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CHAPITRE II

Le contact et la rivalité des races hétérogènes, DANS LES PAYS NEUFS, FAVORISENT LA PO- LITIQUE ASSIMILATRICE DES PORTUGAIS. CURIEUX SYSTÈME DE COLONISATION, PAR ÉTAPES SUCCES- SIVES. « AVENTURIERS y> et Jésuites.

L'habileté, la ténacité avec lesquelles les Portugais surent, dès lors, profiter des dissentiments des chefs indigènes les uns contre les autres, pour la mise en œuvre de leur politique ; leur tact; la fermeté de leurs décisions suprêmes, d'exécution prompte et rapide, — comme il sied à des gens chez qui le moindre atermoiement est interprêté comme lâcheté ; expliquent seuls comment ils ont victorieusement conservé, jusqu'à ce jour, un grand empire colonial, défendu seulement par leur prestige et leur bienveillance avaient attirés à eux. Les procédés administratifs des débuts furent, en efïét, peu stables, basés qu'ils étaient sur un principe préconçu : — l'intérêt du monopole.

Mais l'histoire de cette domination est assez curieuse. AlTonso de Albuqaerque — le « Napoléon des Indes » — utilisa habilemenl, en faveur

de sa politique prodigieuse, au commencent du XVIe siècle, les inimitiés existant entre le Zamorïm ou Çamorïm de Calicut (1), le nabab de Diu et le sultan de Malacca, (Christovam Pinto, « Layicien impérialisme portuguais »),

L' (( arel » ou gouverneur indigène de Pcrcâ, (Cochïm ; Inde), accompagna, avec ses d paràos » ou « d paràus » ; (a: prâus 3) en malais), Varmada de Affonso de Albuquerque qui participa à la prise de Calcutta, en 1510.

Après la prise de Gôa, capitale de l'Inde, (du nom du roi Goaldeo, Barros, « Décades d) (2), Affonso de Albuquerque y laissa une garnison de 400 hommes dont il donna le commandement à

(1) Camorïm était le titre qu'on donnait au souverain temporel du Malabar, au temps de la domination chinoise, et veut dire « régner (gouverner) sur tous ».

(2) Diôgo do Goûto (« Décades »), n'accepte pas cette étymologie du nom de Gôa. Le premier nom de Gôa, d'une grande ancienneté, et qu'on ne rencontre pas dans les manuscrits Ganarâs, — dit l'illustre historien, — fut Golmat, par corruption, Gôa, le mot Golmat voulant dire « terre fraîche et fertile ». Les naturels de Canarà (Gharnà), l'appellenl Tis-Vari, ce qui veut dire Trente Villages, car tel était le nombre de villages que l'île possédait au xv* siècle.

l'indigène (1) Mir Cacëm. Et il confia à l'indigène Timoja la juridiction sur tous les gentils habitant la colonie, « parce que cet Indien, mieux que les Portugais, connaissait leurs us et coutumes respectifs, dont il fallait tenir compte )>.

Il lui conféra, en outre, la charge de « taiiadar » ou « tanadôr-môr » de l'île de Gôa, (contrôleur des terres domaniales d'un département,, avec attributions administratives et judiciaires, (Barros, « Décades »).

L'indigène Melrâo lui succéda, peu de temps après.

Les attributions juridiques de Timoja ne comportaient cependant pas la peine capitale.

En 1518, Chrisnarao, roi gentil de Bisnagâ (Indes), aida les Portugais en s'alliant avec eux pour combattre le chef mahométan Hidalcâo (2), sei-

(1) Mir ou émir est un mot persan et veut dire gentilhomme. Ce Mir Cacëm fut, plus tard, fusillé pour crime de haute trahison.

(2) Barros (<iDécades:$), prétend que le nom d'Hidalcan, Ydalcan ou Hidalchan, provient du mot Adilchan, qui, dans le royaume du Dekkan, Deccan ou Decan, veut dire ^ seigneur de la justice » ; cette dénomination est un simple titre ajouté au nom du potentat local. On écrit aussi Ydalxà-cayi ou chan

gneur de Gôa. Dans la formidable armée de ce roi gentil, qui coopéra à la prise de Rachol sous les ordres des Portugais, il y avait, — disons-le, puisque, par lui-même, le fait ne laisse pas que d'être très curietix, — plus de 20.000 femmes... publiques. Avant que l'armée ne se mette en marche, c n procéda, comme du temps des grecs, à une hécatombe de 20.000 animaux, dont la chair fut dictribuée aux pauvres, c*' en l'honneur de l'idole à laquelle ces victimes étaient sacrifiées». (Barres, d Décades »).

En 1512, Affonso de Albuquerque, — le fameux capitaine qui, selon l'expression imagée mais juste des orientaux, dominait surplus de royaumes

et xà ou s/là, — ces désinences ayant toutes la mêrr.e signification.

Les naturels du royaume du Dekkan s'appellent Decanis, ce qui veut dire métis.

La province limitrophe d'Angediva (Aiigediva veut dire Cinq Iles), jusqu'à Gifardâo (Inde), eut comme premier gouverneur Adel-Can, que les Portugais ont appelé Hidalcâo, et dont la capitale était Visapôr. En 1479, date de l'entrée des maures kGoSi, ]e Savay {(.(Sahâyoy)), gouYernaii Gôa, en qualité de vassal du roi de Canarà ; mais, à l'arrivée des Portugais dans ce territoire, lorsqu'Albuquerque s'empara de l'île de Gôa, ce n'était pas le Suhàyo^ mais bien Ismaël-Gan qui détenait le pouvoir, (Diôgo do Goûto, « Décades »).

qu'il ne commandait de soldats, — détrôna le tyran qui régnait à Pacëm (Sumatra), et y fit proclamer un roi et des autorités indigènes, qui prêtaient serment de fidélité et de vasselage au roi Dom Manuel I^r.

Dans la flotte portugaise qui, au xvF siècle (1526), prit possession de l'ile de Bintam (Java), il y avait deux commandants maures : Tuam Mafamede et Sinaïa Raxa.

En 1530, à son départ pour Diu^ le gouverneur des Indes, Dom Nuno da Cunha, emmena avec lui 2.000 indigènes « canarïns i> et ^ malabares », en les faisant embarquer sur des navires appelés € cotias y> (Barros, « Décades »).

En 1535, le même gouverneur des Indes, mar chant sur Mombaça (Afrique Orientale), avait avec lui 150 indigènes de Melïnde, commandés par les maures Sacoeja et Cide Bubac.

Le roi « jalôfo » ou <ijelôfo », de Guinée, avait envoyé un ambassadeur au roi de Portugal, pour lui demander aide et protection contre les envahisseurs de son territoire. Et satisfaction lui fut donnée -— «dans l'intérêt de la Couronne de Portugal y), (Traité des fleuves de Guinée, par A. A. de Almada, 1594).

En 1554, le vice-roi des Indes Dom Pedro de Mascarenhas protégea le chef indigène Mealecan contre la puissance de ITdalcan, qui fut battu.

En 1555, les brahmanes de Gôa firent construire, avec leurs propres deniers, un navire de guerre, qu'ils offrirent aux Portugais pour la défense de la colonie.

Dans la flotte de Martïm AfTonso de Sousa qui, au xvie siècle, au large de l'île de Ceylan (1), battit, avec 400 hommes, les 7.000 hommes du terrible corsaire Pâte Marcar (Perchi Marcà), et réduisit au silence ses 400 pièces d'artillerie, le commandant d'un des « catures » de guerre qui conduisait l'armée portugaise, était un malabar.

Cette politique a été adoptée de nos jours.

Le 7 août 1859, — pour citer des faits plus récents,—les Portugais firent proclamer et couronner roi du Congo le chef indigène Dom Pedro F; et, en 1860, on expulsa des territoires de ce potentat un nouveau roitelet hostile aux Portugais (Arrêté du 7 avril 1861).

En cette même année 1861, le gouverneur de Lourenço - Marques, Onofre Païva de Andrade, donna aide et protection, par les armes, au € régulo )) (chef indigène), Muzilla, contre les prétentions de son frère Mahueva.

S' étant trouvé dans la nécessité de châtier les € sôvas » ou « régulos » des Dëmbos, dans l'An-

(1) Ceylan s'appelait autrefois, comme on le sait. Ile Lancao, qui veut dire « Paradis Terrestre ».

;gola, en i 874, le gouvernement local en confia le soin aux forces des « souas i> des régions limitrophes de Gïnga.

Enumérons, cependant, les phases de celte colonisation initiale, par étapes chronologiques :

L affermage, la <i donation » en fief, étaient les méthodes appropriées aux premières expéditions guerrières.

Dans l'Ile du Prince (Afrique occidentale), par €xemple^ depuis l'époque des découvertes jusqu'en 1640, une famille portugaise (la famille Carneïro), fiommait les juges locaux et proposait les « capitaines-mores ». Cette île fut, en 1(340, érigée en comté ; et ce n'est qu'en 1773 qu'elle fut rattachée aux <r domaines de la Couronne i>.

En 1469, le roi de Portugal afferma, pour 5 années, le commerce de la côte occidentale d'Afrique à FernamGomes, à raison de 500 « cruzados » (deux mille francs environ), par an, «exception faite de l'ivoire qui était exclusivement rései'vé à la Couronne ». Le bénéficiaire de cette location était tenu de découvrir chaque année cent nouvelles lieues de territoù^e, le long du littoral.

Damiâo de Goes écrit à ce sujet : ce En fan 1469, le roi consentit un bail de 5 ans, de la côte de Guinée, à Fernam Gomes, originaire de Lisbonne, pour la somme de 200.000 « reaës d

blancs » (1) par an, « à la condition qu'il découvrit^ chaque année, dans ce laps de temps, cent lieues de terres nouvelles au-delà de Sérra-Leôa », ce qui constituait alors l'extrême limite des contrées découvertes par les Portugais, (Damiâo de Gôes, (( Chronique du RoiDom Jocio ^), 1576}.

« Pendant le règne du roi Dom Affonso V, alors que Dom Jean II n'était encore que prince, celui-ci exerçait déjà le gouvernement des territoires d'outre-mer. Il en touchait le revenu. Le prince — écrit Garcia de Rezënde — avait donné ces territoires (de Guinée), à bail à Fernam Gomes, citoyen de Lisbonne, qui se fit une grosse fortune dans ces contrées », (« Chronique

(1) Monnaie du temps, d'or, d'argent et de cuivre, ainsi appelée parce qu'elle avait l'écusson royal (« real »). Le « real » ou « leal » blanc, auquel on fait allusion, était le « réal » de cuivre et valait 20 reis, 6 « ceïtis » ou 10 centimes.

Le (( real », comme toutes les autres monnaies, a souvent varié de valeur. Sous chaque règne il prit une valeur différente. Sur la fin du règne de Dom Manuel P"", 20 « reaes » valaient 600 « reis », ce qui porte le « real » à 30 « reis ».

Le poids et l'alliage des c( reaes ferancos » aussi ont beaucoup varié (Teixeira de Aragâo, « Description historique des monnaies frappées sur les ordres des rois de Portugal »).

du roi Dom Jean II », par Garcia de Rezënde).(l).

Les îles de San-Thiago et Fôgo (Cap-Vert), furent louées à bail pour 890.000 reïs par an, {Bail de louage du 30 octobre 1504, « Répertoire de législation d'Outre-Mer », par Costa e Almeïda).

En 1586, le roi de Portugal afferma, pour une durée de sept années, moyennant une somme annuelle de 137 contos de reïs (685.000 francs), le rendement des territoires de l'Inde, à Jacome Gomes Gallêgo, Jeronymo Duarte, Manuel Martïns, Francisco Rodrigues d'Elvas et Manuel Jorge.

Des primes élevées furent promises en récompense à quiconque ferait la conquête des terres de Maranhào (Brésil), et la découverte de l'intérieur de cette partie de l'Amérique du Sud (Charte royale du 8 octobre 1612).

Un cycle de traités de paix et d'amitié avec les indigènes ne tarda pas à se dessiner. Ces traités ont abouti, jusqu'à nos jours, à étendre une sorte de protectorat sur les territoires qui ne pou-

(1). « Toute cette côte de Guinée est partagée en deux parties qui, tous les quatre ou cinq ans, sont données en fermage au plus offrant, pour qu'il puisse se livrer librement au commerce, aussi bien dans l'intérieur que sur les côtes » {Voyage d\in pilota portugais à Vile de SanThomé, en 1553).

vaient être... conquis (1). Ils furent signés, néan-

(1). En 1522, le roi d'Abassia, (Abyssinie) envoya, entr'autres, l'ambassadeur Zagazabo, au roi de Portugal et au pape Clément VIL Ces ambassadeursdemandèrent au Pape un patriarche de l'Eglise romaine, leurs anciens patriarches appartenant à l'Eglise grecque, (Barros, « Décades »).

« La religion du « Prêtre Jean » dont les membres constituent, avec les coptes d'Egypte, l'Eglise dite- & Alexandrine », est le formidable rempart contre lequel sont toujours venus se briser, impuissants, les furieux assauts de l'Islam, (Joseph Joûbert, «iWnélick II ))).

Disons, à propos de cette secte, que les Nestoriens de l'Inde (1440-1451), ne croyaient pas à la virginité delà mère du Christ. A l'exception de la croix, leurs églises ne contenaient ni images ni symboles ; ils n'admettaient pas non plus la confession. Leurs prêtres (a: cassanares »), ne pratiquaient pas le célibat.

En 1535, par « Provision y> du Pape Paul III, Dom Joâo Bermudes fut nommé patriarche d'Abyssinie. Les prêtres de l'Eglise Nestorienne, voulant s'en débarrasser, Taccusèrent, faussement, de vol de vases sacrés destinés au culte divin, ce qui l'obligea à quitter l'empire du « Preste Jean ». En 1555, le pape Paul IV envoya en Abyssinie le patriarche Joâo Nunes Barrêto, ainsi que les évêques portugais de Hierapolitano et de Niceno, (Diôgo do Coiito, (n Décades »).

. Le trère Indien Belchior da Silva fut envoyé, en 1598, en Abyssinie, par le vice-roi des Indes, en qualité d' « administrateur de la « chrétienté jo dan& l'empire d'Abassia ».

moins, après que tous les autres moyens d'en conclure de différents eurent sans doute échoué.

Les traités conclus entre le gouvernement ou les premiers colons portugais, — délégués du gouvernement central, et — les chefs indigènes des colonies qu'ils découvrirent ou dans lesquelles ils remplirent des missions officielles, prouvent que les intentions des Portugais furent toujours de maintenir intacts les organismes politiques locaux. Dom Garcia de Norônha, au nom de son oncle le grand Affonso de Albuquerque, signa, aux Indes, un traité de paix et d'alliance avec le Çamorïm, roi de Calicut ou Kalidkodu, (Traité du 26 février 1515).

Dans un autre traité de paix et d'amitié signé avec le Çamorïm, en 1599, il fut stipulé, — comme c'était l'usage en de pareilles circonstances, — que, dans les conflits qui surgiraient entre les Portugais et les « Nayi^es », chacun d'eux serait passible, en cas de condamnation, des pénalités prévues par la justice de son pays respectif.

Pour légitimer le passage par les colonies portugaises des pèlerins se rendant à La Mecque, un traité de paix entre le roi de Portugal et le gouverneur de La Mecque fut conclu le 12 mai 1612.

En 1615, les Portugais conclurent un traité de paix, de commerce et d'amitié, avec le roi Chon-

tia, àDamâo (Inde), à la condition que le fils de ce roi fût investi d\ui commandement maritime dans cette ville, (« Histoire de Damâo », par A. F. Moniz Junior).

D'autres traités du même genre suivirent : Avec le Grand Mogol (7 juin lGd5) ; avec Nizamoxà Melique, (avec l'intervention de l'Ydalcan ou Sabaïm-Dalcan), (Indes) (9 octobre 1616) ; avec les chefs indigènes de Baçaïm (Indes), (15 juillet 1617) ; avec le roi d'Aracan, (Indes), (23 avril 1620) ; avec le Çamorïm lui-même (27 novembre 1631) ; avec le roi des Maldives (l^r février 1646): avec le racljad de Silvagôr (Indes), (5 décembre 1667) ; avec les souverains de Canarà (Indes), (20 avril 1671) ; avec le roi Tanôr, (Indes), 19 mars 1677) ; avec le radjad indien Saliau (9 janvier 1722) ; avec le chef indigène de Sonda Sauco, (Indes), (24 août 1726) ; avec le rajah de Saturô (Indes), (18 septembre 1741) ; avec les chefs indigènes de Pernëm, Bicholïm, Menerëm et Tanquehm (1) (Indes), (25 octobre 1754) ; avec le chef marathe, Bounsulô, (27 juillet 1759). Un traité de paix et d'alliance fut signé avec le roi de Pernëm (Indes), (4 juillet 1779). Plus récemment, le gouverneur de l'Angola fut félicité^, pour

(1). Souverain de l'Etat de Savant Valdi, appartenant actuellement à l'Angleterre.

avoir signé un traité de paix et d'amitié avec le « régulo » (1) ou « jdga » de Cassange, (Arrêté royal du 30 avril 1864).

En 1883, un traité de paix et soumission fut conclu avec les princes indigènes de Massabi et Molëmbo (Angola), (29 septembre 1883).

Il est à remarquer que ce ne tut pas seulement

(1). Du mot indien «r^na» ou « roi». «JRas», ares», <L rao » ou « rax » veut dire empereur ; rayo signifie roi (Diôgo do Goûto « Décades »).

Les gouverneurs de Guzerath (Gambaye, Inde), portaient jadis le titre de « Raiaz ».

Le roi des Tartares, au XVP siècle, portait le titre de « Xinaraw » de Tariarie.

Les petits serpents du « royaume » de Lan-tëm, dans l'île de Timor, qu'on appelle « raï-nain y> — il y a peut-être une certaine similitude entre ces noms. — sont adorés par les naturels du pays qui les appellent <k les seigneurs de la terre ».

Jusqu'en 1588, il y eut à Galicut des souverains qui portaient le titre de «xarao » (ce xarao -périmai »), les deux titres — xa-mo — étant réunis en un seul.

Les titres de « râjd » (du sanscrit « rddjd », roi), et « rdxd », comme ceux de < pdchd » ou « pdxd », — et tous ont la même signification à peu de chose près, — sont évidemment dérivés des mots « scJta », « xèque » ou « ccd » et « rai'i », « rao », « res » ou a ras ».

rinitiative officielle qui fut la cause des randonnées de découvertes des Portugais à travers le monde.

Parfois les nobles portugais partaient, pour leur compte personnel, à la découverte des terres lointaines, (Alvarà de Dom Manuel 1er, en faveur de Joâo Alvares Fagûndes, du 22 mai 1521). Ces pacifiques conquérants avaient la jouissance absolue de ces terres et le pouvoir de juridiction civile et criminelle, sans aucun droit d'appel, [Charte royale de Dom Manuel 1er, en faveur de Gaspar Côrte-Real, du 12 mai 1500).

« Plusieurs « aventuriers » (1) portugais s'offrirent à l'Infant Dom Hënrique pour le servir et aller courir les aventures pour son propre compte », (Damiâo de Gôes, « Chro7iique du Prince Dom Joâo »).

(1). La première légion d' « aventuriers » portugais fut, sans doute, celle constituée à la bataille d'Aljubarrota (1385), sous le commandement de Nuno Alvares Pereïra, et qu'il avait baptisée • r « ala dos namorados », (f « aile des amoureux)y> , Ce vaillant corps d'armée était composé de jeunes gentilshommes; il avait, comme étendard spécial, un drapeau vert, symbole d'espérance, (Viterbo, « Elucidario »).

Les « aventuriers^) étaient bien ce que nous appellerions aujourd'hui les « francs-tireurs » de ces vaillantes armées.

L'histoire de ces diftérents « aventuriers » est extrêmemeat intéressante.

« La première force militaire de l'Inde fut composée de soldats « aventuriers » de toutes sortes, qui y étaient venus avec l'intention de conquérir des honneurs et des... richesses, » (Bordallo, <r. Statistiques des Possessions Portugaisesy> . — Etat de F In de J.

Dans la flotte du vice-roi des Indes, Dom Garcia de Norônha, qui partit de Lisbonne en 1538, il j avait une brillante légion de gentilshommes d aventuriers ».

Lorsque, en 1559, le duc de Bragance, vice-roi des Indes, s'élança à la prise de Jafanapatâo (Ceylan), il avait avec lui une légion d' « aventuriers ».

A la bataille d'Alcacer-Kibir, au Maroc (4 août 1578), — dans laquelle le roi Sébastien perdit la vie, avec une partie de son armée, — il y avait 18.000 combattants du côté du roi, « combattants de diverses races et coutumes », (Teïxeïra de Aragâo, « Description des monnaies frappées au nom des rois de Portugal »). Il y avait 9.000 portugais, 2.000 « aventuriers », 600 italiens ; et le reste était formé des partisans du « chérif i> Muley Hamet, que le roi de Portugal voulait placer sur le trône du Maroc, (Rebello da Silva^ « Histoire du Portugal »). Dom Antonio, prieur du

Crato, (qu'on nous permette cette petite digression), — qui avait été c( capitaine-général » de Tanger (1571), — fut fait prisonnier à Alcacer- Kibir. Le 19 juin 1580, il fut proclamé roi de Portugal, à Santarëm ; et on sait que ce règne fut aussi éphémère que l'aspiration généreuse, — « donquichottesque », dit un historien portugais, — du roi Dom Sébastien sur le Maroc, puisque Philippe 1er (Je Portugal (Philippe II d'Espagne), régna en Portugal à partir du 17 juillet 1580.

Camôes, — le chantre immortel des gloires nationales^ — mourait, avec la patrie, à cette même époque (le 10 juin 1580) On aurait dit qu'il ne pouvait survivre à la disparition de la grande nationalité qu'il avait aimée si profondément et si noblement, et si glorieusement exaltée !...

Le plan de colonisation du Brésil, élaboré par 1e roi Jean III (1531) — plan essentiellement pratique, méritant certainement de retenir l'attention — consista à diviser ce vaste territoire en (a capitaiyieries », qui furent accordées, sous certaines conditions dont bénéficiait l'Etat, à des personnes disposant de capitaux suffisants pour les exploiter. (1) Plus tard, comme partout ailleurs,

(1) Il en fut de même au gouvernement des Indes, <îui eut à sa tête les hommes d'Etat portugais les plus nobles et les plus intègres. En 1554, le roi de Portu-

on essaya le régime des compagnies de colonisation.

Sous la protection de l'Infant Dom Hënrique

gai envoya aux Indes, comme vice-roi, Dom Pedro de Mascarenhas, gentilhomme âgé de plus de 70 ans? qui avait occupé le poste d'ambassadeur d'Allemagne, — «nonseulementafinque toutle mondele respectât, mais aussi parce qu'il était très riche et s'occuperait ainsi du bien de l'Etat plutôt que de ses propres intérêts ». Gomme presque tous les fonctionnaires âgés, il mourut aux colonies, neuf mois à peine après sa nomination à ce poste important. (Il faut remarquer, en (;e qui concerne Dom Joâo de Castro, qu'il succomba à la fatigue, dans l'accomplissement des devoirs de sa charge, à peine âgé de 48 ans).

Cette liste nécrologique des plus illustres parmi les héros portugais, vice-rois et gouverneurs des Indes, est éminemment glorieuse et représente à elle seule l'épopée* la plus tragique de ces temps. Le premier vice-roi des Indes, Dom Francisco de Almeïda, arrivé aux Indes en 1505, y demeura 4 ans et fut mis à mort par les cafres à Aguada de Saldanha (Mozambique).

Aftbnso de Albuquerque gouverna les Indes pendant 6 ans, de 1509 à 1514, et mourut, au cours de cette dernière année, dans les îlots Queïmados, situés à l'entrée de la rade de Gôa.

Vasco da Gama gouverna les Indes pendant 4 mois, en 1524, en qualité de vice-roi. Il mourut à Cochïm en Février 1525.

« le Navigateur )>, et la direc tion de Lançarote, on avait cependant organisé, à Lagos, en 1444, une compagnie de colonisation, qui fut, sans doute, la première compagnie portugaise ou étran-

Dom Henrique de Menezes, qui lui succéda; mourut à Gananôr en Février 1526.

Dom Nuno da Gunha, qui gouverna les Indes pendant plus de 9 ans, à partir de l'année 1528, trouva la mort en mer, pendant son voyage de retour à Lisbonne.

Dom Garcia de Norônha, son successeur, arriva aux Indes en 1538 et mourut à Gôa, 18 mois plus tard.

Dom Joâo de Castro, débarqué aux Indes en 1545, y mourut trois ans après. Son successeur, Garcia de Sa, mourut à Gôa en 1549.

Dom Pedro Mascarenhas arriva à Gôa en 1554 et y demeura jusqu'à sa mort, survenue neuf mois après. Francisco Barrêto, qui lui succéda, mourut au Mozambique en 1570.

En 1561, le vice-roi Dom Francisco Goutinho arriva aux Indes ; il mourut à Gôa en mars 1564.

Le vice-roi Dom Antonio de Norônha, arrivé à Gôa en 1564, gouverna les Indes quatre ans et mourut en mer, pendant son voyage de retour en Portugal,

Dom Luiz de Ataïde, arrivé à Gôa en 1578, y mourut en 1580.

Dans les autres colonies, c'était également la même mort prématurée qui mettait fin à la carrière de ces vaillants serviteurs delà aation.

gère de ce genre. Les autres grandes compagnies portugaises, — d'après T. de Carvalho (« Compagnies Portugaises de Colonisation »), — furent, jusqu'au XVIIIe siècle, les suivantes : 1575, Compagnie de Commerce de la Cochinchine (2) ; 1587, Compagnie des Indes Orientales ; 1606^ Compagnie de Serra-Leôa ; 1619, Compagnie des Indes et Compagnie du Brésil ; 1628, Compagnie de Commerce des Indes ; 1649, Compagnie Générale du Commerce du Brésil ; 1676, Compagnie de Cachëu et Bios de Guinée ; 1686, Compagnie des « Banians i^ (Mozambique) ; 1690, Compagnie du Cap-Vert et de Cachëu ; 1694, Nouvelle Compagnie des Indes ; 1710, Compagnie de Macao ; 1755, Compagnie du Grand-Para et Maragnan (Brésil) ; 1759, Compagnie de Pernambuco et Parahiba (Brésil) ; 1753, Compagnie de l'Asie Portugaise ; 1765, Compagnie des Mujaos et des Macouas (Mozambique) ; 1788, Compagnie du Commerce du coton (Inde).

Ces Compagnies avaient pour mission, non seulement de développer le commerce, mais encore de propager la... foi chrétienne dans leurs

(2). Les classiques portugais écrivent : Gochii- China, Gochïmchina ou Gauchichina, (Barres, « Décades ))). Fernâo Mëndes Pïnto {a Pérégrination »), écrit Gaûchënchina. »

territoires. Elles jouissaient de privilèges immenses, voire même du droit de nomination des juges et gouverneurs ou « capitaines ». Elles étaient presque irresponsables devant les lois civiles. La Compagnie du « Grâo-Parà et Maranhào », — au capital de 2.400.000 fr., — avait la jouissance, (par l'art. 4 de ses Statuts), de ces hautes et intangibles prérogatives : « Elle n'avait, au-dessus d'elle, que le roi. Elle ne dépendait d'aucun tribunal. Elle ne rendait des comptes à personne. Elle exerçait toutes juridictions — militaire, civile et ecclésiastique ». L'avocat Thomaz de Negreiros qui, au nom de grands intérêts collectifs, plaida contre ces privilèges, fut « dégradé », (4) par le roi, pour une période de huit années, à Mazagran (Maroc) . (Le chef de la comptabilité de cette célèbre compagnie était le citoyen français, Darnault).

Citons d'autres tentatives plus récentes : On fonda : en 1837, la Compagnie de l'Afrique Occidentale, (Dec. du 15 décembre). En 1838, — par Décret du 14 mai, — la Compagnie agricole d'Industrie et de Commerce du Mozam-

(1). Ce mot « dégradé » est toujours pris, en Portugal, comme synonyme de condamné à la déportation.

bique. En 1849, la Compagnie d'Amfiâo (1), à Damâo (Inde), (Arrêté royal du 29 septembre). En 1851, la Compagnie commerciale de Gôa, (Décret du 11 août). Ces compagnies jouissaient, toutes, des plus grands privilèges.

Mais le système des « donations » dura longtemps aux colonies portugaises.

En parlant des a: donataires » de l'île Terceïra (Açôres), au XVIIIc siècle, voici ce que dit F. de Sousa-Monteïro (« Dictionnaire Géographique des Possessions Portugaises i>) : a: Ces « capitainesdonataires » jouissent de toute l'autorité militaire, d'une grande partie de la juridiction civile et criminelle et, en même temps, ils ont la faculté de donner les terres incultes à qui s'olïre à les cultiver )).

Le roi rachetait cependant, parfois, en espèces, les fiefs accordés aux « donataires d. Ainsi fut-il fait pour la « capitainerie » du Saint-Esprit (Brésil), que le chef de FEtat paya 40.000 o: cruzados » (80.000 fr.), à Cosme Rolïm de Moura, le 6 avril 1718, ((( Provision » du Coyiseil d' Outre-Mer », du 9 avril 1718). Lors même que cette incorporation

(1). Rappelons — puisque cetteCompagnie faisaitle commerce de l'opium — que le mot amphiâo ou amfiâo veut dire opium (Papaver somniferum). Les arabes l'appellent « ofiom » ou « afom ».

des fiefs à la Couronne était jugée d'utilité publique, — comme ce fut le cas en 1791 (Dec. du 17 décembre), pour la « capitainerie » de Saint- Vincent (Brésil), — le roi versait néanmoins une indemnité considérable entre les mains du ce dona taire », qui, en ce qui concerne cette « capitainerie », était le comte de Vimieïro.

L'affaire financière méritait sans doute de retenir l'attention, puisqu'on s'en occupa et qu'on la renouvela assez souvent.

Peuple essentiellement romain ou « latin » — et les Romains furent, on le sait, les plus assimilateurs des peuples de tous les temps, — on peut s'étonner que les circonstances de l'époque aient donné aux Portugais une notion aussi claire, aussi juste et aussi pratique, sur la manière de civiliser les peuples soumis à leur domination, — sans oublier leurs intérêts matériels...

Les compagnies souveraines dont nous avons p&rlé ne furent que les intermédiaires puissants entre l'impuissance des c: donataires » et les beaux rêves du gouvernement central. (1) Aussi,

(1) L'Infant Dom Henrique affermait parfois le commerce colonial à des armateurs de navires.

dès la deuxième étape de la colonisation, il y avait déjà un embryon de réussite dans les petites îles et sur le littoral des continents découverts. Il n'en restait que des traces vagues, au point de vue de Tadministration dans l'intérieur des terres continentales. Les concessions des (( sesmaries » (1) (terrains incultes

(1) La loi des « sesmaries », en Portugal, date de

Les juges-<( ouvidôres » du Brésil turent chargés d'ouvrir une enquête pour savoir si les « sesmaries » avaient plus de quatre lieues (lieues de 5 kilomètres), de longueur, et une lieue de largeur ; et si les propriétaires les cultivaient (Charte rayale du 27 décembre 1695). Les « sesmaries » du Brésil furent réduites à trois lieues de longueur et une de largeur par la Charte royale du 7 décembre 1697- Dans les terrains miniers, ces dimensions s'étaient réduites de moitié, ( « Provision » du 15 mars 1731).

A partir de 1808, — époque à laquelle le roi de Portugal Dom Joâo VI habita la colonie du Brésil, fuyant l'invasion napoléoniennne, — on accorda des « sesmaries » même aux étrangers, (Décret du 22 juin 1808). C'est de cette époque que date le grand développement actuel du Brésil qui, peu de temps après le retour du roi à Lisbonne, proclama son indépendance. (L'indépendance du Brésil tut proclamée par le Traité du 23 Août 1825).

domaniaux), arrivent, au début de cette phase colonisatrice, sous ]e règne de Jean II.

Les « iprésides » jouvaient à peine être considérés comme des auxiliaires de l'autorité côtière dans l'ir.térieur deTAngola et du Mozambique. Le l'oi-colon Jean III, — comme nous l'avons dit, — présida, sous les meilleurs auspices, au développement du Brésil; mais, encore et toujours, sous le régime quasi-féodal qui était imposé par l'époque. On arrive ainsi, par étapes successives, à la dernière phase de cette colonisation administralive^ — celle des a: gouverneurs de province », dont le maintien s'est prolongé jusqu'à notre époque. On comprend que l'organisation ecclésiastique (indépendamment des réels services qu'elle rendit, au début, à la propagation de l'instruction dans les « provinces » d'outre-mer), — avide d'un accaparement qui tendait à constituer entre ses mains des théocraties indigènes, (1) —

(1) En 1755 encore, rEvêquedeMacao (Chine), sortant de son rôle de pasteur e.xclusivement spirituel, interdit, sous prétexte de sauvegarder les. . . bonnes mœurs, rentrée de cette ville aux fennmes deTinnôr (Océanie). Le roi, dans sa Charte du 20 mars 1758, désavoua la pastorale du prélat, en alléguant qu'il ne lui appartenait pas de prendre l'interdiction qu'il avait promulguée, cet acte étant contraire aux prérogatives de sa juridiction spirituelle, — « i'évê-

ait été un obstacle à la réalisation du plan du Portugal. Les missionnaires portugais étaient,

que n'étant pas autorisé à violer ainsi le droit d'hospitalité qui contribuait d'autant à la conservation de l'Etat. » Le roi conseillait enfin à l'évêque d'engager, au contraire, ses moines à corriger les mœurs de ces peuples, — « sans outrepasser les limites de leurs droits. »

Cette absorption du pouvoir temporel par le clergé missionnaire datait de longtemps déjà, et ses racines s'étaient étendues profondément dans le sol colonial.

En 1548, le frère Miguel Vaz, Inquisiteur apostolique à Gôa, fit arrêter plusieurs « chrétiens nouveaux », très riches, « qui menaient une vie scandaleuse, assistant à des cérémonies judaïques », et les envoya en Portugal, — ce qui lui coûta la vie, car il m.ourut empoisonné, (Diôgo do Goiito, nDécadesyy).

D'après les dires de Diôgo do Coûto dans ses a Décades » (1597), les rois de Portugal s'efforcèrent toujours, dans la conquête de l'Orient, de faire marcher de front les deux pouvoirs : le spirituel et le temporel : « Jamais l'un ne fut mis en mouvement sans que l'autre le suivît. »

Le pape Clément VIII, par les Brefs des 27 janvier 1597 et 27 janvier 1598, ordonnait au primat des Indes de prendre possession de la « chrétienté » de r.apôtre San-Thomé et d'y nommer un gouverneur (privilège qui lui fut accordé par les rois indigènes), « afin d'assurer le gouvernement de ce diocèse aussi bien au spirituel qu'au temporel ».

eux aussi, comme la plupart des colons, des commerçants et des soldats, ou des commer-

ce A cette époque (1605), les Jésuites convoitaient le gouvernement effectif du « royaume »de l'Angola, ainsi qu'ils convoitèrent, plus tard, celui de l'Uruguay », (Lopes de Lima, « Statistique des Possessio7is portugaises », Angola).

Gomme pour donner une sanction à cette ingérence... guerrière, en 1622, à Macao, on nomma au « gouvernement de guerre », trois habitants mariés de cette ville et le gouverneur de l'Evêché, (Voir .< Macdu », par Bënto da França). Remarquons, en passant, que les gens mariés jouissaient partout, à cette époque, de privilèges spéciaux.

Par exemple, à Gochïm, du temps du vice-roi des Indes Dom Duarte de Menezes (xvi® siècle), les habitants mariés ne payaient à la douane que 3 1/2 pour cent sur la valeur des marchandises importées, alors que les célibataires étaient astreints à payer 6 pour cent sur la valeur de toutes les marchandises, importées ou exportées.

La Charte royale du 10 Mai 1646 interdit à l'évêque de Rio-de-Janeiro de faire procéder à l'arrestation de personnes autres que les membres du clergé.

Le patriarche de Gôa, ayant appris que les habitants de Pondâ n'allaient pas à la messe le dimanche, ordonna par Décret épiscopal du 12 Janvier 1785, au « meïrinho » ou sacristain, de les arrêter, avec l'aide, au besoin, du « commandant » de la iK province », et de ne les mettre en liberté que trois jours

çants-soldats. Les colons ecclésiastiques avaient cependant sur les laïques l'avantage de se livrer à fond à l'étude des langues du pays (1). Ils établissaient ainsi, en leur faveur, une

après, — moyennant le paiement d'une amende. Toutefois, les arrestations ne pouvaient s'opérer ni en face de l'église, ni dans le cimetière.

Les Pères Jésuites, qui se mêlaient de tout, obtinrent (au xvi« siècle), qu'à Camafo (îles Maluco), on séparât les chrétiens des maures, — parce que leur réunion « était contraire à la loi de Dieu », (Diôgo do Goûto, « Décades »).

Il est intéressant de rappeler que la Charie royale du 12 février 1774 avait aboli le tribunal de l'Inquisition à Gôa et que, tant que subsista ce tribunal, toutes les autorités civiles et militaires étaient obligées d'exécuter ou de faire exécuter les arrêts de l'Inquisition.

Cependant, l'archevêque de Gôa, lui-même, dans un mandement du 26 octobre 1813, se plaignait du relâchement des mœurs de son clergé, qui s'occupait plutôt d'affaires temporelles que de fonctions religieuses, (G. Christovam de Nazareth, « Les Mitres Lusitaniennes en Orient » ).

Dans une pastorale du 12 mai 1835, Tarchevêque interdisait finalement aux ecclésiastiques de s'occuper... de politique.

(1) Dans le séminaire angolais, les missionnaires sont encore aujourd'hui tenus d'apprendre les langues africaines comparées entre elles et avec le Portugais, ( a Provision » du Prélat diocésain », du

prééminence plus rapide. De là un état de lutte, perpétuel et général, entre les représentants de l'Etat et les représentants de Rome. (1) Les prêtres commandaient partout, au début de la colonisation portugaise, — et s'en acquit-

22 février 1886, citée par M. J.-J. da Silva, dans le « Répertoire des Bulletins officiels de V Angola », 1893).

(1) Un des exemples les plus tristes de cette ingérence du clergé dans les affaires de l'Etat est mise en évidence par l'influence néfaste du Père Francisco de Monclaros sur la marche de l'expédition de Francisco Barrêto à Monomotapa (Mozambique), (Diôgo do Goûto écrit Manomotapa), à la fin du xvi* siècle. Barrêto, qui fut gouverneur des Indes, fut nommé « capitaine général des royaumes qui s'étendent du cap de Gorrëntes au cap Guardafum » ou Guardafui (Mozambique). En partant à la découverte des mines d'or de Butuâ et Manicâ (ou Manichâ), il voulait suivre l'itinéraire de Sofalla, suivant l'avis du conseil des capitaines, des vieux gentilshommes et des religieux. Mais le père Monclaros prit sur lui de modifier cet itinéraire en le faisant commencer à Guama (Zaïnbèze), ce qui affecta à tel point Barrêto, qu'il en mourut de chagrin.

Les jésuites, qui n'entrèrent aux Indes qu'en 1559, y firent montre d'une telle intolérance religieuse, que souvent, — comme à Guculi et à Salsête (Gôa), le 15 juin 1583, — ils payèrent de leur vie leur immixtion intempestive et hostile dans les mœurs intimes des indigènes.

talent bien, parfois. On leur doit l'institution de services que continuèrent, plus tard, les colons et les compagnies de colonisation.

Les personnes qui se convertissaient à la foi catholique dans les Indes, la Chine et le Japon, étaient exemptes de contributions ou (( dizimos » (dixièmes), pendant... 15 années, {Alvarà du 22 septembre 1570).

Aussi, l'influence du clergé se propagea rapidement, à cette époque, aux Indes et même au Japon, (qui fut découvert en 1539).

Par la « Cédule consistoriale » du 19 février 1588, — c( Hodie Sanctissimxis in Christo Pater », — le pape Sixte V créa Févêché de Funay, au Japon, dont le provincial de la Compagnie de Jésus, Dom Sebastiào de Moraës, fut le premier évêque et Inquisiteur.

Plus tard, les hôpitaux des colonies furent administrés par les jésuites, ( « Provision i> du 12 juin 1597 et Charte royale du 12 février 1605). Aux missionnaires (jésuites), du Brésil était confiée l'administration spirituelle et temporelle des « Indiens » de ce pays (1), (« Provi-

(1) Dès les premières années de l'épopée colonisatrice portugaise, on nomma Indes Orientales la véritable contrée de l'Inde, et Indes Occidentales l'Amérique et plusieurs autres pays lointains. C'est ainsi qu'on appela et qu'on appelle encore « Indiens »

sion » du Conseil d' Outre-Mer, du 26 août 1680). Quand on organisa, au Mozambique, la Com-

les aborigènes de tous les pays d'Amérique, qui sont pour la plupart des mésaticép haies.

C'est ainsi de même, qu'en 1500, lorsqu'Alvares Cabrai partit à la découverte des hides Occidentales, et rencontra sur sa route le Brésil, — qui était bien son but, — plusieurs auteurs prétendent qu'il y fut jeté par la tempête, qui l'éloigna de la route qu'il cherchait pour se rendre aux Indes... Orientales.

M. P. Gaffarel n'a-t-il pas voulu à ce propos (en 1878), trancher la question de la découverte du Brésil, en affirmant, de sa propre autorité ( « Histoire du Brésil français au XVP siècle » ), que les Français, dans la personne de Cousin et Paulmier de Gonneville, découvrirent ce pays avant les Portugais ? Malheureusement, J. Lafîtan ( « Histoire des découvertes et conquestes des Portugais dans le Nouveau-Monde-S), Paris, 17B3), avec d'autres écrivains français, avaient mis la chose au point, d'après des documents absolument authentiques, et la découverte de... Gaffarel, par une simple corruption de son propre non, peut être parfaitement qualifiée de... gaffe réelle »...

L'un des buts principaux que se proposait Vasco da Gama, à son premier voyage aux Indes, était de se rendre compte de la situation de l'empire chrétien du (( Père-Jean-des-Indes », avec lequel le Portugal voulait agir de concert, en vue de l'anéantissement du pouvoir des mores. Mais où était-il situé, véritablement, cet empire du « Père Jean des

pagiiie des « Banians », avec droits privilégiés (1686-1777), on préposa aux fonctions de juges

Indes )) ? Ce mot « Indes » comprenait, à cette époque, tous les territoires de la Tartarie (Catay ou Catuyo), où, selon Barros (« Décades »), régnait ce prince {(( Unchà »), alors chef de la « chrétienté » Nestorienne qui, comme on le sait, disparut bientôt, pour faire place à cet autre empire chrétien d'Abyssinie, où les Portugais crurent trouver plus tard le vrai et unique «Pres/e» ou (n Père- Jean-des-Indesy). (La. reine éthiopienne de Sabà eut du roi Salomon un fils nommé Meilech, qui fut plus tard appelé David, et qui régna à Abassia (Abyssinie), de 385 à 377, D'après Barros (« Décades »), c'est de lui que descendent les négf^s actuels).

Revenant à l'objet principal de cette note, nous rappellerons que la flotte de Pedro Alvares Cabrai qui participa à la découverte du Brésil, était une des plus fortes (13 voiZes), qui eussent été envoyées jusqu'alors dans de lointaines expéditions. En dehors de cet illustre amiral, la flotte comprenait les plus célèbres parmi les navigateurs de l'époque : Nicolau Goelho, Bartholomëu Dias, Pedro d'Athayde, etc. Cette « armada » était si puissante, que le roi Manuel P', dans le Règlement délivré à Cabrai, le chargeait d'engager des pourparlers en vue de se concilier l'amitié des rois indigènes. D'un autre côté, il avait pour mission de taire la guerre à ces rois, s'ils manifestaient peu de goût pour cette amitié que Cabrai devait leur offrir. Aucune tempête ne contraria d'ailleurs la marche de l'escadre

de ses territoires le recteur du Collège des jésuites du Saint-Esprit de la ville de Diu

jusqu'à son arrivée aux « Terres de la Sainte- Croix », (le Brésil). Le 9 mars 1500, la flotte quitta Lisbonne. Elle arrivait le 14 aux Canaries; le 22, elle était à Santiago (Cap Vert). L'une des <iinaûsy>, — celle qui était commandée par Luiz Pires, — fut séparée du reste de la flotte. C'est en vain que Cabrai la chercha pendant deux jours ; mais, voyant qu'elle était disparue, il continua son voyage, et, « faisant toujours route vers VOuest, il aperçut, le 24 avril, une terre que, par sa position, il était aisé de ne confondre avec aucune de celles déjà découvertes. » . . . « Cabrai envoya à terre un détachement, qui revint aussitôt, annonçant que cette contrée était merveilleuse de luxuriante végétation, et qu'il y avait sur la plage des gens nus, à la peau foncée. Pendant la nuit, une tempête surprit la flotte à l'ancre, ce qui l'obligea à courir des bordées le long des côtes ».

...Cabrai quitta les « Terres de la Sainte-Croix » le 24 mai et eut à affronter un ouragan, si terrible et si subit, que quatre des « naûs » de la flotte coulèrent en présence des autres, sans que ces dernières puissent leur porter secours ; et elles furent perdues, corps et biens, nul être vivant n'ayant pu s'en échapper. Leurs capitaines, Bartholomëu Dias, Ayres Gonies da Silva, Vasco d'Athaïde et Simào de Pina périrent avec leurs équipages, (Damiâo de Gôes, « Chronique du Sérénissime Seigneur Roi Dom Ënimanueh).

(Inde), et le prélat jésuite de Mozambique.

L'influence du clergé, à l'égal de celle des (( chrétientés », se faisait sentir dans toutes les entreprises d'outre-mer.

DansT <i Histoire de la Papauté », du protestant Léopold Ranc (cité par M. Christovain de Nazareth, dans le « Bulletin de la Société de Géographie de Lisbonne », \1^ série, nos \\ et 12, année 1893), on lit, qu'en 15G5 on comptait aux Indes 350.000 chrétiens, et, en 1579, au Japon, plus de 300.000.

Le prêtre-guerrier s'y rencontra maintes fois à côté de l'explorateur, du soldat et du colon.

Des crucifix étaient fixés à la pointe de la hampe des lances et dans les combats Farmée était soutenue par les prêtres, qui excitaient les soldats à se battre et à mourir pour leur foi.

Le Frère Fernâo Vmagre commanda, en 1537, aux îles Maluco (1), une ce corocôra » (2) qui battit les corsaires dont ces mers étaient infestées.

Au deuxième siège de Diu (1546), — qui fut la

(1) Les Moluques, — Maluco ou Moloc, — qui veut dire « tête de chose grande ».

(2) « Coracôra » ou (( coy^ocôra ^, barque malaise de cabotage, à fond plat.

plus héroïque et la plus merveilleuse page de l'histoire guerrière de tous les pays et de tous les temps, — le vicaire de la forteresse, après avoir combattu côte à côte avec les soldats, s'en fut à Chaul, sous les yeux des ennemis, dans un « catur » léger, porter au gouverneur des lettres demandant des secours urgents, faute desquels tous les portugais assiégés seraient massacrés.

Pendant le siège de Ceylan, en 1587, plusieurs membres du clergé prirent une part effective aux combats. Le P. Francisco Vieira, vicaire de Columbo, se couvrit de gloire pendant ce siège, en coopérant à la défense du bastion Saint- Michel.

Au XVIP siècle, les Franciscains se distinguèrent par de grandes prouesses dans les guerres des Indes, en combattant et en mourant vaillamment pour la défense de la forteresse de Chaporà, dans le bastion de Saint-Stéphane de Gôa, sous les murailles du fort des Rois Mages (1), dans la garnison deCarambolïm, etc. (Bordallo, a: Statistiques des Possessions Portugaises )), Etat de VInde).

(1) Cette forteresse du Mont des Rois Mages, édifiée sur un rocher de la baie de Gôa, fut commencée par Dom AfTonso de Norônha, en 1555, et portait à cette époque le nom de « Castello-Real » (château royal).

Mais les Frères des congrégations provoquèrent rapidement Tanimadversion générale^ surtout par leur intervention opiniâtre dans les questions temporelles. Ainsi, quand le gouverneur des Indes, (Affonso de Albuquerque), voyait un homme tonsuré, il le chassait hors de sa présence, ne voulant pas le voir, car l'homme qui portait une tonsure, — disait-il, — ne pouvait nourrir que de mauvaises intentions )), (Teixeïra de Aragâo, « Description des monnaies frappées au nom des rais de Portugal »).

Dans sa lettre du 48 février 1630 au roi de Portugal, le vice-roi des Indes se plaignait amèrement des agissements de l'Evêque-gouverneur de Mehapôr(l).

Le vice-roi des Indes, Dom Miguel de Norônha, dans une lettre du 22 février 1633, adressée au Roi de Portugal, lui disait qu'il y avait aux Indes (( plus de prêtres que de soldats ». Dans le terri-

(1) La Circonscription ecclésiastique de Pondichery, de Févêché de Meliapôr, est encore soumise à l'autorité de l'archevêque de Gôa^ primat d'Orient, (Rivara, « Essai historique de la langue Concani »).

On parle même encore, à Pondichéry, la « langue des chrétiens», qui n'est autre que la langue portugaise singulièrement altérée, (Leïte de Vasconcellos, Esquisse d'une dialectologie portugaise », Paris, 1901).

toire de Salsête, à Assolonan, (Indes), les Jésuites rendaient et exécutaient toutes sentences temporelles. A Chorâo, ils percevaient les impôts, (Lettre du vice-roi des Indes au roi de Portugal^ du 21 février 1635). Plusieurs archevêques de Gôa furent gouverneurs des Indes, entre autres Dom Aleïxo de Menezes (1606-1609), Dom Sebastiâo Pessanha (1717), Dom Ignacio de Santa Theresa, (1723).

Le clergé nourrissait en lui-même un grand ferment de désagrégrtion sociale. Il était composé de trois <l hras », selon l'expression originale de Rivara, (« Essai historique de langue Concani ») : Les archevêques et les évêques ; les Frères ; l'Inquisition ; cherchaient tous trois, chacun de leur côté, à former un seul corps puissant, à organiser la seule puissance détenant le pouvoir. Dans leurs luttes sans fm, ils semaient le désarroi parmi leurs ouailles, dont ils causaient la dispersion inévitable.

Le vice-roi des Indes, dans sa lettre précitée, du 18 février 1630, rappelait au roi de Portugal ^< qu'il était surtout dangereux que les Frères soient nommés évêques ». Les Jésuites se distinguaient, plus que tous les autres, dans le rôle de... trafiquants-soldats .

Quand on voulut ériger Mormugâo en capitale de rinde, (1703), on confia aux Jésuites les tra-

vaux de construction et de fortification de la nouvelle ville. Ces ouvrages furent suspendus en

Les Jésuites portugais avaient été relégués à Frémone (Abys-inie), en 1635. Les Pères avaient fortifié leurs hospices : ils avaient des armes, des canons et des munitions de guerre. Mondes (l'un des leurs), se conduisit quelquefois davantage en conquérant qu'en apôtre. A son retour à Gôa, il proposait aux Portugais de reprendre les expéditions en Abyssinie. « Il se servait d'expressions et concevait des projets qui sentaient davantage le soldat que le prêtre » (1). (ce Anecdotes africaines depuis r origine ou la découverte des différents royaumes qui composent V Afrique jusqu'à nos jours », Paris 1775. Voir aussi : « Compte-rendu abrégé de la mission du Patinarche Jodo Berrnudes », etc., Lisbonne, 1565).

De tout temps cependant, — pour apaiser sans doute cette fièvre belliqueuse, — le gouvernement portugais ordonna aux missionnaires Jésuites du Brésil de se conformer aux us et coutu-

(1) L'ordre des Jésuites fut supprimé en Portugal et dans ses colonies par la Loi du 9 septembre 1773. Les autres ordres religieux le furent 60 ans plus tard, (Décret du 28 Mai 1834).

mes des « Indiens » (1) de ce pays, dans les litiges à solutionner entre eux, (Alvarà du 26

(1) Déjà la Loi du 20 mars 1570 interdisait la mise en captivité de ces Indiens, « exceptés lorsqu'ils s'emparaient des Portugais pour les... manger»! Une autre Loi du 11 novembre 1595 étendait les dispositions de la précédente et ordonnait que ces indigènes ne devaient pas subir la moindre pression de la part des fonctionnaires portugais. (Voir aussi, sur l'acte et l'œuvre initiale et admirable de l'abolition de l'esclavage en Portugal, Lobo de Bulhôes, « Le Portugal et l'esclavage »).

A propos de ces a Indiens » du Brésil, Damiâo de Gôes, ((< Chronique du Sérénissime Seigneur Roi Dont Emanuel »), écrivait qu'ils ne mangeaient, en lait de chair humaine, que leurs prisonniers, — surtout les vieillards. Mais, avant de les manger, i Is donnaient une femme à chacun des captifs, « pour qu'elle le serve et partage sa couche ». A l'occasion d'une fête, — continue Damiâo de Gôes, — on tue un de ces captifs ; et la femme avec laquelle il a eu conversation (sic), — malgré qu'elle puisse avoir conçu de ses œuvres, — est la première à lui nouer une corde au cou. Le corps est lancé dans un bûcher comme le serait celui d'un porc ; et, quelques instants après, au moyen d'une canne pointue comme un couteau, on lui enlève les viscères, que les femmes et les enfants dévorent. La chair du corps est découpée en morceaux et on se les envoie les uns aux autres en manière de... présents.

juillet 1596 et « Provision y> du Conseil d'Outre- Mer » du 12 octobre 1719).

Le gouvernement central suivait une voie tendant à utiliser partout, dans la mesure du possible, les organismes politiques indigènes.

Le « Règlement » du gouverneur de l'île de Ceylan (1615), — en tous points conforme à ceux des autres gouverneurs d'outre-mer, — recommandait le respect absolu des institutions locales. (1), ((( Règlement y> cité, du 9 octobre 1615).

Les « Indiens d de Maranhâo (Brésil), furent, au début, administrés par les Jésuites, mais selon leurs us et coutumes, (A Zi'am du 12 septembre 1663). Ceux de Para s'administraient eux-mêmes, (Loi du 7 juin 1755). Plus tard, ces derniers furent gouvernés par les Portugais, mais d'après une espèce de code de leurs us et coutumes, (« Dlrectorio », (Instructions), du 3 mai 1757.) LAlvarà du 17 août 1758 donna à ces « Indiens 3 une organisation militaire te les utilisa dans les travaux publics.

(1) Le prince de Ceylâo, indigène baptisé sous le nom de Dont Joào, fut reçu au palais du roi de Portugal en 1551, sous le gouvernement du vice-roi. des Indes Doin Antâo de Norônha, et il lui fut accordé une [)ension annuelle de 600.000 reïs (3.000 francs).

Le clergé jouissait toujours des plus hauts privilèges :

Les Frères du couvent de Santa-Monica, de Gôa, étaient exonérés de tous droits de douane sur leurs denrées de consommation, ((< Provision y> du Conseil dOutre-Mer, du 13 avril 1728). Il en était de même à Baliia (Brésil), {Idem, idem, du 16 mai 1739).

Mais, dans ces pays neufs, où tout se payait au poids de l'or, les prérogatives royales ne suffisaient pas au clergé. Les... «saints» eux-mêmes necc travaillaient pas pour l'évêque », comme on dit en Portugal, ou, selon le dicton français^ « pour le roi de Prusse ».

Dans ces temps de privilèges, les images des saints, — celles de Saint-Antoine de Padoue surtout : saint éminemment portugais, — bénéficiaient, en espèces, de l'imposante munificence royale. L'image de Saint Antoine du Fort de la Barre de Rio-de-Janeiro percevait une solde annuelle équivalente à celle de capitaine, (Charte 7'oyale du 7 avril 1707). Ce saint fut promu lieutenantcolonel, par la Charte royale du 21 mars 1711^ avec la solde afférente à ce grade, et reçut, par Décret du 26 juin 1814, la grand' croix de lO'rdre du Christ. L'image de Saint-Antoine de Goyaz (Brésil), avait les appointements annuels de 192.000 reis (960 francs), comme capitaine

d'infanterie légère, (« Provision » du 49 novembre 1750). L'image de Saint-Antoine de Rio- Prêto (Brésil), — plus heureuse que la précédente, — touchait annuellement la solde militaire de 480.000 reis (2.400 fr,), (Avis du 26 février 1799)...

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