‹ Colonisation de l'AlgérieChapitre 3 sur 53 · Plutarque, Vie de Caton d' Utique, 1. vu · texte numérisé non relu

Plutarque, Vie de Caton d' Utique, 1. vu

composaient son conseil , et qui tous étaient des Romains que le commerce ou la banque avait attirés en Afrique, s'assemblassent dans le temple de Jupiter, avec tous les sénateurs qui étaient à Utique et leurs enfants Je m'offre à combattre à votre tête, dit-il,

jusqu'à ce que vous ayez éprouvé la dernière fortune de votre patrie. Cette patrie nest ni Utique, niAdrumette, c'est Rome seule.

« Les sénateurs de Rome avaient montré la plus grande ardeur, et, après avoir affranchi leurs esclaves, ils les avaient enrôlés; mais les trois cents, qui tous faisaient le commerce maritime ou la banque , et dont la principale richesse consistait dans leurs esclaves^ ne

se souvinrent pas longtemps des discours de Caton

« Les officiers de cavalerie répondirent qu'il leur

paraissait dangereux de s'enfermer dans une ville dont les habitants étaient Phéniciens , nation naturellement si inconstante... Que Caton chasse ou égorge tous les habitants d'Utique, et qu'alors il nous appelle dans une ville qui n'aura plus ni d'ennemis, ni de Barbares. »

Partout Plutarque parle de ces trois cents Romains, conseillers de Caton , comme étant , pour ainsi dire , avec les sénateurs réfugiés, les seuls Romains d'Utique. Tous sont désignés comme banquiers et négociants, aucun comme cultivateur ni même comme propriétaire, puisque leur principale richesse consistait en esclaves. Il est vrai qu'à cette époque la colonisation proprement dite, la colonisation agricole, était à peine corn-

mencée dans la province d'Afrique. Or , les personnes qui pensent que les Romains ont colonisé, et qui entendent par là qu'ils ont eux-mêmes cultivé l'Afrique , conviennent cependant qu'ils n'ont pas donné immédiatement cette forme à leur conquête, et qu'ils ont consacré un assez grand nombre d'années à asseoir d'abord leur domination militairement, c'est-à-dire à construire des routes, des camps, des fortifications, des édifices publics ; et, en effet, on ne peut pas révoquer en doute que les armées romaines étaient bien plutôt maçonnes que cultivatrices. Mais les mêmes personnes prétendent qu'après ces premiers soins , Rome, soit par des colonies militaires , soit par des colonies privées , a mis en culture une grande partie de ses possessions africaines.

Néanmoins, si Ton songe que c'est pendant un siècle et demi , depuis César jusqu'à Trajan , que Rome couvrit le monde alors connu de ses villes nommées colonies, il faut se faire une idée bien prodigieuse de la population d'Italie, pour croire qu'elle a pu fournir les millions d'habitants de ces innombrables villes.

Certes, des concessions de terres ont été faites à des soldats, à des patriciens et même à des aventuriers romains ; mais la question n'est pas là. Les concessionnaires, à titre gratuit ou onéreux, ont-ils cultivé, ou bien ont-ils fait cultiver par des esclaves ou travailleurs indigènes ? Se sont-ils établis sur le sol , en y formant familles , villages de cultivateurs ; ou bien les concessions qui leur ont été faites n'ont-elles pas été simple-

ment un moyen de faire nourrir , par le travail des esclaves ou des indigènes libres, une partie des soldats et employés romains en Afrique ? En d'autres termes , ces concessions n'étaient-elles pas quelque chose d'analogue aux majorats napoléoniens?

VIL — Les conquêtes de Napoléon présentent, en effet, de très-grands rapports avec les conquêtes romaines ; elles ont été surtout éducatrices à l'égard des peuples vaincus, et non destructrices comme celles des Vandales et celles des Arabes, ou spoliatrices comme celles des Turcs. Nous avons gouverné et administré , pendant quelques années, presque toute l'Europe, sans déplacer des populations et sans nous attacher au sol conquis, lequel néanmoins nourrissait, en partie, nos armées et les hauts patriciens de notre Empire. Nous ne nous sommes pas substitués aux vaincus, ni fondus avec eux; la France a toujours été notre patrie, comme Rome était celle des colons d'Utique. Aussi en a-t-il été de nous, en 1 81 4, comme des Romains lorsque cessa leur domination sur l'Afrique, je dirais presque sur le monde, s'il n'y avait pas une faible exception, douteuse cependant, pour une petite partie de la Gaule Méridionale '. Alors leur race a disparu et ne s'est retrouvée qu'en Italie , comme la nôtre n'est plus qu'en France.

> VoyezM.Fauriel, Histoire de la Gaule Méridionale, 1er vol., p. 381 et suivantes, sur l'état de la société gallo-romaine.

Mais l'Europe marche dans la voie que la France lui a tracée ; et de même Rome, malgré sa persécution contre l'Église naissante d'Afrique , persécution impériale et patricienne, mais non populaire, Rome a été l'initiatrice de populations idolâtres qui , quelques siècles plus tard , devaient , avec le Coran , accuser les chrétiens eux-mêmes d'idolâtrie.

VIII. — Ceci présente encore la question sous un nouveau jour. L'Église d'Afrique, jusqu'à saint Augustin , n'a pas compté parmi ses évêques un grand nombre d'hommes d'origine romaine, et, s'il y en avait, ils ont eu le malheur de ne pas transmettre leur nom et leurs œuvres à la postérité. Il estvrai qu'à sa naissance surtout , le christianisme fut la foi et l'espoir de l'opprimé, du faible, du vaincu, et que ses persécuteurs, au contraire, devaient venir de Rome ; mais aussi, qui voiton figurer parmi ses persécuteurs ? — Des employés et des soldats de Rome , des bourgeois , des citadins à mœurs romaines qui veulent voir des chrétiens aux bêtes , mais non pas des cultivateurs de la campagne, chez lesquels, au contraire, vont se réfugier les Cyprien.

IX. — En résumé, les Romains ont gouverné, administré l'Afrique ; ils lui ont donné une culture intellectuelle fort grande, en forçant les vaincus à comprendre la langue universelle des vainqueurs, et en mettant sous leurs yeux les merveilles inconnues des arts. Ils ont même dirigé sur certains points , et particulière-

ment près des villes, des travaux agricoles, mais comme propriétaires et non comme cultivateurs; ils en ont même exécuté, mais par exception et sans former familles , de fort importants comme modèles , et ceux-ci par des colons militaires ; mais ils n'ont pas fondé en Afrique des établissements semblables à ce qu'étaient, dans les beaux temps de la République i , leurs propres villages d'Italie , c'est-à-dire composés de familles de cultivateurs italiens, romains. Enfin si, par hasard, ce fait a eu lieu, c'est seulement comme tentatives infructueuses, semblables à nos malheureuses expériences de la Mitidja, et, par exemple, leurs premières tentatives de colonisation à Carthage.

Rappelons-nous d'ailleurs cette phrase célèbre de Pline, si profonde dans sa première partie, si explicite et si démonstrative, pour le sujet actuel, dans la seconde : #

« Verumque confitentibus latifundia perdidere Italiam , jam vero et provincias. S ex domini semissem Africœ possidebant, cum interficit eos Nero princeps. »

Oui, les Romains possédaient l'Afrique comme ils possédaient toutes les provinces de l'empire, mais ils ne les cultivaient pas. Et d'ailleurs, ce nom de colonies

1 A la fin de la République et sous l'Empire , les villages d'Italie eux-mêmes ressemblaient à ce que furent les colonies romaines dans le monde entier, car ils n'étaient plus peuplés que d'étrangers , esclaves ou affranchis.

peut-il nous tromper, lorsque nous savons si positivement ce que signifiait le mot de colon ? Voici ce que M. Fauriel dit de ceux de la Gaule :

« Ces colons, nommés parfois tributaires, étaient, à quelques égards, de véritables fermiers, qui rendaient au possesseur de la terre qu'ils cultivaient une portion déterminée de ses produits... Ils étaient, eux et leurs enfants* héréditairement attachés à leurs champs ; ils étaient censés en faire partie. Le propriétaire du sol pouvait les vendre, mais avec le sol et non à part ; il n'avait pas le droit de les expulser ni d'augmenter la rente primitivement stipulée. Ainsi, bien qu'attaché à la glèbe , le colon n était pourtant pas serf * . . . Enfin , la loi le reconnaissait pour libre et le traitait comme tel 2. »

Les provinces étaient les véritables fermes de l'empire : les citoyenSRomains en étaient bien les possesseurs 3, les villes municipales d'Italie possédaient ellesmêmes de ces terres des provinces qui constituaient Vager publiais ou Yager vectigalis , selon la manière

1 11 me semble que M. Fauriel se trompe : le colon, tel qu'il le dépeint, n'était pas esclave {servus), mais il était bien réellement ce que nous appelons serf, à peu près tel qu'il est en Russie.

? Voy. Walter, Rœm. rechtsgesch, p. 423, d'après Savigny.

3 « In Africà saltus non minores habent privati quam reipublicae territoria. » Aggenus Urb., d'après M.Dureau de la Malle.

dont elles les faisaient valoir; mais les colons n'étaient que des fermiers, des serfs.

Si je m'arrête aussi longtemps sur ce que l'on appelle la colonisation romaine , ce n'est certes pas que je considère l'exemple de Rome comme une raison suffisante de nous conduire de la même manière ; mais beaucoup de personnes ne poussent et ne pousseront à une colonisation française, par la culture et par l'importation en Afrique d'une masse considérable de familles européennes , avec encouragements et secours du Gouvernement, que parce qu'elles sont convaincues que c'était l'habitude de Rome ; et cette conviction leur inspire une confiance aveugle dans le succès d'une entreprise qui est pourtant la plus difficile, la plus délicate qu'un peuple puisse se proposer au xixe siècle.

Non-seulement ce n'est pas une nécessité pour nous de faire ce que les Romains ont fait, mais nous ne devons pas faire ce qu'ils ont fait, et nous pouvons entreprendre ce qu'ils n'ont jamais songé à faire, et réussir. Il est vrai que cela nécessiterait l'emploi de moyens appropriés à notre civilisation, à nos mœurs, si différentes de celles des Romains , et surtout cela exigerait une foule de longues et sages combinaisons qui ont déjà paru et paraissent encore inutiles à ceux qui ne regardent la colonisation agricole comme facile, que parce qu'ils sont convaincus que les Romains l'ont faite très-facilement et sous la forme qu'ils supposent.

Au reste, je ne veux pas être accusé d'exagération,

en combattant une opinion aussi généralement admise. J'ai déjà dit la part que je supposais aux Romains dans la culture du sol africain ; et quoique les auteurs anciens présentent bien peu de renseignements sur ce sujet, l'état général de la société romaine à cette époque fournit des indices. Ainsi , Rome a eu beaucoup de brouillons politiques, aux temps voisins de la venue du christianisme ; bien des conspirateurs , bien des prolétaires surtout l'ont remuée dangereusement , alors qu'elle tremblait déjà sur tous ses fondements. Comme à notre époque , l'ordre moral troublé enfantait bien des crimes , et souvent les prisons regorgeaient. Alors aussi plusieurs peuples soumis commençaient à secouer leurs chaînes, et, pour les resserrer, Rome était obligée à de nombreux bannissements. Enfin, à ces moments où les destinées d'un peuple changent, beaucoup d'esprits aventureux ou dégoûtés cherchent le déplacement, uniquement pour changer. Mais alors, et non comme de nos jours , presque tous ces criminels, ces aventuriers, ces conspirateurs, ces bannis étaient soldats, sans avoir besoin pour cela de figurer sur les contrôles des légions impériales ; et on les envoyait, ou bien ils venaient chercher fortune en Afrique, seuls, sans famille, comme sont encore aujourd'hui généralement nos conspirateurs, nos criminels, nos aventuriers. A ceux-là les proconsuls distribuaient des terres, j'en suis convaincu ; et tels étaient les soldats de ce Sittius, chef de partisans, à qui Sittius

distribua, au dire d'Appien , la partie du territoire de Cirta que César lui avait donnée. Ceux-là travaillaient et surtout faisaient travailler la portion soumise de la population indigène qui habitait les territoires concédés * ; ceux-là encore travaillaient aux carrières , aux routes, aux constructions ; ceux-là enfin , véritables prolétaires, ont dû s'allier souvent avec des femmes indigènes2.

Telle était la base de la population coloniale ; mais ce n'est pas là une souche de peuple, ce n'est pas là une colonisation agricole; c'était, oserais-je dire, l'inverse de ce que fut la race turque partout où elle a dominé ; c'était la lie du vase, comme les Turcs en furent l'écume, et les révolutions se débarrassent toujours de l'une et de l'autre, pour ne conserver que le liquide clarifié, épuré par la main du temps.

Des soldats réguliers ou irréguliers, légionnaires ou a\ entui lérs, vétérans ou congédiés, libres ou captifs, mais toujours célibataires ou à peu près, en un mot la portion mâle de la race romaine a peut-être (je dis peut-être ! ) laissé des traces de son passage dans la po-

1 On oublie souvent qu'une concession de territoire conquis entraînait toujours la concession de tout ou partie do la population conquise , précisément celle qui cultivait.

J Tacite, dit Annal., xiv 27 : « Les vétérans, peu accoutumés â se soumettre aux liens du mariage , mouraient presque tous sans postérité. »

pulation actuelle de l'Afrique; mais je crois que les femmes de cette race n'y ont pas même mêlé leur sang, c'est-à-dire que la famille romaine a encore moins émigré en Afrique qu'elle ri & peuplé les Gaules, la Germanie, l'Egypte, l'Asie, le monde presque entier que le soldat romain avait conquis.

Montesquieu dit * : « Lorsque Rome avait des guerres continuelles, il fallait qu'elle réparât continuellement ses habitants. Dans les commencements, on y mena une partie du peuple de la ville vaincue ; dans la suite, plusieurs citoyens des villes voisines y vinrent pour avoir droit de suffrage....; enfin on y arriva en foule des provinces. . . . Rome fit dans ses guerres un nombre d'esclaves prodigieux , et lorsque ses citoyens furent comblés de richesses, ils en achetèrent de toutes parts ; mais ils les affranchirent sans nombre, par générosité, par avarice, par faiblesse.... Le peuple fut presque composé d'affranchis (Tacite, Annal., liv. xm, ch. xxviii ) , de façon que ces maîtres du monde , nonseulement dans les commencements, mais dans tous les temps, furent la plupart d'origine servile. Le nombre du petit peuple, presque tout composé d'affranchis ou de fils d'affranchis, devenant incommode, on en fit des colonies , par le moyen desquelles on s'assura la fidélité des provinces. C'était une circulation dliommes

Grandeur et décadence des Romains , ch. xm.

de tout l'univers : Rome les recevait esclaves et les renvoyait Romains. »

Ce dernier mot est politiquement profond, il serait puéril sous le rapport ethnographique : on faisait encore moins facilement autrefois un Romain, qu'on ne faisait naguère un gentilhomme ; mais ce n'est pas la question. Concluons, de ce que dit Montesquieu, que Rome envoyait aux colonies des Barbares qu'elle avait momentanément nourris dans son sein, qui étaient venus esclaves et avaient été affranchis.

Et ailleurs Montesquieu dit encore l , à propos des débiteurs insolvables : « On ordonnait que ceux qui s'enrôleraient pour la guerre ne seraient point poursuivis par leurs créanciers ; que ceux qui étaient dans les fers seraient délivrés ; que les plus indigents seraient menés dans les colonies. »

Barbares, esclaves, affranchis, et les plus indigents d'un peuple presque tout composé d'affranchis et de fils d'affranchis , par conséquent d'origine barbare , voilà donc le fond de la population coloniale.

Et lorsque Caius Gracchus raconte comment son frère Tiberius conçut le projet de sa loi agraire , ne dit-il pas que ce fut parce que Tiberius, traversant la Toscane pour aller àNumance, vit ces belles terres désertes, et ne trouva d'autres pâtres que des esclaves

Esprit des lois, liv. x\i, ch. xxn

venus de l'étranger et des Barbares * ? Or, ce fut Caius Gracchus qui fit la première colonie de Carthage : de quoi put-il donc la composer, puisque la Toscane était déserte et ne renfermait elle-même que des esclaves et des Barbares ? Et d'ailleurs, à cette époque, les grandes colonies romaines d'Afrique, d'Asie et d'Europe n'étaient pas encore commencées; est-il donc possible qu'un siècle plus tard, Rome ait couvert le monde de Romains ?

X. — Oui , Rome fut sans cesse repeuplée par le monde que conquéraient les Romains, et l'Italie tout entière, jardin du patriciat romain, fut cultivée par des mains d'esclaves ; Tacite en gémissait aussi bien que Gracchus , lorsqu'il disait : « On portait autrefois d'Italie du blé dans les provinces reculées, et elle n'est pas encore stérile ; mais nous cultivons plutôt l'Afrique et l'Egypte, et nous aimons mieux exposer aux accidents la vie du peuple romain. »

Comme l'indique Montesquieu , la conquête et la colonisation étaient en effet un flux et reflux de Barbares , d'abord inondant Rome comme esclaves , à la suite du char du triomphateur, et bientôt se répandant sur le monde, à la suite des armées ; mais ce n'était pas là , certes , la race italienne. Quand les Européens prenaient ou achetaient des nègres en Afrique , pour en

Plutarque, Vie de Tib. Gracchus.

peupler leurs colonies américaines , qui donc se serait avisé de dire que ces nègres étaient des Français , des Anglais ou des Espagnols ? Les Romains transportaient en Afrique des Asiatiques ou des Européens esclaves ou affranchis , comme nous portions en Amérique ou dans l'Inde des nègres de la côte occidentale ou de la côte orientale d'Afrique ; seulement ils les élevaient, les dressaient à la soumission et au travail, à Rome, en Italie; et en cela , j'en conviens , ils étaient plus habiles et plus sages que les Européens des siècles derniers.

Plus tard , Rome fut encore la plage où venait mourir et d'où se relevait le flot des Barbares ; alors ils y arrivaient en maîtres, et pourtant ils repartaient chargés de la nouvelle chaîne avec laquelle la ville éternelle liait encore une fois le monde. L'ancienne Rome a colonisé , comme la Rome nouvelle a christianisé ; les catholiques romains ne sont pas plus des Romains que les colons romains n'étaient eux-mêmes Romains. Rome fut l'universelle colonie ou métropole païenne , comme elle fut plus tard la métropole chrétienne ; saint Pierre succéda à César, la parole à l'épée , voilà tout.

XI. — Quelques personnes ont songé à faire de l'Algérie le Botany-Bay de la France : ce serait imiter Rome , versant en Afrique , comme dans un égoût , les vices et les misères de sa populace ; ce serait aussi copier maladroitement l'Angleterre , parce que , Dieu merci ! la population indigène de l'Algérie mérite plus d'égards et de respects que les quelques Sauvages cré-

tins de la Nouvelle-Hollande ; ce serait plus monstrueux que de ressusciter les boucaniers, les flibustiers, les pillards de l'Amérique, les massacreurs des îles Océaniennes et de l'Inde.

Tout cela n'est plus digne du xixe siècle et de la France.

Beaucoup d'autres ont prétendu , en s' appuyant , il est vrai , sur de nombreux exemples d'insuccès , que la France était- incapable de coloniser, tandis que les Anglais , les Hollandais et les Espagnols , et avant eux les Romains et les Phéniciens , étaient essentiellement des peuples colonisateurs. Mais si le mot de colonisation n'implique plus aujourd'hui l'idée de la destruction ou de l'asservissement des peuples conquis , que prouvent ces exemples du passé contre la France, puisqu'alors la dépopulation et l'esclavage étaient les deux moyens universels de colonisation ? Rendons grâces à Dieu d'avoir toujours été les moins habiles dans ces entreprises barbares ; notre incapacité dans le passé est un signe de notre capacité actuelle et pour l'avenir ; car il ne s'agit plus de dépouiller ou d'exterminer des peuples, ni de leur donner des chaînes , mais de les élever au sentiment de civilisation , d'association, dont nous fûmes toujours les représentants les plus généreux, et je dirai aussi les plus persévérants : jamais, dans cette voie, les plus grands mécomptes , les plus terribles revers ne nous ont fait reculer.

Le mot de colonisation ne représente donc pas pour

moi l'idée qu'il aurait pu rappeler à un Romain , ni celle que devaient en avoir les Anglais de la compagnie des Indes, ou les Anglo- Américains exterminateurs des Peaux-Rouges , ou bien les Espagnols ou les Portugais, lorsqu'ils ravageaient , à la suite de Colomb et de Vasco de Gama , les Indes Occidentales et Orientales. Je ne crains pas de le dire, un Vandale, un Germain, un Arabe , auraient mieux compris ce que j'entends par ce mot, parce qu'ils entraînaient avec eux la famille.

On ne saurait trop le répéter, la conquête a eu presque toujours pour but et pour résultat effectif , dans le passé , la destruction , la spoliation , l'exploitation du vaincu; quelquefois elle s'est heureusement bornée à un partage ( avantageux , il est vrai , au vainqueur ) d'un sol et d'un climat désirés ; chez nous elle peut , et j'ose dire qu'elle doit avoir pour but une association avec le vaincu , qui lui soit , en définitive, aussi avantageuse qu'au vainqueur.

N'oublions pas que , dans notre siècle , la légitimité de notre conquête ou du moins de notre occupation d'Algérie , ne peut être soutenue que si nous y sommes les agents puissants de la civilisation africaine * .

1 « C'est à un conquérant à réparer une partie des maux qu'il a faits. Je définis ainsi le droit de conquête : un droit nécessaire ,

Je reprends maintenant les propositions que j'avais énoncées : je prie le lecteur de vouloir bien admettre, pour quelques instants au moins,

1° Qu'il serait désirable de ne pas remettre en question , annuellement , en France , la conservation de l'Algérie ;

2° Qu'il serait non moins désirable que notre droit fût formellement reconnu par les Puissances européennes , et d'abord par la Porte.

3° Enfin, que pour combattre avec succès les Français qui voudraient que nous abandonnassions l'Algérie , et pour légitimer aux yeux de l'Europe notre occupation et forcer les Puissances à reconnaître positivement cette légitimité , il faut rendre notre conquête moins coûteuse et même productive pour nous , et la rendre avantageuse à la civilisation et au bien-être de la population indigène ; et que, pour atteindre ce double but, nous devons nous hâter de coloniser un pays où nous n'avons encore fait que la guerre.

Et j'ajoute surtout que, pour détruire l'obstacle qui, jusqu'ici, a paru le plus difficile à vaincre, pour détruire la résistance que nous éprouvons de la part des Arabes , il faut, tout en nous montrant à eux forts et

légitime et malheureux , qui laisse toujours à payer une dette immense pour s'acquitter envers la nature humaine. » Esprit des lois, Iiv. x , ch. iv.

redoutables par la guerre, nous montrer aussi forts et bienfaisants par la culture, par le travail. L'Arabe adore la force, dit-on souvent, et cela est vrai ; mais il adore la force qui produit autant que celle qui détruit, il sait y voir la main de Dieu ; il est intéressé autant que brave.

Après avoir indiqué sommairement la valeur que je donne au mot colonisation, j'ai longuement établi la différence qui existe entre une pareille œuvre, entreprise de nos jours, et ce qu'on appelle la colonisation romaine, et j'ai montré que ce n'était pas seulement avec des entreprises qui remontent à vingt siècles, mais avec toutes les autres, que notre entreprise actuelle doit présenter des différences : la nôtre est complètement neuve ; elle n'a point, dans le passé même le plus rapproché, d'exemple à imiter, de modèle à copier; un seul fait suffit pour le prouver : nous n'aurons pas d'esclaves.

Et c'est ce qui rend notre tâche bien difficile , mais aussi bien belle et bien grande, puisqu'elle est le premier signe d'un droit nouveau entre les nations, quelle que soit leur croyance religieuse.

Aujourd'hui on peut poser en principe , sans rencontrer de contradicteurs, que toute société qui doit se former du contact ou de la fusion de deux races, de deux peuples dont la civilisation est différente, de deux peuples dont l'un est vainqueur, l'autre vaincu, exige, à son origine surtout, une législation spéciale; le peuple vaincu ne pourrait recevoir immédiatement les formes

sociales de la nation victorieuse, et le peuple vainqueur ne saurait conserver longtemps, dans des conditions d'existence tout-à-fait neuves, les usages et les lois de la métropole.

XII. — Notre politique n'est plus absolue, elle transige et concilie ; elle fait une part équitable des besoins du vaincu aussi bien que des exigences du vainqueur ; elle doit donc modifier les institutions de la métropole, de manière à pouvoir appliquer ces institutions modifiées aux nouveaux besoins du conquérant et aux anciennes habitudes du peuple conquis.

Ainsi , notre gouvernement de l'Algérie doit avoir sans cesse devant les yeux deux problèmes à résoudre, qui peuvent être énoncés de cette manière :

1° Dans quel sens faut-il modifier les institutions, les mœurs et les usages des indigènes, pour les faire entrer progressivement en société avec la population européenne?

2° Comment modifier les institutions civiles, militaires, administratives, religieuses, de la population européenne , comment modifier même ses usages de culture, d'habitation , de vêtement, de nourriture , en un mot son hygiène , pour les approprier le plus vite possible au nouveau sol , au nouveau climat , aux nouvelles relations humaines que la France rencontre en Algérie?

Dans ces termes généraux, la double proposition que je viens d'émettre ne saurait être contestée ; tout le

monde sent bien qu'il y a quelque chose à faire dans ces deux directions, et que le gouvernement d'Algérie ne peut être le même que celui de la France , et ne saurait être non plus celui que des tribus arabes se donneraient, si nous n'étions pas les maîtres du pays. Personne ne pense même qu'il suffise de gouverner les colons d'Algérie comme s'ils étaient en France , et qu'il soit possible de gouverner les indigènes comme si nous étions nous-mêmes Africains et musulmans.

XIII. — Toutefois , lorsqu'il s'agit d'une question spéciale de gouvernement , les opinions sont loin d'être unanimes ; et, par exemple, tous les militaires s'accordent sur ces points : que la guerre ne saurait être faite en Algérie comme en Europe ; que le soldat doit y être autrement nourri, équipé, habillé, logé; que la discipline ne peut être absolument la même qu'en France ; que le service y doit être modifié ; que les transports militaires doivent être appropriés au pays ; que les proportions habituelles entre les diverses armes doivent être changées ; enfin , que le moral même du soldat et de l'officier, dans un pays et dans une guerre où le courage individuel est tout-puissant et où les masses agissent peu , doit être autre que celui qui animait les soldats de la grande armée. On est d'accord sur tout ceci, dis-je, mais on varie énormément sur la conclusion pratique de toutes ces judicieuses observations ; si bien que, jusqu'ici , on a peu modifié notre armée sous tous ces rapports, et, lorsqu'on l'a fait , on

la fait toujours sans système , et , pour ainsi dire , au hasard.

Je cite cet exemple parce que , je le répète , tout le monde ici est d'accord, au moins sur le but, et que les plus grands admirateurs de notre organisation militaire sont eux-mêmes obligés de convenir que notre armée française a déjà subi quelques heureuses modifications pour devenir notre armée algérienne, et qu'elle doit en subir encore de profondes.

XIV. — En serait-il de même si j'avais pris pour exemple, au lieu de l'institution militaire, notre institution administrative, ou judiciaire , ou religieuse?

Sous ces trois rapports , il faut l'avouer , les adversaires d'un gouvernement civil pour l'Algérie n'ont pas manqué d'exemples pour appuyer leur opinion sur la prééminence et l'excellence du gouvernement militaire. En effet jusqu'ici (et la chose semblerait merveilleuse, si elle n'avait pas d'ailleurs une explication très-simple et très -naturelle, que les partisans exagérés du gouvernement militaire se gardent d'apercevoir), jusqu'ici les actes administratifs , judiciaires , religieux , en un mot les actes civils en Algérie , n'ont pas porté le cachet de cette indispensable modification des institutions indigènes ou françaises. Généralement on a transporté, ou du moins essayé de transporter en Algérie l'institution française telle qu'elle est en France, et de toutes pièces, et on a conservé intacte l'organisation civile des indigènes; ou mieux encore, on n'a absolument

rien fait pour constituer l'appareil administratif, judiciaire, religieux des indigènes, qui sont en ce moment, sous ceWiple rapport, dans une complète anarchie.

3Iais n'est-ce pas précisément parce que l'administration, la justice et la religion , c'est-à-dire les institutions civiles , n'ont joué et pu jouer jusqu'ici qu'un rôle très-secondaire en Algérie , que l'ordre civil n'a rien pu voir de haut , rien pu entreprendre de grand , rien pu réaliser de bon? N'est-il pas vrai, en d'autres termes , que , de nos jours , en France , les militaires ne remplissent jamais de fonctions civiles importantes, et qu'ainsi ils doivent ignorer ce qu'il faudrait faire sous ce rapport , et n'aiment point ou ne peuvent pas s'en occuper? Leurs sentiments, leurs habitudes , les placent dans une sphère où pénètrent difficilement les sentiments et les habitudes des hommes qui ne travaillent pas , ne vivent pas et ne meurent pas pour la gloire , et surtout de ceux qui sont, par nécessité et même par devoir de famille , particulièrement occupés à gagner de l'argent. Les personnes qui blâment si amèrement ce qui a été fait jusqu'à présent, dans l'ordre civil , en Algérie , et qui s'en font une arme pour repousser l'idée d'un gouvernement civil , devraient d'ailleurs , en toute justice , faire remonter le blâme à qui de droit , à l'autorité ; or, depuis douze ans, l'autorité, en Algérie, n'est-elle pas militaire?

XV. — Qu'on justifie la nécessité du gouvernement militaire en Algérie , tant que nous n'avons dû y faire

ou n'y avons fait que la guerre , à la bonne heure ! Mais dès que notre domination , préparée par les moyens destructifs de la guerre , pourra être confirmée, garantie, assurée , par les travaux productifs de la colonisation ; dès qu'il s'agira sérieusement de faire de l'industrie agricole ou commerciale ; d'établir des villages de colons , des ports de marchands; de fonder des familles; à' élever et d'instruire une population coloniale ou indigène soumise à la France ; de régler les relations civiles , commerciales , morales , religieuses , de ces deux populations si différentes ; d'étudier même , pour les diriger ensuite , les mœurs et les coutumes civiles de ces Africains , que les militaires n'ont abordés que pour les détruire, les refouler au désert ou les forcer de demander grâce; enfin dès que la guerre (et M. le général Duvivier lui-même i ne donne pas ce nom aux

» XVI. — C'est dans l'ouvrage de M. le général Duvivier {Solution de la question de l'Algérie), ouvrage rempli d'ailleurs de vues élevées et de renseignements bien précieux , que cette horreur du gouvernement civil est le plus vigoureusement exprimée ; et pourtant M. le général Duvivier veut « que le gouverneur général ne fasse jamais la guerre par lui— même, et qu'il ne sorte, pour ainsi dire, jamais de son cabinet (p. 24). » M. le général Duvivier aflirme , en outre , et son autorité , en pareille matière , est d'un bien grand poids : qu'une colonne de deux mille baïonnettes et cent cavaliers , libre de tous ses mouvements et de toutes ses directions selon les circonstances, ne doit jamais être battue (p. 181); que la guerre d'Afrique ne mérite pas le nom de guerre ( p. 174) ;

combats d'Afrique ) tendra à se transformer en une vigoureuse police (comme cela aurait lieu, dit encore M. le général Duvivier, si l'on adoptait sa solution de la question de l'Algérie) , il est évident qu'il faudra avoir

que les fortes colonnes sont inutiles et dangereuses; enfin, que si nos affaires étaient sagement conduites , il se présenterait infiniment peu d'actions de guerre (p. 174). Si tout cela est vrai, et je n'en doute pas pour le présent et bien moins'encore pour l'avenir, je ne vois bientôt place , dans tout ceci , que pour des colonels ; c'est ce que dit M. le général Duvivier lui-même ( p. 84) , et il ajoute (p. 236) que son projet tend à diminuer excessivement les occasions de batailler en Afrique , et que la pratique des combats d'Afrique produit un résultat avantageux, tout au plus jusqu'au grade de colonel. Si tout cela est vrai, dis-je , je ne vois plus, dans le gouvernement de l'Algérie, aucun attrait et aucune occupation pour un homme qui aurait les facultés d'un habile général. La solution de M. le général Duvivier reviendrait donc à dire qu'il faut un gouverneur militaire ; que ce militaire doit être peu militaire , mais bon administrateur et grand politique de cabinet. Or, ne serait-il pas pius naturel de chercher un homme un peu militaire et très-bon administrateur et politique , parmi les habiles administrateurs et les hommes politiques, que parmi les habiles militaires? — - Mais la discussion me paraît impossible avec une opinion résumée ainsi ( p. 214 ) : « Les chefs de l'armée sont sortis des rangs ; — les chefs civils sont sortis des bancs de quelques écoles de parlage , des cabinets des avocats, des comptoirs des financiers ; d'où pourraient dater, entre ces têtes des ordres civils et militaires , des idées communes et une bienveillance réciproque? » M. le général Duvivier se trompe; généralement les Français ont plus que de la bienveillance pour l'armée.

l'habitude de gouverner et de discipliner l'ordre civil , habitude que les militaires ne peuvent avoir.

Je le répète, tout ceci a été impossible jusqu'à présent, et a du, par conséquent, n'être pas entrepris ou être mal fait. Aujourd'hui même , les nécessités de la guerre jouent un rôle si capital dans nos affaires d'Algérie, et, d'un autre côté, le gouverneur général actuel est heureusement , quoique militaire plus qu'habile, agriculteur si habile et si passionné, que nous sommes dans la meilleure position possible pour constituer le gouvernement de l'Algérie en vue de la domination des indigènes par la France , et en même temps pour préparer et commencer la colonisation européenne et l'organisation civile et agricole des indigènes.

J'ai cherché, pendant mon séjour en Algérie, et j'y étais préparé par trois années d'habitation en Egypte, à étudier et résoudre les principales questions qui sont renfermées dans ces trois grandes divisions de l'ordre civil : administration, justice, religion, en les considérant toujours du double point de vue de l'intérêt des populations indigènes et de celui de la population européenne ; ou plutôt encore, j'ai recherché le but commun vers lequel devraient tendre les institutions civiles que notre gouvernement colonial donnerait à ces deux populations si peu unies aujourd'hui, mais queie temps et les efforts de l'homme doivent progressivement rapprocher et même associer.

XVIÏ. — Avant de réaliser un ouvrage qui aurait un

cadre aussi vaste, j'ai pensé qu'il était convenable d'en tracer, pour ainsi dire, une esquisse, et, pour cela, d'aborder la question générale de la colonisation de l'Algérie par un de ses côtés le plus apparent, le plus matériel, qui permette toutefois , sinon d'embrasser, au moins de toucher presque toutes les parties de ce grand ensemble. Je me suis donc proposé de traiter d'abord la constitution de la propriété en Algérie , c'est-àdire d'examiner comment devaient être conçues la distribution et l'occupation du sol, soit pour les indigènes, soit pour les Européens ; cet examen donne entrée dans la question coloniale , qu'il fait découvrir tout entière , quoique d'un point de vue particulier ; car, selon l'expression très-juste des économistes , la constitution de la propriété est la base matérielle de l'ordre social.

Cette question , d'ailleurs , me paraissait la plus urgente ; presque tous les hommes qui se sont occupés de l'Algérie ont signalé la nécessité d'apporter promptement de l'ordre dans ce qu'on a nommé, à bon droit, un chaos.

Le Gouvernement, de son côté, s'occupe de réviser ses propres actes sous ce rapport l , de régulariser ce qui a été fait jusqu'ici sans principe bien arrêté 2, de réformer

1 Règlements relatifs aux biens séquestrés.

2 Questions relatives aux concessions primitives, dont les eoiv cessionnaires n'ont pas rempli les conditions.

une partie de la législation arabe i , de distinguer le domaine de l'État des propriétés individuelles 2. En même temps le Gouvernement songe, un peu tard peutêtre , mais enfin avec grande raison , à organiser l'administration des tribus arabes , qui est impossible tant qu'on n'aura pas une connaissance parfaite de la manière dont la propriété est et doit être constituée dans ces tribus, puisque c'est d'après cette connaissance seule que peuvent être déterminés le droit de l'État et celui des administrés 3 ; enfin on recherche une forme définitive des concessions, en harmonie avec divers projets de colonisation militaire et de colonisation civile. Au moment où j'écris ces lignes , des concessions de terres sont faites en Algérie , quoique ces terres soient du domaine de l'État et , par conséquent , inaliénables à moins d'une loi spéciale 4 , et quoique l'on n'ait en-

1 Projets de destruction du habous.

3 Domaine et cadastre.

3 Fuit haec sapientia quondam

Publica privatis secernere, sacra profanis. Horace, De art. poet., 3g6.

4 J'ai soumis à M. le Gouverneur général cette objection de la nécessité d'intervention de la loi , pour l'aliénation , par concessions en Algérie, d'une partie du domaine de l'État. M. le général Bugeaud , reconnaissant cette nécessité , m'a répondu que, vu l'urgence, il comptait sur un bill d'indemnité. En effet , l'urgence est évidente ; il y a urgence de coloniser, et aussi urgence de coloniser légalement.

core examiné nulle part , ni dans les livres , ni surtout à la tribune , comment la propriété devait être constituée en Algérie, pour favoriser le plus possible l'établissement des colons et la soumission des indigènes.

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