‹ Colonisation de l'AlgérieChapitre 21 sur 53 · RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION

Oran. Alger. Constantine.

Armée active dans les pla- , ,() t ni

Colonnes mobiles 6,000

Colonies militaires 10,000

Armée sédentaire du littoral

Armée active 39,000 \

Colonies militaires 21,000 i 80,000

Troupes du littoral 20,000 )

ment jusqu'ici, puisqu'il y en aurait dans la zone intérieure un nombre plus considérable que le nombre habituel; cependant, pour qu'il en soit ainsi, je fais abstraction du fruit du travail des vingt-un mille colons militaires, pendant cette première année; ensuite, je ferai remarquer que si les colonies militaires étaient restreintes à ne cultiver que de l'orge et du froment, à faire des foins et élever des bestiaux, et surtout des chevaux et mulets, elles diminueraient rapidement les effroyables dépenses que nous occasionnent nos achats à l'étranger, nos transports à l'intérieur et la remonte de la cavalerie et du train ; et si , comme j'en ai la conviction, cette nouvelle distribution de quatre-vingt mille hommes diminue les occasions et la nécessité des expéditions , des ghazia , des combats , elle sera moins coûteuse et destructive que la distribution actuelle, et permettra même aux troupes de l'armée active de se livrer , comme les armées romaines , aux travaux de routes et d'édifices publics.

J'aurais pu argumenter sur le budget de 1842, en montrant que si cette année et les précédentes on avait fait ou préparé la distribution de nos forces comme je l'indique , on aurait eu probablement de meilleurs résultats ; mais le passé est passé ; je préfère raisonner en vue du budget de 1 843 que contre celui de 1812 ; malheureusement le budget définitif de 1843 sera plus près de cent mille hommes que de soixante mille.

La colonisation militaire de Mascara et de la route de cette ville à la mer est nécessaire, ai-je dit, et exige dix mille colons militaires ; il en faut trois mille dans les plaines du Sig, de lHabra et de la Mina , à la hauteur du fort Pérégaux ; trois mille du fort Pérégaux jusque près de Mascara , soit que la route passe par le Bordj , soit qu'elle traverse le défilé où a eu lieu l'affaire d'arrière-garde du 1er juin 1841 ; et enfin quatre mille dans Mascara et autour defcette ville.

Rappelons-nous que ces dix mille colons sont appuyés de dix mille soldats, et je demande si vingt mille hommes , habilement placés sur une route aussi courte , n'en seront pas maîtres , surtout en observant que Mostaghanem aura une garnison de deux mille hommes, très-suffisante pour défendre la ville et sa banlieue à une assez grande distance, et que les colonies, étant militaires, pourraient garder leurs villages et même les postes militaires, pendant que les garnisons de ces postes rayonneraient ou se réuniraient par fortes colonnes , si des expéditions étaient nécessaires. N'oublions pas , en outre , que nous avons supposé , sur la route de Médéa à Tlemcen, deux colonnes mobiles de six mille hommes , toujours disponibles.

Telle est l'œuvre militaire et coloniale la plus importante qui doive être accomplie immédiatement, selon moi, dans la province d Oran.

Blida , ai-je dit encore , doit avoir trois mille colons militaires , Médéa deux mille et Miliana deux

mille , et un même nombre de soldats comme garnisons , indépendamment de la colonne de six mille hommes que j'ai supposée disponible entre Médéa et Miliana , et sous les ordres immédiats du général en chef de toutes les troupes algériennes, gouverneur des colonies militaires.

Ce général aurait donc en tout vingt mille hommes groupés autour de lui , sur un territoire de cinquante à soixante lieues carrées environ, au centre de notre zone intérieure ; il serait également éloigné de la province de Constantine et de celle d'Oran , et pourrait consacrer treize mille hommes à des expéditions , tandis que les sept mille colons militaires garderaient les postes et les villages , et que les colonnes de Mascara ou de Constantine soutiendraient ses mouvements , à l'Ouest ou à l'Est. J'ai déjà dit ailleurs que , par ce moyen , la communication de Médéa et de Miliana avec Alger serait assurée , et cela devient évident si l'on songe que les points occupés, dans l'intérieur du fossé d'enceinte, renfermeraient encore près de cinq mille soldats.

Enfin , pour la province de Constantine , j'ai supposé deux mille colons militaires vers Sétif , et deux mille vers Guelma , avec un nombre égal de troupes ; c'est qu'ici aucune expédition militaire de quelque importance ne paraît probable et nécessaire , et que les six mille hommes que j'ai attribués à Constantine , suffiraient pour augmenter, selon l'urgence, la force de Sétif ou de Guelma. Je suis convaincu d'ailleurs que , dans

cette province, ce qui nous donnera le plus d'ascendant sur les Arabes , ce qui les soumettra le mieux à nous , c'est plutôt l'augmentation de notre population civile et l'accroissement de richesses qui en résultera, pour les indigènes comme pour nous , que le développement de notre force militaire, qui ri a pas d'autre but à atteindre que de maintenir la paix entre les tribus et les protéger les unes contre les autres.

Quant aux communications de la zone intérieure avec le littoral , c'est-à-dire la jonction de Guelma avec Bône , de Constantine avec Philippeville , de Sétif avec Bougie, j'ai dit que c'était surtout l'œuvre de la colonisation civile; lors donc que je m'occuperai d'elle, je parlerai de ces trois routes importantes.

XII. — Après avoir tracé le cadre de notre établissement militaire en Algérie , qu'on me permette de dire quelques mots sur la composition de l'armée. Elle renferme aujourd'hui trois classes d'hommes très-distinctes : des indigènes à notre solde ; des corps français qui portent le nom de corps d'Afrique ; enfin des corps qui, après un certain temps de service, rentrent en France et sont remplacés.

Il n'y a pas de doute que ces trois classes doivent exister ; mais l'on peut se demander si leur proportion relative est bonne , et , dans le cas contraire , comment la modifier ; et aussi comment il faudrait répartir ces trois classes d'hommes dans les trois provinces.

C'est une opinion générale, que le nombre des troupes

françaises (T Afrique est trop faible, et que cette faiblesse exige d'augmenter le nombre de celles qui viennent successivement de France et y retournent , après avoir perdu une bonne partie de leurs hommes , par suite des funestes écoles faites pour s'acclimater et se faire à la guerre et au service de l'Algérie.

Cette opinion est juste ; toute la cavalerie d'Algérie est pourtant déjà cavalerie d'Afrique ; mais l'infanterie n'a que les Zouaves , corps mixte de Français et d'indigènes ; et les bataillons d'Afrique , qui , malgré leur origine , se sont si souvent distingués d'une manière brillante ; et la légion étrangère , création temporaire qui se rapproche d'ailleurs de la classe indigène , en ce sens que les hommes ne sont pas Français.

Quant aux tirailleurs de Vincennes, leur organisation a bien été faite en vue de la guerre d'Algérie , mais ils ne sont pas reconnus comme corps spéciaux d'Afrique.

Je crois que le principe d'après lequel on devrait fixer la proportion des troupes françaises d'Afrique, et de celles qui viendraient faire un service temporaire en Algérie , devrait être celui-ci :

Toutes les troupes françaises de la zone intérieure seraient corps d'Afrique.

Toutes les troupes françaises du littoral seraient des corps français, renouvelés tous les quatre ans, sauf la gendarmerie , qui serait gendarmerie d'Afrique.

Et .pour les troupes indigènes, cavaliers et fantassins, qui se divisent en réguliers et irréguliers, leur nombre

ne me paraît devoir être limité que par cette considération : qu'il faut employer peu de spahis réguliers dans la province d'Oran , qu'on peut en employer davantage dans celle d'Alger, et qu'on doit en employer beaucoup dans celle de Constantine.

Toutefois j'ajoute, quant à la place qu'on doit leur donner dans notre établissement militaire , que les indigènes réguliers doivent être près du littoral dans la province d'Oran, tandis qu'ils seraient, au contraire, dans la zone intérieure du côté de Constantine ; et l'inverse pour les irréguliers. Cette observation serait indifférente pour la province d'Alger.

J'ajoute en outre que ces indigènes seraient surtout fantassins dans la province d'Oran, et surtout cavaliers dans celle de Constantine. Ces idées seront justifiées plus loin.

Il m'appartient peu , je le sais , d'émettre une opinion sur la proportion des différentes armes. J'ai bien peu vu la guerre d'Afrique, mais j'ai beaucoup interrogé et écouté les militaires sur ce sujet ; j'oserai donc parler.

L'opinion générale était, il est vrai avant la venue de M. le général Bugeaud, que nous avions trop peu de cavalerie.

Je crois que cette opinion serait juste , si nous avions des colonies militaires et civiles faisant des foins et récoltant de l'orge, là où serait notre cavalerie ; mais tant que nous serons obligés de faire venir des foins d'Eu-

rope , et de les porter à vingt - cinq et trente lieues , quelquefois plus , de la côte ' , nous aurons assez , si même nous n'avons pas trop de cavalerie , surtout si nous ne nous occupons pas de faire produire à l'Algérie ce qu'elle a toujours produit en assez grande abondance , et en assez bonne qualité , ce qu'elle ne produit presque plus pour nous , des chevaux.

Si donc la proportion entre la cavalerie et l'infanterie doit changer, ce ne peut être que pour deux motifs : ou parce que nos colons produiront du foin , de l'orge et des chevaux , et alors on pourrait augmenter la cavalerie ; ou bien parce que les besoins de la guerre exigeront moins de troupes , et l'on diminuera l'infanterie. Ces deux motifs se réduisent à un seul qui peut s'exprimer ainsi : la proportion entre la cavalerie et l'infanterie sera changée , à l'avantage de la cavalerie , à mesure que nous coloniserons V Algérie ; car la colonisation produira les choses nécessaires à la cavalerie, et la colonisation est l'instrument le plus puissant de pacification : avec les armes on fait une conquête, ce n'est pas avec elles qu'on pacifie.

• J'ai vu rapporter, de Sidi-Tamtam à Constantine , des foins qu'on y avait portés précédemment de Constantine, et qui étaient venus d'Italie par Philippeville. Ces foins avaient donc fait, en Algérie seulement, soixante lieues de voyage sur des routes trèsmauvaises , où les fourgons portent peu de poids ; sans compter le retour, presque toujours à vide, des voitures qui les portaient.

Un mot sur une arme spéciale bien peu nombreuse, et qui rend et peut rendre tant de services , surtout dans la zone du littoral, qu'elle me paraît devoir y figurer dans une proportion tout-à-fait inusitée ; je veux parler de la gendarmerie: c est, pour ainsi dire, la seule cavalerie française qui soit nécessaire sur le littoral, et particulièrement dans l'Est, surtout quand la colonisation civile se développera.

Je terminerai par quelques observations sur les transports militaires du train des équipages, de l'artillerie et du génie. — Ce service occupe un personnel considérable en Algérie, il a un matériel immense ; ce qu'il coûte est prodigieux. Nous avons voulu, non pas transporter, mais charrier, dans un pays montueux et raviné, où il n'y avait pas de routes; et nous charrions encore aujourd'hui sur des routes à moitié faites. Les chevaux, avec leurs lourdes voitures , ne portent guère plus , par les beaux et les mauvais temps , que ne porterait un même nombre de mulets de bât ; c'est donc à peu près toute la dépense du matériel des équipages qui est inutile, sauf pour quelques rares objets qui seraient difficilement transportés à dos de mulets ! .

> On a cité souvent les vins comme nécessitant ces transports; cela n'est pas fondé : dans les pays qui n'ont pas de routes , on transporte les vins dans des outres; d'ailleurs, un mulet porte un hectolitre dans deux quartauts ; et six chevaux , attelés à un fourgon du train, ne portent, en moyenne , que six hectolitres!

M. le général Bugeaud a beaucoup amélioré ce service , en augmentant le nombre des mulets de bât, en faisant porter sur les chevaux de la cavalerie et sur les bœufs des parcs une partie des bagages, en se servant fort peu d'artillerie , et substituant partout les cacolets aux prolonges de l'ambulance ; mais le matériel du train des équipages et celui des transports de l'artillerie et du génie sont toujours effrayants. Sur ce point, nous avons encore importé nos habitudes de France, dans un pays qui exige qu'on les modifie grandement.

Ici encore, la colonisation rendra un double service ; d'abord, parce qu'elle diminuera progressivement la nécessité des transports , en produisant elle-même , sur les lieux , une partie des objets qu'on est obligé d'y transporter aujourd'hui, et qui sont le plus lourds et le plus encombrants; ensuite, parce qu'elle se chargera des transports à un prix bien plus avantageux que celui qu'ils coûtent à l'administration ; enfin , parce qu'elle améliorera les routes et produira des chevaux et des mulets.

Je parlerai de l'artillerie et du génie quand je m'occuperai spécialement des villages coloniaux , civils et militaires.

Page 1