CHAPITRE PREMIER
LIEUX ET ORDRE FAVORABLES A LA FONDATION DES COLONIES CIVILES ET MILITAIRES
I. — Sécurité , salubrité , fertilité, telles sont le trois conditions qui doivent déterminer le choix d'un établissement colonial. Lutter sans cesse contre des hommes ennemis , contre un climat mortel ou contre un sol aride , c'est se condamner à X inquiétude , à la maladie , à la misère. Les travaux militaires , ceux d'assainissement et enfin de défrichement, sont donc trois mesures générales qui doivent précéder tout établissement , et ces travaux doivent être naturellement entrepris d'après un système politique, h ygiéni-
que et agricole, qui soit basé sur l'état des populations, du climat et du sol. Telle est l'œuvre préparatoire qui appartient d'une manière spéciale au Gouvernement, et qu'il doit accomplir avant d'autoriser des tentatives individuelles, qui seraient impuissantes à concevoir et à réaliser ces trois premières conditions générales d'établissement.
Si ces trois mesures sont nécessaires au bien-être futur de la colonie , si l'on peut apprécier par elles les probabilités de succès ou de revers qui l'attendent, elles ont déjà dû porter leur fruit dans les temps qui nous ont précédés, elles ont dû être déjà en rapport avec la fortune diverse des populations qui ont habité l'Algérie , comme aborigènes ou par droit de conquête ; en un mot, l'histoire peut nous dire, aussi bien que la statistique actuelle du pays, dans quels lieux se sont placées les populations les plus sociables, quels sont ceux où l'on trouve le climat le plus sain et la terre la plus fertile.
Remarquons-le d'ailleurs , il existe entre ces trois choses un lien nécessaire qui permet de les découvrir toutes trois en ne recherchant que l'une d'entre elles , puisque, de tout temps, les populations les plus sociables ont occupé généralement les parties les plus saines et les plus fertiles des territoires qu'elles possédaient.
Toutefois, les données de Y histoire, qui nous raconte la vie des peuples, doivent être appuyées de considérations géographiques et économiques qui confirment
qu'en effet, là où étaient fixées les sociétés les plus civilisées , là aussi la configuration du sol et la nature du climat se prêtaient à leur développement, là aussi la fertilité de la terre favorisait leur richesse ; car des circonstances politiques pourraient avoir gêné leurs dispositions naturelles dans le choix de leur habitation.
Depuis l'occupation romaine, l'Afrique carthaginoise nous est assez connue ; nous savons la forme générale que cette conquête lui a donnée; et, depuis lors, deux grands événements, l'invasion arabe et l'établissement du gouvernement des Turcs , sont encore venus nous révéler clairement les principales conditions de sa vie.
II. — Une circonstance commune à ces trois phases de l'histoire de l'Afrique Septentrionale , circonstance qui tient, il est vrai, en grande partie a la position des contrées d'où venaient les conquérants, mais qui ne tient pas seulement à cette cause , ainsi que nous le montrerons tout-à-1'heure, c'est que la conquête, Y occupation, et je dirais aussi la colonisation (quoique ce mot ne puisse s'appliquer que par extension forcée à la période de l'administration turque) , se sont faites de l'est à l'ouest. Non-seulement les conquérants marchaient dans cette direction avec leurs armées , mais ils suivaient la même route pour organiser et civiliser progressivement le pays conquis.
Si bien que Rome, par exemple, pendant sa longue domination d'Afrique, a toujours conservé (depuis
Carthage jusqu'à l'Océan) son caractère purement militaire dans l'ouest, tandis qu'elle avait porté tout son ordre civil dans l'est. De même , les Arabes , après avoir fondé passagèrement leur capitale d'invasion à Kairouan, à mi-chemin d'Egypte en Espagne , n'organisèrent solidement leur gouvernement qu'en Espagne même, tandis qu'ils étaient harcelés en Afrique, à Fez, à Maroc, à Tlemcen, par les révoltes continuelles des tribus indigènes. Et enfin les Turcs, qui ont successivement étendu leur empire sur toute la côte de la Méditerranée, depuis l' Asie-Mineure jusqu'à Oran, se sont arrêtés à ce dernier point , et le Sultan de Constantinople a trouvé, dans Maroc, un Sultan rival , de race indigène, qui a limité l'empire, soi-disant universel, du successeur du prophète.
J'ai dit que cette marche des conquérants n'était pas due seulement à ce que ceux-ci partaient des contrées orientales, et s'éloignaient par conséquent de la mèrepatrie à mesure qu'ils marchaient vers l'ouest; la preuve en est dans l'établissement brillant des Arabes en Espagne. Certes, si l'Algérie avait semblé aussi favorable que l'Espagne à leur établissement, ils l'auraient préférée, puisqu'elle était moins éloignée des villes saintes ; tandis qu'au contraire , sur toute la ligne qui joint le Caire à Cordoue , les Califes n'ont posé qu'en passant leur tente à Kairouan, et les Arabes n'ont pas laissé, sur cette longue route, un seul monument qui annonçât la volonté de s'y fixer pour des siècles. C'est
donc par d'autres considérations que celle de l'éloignement de la mère-patrie , que se forment les établissements fixes d'une conquête.
Quant aux Romains, si Carthage est le point de l'Afrique le plus rapproché de Rome, Saldœ n'était guère plus loin de Rome qu' Adrumette; César ée n'en était pas plus éloignée que Gabes , et enfin Lambesa était plus difficile à atteindre qu'Oran ; et pourtant, nous voyons les Romains former leur première province du territoire qui est aujourd'hui une partie de la régence de Tunis , puis organiser la Numidie , ensuite coloniser la Mauritanie de Sétif , mais rester en armes dans la Mauritanie Césarienne et dans la Tingitane. Le christianisme lui-même confirme , par l'histoire de l'Église d'Afrique , cette marche de la civilisation de Testa l'ouest; après Carthage, Hippone, Cirta et Mila, quelles sont les villes dont l'Église a rendu le nom célèbre ? — Dans un mémoire sur la division territoriale établie en Afrique par les Romains i , mon collègue et ami, M. Carette, a fait remarquer que le nombre des évêchés diminuait dans une progression très-rapide, en allant de l'est à l'ouest; que le nombre des villes portant le nom de colonia diminuait également dans cette direction, à mesure que croissait, avi
1 Tableau de la situation des établissements français dans l'Algérie en 1840, publié par le Ministre de la guerre. Appendice, p. 305.
contraire, le nombre des noms indicateurs de camps, de forteresses, d'établissements militaires ; que Test renfermait plusieurs lieux désignés par le nom d'horrea, tandis que l'ouest n'en renfermait aucun ; que , dans tous les écrivains anciens, les mots qui rappelaient la fertilité de la terre et la facile soumission des habitants, s'appliquaient à la partie orientale, et que ceux qui rappelaient au contraire la rigueur du climat, l'aridité du sol et la férocité des habitants, s'appliquaient surtout à la partie occidentale l ; enfin , que les révoltes principales contre l'autorité romaine partaient toujours de l'ouest.
1 Les citations suivantes, d'Horace seul, résumeront l'opinion des anciens.
Od. 22, lib. î
Jabœ tellus leonum
Arida nutrix.
Od. 23 , lib. i :
Atqui non ego te, tigns ut aspera, Gœtulusve leo, frangere persequor.
Od. 10, lib. ni:
Nec Mauris mitior anguibus.
Od. 1 , lib. i :
... .Si proprio condidit horreo Quidquid de libycis verritur areis.
Od. 2, lib. a :
Latiùs règnes avidum domando Sphitum, quam si libyam remotis
Et quant aux Turcs , outre ce que j'ai déjà dit de leur envahissement successif des côtes orientale et méridionale de la Méditerranée , jusqu'à Oran , si nous limitons même la question à leur établissement dans la régence d'Alger, toujours bien moins soumise à la Porte que celles de Tunis et de Tripoli , et infiniment moins que le pachalik d'Egypte et cçlui de Syrie, nous reconnaîtrons qu'indépendamment de l'importance du port d'Alger, comme capitale d'un Gouvernement dont la piraterie était une des principales ressources , les trois grandes divisions de la régence, Constantine, Titteri et Oran, étaient entre elles dans un rapport conforme à la thèse que je soutiens. Le beylik de Constantine était un vrai royaume dans le royaume ; sa nombreuse population, l'étendue et la richesse de son territoire , ses relations faciles avec la fertile régence de Tunis , sa profondeur dans l'intérieur des terres, T élévation, et par conséquent la température de la plus grande partie des terres cultivables, enfin la douceur
Gndihus jungas, et uterque l'œnus Serviat uni.
Od. 16, lib. ni:
Purae rivus aquae , sylvaeque jugerum Paucorum , et segetis certa fides meae Fulgentem imperio fertilis Âfricœ Fallit sorte beatior.
D'un cote, les lions, les serpents, la férocité, l'aridité ; de Tau Iro, la richesse, la fertilité, la puissance.
d'une population qui se laissait gouverner par quelques centaines de Turcs, faisant chaque année une promenade de perception d'impôts, rendaient cette province et son bey incomparablement supérieurs aux beyliks et aux beys de Titteri et d'Oran. Et ajoutons aussi ce qui a été souvent signalé, à propos d'Abd-el- Kader et de son père Maheddin, que c'est toujours dans l'ouest qu'ont eu lieu des protestations de tribus indépendantes et belliqueuses , et des tentatives de révolte contre la domination des Turcs.
IIL — Si ces considérations générales sur les trois grandes conquêtes de ce pays que nous possédons aujourd'hui sont vraies , ne devons-nous pas profiter pour nous-mêmes d'un pareil enseignement , surtout si nous y ajoutons, pour la France et pour notre époque, d'autres motifs encore qui doivent nous faire suivre la même route?
Pour la France, la considération de la distance de la métropole est à peu près indifférente; néanmoins les trois ports de Toulon, Marseille et Cette sont plus rapprochés de Bône et de Bougie que d'Alger et d'Oran ; et Port-Vendres, qui n'est pas toujours facile à aborder, n'est point un débouché ni un lieu d'approvisionnement. Mais une puissante considération de politique générale indique, ce me semble, notre route. L'humanité ne marche plus aujourd'hui d'Orient en Occident ; c'est vers l'Orient , au contraire , que toute l'Europe tourne les yeux et s'avance. J'ignore si les événements
politiques dont notre époque est grosse nous porteront vers l'Asie-Mineure , vers la Syrie ou vers l'Egypte , nous qui, dernièrement, avons vu tous les peuples de l'Europe y aller sans nous ; mais ce dont je suis convaincu, c'est que cet avenir nous force à attacher plus d'importance à Tunis qu'à Maroc.
Nous échangerions avec l'Espagne son vieil Oran contre Mahon, que je n'en serais ni surpris ni affligé; et même, si Y esprit du traité Desmichels et du traité de la Tafna pouvait prendre corps, s'il était possible que les Ai^abes et les Kabiles de l'Ouest organisassent une nationalité , je crois qu'avec certaines précautions on pourrait en prendre son parti et peut-être tirer avantage de cette union prématurée. Mais ce dont je ne saurais me consoler, ce serait de voir porter nos efforts de colonisation de ce côté, et négliger notre belle frontière de Tunis, les lacs et les forêts de La Calle, la riche vallée de la Seybouse, les immenses plaines à l'est et à l'ouest de Constantine , et même les vallées de l'Aurés et les plaines méridionales, où sont encore debout de si belles et de si nombreuses ruines romaines.
Oui, c'est par Y est de l'Algérie que nous devons commencer notre colonisation ; c'est de ce côté que nous trouverons, comme les Romains, les Arabes et les Turcs , le plus de facilités pour nous établir , sous le triple rapport de la nature des populations, du climat et du sol.
Mais comment se fait-il que je me croie obligé de dé-
montrer une vérité aussi palpable ? Que possédons-nous à Oran, pour songer à coloniser? Que possédons-nous même dans la province d'Alger? — Dans la province d'Oran, absence complète de sécurité; dans celle d'Alger, insécurité presque partout, et demi-sécurité dans des lieux empestés ! Et voilà douze ans que nous bataillons à Alger, à Oran , tandis que si nous avons quelques escarmouches dans la province de Constantine , c'est parce que notre armée et surtout nos officiers se lassent de n'y rien faire.
Cette démonstration est pourtant nécessaire; car n'est-il pas vrai que, lorsqu'on parle de colonisation de l'Algérie, presque tout le monde croit, si l'on dit colonies civiles , que c'est de la Mitidja qu'il s'agit ; et que c'est d'Oran qu'il est question, si l'on dit colonies militaires ? Et ceci vient de ce que les hommes qui parlent le plus de colonies civiles sont des colons d'Alger, désappointés , qui voudraient voir revivre leurs mortelles espérances, et que ceux qui ont parlé le plus haut de colonies militaires sont des militaires qui n'ont fait la guerre qu'à Alger et Oran , et ne connaissent pas Constantine !
IV. — Au reste, je me hâte d'ajouter qu'on aurait tort de voir, dans cette initiative que j'attribue à la province de Constantine, une opinion exclusive de toute tentative coloniale, immédiate et simultanée, dans les deux autres provinces. Non-seulement je crois indispensable de tenir compte des choses commencées,
qu'on ne saurait abandonner sans imprudence et sans injustice, et même d'avoir égard à des préjugés nombreux, soutenus par des intérêts vivaces et puissants ; mais je crois aussi qu'il y a une partie de notre œuvre coloniale qui doit toujours marcher, autant et aussi vite que possible, à côté de notre occupation militaire, et qui est de la plus haute importance pour le bien-être physique et moral de notre armée. Je crois, en d'autres termes, que dans les points occupés militairement et jugés utiles à la sécurité générale de la colonie, nous devons nous efforcer de grouper, auprès de nos soldats, une population, je ne dis pas de cantiniers et cabaretiers , mais d'agriculteurs , soit que ces agriculteurs sortent eux-mêmes de l'armée , soit qu'ils viennent directement des fermes de France, pourvu qu'ils forment familles et villages ; c'est l'absence de cette condition d'existence , indispensable pour tout Français, qui est la vraie cause de la nostalgie africaine.
C'est même par de pareilles créations qu'il faut, avant tout, commencer la colonisation. Or, cette idée s'applique à tous les points que nous voulons occuper d'une manière définitive; et comme nous occupons militairement une bien plus vaste étendue de terre dans la province de Constantine que dans les deux autres, la proportion que j'ai signalée reste toujours la même; c'est-à-dire que c'est la province de Constantine qui appelle le plus d'efforts de colonisation combinée avec l'occupation.
Remarquons d'ailleurs qu'il ne suffit pas, pour la fondation de ces villages, voisins des points occupés par nos troupes, que la sécurité des personnes soit garantie dans l'enceinte des villages, mais qu'il faut, en outre , que la culture soit praticable, et la récolte suffisamment protégée, et qu'il faut encore que la communication de ces villages, avec les lieux de débouché des produits et d'achat des instruments et provisions, soit facile et sûre. C'est dans la province de Constantine et dans la banlieue d'Alger que toutes ces conditions indispensables d'établissement colonial se rencontrent aujourd'hui.
Je le répète , on ne saurait trop se hâter de fonder des villages de cultivateurs près des lieux occupés militairement; le Gouvernement a même plusieurs motifs pour faire des sacrifices considérables dans ce but. Ainsi, j'ai parlé du bien-être physique et moral qui résulterait, pour le soldat, de ce voisinage ; c'est donc, pour réduire cette pensée en calculs administratifs, diminuer la consommation d'hommes et les frais d'hôpital. Mais il y a plus, ces villages ne fourniront-ils pas bientôt, en partie du moins, le foin, l'orge, le froment, la paille, les légumes, le bois, la viande, le vin même, nécessaires à la consommation des troupes en garnison, à meilleur prix que ne peut les leur procurer l'administration , avec ses achats au loin et ses transports ruineux? D'un autre côté, les villageois ne trouverontils pas, dans le travail du soldat, un secours peu coûteux , indispensable dans un pays où la chaleur force
à faire les labours et les récoltes deux fois plus vite que chez nous , travail qui sera favorable à la santé et à la bourse du soldat? Enfin, même sous le rapport de la sécurité générale , et en vue de faciliter notre domination sur les Arabes, ne sent-on pas que cet accroissement de population française aurait une influence favorable , quand bien même cette population ne serait pas militaire?
Malheureusement, toutes ces considérations ne sauraient entrer pour rien dans la détermination de la plupart des individus qu'on appellerait à former des villages , parce que l'intérêt individuel n'apprécie de pareils résultats qu'à l'époque où ils sont effectivement réalisables ou même réalisés. Aucun cultivateur ne se décidera à s'établir près de Guelma, par exemple, avec le seul espoir de vendre ses blés et ses bœufs , dans quatre ou cinq ans , à l'intendant de Guelma , pour la garnison de Guelma ; et surtout il ne calculera pour rien, dans ses bénéfices probables, l'influence politique que son établissement personnel pourrait avoir sur les tribus voisines , résultat dont pourtant il profitera , quand la réunion de plusieurs colons , formant un village, et celle de plusieurs villages, fondés sur une route , auront rendu ses rapports avec les Arabes plus fréquents et plus sûrs. C'est donc au Gouvernement à prévoir ces avantages et à faire quelques sacrifices qui encourageraient immédiatement le colon à se fixer, le village à s'établir ; il retrouverait plus tard
une compensation de ces sacrifices , dans le secours d'hommes et d'impôt que l'État pourrait en tirer.
V. — Ces sacrifices généraux dont je parle, et que le Gouvernement doit s'imposer, s'il veut fonder des villages près des points militaires, dans des lieux que Fintérêt individuel ne ferait pas choisir, et auxquels on préférerait souvent des points plus rapprochés des ports ou mieux placés pour la culture, ces sacrifices généraux, dis-je, consistent, comme je l'ai déjà indiqué, dans les travaux de défense, d'assainissement, de défrichement, de communication , d'irrigation et d'établissements publics. Dans certains cas , il faudra même construire les habitations , distribuer des arbres et des semences , et faire l'avance du bétail , restituable à époques convenues.
Lorsqu'on parle de sacrifices de ce genre , je le sais, on est généralement peu écouté. Autant il paraît naturel que le Gouvernement dépense des millions pour l'armée qui doit conquérir l'Algérie et défendre cette conquête , autant on craindrait qu'il en dépensât quelques uns pour faire cultiver, pour rendre productive cette coûteuse conquête; on lui permet d'avoir 60, 80, 100,000 hommes à sa solde , parce que ces hommes s'appellent soldats; mais s'il demandait seulement 10,000 hommes, pour les employer, non à tuer des Arabes, à brûler leurs tentes, leurs chaumières et leurs moissons , mais à bâtir des villages et cultiver la terre, on jeterait les hauts cris.
Et pourtant il me paraît évident que si, depuis douze ans , nous avions envoyé en Algérie autant il agriculteurs que nous y avons envoyé de soldats , si nous avions même dépensé pour ces agriculteurs la même somme que nous avons dépensée pour nos soldats, l'Algérie nous aurait coûté en argent le double de ce qu'elle nous coûte , mais elle serait complètement à nous depuis longtemps.
Sans doute cela aurait été coûteux; mais qui ne voit pas de suite l'oubli que je fais volontairement dans cette hypothèse?
Les soldats venus en Algérie ont consommé leurs rations , leurs armes , leurs chevaux , tout leur matériel et leur propre personne ; de plus , ils ont détruit , tant qu'ils ont pu, par devoir, par état, par habitude, la richesse des Arabes; les agriculteurs auraient bien aussi consommé beaucoup de choses , pour leur vie et pour leurs travaux , mais ils auraient produit ; ils auraient p/aw/e plus d'arbres que nous n'en avons coupés et brûlés ; ils auraient bâti plus de maisons françaises que nous n'avons démoli de maisons maures et de gourbis kabiles , ou déchiré de tentes arabes ; enfin ils auraient certainement produit, en partie du moins, le grain, la viande, le lait, les fruits nécessaires à leur nourriture. lisseraient donc riches, aujourd'hui, de tous les sacrifices faits par la France ; tandis que nos pauvres soldats, ceux du moins qui ont eu le bonheur de revoir la patrie , y sont rentrés épuisés ,
vieillis de campagnes qui comptent plus que double dans la vie, et pauvres comme auparavant.
Les sacrifices que ferait le Gouvernement pour l'appel des colons et rétablissement de leurs villages , seraient loin d'ailleurs d'égaler les dépenses qu'un même nombre de soldats exige ; il n'est pas un colon, quelque peu intelligent, qui ne s'engagerait à établir, non pas mille hommes , mais mille familles , avec une dotation annuelle , égale à la dépense annuelle de mille soldats , y compris celle de l'état-major et du matériel que ce nombre de soldats comporte ; et encore se contenterait-il de cette dotation, pour un temps fort limité , une année ou deux au plus , c'est-à-dire pour les frais de premier établissement. Je suis convaincu que M. de Stockmart aurait accepté du Gouvernement des conditions semblables et les aurait tenues.
VI. — Reprenons l'exposé de notre opinion sur l'ordre selon lequel il faut procéder à la colonisation.
Nous avons montré, par l'histoire des trois invasions qui ont précédé la nôtre , que les conquérants ont importé leur civilisation en Algérie dans un ordre constant, de l'est à l'ouest , s'établissant pacifiquement à l'Est , lorsqu'ils étaient encore et restaient même toujours en guerre ou sur la défensive dans l'Ouest; et nous nous sommes laissé détourner de ce mode d'argumentation, par une réflexion sur la situation où nous nous trouvons nous-mêmes, depuis douze ans que la France a commencé la conquête de l'Algérie. N'est-il pas remar-
quable , en effet . qu'il nous ait suffi de prendre Constantine pour assurer la tranquillité, au moins relative , d'une province qui a près de cent lieues de plus grande largeur, sur soixante ou quatre-vingts de profondeur, tandis que nous avons pris plusieurs fois Médéa et Miliana , Mascara et Tlemcen, sans obtenir plus de sécurité à Alger, à Cherchel , à Mostaghanem , à Oran ; au contraire ! Je suis très-éloigné d'en conclure que cette grande ligne , de Constantine à Tlemcen par Médéa , ne soit pas , ainsi que l'ont pensé nos généraux les plus habiles , la véritable ligne stratégique de l'Algérie; cette pensée a été, selon moi, heureusement exprimée par M. le colonel Cavaignac, lorsqu'il a écrit que , pour être maître du littoral , il faut y arriver par 1 intérieur et non par la mer. Notre tranquillité dans l'Est , comparée à notre insécurité de l'Ouest , ne tiendrait-elle donc pas aussi , en partie , à ce que notre établissement de Constantine est capital, et domine réellement la province ; tandis que nos établissements de Médéa et de Mascara ont toujours été faibles et provisoires, comme des avant-postes , et que le siège de notre force restait à Alger et Oran ?
Je suis convaincu qu'il existe d'autres causes de la différence entre les trois provinces; cependant celle-ci n'est pas sans effet ; il est bon de l'examiner.
Si Alger était , par rapport à Médéa ou Miliana , et Oran par rapport à Tlemcen ou Mascara, ce que Philippeville est pour Constantine , c'est-a-dire si Miliana
ou Médéa était la capitale de la province d'Alger, et Mascara ou Tlemcen la capitale de celle d'Oran ; si ces villes étaient le siège du gouvernement et de l'administration des deux provinces , le centre de leur force , cette situation , très-différente de ce qui a existé jusqu'ici, produirait nécessairement un résultat différent. De ce point de vue , l'importance que Blida a prise , le projet de coloniser cette ville , l'obligation de ravitailler Miliana et Médéa , les travaux faits pour lier par des routes ces divers points , enfin le nombre des troupes que ces trois places exigent pour leur défense , sont des éléments qui tendent à réaliser, pour la province d'Alger, une partie de la supposition que je viens de faire , c'est-à-dire qui tendent à constituer, dans l'intérieur, un point central de force qui n'a été jusqu'ici que sur la côte ; mais est-ce tout ce qu'il y a à faire?
VIL — Je suppose, pour un instant, que notre gouvernement de l'Algérie soit confié à un Gouverneur civil , qui aurait sous ses ordres un lieutenant général , commandant supérieur de l'armée d'Algérie. Naturellement, la mission de ce général en chef serait d'organiser le système de protection militaire , et sans doute , en ce moment , il serait uniquement occupé de notre lutte avec Abd-el-Kader, c'est-à-dire avec les Arabes qui occupent le pays , depuis Hamza jusqu'à Tlemcen.
Je conçois parfaitement que le Gouverneur général
aurait encore sa résidence habituelle à Alger, au milieu de la côte d'Algérie, à deux ou trois jours de Toulon , quoique je pense qu'il passerait une grande partie de Tannée dans la province de Constantine, uniquement parce que je suppose qu'il serait Gouverneur civil.
Mais où serait la résidence du commandant militaire, général en chef de l'armée ; où serait son état-major, son quartier général habituel ; où voudrait-il avoir une forte colonne toujours disponible et des approvisionnements considérables ; quel serait , à ses yeux , le point stratégique, d'attaque et de défense contre les Arabes ?
Je ne crains pas de le dire, le général en chef de l'armée serait à Médéa ou à Miliana , ou tout au moins à Blida , et l'un de ses lieutenants serait à Mascara, l'autre à Constantine ; et bientôt le beau rêve que le maréchal Clauzel n'a pas pu réaliser, lorsqu'après avoir pris Mascara et Tlemcen , il est venu échouer devant Constantine ; ce rêve que M. le maréchal Valée a continué, lorsqu'après avoir pris Constantine il a passé les Portes -de -Fer et occupé Médéa et Miliana; ce rêve que M. le général Bugeaud a continué encore, en reprenant Mascara et Tlemcen, en faisant de Sétif un point militaire de première importance, et en parcourant la belle vallée du Chélif l ; enfin , la grande ligne stratégique de l'Algérie , serait définitivement tracée.
Enfin voici un Gouverneur général et un grand maître en
VIII. — Lorsque notre armée sera fortement établie sur cette ligne, nos villes de la côte seront presque suffisamment gardées par leur milice , et nos villages par leurs habitants. Ceci me ramène à la colonisation et justifie la nécessité de cette digression militaire.
Et en effet, voici la question coloniale nettement tranchée en deux; si une partie de notre colonisation doit se rattacher à nos points militaires et se former à côté d'eux, nous comprenons maintenant vers quels lieux il faut diriger les hommes que l'on supposera le plus propres à cette partie de la colonisation; et si , par exemple , on décide que les deux formes , la colonisation civile et la colonisation militaire, doivent être employées , on saura , d'une manière générale , d'après ce que nous venons de dire, quelles sont les localités où chacune de ces formes devrait être spécialement employée. Si , de plus , on reconnaissait que le Gouvernement doit faire des sacrifices pour les établissements coloniaux qui seraient d'une utilité gêné-
agriculture, qui affirme (Rapport de M. le général Bugeaud, 13 juin 1842) que la vallée du Chélif est cent fois préférable à la Mitidja. Dieu soit loué! — Pourquoi faut-il que M. le général Bugeaud n'ait pu encore passer que six ou huit jours au galop dans la province de Constantine ! Il y aurait vu aussi des lieux préférables à la Mitidja, et une population cent fois préférable à celle du Chélif, non pour le combat sans doute, mais pour la soumission et la paix.
raie, et qui , par eux-mêmes , ne présenteraient pas assez de chances de succès individuels pour attirer des colons, on consacrerait la plus forte partie de ces sacrifices à l'établissement des colonies militaires, compagnes hardies et aventureuses de nos braves soldats , instruments puissants de la sécurité générale.
Et ces colonies seraient sous le commandement spécial du général en chef de l'armée.
Mais ne confondons pas ; ne faisons pas des colonies militaires aux portes d'Alger et surtout de Bône, et des colonies civiles à Mascara ni même à Blida ; je dirais presque, ne faisons pas même de ces dernières à Constantine, quoique ce ne soit ici qu'une affaire de temps, et qu'il faille négliger, sous ce rapport, la ville de Constantine , parce que la province présente une foule de points plus favorables à la colonisation civile.
Si la résidence du commandant militaire , du vainqueur futur d' Abd-el-Kader et des Arabes de l'Ouest , était à Médéa , peut-être la route de Médéa à Alger ne serait-elle pas encore aussi sûre que celle de Constantine à Philippeville ; peut-être n'irait-on pas de Miliana à Mascara , et de Médéa à Sétif , aussi facilement que de Constantine à Sétif ou à Guelma ; mais du moins on serait sur la seule voie qui puisse faire obtenir dans l'Ouest, avec le temps, des résultats analogues à ceux qu'on a obtenus très-vite dans l'Est; on serait sur la seule voie qui puisse conduire à la pacification do l'Algérie, à son entière soumission.
IX. — Résumons les points capitaux que nous venons d'indiquer, et qui ont pour but d'établir un système ordonné de colonisation.
Deux modes différents de colonisation , savoir : colonisation militaire sur notre ligne intérieure de défense , et à côté de nos postes militaires ; colonisation civile entre cette ligne et la côte, en marchant du littoral vers la ligne intérieure.
Commencer la colonisation militaire par les points qui ont militairement la plus grande importance, et consentir pour cela à des sacrifices de premier établissement, et même à des sacrifices qui n'auront de terme que par la pacification du pays , c'est-à-dire lorsque le littoral et la ligne de défense seront réunis par des communications faciles et sûres.
Commencer la colonisation civile par les points qui présentent le plus de sécurité, de salubrité, de fertilité, c'est-à-dire qui seraient naturellement recherchés par de véritables colons , et non d'aveugles et aventureux spéculateurs ; et , par conséquent , commencer par la province de Constantine , sans exclure néanmoins les entreprises de ce genre qui auraient chances de succès dans celle d'Alger et même dans celle d'Oran.
X. — Pour préciser davantage la marche que doivent prendre ces deux modes différents de colonisation, jetons un coup d'œil rapide sur la constitution géographique de l'Algérie et sur les principales classes de la population qui l'habite.
En traçant sur la carte, parallèlement à la mer, et à quinze ou vingt lieues de distance, une zone également de 1 5 à 20 lieues de large , on dessinerait , pour ainsi dire , le second gradin du seuil septentrional de l'Afrique. Cette zone serait un plateau coupé, de temps à autre, par les contreforts qui rejoignent les deux Atlas ; elle comprendrait cette ligne stratégique dont j'ai parlé, depuis Tébessa , frontière de Tunis , jusqu'à Tlemcen, frontière de Maroc ; les principales rivières qui se jettent à la mer y prennent leur source : le Medjerda, la Seybouse, le Roummel, la Semmam (rivière de Bougie), le Chélif et la Tafna ; son élévation au-dessus du niveau de la mer, et entre deux chaînes de montagnes souvent assez hautes, lui donne une température agréable, un climat sain et une fertilité tout-à-fait supérieure.
Si les considérations géographiques déterminaient seules l'ordre dans lequel la colonisation agricole devrait se faire, ce serait par cette zone qu'on commencerait à la former. Aujourd'hui, en effet, et sous la domination des Turcs, elle est et elle a été occupée par les tribus les plus riches et les plus nombreuses, qui elles-mêmes s'y étaient fixées lors de l'invasion des Arabes, ou depuis cette époque ; et la prodigieuse quantité de ruines romaines que l'on y rencontre, surtout dans la partie de cette zone qui dépend de la province de Constantine, annonce qu'à cette époque encore, c'était là que se trouvait la richesse africaine, le bien-être des colonies.
C'est donc une nécessité politique seule , nécessité
qui tient non-seulement à ce que la libre possession de l'Algérie nous est encore contestée par les armes, mais qui tient aussi à ce que, dans la partie de la zone littorale qui nous est soumise , il y a des droits de premier occupant que nous devons respecter et même protéger; c'est parce que l'Algérie , possession française , a déjà une population indigène, ici nôtre ennemie et là notre sujette, que j'ai parlé d'établir notre colonisation militaire dans la zone intérieure, et la colonie civile dans celle du littoral.
Par ce moyen, la double population, indigène et européenne, se diviserait naturellement, peu à peu, delà manière suivante : les plus pacifiques des indigènes seraient dans la zone du littoral, au milieu de la population civile européenne, et les plus militaires des colons européens vivraient dans la zone intérieure, à côté des tribus indigènes les plus belliqueuses ; ou, en d'autres termes , les tribus les plus soumises , celles qui pourraient le mieux s'associer à nous, tendraient à se rapprocher de la côte ; tandis qu'au contraire nous aurions toujours, près des tribus le plus indépendantes, le plus turbulentes , une population européenne militaire, composée de soldats colons, qui maintiendrait ces tribus dans l'ordre et la soumission.
Si donc c'est généralement de l'Est à l'Ouest que doit marcher la colonisation civile, c'est par l'Ouest, au contraire , que doit commencer la colonisation militaire.
Et remarquons encore que ceci n'est pas exclusif de
ce que l'on doit faire immédiatement, comme colonisation civile et militaire, dans la province d'Alger. En effet, les considérations politiques les plus incontestables établissent que la province d'Alger est la province gouvernementale, qu'Alger est et doit être la capitale de l'Algérie, et que cette province est le foyer de défense pour l'Est et d'attaque contre l'Ouest.
Mais, dira-t-on peut-être, après avoir soutenu qu'il fallait avoir un système arrêté sur Y ordre à suivre dans la colonisation, après avoir prétendu que je dirais par où Y on doit commencer, voici que je semble approuver que l'on commence partout , ce qui serait ne commencer nulle part, c'est-à-dire ne rien faire.
L'objection n'est pas juste : je pense qu'on ne doit se croiser les bras dans aucune des trois provinces ; que, dans toutes les trois on doit appliquer les principes généraux que je viens de poser, relativement aux deux modes de colonisation; mais qu'il y aura seulement une différence dans la quantité de force colonisatrice , civile ou militaire , qu'on appliquera à chaque province, et qu'il faut , par exemple , presser autant la colonisation civile de l'Est que la colonisation militaire de l'Ouest, et faire à Alger, sous ces deux rapports, et dans des proportions à peu près égales , autant qu'on aura fait à Oran et dans la province de Constantine.
Des chiffres feront mieux comprendre ma pensée.
Je suppose que six millions soient consacrés à fonder
des colonies militaires , et six millions à des colonies civiles ;
Que les fonds des colonies militaires soient répartis ainsi :
Oran 3 millions.
Alger 2 id.
Constantine 1 id.
Et les fonds des colonies civiles dans l'ordre inverse :
Oran 1 million.
Alger 2 id.
Constantine 3 id.
Chaque province aurait une part égale de quatre millions, chaque province commencerait la colonisation ; mais elle la commencerait selon les principes et dans l'ordre que j'ai indiqués ; de telle sorte que , au bout d'un certain temps , la colonisation militaire se serait étendue, depuis Mascara et Tlemcen, presque jusqu'aux portes de Mostaghanem et d'Oran , tandis que la colonisation civile de l'Est aurait rejoint, de Bône les murs de Guelma , et de Philippeville la banlieue de Constantine , et que les deux colonisations de la province d'Alger se donneraient la main près de Blida , au beau milieu de cette perfide Mitidja , qui ne sera jamais colonisée que par ce double procédé , civil et militaire , militaire au sud et civil au nord.
XI. — Après avoir indiqué , en termes généraux et en masse , la part relative de chaque province dans
l'œuvre de colonisation civile ou militaire , il me reste à désigner, pour chacune d'elles , les lieux dans lesquels ces deux modes de colonisation sont appelés ou commandés par les facilités ou les difficultés que présentent le sol et les habitants.
Je crois que Mascara doit être colonisé militairement , et que la route qui conduit de cette ville à la mer doit être établie comme celle de Philippeville à Constantine , mais avec des colonies intermédiaires et non des camps, comme ceuxd'Ed-Dis, d'El-Harrouch, des Toumiet et du Smendou , et que ceci exige dix mille colons militaires.
Je crois que Blida devrait avoir trois mille colons militaires , et non trois cents familles civiles , comme l'avait arrêté M. le maréchal Valée; que Médéa et Miliana devraient en avoir , l'une et l'autre , deux mille.
Je crois enfin que les deux routes , Sud et Nord , de Constantine à Sétif , devraient avoir deux mille colons militaires , et Guelma autant , pour la partie de son cercle qui est tournée vers les Harakta.
C'est donc en tout vingt-un mille colons militaires * qui seraient nécessaires , je ne dis pas pour
Province d'Oran 10,000
Province d'Alger 7,000
Province de Constantine 4,000
21,000 colons milit.
une colonisation militaire définitive, mais pour une colonisation militaire immédiate.
Cette population coloniale devrait être égale en nombre aux troupes auprès desquelles elle serait groupée , qui s'élèveraient ainsi à vingt-un mille hommes.
En outre, la province de Constantine aurait six mille hommes, distribués dans les trois places principales de Constantine, Sétif et Guelma; il y aurait dans les provinces d'Alger et d'Oran deux colonnes mobiles d'un même effectif de six mille hommes toujours disponibles , dont les quartiers principaux seraient à Médéa et Miliana , et à Mascara et Tlemcen.
C'est donc en tout soixante mille hommes ■ qui se-
Oran. Alger. Constantine.
( 10,1 Armée active dans les places. I
Colonnes mobiles 6,000 6,000
16,000 13,000 10,000 Colonies militaires 10,000 7,000 4,000
raient placés sur notre ligne intérieure , soixante mille hommes à la solde de l'Etat , dont vingt-un mille cependant seraient spécialement cultivateurs.
Pour la zone du littoral , vingt mille soldats seraient plus que suffisants , si la colonisation civile était pressée aussi activement dans cette zone que la colonisation militaire dans la zone intérieure.
5,000 hommesàOran et sur les routes d'Oran à ïlemcen ran . . .... 7,000 ' et Mostaghanem ;
2,000 — à Mostaghanem et sa banlieue ;
Province d'Alger 5,000
pour les places de Cherche!, Bou-Farik , Koléa et le fossé d'enceinte ;
pour Alger et banlieue :
Province de Bône
à Bougie et Jigelli;
à Philippeville et route d'El-Han ouch ;
à Bône et La Calle.
20,000 hommes
Maintenant je dois justifier tous ces chiffres. Mais
d'abord un mot sur ces quatre-vingt mille hommes 4 que je suppose nourris aux dépens du budget.
J'ai pris ce chiffre de quatre-vingt mille, parce que je le crois nécessaire, et aussi parce que j'ai supposé qu'on l'accorderait encore à l'Algérie, en 1843 comme en 1842; j'avoue même que ces quatre-vingt mille hommes, disposés comme je l'indique, coûteraient peut-être plus , dans la première année , que le même nombre d'hommes placés comme on l'a fait générale-