances, les coutumes des indigènes de l'ile de Timor, avec lesquels cependant ils n'ont jamais eu le moindre contact : Dans cette partie de la Guinée, soumise au joug d'une théurgie barbare, ils jugent indispensable, dans tous les actes solennels de la vie, d'exorciser le diable, et cette coutume ne se pratique que dans les « xinas » ou endroits secrets, où ils immolent une chèvre, et chassent le diable («/riran»,) du corps des malades. Gesexorcismes ont lieu, c'est évident, par l'intermédiaire des magiciens ou ce jambacoz », qui cumulent avec cette fonction celle de magistrat : Ils célèbrent, en eflet, les mariages et président aux funérailles — comme aussi aux pantagruéliques agapes des noces.
Il sera cependant très curieux de continuer cette digression comparative, au pointdevue... médecine
d'être incinéré^-- même s'il meurt en état d'excommunication (art. 84).
L'excommunication peut être prononcée par le ce ràucho d (sorte de chapitre), de la caste à laquelle appartient l'excommunié, ou par le grandprêtre de sa religion (art. 85).
— cette science innée, comme l'astrologie, simultanément, chez tous les peuples, et de la même façon.
De même que dans les pays indo-malais, les indigènes de l'Angola (Dondo), ont des « quimhondas » ou charlatans-sorciers, qui guérissent les maladies du corps en même temps que celles de l'âme.
Le médecin-sorcier fétichiste, à Satary, (Indes), après avoir épuisé toute sa science médicale et., astrologique ; après avoir consulté, au préalable, le « tullossy t> ou plante sacrée ; a recours aux sortilèges, pour guérir les malades, «sortilèges tels que ceux en usage chez les anciens Hindous et dont usèrent, après eux, les arabes, les persans, les grecs et finalement les romains, qui attribuaient certaines maladies à des causes surnaturelles » (Lopes Mendes, cité par M. J. Gardoso Junior, dans « Matière médicale et thérapeutique des possessions \dortugaises »).
Les (( médecins » ou aidoocôs », de Timor, n'appliquent jamais leurs onguents végétaux («moroe»), à leurs... patientSy sans au préalable avoir accompli la cérémonie rituelle de 1' « urat », dans laquelle, comme les aruspices de l'antiquité, ils consultent les entrailles ...d'un porc, (J. da Silva Vaquinhas, « Bulletin delà
Pour que l'excommunication puisse être prononcée par le « ràucho », il faut que tous les habitants de toutes les maisons, — sans en excepter un seul, — soient présents à la cérémonie (art. 86).
Société de Géographie de Lisbonne », 3« série, année 1875).
Chose rare, chez les Ganguellas (Angola), le chirurgien {<i.ditangiay)),dL plus d'autorité que le sorcier, dans les questions... pénales, (Serpa Pinto, « Cornment j'ai traversé V Afrique »).
La conclusion qu'on peut tirer de ces notes c'est que toutes ces coutumes, toutes ces croyances et toutes ces superstitions, — communes à tous les peuples de civilisation rudiinentaire, — se ressemblent tellement, dans leur essence, qu'on les dirait toutes issues d'une seule et même source ethnique.