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pour lesquels le sol nalal est dereiiu la terre d^exiU et qui gardent, an fond du cœur, à leur ancienne et oublieuse patrie , ce mélancolique dënïâment dés affections briséeâ. G^est après avoir étudié la question dans son ensemble et an point de viie général des intérêts de la France dans Pocéan Indien , que M. Laverdant, descendant à Madagascar, — ^peut-^tre au lieu méme-où nos troupes lâchèrent pied devant les Hottvas,— ^ a examiné la possibilité, les moyens et les chances de Toccupation colonisatrice. Outre Pantorité plusr grande qui s^àttache particulièrement à ces études faites sur le vif, elles empruntent nécessairement à leur frottement aux individus et aux choses du pays une teinte anecdotique et aventureuse , appât véritable que les lecteurs les plus sérieux ne dédaignent pas de rencontrer sur les feuillets du livre.
Nous ne devons pas omettre de signaler une des parties de ce travail qui se recommande plus particulièrement à Pattention , même à celle des esprits les plus hostiles à Fensemble des idées qu^il développe. Dans une analyse approfondie du passé Tauteur fait parfaitement apprécier le caractère des différentes occupations de Madagascar par la France ; et de cette discussion par les faits ressort victorieusement la démonstration évidente et irréfragable de nos droits sur le pays qui fut autrefois le pivot des établissements français dans Plnde.
Nous n^avons voulu qu^indiquer la série des idées et des faits dont le déroulement séculaire a pro-
gressîvemeftt amené la situation an mitiea de la-quelle ee produit cette publication : période d^é^ tttatkm 4be termine on pae hardiment poaé en «rant. Eii.diiiè davantage ee serait empiéter aw tes droits de l'anteor, et nona avons tonte raison pour le laisser à sa tftcbe.
L$ Seeréêamieét la Sô9iM M^uriHim^ s
R« La FjOiUnaa »a SAnrr^Raiir.
COLONISATION DE UDA6ASGAR.
M U pq l hi<M6 eotoBiitttrlea^ — tatérêu 4e ta ffVaaeei
La Franee, qal marcbe & la tfite du monde pour le déve- g^jj^î* dw'oîl loppement des idées , doit jouer dans les affaires générales Uoni^ tin rAIe proportionnel à la puissance de sa pensée et à Tétendue de ses ressources» La France doit être grande et glo-» rieuse.
Examinons , à un point de vue élevé, quels sont les con* ditions qui font la grandeur des peuples^
Si , dans le progrès des sociétés humaines , nous observons un mouvement , un fait général et constant , un fait qui embrasse la vie entière de l'humanité et constitue la loi même de son développement et de son organisation sur le globe , nous pourrons dire qu'une condition de grandeur pour une nation sera d'avoir concouru pour une part im« portante à ce fait 5 et hâté son accomplissement
La vie des nations a deux essors i l'un intérieur^ et qui eonsiste à former et à perfectionner l'organisme social ; l'autre extérieur, plus brillant, plus généreux, et dont l'objet est de mettre chaque état en rapport avec les autres, atvec l'humanité ^tière. Ce besoin qu^a tout peuple de se
répandre an dehors 5 de soumettre et de lier les antres pea«* pies sous un gouvernement unitaire, s'offre de toutes parts et avec éclat dans l'histoire. Tous les chefis d'état qui ont été grands par la pensée et par l'action^ Alexandre , César , Charlemagne, Napoléon, tous les génies supérieurs, ont rêvé l'unité du monde, et leurs rêves ambitieux étaient d'inspiration divine.
Conquêtes de U Ce mouvement d'expansion de la CivUisation a pris -son essor sur la partie centrale de l'Asie. Là , des peuples se rencontrèrent qui , non contents de développer pour euxmêmes les germes de l'industrie et de la pensée humaine, sentirent le besoin de les porter et de les semer an dehors; qui, non contents de chercher des lois de combinaison et d'accord pour les membres de leurs familles et de leurs tribus, voulurent encore unir à eux les peuplades voisines, les populations lointaines et encore inconnues.
Le monde oriental «sembla vouloir suivre le soleil dans sa course apparente : il s'élança vers l'occident La Perse f l'Assyrie, s'éclairèrent à des lumières nouvelles , et la Civilisation remonta bientôt les rivages du Nil , et fit pendant un temps de l'antique Egypte le foyer d'oili rayonna la vie ponr l'humanité. De là, et des ports de la Syrie, partirent, se dirigeant vers le couchant, les premiers essaims colonisateors, les premiers aventuriers qui tentèrent, à travers les hasarda de r Océan, la découverte des peuples et des mondes. La Grèce fut fondée , et de son sein jaillit la lumière pour l'Italie. Long-temps la Grèce et Bome restèrent seules chargées de travailler au développement de l'unité. humaine. On con-natt leur œuvre , on connaît les merveilles de leur art et ()e leur industrie ; on sait quels peuples elles conquirent , quels empires elles créèrent
losQiDnnce de Pourtant à ce flambeau que portaient le Grec et le Roreprit païen et ^^.^ .j Q^^Qq^^i^ m^ p^y^Q jj^iq . |g flambeau devait s'é-
teindre. Les peuples conquérants et civilisateurs conquéraient pour eux seuls , civilisaient h leur seul profit A ce travail de Tactivité égoïste aucune idée supérieure ne venait s'unir pour le féconder et le consacrer religieusement. Ancun lien, 'si ce n'est celui de la contrainte » ne rattachait les populations soumises à leurs dominateurs.
Parmi les peuples chez lesquels s'était développé la civilisation y il en était un> particulièrement étranger et hostile à tous les autres , et chez lequel Tégoîsme national était poussé aux derniers excès. Toute race étrangère , acceptant d'autres lois , obéissant à une autre religion , était par ce seul fait un ennemi de la terre et de Dieu, qu'il fallait exterminer. C'était le peuple juif. Au milieu de lui pourtant devait naître ridée de la fraternité universelle.
Le Christ vint porter auï hommes la parolQ de charité et influence téd'amour , et de ce jour le guerrier ne marcha plus seul à uanUme. la conquête du monde : auprès de lui , animé par de saints désirs, s'avança le conquérant des âmes. On ne se jeta plus en avant exclusivement pour saisir le sol et ses richesses; on ne se rua plus sur les populations uniquement pour les plier sous le joug , pour les attacher en esclaves à la culture de la terre conquise : désormais auprès du guerrier marcha le missionnaire , l'apôtre de la parole de paix , et à Tespritde rapine, d'asservissement et de meurtre, qui persistait, se mêla du moins un esprit de pitié, de charité et de paix. Dans l'antiquité païenne et juive, on établissait sa domination sur les pays barbares pour les exploiter ou même pour les dépeupler de leurs races indigènes; sous rinfluence du Christianisme, alors qu'on asservissait les hommes , il fut dit qu'on voulait leur salut. Toute parole engage; et, bien que les chefs d'état et les généraux chrétiens aient trop souvent oublié cette promesse du salut des ftmes, bien que la loi d'amour ait rarement inspiré leur
œuvre aventurière, toujours néanmoios l'idée Baiole que portaient auprès d'eux les missionnaires du Christ « toujours cette idée pénétrait dans les empires nouveaux^ qt colorait même les actes des conquérants et des colonisateurs.
Aujourd'hui 5 les colonisateurs exploitent toujours les peuples conquis ; presque tous leurs soins sont consacrés à l'acquisition des richesses j cependant les moyens de conquête sont devenus moins violents^ et rasservissesieDl moins rude. On ne tue plus le vaincu , on ne Tasservit m{« me plus directement, et le nom d'esclavage est rayé du livre d£S institutions civilisées. Si les populations indigènes fuient devant le colon européen , ce n'est pas que celui^-ci les me-f nace incessamment du fer, c'est qu'il n'a pas la connaissance des moyens de rallier pacifiquement le vainca et de l'associer à son œuvre.
Continaatiçnda Lorsque la civilisation romaine, à son déclin, n'eut plus. ienemps moder- ^^^^^ de force pour rayonner sur les mondes barbares, l'idée nés. chrétienne naissait à peine et se développait péniblement
au milieu des persécutions et des martyrs. Il semblait que , dans ce travail difficile d'une décomposition et d'une renais* sance , le mouvement civilisateur dût s'arrêter dans le nonde. Il n'en fut point ainsi , et un fait considérable dans l'histoire de l'humanité continua le mouvement général vers l'unité des peuples. Alors que les nations reines manquèrent d'activité pour sauver les barbares, on vit les barbares ao-« courir eux-mêmes au devant de la civilisation qui restait loin d'eux. On a appelé providentiel ce grand fait de l'irnip-t tion des barbares, et l'on a eu raison. C'est par ua attrait ^ divin, en effet, que l'homme cherche les richesses et le
luxe, qui raffinent les sens, adoucissent les mœurs, et ren* dent la vie sociale plus facile et plus douce. Les popnla-» tions du nord s'approchèrent donc du foyer, et le raniniè-^ rent. Leur activité, exaltée par des jouissances Jusque alors
inconnues, entretint dans l'empire romain la vie qui menaçait de s'éteindre.
Bientdt le flambeau vivant brilla de nouveau sur l'Europe ; mais sa chaleur ne féconda long-temps qu'un espace limité du monde. Vers la fin du moyen âge , le foyer du progrès général était circonscrit dans quelques royaumes du midi de l'Europe, et les lueurs de la Civilisation se projetaient à peu de distance autour de la Méditerranée.
Jusque là l'idée chrétienne n'avait point travaillé seule au développement de Thumanité, et l'Islamisme avait eu sa part glorieuse d'impulsion. A dater du quinzième siècle, Tactivité de rislamisme s'éteint , et tout le mouvement d'expansion lointaine , et toute la tendance vers l'unité humaine , restent dès lors confiés à la direction du génie chrétien.
A cette époque encore les peuples se touchaient sans se connaître , les continents s'ignoraient entre eux. Le roi de la création n'avait pas mesuré son domaine, il n'en savait ni retendue ni la forme.
CSalilée, Copernic, Kepler, Leibnitz, apparaissent, et leur scienee illumine le monde. Yasco de Gama et Christophe Colomb^ sublimes aventuriers, avaient donné le signal et mis l'Europe en marche à travers des routes inconnues ; ils avaient retrouvé les mondes anciens , découvert des mondes nouveaux. Alors les empires européens entrent tous en mou- Tenaettt;îls poussent leurs enfants aux aventures; leurs vaisseaux, merveilles de l'industrie, vont jeter en tous lieux des groupes de civilisateurs , guerriers disciplinés , ouvriers, cultivateurs, industriels, savants, prêtres, qu'inspire la parole féconde : tous fouillent le sol » cultivent, construisent, conquièrent et convei*tissent La violence est le moyen d'action pour tous , depuis le soldat rapace jusqu'au prêtre fanatique; le moyen est terrible, mais le monde est conquis. Tontes les embouchtires où arrivent au courant des fleuves
les richesses des terres intérieures ; toates les baies qai recueillent les navires » où reposent les navigateurs , toutôs les tles verdoyantes, sont occupées par les races blanches et par les peuples chrétiens. L'Espagnol» le Portugais , leFrançais^ TAnglais, le Hollandais, le Danois» le Russe» se disputent les terres nouvelles» et tous» en cherchant la richesse pour eux-mêmes» travaillent à la grande œuvre deTunité humaine» lient les continents entre eux» établissent un vaste système de rapports entre les mondes et entre les races , système mal ordonné , confus » plein de divisions» mais dont on voit pourtant toutes les parties rayonner vers l'Europe, centre commun d'où leur vient la vie.
Il y eut d'abord un grand élan vers le Non veau<-Monde et vers les Indes orientales ; et les races européennes» oubliant en quelque sorte que » plus près d'elles » croupissaient dans la barbarie l'Afrique et l'Asie occidentale et centrale» portèrent tous leurs efforts vers les pays lointains. Ce fut le mou-* vement de la Civilisation de s'étendre ainsi et d'aller donner la vie à de grandes distances du foyer central. Si l'Europe touchait dès lors à l'Asie » c'était en suivant à travers lea mers des routes longues et périlleuses. II semblait que la Civilisation se faisait un chemin par de grands détours sur le globe» afin de semer sur plus de places, en passant, l'esprit régénérateur et la parole du salut Fut actuel du ^^g^^àez maintenant : l'Amérique , dans toute sa £ice noode. battue par le flot de l'Atlantique, est en plein travail de dé-
veloppement. Là» de grands empires devenus forts ont rompu les liens qui les attachaient au gouvernement tyranaique et injuste de leurs métropoles ; mais le Nouveau-Monde est resté en relation avec l'Europe, et la Civilisation, traversant les solitudes sauvages du désert, atteint déjà sur bien des points les rivages baignés par les eaux de la mer Pacifique. Les missionnaires anglicans et catholiques parcourent pieu-
sèment les lies du monde maritime'» an centre duquel la France vient de planter son pavillon. Les vastes terres glai^ées qui cooronneot Tocéan Pacifique appartiennent aux Knsses.
L*Asie entière est en travail , et de tontes parts vont s'y ranimer, sous le souffle du génie de l'Occident» les antiques civilisations endormies. L'empire chinois» le seul état puissant qui» av^c les républiques américaines» ne soit pas rattaché à l'Europe par des liens de vassalité » le seul qui» n'étant pas chrétien» ait conservé de la vitalité et de la foi » l'empire chinois vient d'être abordé et ébranlé par le hardi vaisseau de l'Angleterre. L'Inde appartient à l'Anglais; venu dans ces contrées par la longue route du sud » l'énergique Breton remonte aujourd'hui tonales fleuves» saisit tous les passages et tous Ifts golfes» sonde toutes les mers intérieures» pour trouver un chemin par le nord et unir directement l'Asie à l'Europe» l'Orient à l'Occident L'Anglais étend sa main souveraine vers tons les coins du monde ; posant le pied sur les vastes terres de New-*Zélande» il enserre l'Australie entière et en interdit l'approche aux antres peuples. Le patient et laborieux Hollandais fait son œuvre au sein de la Valaisie» et ses lourdes galiotes reviennent chargées de richesses des tles de la Sonde» devenues fécondes et civilisées. En Afrique» au nord-est» la civilisation &it un effort de conquête sons l'impulsion du génie de Mohammed-Ali ; la France attaque à la fois le nord et l'ouest par l'Algérie et le Sénégal; les Anglais prennent pied sur quelques points du littoral ouest» et saisissent vivementle continent p» la pointe méridionale du Cap. A l'est» le Portugal» déchu de sa puissance» ouvre à peine aux navigateurs quelques misérables comptoirs.
. L'£urope»aprèBavoir porté aux seizième et dix-septième Mouvement parsiècles tonte son activité initiatrice par delà des mers sur le rope^^dans noul
siècle.
Noaveau-MoBde» winhle, dans ootre sièele, rappeler plas près et autour d'elle Tessor de cette acttrité ; elle se donne aujourd'hui mission de cîYiliser le Tieux-monde. Ce mourement est remarquable : il est curieux d'observer comment le flot dvilisateur, après avoir bondi vers les terres lointaines^ revient à ses anciens rivages pour les envahir définitive-' ment et les laver de leurs impuretés.
Ainsi, sans négliger cependant les vastes membres épars de rhnmanité, rSurope ehiétiewM» cerveau du monde, ra* mène particulièrement Ters le corps central son effort gé-* néreux, et donne ses soins au vieux continent Noos voyons TAsie attaquée de tous céléa par rEurq>éen : en GUne , aux Iles de la Sonde, dans rinde> au golfe Persiqne, vers la mer Aouge , enSibérie , aux bords de la Caspienne , sur le Caucase, enfin à Constaatinople, dans la Syrie et dans l'Egypte, proies que se disputent tant de puissances. Sous œs influencea diverses^ l'Asie mardie vivement k aoD développement. L'Afiique, terre désdée, n'est encore que biblemeat alxttdée par la Civilisation , et c'est elle, entre toutes les parties du monde, qui appeUe le plus immédiatement le secours des nations européennes^ C'est le continent où les déserts sont les {dus vastes , les scrfitudes les plus profonde», oli les races les plus fiiibles et les moins intelligentes sont plongées dans la plus affreuse barbarie. A ces races abruties et faibles la lace supérieure doit toute sa aollicicuda Une grande n&- Tel est douc le grand ùAt général que nous oflk« l'histot* to^MUui!'^ ^ re ds l'humanité* C'est un mouvement d'expansion et de
fusion des peuples et des races» Le besoin qu'ont les hommes de se connaître, de se mêler, de s*unir, en un mot, la tendance de l'humanité à constituer son Unité , pousse lou^ tes les nations puissantes à se porter tncessanmient en avaut 5 à embrasser dans la sphère de leur activité les peuplée
barbares I à répandre par toat le globe les bien&its de leur civilisation.
Une grande nation est donc celle qui sent Tivement et qui pratique l'idée chrétienne de la solidarité et de la fraternité des peuples 3 qui agit à toutes les extrémités du globe^ portant devant elle le flambeau de la science. Une grande nation est ceUe qui prend lasgement sa part dans la mise en cokare et la gestion du donaine confié par Dieu aux soins de rhomme« Une grande nation est celle qui enseigne aux barbares sa politique^ son administration, ses lois, ses mœurs « son langage. Tout peuple dont Phîstoire a gardé le nom célèbre a été cokmiBateur. Aussi , pour répondre à ces gens dont Tesprit étroit fait incessamment valoir des considérations d'économie quand on lenr propose des cnutres glorieuses pour le pays, aussi, disons-nous , pour notre compte , que tout peuple fort devrait «voir h son budget un chapitre de frais de cohmisation , à titre de dépense é*litt« Bianité, dtt cette d^ense être improductive.
; Ce mouvement d'expanuon à ^extérieur caractérise pré- Angleterre et Gisement la vie des deax maions vraiment graedes dans ^^"**i^ notre époque « et qui apparaissent au monde moderne comme deux colosses, rAngieterre et la Russie. Toutes deux prennent une part immense au mouvement de Tbumanité ver» son unité, et c'est pour cela Celtes sont grandes ; et la France elle-même concourt à oeite œuvre sopéiieme k>c8qtt*elle conquiert à la civiUsatioft TAfrique eqpieiKbrieiiak.
Il a fallu bien des années d'incerdtade et de latte poor faire comprendre à des hommes considérdiles l'importance capitale de la conquête et de la colonisation de TAlgérie. Aujourd'hui enfin c'est un fait accompli , une gloire acqui-» se à la France. A peine rencontre-t-on dans les chamlures deux ou trois esprits inquiets faisant chaque année entendre leurs doléances sur le chapitre de TAIgérie.
Plusieurs hommes éminents, tout en encourageant Tceavre colonisatrice de la France au nord de l'Afrique^ semblent indifférents ou même hostiles à l'idée de colonisation lointaine. II est aisé de comprendre que, pour rendre à la France sa place souveraine dans le monde , l'Algérie est insuffisante , et que la colonisation lointaine est indispensable. Ici nous allons entrer dans un ordre de considérations plus prochaines» plus positives^ et de nature à mieux (raïqper les esprits pratiques.
La coioDisaUon, ^^ grand peuple est celui qui possède beaucoup de ricondition néccs- diewes et qui pent faire respecter sa puissance au moyen M nationale. de fosces militaires imposantes.
Pour acquérir des richesses^ il faut accnrttre ses capitaux par un vaste système d'échange avec les prodoits étrangers. On n'atteindrait pas ce but , apparemment» avec des ports de refuge» des stations militaires , comme en veulent fonder des hommes qui se prétendent les représentants de l'esprit de paix. Il faut envoyer nos navires dans les lieux où les produits abondent II faut s'employer activement à civiliser les peuples sauvages » alin de leur créer des besoins et d*obte-
nir de leur indostrie développée des objets d'échange études chargements de retour.
On objecte , il est vrai , que nous pourrions , chez les peuples libres et dans les colonies étrangères , aller char* ger des produits en échange des nôtres, et que même les marins des autres nations se chargeraient au besoin de notre mouvement commercial. Pour répondre à cette objection f il importe de considérer le second des deux éléments qui font la grandeur des nations, la force militaire.
La force militaire se divise elle*méme en deux éléments Lacolodiitlonp également importants , et Ton d'eux se lie intimement aux pa?i^!lii||!^'^ muj! moyens de développement de la richesse nationale. L'armée ^*^* de terre, jusqu'à présent, n'a rempli qu'un rôle purement défensif oude destruction et d'intimidation ; l'armée navale, au contraire , a une fonction beaucoup plus harmonique. Elle est plus habituellement liée à l'œuvre de la production humaine; elle n'existe enfin et ne se forme pour les temps de guerre qu'autant qu'une grande activité a été déployée pendant la paix. Il faut avoir armé un grand nombre de navires au service des fonctions naturelles et des jouissances de l'homme, et les avoir chargés de denrées et de richesses, pour pouvoir armer des vaisseaux en guerre et les charger de canons. En un mot, il n'y a point de flatte sans un grand mouvement commercial.
Dans ces conditions, certes, nul ne peut abandonner aux p^ ^ ^qj,. marines étrangères le soin de servir nos opérations d'échan- JJ^ooSaioâ^ ge. D'un autre côté, la France est-elle en position d'avoir, comme les États-Unis d'Amérique , sans établissements coloniaux , un mouvement maritime considérable 7 Peut-elle même déployer une certaine activité comme les villes anséatiques, lesDanoiset les Génois?— Quant aux états de l'Union, c'est une vaste colonie, se développant incessamment, multipliant ses populations, qui défirichent^et mettent en culture
— la —
tout UD monde. L'Amérique fimmit à tonte TEorope ded matières premières encombrantes, et charge ponr tontes les réglons du globe ses navires aux vastes flancs. La France n'expédie que des denrées de peu de volomie ^ des produits de taxe, et les navires qui sortent de ses ports prennent souvetit du lest En outre , il faut observer que Téconomie des armements, dans ces divers états, permet à leurs navires d'aller prendre des chargements ches des peuples étrangers et d'y faire concurrence aux marines nationales. Pournous^ au contraire, la concurrence des navires étrangers nous écrase, même dans nos ports«
Par ces diverses considérations» la France ne peut se passer de colonies. C'est une nécesnté pour nous d'aller pren-i dre nos chargements de retour dans des porls favorisés, ob nos armateurs et nos capitaines trouvent soit des avantages matériels, une protection particulièrement efficace, soit pour le moins l'attrait d'un accueil aimable , de lA communauté de moeurs et de langage. Le génie français a besoin de ces rap* ports agréables. Le marin français a besoin d'échanger autre chose que des marchandises ; il ne lui suffit pas de fiiire une bonne affaire : il faut qu'il se plaise aux lieux où il va , fpi'il y titmve de bons procédés et des visages amis. Si nous voulons ranimer en France l'esprit d'entreprises oommer-* ciales , si nous voulons donner un large développement à nos armements , ainsi que le commande le double intérêt de la richesse générale et de notre puissance militafa*e, nous ne pouvons nous passer d'établissements cotonianx. L^Aigérie ne < liaîs^ ont répondu les esprits inquiets et timides, n'avons* ^ ^ ^^* nous pas nos colonies d'Afrique ? Pourquoi tant d'entreprises à la fois? Allons'-nous' eiicore nous créer une antre Atgérie h quelques mille lieues? Nos possessions d'Afrique n'offirent^îlles pas i|»sex de racés à civiliser, assez de terrés à féconder? Le littoral n'a-'t-il pas assez do ports oà aborde-
Pont de tonted parts nos flottes marchandes? »--* Non^ VAU V gérie s'est pas un champ suffisant poar le développement de notre activité raaritiBie : cette colonie ne saurait qu'aliraoB* ter le eomnerce de cabotage^ dont une bonne partie enc<M*o reviendra ans porta de l'Espagne , de la Sardaigne et de l'Italie. Pour développer notre puissance militaire, pour qnff noua aoyona forts sur la mer, ce ne sont pas des eaboteors qu'il «nous faut ; il nous faut une belle naTigation au long^ conra. C'est ce que demandent tous nos ofAciers de la marine de l'état ; c^est ce que savent tons ceux qui ont ré-fléchi sérieusement sur les conditions néoessaires de notre puissance nationale; c'est ce qu'ignorent complètement le plos grand nombre de nos hommes politiques, et ceux-là mêmes qui crient tous les jours que la France doit Ctre forte et jouer un grand rôle parmi les nations du monda
On se plaint souvent, dans nne certaine région , en dan- La colonisation
, i.^. , . ^ , . est commsDdéo
ger des ambitions envahissantes , de la concurrence que se par l'iniérôt de la font les individus dans les diverses fonctions de la société, ^'^«^"<i»"U^ P»>>u* et dont le résultat est de jeter les uns dans la misère, les autres dans les agitations menaçantes pour Perdre public. Les chefs de l'état redoutent les activités inqniètes et aventureuses : comment donc ne songent-ils point à trouver un débouché pour ce trop-plein de la population , à fournir aux bonuaes remuants un emploi de leur force inactive, et à l'esprit d'aventure un but 2 L'an dernier prte de deux cent miUe individus ont émigré de la Grande-Bretagne pour ses colonies ; eombien dans ce nombre , s'ils étaient restés dan# leur pays, auraient pris part anx agitations popolajresi combien seraient morts de faim I Est-ce dans des porta de refuge, dans des stations militaires, que l'an trouvera l'é* conlement des populations surabondantes?
Tout le monde aujourd'hui s'afflige de voir la corruption politique grandir et étaler sa plate sur tont le corps soeiah *
Nul ne songe à nier l'existence da mal ; nul n'en sait le remède : car on ne suppose pas^ sans doute^ que quelques dispositions pénales puissent atteindre le vice profond et le déraciner. Ce qu'il faut au pays , ce sont des idées, ce sont de grandes idées qui , occupant généreusement les ftmes , n'y laissent plus de place pour les inspirations étroites et déplorables de l'intérêt matériel et de l'égofeme. Offices à l'esprit national un but élevé , étendu , et vous le verrez se passionner pour le bien, et subordonner désormais les petits calculs individuels , sur lesquels s'épuise à cette heure tout l'effort des intelligences et des cœurs.
Ainsi donc , tous les intérêts et tous les devoirs commandent à la France de coloniser. La religion , le soin de la gloire nationale, l'intérêt de la richesse publique et le développement de la puissance navale, l'intérêt des classes ouvrières que la concurrence prive de travail, l'intérêt de la tranquillité et de la moralité publiques, tous les nobles sen* timents humains , tous les grands intérêts patriotiques , même tous les calculs égoïstes des classes privilégiées de la société, tout commande d'envoyer dans les contrées sauvages et barbares des essaims de colonisateurs.
Par malheur, l'esprit public semble aujourd'hui fermé à l'idée de la colonisation, et nous voyons avec douleur des hommes éminents encourager le préjugé du vulgaire. Un homme d'état dont la parole a une grande autorité n'a-til pas dit à la tribune nationale (!)« ^u'// convenait peu d la' politique et au génie de la France de tenter, à de grandes di-^ stances de son territoire, de nouveaux et grands établissements coloniaux ? •
(1) H. GQiiol, séance dti SI man 1S48.
Le l[>rëjugé que nous attaqnons ici est-il fondé 7 La France a le
Est-il vrai que le génie de la France soit contraire à gfjjf ^''^''''^ rœavre colonisatrice? Est-il vrai qu'aux Français soient interdites la. fonction et la gloire de donner la vie aux contrée^ sauvages, et d'initier les peuples barbares à la civilisation ? L'histoire du passé suffit pour répondre victorieusement à cette accusation.
Il a été une époque où la France, autant que les antres nations , plus qu'aucune autre , versait sur le globe des es* saimfl colonisateurs, et créait des centres de vie féconde* Nos établissements prospéraient alors comme ceux des autres peuples. Qu'on jette les yeux suf la carte du monde an dix-septième siècle (1) » et l'on verra que les couleurs de la France sont partout , que d'elle vient l'initiation civilisatrice pour les peuples barbares. Ab 1 la France était une grande nation sous Richelieu et sous Louis XIV I
Ce fait, qu'autrefois nous avons su coloniser , prouve suffisamment que nous avons en nous l'aptitude colonisatrice. Nona n'avons pas su conserver nos possessions lointaines : qn'impmtefRefusera-t-on à Carthage, à la Grèce et à Rome, le génie colonisateur, parce que les établissements qu'elles avaient fondés passèrent dans d'autres mains, ou ont disparu 7 Nous avons fait aussi bien que faisaient les autres nations ; comme elles , échouant ici , réussissant là , jusqu'au jour où les chances des grandes guerres nous ont enlevé nos colonies. Vaincus, désespérés, le découragement nous a pris. Entre temps, survinrent nos crises sociales , nos révo^ lutions : tonte l'activité du génie firançais se trouva absorbée dans la propagande des idées libérales. Enfin , lorsque l'esprit de conquête et l'amour de la gloire prirent en France un Aouvel essor , le système impérial s'appliqua à ne leur
(1) Voir la carte d!AndrlTean-GoaJoii.
donner d*empIol que sar le continent L*idée d'expansion lointaine fut abandonnée , et nous laissâmes les peuples rivaux étendre librement leurs bras aux extrémités dn moa-» de^ et nous arradier Les derniers débris de notre foriniM maritime.
Durant ce long lnter?alle> eu nous voyons sncœsaiTeBent la France dépouillée de ses colonies, perdre son empire da Canada , verser le plus généreux de son sang ponr Tiniépendance et le développement de colonies étrangères dans TÂmérique diu nord^ puis s'absorber dans ses qnerdles ia>^ testines et dans ses longues guerres européennes > esfr-tl étonnant que la nation française ait p^du le seiMiment de sa mission colonisatrice » qu'elle ait oublié ses œuvres» éost s*efiaçait.la trace ^ qu'elfe en soit venue à méconnatire son génie?
Comment I le peuple français , qui porte partout la Uen-* veillance , la ibcilité des liaisons , l'égalité dans les rapports et l'amour de la liberté ; ce peuple si actif, si vif, oavtant à tous son visage souriant et son ftme eipansive, plein d'en* train et de gatté dans le travail et au milteii des périls, ce peuple entre tous le mieni^ pénétré de l'idée de la solidarité et de l'unité bnmaines» sympailiiqtte et fraternel ponr toutes les races, c'est de lui que vous oses dire qu'il n'a pas le génie colonisateur ?••• Est41 donc vrai que, ponr lier les groupes humains et unir les races, il bille nécessairement être, comme l'Anglais, froid, insociable, triste, hauiaiil et méprisant envers les peq>les conquis?
Sans doutCf dans les conditions oik s'est; développée jos* qu'à ce jour la colonisation, il y a eu, dans ce. caractère du peuple anglais , des éléments de puissance et de succès. Quand les établissements nouveaux sont fondés par la via* lence et laborieusement maintenus par la force , l'^Isme national conserve fermement unis entre eux, contre tous
ja^iew f les colonisateurs , et empêche la décomposition de leurs essaims. Quand la contrainte est le seul principe du gouvernement des hommes, l'orgueil dédaigneux du vainqueur maintient à distance les populations barbares, et leur commande le respect et la crainte. Les races colorées s'habituent à se considérer comme des êtres tout à fait inférieurs, devant cette race blanche qui vit à part et garde toujours les airs de hautaine dignité. La religion anglicane elle-même, « qui permet à chacun d'emporter son culte avec sa tente (1) » , en.courage l'émigration des familles, et facilite, sous un certain rapport, au travailleur civilisé, la conquête à^s pays nouveaux. Mais qu'on ne s'y trompe pas : si le génie anglais et protestant a conquis les terres sauvages à la civilisation et à l£^ culture, il est vrai pourtant qu'il n'a accompli que très imparfaitement son œuvre : car il n'a rien fait pour le lien {(ffectueux des races, car il n'apporte aucun, élément d'attrait aux populations barbares. Toujours ces populations se sont enfuies à son . approche , ou sont restées isolées du conquérant. Le génie anglais et protestant détruit ou repousse les. races étrangères au lieu de les appeler à l'accord, à Tassociation (2). Au contraire, la race latine et la religion catholique ont, elles, des conditions de charme qui permettent de compléter religieusement l'œuvre de la colonisation. Les protestants anglais, jusqu'à ce jour , ont colonisé pour eux seuls , exploitant ou chassant devant eux les populations indigènes; les Espagnols et les Portugais catholiques, et surtout les missionnaires, au Paraguay
* (i) Ces influences da génie protestant ont été très largement exprimées par M. Eugène Pelletan, dans des articles publiés par la Démocratie pacifique,
(9) Un des derniers secrétaires d^état des colonies disait , dans le parlement, que de toutes les colonies anglaises la seule qui fût dans un état de tranquillité etsatis faite du gouYernement de la métropole, c^était Heligoland! (tlot de 4 kilomètres de circonférence à Pembouchure de l'Elbe).
et en Californie, ont su eréer des F^^ports entre ces popn-^ lations et les colanisateors* L*esprit français avait ses re*» présentants dans ces missions
Ne demandes pas an Français risoleineat en famille^ an milieu des solitudes : dans ees conditions il n'aurait ni le courage ni la patience laliorieuse de rAnglais^ il céderait an découragement Mais tronrer une organisation qui don^* ne aux colons la facilité de Ttvre et de travailler réunis ; qu'ils aient la vie publique , les groupes animés par l'amitié^ réclat de quelques fêtes et leor tbéfttre, et vous serres quelles beUes oeuvres seront produites par le génie fran<* çai& Ces éléments d'attrait, qu'utilisaient en partie les in-« telligents fondateurs des missions en Paraguay et en Californie (1), sont plus ou moins introduits de nos jours dans tous les essais d'organisation tentés ou proposés pat des hommes positifs, par des spéculateurs, au Brésil, dans l'Amérique du nord, dans le Guatemala, en Guyane, en Algérie. Partout on eherche à grouper les colonisateurs dans des conditions plus agréables, plus convenantes à la nature humaine. Tout récemment, le gouverneur des éta« blissements français dans la mer du Sud , M. Bruat , se préoccupait de péunâr de nombreux moyens de distraction pour Fessaim colonisateur qn'il est chargé de diriger, et il emportait avec lui le matériel d'un théfttre.
Qu'on cesse d'invoquer une prétendue incapacité du gé* nie de la France (2). Un pareil doute ne s'appuie sur aucune
(1) Bf. Doflot de Mofras, qai a fait an long séjoar dans les pays de lUmériqua centrale» a pablié on mémolpa important sar Tœavre Industrielle dea missionnairea en Californie»
(2) Certaines personnes lisent si souvent les livres anglais , qn^elles s?6X<* posent à y prendre lears opinions tontes faites. L^an des écrivains qni ont le plos longuement étudié Malegache , l'anglais Coppland dit. : r {foos oon* » claons qae la France possédait tout le mérite nécessaire pour assurer la » ruine de toutes ses entreprises coloniales sur Madagascar, t
Tàiéon Talable; il est démenti par l'histoire , il est en oppo^ sition avec tout ce que nous savons du caractère français.
Ainsi 9 nous maintiendrons que le génie de la France, bien loin de fhtblir dans l'accomplissement du grand devoir des conquêtes harmoniques , est particulièrement propre à Pœnvre de la colonisation.
Il faut donc que la nation française colonise (1).
C'Mt WbÊétmgnêêm ««'a «Mt
Examinons maintenant sur quelle partie du monde la France doit porter son effort.
Cherches peir tout le globe , vous ne trouverez indépendantes et détachées de la suteraineté européenne que les tles de l'océan Pacifique. Toutes ces tles sont petites et n'of-firent pas u^ champ bien vaste à l'activité du colon. Seule ^ ht Nouvelle-Guinée est une possession considérable à envier; mais déjà Cette fle est sous les Influences des Hollandais. La pointe extrême de l'Amérique méridionale appelait l'atten* tien sérieuse des hommes d'état II y avait là une forte position mitîtaire à prendre; l'importance en avait été signalée an gouvernement par H. Dumoulin. Une expédition partie da Chili Vient de s'emparer de ce points et ne nous laisse plus que le regret d'avoir abandonné à d'autres une pré^ cieme conquête.
On a récemment af^lé Pattention publique sur la colo^ oisation de la Guyane. Tout en reconnaissant l'importance de cette colonie, nous estimons qu'il est un point du globe
(t) Ces prineipes généraux ont été soirrent exprimés par noaS| depuis trois ans, dans la Phalange et dans la Démocratie pacifique. Ces organes de récole sociétaire n^ont pas cessé de proclamer la politiqoe colonisatrice , et de recommander spécialement la coloiMsatlon de Madagascar. •
auquel doit s^attacher no plus vif intérêt r c'est Tlle Maie* gâche (1).
Lfie Haie^ache Malegache est sur la route de tous les vastes empires orieneToDmmmj^^^ ^ux de l'Angleterre. En cas de guerre , c'est la plus formidable position qui puisse menacer la puissance anglaise* Parmi nos marins , le nom de l'Ile de France est plein de glorieux souvenirs ; mais on ignore généralement en France quel mal cette petite tle a faitau commerce anglais^ jusqu'au jour où y presque abandonnée de la métropole , elle a été conquise par- des forces supérieures. Dans ses belles rades trouvaient refuge nos frégates et nos hardis corsaires. Là Surcouf et tant d'autres se firent leurs noms fameux; là commence la gloire de tous nos amiraux de France : Du-* perré^ l'Hermite^ Hamelin,. Bouvet, Roussin, Hugon, les Lemarran y d'autres encore. De là partaient toutes ces croisières qui poursuivaient, pillaient, ruinai^it le commerce des Indes. A cette époque, sans développer son industrie, presque sans travailler, le créole de l'Ile guerrière fut riche; chaque jour signalait l'arrivée au port Louis d'une proie nouvelle dont les trésors s'étalaient sur les quais et se répandaient dans tout le pays.
Cette fête de rapine dura quinze ans. Enfin , lassée de ses ruines , l'Angleterre rassembla des forces extraordinaires , et vint un jour, avec ses flottes nombreuses, jeter 25,000 hommes de troupes sur cette lie , à laquelle la France insouciante ne laissait pas même 1,200 hommes de garnison. Un peu de prévoyance de la métropole , quelques secours , et l'tle de France restait imprenable. On sait même que, si l'avis du capitaine Hamelin avait été suivi , notre petite escadrille surprenait , à Rodrigues, les immenses convois de l'expédition de 1810, et ce dernier échec, où s'engloutis-
(1) Nous évitons de nous servir du nom de HadagaKor par des raisons qa'on trouFera exposées è la note A.
Paient des sommes immenses^ déconrageait pour jamais t>eut-étre les Anglais de leurs tentatives. Tous les marins savent cela ; mais la France , que sait-elle de sa marine ? Cette gloire militaire lointaine ^ acquise au milieu des périls de rOcéan , elle l'ignore ; il lui faut des opérations voisines^ quelques commandements dans la Méditerranée, et des évolutions pacifiques , pour que parvienne jusqu'à elle le nom de ses grands marins. Le débarquement des troupes à Alger, en 1830, a mieux fait connaître le nom de Duperrë que les laborieuses campagnes de cet officier général dans la mer des Indes.
Ce point du globe est donc, pour un peuple qui peut avoir encore à lutter avec l'Angleterre , le poste militaire le plus important L'île de France, que tant de beaux souvenirs guerriers et littéraires attachaient à la France , est devenue Maurice , et le pavillon rouge flotte sur les vastes citadelles construites au bord de ses rades par l'Angleterre. Il faut donc remplacer cette position perdue.
Malegache nous offre ses baies et ses golfes magnifiques : Diego Souarez, Touhémhar, Passandava , Bavatoubé , Naréfaenda , Bombétok, Kajembi , fort Dauphin , etc. , et les ports intérieurs de l'est, Nossi-vé et Rassoua-bé. Delà, si la guerre revenait, nous couperions tous les courants commerciaux de TAngleterre, du cap de Bonne-Espérance aux mers Arabiques, aux mers de Flnde et de la Chine, et nos croiseurs, descendant le canal , poursuivraient encore toutes les expéditions de l'Australie et New-Zélande. Malegache paralyserait Maurice , Malegache affamerait Maurice : car cette colonie tire des ports de la côte orientale une partie de ses approvisionnements , et notamment toute sa viande de boucherie. Malegache conquise par la France est aisément défendue ; elle se nourrit elle-même. Maurice demande aujourd'hui toute «a subsistance à l'extérieur; en temps de guerre, cette île.
qui ne produit plus de vifres^ serait surprise et ruinée. Ail commencement du siècle, Ttle de France était toute planté$ en vivres ; aujourd'hui , la culture de la canne a &it dispa-* rattre toutes les autres , et l'tle , avant de pouvoir arracher ses plantations et renouveler son système de culture^ serait affamée et réduite.
Malega^che domine tout le littoral africain* Elle englobe dans sa sphère Pemba, Zanzibar» et, tôt ou tard, avec Bour« bon, les Amirautés, les Seychelles et la hautaine Maurice elle-même. C'est Ttle-mère , la reine de ces parages : tout le reste sera un jour dans sa dépendance. Toutes ces tles i tous ces îlots , se distribuant autour de la grande terre , forment avec elles un empire que nous pouvons nommer Malegachie , ce terme exprimant les rapports naturels et les liens hiérarchiques de ces terres entre elles. Halegacbe est le centre des relations du Cap , de tout le littoral oriental africain , de TArabie et de la côte occidentale de Tlnde* C'est une admirable position d'entrepôt
Que l'isthme de Suez soit ouvert, notre tle ne perd rien de sagrande importance* C'est toujours le foyer d'où rayonne la vie sur le vaste continent d'Afrique ; c'est toujours le lien entre cette partie du continent et l'Europe ; c'est toujours l'escale entre TEurope et les vastes possessions anglaises du Cap ; c'est toujours un poste d'observation d'où la France peut étendre sa main sur la grande route du commerce ea-» tre l'Occident et l'Orient,
En vue des événements qui peuvent s'accomplir dans le Levant, tout le monde a compris quelle prépondérance nous donnait notre colonie du nord d'Afrique. Dans la prévision de la lutte qui peut s'engager un jour au centre de l'Asie, entre les deux colosses anglais et russe, il faut se préparer une autre position plus avancée , d'où la France puisse surveiller les mouvements du monde asiatique. Les
missionnaires anglais, dans le livre important qu'ils ont pablié sur Malegaohe , nous ont révélé » par un mot , toute rimportance politique de cette tle. c Madagascar^ ont-ils dit» ike Great^Britain ofAfriea, cette*Grande-Bretagne de TAfrique 1 » Que l'Angleterre et la Russie se disputent TAsie : l'Algérie et Malegache donnent l'Afrique à la France. Quand la route Overland par Tisthme de Suez viendra à être ouverte » les riches possessions anglaises du Cap n'ont plus aucune valeur politique. Malegache et l'Algérie nous donnent alors une suprématie qu'aucune puissance établie à Constantino-» pie et jusqu'en Syrie ne peut combattre , et ces deux postes, ces deqx empires, nous permettent de maintenir la neutralité de l'Egypte et du grand passage.
Malegache produira et livrera au commerce , aussitôt que Richefm nain* l'industrie européenne aura touché son sol, le sucre, le^^®** café, le riz, Findigo, le cacao , le coton, la soie, les gommes copal et élémi , les plantes médicinales, les bois de teinture, d'ébénisterie et de construction. Ses pâturages nourrissent d'immenses troupeaux, ses côtes sont très poissonneuses et abondantes en tortues. Son sol est très riche en produits minéraux ; nous savons qu'il existe au nord-ouest des mines de houille. Dans ses ports viendront s'entreposer tous les produits des côtes d'Afrique et d'Arabie , les gommes de toute espèce, l'encens, la myrrhe, la poudre d'or, rivoire, les cornes de rhinocéros, le sésame, etc. De Malegache enfin nous viendront tous les produits non similaires que nous pouvons fournir à l'Europe centrale.
A!i|ieet réB«ral de t^tte. — PvpaAatloidk
L'Ile Maleg[ache^ située entre les 12* et 26* degré de lati-^ tude^ et se dirigeant au N.-N.-E. , a environ 300 lieues de longueur sur une largeur moyenne de plus de 80 lieues. Elle est traversée dans son milieu par une cbatne de mon-» tagnesj courant^ comme l'île entière^ du S.-S.-0. au N.-N.-» E. Ces montagnes^ s^élevant assez régulièrement^ forment au centre du pays de vastes plateaux , oh viennent les produits des pays tempérés^ la vigne et le mûrier. Les cimes culminantes de la chaîne sont les montagnes d'Ângave et d*Ankarto. Cette dernière, un peu plus au sud que l'autre et plus élevée, est par les 20^ lat. et iJt' long. , et ce pivot se trouve ainsi placé au point central de l'Ile. Ankarto a , diton, 1,800 toises. Ces montagnes, du reste, n'ont jamais été sûrement mesurées.
C'est sur ce plateau du centre qu'habitent les Houvas » peuplade aujourd'hui maîtresse de la plus grande partie de l'Ile. Leur gouvernement siège dans la province d'IIimerna , à Tananarivou {les mille villages), ville de 1 S ou 20,000 âmes. La position de Tananarivou est fort confusément indiquée par les géographes. Le docteur Lyall , dernier résident anglais, donne : lat 18*^ 66' 2'' S., long. 45' 37' 20'' E. de Paris. Suivant M. de Lastelle, la latitude est de 18® 50' 18". Sur la longitude, les opinions varient de 1 , 2, et jusqu'à 3 degrés. Tananarivou (d'après une observation faite par M. de Lastelle sur la place d'Andohala) , est à 1,500 mètres au dessus du niveau de la mer.
L'Ile Malegache est très arrosée ; ses rivières sont innombrables , mais toutes ont leur cours barré par des rianoa»
{CMSSiûé^ Où rapides) i qaelqae» travaux en rendràtèut im grand oombrci navigues. Deux grands fleuves descendent dn plateaa d'Ankhoava : le llanambaho courant au N.-0«, et qui se jette à la mer par les 17* 36^ ; et THikoupa , qui f réuni au Betsibouka, va se jeter au nord dans la baie de Bombétok. Le Betsibouka porte les bateaux arabes (bouth^ ris) à 26 lieues dans les terres, jusqu'au village d'Andrima.
Les fleuves y en général 5 rayonnent assez régulièrement du centre à la circonférence. L'un des plus grands , le Man« gourou , prend sa source dans un lac du pays des Antsia« naks 9 et longeant long-temps la chaîne principale , passe au pied des montagnes d'Himerna, en se dirigeant vers le sud , et va se jeter à la côte orientale au delà du 20« degré. :
Le lac Sianaka {grande eau) est , à proprement parler^ composé de deux lacs voisins et qu'on unirait aisément par une coupée. De chacun d'eux part un fleuve, le Hangourou> dont nous venons de parler, et un autre Mangourou ou Manangourou, qui court au N.-E* et aboutit à la mer, vers le 17"*, en face de la pointe de l'fle de Sainte-Marie. Ces deux fleuves forment ainsi une vaste presqu'île de la partie la pins fertile de Malegache. Ils embrassent le riche et beau pays des Bétanimènes , où une population nombreuse cultivait en paix et avec firuit son sol avant la conquête des Houvas. Ce pays Bétaniména (1) offre cette particularité remarquable d'un canal intérieur naturel, d'une étén«due de plus de 60 lieues , formé par des lacs et des rivières > et dont la ligne est à peine interrompue par quelques isthmes très étroits et faciles à ouvrir. Les grands lacs Nosse-bé, Rassoua-Uassé, et Rassoua-bé , formeraient des ports intérieurs immenses et qu'o^ pourrait mettre sans peine en communication avec la mer. C'est comme un abri pro*-
(1 ) Bé'tanv-mém , beaucoup de rouge terre.
videntielMrtelHtQrriEflit pAH de bêles» halttiittrfeB Yaots alîfléB» et où les gros icwps m mi% pus nres. . Frasque tontes les rivières île oett« oùîe sont b«rvées par les sables» Les sentes dont f evàHMicbure w se fectoe fà% sont oelles d'iji4éTûiira»tej MitiBandri^ManOu» etle Mao* gonroa (1)»
Les terres baaass delà c6ie sont couT^rtes de bnu^s^os} les oriqoes sont pleines de palétaviers« et les «Uasaits qui se dégagent en été des matières végétales en ^décompositioa eieneeDt sur les étrangers des taflaenees aases pernicieuses. Les fièvnw intermittentes atteignent» sur les eôtes» le Houva des hauts plateani aussi bien que TEuropéen* On se pré* senre dn mal par la sobriété et par l'emploi du sulfate de quinine* SL le capitaine de corvette Cuillata» et M^ le eapi-* tajdpe d'artillerie Goubot» gouverneur de Nowe-bé» ont conslaté que le s^ow h terre , pendant la nuit» était parti* culiteement malsain» et ils ont pu conserver en santé leurs kommes en les faisant rentrer à bocd tous les soirs.
Des travaui de dessèchement et l'ouverture de lyielqaes floes des riviftres barrées par les sables rondraient à «ette beUe Ile tonte sa ealubitlté. Vers 1808» trois créoles aotils et înteUigents de Jimirioe» MM. Petiieau» Cornet et Fres* sang» (â)» proposèrent am gouveroevgénéiral Deoaen de m
• <l}Ta|çi4laailevmo<eirionlc»di!rar8fle«?MdaBétanlo«éa«i^ oli0Dt à la mer , depuis T^maUfe et le niisseao MaoabVèse jusqa^aa Uaii» gourou, au sud : l^vouodron, le Tahatry, le Ranghl, le Mouassa, qui Tleoueut dea lact; llariioa» rADdéveurante» le Souadrara, leSmiaiiiÉiMi, lé ¥«lounaadi[i« le Hiliivadii oa ntfuiilM, le «aniki «o HaofopowMl , to mnonroUf le Maof ourou.
(2) C'est ce même Pressange, plein d^aflbction pour les Hale^acbes, qui ne tompreuilt pas quVm pût les teouser d*étre dea foleurs , el qui ddaiootralt» ea «esMttea» TiqlQsilae de cette «seosetioD tcBDileivr'i^aotiwA 4«i objets de curiosité pour eux, on leur a donné le désir de les acquérir; n'ayant que peu de choses d'échange, Ils ont tâché de se procurer oes objets par dea moyens Ulidtes : et on les a taiés d'être des volearsl... »
charger do dessèchement *des marais de la côte ^ depuis lei cap Bellooe , ae nord d» Sainte-Marie , jusqu'à la rinère de Séna^ à l'entrée du pirys des Antatchimons. Ils demandaient mille esclaves^ qu'ils auraient gardés en propriété, pour pris de leur travail , ajurès son achèvement compfet IL Petiseau^ aujourd'hui négociaiit estimé du Port-Louis, m'a communiqué la requête qu'il présenta au général Decaen, et plus tard à Sylvain Roux , à une époque où l'acquisition des esclaves était encore un fait parfaitement régulier. C'eût été là une belle opération industrielle , et il est fort à regretter que le projet n'en ait pas été adopté.
Le climat de Madagascar est d'ailleurs très sain. Les ma-« ladiea y sont rares. On y rencontre quelques hydropiques , quelques lépreux, La variole y est commune. Depuis la mort du roi Radama , le gouvernement stupide de Tananarivou a interdit l'inoculation sous des peines très sévè-^ res. Le sol produit la salsepareille ^ et les naturels ont dû malheureusement en faire usage partout où ils se sont trouvés en rapport avec les chrétiens d'Europe. Leur science médicale n'est pas fort avancée* J'ai vu combattre la lièvre en tenant , sans relâche | le malade auprès d'un très grand feu. J'ai entendu parler d'un devin de Bétanlména qui fai-* sait des amputations* Il brisait l'os avec une hache , et avait appris sans doute de quelque Européen la ligature artérielle.
Le sol de Malegache est généralement granitique. Il à des qualités très favorables à une grande variété de cultures ^ bien qu'il n'offre pas la puissance de la terre volcanique de Maurice, Il se configure dans beaucoup de provinces en mamelons assez pressés.
En descendant des plateaux j on trouve , avant d'arriver aux plaines du littoral^ de vastes forêts vierges ^ toutes maré-^ cageuses » où l'homme se fait de rares pasaages par des sentiers pesdus^ Les dernières hauteurs qui regardent la mer
sé nomitiem pays des Ambanivoalous^ parce qu'elles se edii« ronnent de bambous {voulous on bmiloui). Quelques Yoya-^ geurs peu attentifs en ont conclu qu'il y avait un peuple particulier d'AmbanivouIous. On dit Ambanivoalous à Maie* gâche conune nous disons montagnards ; il y a des Amba*' nivoulous cbés toutes les peuplades du littoral Est.
Trois races principales occupent Malegache et se distri^ buent sur sa surface suivant les trois grandes divisions géographiques de rtle : les Houvas ou Amboualambous (1) , sur les hauts plateaux de la chaîne centrale; les Sakalavas^ sur le versant occidental ; les Malegaches propren^ent dits> sur le versant oriental.
Les Sakalaves (3) ont la peau noire , les cheveux cr^us : c'est une variété produite par le mélange des populations malegaches avec les honunes venus de la côte d'Afrique.
Dans le pays des Sakalaves^ on compte^ en allant du nord au sud^ le pays des Antankar's ; le royaume de Boén! , qui s'étend de la rivière Sambérano , baie de Passandava , à la rivière Bali; le royaume d'Ambongou ; le pays des Mivavis; celui de Marah , borné au sud par la rivière Ounara ; le pays Mavouhazou ; le royaume de Ménabé , borné au nord par la rivière Douko , au sud par la rivière Mangouki ; enfin le pays de Febrègne> borné au sud par la rivière Ongn'labé«
Tout le littoral oriental est occupé par les peuples que nous nonunons spécialement Malegaches , et qui s'étendent
(1) H% Bojer , savant nataraUste , qui a passé deox ans i TanaDarIvoa, dit que les Hoavas s'^appelleoi aussi Ambaniandrous.
(S) Noos adoucissons k la française la dernière syllalM «vec Ve moet» parce Va, prononcé dans la plénitude d« eon , rendrait fi»ri mal la légèreté de la prononciaUon malegacbe.
assez avant dans Tintérieur. Ce sont au snd les Antatcbimous 5 vers le centre les Bétanimënes et les Bétsimsaraks^ au nord les Antavaratchs ; vers l'intérieur on trouve les Bétfiiléos, les AmbouriBious, les gens de Manendé^ les BézaoniaonSylesAntsianaks, les Antankayes.
On pourrait, réservant le nom de Malegache pour dési* gner et réunir en unité tous les peuples de TUe, essayer de confondre tous les hommes du versant oriental sons le nom de Bétsimsaraks (peuples unis) (1). Us se diviseraient , comme nous l'avons dit, en grandes familles : Antavaratchs, Bétsimsaraks, Bétanimënes, Antatchimous, Ambourimous» Manendës, Bézaonzaons; Bétsiléos, Antankayes et Antsia«* nacs, ces derniers servant de lien avec la race Houva. Ces familles se subdivisent à leur tour. Ainsi, dans le pays des Antatchimous, on trouve les Antaymourous, les Antayfassi* nés, les Antaysakas, les Antankarans, les Antaynossis, les Antay vangand'ranons , etc. Presque tous : ces peuples tinrent leurs noms des rivières dont ils occupent les bords. Ces peuplades contiennent à leur tour un grand nombre de tribus. Ainsi , chez les Bétsimsaraks » la peuplade des Antayhivoundrous, qui vit sur les bords du fleuve Hivoundrou, se divise en Zafin-rini-lambous, Zafine-Zafine-Rahéfine, Zafinrafankas , Zafin-Manguehari-Hongnis, et d'autres en* core.
Les popubtions de Test sont de couleur brune, à teintes olivâtre et violette ; la couleur de la peau, assez claire dans les pays du sud , va noircissant de plus en. plus, à mesure
{i)Bé'T9i'Miuardka^ beaucoup de geoi qui ne peofent être séparée. Antaivaratch signifie gens qai habitent le nord ; Antatchimous , gens qui luibilent le sud. A la rigaeur, les Bétsiasaraks sont Antavaratchs par rapport aax fiétanimènes. Hais ao^oard^hal, dana rasage, chez les Hoavat, lea Bétsiléos, les Antsianacks, lesfiéxaonzaons, les Bétanimènes et lesBetsimaaraks , comme pour les traitants européens , les noms d^Antavaratchs et d'Antatehimoos désignent les populations dei deux extrémité» d^ llle.
qu'on bpproehe du sofd. Les cheveux des Mal^ches sont ua peu crêpas.
Le HouTa, an contraire , a les cbeveni unis et les traits droits* Sa couleur est beaucoup plus claircj jaune-olivâtre. Il appartient évideniment à un type de race différente et supérieure. II est considéré comme étranger par tous les autres Haiegaches. On suppose que cette population a été for-» mée par une colonie de Malais jetée sur la côte nord-ouest^ lors des grandes Migrations qui portèrent les peuples de la Malaisie vers roccident La colonie nouvelle ^ se voyant probablement inquiétée par les populations jalouses du lit-* loralt quitta les bords de la mer et se retira vers rintérieur des terres^ dans les contrées plus désertes.
Les Houvas ont mêlé leur sang aux populations des Antankayes^ des Antsianaks^ des Bézaonzaons» des Bétsiléos, et de plusieurs autres peuplades au centre et vers le sud. La coloration de presque toutes tes tribus 4'Ankhouva eon*^ State ce mâange^ Les gens de la province d^Himema ont conservé seuls le teint jaune clair et le type pur de leur origine étrangère* Parmi ceux-ci, la tribu Avarandranou {aa fwrd de Peau) prétend représenter la race daos sa pureté. Ce sont les Zanak'andriamasounavaion, fils d*Ândriamasou- Davalou, le grand ancêtre , à peau blancbe. Ils attachent une grande importance à descendre des blancs.
Les liouvas sont constamment restés des étrangers pour les peuples de Toucst, du nord et de Test Us emploient beaucoup de mots inconnus ches ks autres peuples du pays ^ bien qu^à la suite des siècles il se soit formé dans toute rtle une assez grande unité de langage. Du reste, partout, à Malegache, des caractères de bmitle avec les langues de la^ Malaisie, etlenom mémedu pays, semblent constater une origine malaise. Il est probable qu'à diverses époques très éloignées, plusieurs essaims d'émigrants malais vinrent se po-
ier sar Ptle et Ée cotffonâireiit arec la popQlafkm fndigbiie; Les Hou vas ^ Tenus les derniers, se sont troavés isolés par des eircoDStaoces extraordîDaires.
On Toit à Malegaebe, an nord*oaeSt, à l'est et an sad, des Individus appartenant aujourd'hui an famifles malegaebes proprement dites, à ehevenx crêpés, mais qui portent sur leurs traits le caractère de la race malaise. Ces indîvidos se distinguent par une forme de tête ttoins arrondie , plus ré^ gultère ; la face est aUongée , le nez est long, la ligne de son profil est droite el ferme, avec des narines épatées ; la lèvre inférieure est comme pendante, pins développée que la sn-« périeore $ le dessin de l'oreille est assez fin. Le trait ^stinc^ tif de la physionomie est nn mélange de douceur, de'ruse et de circonspection.
La race qu'en peut supposer indigène, atr contraire , a nn air plus vif, plus ouvert, plus décidé, plus enthousiaste. Sa tête est très arrondie, d'un dessin moins droit et moins fin; la partie inférieure du front, vers Parcade sourciKère, est moins développée ; le nez est très petit , rond et relevé , sans fermeté ; le développemeni de la mftehofre est consiéérable ; les lèvres sont énormes, et la supérieure domine Tinférieure. Malgré cette irrégularité , le visage des Sfalegacfies platt par une expression de gâtté, de franchise et d'esprit. Le Hoova a des formes généralement déliéee et ékmcéesw La race indigène est moins svehe.
Lorsque nous disons qu'on reconnaît dans plusieurs va* riété^nralegadies des caractères de la raee malaise , nom ne prenons pas pour type les peuples qui habitent fe nord de la Malaisie et qui se rapprochent de la raee mongole* Dans les archipels^ à Timor, 8»vn , Solor (1), pins an snd^ certaîses
(t) Short accoant of the blaods Timor, RoUI, Sam and Solor. ITALAYAif
HlSGBUUAlimS.
peuplades ont des traits qui les distinguent mteoi: de la race jaune mongole ; leur visage affecte moins la forme losange , leur face est moins plate , moins concave, si Ton peut ainsi parler; l'eil a très peu d'obliquité. La couleur est plus déterminée, olivâtre, verdâtre (1).
Nous pensons que notre tie , où la race purement malegache, dont nous avons indiqué quelques traits distinctifo, est peut-être autochthone, a en outre été peuplée par des groupes venus du ceatte et des parties méridionales de la Halaisie, du monde australien , de la côte orientale d'Afirique, enfin de TArabie elle-même. Au nord-ouest, au fond des principales baies du littoral , se sont établies des familles d'Arabes noirs, dont le sang s'est mêlé à celui des Africains. Cette population prend le nom d'Antaloutsi ou Antalôts. Elle est très peu nombreuse et fait exception à Malegache.
La division que nous avons faite de la population de Tile en trois grandes familles, les Sakalaves , les Houvas, et les Halegaches proprement dits , on Bétsim'saraks , est encore déterminée par les faits récents de leur histoire et par l'état politique du pays , comme nous le verrons plus loin.
(i) On peat dire qne le type de couleur des peaples malaisleiis s^ioflaence particulièrement da Tert , comme les races d'Amérique se colorent du ronge et de l'orangé , comme les peuples de l'Asie orientale ont le Jaune : à l'Eu* rope, lea racet blanches et topérieures; à l'Afrique, les races neires et infé* rienres. Vers le sud de la Halaisie , aux abords de l'Australie, on trouve une couleur brune, presque noire, influencée de violet. H. Bory de Saint- Vincent signale des populations qui auraient les muqueuses de la bouche de coulear violette. Le Halahar, refoulé au sud de la presqulle de Plnde par les Irrup* Ijons des peuples blancs et Jaunes du nord , et qu'on nomme le noir Malabar, n'est pas seulement noir ; sa couleur est fortement influencée d'indigo : c'est la race bleue. If ous avons fait personnellement cette observation au milieu de populations malabares, et nous en avons vu confirmer l'exactitude par un grand nombre de bons observateurs, à llaurice.
Bappoiti des Enropéa» av«e Malet mIm. — CtiUqfté
des eiiali de coloniMitioB.
Nous allons maintenant jeter un coup d'œil rapide sur l'histoire de ces peuples dans leurs rapports avec les Européens.
L'histoire des rapports de l'Européen avec Malegache est peu connue. Nous allons en esquisser quelques traits. L'insuccès de nos diverses tentatives sur cette lie a jeté le découragement dans les esprits^ et l'on en a tiré cette conclu* sion qu'il était impossible d'y fonder des établissements durâbles. Les détails qu'on va lire expliqueront suOisamment la cause de nos ruines, et feront comprendre qu'il est très facile de s'épargner le renouvellement de pareils malheurs en évitant les fautes déplorables qui les ont provoqués.
En 1603 et en 1S06 Lorenzo d'Almeïda et Tristan d'Âcuna^ et un peu plus tard quelques navigateurs hollandais^ reconnurent l'île africaine, mais sans y tenter aucun établis* sèment colonial , sans y élever de fort.
En 1642 un privilège fut accordé à un capitaine de la gygtème guermarine, Ricault, de Dieppe (1), et il fut autorisé à prendre JÎT^® jjj*^*"'®' possession , au nom du roi de France , de Madagascar et des fies adjacentes, pour fonder des colonies.
Dans le même temps, février 1642, un nommé Goubert, capitaine dieppois, ayant emprunté à la grosse assurance une somme considérable, partit pour les Indes. Sur la côte sud-est de Malegache, où il vint relâcher, l'ennui le prit de continuer son entreprise; il fit couler son navire, prenant le soin de sauver et d'empocher l'argent qu'il devait employer à l'acquisition dos trésors de l'Inde. Goubert construisit
(1) El non pas Plcault, Rivauît, comme «lisent Coppland et Rochon.
une forte chaloupe et repartit pour France. Sept on huit hommes de son équipage^ qui avaient sciemment concouru à perdre le navire, après avoir touché le prix de leur trahison, se décidèrent à rester dans Ttle sauvage , oîi les retenait le bon accueil des habitants et Tattrait des amours fa* ciles. Tels furent les premiers colons européens dans Ille Malegache : des matelots grossiers et sans probité, des voleurs.
GoaTernemeni Quelques mois après, le capitaine Cocquet, autorisé par la compagnie Ricault à aller prendre de Tébène à Malega-^ che, déposa à Manghafîa , dans la baie de Sainte-Luce, Pronis et Fouquembourg, agents de la société. Cette première expédition arriva précisément dans le pays à la fin de Thiver, en septembre ou octobre, c'est-à-dire au moment même où les fièvres commencent à sévir, circonstance fâcheuse que les expéditeurs n'avaient pu prévoir. Mais nous voyons, en 1644, un renfort arriver en février. En 1648 Flacourt débarquait encore à Malegache, au mois de novembre, dans la hors-saison, comme il le dit II est curieux d'observer que depuis lors aucune des opérations sur Malegache n'a été faite dans la saison favorable. Il est impossible de trouver un motif sérieux, une excuse à une pareille maladresse.
Les premiers rapports avec les indigènes furent charmants. L'hospitalité des peuples patriarchaux est connue. Les hommes blancs venus sur leurs merveilleux navires > avec leurs uniformes , leurs armes à feu , paraissaient des êtres extraordinaires, des demi-dieux, et les populations surprises les entouraient de respect et d'amour (1). Dans ce
(1} Le chroniqncur Dubois dit :
« Tous ces gens-Ià sont assez cîYils et courtois , D'ayant la brutalité des autres uaUocis noires; ils sont spirittels et fins. Il est dangereui de se fier trop à eux ; et quand Us Tculent trahir qaelqu*nn , c^est alors qu'ils font le plus de caresses.
payd de libres amours , tontes les jeunes filles accouraient offrir en souriant leurs caresses à l'Européen ; les maris présentaient eux-mêmes leurs femmes en témoignage de bienvenue. Les excès amoureux furent poussés nécessairenient aux dernières limites ; on s'exposait sans précaution an soleil brûlant du jour, à Thumidité et aux miasmes morbides de la nuit. Ces négligences^ ces débauches^ et les influences de la saison mauvaise, enlevèrent, en peu de temps, un tiers des hommes de l'établissement
La bonne intelligence cependant ne tarda pas à être troublée. Les nouveaux colons et leurs chefs eux-mêmes ne se faisaient pas faute de méchants procédés et d'exactions. Cependant le respect aurait long-temps contenu la plainte des naturels, si Tes rivalités haineuses des Européens entré eux n'ataienf déterminé les hostilités. Le groupe dés matelots du capitaine Gonbert avait vu avec colère arriver Fronts, dont l'autorité officielle ruinait la leur. Hs répandirent de faux bruits, circonvinrent les chefs, et leur firent accroire que le poste de Mangbafia projetait la ruine de leur pouvoir et l'asservissement de leurs familles, c Incités à la sourdine; par les blancs (1 ) » , les naturels s'emportèrent en menaces, et, à l'occasion de quelques feits graves de violation
« Aatrefoift ces noirs estoient des meilteores gens da moDde; et qomd ils toyoienl on bommé blanc, ils estoient dans l^admiration et dans le respect, se coucbant à terre quand il en passoit près d>ox ; et sy on voaloit entrer dans leiirs cases, ils se mettoient sur le saeil de la porte, et faisoient passer on homme blanc sar lear corps, disant que la terre n^estoit pas digne de porter an homme blanc, crojans qoll eust quelque chose de divin; mais k présent ils sont bien changez d^humeur, n^ayant pas plus de respect pour nn blanc que pour un noir. Et cela causé par la trop grande liberté qu^on leur i donnée , et par le mavTais eierople qa^ils ont eu des Européens, qui font gloire du péché de luxurre en ce pafs, et qui leur desbauchent souvent leurs femmes; et quand on leur presche la chasteté, ils se mocqoent, et disent que les blancs ne sont pas meilleurs qu^eux. »
(1) Flacourt, Histoire de Madagascar,
de propriété» de déprédations et de violences commises dans les provinces voisines» douze Français furent massacrés.
Sur ces entrefaites» le navire du capitaine Cocquet donne sur les rescifs àRanoufoutshi» et l'équipage» aidant luimême à la perte du bâtiment» en enlève toutes les munitions de guerre pour les vendre aux chefs hostiles.
Pendant que l'en vie » l'amour brutal du lucre» lebrigan* dage et la trahison divisaient entre eux les colons» tandis que les fièvres de l'été et un sinistre de mer les affaiblissaient» le chef de l'établissement irritait tout le monde par son orgueil et accroissait les souffrances par le désordre de son administration. Chacun puisait confusément au magasin» que nul ne prenait soin d'approvisionner régulièrement Le gaspillage était tel» qu'en six mois quatre-vingts hommes dévorèrent (sans compter le riz) 2^S00 bœufs; et la colonie restait quelquefois plusieurs jours sans aucune espèce de vivres. Alors on allait faire des excursions de nuit et enlever le bétail dans les bois. Pronis ayant pris pour grande femme (1) une fille d'une puissante famille» Dian-Ravel'manourou » nourrissait h grands frais toute la parenté. Pour traiter d'égal à égal avec les chefs» qu'il voyait entourés d'esclaves» il disait de ses subordonnés : Ce sont mes esclaves* Ces propos mécontentaient vivement les colons» irrités d'ailleurs d'avoir pour chef un homme de la religion réformée.
Ce malaise et ce mécontentement conduisirent en 1646 à une révolte ; et Pronis» plusieurs fois arrêté et emprisonné par les colons » finit par se servir des Malegaches eux-mêmes (faute énorme I) pour réduire et massacrer ses ennemis. Son autorité devint tellement insupportable » qu'une nuit » vingt-trois hommes désertèrent et ne craignirent pas de s'aventurer dans des pays inconnus et de faire plus de
(1] Vadinbét traducUon vulgaire : femme n^ I.
cent lieoed poor aller rejoindre un navire qu'on disait mouil* lé dans la baie de Saint-Augustin. Il n'y avait pas de mauvais traitements que Pronis ne se permit envers les indigènes. Il faisait assassiner un chef important^ Rahoulou^ parce que ce^ lui-^i accusait le commandant français de lui avoir volé des bœufs ^ accusation certainement fondée; il intervenait dans les querelles des tribus^ vendant son appui pour des fournitures de rie et de bétail. C'est ainsi que nous le voyons > pour 1000 bœufi>5 aider les Eringdranous à massacrer les Bohitzanghombs. Enfin ^ il est une histoire que je vais raconter dans sa naïveté^ et qui donnera à la fois une idée des mœurs amoureuses des peuples malegaches, et des injustes et cruels procédés du colonisateur européen à leur égard. L'histoire est très compliquée et exige du lecteur une atten- ,tion soutenue.
Il y avait alors dans le pays un barapip (1) célèbre nommé mstoire du ba^ Razo. Ce Razo, frère de Dian-Ramash^ chef de la province, "P^P ^"o* avait pour grande femme Rafatéma (2). Rafatéma étant fort avenante ^ Pronis ne manqua pas de s'en donner la joie. Razo j se conformant aux mœurs hospitalières du pays ^ tolérait les choses ; il retirait d'ailleurs quelques profits des amusements de sa femme.
Vers le même temps^ Pronis s'éprit de Dian-Ravel , la* quelle devint ensuite sa grande femme. Dian-Ravel , très gaillarde personne^ avait alors pour amant en titre un nom** mé Romarou^ auquel^ parfois , elle associait encore Razo,
Pronis, manquant à tous les usages du pays, à toutes les convenances malegaches, voulait empêcher tous rapports entre la femme malegache et son barapip, et, ne pouvant ob-
(t) Barapip, barapipa, homme qai vit d'amoar, sédactear, amant illégitime; Don Juan, Joconde.
(2) A Malegache , outre la vadin-bé , grande femme, on peut avoir trois vadin-ina$séy petites femmes } puis autant de concubines qu^on en veut.
tenir ce sacrifice de Diao Ravel « il soudoya Raao j et fitas*^ sassiner Bomarou.
Diao- Ravel oe témoigna pas de haine contre le beau Razo , meartrier de son principal amant ; mais 5 dans soii désespoir, elle résolut de se venger sur Rafetém^ , grande femme de Razo , et petite femme de Pronis , soit qu'elle voulût punir d'une manière quelconque l'assassin Razo sans nuire à ses propres plaisirs , soit qu'elle entendtt frapper dans cette femme Pronis lui-même ^ dont elle était la concubine.
Dian-Ravel , redoublant de séductions , attira d'alK^rd à elle tout le culte amoureux du chef français et de Razo* Bien que Rafatéma se trouvât tout à foit abandonnée par Pronis et par Razo , Dian - Ravel ne trouva pas que son triomphe fût assez complet, et ne prit de cesse qu'elle n'eût fait promettre au Vaza (1) la mort de sa rivale. Celle-^ci, en effet, revenant du fort un soir, reçut un coup de fusU qui la blessa grièvement
Sur ces entrefaites survinrent les trouble^ du fort, Temprisonnement de Pronis , et il paratt qu'au milieu des injures dont on accablait le chef dans sa prison , les Européens civilisés lui mettaient souvent soi\s les yeux le tableau des amours de Dian-Ravel et de Razo. Tofis deux , en effet , vivaient librement ensemble depu^is Tarrest^tioB du commandant.
Le premier soin de Pronis, en reprenant l'auiorité , fut de chasser Razo avec des paroles violentes , et de lui défendre de reparaître au fort Le Malegacbe se retira okécontent, avec Rafatéma, dans son village.
On ne sait si Pronis voulait, dès lors, se porter aux derniers excès de violence, ou si quelque nouvelle faveur 1^-
(i) Vaza, blaDC , étranger. Ce terme est respectueuzi koDorifiqjue.
cordée par ea vadin-bà Tint Texaspérer ; mais voici ce qui arriva.
Un jour qae Razo> étenda devant la porte de sa case , jouait snr son marou-^ané (1) quelque chanson mélanco^ lique, sa fenune^ qui plantait des patates dans le champ voisin , rappela en loi signalant l'arrivée des Yazas. Donze Français gravissaient le mamelon. Le Malegacfae alla an devant d'eux 9 leur fit koAar (2), leur offrit le don de bienvenue^ des volailles, du riz^ do betsa*Aetsa\(S)f qu'il goûtait scrupuleusement d'abord. Les Français lui dirent que, lassés de l'odieux gouvernement de Pronis , ils venaient s'entendre avec lui pour faire la guerre au chef français. Razo, se levant , leur parlait de ses moyens de d<^fense , et leur montrait avec orgueil sa palissade sur son mamelon aux flancs rapides, lorsqu'un des visiteurs, trahissant toutes les lois les plus saintes de l'hospitalité, lui tira à bout portant un coup de fusil dans la joue. Le Malegacbe tomba et roula jusqu'au fond du ravin , où il resta sans mouvement Les femmes et les serviteurs s'enfuirent en poussant des cris d'horreur.
Quelques jours après ce crime, Ptonis, sous un vain pré« texte , feisait encore tuer le vieux père de Rafatéma.
Razo n'était pas mort : la balle , frappant de côté , avait traversé la joue sans accident grave. Le Malegache fut bientôt remis. Il cherchait vainement un motif à la conduite du commandant français : il n'avait rien à se reprocher.
Cet homme jusque là avait toujours montré un grand sèle pour les Français, rendant mille bons offices, guide fidèle dans les expéditions. Il avait amicalement partagé sa femmç
(1) Instrament de musique*
(2j Kahar ou kabarit assemblée, réception solennelle, (3) Boisson fermentée faite de Jus de canne à sucre mftlé de <lu6lque herbe tromatliiQe et amère.
avec le vaza, et il ne s'était même pas plaint lorsque Pronis avait fait sur cette femme une tentative d'assassinat. Bien plus, pour plaire à l'Européen, cédant à son ascendant et à ses perfides suggestions, le barapip , jusque là livré exclusivement aux paisibles travaux de l'amour, s'était fait as* sassin. Razo n'avait pas cessé, pendant l'emprisonnement de Pronis , de lui conserver fidélité et dévoûment Chassé ignominieusement du fort, il avait supporté cette injure sans se plaindre ; et , pour prix de tant d'amitié et de patience , les Français , sur l'ordre de leur chef, venaient trattreosement l'assassiner dans son village, en plein Aa^ar hospitalier! Razo ne pouvait avoir conscience du tort que lui reprochait Pronis. Dans les mœurs de son pays , les privilèges d'amour sont acquis au barapip, et, moyennant un léger impôt que prélève sur lui le mari-propriétaire, jamais il n'est inquiété dans ses plaisirs.
Razo jura donc de se venger sur tous les Français, et, de ce moment, chaque soir, aux alentours du fort, il se mit à l'affût
A peu de jours de là, un vaza fut trouvé mort sur la route de Ranoufoutshi , puis un autre à la porte même du fort ; et RazQ allait partout, se vantant de mener à bien son œuvre d'extermination.
Pronis , connaissant Ténergie et la résolution de cet homme, fit direà Dian-Ramash, grand chef du pays, que, si on ne lui envoyait pas la tête de Razo, il déclarait la guerre à toutes les peuplades. Les Malegaches n'étaient pas armés ; ils avaient bien eu quelques engagements avec de petits partis de Français égarés dans les bois, mais l'idée d'une guerre déclarée avec les gens du fort leur paraissait effrayante. Le commerce était une ressource pour eux. Un grand kabar fut tenu, et, malgré les résistances de Dian-Ramash, la majorité des chefs décida qu'on céderait à Texigence du
che{ vaza. Vers la fhi de Tannée 1647, en eSet^ fa tête de Razo arriva aa fort , et ftit offerte par Dian-Machikor, grand du pays> au représentant de la civilisation et de la chrétientés
Cette triste histoire mérite d^tre méditée ; elle caracté-* rise d'une manière saisissante un des procédés de la civili-* sation dans les contrées barbares.
L'administration de Pronis se signala par un dernier trait qui devait porter au plus haut degré la haine et l'exaspéra* tion des Malegaches contre les Français. Le gouverneur de rile Maurice , Yander-Meister, étant sur la rade de Sainle- Luce^ demanda à acheter des esclaves, Pronis , pressé par un capitaine marchand nommé Lebourg, fit ramasser par un détachement, aux environs du fort, 73 individus, pres^ que tous de famflles libres, qui venaient porter des denrées à l'établissement , et il les vendit au HoUandaiSk « Depuis ce B jour, dit Flacourt , aussitôt qu'un navire mouillait sur la » rade, toute la côte devenait déserte. «
La mesure était comble. Bientôt Pronis, avec 28 hommes , se vit cerné , affamé par Dian-Bamash et tous ceux du pays ; il descendit à des supplications pour obtenir des vivres , promettant que lui et tous les Français s'embarque* raient sur le premier navire touchant à Malegache. Cette pro * messe fit éclater une grande joie parmi les indigènes ; les approvisionnements affluèrent, et l'on vit les colons, réduits à l'extrémité, donner jusqu'à leur chemise pour oIh tenir un peu de riz.
L'établissement était dans cet état déplorable lorqu'arriva Gonvernemeni en novembre 1648 Flacourt , avec le titre de commandant ^® ^'woun. général à Madagascar (1). Flacourt était un homme intelligent et ferme, mais ne connaissant rien que la politique du sabre. Il ne lui était pas possible d'ailleurs d'effacer la trace
(i) Flacoqrt conduisait iio renfort de 80 hommes.
— Aides injures passées, et les divositioDS hostiles enfantées thez les natnrels par le gonveraernent de Pronis eiigeaient sans doote des mesures de force et de répression. Dès les premiers kabars avec les chefs , Dian**Ramash fit comiNrendre a» gonvemenr que jamais les Malegaehes n'oublieraient le meurtre par trahison de Raso> et renlèrement et la vente des hommes libres livrés à Vander-Meister»
Cepemdant il y ent un moment de bon accord qui suivit Tarrivée do nouveau chef.
Or voiti un exemple des petits procédés d'amitié dvili-. sée an moyen desquels Flacourt occupait les loisirs de la paix, etckerchait à calmer Pirritatton des Haiegaehea, à s'at* tirer lem* bienveillance.
Dian-lMssei, beau -frère de Dian-Ravel, persécutait le Gommasdant du fort pour avoir un fusiL Flacourt en fit accamiModer utt ( c'est son expression même ) , c'est-à-dire qu'il commanda à l'armurier de pratiquer un trou sous la culasse » et de le boucher avec du plomb. Pronis , qui était do secret de cette aimable plaisanterie, ayant été à Imau«> gbalou pour (aire baptiser sa fille , en dit un mot sous le se<* eret à Dian-Ravel ; celle-ci en avertit sa sœur, qui douna pronqiitement à son mari un avis sahuaire. Tsissei alla con« ter ce trmt de perfidie à Dian^Ramash , et lui montra la ma« chine infernale. L'indignation de Dian^Ramash fut extrême, et il prit ce préuxtty dit Flacourt, pour menacer le chef français et lui déclarer la guerre. Ainsi les Français se croyaient autorisés h tontes les violences et à toutes les trahisons, et n'admettaient pas. que les naturels eussent jamais le droit de se plaindre ni d'exiercer de justes représailles (!)•
(i) Le FvAD^ati^ né malia, CMenUtlIemeDi farceur , abai^ de mMIe ma* nières de la simplicité de ces paavrea sauvages. Un chroniqaear dit :
•( Il nous demandoient comment nous faisions pour avoir d^aossi grosses » barres de fer que noua eo portions chef eai i naos lear faisions aecrolre
Flacourt do reste déploya use grande énergie poar éta* blir la domination de la France , et quatre ans après son arrivée, la soumission parut assez générale. Il se vante quelque part d'uvoir pillé et brûlé cinquante villages en deux ans. Nos alliés eux-mêmes forent maintes fois a1>* taqués et massacrés 5 et au milieu de toutes ces vi^dences Flacourt témoigne une tranquillité d'ftme tout à fait earaer téristique. Il parle de deux têtes coupées qu'on lui présent tait c q^i avaient très bonne façon » . En résultat , les guerres du gouvernement de ce chef eurent pour effet de dépeupler le pays environnant et d'en chasser les habitanis par delà les monts. Peu à peu , pour revoir leurs villages , fls rede^ ficendaient dans la plaine ; mais leur soumission ne fut jamais sérieuse ^ et des troubles perpétuels exigèrent le renooveHe* ment des mêmes violences.
Tandis que l'établissement maintenait du moins intact rhonneur du pavillon , on semblait l'oublier en France. Cinq années se passèrent sans que les colons aperçussent un
» qQe neus ptantlons <)«• épingles el des «IgQiUes «» France , et qa^au boni y.d*oi| certain temps elles grossissoieot comme ils voyaient. Dans le mo« » ment les poules et les œufs abondèrent chez nous; pour une épingle lia » nous donnoient hait œufs, et quatre on cinq poules pour une aiguilla, el 9 aHoient ensuite lea planter la pointe ea haut , comme noua leur aviona dit | » Ils ne manquoient pas tous les Jours d'aller voir en quel état elles étoient. p Gela ne dura pas long-temps, comme vous jugez bien , parce quMls virent * qu'on se moquoH d'eui... »
Voilà des farces regrettables , surtout quand on considèFe qoWes étalent iodées par Iqs chefs de la colonie, quand on considère qu'elles servaient de moyens frauduleux de commerce. Quelquefois ces plaisanteries françaises menaient à d'épouvantables résultats :
« Ils sont fort stijets aux maui de tète. Aq eommencement, nos FrancoiSi j» à qui lls^s'en plaignoient, leur faisoient accroire que c'étoit une mauvaise » vapeur qu'ils avoient renfermée dans le cerveau; que, pour la dissiper , il » falloit 7 donner de l'air, ily m^ut é^aueg aofs pour $e la fiUr^ percer : V c'est tins marque que la douleur quHU touffroient était bien grande, »
Fotfoya à MaâagoHQafj pat H. d* Y*..|^ cooMniaaairv proviaiaL da i*ai!tll- » lerie de France.
navire. Us étaient nos pieds , sans vêtements ; on ne leur payait plas leurs gages : Flacourt n'avait pas de chemises. Fiacourt partit pour France le 16 février 16SS» laissant le gouvernement à Pronis. Cette confiance accordée à un chef dont les moyens de gouvernement avaient été la perfidie et la violence, qui avait toujours procédé envers les naturels par le vol et par l'assassinat, cette confiance prouve que Flacourt, s'il était doué de facultés plus puissantes, n'était malheureusement pas animé d'un meilleur esprit que son prédécesseur (1).
Quinze jours aprfes le départ du commandant général , un incendie allumé par imprudence dévore tous les bâtiments du fort , détruit tous les approvisionnements , la poudre , les affûts des pièces, les armes, les outils, les ustensiles. Pronis en mourut de chagrin.
Pendant que ces faits se passaient au sud, Delaforest- Desroyers, commandant de deux vaisseaux pour le duc de la Heilleraye, relâche à Sainte-Marie pour réparer une voie d'eau. Il part en chaloupe, et, remontant une rivière, à la grande terre , il envoie demander du cristal de roche à des gens occupés à leurs récoltes. « Le riz est bon à cueillir, répondent les Malegaches ; il s'égrainera si nous retardons la cueillette pour aller h la recherche du cristal , et notre ri« chesse sera perdue. > A ces raisons , Delaforest , furieux , s'emporte en menaces. Il descend , chasse devant lui les habitants d'un village épouvanté, saisit, enchaîne, frappe, et menace de son épée des chefs et des femmes. Les naturels indignés attirent dans un piège le capitaine français et cinq de ses hommes , qui sont massacrés.
Desperriers, lieutenant de Pronis, et son successeur dans ae Destierrierf7 le commandement du fort Dauphin , recevant la nouvelle de
(i) Flacoort est mort en met «laeiqaes aonéei après, comme il te disposait à retourner à Halegache.
Gouvernement
la mort de Delaforest, s'avise d'en accuser les chefs du pays d'Anossi 5 situé à plus de deux cents lieues de l'endroit où s'était passé le meurtre , si bien provoqué , du capitaine Delaforest. Desperriers entre dans le pays d'Anossi , surprend ses habitants en pleine paix, et les massacre. Le détait de cette opération mérite d'être connu.
Un grand du pays , Dian^Panolahé , s'était venu paisiblement établir à Fanshère^ et pour garantie de paix il avait laissé son fils aîné en otage au fort Une nuit 5 Dian-Panolahé est surpris dans son sommeil , enchaîné et conduit au fort Dauphin, après avoir vu piller et incendier sa demeure. Un chef septuagénaire et sa femme sont massacrés dans un village voisin , tandis qu'un autre détachement frappait endormis sur leurs nattes un chef important, Dian-Rassoussa, et son fils.
En apprenant ces attaques et ces assassinats , le chef principal du pays d'Anossi , Dian-Machikor, réunit toute sa famille, et se présente au fort pour jurer que lui et les siens ne sont coupables d'aucun tort envers les Français. Cette démarche si pleine de grandeur ne produit aucune impression sur Desperriers. Dian-Machikor et un de ses fils sont mis aux fers et attachés par les pieds à un poteau, auprès de Dian-Panolahé. Deux autres fils du chef, ses trois filles, quatre de ses neveux et plusieurs autres membres de sa famille, sont envoyés sur le navire le Saint-Georges , en rade , pour être gardés à vue.
A quelques jours de là, le pilote Lébahie, commandant du Saint-Oeorges , s'en vint dire que ses prisonniers le gênaient abord. «Eh bien, descendez-les> répondit Desperriers; mais qu'en ferons-nous à terre?» Une embarcation ànSaint-Gear^ ges jeta bientôt sur la grève les Malegaches , les mains liées au dos; et quelques nègres, sortis du fort, commencèrent alors à zagayer ces gens sans défense. Un missionnaire ^
— il6 —
le père Boardaise , a^eonrat, et led baptisait dans le sang, en élevant au Ciel des actions de grâces. Le plus âgé de cette fomille n'avait pas 26 ans. Une jeune femme ^ déjà blessée , parvint à s'échapper, se jeta à la mer et nageait vigoureuse* nient vers un bouquet de bois du rivage opposé. Une trat-* née de sang marquait sa route sur le flot« Cependant I>es«^ perriers^ du baut de la butte du fort, observait tranquillement dette scène. Sur son ordre , une pirogue, mise à l'eau ^ et vivement poussée par d'adroits pagayeurs (1) , atteignit la Malegaehe, et un matelot l'acheva à coups de pagaye sur la tête. Tous ces jeunes gens avaient reçu la mort aV€C fermeté , avec calme , sans pousser une plainte*
Le massacre achevé , Desperriers s'en alla trouver Dian-* Machikor, qni ne savait rien du malheur de sa famille , et il lui promit la vie à lui , et à tous les siens , s'il livrait aui Français son or.Dian-Machikor commanda à son fils d'aller chercher toutes ses richesses, et le jeune garçon partît pour son village sous la garde d'un détachements Je copie pour la fin de l'histoire le récit du vieux chroniqneiir.
< Ils arrivèrent au soir, et, étant arrivés, Dian-Bel (c'est 9 le nom du fils de Dian-Machik<H') dit à sa sœur, qui gari doit la maison , ^e pour sauver la vie de son père et hi » sienne, et celle de ses frères, elle allât quérir té»t l'or que 9 le chef possédoit. La pauvre fille s'y en va seule, au milieu • de la nuit, à plus d'une lieue dans la montagne et lès bois; » apporte , au bout de trois heures , un panier sar sa tète oà » étoîent l'or, les colliers, les oreillettes et bracelets de son i père , et tout le meilleur qu'ils possédoient. Non content» » de cela, lesdits François pillèrent tout ce qu'il y avoit dans » la maison , et s'en retournèrent au fort le lendemain avec i les prisonniers. Desperriers, Lebahie et les autres, trotn
(I) Pagayeur, rameor. L^pagayet r^me malegache, est très courte , très évasée, avec la forme da battoir de nos blanchisseuses.
~ 47 — Tant qu'il y avoil qnetqaeB cents gros d'or^ dirent que Ma« chikor se moquoil y et qu'il avoit bien plus d'or que ceia. Cepeudaut Dian-Panolahé dépécha des hommes pour aller à la yaliée d'AmbouIe trouver sa femme, et Dian-Tséroogh^ pour quérir tout Tor qu'il avoit* Mais Dian-Tsérongh se moqua de cela, et la femme de Panolahé aussi, qui dirent que 5 puisque c'étoit un homme mort aussi bien que les autres, ils ne yooloient pas encore risquer leurs biens.
»Ce pourquoi, étant revenus les messagers, Desperriers, et Laroche , son lieutenant , après avoir fait aux chefs re« proches d'avoir fait tuer M. Delaforest (ce qu'ils nioient et disoient qu'ils n'avoient aucune connoissanee ni aflSnité avec les nations de ces cantons là , et qu'ils en étoient in^ nocents) , et fait beaucoup d'indignités, jusqu'à leur arra-* cher leurs pagnes , leur dirent qu'il falloit qu'ils mourus-» sent Dian-Machikor supplia de les envoyer en France, où on leur feroit leur procès , s'ils avoient mérité la mort. Hais Panolahé dit : c Puisqu'il faut que nous mourions, allons à la mort. §
» Alors (après leur avoir annoncé le massacre de leurs enfants) on les livra tout nus & de petits noirs qui les tuè« teùx à coups de sagayes. C'est (ajoute pour unique commentaire l'historien) tout ce qui s'est passé depuis le dé^ part de l*Ours, dans lequel s'en est retourné en France le sieur de Flacourt, jusqu'au départ du Saint-Georges. »
Nous ne voulons pas raconter ici en détail l'histoire des Lemitsionnaire établissements de Malegache. Nous nous bornons simple- ''•'^«•^^•* ment à indiquer les procédés généraux des colons envers les naturels ; nous citons les faits qui caractérisent les différentes administrations. On a vu, par les récits qui précè«
dent, qadle était la manière d'agir des colons militaires; sous tous les gouvernements qui suiTîrent » les mêmes violences se renouvelèrent Nous allons examiner maintenant quel était le mode d'acdon du missionnaire , du prêtre chrétien. Flacourt , malgré sa politique violente , était très préoccupé de la propagation du christianisme; il disait; c II y faut
> envoyer d'abord des prêtres. .. , et comme il ne se peut pas » faire que les pasteurs y puissent vivre sans qu'il y ait d'au- » très personnes qui veillent à leur conservation , il est né- • cessaire qu'il y ait de bons forts bien garnis de bonnes mu- » nitions de guerre, b Jusqu'en 1660, nous ne voyons pas agir les missionnaires; à peine aperçoit-on dans l'histoire un prêtre tout heureux de pouvoir baptiser les malheureux que Desperriers mettait à mort. En 1660, avec le nouveau gouverneur,, Ghampmargou, arrivent des Lazaristes, et nous allons les voir à l'œuvre.
Dès d'abord nous trouvons dans un chroniqueur que, fi Tandis que les gens du fort ravageoient les provinces voi- » sines, le supérieur missionnaire, pour faire subsister sa B maison et prendre une parfaite intelligence du pays, pour 1 les fins qu'il se proposoit , mêloit des gens de sa petite 1 troupe qui partageoient au pillage y et ne manquoient pas
> de s'instruire. > Voilà , ce me semble , une façon fort peu évangélique de se présenter aux naturels et d'étudier le pays.
Le père Etlen- Dans cette guerre énergiquement poussée par M. de hanghe. Ghampmargou, les Français avaient contre eux tous les
grands des pays antatchimous, un seul excepté, Dian-Manhanghe, chef de Mandrerey. Dian-Manhanghe , homme intelligent , très redouté et considéré parmi les Malegaches » nous avait puissamment aidés à toutes nos expéditions; il avait accepté de bonne grâce la souveraineté de la France , ç il s'étoit contenté du commandement particulier de ses sujets sous les ordres de La Gaze », un de nos ofGciers.
c Ce grand, par sa politique et sa juste reconuoissance , avoit employé tous ses moyens à acquérir une vaste et so-* lide domination à ses protecteurs , parlant des François comme d'hommes miraculeux ; et^ retourné chez luy , attendoit les occasions de leur rendre de nouveaux services..» » c Jusque alors , dit un autre chroniqueur, il ne nous avoit donné que des marques de sa bonne volonté pour nous.
B Le supérieur missionnaire , qui avoit connu la facilité qu'avoit Dian-Manhanghe à se faire croire de ceux qui dé* pendoient de luy , en regarda la conversion au christia* nisme comme un exemple qui se feroit suivre de cent mille autres conversions ; et la langue françoise, qu'il parle et entend fort bien , facilitant son instruction , il résolut de l'entreprendre et de le baptiser. Le dessein communiqué au gouverneur , Dian-Manhanghe fut prié par un envoyé de se rendre au fort Dauphin : la proposition qui luy fut faite le surprit. Le missionnaire, l'ayant exhorté long* t emps et n'ayant rien obtenu , crut mieux abattre sa résistance par une grande menace , et lui déclara que les François seroient ses ennemis s'il ne se faisoit de mesme religion qu'eux. Le nègre offrit ses enfants au baptême s'ils le vouloient recevoir, dist qu'il ne s'opposoit point à ce que les personnes qui dépendoient de luy fissent sur ce point ce qu'ils trouveroient le mieux; que pour luy, ayant long-temps vescu d'une mesme sorte, il luy étoit impossible de quitter la pluralité des femmes, et de s'assujettir aux règles qu'il falloit suivre dans notre religion. Le missionnaire, ayant recommencé de telles exhortations, mais qui tomboient dans un esprit mal préparé à croire la bonté d'un Dieu crucifié et ne l'émouvant pas, reprit les menaces et l'ébranla encore par la crainte qu'il luy donna delà guerre que les François iroient faire chés luy , pour
enlever ses femmes s'il ne les quittoit. Dia»»Manhanghe demanda quinze jours pour se résoudre , lesquels expirés^ il promettoit de revenir. Ce temps passé et le grand ne paroissant points le gouverneur ^ sons prétexte d'une entreprise qu'il disoit avoir dessein de lui communiquer, le fit prier d'en venir conférer^ engageant sa parole pour entière seureté de sa personne. Il se rendit au fort, où, sans ouvrir aucune;autre affaire, on lui demanda sa réso*^ lution sur] ce qui luy avoit été proposé la dernière fois qu^ils s'étoient veus , et le missionnaire le pressa de ré-» *pondre à la grâce qui se présentoit pour son salut Ce nègre parut dans la mesme dureté qu'il avoit témoignée auparavant, et conclut qu'il luy étoit impossible de chan^ ger de vie. Après cette! déclsuration, le gouverneur, ayant tiré le missionnaire} un peu à l'écart, luy dist qu'il ne pouvoit souffrir l'obstination de cet infidelle ; que , pais" qu'ils iioient dans une pleine paix bt m'avoieîit plus BESOIN BB LUT, il ne sercit pas dangereux de le perdre et qu*il luy allait donner un coup de pistolet dans la tête* Le missionnaire s'opposa à cette exécution , pria le gouverneur de laisser agir le Saint-Esprit, et que peut-être maintenant ce nègre a voit-il changé de dessein. Dian-Manhanghe, défiant et rusé , reconteissant sur ces deux visages , qu'il considéroit dans leur entretien , qu'il se formoit une batterie violente contre sa résistance, commença à craindre tout de bon ; et lorsque le missionnaire le remit sur son instruction à la foy et son baptême , il quitta les refus et s'attacha adroitement à des objections que le missionnaire surmonta, et enfin prit jour pour aller chés luy le préparer à recevoir le christianisme. Dian-Manhanghe, échappé du péril qu'il croyoit avoir couru , arriva dans son Donac, dans le pays des Hachicores , à vingt-cinq lieues du fort Dauphin, l'esprit plein d'inquiétude, et, s'entretenant
dans trae haneur mélancolique et sombre , témoigna une tristesse désespérée à tons ceux qui le virent. Un de ses fils qui avoit été baptisé ^ dès long^temps avant l'arrivée de ce dernier vaisseau ^ par un autre missionnaire qui étoit mort depuis^ scachant que celuy-cy devoit venir à uQ jour donné, et jugeant que son père étoit dans une irréso* lution étrange sur ce qu'il exécuteroit, pour satisfoire à sa piété, vint avertir le missionnaire de l'état oiH il connoissoit son père, et le prier de ne se hasarder point à se ren** dre cbés luy que les apparences ne fussent plus favorables. Le grand zèle^ et Tespérance que Dieu feroit des miracles pour élever cett€ église naissante , l'emportèrent sur la prudence humaine ; les avis des hommes furent négligés et l'inspiration fut suivie. Le missionnaire , accompagné seulement d'un frère > d'un autre François, et de six nh^ grès, qui portoient des ornements et choses nécessaires k dire la messe et à administrer le sacrement de baf^éme , partit au commencement de la quatrième semaine de ca^rême de l'année 1664, et arriva quatre jours après cbea Dîan-Manbanghe. Ce grand le receut avec respect ; mais, à l'explication que le missionnaire fit du sujet de sa ve-« nue, il eut un refus absolu du nègre, qu'il ne lui servit de ri^i de prier, d'exhorter et de prescher. Ce père, qui dn feu de son amour alloit tirer la ruine de ce qu'il av#it de périssable, déclara la guerre à Dian-Manhange, l'embraze-^
ment de ses villages et l'enlèvement de ses femmes. Lé grand, d'un air qui sembloit aifermy, protesta qu'il re-^ grettoit beaucoup de perdre l'amitié des François , et qu'il ne se rangeroit point à cette extrémité, s'il luy étoit possible de faire autrement. »
Soucbu de Rcnefort (1) dit qu'à la suite de cesdiscus--
{i) \RelaUondu premier voyage de la compagnie des Jvdei orientales âan$ aie dej^adaga$car ou Dauphine,
sioDd Dian-Manhangae empoisonna le missionnaire et sea compagnons. Certes , cette déclaration de guerre , sans mo* tif aux yeux du chef sauvage , ces menaces d'enlèvement de ses femmes et d'incendie de ses villages , excuseraient jus» qu'à un certain point Tacte de vengeance de Dian-Manhan* ghe; mais Souchu de Renefort ne raconte pas dans tous ses détails et avec exactitude la fin de l'histoire. Des provocations plus vives, plus directes, poussèrent le chef aux der« nières extrémités.
Le grand sujet des querelles du P. Etienne, c'était la po« lygamie. A Malegache, on a ^généralement , en tant que les moyens de fortune le permettent, une grande femme (vadin* bé), et trois petites femmes (vadin-massé). Le nombre des concubines est illimité. Dans la morale du pays , l'homme est d'autant plus considéré qu'il a un, plus grand nombre de femmes.
Le P. Etienne eut la maladresse de vouloir heurter de front ces mœurs. Il commença par discuter, et l'on pense bien que ses arguments n'eurent pas grand succès. L'his- ^oire nous a conservé quelques unes des objections du sauvage, c S'il est bon , disait-il, d*avoir une femme, pourquoi » seroit-il mauvais d'en avoir plusieurs?... Tuveux,yaza,
• qu'on ne fasse le nUUli (l'amour) qu'avec une femme;
• dans notre pays il y a beaucoup plus de femmes que d'hom-
• mes ; comment feroient les femmes qui n'auroient point
» d'hommes? S'il est mal d'avoir plusieurs femmes, si
iton Zanhare (ton Dieu) le défend, pourquoi tous les
• François du fort couchent-ils avec toutes nos femmes ?...
> Vous autres, François, vous yenez voler notre terre, pil-
> 1er le pays et nous faire la guerre ; et vous voulez nous B imposer votre Dieu , à cause qu'il défend le vol , le pillage » et la guerre. Allez, vous êtes blancs d'un côté et noirs de
i Pautre; et ei nous passions la rivière i €6 D'est pas moi
• que les v<>ttA^i prendroieot (!)• »
Le P. Etienne, se sentant à bout d'arguments contre tant de souveraine naïveté, prit le parti de recourir aux menaces ; après les menaces vinrent les violences. Un jour, le missionnaire , aidé de ses gens , voulut expulser les vadin^ massé de Dian^Manbangbe de la demeure du cbef (2) • Lea femmes, comme on le pense bien, se sentant menacées dans leurs amours et dans leur dignité, s'insurgèrent, et auraient fait un mauvais parti au missionnaire si Dian*Man« hangbe n'était venu le tirer de leurs mains. Le cbef maie* gacbe combla le P. Etienne de présents , en lui demandant on délai pour se décider sur la question religieuse, et il s'en alla dans le pays des Nacbikors , afin de se soustraire aux persécutions du prêtre et d'éviter toute occasion de rupture avec les Français. Ce n'était pas l'affaire du P. Etienne, qui ae mit à sa poursuite, dans les contrées sauvages, et le joignit dans un village des Machikors. Voici, du reste, dans quels termes un ofScier, qui était alors au fort Daupbin, raconte la dernière conférence de Di&n-Manhangfae et du P» Etienne.
c L'beure du souper approcbait , lorsque le Grand , qnl » s'était retiré pour laisser reposer nos voyageurs , vint les » trouver, et, s'adressant à H. Etienne, 11 lui demanda ce
• qu'il désirait manger, qu'il était prêt à le lui donner ; mais » il répondit qu'il n'avait aucune volonté là-dessus, et qu'il
(i) Bémoiret dtés par le natmUfte GhapeUer , dont les maniucriti md» aux archives, k 111e Haurice.— FouA^, les caïmans. Dansqoelqaes pays do sud, le passage de la riYlère est le Jugement de Diea. Dian-Hanhanghe supposait qoe les caïmans loi donneraient raison» et mangeraient le prétfo clvétien.
(S) Généralement, dans nne coar commune, chaque •fenraie a sa pe« Ute maison. La vadin-hi occupe le principal pavillon. Le mart distribue devoire conijugaui par aemeine entre wt diverses femmeai
mangerait ce qui se trouverait. En même temps i\ fit ap«porter quelques chapons^ plusieurs poulets , du riz^ des canues de sucre, du vin de miel et quantité de différentes sortes de racines.
«M, Etienne pria le prince de souper avec }ui, destil ne fit point de difficulté. Pendant le repas, ils raisonnèrent sur la religion. Dian-Manbanghe entendait un peu le français, et le parlait de même. Le missionnaire remontra au Grand combien Dieu était oflénsé de ce qu'il avait plusieurs femmes , de ce qu'il tuait plusieurs enfants quand ils naissaient 'dans certaines lunes et jours de Tannée ; en un mot , il lui fit voir le ridicule de leur religion , et blâma avec beaucoup de zèle toutes les superstitions dont ils usaient envers leur Oly, qu'ils adoraient, et Tnintilité des cbarmes qu'ils partaient à leur col, auxquels cependant ils ajoutent foi. A tout cela voici ce que le Grand répliqua : Qu'il n'avait jamais fait tuer aucun enfant, et ferait ûé^ fendre dans sa province qu'on en tuât davantage ; que , pour ce qui regardait son Olf, dont il avait reçu tant de bien , il ne pouvait s'empêcher de l'adorer toujours ; qu'à l'égard des femmes, il ne pouvait s'en passer, puisque c'était la seule marque de leur grandeur qui les distinguait du commun de leurs sujets. Cette dispute dura tout le long du souper ; elle fat agitée le lendemain et pendant quinze jours qu'ils y restèrent avec aussi peu de succès que la première fois. M. Etienne vit bien que les choses ne tourneraient point comme il s'en était flatté : il laissa à Dieu le soin d'éclairer oes misérables ; il en a<fanira les jugements incompréhensibles , et se disposa à s^en retourner. Pour cet effet, il prit congé du Grand; et la veille de son départ, après souper, en l'embrassant, il lui ar* racha les charmes qu'il avait pendus au col, enfermés dans une ei^pèce de petite boite , et les alla jeter au feu, t
•rr» 66 —
En plein kabof d'hospitalité , arracher k son hôte ses amulette^, le frapper dans ses superstitions les pins vives , c'est là une dernière injure que le chef sauvage ne pouvait pardonner. Il contint sa rage sans doute pour ne pas firapper son hôte dans sa demeure ; il lui donna rendez- vous pour le lendemain an bord du fleuve, oii il promit d*aller lui faire ses adieux. Le lendemain , le missionnaire eut encore rimprudence de rappeler au chef l'injure de la veille ^ et il chercha à lui démontrer l'impuissance de cet Oly , de cette divinité qui se laissait insulter impunément C'était le meillear moyen de donner an projet de vengeance de Dian-* Manhanghe une sanction religieuse. A peine le P. Etienne avait-il quitté le chef ^ qu'il fut saisi , à la sortie d'un bois , par desgensenembuscade, etzagayé. Un autre missionnaire et quatre Français qui l'accompagnaient périrent avec loi.
Jamais acte de vengeance fut-il plus obstinément provoqué 7 Gomprend«on que de pareilles folies , inspirées par un fanatisme aveugle » passent être commises avec l'approbation , avec l'encouragement des chefs politiques ? Conçoit* on une tyrannie phis odieuse , une ingratitude phis noire f Le mot du gouverneur Champmargou, qui propose de casser la tête au meilleur allié de la France , attendu (fvfan n*a plus besoin de tai, et qu'il n*y a pas de danger à le perdre, et la façon dont le missionnaire entendait l'ioterventiou du Saint- Esprit, ne montrent -ils pas tout ce qu'il y avait d'insensé dans la politique des colonisateurs de ce temps Jà 7 N'est-il pas dès lors facile de s'expliquer l'impuissance de leur ouvre et rhoetilité des peuples envers lesquels ils usaient de procédés an^l indignes 7
Cette persécution stnpide exercée par le P. Etienne fut Accord de Petla cause des grandes guerres qui suivirent , guerres qui eu- §^^ rirru^ u! rent pour résultat final la ruine de l'établissement français, gieax.
En apprenant le meurtre du P. Etienne, les Français du
fort ne révèrent pluâ qae pillages et massacres, t Toos, tant
> que nous étions , dit un chroniqueur^ nous ne respirions » qu'à assouvir notre colère dans le sang de ces abomina- »bles traîtres. I» Ghampmargou entra avec ses troupes dans le pays des Mandrerey. Un parlementaire de Dian-Manbanghe c étant venu demander» de la part du prince, ce que nous
• venions faire dans son pays, si nous cberchions de quoi » subsister^ si les vivres nous avaient manqué au fort 5 et si »nous désirions quelque chose de lui, qu'il était prêt de 1 nous tout accorder, nous lui répondîmes que nous ne se- » rions satisfaits que lorsque nous l'aurions brûlé tout vif »dans son donak (1), et qu'en attendant nous brûlerions j»son pays et ses sujets. >
Les premières expéditions eurent un plein succès : c Nous omettions le feu à tous les villages du prince où nous pas-
• sions, après les avoir foit piller. Les femmes et les enfants
> qui ne furent pas assez habiles pour se sauver dans les bois
> comme les autres furent tués. » De son côté, Dian*Hanbanghe , ainsi attaqué , exaspéré par les injures dont on avait payé ses services et son dévoûment, ne songea plus qu'à se venger. • Le désespoir d'être jamais en amitié avecles Franxçais, dit un autre écrivain du temps, le fit résoudre à se •perdre ou à les détruire. • Il y eut de grands combats entre les deux partis, et l'on voyait dans les mêlées Dian-llaa*hanghe, revêtu des habits sacerdotaux dont il avait dépouillé le P. Etienne , l'étole au cou, un bonnet carré sur la tête , rappelant incessamment aux Français et aux Malegaches l'in* jure qu'il avait subie et la vengeance qu'il en avait tirée. Dans les rangs des Français , le missionnaire Manier portait^ d'une main, le crucifix, de l'autre une image de la Vierge en guise d'étendard. Dans une seule rencontre, le chef de Man*
(1) DonoA, maison de cM.
drerey perdit8,000hoiiiiDe8(l);Ghanipmargott faisait ach^ ver tous les blessés sur le champ de bataille. Pendant les six jours qui suivirent ce combat^ on brûla plus de 160 viU lages , ot Fou massacrait les femmes et les enfants. On ne revint au fort que lorsqu'on fût c lassé de brûler et de sacca- » ger tout ce qui se présentait »
Ces grandes défaites à la guerre ne lassèrent pas Dian-* Hanhanghe. Il ne pouvait plus mettre de grandes armées en campagne , c il n'avait plus de pays qu'où il campait » ; mais par l'activité de ses intrigues ^ par la hardiesse de ses coups de main incessamment répétés ^ il entretint les provinces du sud dans un état inquiétant d'agitation , et ne laissa que la mer libre aux gens du fort C'était un vrai diaéle volant , dit Renefort Bientôt la famine se fit sentir dans l'établissement; et nous voyons que, dans leur désespoir, les Français attribuaient leur malheur à l'équipée du P. Etienne , c et, ne gardant plus de mesure à s'en plain- » dre , s'échappèrent à des discours insolents. Le missionjiuaire qui avait porté l'étendard chez Dian«Manhanghe pré* »eha. qu'il avait eu des révélations qui l'assuraient que le » père défont était reçu dans la gloire Apdtre et Martyr, que »ses prières conservaient ce qui restait de Français, dont la • plus grande partie méritait, par^ses déportements, des » peines plus rudes que celles qu'ils souffraient, et qu'il » excommunierait ceux qui parleraient irrévéremment de B leur protecteur. Le gouverneur joignit des menaces de pu- » nition exemplaire du bras séculier à celles de la censure » ecclésiastique. •
Depuis ce moment, quelques expéditions heureuses, dirigées par La Caze, major général de l'tle, honune intelli-
(1) GbampmargOQ n^avalt pas cent cln<iiiaiite soldats earopéens ; mais La Case» qui avait pour femme Diao-Ilongh, chef da pays d'AmlK>Qle» réonis» sait sons le drapew Draocato eoTlroo 4.000 lodigèoe%
gent et 4^iai6 ^ande éoei^e , rétablirait quelquefois lea
affaires des Français ; mais toutes- les populaitioBs ne cessè*^
rent pas d'être hostiles et de remuer sourdement^ toujours
escitées par Dian-Manbanghe.
GonTeraemento La difisioo eavie«ne des cbrfs entre eux, la mauvaise ad-
de^gue, Sera- ministration et l'indiscipline , pouss^rrat à sa décadence la
et dê'tabreSciil' ^^^ Quelques règlements inspirés par la
DaoDèia^" '^'^ jugtfee et rbamavité sous le gouvernement de M. le eomte
de llondevetgue (2) n'eurent pas d^eiécution , et liondever-» gHe > calomnié par son successeur, revint mourir prisonnier au cbâtean de Saumur. La grande division navale qui portait àliadagasoarram&ral de La Haye, en qualité de vioe-roi et Ueutenant fédéral dans toute l'étendue des mers et pays orien* taux, arriva au fort Daq^hin en novembre 1670 (3). L'amiral , mulade > abandonna son poste dès le mois d'avril sitivant , pour aller se rétablir à Pile Bourbon ; et bientôt i avec ses faisseaujL, il quitta définitivement les mers de Maie* gâche, et il partit pour les Indes. Peu après mourut La Caae> dont la natation tensait enoore en bonneur les Français dans le pays. Gbampmargou ne lui survécut pas long* tenq)s , et laissa les colons accises de misère sous les or--^ dres d'un nommé Labretèche , gendre de La Case. Ce La«bretèche, un beau jour, s'embarqua furtivement avec queU fuesmissionnairesot colons; mais k peine le navire était-*
(1) «Je n*ay trouTé, dit un chroniqueur » que de« emportés et dei mal* habiles, où la compagnie françoise voyoit ses principaux agens, tous les offi» derii, mal choisis, et faieapables de Foceo^aUon à la<}ttene Ils éiolefit deitN nés ; fen excepte les mariniers» qui sans doute étoient dlgnea de lenr* char* gea... Les dispositions vennet de France sembloient se contredire en l'exécution, et être plntost une brouillerie méditée , et peut-être politique , que le fond d^BB' établissement solide... Le conseil laissolt raoïlrir ses soldats âd iêim sous la portée d*nn fort , et n'aToit pas Tindustrie de faire un sqjet nj an amy entre cent souverains qui commandoledt dans 111e oaiB0aè.«.i»
(S) H. de Mbndeverguè «friva à Hklegaclie en ooftfbre, lii^onr dea fièirei.
(5) âsiaoo des fièYresv
il à la voile qoe des sigaaax de détresse partis du fort Fob-* ligèrent à mettre eo panne, et ses chaloupes recuillirent , éperdus sur la grève, les Français qui échappèrent à la zagaye de Dian-HafihaD|^e> de Dian-^Rannoossaye et autres chefs. Ainsi disparut, en 1672, notre colonie du fort Dauphin. Avons-nous besoin d'insister sur l'énumération des causes qui amenèrent notre ruine? Sous tous les gouverneurs envoyés à Malegaehe, Pronis» Flacourt, de GbampmargQUy de Hondevergue, et de La Haye, toiyours nous voyons rétadblifr* sèment laissé sans aucunes ressources par la négligence des xompagQies ; toujours nous voyons Tadministration coloniale livrée au désordre et au gaspillage ; toujours nous voyons la jalousie et la division entre les chefs; toujours nous voyons employer contre les indigènes des procédés de perfidie et de .violence. Ce ne sont que vols, bn^andages, massacres, irabis<ms, insultes aux mœurs, violations de tous tes préju^ gés du pays. Certes, il est facile d'éviter le retour de pa^jeilles causes de mine, et les idées de notre siècle ne permettraient pas qu'on recommençât la colontsalion dana un pareil système.
Noas avons dit comment procédèrent, à Makgache, le co- Le commerçant lonisatenr militaire et le missionnaire. Nous allofts voir "''*8"***** maintenant comment s'y est comporté le troisième des agents principaux que la civilisation envoie sur les terres barbares, le commerçant
Depuis long-temps les baies du N. et du N.-E. de Malega- Bubiissement cbe servaient de ports de refuge et de ravitaillement aux eKlavei?'^ ^^ pirates européens qui flirent, pendant deux sièctes, la terpeut des mers indiennes. Leur principal point de retraite était rile Sainte-Marie. Ce» piratea venaient se v^oeer à
— 60 *- Malegache de leurs périlleuses expéditions ; Us y arrlv&teAt avec leurs riches captures; généreux et prodig[aes5 ils ré^ pandaient leurs trésors dans le pays. Proscrits par la civili<- ^tion , ils se faisaient de Ttle sauvage une autre patrie ; fis en adoptaient les mœurs , s'y créaient une famille. Là , donnant trêve à leurs habitudes de pillage et de meurtre , ils se reposaient en quelque sorte du *maU et> dans leurs jours de paix et de fêtes insouciantes^ ils se montraient bien* veillants pour les indigènes. On les recevait avec des transports de joie, tandis que Tapparition d*un navire du com*merce ou même d'un vaisseau du roi était une cause d*époa^ vante. Ceux-ci, en effet, ne procédaient à leurs opéi^tions d'échange que par des moyens de fourberie ou de violence.
Vers 1721 finit le règne des forbans dans les mers de rinde ; leurs navires furent détruits et leurs équipages dis-, perses. Ceux d'entre eux qui échappèrent au désastre vin« rent se réfugier auprès de leurs familles , à Halegache. Ces hommes , depuis long-temps étrangers à toute industrie ré* gulière , privés désormais de la ressource du brigandage maritime, embrassèrent le métier facile de commerçant , et y portèrent l'immoralité de leurs principes. Avec leur prospérité et leur joie disparurent leur générosité et leur bienveillance. Ruinés, pressés de besoins. Us se mirent à exploiter les Halegaches. Us se firent les agents de toutes les transactions entre les capitaines des navires européens et les gens de la côte, et l'on peut s'imaginer ce que devint le oégoce entre de pareilles mains. C'est à leur cupidité qu'on dut l'organisation de la traite des esclaves.
Les premiers colons de Bourbon et de Blaurlce avaient plusieurs fois fait demander des esclaves à la côte malega^ che. Aussi loin que remonte la tradition historique, on trouve l'esclavage établi dans la grande Ile africaine ; mais ici , comme dans toute société patriarcbale, l'esclave fait partie
de la famille j et sur une terre féconde ^ où. la vie est facile ^i on exige de lui très peu de travail , et 8a condition est presque aussi heureuse que celle du maître. Les Malgaches refusaient donc de vendre leurs serviteurs. Les commerçants comprirent qu'il fallait créer une nouvelle classe d'esclaves» qui ne se rattachât aux chefs par aucun lien antique et familial. Us fomentent des troubles entre les diverses peuplades ; ils excitent secrètement les Antavaratchs à piller les Bétanimènes> qui venaient à des époques régulières con«duire sur les marchés du nord leurs troupeaux et leurs pro< duits. Ces actes de brigandage produisent des rixes, des inimitiés de peuplades, et enfin la guerre. Pour faire la guerre ^vec succès» il faut les armes à feu des Européens. Les deux partis s'adressent aux commerçants. Alors se trouve sur rade un navire qui offre de céder des munitions de guerre en échange d'hommes esclaves. Pour avoir les armes néces* saires à leur défense, les Malegaches, dans les rixes, saisissent leurs adversaires et les livrent aux Européens. Une fois ce premier pas fait, l'avantage qu'on retire de la vente des prisonniers excite l'ardeur des indigènes, et la guerre s'alluine de tous côtés. L'enlèvement de 73 hommes par Pronis en 1644 avait été un fait exceptionnel , et il avait profonde- ' ment irrité les populations du sud contre les Européens. La Tente des esclaves dans les pays du nord, en 1722, fut organisée avec tant d'habileté par les anciens pirates, qu'ils parurent céder aux instances des naturels , et ne recueillirent que des remerctments. De ce jour, ils devinrent nécessaires aux Malegaches, et, sous le titre pacifique de traitants, ils servirent d'intermédiaires pour tout le commerce d'hommes et de denrées qui s'établit entre la grande terre et les Iles de France et de Bourbon.
Telle est l'origine de cette célèbre classe des traitants de Le traitant. Malegache. Depuis le temps des pirates, l'écume des colo-
Bies ée Maorice et de Bonrben n'a pas Cé6sâ de venir se jeter sur la c6te orientale de cette tle. Ce ne sont que soldats ou matelots déserteurs, commerçants banqueroutiers, aventuriers perdus de dettes , petits mulâtres sans éducation et sans dignité de caractère (1). Tous ces hommes , en géoé^ rai, mis en contact avec des populations bienveillantes, au milieu de l'aisance d'une vie indolente, finissent souvent eux-mêmes (et ceci est remarquable) par pren(k« des mœurs douces et bienveillantes ; ils s'améliorent par le fait du bien-être dont ils jouissent ; mais toutes les pauvretés de leur âme, toute leur bassesse, toute leur corruption, se concentre dans l'acte de leur industrie, dans le commerce» Nous savons assez tout ce qu'ose le commerçant civilisé, toutes les extrémités auxquelles il se porte au sein même de nos sociétés organisées , en &ce de toutes nos garanties , sous la menace de Foprnion publique et des lois pénales , pour nous imaginer ce que peut faire le traitant au milieu de peuplades sauvages dont il est craint et respecté ponr sa qualité de blanc, quels que puissent être d'ailleurs sa nullité intellectuelle, son abaissement ou ses vices; dans un paya oili il n'y a, veillant sur lui, ni l'œil de l'opinion publique, ni l'œil d'aucune autorité politique , judiciaire on de police. Je ne veux pas commencer ici le tableau de tous les excès auxquels se porte dans les affaires de commerce le traitant européen de Malegache : une juste indignation m'entratne-
(1) n ya de« exceptions': qaelqne capitaine marchand rarprfs en traiter depois linterdlction , qaelqaes enfanU prodignes , quelques bonnes âmes mélaneolîqaeSy que des chagrins ont chassés de la civilisation et conduits cbes les sauvages. J'ai connu parmi les traitants des hommes fort honorables, HH. Feret, SaToye, Pexcellent et original père Colas, HM. Tonlette, If oussitou , etc. Quelques uns de ceux-là même jouaient de très méchanta tours commerciaux aux iDdigèaes. Du reste, les Houvas, Instruits à si bonne école, commencent à prendre leur revanche, et j^ai assisté à pln^ sieurs de ces scènes plaisantes, où le civilisé se faisait Jouer par le barbare.
rait à de trop longs récits. Qu'il me suffise de dire que les procédés de raensonge, de perfidie et de trahison des blancs établis à Malegache^ que les mauvais traitements dont ils se rendent coupables envers les naturels, que les fâcheux exemples qu'ils étalent incessamment devant eux , ont pour effet de détruire la ^considération dont jouissent chez les peuples noirs les races earopéennes, et de diminuer les vives sympathies qui attirent spécialement les Malegaches vers le caractère firaoçais. Depuis surtout que la traite a été abo-* lie^ depuis que le gouvernement houva a mis des entraves an commerce et opposé des concurrents indigènes aux agents européens, le traitant, appauvri, s'ingénie à des manœuvres de plus en plus honteuses pour gagner sa vie dans l'échange des denrées et des marchandises.
Achevons en peu de mots l'histoire des rapports de la Matsacra d«» France avec les populations malegaches. FrançâiyàSalnie-
La Compagnie des Indes avait formé un établissement à nie Sainte-Marie, en 17S0. Le nommé Gosse, chef de cette colonie, ne manqua pas de maltraiter les naturels et de les blesser dans ce que leurs mœurs ont de plus religieux. Nous voyons qu'il fut accusé par la femme-chef de ce pays d'avoir violé la tombe de son mari, pour y chercher de l'or. La veille de Noël 1751» Pétablissement français fut incendié et les colons massacrés. Un vaisseau expédié de lUe de France vint immédiatement tirer une sanglante vengeance de ce désastre. Béti, fille du chef de Sainte-Marie , conduite au Port- LouiSj se justifia aisément devant le Conseil supérieur, et revint, comblée de présents, s'établir sur la grande terre, à Foulpointe, auprès de son frère Zanhare, chef de la contrée, qu'elle domina par son intelligence. Cette femme fort
belle prit pour mari un soldat de la compagnie des Indes «
nommé Labigorae , lequel rendit de vrais serviees an corn-*
merce français à la côte orientale.
GoQvernement Un homme doué de sentiments élevés , le comte de Hauda comte de Haa- j ^ ^^ . .^ ^
dtve. dave^ renonçant au système guerrier, avait proposé au gou«
vernement un plan nouveau de colonisation c pour le seul objet de commerce. >I] vint s'établir au fort Dauphin en 1769) avec le titre de gouverneur. Dès l'abord , les ressources manquèrent au comte de Haudave pour la fondation de la colonie , et la métropole , sous prétexte que l'établissement était fondé sur de faux principes , lui refusa bientôt tout secours. Le fort Dauphin fut abandonné de nouveau.
La France, absorbée par la guerre d'Amérique, renonça pour le moment à toute opération sur l'tle orientale, où elle se trouva , dès lors , particulièrement représentée par les traitants établis sur divers points de la côte et agissant en pleine liberté désordonnée.
*BDtre|prlio de En 1774 eut lieu l'expédition du comte Beniowsky. Ce Beoiowskj. fameux aventurier débarqua dans la baie d'Antongil , le 2 fé«
vrier (1) . L'entreprise de Beniowsky est le bouquet de l'action guerrière des Européens sur Malegacbe. Le comte polonais Qvait vêtu ses soldats de costumes bizarres, propres à exiter la i^urprise et l'efifroi ; importaient de grands sabres recourbés : imaginez quelque troupe de routiers du moyen âge. A peine débarqués, ces gens-là firent leur métier : ce ne furent qu'exactions, brigandages et cruautés. Du reste , Beniowsky procédait largement ; c'était un esprit original et vigoureux, un homme d'exécution hardie, un espèce de Murât barbare. II éleva d'abord un vaste système de forteresses^ dressant des palissades sur tous les mamelons, au bord des rivières ; il traçait sur le papier d'innombrables plans d'ar-
(i) To^loora âo plus beao momenl dei flètren
senauXj de citadelles, de villes; il ouvrait, en idée, des routes d'ua flauc de l'tle à Tautre , et il donnait ces choses pour accomplies dans de magniCques rapports adressés au gouvernement Toute l'activité de Beniowsky se perdit en projets de fondations fantastiques, en courses aventureuses, en guerres sans issue ; il ne sut pas se faire un allié parmi tous les cbeCs des peuplades ; il ruina complétemept le commerce et se vit lui-môme incessamment menacé de famine ; il ne comprit jamais que le côté violent de sa mission , disant tout haut « qu'il serait honteux de rechercher l'amitié des nëgresi •
Il faut reconnaître qu'il fut souvent desservi par les chefs de l'administration de l'île de France, où il s'était fait des ennemis par sa hauteur insolente. Les secours qu'on lui fournit furent insulDsants. Il disait : c Donnez-moi une marine , deux millions par an , six cents recrues annuelles , et avec cela je promets de vous fonder en vingt ans une colonie redoutable. »Dans ces conditions, Beniowsky eût peut-être réussi en effet ; mais il aurait enterré probablement à Malegache 10,000 blancs , et massacré 50,000 indigènes. C'est là un moyen de conquête sanglant et terrible. Aujourd'hui, la conquête guerrière de l'tle, bien conduite, coûterait à peine la vie à quelques centaines d'hommes.
Des commissaires envoyés de Maurice en 1776, MM. Chevreau (1) et de Belcombe , firent sur l'œuvre de Beniowsky un rapport très défavorable. Il ne restait plus à ce chef que 80 hommes, la plupart malades. Il dut céder devant la réprobation des autorités de l'tle de France , et il vint, pour se justifier, à Paris, où l'on faisait grand bruit de ses exploits.
(1) L^aTeol d'Alfred Gheyrean , ce noble chef de la Jenoetse manricieone, qu'âne mort craelle vient de ravir à son pays, cette belle âme généreuse éteinte dans sa flear; Alfred, que tons nous aimions si tendrement, et que Doos plenrons encore après trois années de deoik
Mais le gouTernanent métropolitain resta incrédale à ses récits merveilleux et sourd à ses sollicitations. Beniowsky dut être fort étonné de sa disgrâce : il s'était donné pour un soldat d'aventure voulant conquérir Halegache le sabre aux dents et le pistolet au poing. Dans ce but, il avait pris une peine extrême ; actif, remuant, rude travailleur, guerroyant, battant, massacrant; il avait confiance que peu de chefs étaient plus que lui capables d'énergie, d'audace et de force , et qu'il avait fait tout ce que ses ressources lui permettaient de faire. Beniowsky a peut-être été trop injurié : il s'était proposé pour faire la guerre , et il la fit résolument C'était au gouvernement à ne pas accepter des services dangereux et à repousser un système mauvais.
Le Polonais disgracié se lia avec Francklin , et passa en Amérique, oh il parla tant de ses succès , de ses citadelles, de ses villes, de sa grande route royale d'Antongil à Bombétok, que des chefs de la jeune république lui fournirent de l'argent pour recommencer son opération. Sa mission n'avait aucun caractère oflSciel, on le pense bien ; mais le gouvernement français ne pouvait tolérer une entreprise qui se faisait sans son concours et en quelque sorte contre lui. Le 23 mai 1786 un navire de guerre expédié par H. de Souillac, gouverneur de l'tle de France, mouilla dans la baie d'Antongil. Les troupes de débarquement assiégèrent Beniowsky dans son fort, et à la première décharge l'aventurier fut tué , au moment où il mettait le feu à une de ses pièces.
Telles ont été jusqu'au commencement de ce siècle les tentatives faites par la France sur Halegache , tel a été le caractère de son action civilisatrice ; telle a été la gloire du colonisateur européen, représenté par le soldat, par le missionnaire et par le traitant II est une autre tentative qui a été conduite avec plus de sagesse et d^habileté, et dont l'hon-
neor revient à rAogleterre; noas en esquisserons les principaux traits en exposant les faits récents de l'histoire de Malegaebe.
En 18i0> la France insouciante s'était laissé enlever VU L'Angleterre le de France, la riche , la glorieuse île de France, où se cSe^ '^ * ***' sont éteints les derniers rayons de la gloire maritime française. Mais la conquête de ce poste militaire ne suffisait pas aux Anglais. Maurice, ce n'était qu'une citadelle ravie à un peuple rival , ce n'était qu'une petite et féconde colonie : il fallait k l'Angleterre un empire. De Maurice , elle comprit qu'elle devait étendre la main sur Maïegache, et, de là, sur le continent africain. Aussitôt maîtres de l'île de France, les Anglais envoyèrent des détachements prendre possession des établissements que la France avait occupés sur la côte Est de Mategache.
La paix venue , le gouverneur de l'île Maurice refusa de livrer à l'administration de Bourbon les établissements de la grande terre; il prétextait que, l'île Maurice ayant été cédée avec ses dépendances , le vaste pays de Malegache devait être considéré comme une dépendance de la petite île et suivre son sort.
Le gouvernement de la Restauration réclama avec énergie, et l'Angleterre dut se dessaisir de sa proie. Dès lors, le gouvernement anglais chercha à atteindre son but par des v<Hes détournées.
Dès 1815, tandis que les Anglais détenaient encore nos i^emUitalre anétablissements à Malegache, le gouverneur de Maurice, sir i^ài»., Robert Farqnhar, avait envoyé un parti s'établir à Port-Louquez j au nord-est Ces premiers colons ne débutèrent pas plus honorablement ni plus heureusement que les Français.
L'agent directeur de la colonie , H. Burch, ayant négligé d'adresser^ comme c'est d'asage^ un présent de bienvenue au principal chef du voisinage ^ Cbichipi^ celui*ci lui fitde* mander quelques pièces de toile. L'Anglais refusa. Le Halegache se plaignit de ce manque de procédés^ et l'Anglais distribua au Halegacbe et à sa famille une volée de coups de bâton. C'était punir un peu cruellement une plainte légitime, légitime dans les mœurs du pays» où le présent de bienvenue est un devoir (1). L'historien anglais auquel nous empruntons le récit de ces événements, Goppland, qui ne se fait ja« mais faute d'injurier les Français et la France pour tous les actes commis à Halegache , ne trouve pas un seul mot de blâme contre le procédé de son compatriote Burch. Ce n'est pour lui qu'un trait d'imprudence, imprudent enough io strick them. Le fait parut impardonnable aux Malegacbes , juges moins partiaux , et à quelques jours de là Burch et ses compagnons furent massacrés.
Il faut le reconnaître , sir Robert Farquhar ne procéda pas, pour avoir réparation, avec autant de précipitation violente que €hampmargou après le meurtre du P. Etienne. Il négocia , et les principaux auteurs de l'attentat furent livrés aux Anglais et zagayés.
Le «Tstème do Le capitaine Lesage , un brave gentleman que nous aie étage. ^^^^^ beaucoup à Maurice , vint prendre le commandement de Port-Louquez, et il eut recours à un nouveau système de gouvernement pour faire oublier les torts de son prédéces-
(1} L*iuage, à Halegache, est d'échanger des présenta, comme noos échan* geons le bonjoar. Gelai qui trayen e un pays reçoit d'abord le don de l'boa* pitallté; mais celui qui Tient s'y établir doit le premier faire le présent da bienvenae. Ces échanges sont d'obligaUon. les Halegaches aiment à donner et à reccToir, moins poor la yalear des objets en eox^mémes que par cour» toisie allèctneose. «Tai tu des femmes bétsim^saraks faire mille coquetteries pour avoir mie misère , et puis donner en retour des objets d'un prit aiset élcTé.
seur, Swift a dit : « Les Espagnols commencent leurs établissements coloniaux par une église , les Français par un fort ^ les Anglais par un cabaret à bière, i J'ai lu dans le Journal et dans les rapports officiels (1) de cet eicellent Le* sage que du 23 juillet au 21 août il fit boire aux quatre cheb avec lesquels il traitait de raccommodement des af* faires S75 bouteilles d'arack première qualité. Il prenait un plaisir extrême à enivrer ces braves gens, c Je faisais passer si fréquemment l'arack à la ronde et je les obligeais à boire si largement , qu'ils ne tardaient pas à avoir la tête montée^ et, comme en outre ils mêlaient encore de Tarack à notre vin, ils furent enfin dans nn état suffisant d* intoxication. Cependant je me réjouissais fort à voir leurs danses à la mode dupays,etc (2). i
L'établissement de Poirt-Louques n'eut pas une longue existence : le capitaine Lesage fut envoyé avec le titre d'ambassadeur extraordinaire auprès du roi Radama. C'est ici que commence la véritable action des Anglais sur Hada-* gascar.
(1) Le capitaine Lesage eit mort Jl'aimée dernière à Hanricei généralement regretté.
{t) I passed the arak roond so qoiekly and obliged them to drinck lo hrgely, that they soon began to I>e noisj*— ; and ai tbey afterwards drank arak to otir wine (le vin qn^ili bayaient ensemble.... brate Lesage!) thej were soon in a snfficient sute of intoilcation. Bot I was mucb amosed by a daoce in tbe manner of tbe coontry , eto.
Etat fiBéral d« iM>f *^
Nous ne voulons pas essayer de raconter les événements accomplis au sein même des peuplades indigènes avant la venue des Européens ; nous ne croyons pas qu'on puisse les connaître et les exposer d'une manière sérieuse. Chaque tribu invoque dans son orgueil familial de magnifiques traditions ; on leur entend chanter avec emphase, dans quelques circonstances solennelles, les hauts faits de leurs ancêtres; il n'est question que d'armées innombrables , de batailles fa* buleuses^etil est facile de se convaincre avec un peu d'attention que toutes ces grandes aventures, le plus souvent, peuvent être réduites à de très minces proportions. Quelques voyageurs se sont laissés trop aisément séduire par ces belles narrations, où les Malegaches, les femmes surtout , aiment à étaler la richesse de leur imagination et la rare abondance de leur parole (1).
Au commencement de ce siècle, les habitants de l'tle vivaient divisés en petites peuplades, en tribus, et même en familles indépendantes. L'ambition des chefs faisait naître
(1) Les fénmes malegaches Jouissent d*one grande considération; eUes eiercent di? erses fonctions pobKqnes : elles sont chefe de village, Juges, avocats , excellenU avocats sartoat. Les femmes malegaches ont beaocoap pins dVsprit que les hommes. G^est an feit que nous signalons à la savante et spiritaelle observation de U"« Delphine de Glrardin. Cette supériorité n^cst pas due , comme en France, à Inactivité sourde déployée par la femme pour tromper la tyrannie de i^homme. Les femmes sont supérieures, parce qu'elles exercent et développent leur Intelligence par la variété de leurs travaux. Ce fait est tout à fait remarquable : Thomme s'est déchargé sur la femme de la plus grande part du travail , et, en voulant ainsi resservir, il Ta émancipée en fait. Lliomme, sauf le soin des troupeaux, le labourage, la boucherie, tout ce qui se rattache au bœuf, enfin , œuvre pivotale dont il s'est réservé rhonneur, l'homme reste généralement dans un repos indolent et voloptueui , où son intelligence doit nécessairement s'appauvrir.
souvefit une petite guerre ]de rapine , et plus tard la traite des esclaves 9 provoqoée par les colonies de Maurice et de Bourbon, vint rendre des hostilités permanentes.
Au milieu de ces guerres , il est remarquable que les mœurs restaient généralement douces. Le vol était fréquent ch ez les Malegacbes, mais le meurtre très rare, malgré la toéran ce de la législation péuale, qui permettait de racheter ou s les crimes pour une somme d'argent Pendant les luttes provoquées par la traite des esclaves, les partis opposés avaient intérêt à se ménager. On procédait surtout par rixes, par voie d'enlèvement En aucun temps, du reste, les combats que se livraient les indigènes n'ont été très meurtriers. Après une bataille, prolongée parfois durant plusieurs jours , à peiné ramassait^n quelques morts sur le terrain ; le plus souvent l'affaire se passait en cris, en discours , en vociférations menaçantes, en grands gestes, en brandissements de .'zagayes ; on s'assourdissait du bruit roulant des azoïUahés (!)•
Le Malegache est tout enthousiasme ; il n'a ni sang-froid, ni ténacité. S'il se voit triomphant, il s'exalte et il peut avoir un moment d'emportement terrible ; s'il est besoin de longs efforts, il se décourage; si le succès tarde à se déclarer, il s'ennuiera, quittera le champ de bataille pour aller faire une promenade dans son village et visiter ses femmes. Au moindre revers, le Malgache perd la tête et devient d'une excessive timidité. Ses superstitions sont extrêmes. Deux armées étant en présence , chez les Bétsim'saraks , et atten-
(I) Tambotin MU d'a&e teole pièee du bols d*iio acacia, le Vcuhvm-
On Telronv e dans toQici les «acei, chef tom lea paoplet; des rncBor» anslogoet. Tadie diaait des GermaiDs :
« Pntorcqae pngnsforUmÉnn IpsoesDlii aogarantnr : terrent enlm, trsr » pldintve, prool sooall «eles.fv^ Affeetator prttcipmè aspeiftaa 0eol> oi tncr 1 10(0 qnRiBor. •
dant le jour poar en veoiraax mains ^ une éclipse de lune eut lieu ; le parti qui se trouvait du côté obscurci du disque se dispersa en poussant de grands cris d'effroi , tandis que les chefs de Tarmée victorieuse se drapaient majestueusement dans leur manteau {sembous, toutouranous), en criant : Volai volai zaozao ahômbéla l zaozao akômbéla manouroul Lune ! lune ! je suis le taureau I je suis le taureau heureux (1 ) ! Les Malegaches ne poursuivent guère la victoire par le massacre; ils sont glorieux au dernier point, et leur première idée est de se vanter et de se pavaner quand Tennemi fuit. Les combats ne n'ont éé meurtriers que lorsque les Eu* péens y ont pris part Les Houvas , les premiers dans notre époque , sont devenus aptes à faire des guerres sérieuses et de conquêtes , depuis qu'ils ont reçu de l'Européen les principes de l'organisation militaire. Jamais aucun chef» dans le pays , n'avait eu auprès de lui un corps de troupes en service permanent et régulier. Si les Houvas ont acquis une certaine ténacité dans le combat» ils le doivent à la discipline européenne , ils le doivent surtout à une loi de leur société barbare» d'après laquelle tout individu qui lâche pied sur le champ de bataille est condamné à être brûlé vif. Nous, ne voyons donc pas dans l'état social des divers peuples malegaches» jusqu'au développement récent de la puissance houva » aucun des éléments qui permettent les grandes conquêtes. Quelques chefs ont étendu sans doute la domination de leur famille. C'est ainsi qu'on trouve à
(1) Je ne sais quel historien raconte qa^nn chef malegache disait à on officier français, dont il admirait la valeur : « Ta es un lion, • Ce mot est impossible dans an pays où on n^a Jamais entendu parler de lions. Le Malegache a dû nécessairement eiprimer en ces tersies son admfaralioD : « Ta es nn bœuf, un taureau. » Le bœuf, à Malegache, est la béte royale, le type de la puissance et de la grandeur. Un Bétsim'sarak disait devant moi, à ma traitante, avec un sentiment de satisfoction orgueilleuse : « l\ m'est venu, cette <iult, dans le Tentre (en Idée, dans la pensée), que fêtais un boeofl a
l'ouest ope famille royale dont le titre, sinon Tantorité^ est en quelque sorte respecté par toutes les peuplades sakalaves. Il est probable qu'à la suite de plusieurs incursions heureuses dans le même pays, le chef de la triba victorieuse chercha à consacrer ses triomphes par un titre de souveraineté ; mais, aucune organisation ne venant fiier les droits du conquérant, les vaincus échappaient promptement à l'autorité. Enfin , il ne paraît pas qu'aucun lien sérieux ait jamais réuni dans une unité forte et durable une partieimportante du territoire ; et aujourd'hui, dans l'ouest, malgré le titre de roi des Sakalaves , que prennent les rois deBoéni, M. le capitaine de corvette Guillain a observé que les chefs des petites peuplades vivaient dans une corn** plète indépendance. Quelques personnes s upposent que le» rois de Boéni ont autrefois été les maîtres de toute Ttle ; nous ne croyons pas à ces grands mouvements de conque-^ te, et du reste on ne voit chez les antres peuplades aucune trace , aucun souvenir de cette prétendue domination.
Toutes ces petites peuplades étaient gouvernées par des familles patriarchales. Le sang transmettait le pouvoir sans aucun privilège de sexey»et, bien loiii d'exclure les femmes de la succession royale, on tendait à leur accorder une certaine préférence, parce que d'elles vient la garantie de la pureté de transmission de la race. Le ventre prouve le sang , disent les Halegaches. Chez les Hou vas , à l'enfant du roi on préfère l'enfant de sa sœur.' Ce principe de suc-« cession consacre l'importance du rôle de la femme dans les fonctions de l'ordre familial. Il est inspiré par une bonne logique. La légitimité légale n'assure pas toujours la légitif^ mité naturelle ; au contraire, on ne peut douter que la mère ne transmette son sang. Ces institutions de la société patriarchale s'eflacent aujourd'hui devant la règle du plus fort, principe des sociétés barbares. Ainsi la reine actuelle des
HoUvaB^IRaaaf alo j en s'emparant do trdne , a romjm Tordre de successioB » et le fils dont elle ae disait enceinte , et anqud elle prétend conserver rhéritage paternel , est né mi- Baculeasenient|deux ans après la mort du roi Radaana. Le nai pète était Andriamiaba , ministre fovori, qui fat assassiné par Rabinimaharo, Ratdmanidi, et autres eheCs jaloux. Sans <pielques peuplades , ches les Antaymourous , on trouvait encore récemment F élément des sociétés sauvages, l'élection du cbet Mais si , durant son administration j les riEières étaient peu productives , » les nuées de sauterelles (valalan) s^abattaient sur les plantations , si les vaches donliaient peu de lait » si les coups de vent dévastaient les campagnes , si une édlipse avait lieu , surtout si les femmes n'accouchaient pas d'enfants mâles , le chef était cassé et banni, --*- tomes ces calamités ne devant point arriver sous le gouvernement d'un bon prince. Dans quelques provinces oa trouvait la combinaison patriarcbo'- sauvage qu'on pouvait observer récemment encore dans nos eommunautis d'Auvergne: le chef était élu, mais il ne pouvait être choisi que parmi les membres d'une famille privilégiée, ^luimie an- Toutes les populations de Malegache vivaient donc frac- Sônde sir Robeiî tioonées et divisées par toute l'tle, lorsque le gouvernement Farqab«r. ^ Maurice intervint , et, sous son influence, la face du
pnys changea bientôt complètement. Sir Robert Farquhar, obligé de restituer en 1816 au gouvernement de Itle Bourbon les établissements de la côte orientale , employa dès lors tons ses soins pour conquérir Malegache à l'Angleterre jar des moyens indirects et pacifiques. Sir Robert chercha è Malegache un chef qu'il pût nous opposer avec succès. Il bérita quelque temps entre la rdne de Boéni, le mulâtre Jean René,. chef de Tamatave, et Radama, roi des Houvas.
tiM Homrat. ^ tm fraad roi Badama.
Dans les premières années du siècle, Andrianpouin , fils de Rambouasimaroufa (1)» s^était fait reconnaître pour cher d'Himerna (2)^ et avait soumis à son autorité presque toutes les tribus du pays d'Ankhouva. Son jeune fils, Radama, qui lui succéda vers 1810, continua l'œuvre paternelle , et étendit sa domination sur les hauts plateaux de Ttle. Badama annonçait des facultés puissantes. La position centrale de ses états était favorable à la création d'un empire unitaire ; son peuple montrait plus d'activité industrieuse que les autres indigènes. Les Anglais choisirent donc ce chef, et en 1816 ils lui envoyèrent uoe ambassade brillante dirigée par le capitaine Lesage. Le motif apparent de cette démarche , c'était le désir du gouvernement anglais de faire cesser le commerce des esclaves. Depuis quelques années, le plus grand nombre des individus recrutés par la traite descendaient du plateau central, où Andrianpouin-Himerna et Radama, dans leurs grandes expéditions, enlevaient des familles et des tribus tout entières. Le capitaine Lesage offrit au roi d'Himerna 15,000 piastres ( environ 85,000 fr.) d'indemnité annuelle, s'il consentaità interdire dans ses états l'exportation des esclaves. Le chef barbare accepta le marché ; mais pendant deux ou trois ans encore nous savons qu'il ne se fit pas faute de continuer son commerce lucratif (3). L'exportation des esclaves cessa tout à fait du jour
(1) RamboaMimaroara , dB la ftnnine des £aoak* andriamasoiroaTiloa » était le chef 4ii viUage AmboniniaBg^lMi , à 5 Utiiet de Tananaiiyoa.
(2) On Himerinm Toir la vote A.
(5) Mon père avait an parti de noirs Bézaonzaona venus à Maurice en 1819 , et I^an d'eai m*a affirmé qulls avalent été pris à la gnerre per Rad«ma , et veodnty pour 900 eoœpte, por -m^dùm^ê.
oh le résident anglais Hastle vint , accompagné de plusienrs missionnaires et sous-officiers, s'établir à Tananarivou , en
Badama reçut avec une grande bienveillance l'envoyé anglais, qui le comblait de ricbçs présents et Taccablait de marques de respect Le chef sauvage dut être d'abord étrangement frappé de cette libéralité de FAngleterre , dépensant de l'argent dans un seul but d'humanité. Ainsi agit, toujours le gouvernement anglais quand il poursuit quelque grand but d'ambition. Il est bientôt temps que notre lésinerie française prenne exemple sur cette générosité. Radama accueillit avec transport les conseils et les secours qui lui venaient de Maurice. C'était l'accroissement de la puissance houva que voulait sincèrement sir Robert Farquhar; et Radama , avec une grande rapidité de conception , comprit et adopta avec chaleur tons les plans, toutes les idées qu'on lui soumit
Tout commença à s'organiser à Tananarivon.Des sonsofficiers anglais instruisirent les troupes et formèrent une armée r^lière. Hastie suivait le roi dans ses expéditions , lui enseignant la tactique européenne. Il exalta les désirs ambitieux du fils d'Andrianpouin , et lui fit entrevoir la conquête de l'tle entière. Radama poussa ses entreprises dans toutes les directions , et conquit près des deux tiers du pays ; mais , guidé par les Anglais , il se dirigea particulièrement vers l'est et le nord-est, oi^ le conquérant barbare devait rencontrer des établissements français , et contrarier nos prétentions.
Badama refusa bientôt de reconnaître à la France ancna droit sur la grande terre , et se déclara roi de toute l'tle*
Tandis que se poursuivait ce mouvement d'expansion par la guerre, à TananarivOu, les missionnaires travaillaient ardemment h rémancipation intellectuelle et religieuse des
Honvas ; ils fixaient, par Fécritare, la langue du pays» et , s'emparant de Téducation des enfants^ ils préparaient à la fois des fidèles pour Téglise et des sujets pour TAngleterre.
Pendant huit années ces efforts furent continués sans re- iDOoeDcefécon- Iftche» avec sagesse, avec intelligence , pour le développement de la civilisation houva. La constitution d*un empire unitaire s'avançait peu à peu par les armes ; la législation se perfectionnait; les institutions barbares, les préjugés cruels , étaient attaqués avec énergie ; la traite disparaissait dans toutes les provinces oi^ s'aflermissait l'autorité du roi ; des écoles s'ouvraient, et une presse établie par les missionnaires multipliait à Himema les exemplaires de la Bible. Sur ce plateau d'Akhouva , un petit groupe d'Anglais dépensa en quelques années, pour la civilisation des barbares, plus d'attentions et de soins bienveillants peut-être qu'il n'en a été dépensé depuis un siècle dans toute l'étendue do l'empire indien. Le secret de cette bienveillance est aisé à pénétrer. A Malegacbe , on ne pouvait pas agir en maître ; il fallait caresser et séduire pour s'attacher les populations, et les avoir avec soi contre la France prétendant à la souveraineté.
Quoi qu'il en soit, quel qu'ait été le mobile de la conduite Ç!^^'* ^ des Anglais, nous devons reconnaître que leur œuvre fut belle, généralement conforme aqx vrais principes d'humanité, et les Houvas devront toujours prononcer avec recon* naissance les noms de Hastie, Brady , et des missionnaires Jones, Bevan, Jeffreys, Freeman , John, Baker, Griffiths, Hovenden, Chick, Kitching, Cameron, Ganham, etc. , et du médecin Powell.
Cette impulsion civilisatrice dutparticulièranent son succes au génie du roi Radama. Ce prince, plein de reconnaissance pour les services des Anglais , avait parfaitement le
sentiment de sa propre vakiir. c Les Anglais, disait-il, m'ont beaucoup aidé ; maus il a Mu âadama pour faire ht grau-* deur des Houvas.. > On lui avait envoyé d'Angleterre des vêlements magnifiques^ mais beaucoup trop grands pour sa taille moyenne. tOn me prend donc là^bas, s^écFia*t*-il9 pour un géant ; c'est mon esprit qui est grand. » Le rusé Blalegacbe ent bientôt démêlé le secret motif des tendresses anglaises.
Des envoyés sakalaves étant venus traiter à Tananarivou des conditions de la paix, le roi s'emportait en grandes me* naces, et annonçait aux parlementaires qu'avant peu il trait dévaster leur province et les réduire en esclavage. Après l'entrevue > Brady dit au prince : c Pourquoi | tant de menaces aux Sakalaves?... Si tu veux donner le fouet à un enfant qui est hors de ta portée , que fais-tu pour l'atteindre 7 Tu lui montres du miel. C'est ainsi qu'il faut agir avec les peuples pour les soumettre. » — Ab ! s'écria Sadama » frappé de la leçon.. • Pui8> réfléchissant : c Est-ce que je serais l'enfant, M. Brady , et sir Robert Farquhar le maître d'école 7... « Un jour^ à la fin d'un grand dtner que donnait le roi dans le pays des Bétanimënes , le traitant français Arnoux^ homme intelligent et juste^ dont les Malegaches respectent la mémoire 5 et qu'ils nomment /« vrai Vaza, Arnoux affectait de jeter des boulettes de pain sur la table. «Par le sorcier du roi (1) I que &is-tu donc là ? demanda Radama, — Je pense ^ répliqua le traitant 5 que les Anglais te roulent^ comme moi je fais rouler ces boulettes de pain. Tu es grand, Radama; mais avant peu d'années ^ si tu continues, tu iras "balayer les rues de Londres ou solliciter quelque grade de sergent dans un régiment d'habits rouges. -— Merci de l'avis, cria le roi; mais tu me crois donc bien
(i) Seraittit Cunitten
béte? Par mes ancêtres 1 Je sais ce que les Asgials veolent^ e^'Is ne Tanront pas. Robin m*a appris ce qu'ils ont fiiit aux Indes. Le gouverneur de Maurice ne m'a-t4I pas engagé déjà à aller faire un voyage en Angleterre l.r Sais-tu ce que j'ai répondu , Yaza 7 Que je partirais pour ce voyage aussitôt que je verrais le roi d'Angleterre à Tampoumbouahitra (1). L'autre jour Hastie ne m'a-t-il pas proposé de me faire construire, aux frais des Anglais, une belle route de calèche de Tamatave à Himemal II prétendait que ce serait très beau de voir Radama faire caracoler [son cheval sur une route unie comme une allée de jardin. Je sais bien que cette belle route mènerait les habits rouges à Tananarivou. Ha puissance est à Himerna , et je ne veux pas détruire les forêts et les marécages qui barrent le passage ; ce sont mes meilleures forteresses. Si les Européens trouvent un chemin pour aller à Tananarivou , tôt ou tard la puissance des Hou vas sera détruite (2).v
Radama éprouvait une reconnaissance sincère pour Tap-» pui qu'il recevait de l'Angleterre, mais il n'eut jamais de sympathie pour le caractère anglais. On a quelquefois comparé ce prmce à Pierre le Grand : il y a bien plutôt en lui du François I*'. Sa chevalerie avait parfois , sans doute , quelques allures un peu barbares. — Le roi avait coupé sa chevelure et commandé , dans un intérêt de propreté , l'adoption de la coiffure à la Titus : irritées de cette violation des antiques usages, les femmes, les vieilles femmes, s'ameutèrent et vinrent par milliers entourer la maison du roi'
(i) Ao centre de la montagne de Tananarivou.
(S) Je tiens ces détails d'un des traitants les pins boboraMes et les ptat fan telligents de Madagascar, M. Adrien Ferey, qnl assistait an repas donné par la roi. La peur de réiablissement d'une route est si grande cbez les Houvas^ qa'nne loi de la reine a interdit l^osage des voitures, afin qu'on ne pût être peu à peu entraîné à ouvrir des voies de communication.
et fatiguer son oreille d^iajures et de menaces. Uémeute prenait un certain caractère de gravité. Radama^ ayant épuisé tous les moyens de conciliation « fit saisir dans le rassemblement les vieilles les plus fanatiques et les plus violentes, t Tu les conduiras, dit-il à un de ses officiers, hors du pays d'Ankhouva, dans les forêts, et là tu leur couperas les cheveux, de manière à ce qu'ils ne repoussent plus, »L*officier comprit , et l'on ne revit plus les femmes. Ces sévérités extrêmes furent rares dans la vie de Radama ; il fut généralement très accessible aux idées d'humanité et de justice. Il adoucit considérablement les lois pénales dans le pays ; il abolit la peine de mort pour vol , peine qui avait d'ailleurs bien rarement son exécution, le condamné pouvant toujours racheter sa vie pour dç l'argent Radama fit tomber en désuétude l'usage du tanghèn. Ii^faoghèD. . Le tanghèn {tanguinia veneniflua , Bojer^ Hortus nmuri-^
tianus ) est un poison végétal très actif extrait de la noix d'un fruit commun à Itfalegache ; on emploie ce poison comme jugement de Dieu. C'était, et c'est encore, depuis la mort de Radama, le grand moyen de gouvernement civil et politique dans rtle africaine. Un individu meurt-il dans la force de l'âge, un enfant périt-il par accident, tous les esclaves de la maison soupçonnés d'avoir concouru par quelque maléfice au malheur de la famille sont obligés de subir l'épreuve du tanghèn. Une accusation de sorcellerie , fûtelle portée par le fils contre son père , impose à l'accusé l'obligation de se laver par le jugement de Dieu. C'est la sanction d'une loi des suspects , et le fléau mortel menace incessamment et frappe les plus innocents. Veut-on se débarrasser d'un chef de village dont la fidélité paraît douteuse ou dont le zèle n'est pas assez manifeste pour les in-* térêts du gouvernement oppresseur, on le fait accuser par des tiers, soit de trahison , soitde sorcellerie. Contrairement
aux droits de nos pays civilisés , c'est l'accusé qui doit faire la preuve de son innocence. Cette preuve dépend du tanghèn. La noix vénéneuse est mise en poudre et mêlée à quelques grains de riz dans un peu de peau de volaille* Bientôt après avoùr avalé ce mélange , le prévenu est pris de convulsions et de délire» Alors • penché sur M, le bourreau (am-' pananghèn) interroge l'agent mystérieux. cTanghèn^s'écrieil^ sonde son ventre, juge, parle ; disnaous s'il est coupable. S'est-il livré à la sorcellerie 7 A-t-il tratii ou voulu trahir la reine 7 S'il a commis le crime , condamne*le et fais-le mou^ rir. » Cependant ie patient se débat sous l'atteinte cruelledu mal; il bondit ^ il a le délire de la parole; il nie ou il avoue sa culpabilité dans des discours confus ; souvent il conte des crimes étrangers à l'accusation, et qu'on ne soupçonnait point. L'état de son estomac décide de son sort. S'il rcgelte le poison, quels qu'aient été d'ailleurs ses aveux, il est proclamé innocent; s'il digère, le tangbèn a prononcé : la mort est la punition de son crime. Ces épreuves pour plus des deux tiers sont mortelles, et ceux qui en^eviennent reçoivent dans leur organisation une atteinte ineffaçable, et traînent une vie maladive et flétrie (1).
Ce jugement de Dieu est employé aussi dans les. causes civiles ; mais on en a diminué l'inconvénient. C'est toi^yours le hasard qui juge et condamne ; mais l'homme n'expose plus sa vie : le patient, c'est le chien ou la poule de l'accnsé. U arrive souvent que celui-ci défère le serment aux parties adverses , et alors il y » sacrifice général de volailles. Badama, avec beaucoup de zèle, avait tait substituer ce mode à l'épreuve directe sur l'homme , affreux usage barbare dont on s'explique dilBctlement l'existence dans un
(1) Qoelquet unes de ces pages ont élé eitraltes d'an travaU précédemvMit inbUé àÊB$ VÀnnuadr» ie géographie que pabKs !!• Frôderici Licroix.
pays où les moeurs sont généralement douces. L'honneur de cette réforme revient do reste à Hastie et aux missionnaires.
II est curieux de voir par quel moyen Hastie obtint l'abolition dé cette coutume cruelle. Radama aux pressantes sollicitations du résident anglais objectait la âiflScolté de vaincre le préjugé. En outre y et c'était là le vrai motif de sa résistance^ il avait lui-même la superstition du tanghèn. « Comment veux-tu, disait-il à Hastie, que j^empêche cela ? On ne saurait plus découvrir ks crimes dans le pays , et d'ailTeurs toute la population se soulèverait contre moi. » Hastie cessa ses instances ; mais à quelques jours de là , le roi, entrant dans son jardin, oik s'élevait un pied de tanghèn, trouva l'Anglais agenouillé devant l'arbre et lui adressant tous les témoignages d'un culte. ■ Que fais-tu donc làfde-' manda Radama. — Hé? répondit le rusé Breton, je rends hommage au Dieu de ton pays. Je te croyais fort et puissant, et vraiment roi ; mais puisque tu m'as avoué que tu ne pouvais rien contre le tanghèn, c'est lui, je le vois bien, qui est le vrai roi de Malegache. » Radama se tut et réfléchit. L'ambition du chef barbare , ainsi excitée habilement , fut plus forte que tous les préjugés : Radama ne voulait pas de rival en puissance , pas même le tanghèn , et dès ce moment il s'attacha à substituer son autorité à celle de Tarbre fatal.
L'amour de la gloire c'était là le mobile le plus puissant sur l'esprit de Radama. II était très sensible aux éloges ; il s'inquiétait beaucoup de ce que disaient de lut les journaux de Maurice et d'Angleterre. Il y avait dans cet homme un singulier mélange de grandeur et de finesse ; son amour propre était excessif, mais c'était toujours pour de grandes œuvres qu'il cherchait à se faire louer. Naturellement très libéral , il devenait quelquefois avare par méfiance. Il tenait à orgueil de n'être jamais trompé, et il le fut rarement Il y avait en lui , avec l'élan généreux et enthousiaste, toute
la rose da géoia maleg^cbe. Il avait dans le regard ce mélange de douceur et de finesse inquiète qui caractérise la race l^uva* II étfiit élégant et gracieux ^ ayant plutôt (dit le lieutenant BoteIer> qui le rencontra dans la baie de Bombétok) Taîr d'un courtisan que d'un guerrier. Gai , vif ^ aimable , il n^dlait à tous les actes de sa vie des traits de bienveillance* Il portait un intérêt réel aux Eurojiu^eiis^ et leur dteniandait toujours avec sollicitude des nouvelles de leurs parents.
. Son activité était incroyable y et les Vazas le comparaient souvent, pour cette qualité, à Napoléon, dont il aimait à se Csire raconter Thisloire. Il était partout , allant, courant, partant inopinément, et surprenant ses officiers par la promptitude de ses résolutions et de ses voyages. Quelquefois il quittait Tananarivou à la tête d une foule nombreuse, pour faire de grandes chasses guerrières (1) aux bœu& sauvages^ dans les forêts de l'ouest. Plusieurs milliers de Hou- Ka» s'engageaient en ligne, battant les grandes herbes des forêts bumidejs. Le cercle des chasseurs se resserrait; et, sur les lisières qui regardent l'ouest, arrivaient effarés et bondissants les troupeaux qu'attendaient la zagaye et le lacet. Le roi présidait à la boucherie, attaquait lui-même, en se jouant, le taureau indompté; puis , laissant sur place ^ vaste proie, rassemblant ses hommes au son de la trompe, il se précipitait dans les plaines pour d'autres chasses, surprenait quelques peuplades sakalaves, ravageait les champs, pillait les villages^ enlevait les familles, et remontait à sa capitale, poussant devant lui sa double proie, ses troupeaux de bœufs et ses troupeaux d'esclaves. Partout où passait le chef barbare , l'enthousiasme écla-
(1) Les mêmes usages se retroavent chez toas les peuples aux époques barbares. Voir la eha$$e de Cheviot^ ballade anglaise traduite par M. Ji.-J. Ampère.
tait y il excitait autant l'amour que la crainte : B y avait eu Ini an cbarme indéfinissable. Les peuplades conquises s*at-« tachaient souvent à leur nouveau roi par un vrai dévoûment ^ et les Betsim'saraks lui disaient avec sincérité : t Nous som^ » mes avons. Vous êtes PaiguOle, bous le fil : partout oA » vous passerez , nous passerons, b Le roi leur répondait dans son beau langage figuré : c Je serai voire ami. On dit » que ce qu'il y a de meilleur au uMmde c'est rargent; mats > les amis valent encore mieux. L'argent est comme l'eau n du fleuve qui échappe : les amis sont les arbres qui s'atta-» » chent au rivage et ombragent le sol. » Le roi traversait4l un village y les femmes et les enfants couraient k sa rencofr^ tre en poussant des cris de joie , et l'acoompagaaient ^ eu dansant^ pendant plusieurs lieues, c Tu es beau , tu es un soleil ! • criaient les femmes.
Radama était d'une complexion très amoureuse. Il avait onze femmes légitimes ; la loi lui en accordait douze. Est** ce par un calcul de volupté qu'il laissa toujours une place vacante 9 afin d'exciter autour de hii une grande rivalité de tendresses ambitieuses parmi ses concubines , dont le nombre était innombrable. Sa Yadin-Bé fut RassaHmi, prin-* cesse sakalave^ dont il eut une fille, Rakéti. Toutes deux vivent aujourd'hui paisiblement à Tananarivou. Les noces du roi et de Rassalimi furent célébrées avec une pompe ex *• traordinaire ; et, le soir venu, tandis que la foule assiégeait le palais , Radama , do haut de son balcon , fit un geste pour imposer le silence, c Trarantttra! masina hianaolv(l) cria le peuple. — • Trarantitra v , répondit Radama; puis au milieu du calme profond et respectueux de la multitude, le roi ajouta un mot, un seul mot.. Ce mot fut répété immédiatement par toutes les bouches , avec un tumulte effroya-
(i) Vivex long-temps: soyez coniicré!
ble de rires et de cris perçants , et Tm Yti alot6 s'aMcuier I la minute, snr place, la plus fiil)tilêa^ oifKs ridttt KiHgiBiK tion poisse se frire idfe.'II y avait pedt-Ctre devi oenf milté individus rassemblés à Tananarivou et autour de la ville pour ia fête des Tiocës royries. Oe fut ntt MtëlMigë ttwiss ^ nnivebel, le^ esclaves avec les Vlbi^^ les gens Ai pmpl« avec les nobles; nri ti*aura3t eu le BliMtée )MP)msMir ewi»é Tordre sacré da>oi, et te msl^édial BvadyhiiHnMMi dit se voir enlever sa femme sous ses yeux, sans rien dite (t)< Il n'y avait id'excé|Aion que poiir les épôoses royiies. On conçoit ce qne énVxxh pareil acte excitl»r d'indigniftimi «I di dégoAt parmi les Européens. Le lendetnain Has^et lea missionnaires se rendi^nt auprès dn roi et pfiMèM^eat avec sévérité contre Podieuse âetim ^Hl Avait comdMMidée;; Radama rit beaucoup ; il leur dit qne e^étalt Ih nu vieil usage de sa tfibtt dont les chefs avtorisalettt la pitfliqM dans quelques rares cifconetaiicés, et qil*il avilit ^cm devMf faire cet faonnenr h la princes^ sa femiÉcDn t^slCvil pro<^ mit que ce fait ne se reproéuirait plus » et il déclara^ etf «F> fet, par une loi spéciale, PabolitiondéBnitlve dé cette 'ftttf de Bacchaifales.
Radama était passionné pour la mnsIqM i Q avait un èX^ ceBent orchestre d^barmonie dont leS èiécntams avtf iMt AM formés an Port-Looisr, par les soins de sir Rdiert FsrqiAar; Le lieutenant Bôteler dédale i)ue M badde de RâésMIi jouait beaucoup mieux que celle du cemmodore'Ntturse^ et cela n*estpas surprenant: les MalegacbessOntmêtVèlâeiK^ sèment organisés pour la^mosiqtie;
Nous devons aVduer , en historien exact, que te rtrt IMHM bare aimait presque autant le boire que Tainoiir} il ftfenM un grand abus de liqueurs splrituenses, Radama aefçaif
(1) Je n'ai pas besoin de dlr« qae c^éudt aoè femme boata.
Ifhoq^Qdlitf très krgeBieât; c*étak un joyeux coame^ et éuÊB fia CDiiipâffDie il fallait incassammefit maager» se saluer de loaM soirant le sgfstème an|^&, ou trinquer à la fhuiçaise,
. ; Radama fut nu grand roi^ un homiae d'une riche et forte otgauisailan ; il est mort h trente-huit . ans. S'il eût vécu, lUegache serait aujourd'hui en plein essor de civilisation, et ' TAngieterre partagerait a?ec le roi hoHV^ la gloire de cette cmvre. ^
' Il était aisé de voir ipie Tintervemion pacifique de TAngielerre : à llalegache était dirigée contre les intérêts frantais; il était aisé de voir que la puissance de Badama, en se développant , portait atteinte à nos droits de souveraineté sur Iffle, et que le profit de son oeuvre était destiué à f Angleierfe. Le gouverneuieat d^ la restauration comprit ee danger , et U se décidai , vers 1328» à agir pour défendre nos droîtsi maïs ce qui est ineipUcaUe » c'est que le gouvemeaient finançais ait laissé^ sans protasta^n» l'Apgleterre envoyer des ambassadeurs et des agents résidant auprès d'un chef indigène, dans un pays sur. lequel la France a des droits incontestables de souveraine. Ces droits » l'Angleterre s'est phisieurs fois permis de les nier par l'organe de ses gouverneurs de l'tle Maurice, et. elle évitera de les reconnattre» comme^elle fait en Algérie^ tant 91'eUe n'y sera pas eontrilhiite par la force des choses. Ce n'est pas devant le gpuvemeipieut i^lais qu'il y a lieu de discuter la l^itimité de nos droits : ce gouvernement nierait la lumière quand il s'agit, pour lui, d'empêcher le développemtm oolottial de tou# les peuples. Mais il est bon d'en appeler à la loyautsé du peuple anglais, afin qu'animé . d'un ceprit de justice, il ne permette pas à ses gouvernants, torys ou wihgs, de contrarier le peuple français, son allié, dans ses désirs légitimes et dans l'exercice de ses droits. Nous
allons donc établir en peu de mots qnels sont les titres de souveraineté de la France sur Malegacbe.
QMitiMi «a» dr«iia éa la
II est de principe • dans le droit des gens, que, lorsqn un Droiu de mq-
. X .1 . 11 .1 wilnelé de ta
peuple a planté son pavillon sur une terre nouvelle, et lors- Fraoce lor Haieque par des actes nombreux il a témoigné de sa volonté d'é- ^^^ tendre , de continuer sa domination , il est de principe que cette terre ne peut plus être saisie par un autre peuple. L'Angleterre invoque ce principe et exerce ce droit non pas seulement sur des Iles , mais sur nn continent. Bten qu'elle n'ait pas même exploré la centième partie des côtes" de l'Australie , elle ne reconnaît à aucune autre nation ledroit de former un établissement sur le continent océanien.
Avons-nous planté à Malegacbe notre pavillon souverain, et avons-nous témoigné l'intention de conserver et de développer cette conquête? Les faits vont répondre.
En 1642 la France prend possession. Écoutons la déclaration du sieur de Flacourt, directeur général de la compagnie française de l'Orient, et commandant, pour Sa Majesté, dans l'Ile de Madagascar, et es isles adjacentes. Fiacourt commence son livre, dédié à Poucquet, en ces termes :
t L'an mil six cens quarante-deux , le sieur Ricault, ca- » pitaine de la marine , obtint de feu Monseigneur ITmi- » nentissime cardinal duc de Richelieu, chef et sur-intén- » dant général de la marine , la navigation et cdmeree de'
• France , pour lui et ses associez, la concession et privilège
• d'envoyer seuls en Tisle de Madagascar et autres isles adia*
» ceotefi pour Ik y ériger colonies, et comerce 5 aiasi qu'ils » adaiserdient bon dire pour le^r trafieq ^ et en prendre » possession au nom de Sa Majesté très chrestienne» laquelle B concession leur fut octroyée pour dix années , à l'exclu- » sion de tous aulnes , MOa laj^missioii des dissociez , qui » poui' cet effet formèrent vne compagnie , et la concession • fut confirmée par Sa Majesté très chrestienne , et fut en* à registrée au greffe de son conseil d'estat , et Tannée sui- B, TajLte confirmée d^ racket par Sa Majçsté , à présent ré- » gnant »
c Pxoois, Iç premier gouverneur nommé par la compagnie française de rOriçnt, prend possiession, au nom de Sa Majes^ très chrétienne , sur diverses parties de Ttle oii il tou« cbe« et.s*établit au sud^ à Mangbafia.
Is 4 décemlJire 1648 Flacourt, prend le gouvernement de rile^ avec le.titre de commandant général pour Sa Maje8té,i
La çontpaipùe de Dieppe Jie pouvant. continuer» faute de fonds 9 ses opérations» M* le maréchal duc de La Meilleraye se Itt. mettre en ses droits. A la mort du maréchal , son fils, le duc deMa^tarin» se délaisse de ses prétentions sur l'tle, et nne npnvelle compagnie est formée, la comfiag^le de^ Indes arientaUs, & laquelle le roi confie » en 1664> la colonisation de Madagascar , qui devint le pivot de toutes les opérations de la compagnie. A dater de ce moment le gouvernement finançais intervient plus directement dans Ttle , à laquelle l'administration de la marine donne officiellement le nom d'tle Dquphine , et le roi y a ses représentants politiques et judiciaires. Nous lisons dans les chroniqueurs :
« Prise de possession de l'isle de Madagascar» au nom du >. roy 5 pour la compagnie des Indes orientales.
• Le 11 au matin (juillet 1665)» accompagné d'un lieu- B tenant et de quatre commis de la compagnie , je me fis
conduire aa fort Daaphin et cbés le gouverneur (1) , où , tenant en main un original de la déclaration du roy, pour rétablissement de la compagnie des Indes orientales en risie de Madagascar, de laquelle Sa Majesté faisoit don à ladite compagnie, jeluy dis que je venois prendre possession de risle de Madagascar, au nom du roy , pour la compagnie des Indes orientales... . Le gouverneur dit que le lendemain, 1 4 juillet, il remettroit Tisle de Madagascar et le fort Dauphin entre les mains du porteur des ordres de Sa Majesté (2).
Nous lisons dans un autre chroniqueur (3) : « Nous vtmes mettre la chaloupe en mer, et elle aborda bientôt à terre; un officier qui en sortit remit à M. le gouverneur un paquet delà cour. Il contenoit la mort de M. le maréchal de La Meilleraye, et que M. le duc Mazarin avoit cédé Tisle à Messieurs de la compagnie des Indes orientales, suivant lenrs conventions ; il contenoit aussi que le roi établissoit un conseil souverain à Madagascar , dont M. le président de Beauvais, qui étoit dans le navire, étoit le chef; que ce vaisseau étoit suivi de trois autres, qui ne seroient pas -long-temps sans arriver. M. de Ghampmargou, ayant reconnu les ordres du roi, leur manda qu'ils pouvoient mettre pied à terre , et venir prendre possession quand ils voudroient ; qu'il leur remettroit toutes choses. Cela se
> fit le lendemain. »
La nouvelle compagnie, en 1668, témoignant Tin tention
d'abandonner la colonisation de Malegache, reçut du roi un
secours de deux millions de livres.
En 1669 M. le comte de Hondevergues gouvernait pour
le roi.
(1) H. de Ghampmargoo.
. (9) Boucha de Benefort, léerétaire de TéUt de la France orienUle. (3) M. de V...., commiualre proYincial de rartillerie de France.
« Le septième i>clotire 9 M. de Chanq^Aaigoa fut recen k t la cbaoge de lieiiteûaiit-*géiiéral pour le roy aa gouverne* » ineot de l'isle Daapkme et autres pals orientaux , sons To* n béissanoe de Sa M^yesté , suivant la commission envoyée
• par le roy. Il presta serment entre les mains de M. de » Mo&devergues, lors gouverneur ou vice»roy » et ce à la » teste des trouppes et habitants françois estant dans
m JoHS* • • •
> Le 13 dudit » IL de Mondevei|[ues ayant &it assembler » les personnes les plus considérables estant dans Tisle^ et » les trouppes d'infanterie, en présence desquelles il fit fiiire » la lecture des lettres du roy à lui adressantes , par les* 3 quelles Sa Majesté lui laissoit le choix de continuer son
• gotfvernraient ou de s'en retourner en France » en vertu
• desquelles lettres il se fit recevoir i la continuation du 9 gouvernement de TisleDauphine et dépendances. Surquoy i M. d'Espinay > procureur général , harangua fort éloquem-» » ment ledit sieur de Mondevergues (1). »
En 1670 > le roi reprend tous ses privilèges sur l'Ue Dan^ phine , la réunit aux domaines de la couronne sous le nom de Framce orientale , et y envoie neuf bâtiments de guerre sous les ordres de l'amiral de La Haye.
« Le 24 novembre, IL de La Haye descendit à terre , ao- « isompagné des officier&de l'escadre et de ceux de sa mai*
• son ; il trouva toute l'infanterie sous les armes pour sa ré* B ception. IlsIurentenlamaisondeNL deMondeveisues^lors » encore vice-roy ou gouverneur de Tisle , en présence du^ » quel , et de H. de GhaoH>margou^ lieutenant-général^ de » M. d'£spinay , receveur général, et de plusieurs oflBciers et V personnes notables, H. de La Haye fit ouverture des pa-»
(1} Le siear Dobois. Vidage aux Ue$ Danpkinê et jffai M rsunt, è8««inées 1669, 70,71 et7i.
» C|u6t» do toy et Ûst fûre lecture de ses eoBimissions. » Le jeudy 4 décembre , les préparatift ayant esté faits pour la réception de BL de La Haye en qualité d'admiral gouverneur et lieutenant-général pour le roy dans toute l'éiendttë des mers et pals orientaux de son obéissance , la chose fut exécutée ainsi.
» Les tronppes d'infiinterie tant de Tisle que de celles de la Hotte du sieur admirai estant sous les armes , et les François habites en l'ide, et plusieurs originaires qui avoient été mandez estant présents > Monsieur Tadmiral sortit de son logis , accompagné de Messieurs de la Mission , de M« de Grateloup , mareschal de camp , de M. de La Ratttrierre, ayde-de-camp, de M. de Cfaaropmargon, Heutenant-f^énéral » du sieur La Casse r de plusieurs offi^ ders tant de marine qu'antres , et de tous les oiBcîers , > gardes et maison de Monsieur Tadmiral ; ils furent jusques sous la porte du fort, oùestoit dressé un espèce de thrône. Chacun y prist son rang selon sa qualité* L'on imposa le silence^ et le secrétaire du conseil lent les commissionsdu roy données en faveur de M. de La Haye, par lesquelles il parut que Sa Majesté^ voulant maintenir les paf s orientaux et peu* pies d^iceux qui sont ou seront sous son obéissance, a trouvé ne pouvoir faire on meilleur choix que celny de la personne dé M. de La Haye, es qualités susdites , luy don-nant Sa Majesté pouvoir de commander en toutes choses, f^gir, gouverner, faire et ordonner tout ainsi que ledit sieur de La Haye le jugeroit à propos pour le bien et avantage de Sa Majesté; mesme pouvoir d'exercer la justice souveraine esdits pats obéissants, tant sur les ecclésiasti'-^ ques que sur toutes autres personnes en général. » Ensuite de quoy les officiers prestèrent serment de fidé-
B lité à Sa Majesté et d'obéissance à M. de La Haye*. .
» Le taiesme jour, Monsieur radmiral prist possession 4e • l'isle au nom du roy (1). •
Ainsi 9 le fait de prise de possession par la France > non pas seulement de quelques points sur la cdte orientale> mais de Ttle entière, est un JEût évident, indéniable. Les archives du ministère de la marine contiennent tous les titres de cette prise de possession. Voyons maintenant si ces droits acquis la France les a laissés périmer , si elle a témoigné l'intention de renoncer à la colonisation Ae Madagascar et de Tabandonner à d'antres.
Nous avons dit que le roi Louis XIV était venu au secours de la compagnie des Indes orientales au moment où elle menaçait d'abandonner ses opérations ; nous avons dit que le roi Louis XIV , au moment où l'établissement français à Hal^che périclitait , avait prouvé sa sollicitude et son désir de conserver, en réunissant l'tle Dauphine aux domaines de la couronne.
En 1672, la colonie du fort Dauphin était ruinée complètement, et les Français avaient disparu du sol malegaehe. Eh bien! après ce désastre, qui semblait détruire toutes nos espérances, au milieu du découragement dont il dut frap» per les esprits , en 1686 une ordonnance du roi renouvela la déclaration de la réunioti définitive de la France crientale aux domaines de la couronne. Ce titre existe aux archives de la marine.
Des édits de 1719, 1720 et 1725, confirment cette déclaration de souveraineté.
• Depuis cette époque, remarquons-nous aucun fait qui puisse faire présumer l'idée de l'abandon 7
En 1733 M* de Cossigny , ingénieur, est chargé par le
(1) Daboif , . .
gouvernemeDt de chercher dans la baie d^Antongil un lieu propre à ODe* fondation coloniale.
En 1746 le général Laboardonnaye va examiner les lieux.*
En 1760 la compagnie des Indes orientales^ toujours au nom du roi > jette les bases d'un établissement à Sainte* Biarie.
En 1758 le gouTerneur de Ttle de France , Dumas , réserve par un décret officiel^ pour le compte du roi, le privilège du commarce sur toute de la cdte.
En 1769 M. le comte de Haudave est chargé d'une grande opération à Malegacbe , et il s'y établit avec le titre de gouverneur-général.
En 1774 le comte Beniovrsky, avec une commission du roi f sous la direction du gouverneur de l'tle de France , entame sa grande entreprise.
Plus tard, en 1786, Beniowsky, cessant d'agir au nom de la France, est attaqué et détruit parle gouvernement de rtie de France, afln que nos droits restent intacts.
En 1702 la Convention nationale donne mission à H. Lescalier d'aller étudier et choisir une position avantageuse pour la colonisation (1).
En 1801 le gouvernement de Maurice donne une semblable mission à M» Bory de Saint-Vincent , et cet officier distingué déclare que Malegache seule peut nous faire une position forte dans la mer des Indes, et qu'elle doit remplacer avantageusement Saint-Domingue.
En 1804 le capitaine-général Decaen prend des mesures d'organisation pour les possessions françaises de Malegache ; il en déclare Tamatave le chef-lieu , et y envoie Sylvain Roux avec le titre d'agent général.
(1) Lescalier fît un rapport tout è bit favorable. Il attribuait Piiuaccèa dca teataUves antérieurei au mauvais esprit qui y avait présidé.
^ Bn 48M les Anglais^ maîtres de Maurice , aipédient à Malegache une corvette^ dont le commandant reçoit la aoa« mission de Sylvain Roux*
La paix venue , le gouverneur de Maurice élève la prétention de eonserver Malegacfae eoimne une annexe de Tlle Maurice. En même temps il faisait une tentative d'éla^ blissement sur ua point de la cAteque les FrançUis n'avaient point encore occupé» Port^Louquex. Le gouvernement de: la Restauration proteste » fait valoir ses jusies droits» et L'Angleterre est obligée de se désister» et de remettre au gouverneur de 111e Bourbon les établissements qu'elle avait saisis pendant la guerre*
It
Nous le demandons à tout bomme de bonne foi x \eé faits que nous venons d'énumérer ne démontrenMls pas de la manière la plus positive que la France a entendu réser-* ver dans leur intégrité les droits acquis sur Malegache par les prises de possession du XYII* siède 7 . Ces droits» cependant» sont contestés» sont niés par le gouvernement animais. En 1822 le gouverneur de Maurice > par une proclamation publique » déclarait :
f Premièrement, qu'il ne considérait Madagascar que » comme une puissance indépendante » actuellement unie » avec le roi d'Angleterre par des traités d'idlianœ et d'ami- ■9 tié » et sur le territoire de laquelle aucune nation n'avait V de droits de propriété» bors ceux que cette puissance se* 9 rait disposée à admettre ;
» Secondement» qu'il avait été notifié par cette même » puissance (la puissance bouva) au gouvernement de Hau*
» rice et au commandant des forces navales britanniques B dans ces mers qu^elIe ne reconnaissait de droits de pro^ » priété sur le territoire de Madagascar à aucune nation » européenne (1 j i.
'Cependant (vo^fes oomme les idées se modifient snivaat le besoin des temps t)» phis récemment, lorsque les changements survenus à Himema eurent détruit Tinfluence anglaise > nous savons que le gouv^nement de Maurice était dans des dispositions toutes ccmtraires à celles eiprimées dans la proclamation de 1823. En 1837 (7 juilfet) M. Nib Bergsten , un des colons les plus instruits et les plus honorables de Maurice^eut une longue conférence avec Son Excellence le gouverneur sir William Nicolay sur les affaires de Halegache. Au sortir de l'audience^ M» Bergsten écri* vait aux sujets anglais étabKs à Tamatave :
« Je vous fais savoir que jamais le gouvernement anglais » n'accordera & celui de la Reine la prétention de posséder » en propre la terre entière de Madagascar , ni de disposer B comme propriété des choses de ce pays. Le sol est à la na- » tion malegacbe j à chaque peuplade, partout où elle réside 1 et cultive (2) ; les productions & ceux qui cultivent , et B les produits naturels primo occupantL
» Le gouvernement britannique^ afin de donner aox peu- > pies malegaches une civilisation meilleure , avait reconnu » Radama comme chef suprême et aidé à établir cette do- » mination, mais à des conditions. Les conditions étant mé- B connues, le gouvernement britannique renversera les
(1) Lettre de sir Robert Farqahar, 20 janyier 1S2S, citée dans le Fréeiê des établii$$menU français formés à Madagasear.
(S) Tel D'élait pas ravis da gou? ememeot de Maurice lorsqiiMl armait Radama contre les peuplades, mettait des officiers anglais à la tête de ses troapes, et le nommait roi de Madagascar.
» Uoovasj et prendra sous sa protection les chefe des peu-* » plades qui accéderaient à donner toute faveur au corn- » merce anglais, i
Du reste, depuis 1816, les actes du gouvernement de Maurice n'ont pas cessé d'être une protestation contre les droits que nous prétendons , et une atteinte à ces droits.
Nous avons dit que le gouvernement de la Restauration n'avait pdînt protesté publiquement contre l'envoi d'agents officiels anglais auprès d'un chef indigène. Nous devons croire que la protestation a été formulée dans des notes diplomatiques. S'il n'en était point ainsi, il y aurait lieu d'accuser d'une faute sérieuse les ministres qui se sont succédé aux départements de la marine et des affaires étrangères de 1816 à 1828* Quoi qu'il en soit, une démonstration a été faite avec éclat par le gouvernement de la Restauration pour la réserve des droits de la France.
BfcpéJUjIiHi OMlbtjitd
Des hommes intelligents, à TUe Bourbon , et à leur tété M« Achille Bédier, avaient vu avec chagrin le gouvernement de Maurice élever contre nous la puissance de Radama. On comprenait que l'Angleterre n'organisait à Malegache une forte royauté que pour étendre bientôt sur elle sa main de souveraine. Des avertissements pressants furent donnés à 1& métropole. D'ailleurs il y avait hâte d'agir, car le roi ^bar^ bare nous attaquait nous-mêmes directement
Nous avions fait une nouvelle tentative d'établissement k. Sainte-Marie et à Tenteng, en 1821 (1), à la suite d'une exploration dirigée par BL le capitaine de corvette baron de Hackau, aujourd'hui vice«amiral et ministre de la marine*. Les Houvas, poussés par les Angjais vers le littoral oriental, vinrent inquiéter nos établissements. Les hostilités deve-. naient imminentes et nécessaires.
Enfin, sous le ministère de M« le comte de Chabrol et sous celui de M. le baron Hyde de Neuville (le meilleur ministre de la marine que la France ait eu depuis long-temps), il fut décidé qu'on enverrait une expédition à Malegache, etqu'oa agirait efficacement pour y faire reconnaître les droits de. la France.^
Pendant que se faisaient les préparatifs de cette opéra-; llortd«Aadi'< tion , le grand roi Radama mourut le 27 juillet 1828, des suites de ses excès. On écrit tous les jours qu'il fut assassiné
(1) Sylvaio Rou. déteniiie à iStinte-Haiie sa mois de décembre; en» isàs, M. le capitaine de vainean Gonrbeyre mooUle à Teateog en Mptem^N brei toqjoon dani la Niton dea flèvrea..
Ott emiKHâoniiè ; V Abrégé de géographie de Balbi compare &ana?alo Mandjaka, yea?e du roi, à Glytemnestre (!)• Ce sont là des erreurs, que rien ne joatifie. Radama , jusqu^i son dernier jonr » Ait craint et respecté , fot l'objet d'une sorte de culte fanatique. Sa fin n'a rien de dramatique : il tiiourut un peu eevnme François In^
Le commandement de Texpédion fîit conâé à M» le capi'laine de vaisseau Goorbeyre, et TOici dans quelles circon^ «tances : On écrivit à Tamiral Roussin , qui faisait alors ses Beaux travaux hydrographiques sur les cAtes de l'Amérique méridionale, de détacher de sa flottille la firégate la Terpshchore et de Penvoyer à Bourbon. Le capitaine de la TerpsU thore, BL Glémendot, officier distingué, refesa le commandement de celte opération pour des raisons de santé, et retourna en France. L'amiral Roussin s'adressa au capitatnede Pjiréthasey H. Goutîer , qui refusa pareillement Ce fut dors qu'on eut recours k 11 Gourbeyre> chef du pavillon de Pamiral. Ainsi le chofx du chef, dans une entreprise de haute importance, était dA au hasard, et Ton confiait de si grands intérêts à un officier qui n'avait jamais été à Mada** gascar , qui n'avait jamais étudié cette question, qui ne sa-> vait rien ni de Tétat du pays , ni des mœurs des indigènes. Peot^w pousser plus loin Timprudence et l'mipéritief Lo hasard , pourtant, auquel le gouvernement français remet» tait ees pouvoirs, aurait pu donner k l'eqiédition un chef intelligent et fort ; le hasard, malheureusement, fil un mau* vais choix.
(l) RMatalo oa kanavabana. M. le baron dlQnienvHle ûtt quVDe étaii la mère de Radama; d^aatrea eo font aa Htm on at fille. Renavaio était osBakw du roi; éHe M ariit été vtremeat reeemMandée par aea pète Aa* ddannapiMin IMawiMia, qol Itaimli tendteawnt» H4mm Vm» des fammeade Redema. - jraa^^'aAa^alsaile rigaaM^ Hiae.
Vers la fin de 183d^ les forces fraoçnises^ composéeê^ d'une frégate et cinq galMures^ parurent devant Malcgacbe^^ M* Gourbeyre s'empara de Tenteng et y fortifia an poste ; il attaqua et détruisit le fort bouva à Tamatave , où l'appari-*^ tion des Français jeta une épouvante inexpriipable (1)«. Après avoir perdu quinze jours i Tamatave , on se rendit à Foulepointe. Là» le commandant s'amusa à jeter 1 S ou 1 ,80Q^ boulets sur les cahutes du village abandonné} puis il dé«« barqua des troupes pour attaquer le fort placé en avant dana les terres, hors de te portée du canon. Comaie les troupes avançaient, quelques mauvaises pièces du fort bouva envoyèrent leurs boulets dans les rangs. Aui premiers coups, un capitaine (3) cria : Satwe 4iui peut! et 1^600 Français prirent la fiiite , n^aymt pas devant eux plus de 200 soldats barbares» Le capitaine d'artillerie Schoell , officier plein de mérite » et quelques élèves et matelots de la Terpsichore^ moururent bravement en essayant de rallier les fuyards»
Le commandant de la gabare la Nièvre ^ M. Letonmeur, de-; mandait avec instance qu'on lui con^tSOOhommespour al'*' 1er viager la honte de cet échec. Le maître d'équipage de /a, Terpsiciore, Darnoy , jurait à son commandant qu'avec ses gabiers seuls il se chargeait d'emporter le village. M. le ca-»^ pitaipe de vaisseau Gourbeyre resta sourd & ces instances, et le pavillon de France s'éloigna de Foulepointe emportant dans ses plis une tache qui n'est point encore lavée. Le len« demain de ce beau Ait d'armes, IL Gonii)eyre leva l'ancre
(t) Tdr «M Mies la. téta deli prlis d« TamaUTc par un léopio 4^»*
(§)lfoo»iieelloBt pMioa bmbjU €0lflioii,tl lloiw^ M rttombtrail fito qm lÉrta tanWe. - *
▼olr à Ui Bêle O i»ni«ilire dtut im mdiil compte eflMfil» sa Fms « de VsflUiB fie Ve^ltptotatf.
iStB^ètt alla bombarder le fort de la Poilite-à4iarrèe > où péri*reiit un grand nombre de femmes et d'enfants. La reine' Ranayalo écrivit^ lors des négociatioBs :« Un Gourbeyre est. Tenu dans notre Ue : il tue les femtnes et fiiit devant leS' hommes. »
Les Houvas^ conseillés par Goroller > fin mulâtre de rtie< Maurice (1), comprirent que tous les forts du littoral se^ raient infailliblement détruits par Tartillerie française ; pour gagner du temps ils proposèrent des négociations , et le Commandant français eut la maladresse d'écouter ces ouver* tures. L^bivemage commençait , les fièvres allaient sévir , Texpédition manquait déjà de vivres^ et Coroller le savait; les généraux bouvas firent attendre long-temps la réponse de la reine ^ réponse qui ne devait pas venir. Pendant ce temps-Ii les Français mouraient à la côte; enfin nos offi-^ ciers s'aperçurent qu'ils étaient joués.
< En France les résolutions étaient devenues plus molles , et lés instructions envoyées par H. le baron d'Hausses jetèrent le découragement dans l'administration de Bourbon. Denou* velles tentatives de négociations furent faites par les Français. Ranavalo Mandjaka ne voulut même pas recevoir notre envoyé, M. Tourette (2).
Il est remarquable que la campagne de Madagascar est
(i) Voir la note D.
(S) On fit la sottise d'envoyer M. Toorette (homme 4'alllenn fort diiUngoé) avec son petit nnlforme de commissaire de la marine. Les ministres de la reine arrivèrent an lien de Pentrevne, an pied de la montagne de Tananatlvon» oaracolani snr leurs clmvaiii, couverts d'amnret éUonisaantes, cootarés d\>r el balançant de grandes panaches. Notre envoyé, avet son Ùabit mesquin , leur parut patMement ridicule. Pour cotnlde de nafliettr , le lendemain, II. Tourette reçut en pantalon à la maurest|ue le miniairo bvori, Andrlamlahi&. Gela seul suffisait pour déconsidérer rambassadeur et oomprometlre le succès des Bégoclatioos. Il y a des gens qul.M cohh
— toi —
traitée de ghrieuse campafgne dans les rapports officiels inr
sérées au Moniteur en 1830.
' La révolution de juillet avait ea lieu, le gouvernement^^ Rappel de nos
nouveau n'osa rien faire sur un terrain où nous pouvions
contrarier la politique anglaise, et M. le* comte Sébastiani
signa l'ordre de cesser toute opération sur Malegache. La
France resta avec la honte ^'avoir été battue et jouée par
des barbares (1).
Les Anglais cependant ne profitèrent pas de nos échecs ; RévolationàT*âvec Radama s'était éteint pour Malegache le génie civili- de rinOneoce ansateur. Sous la direction de ce prince la noblesse houva ^ gouvernait les affaires ; la révolution de palais qui couronna
lureimeDt pas qae cet feiU de cérémoDial ont ane très grande importance cbea les barbares. Les Anglais ne sont pas si ignorants. En 1828, lorsque H. Lyallalla remplacer Hastie, qai Tenait de mourir à Tananarivoa» le go»* vernemeni de Haoriee chargea le très grave ai pacifique docteur d'èpaolel* tes, de broderies d'or , de plomets et d'armes magnifiques.
(i) Un traitant descendant de Tananarivoa m'écrivait il y a qoelqaes années :
c Sous an soperbe hangar on voit symétriquement arrangées, en trophée de victoire, les dépouilles de nos pauvres soldats tués à Fouiepointe, shakos, habits, capotes, baudriers, sabres, gibernes, fusils; au centre est Pépée du capitaine Schcell. Voilà ce qui les rend fiers, arrogants, intraitables. « Nous vlesavonsbattus, disent les généraui; eh bien! qu'ils viennent, nous les «battrons encore. » Voil&, Monsieur, ce qu'il faut efiàcer; voil& ce qui empêche que Jamais ces ministres-rois laissent pénétrer l'industrie et le commerce des Français dans ce pays, ns nous méprisent et ils alîecteRt dç nous mépriser... »
nhé des femmes éa fèo roi aa défirinent de «on wréï , Vhé^
ritier présomptif 5 porta au pouvoir les^eheft da parti popn-
^* - iaire. Ces hommes grossiers» igàorants, prirent en méfiance
toutes les influences enropéenttes et repQfUssèront le bien*feit de la eivitfsation % il Ait défendu sous peine de mort de Kre la Bible ^ toutes les institutions bailiares raprirent fit-* veur , le jugement de Dieu par le tanghèn fut rétabli et dé^ cima la population. Ce qui caractérisa surtout le nooTean^ gouvernement , ce fut la haine des Européens ; tous les services des Anglais furent oubliés. Des molestations incessantes forcèrent le docteur Lyall à quitter Tananarivon. La présence de& OMsionnaires autorisant de crueHes persécutions religieuses, ils durent presque tous se retirer. Le révérend Griffithz seul resta exclusivement dévoué à des intérêts commerciaux (])• Enfin , en 1841 , nous avons vu Griffithz lui-même et le docteur Powels (2) abandonner l'tle Malegache.
Teiatiops ex0r- La situation des traitants, à la côte, est devenue de jour
eées contre les w j j
traiuou par les en jour plus pénible; les Hou vas leur enlèvent peu à peu les
droits dont ils jouissaient En décembre 1836, des lois pro-* mulguées à Tamatave par le gouverneur Ramanassina et par le grand juge Philibert interdisent aux gens de la cèle le commerce avec lea étrangers; le HouvuaMnpose comme intermédiaire nécessaire. Les traitants ne peuvent plus garder leurs bœufs en pacage plus de deux mois. On refuse
(1) Les traitants le nomment Griffltbz le marchand , Grifflthz le mozambiqoe.
(S) M. Powels était depuis deux ans sealement k Tananarivoo. Ce Jeone homme arait pris part à Taventareose expédition de H. Georges Grey dans fos contrées inexplorées do nord-onest en Australie. Le capitaine Grey est aojoardliai gouverneur de Swan-Rirer, à Touest du vaste continent sau^ vage. (Test un des hommes qui portent dans Tœuvre ide la colonisation le plus dMnergie, dlnteiligence et de générosité d'âme.
m capteioes de navires même le bo» nécessaire aa sésr^ vice de leur bord; les traîlaDts ne peuvent plas envoyer aux cirionies de Maurice et de Bourbon , pomr leur éduca*» tion^ les en£uits qu'ils ont des femmes malegaches. On a été jasqu'à donner Tordre à des Yaïas de sortir du pays ; cet or* dre, il est vrai^ n'a pas été exécuté. Tout voyage dans Tinté* rieur deTlIe est rigoureusement yiterdit; enfin, de fréquents incendies sont venus détruire des établiisements de trai«tants, et il y a lien d'en accuser les chefs houvas, qui empfr» chaient de porter secours aux incendiés, et ^citaient leors soldats au pillage. Les traitants sujets anglais de Maurice <Mil adressé de vives plaintes à leur gouvernement. En juillet
1837 sir WUIiam Nicolay écrivait à H. Evenor Dupont (1), chargé des intérêts des traitants, que de fortes remontrant* ces et des menaces avaient été plusieurs fois adressées à la reine Ranavalo. Ces démonstrations restèrent sans ^et. fin
1838 (2 août) Thonorable Geo. Dick, secrétaire colonial, écrivait aux traitants :
< l"" Jai le regret de vous annoncer que Son Excellence » n'a pu avoir du gouvernement malegache aucune réponse » satîslisûsanteaux représentations réitérées qu'elle a faites h 9 la reine à ce sujet
» â^ Sa Majesté Ranavalo ne paraît pas disposée à oenti- » nuer ces relations amicales qui distinguaient auparavant » la communication entrecette tie et Madagascar, ni d'aceor •<
(i) M. Breoor Dupont^ homme d\in rare mérite, poarroit auprès des goa- ▼ernemento de France et d'Angleterre la réalisation d'an projet d'établissement, par voie d'association des deai peuples, d'âne ligne de paqoeboti entre les colonies orientales et l'Barope, par la mer Ronge. Il y a trois ans qae, dans le joarnal la Phalange, noas insistions noos-mâme sar l'intérêt «pie les deox colonies de Haorlce et dé Bourbdii troa?eraient à s'associer' poareettejnuTra.
• der aux sujets britanniqaes commerçant et résidant sur son » territoire cette protection dont ils jouirent pendant le rè- » gne du roi Radama. >
Héconteatement Les rapports entre les Anglais et les Houvas sont depuis des ADgl^is. loDg-temps sur un ton d'aigreur et d'hostilité. En 1838 le
brick le Pilades, ayant à bord le fils du gouverneur, le lieutenant Nicolay , alla portei; des menées au gouverneur de Tamatave. Il y eut un kabar solennel chez le grand-juge Philibert « VousavezaffamédesAnglais, s'écriait le commandant » du Pilades, c'est un cas de guerre ; savez-vous bien que je i fierais disparaître votre batterie comme saute une puce. . . » A toutes ces menaces les Houvas opposent force protestations de bienveillance ; mais l'ironie mielleuse de leurs paroles explique assez le fond de leur pensée. En 1840 un autre bâtiment de guerre arrive à Foulepointe , dont on accusait le gouverneur d'être très insolent envers les Anglais. Le commandant envoie son Heutenant à terre , avec l'ordre de revenir si 5 dans une demi-heure , U\ n'a pas été reçu au fort Après une heure d'attente , le lieutenant rejoint son capitaine. L'Anglais forieux endosse son uniforme et se fait suivre par un fort détachement : à peine le canot major a-t-il quitté la frégate > qu'un grand mouvement se fait à la batterie houva^ et l'on voit sortir les troupes en rang, tambour en tête , précédées du gouverneur à cheval , qui vient au devant de l'officier. L'Anglais était rouge de colère : • De- » mandez-lui^ dit-il à son interprète, s'il est bien le gou- » verneur de Foulepointe. — C'est moi-même. — Eh bien!
• quand il t'arrivera jamais de faire attendre un officier de » Sa Majesté britannique , nous tirerons un boulet qui fera
le tour de Madagascar jusqu'à ce qu'il ait trouvé ta tête. n — Pardonne-moi , Mylord , réplique le Houva , avec l'air » moqueur qui leur est habituel: il me fallait beaucoup de
» tempe pour me préparer k recevoir ud aussi grand offi- •ji cîer. »
. Tel f st Tétat des choses .: mécontentemeiit profond de la chute en pleine par/daigoav;firoe«ieotde Maurice; de lapart des Ilouvas mau- crà^i^sauvagc^^^^ ya\f procédés» iuaperturbablemeat voilés de fausse bienveillaqce. Aujourd'hui , à Tananarivou, HasUe est traité de scélérat Des généraux de la classe du peuple gouvernent sous le nom de la reine , femme superstitieuse et faible , qui n'a pas d'autre ambition que celle de transmettre son autorité à son fils Rakoutou'saïndri. Ces chefs ignorants^ grossiers, repoussent les institutions bienfaisantes de la civilisation. A cette heure ce ne sont plus les influences des Anglais et les droits de 1^ France qui se disputent l'île ; c'est le génie de la barbarie qui l'envahit, l'épuisé et la flétrit. Des chefs livides et tyranniques raniment les antiques superstitions etdévorient les dernières ressources du pays, où ils laissent se tarir toutes les.sources de richesses. L'élévation exagérée du prix des denrées , les droits de douane excessifs, les avanies sans nombre^ découragent absolument et ruinent le commerce étranger. Cette terre si belle, qne la nature fit si riche, n^offreplusqueraq)ect de ta misère. Sur tous les points oà s'élevaient autrefois de grands villages avec leurs cases si' fines et si élégantes» .on ne voit plus que ruines.
Le gonvernement bouva, qni domine partout excepté chez les Sakalaves de l'Ouest, écrase les populations de corvées, les épouvante et les décime par le tanghèn. Le tanghèn est redevenu le roi de Malegache. M. de Lasbelle, fondateur des établissements industriels de Mahéla^ estime que^ depuis douze ans,, dans le^pays de TEst etdu Sodseolemepl, pl09 de 150,000 Individus ont péri par le poison. L*Ilè entière h'a pas 3,000,000 d'habitants (1). Ainsi , les
' (t) tn traitant m'écrivait en 1S42 : « Depnis qae vous êtes parU (fêtais à Halegache à la Ûn de 1839), le tangiièn a plas détruit de monde que précé-
provinces se dépeuplent Ja terreur est partout Ces peuples si bienveillants , si aimables^ si gais, si sympathiques au ea« ractère français , souffrent sous an jong maudit , retour^ nent à la sauvagerie, s'éteignent, et n^osent plus tendre vters la France leurs mains suppliantes.. La France semMe 9 aux yeux des Malegaches, avoir accepté le déshonneur de sa défaite. Le Hou va parle avec mépris de ce peuple français qu'il a vaincu à Foulepointe et chassé de son territmre;
Telle est la situation de Madagascar, situation digne de pitié;
tel est le rôle brillant qu'a joué la France dans ces parages; tel
îe^ode'^de Tin- «st l'état de nos relations a vec les poptthlionsmalegaches. Cet
icrveniion Décès- état de choses peut-il durer? La France peut-elle être asses
saire de la France*
mal inspirée pour laisser s'épuiser jusqu'au bout un magnifique empire qui lui appartient? Non : il y aurait incurie, il y aurait inhumanité, il y aurait folie à ne pas intervenir. De quelle manière la France doit-eHe intervenir, qud doit être son mode d'action sur Malegache?
demmeot en dix ans, et Ton conliDue ploa que Jamais à ndmlnbUir pvtaol cet aOk'eiix poison. Vn Malegache possède-t-H 15 ou SO esclates et qaelqaea baeafb, on raeeose de sait€ dMtre sorcier. I>e tanijhèn kri est admi&iaCré à foite dose s il saocoml^. Sesesclavas et aes «ninaiix, codAmib^ pa açm ^ . la reine, sont Tendus, pour leur produit être versé aux Kpatps des gteérauv d'Himerioa.
vRécemment, ane lettre est venue tfellaittrlê», ad r ea n é e à ta feine parmi personnage qui a marqué ki dans le tempe de RadasM.^ 1| 4QP9Hait ^ue la politique des ministres était affireuse;il dépeignait toutes les misères da . peuple, priant Ranavalouna, dans ses intérêts, de changer cette politique le plus promptcmeot possible, et lui dlsanl qu^n conltoiiMit aiasi, «Ue empêcherait son ûls de régner. Les mtoistrea p*(M|l pas moiiUé. 1^ listlre àH reine, et ils ont répondu , en son nom , que la Toloaté de Rapaveloqaa était de restrer maltresse absolue cbex elle, et qu^elle perdrait tout plutôt que de Abre les plus petHee coaceasions aux Mém des Baropéeae.
«Ramaiiatsiea (le gouTemeur de la prof bioe defamatave) t dtlà RaïaiM^ lo, qui me Ta répété, gua son plut ^and plaMr êeraUt Vrm^çait tl^Anr glaiSy de lai faire mettre tou$ à la m^ne broehê^ et de Jovir avee eoniemr plation det soufftaneet et de la mort deft fiuegrotfàê ennemi* de la,refne* Et vous savex que Ramaoassina a toute la confiance da Q^aioimMhWTft «t <|0 Ratsimaniche,les maîtres è Himerina... •
Mate «llMwvwttlMi. — FmallMtét ta twmni mê t»,
IXiOs ce» deruiros années , éeux actes^ l'oceiqpatkm de Nosse-Bé et celle de Mayottaf indiquent que PAtlenUon dt gouvernement se y^nie de nouveau sur la grande Ile africaine.
Jusque akpra. l'intérêt s'était esdusivement auaebé au n^^^''^" ^^^ Jittoral Est; 5r où les navigateurs dé Maurice et de Boorbon «liaient faire la traite, aux postes les ph» voisins. Lea Américains de rUnion seuls». se rendant dans les mars d'Ara*bie par le canal Blommbique, touchaient aux baies de l'Ouest et du Nord-Ouest,
Une cireon^t^oe parUeulitee semblait appeler spéciale* jopent de ce côté l'attention de la France ; les peuples de l'Oueat ont jusqu'à ce jour échappé à la domination des Iioi|va|s» £f^,conséquencn, l'fidqiinîdtratiottde VUt Bourbon» doœ le gouvernement séléet intelligent de H. le contre»>amiirai de HeM^ envoya» k diverses reprises» des bâtûneins pour fitffàm le lierai occidental» Ges:é|udes o«t été particulier .rement dirigées par MAL les q^^ûtaiiies decorvnttaa Guit*lain ^ Jéhenne et Tréhouart, H; le ea^Uiintj d'f tat^maior Passot signala l'impox^nce de Mayotta etd^ine petite fie ^Nosse*^Bé). q|ai démine les baîea^ . Bavatoubé .(dalrympte d'Owen} et Passandava. Plus i«rd M.*Jltilemie étudia f^ff^, Eim ^sgjn^, l'Ile, la pipis méridionale du groupe des KiMftores» à sioixanta lieues de (4 gruiide terre (1).
Un mjlme tanpu le gouvernement d^ Bourbon répétait k
(iyltFmice éétt totrte st reebnuatssànce k AT. lebille BMier, coiii«al9«te fénéral''ae'liL mtrlm; oriODinilèttf à Boai4>ou; * !!• l^falril 4e BeU , h HH. let 4:aplUiiN80aUl«iiii;G^iitety è toos eat howuf^^qti wl Mh vamment étadié la question de Madagascar, et préparé les voies h âne conquête d^où dépend Tàtenfr maritime de la'niltion française.
celui de la métropole qu'il fallait remplacer Ttle de Francer et trouver sur la route du vaste commerce anglais un poste militaire , un asile pour nos escadres et nos corsaires ; il ajoutait qu'un établissement au Nord-Ouest de Uadaga»car pouvait ofirir une belle position d'entrepAt^ et nn débouché pour les produits de la France.
Les menaces de guerre qui^ en 1840, retentirent dans toute l'Europe décidèrent M. Thiers à envoyer l'ordre de prendre possession de Nosse-Bé. L'impulsion était donnée, et, en s'emparant cette année de Hayotta, le ministère du 29 octobre a enrichi la France d'une position militaire et d'entrepAt de la plus haute importance.
Le port magnifique dont Mayotta occupe le centre est formé et défendu en même temps par une chaîne de récif» qui la circonscrit presque (empiétement, et ne laisse accès au bassin existant entre elle et llle que par quelques con-» pures naturelles ou passes. Deux de ces passes seiriement peuvent être franchies par de grands navires, et leur posi» tion perpendiculaire à la côte livrerait sans défense anxbat» teries de terre les vaisseaux qui s'y engageraient Les passes sont ainsi distribuées sur le pourtour de l'enceinte qo^eUes permettent par tous les vents l'entrée et la sortie libre des navires. Toutss les opérations des grands arsenaux maritimes peuvent 'éirë aisément faites dans les baies du littoral : les terres voisines d'Afrique et de Malegaehe, et Mayotta elle-même, fournissent abondamment les matériaux néoes^ eaires à l'établissement. Mayotta peut aiséssent produire des vivres pour sa population et pour une garnison nombreuse;. Ibyotta, placée an milieu du canal de Mozambique, ft pea près à égale distance d'AMque et de Malegache^sur la route de rinde, du golfe Persique, de la mer Rouge, offine en ontre tomes les conditions d^nn lien de relâche 6t de ravitaillement, et doit devenir un entrepôt très riche.
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Un savant rapport publié dans les Annales maritimes et Travan da ca« tûUmiales du mois d'octobre par Fun de nos officiers de ÇêuJÎ'Guiîfaiii?'^ marine les plus distingués, M. GuiRain» auquel on doit, dit-on > de précieuses études sur les pays de TOuest et du Nord*Oo6SSt et sur la colonisation de Malegache, expose en détail les avantages commerciaux et politiques de notre nouvelle position au Nord. Ce document mérite d'être consulté par toutes les personnes qui se préoccupent de nos intérêts maritimes.
Hayotta et Nosse-Bé ont donc une importance réelle ; T^osse - Bé et mais que seraient ces deux points sans la Grande-Terre 7 Jf>J[^rvatioo!^ Des hommes compétents, qui ont étudié d'une manière sérieuse cette question , démontrent aisément que cette forte position militaire serait enlevée si , pendant la guerre, elle ne s'appuyait sur des établissements à la côte malegacbe. LMntérèt de notre puissance veut donc que la France tienne entre ses mains l'He Malegacbe ; et la valeur des établissements de Mayotta et de Nosse^Bé consiste précisément dans les facilités que ces deux points peuvent nous donner pour procéder à la conquête de la Grande-Terre.
Noos avons précédemment démontré Tinsuffisance des ports de refuge au point de vue de l'intérêt maritime et commercial du pays, et cette insuffisance, nous le disons avec bonbeur, est parfaitement comprise par les principaux chefs de l'administration de la marine. L'an dernier, une déclaration de SI. le ministre de la marine et de H. le directeur des colonies a été très catégorique & cet égard, c La France, ont-ils dit , a pris pied sur les côtes du Nord-Ouest, ttfin d'étendre sa main souveraine sur la Grande-Terre, afin de dominer le pays , afin d'être en position de faire valoir nos droits incontestables4 1 Tel est le juste sentiment de tous ^^^ q^ij^^ ^^ les hommes qui ccimprennent et défendent les intérêts se- '^^^^r^ , hosuies
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rfeox de la France. Quant au système de M. Giii2ot, qui riUmes.
celui de la métropole qu'il fallait remplacer Ttle de France^ et trouver 8uf la route du vaste commerce anglais on poste militaire, un asile pour nos escadres et nos corsaires; il ajoutait qu'un établissement au Nord-Ouest de Madagascar pouvait offrir une belle position d'entrepAt, et on débouché pour les prodoits de la France.
Les menaces de goerre qui, en 1840, retentirent dans toute l'Europe décidèrent M. Thiers à envoyer Tordre de prendre possession de Nosse-Bé. L'impulsion était donnée, et, en s'emparsmt cette année de Hayotta, le ministère do 29 octobre a enrichi la France d'one position nriiitaire et d'entrepôt de la plus haute importance.
Le port magnifique dont Hayotta occupe le centre est formé et défendu en même temps par one chaîne de rédft qui la circonscrit presque (empiétement, et ne laisse accès M bassin existant entre elle et Ilie que par quelques conpores naturelles ou passes. Deoi de ces passes seulement peuvent être franchies par de grands navires, et leor pori» tion perpendiculaire à la côte livrerait sans défense aux batteries de terre les vaisseaui qui s'y engageraient. Les passes sont ainsi distribuées sor le poortoor de Tenceinte qo^eUes permettent par tous les vmits rentrée et la sortie libre des navires. Toutes les opérations des grands arsenaox niariti« mes peuvent êire aisément faites dans les baies du littoral : les terres voisines d'Afriqoe et de Malegaehe, et Hayotta elle-même, foornissent abondamment les matériaux néoes^ «aires à rétablissement. Hayotta peut aiséssent prodoire <ks vivres pour sa population et pour one garnison oombreose. Uéyotta, placée an mlUeo do canal de Hosambiqoe, h pea près à égale distaoce d'Afriqoe et de Halegache^sor la roote de l'inde, du golfe Persiqoe, de la mer Rooge, offine en oo« tre tomes les conditicins d'on lieo de relâche et de ravitaillement, et doit devenir on entrepôt très riche.
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Un savant raM>ort publié dans les Annales mariîiines et Travanx da ca" eolaniales du mois d'octobre par l'un de nos officias de Çêui^Gumain?^" marine les plus distingués^ M. GniHain, auquel on doit^ dit-on ; de précieuses études sur les pays de TOuest et du Nord*On^ et sur la colonisation de Halegache , expose en détail les avantages commerciaux et politiques de notre nouvelle position au Nord. Ce document mérite d'être con^ aulté par toutes les personnes qui se préoccupent de nos intérêts maritimes.
Hayotta et Nosse-Bé ont donc une importance réelle ; T^osse - né et mais que seraient ces deux points sans la Grande-Terre 7 îf'ôij«er*vaUon!^ Des hommes compétents, qui ont étudié d'une manière sérieuse cette question , démontrent aisément que cette forte position nnlltaire serait enlevée si , pendant la guerre, elle ne s'appuyait sur des établissements à la côte malgache. L'intérêt de notre puissance veut donc que la France tienne entre ses mains TÛe Malegache ; et la valeur des établissements de Mayotta et de Nosse-Bé consiste précisément daus les fiicilités que ces deux points peuvent nous donner pour procéda à la conquête de la Grande-Terre.
Nous avons précédemment démontré l'insuffisance des ports de refuge au point de vue de l'intérêt maritime et commercial du pays, et cette insuffisance, nous le disons avec bonheur, est parfaitement comprise par les principaux chefs de l'administration de la marine. L'an dernier, une déclaration de SI. le ministre de fai marine et de M. le directeur des colonies a été très catégorique à cet égard, c Là France, ont*Us dit , a pris pied sur les côtes du Nord-Ouest, «fitt^ d'étendre sa main souveraine sur la Grande-Terre , afin de dominer le pays , afin d'être en position de faire valoir nos droits incontestables» t Tel est le juste sentfanent de tous inm q^i^qi et les homines qui cctaprennent et défendent les intérêts se- ^^îfii^ri^J*^' jî rieux de la France. Quant au système de M. Gnizot, qui ntimea.
celui de la métropole qu'il fallait remplacer Ptle de France^ et trouver sur la route du vaste commerce anglais un poste militaire , un asile pour nos escadres et nos corsaires ; il ajoutait qu'un établissement au Nord-Ouest de Madagatcar pouvait offrir une belle position d'entrepAt^ et un débouché pour les produits de la France.
Les menaces de guerre qui^ en 1840, retentirent dans toute l'Europe décidèrent M. Thiers à envoyer Tordre de prendre possession de Nosse-Bé. L'impulsion était donnée, et, en s'emparant cette année de Hayotta^ le ministère du 29 octobre a enrichi la France d'une position nriiitaire et d'entrepAt de la plus haute importance.
Le port magnifique dont Mayotta occupe le centre est formé et défendu en même temps par une chaîne de récif» qui la circonscrit presque complètement, et ne laisse accès m bassin existant entre elle et llie que par quelques coapures naturelles ou passes. Deux de ces passes seiriement peuvent être franchies par de grands navires , et leur position perpendiculaire à la côte livrerait sans défense aux batteries de terre les vaisseaux qui s'y engageraient. Les passes sont ainsi distribuées sur le pourtour de l'enceinte qu^eUes permettent par tous les veùt% rentrée et la sortie libre des nainres. Toutes les opérations des grands arsenaux maritimes peuvent être aisément faites dans les baies du littoral : les terres voisines d'Afrique et de Hadegaehe, et Mayotta elle-même, fournissent abondamment les matériaux néoes-^ saires à l'établissement. Mayotta peut aiséssent produire des vivres pour sa population et pour une garnison nombreuse;. Uàyotta, placée au milieu du canal de Hosambique, h pea près à égale distance d'Afiriqne et de Malegache^sur Ja route de rïnde, du golfe Persique, de la mer Rouge, ofire en on* tre tomes les conditions d^un lien de relâche et de ravitaillement, et doit devenir un entrepôt très riche.
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Un savant rapport publié dans les Annales maritimes et Travaax da cacoloniales dn mois d'octobre par l'un de nos officias de ÇiwîJ'Guiîîaio?'^" marine les plus distingués , if. GuiHain» auquel on doit^ dit-on ; de précieuses études sur les pays de TOuest et du Nord-Ooesst et sur la colonisation de Halegacbe , expose en détail les avantages commerciaux et politiques de notre nouYelle position au Nord. Ce document mérite d'être conanlté par toutes les personnes qui se préoccupent de nos intérêts maritimes.
Hayotta et Nosse-Bé ont donc une importance réelle ; T^osse - Bé et mais que seraient ces deux points sans la Grande-Terre 7 Jf>JJSirvaUon!^ Des hommes compétents, qui ont étudié d'une manière sérieuse cette question , démontrent aisément que cette forte position militaire serait enlevée si , pendant la guerre, elle ne s'appuyait sur des établissements à la côte malegacbe. L'intérêt de noire puissance veut donc que la France tienne entre ses mains l'fle Malegacbe ; et la valeur des établissements de Hayotta et de Nosse^Bé consiste précisément dans tes facilités que ces deux points peuvent nous ddnner pour procéder à la conquête de la Grande-Terre.
Nous avons précédemment démontré l'insuffisance des ports de refnge au point de vue de l'intérêt maritime et commercial du pays, et cette insuffisance, nous le disons avec bonheur, est parfaitement comprise par les principaux chefs de l'administration de la marine. L'an dernier, une déclaration de SI. le ministre de la marine et de IL le directeur des colonies a été très catégorique & cet égard, c La France, oiit*iIs dit , a pris pied sur les côtes du Nord-Ouest, «fin d'étendre sa main souveraine sur la Grande-Terre , aHn de dominer le pays , afin d'être en position de faire valoit* nos droits incontesti^lesi t Tel est le juste sentiment de tous ^^ q^i^q^ ^| les homines qui ccfmprennent et défendent les intérêts se- '^^^^rv^ hosuies
^ '^ aux iiitérâts ma-
neux de la France. Quant au système de M. Giiizot, qui niimes.
— 108 ~ celui de la métropole qu'il fallait remplacer Ptle de France, et trouver 8ur la route du vaste commerce anglais un poste militaire , un asile pour nos escadres et nos corsaires ; il ajoutait qu'un établissement au Nord--Ouest de Madagascar pouvait oflrir une belle position d'entrepAt, et nn débouché pour les produits de la France.
Les menaces de gnerre qui, en 1840, retentirent dans toute l'Europe décidèrent M. Thiers à envoyer Tordre de prendre possession de Nosse-Bé. L'impulsion était donnée, et, en s'emparant cette année de Hayotta, le ministère dn 29 octobre a enrichi la France d'nne position militaire et d'entrepôt de la plus haute importance.
Le port magnifique dont Mayotta occupe le centre est formé et défendu en même temps par une cbatne de récifs qui la circonscrit presque complètement, et ne laisse accès M bassin existant entre elle et 111e que par quelques coupures naturelles ou passes. Deux de ces passes seulement peuvent être franchies par de grands navires, et leur position perpendiculaire à la côte livrerait sans défense aux batteries de terre les vaisseaux qui s'y ehgageraient* Les passes sont ainsi distribuées sur le pourtour de l'enceinte qu^eUes permettent par tous les vents l'entrée et la sortie libre de» navires. Tontes tes opérations des grands arsenaux niariti« mes peuvent'éireaisément faites dans les baies du littoral : les terres voisines d'Afrique et de Ibdegache, et Mayotta elle-ffieme, fournissent abondamment les matériaux nécessaires à rétablissement. Mayotta peut aisément produire des vivres pour sa population et pour une garnison nombreuse. Ibydtta, placée au miUeu du canal de Mosambiqne, h peu près à égale distance d'Afrique et de Malegache^sur la route de rïnde, du golfe Persique, de la mer Rouge, offine en ou* tre tomes les conditicins d'un lien de relâche et de ravitaillement, et doit devenir un entrepôt très riche.
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Un savant raM>ort publié dans les Annales mûrîtiines et Travaai da catûUmiales da mois d'octobre par Tan de nos officiers de j^eue^GuufainT marine les plus distingués , M. GaiHain» auquel on doit, dit-on ; de précieuses études sur les pays de TOuest et du Nord-Ouesst et sur la colonisation de Halegache , expose en détail les avantages commerciaux et politiques de notre nouvelle position au Nord. Ce document mérite d'être consulté par toutes les personnes qui se préoccupent de nos intérêts maritimes.
Hayotta et Nosse-Bé ont donc une importance réelle ; T^osse - Bé et mais que seraient ces deux points sans la Grande-Terre 7 d'ôtraer^aUoo!^^ Des hommes compétents, qui ont étudié d'une manière sérieuse cette question , démontrent aisément que cette forte position militaire serait enlevée si , pendant la guerre , elle ne s'appuyait sur des établissements à la côte malegacbe. L'intérêt de notre puissance veut donc que la France tienne entre ses mains Vue Malegache ; et la valeur des étaldissements de Mayotta et de Nosse-Bé consiste précisément dans les facilités que ces deux points peuvent nous donner pour procéder à la conquête de la Grande-Terre,
Nous avons précédemment démontré l'insuffisance des ports de refuge au point de vue de l'intérêt maritime et commercial du pays, et cette insuffisance, nous le disons avec bonheur, est parfaitement comprise par les piîncipaux chefs de l'administration de la marine. L'an dernier, une déclaration de SI. le ministre de la marine et de IL le directeur des colonies a été très catégorique & cet égard. « La France, ontJls dit , a pris pied sur les côtes du Nord-Ouest, tt6n d'étendre sa main souveraine sur la Grande-Terre , aHn de dominer le pays , afin d'être en position de faire valoir nos droits incontestables» * Tel est le juste sentnnent de tous ^^ ^qi^q^ ^t les homines qui èttoprennent et défendent les intérêts se- '^^^^r^.^ hostile»
^ *^ aux iiitérâis ma-
deux de la France. Quant au système de M. Giiizot, qui ritimes.
eopaiste i se cb^rebor à Slayotla qu'im port ^ refile et upe station militaire^ qous ne nous att^cb^rçap pas à L^ critiquer davantage. La chaiabre de cooMpeirc^ ^.^^^^vtes;» dans un mémoire adressé le 14 février dernier aajninjistrey yient de démontrer irréfrag^blenyent Tiabs^f dite fk ce sfphme, Qt la nécessité de fonder àfi grandes colonfe^,dQ firodac^ tion. M. Guizot se^ repentira probahlem^ent un jour d'avoir proclamé à la ju^ibune une politique anti-colooisatrice; c^ sera là (quand le pays aura acquis une plus clabre notion de ses intérêts) une des causes de la déconsidératiop et de la raine de cet homme d'état M. Thiçrs , de soi| côté s ^ déclarée que la France ne deyaitp^s spngpr Ji étre.nnç ppis: sanqe maritime» » Nous devons supposer que Thûxi^able dé? puté d'Aix n'a jamais poussé ses promenades îi^qn'à Bbrseille^ et qu'em étudiant la g^ograi^e d(f son ppys, il n'^ jamais jeté les yeux que sur nos frontières orientalps^ vers }e$ Alpei» et le Rhin. S'il ^vait tourné ses regard^ vejrs noi; frontières maritimes, s'il avait examiné )e développement de nos côtes baignées pai: trois merp^ s'il avait étudié notre position d'avantrg^de maritime de l'Enropf; centrée p il n'aurait pas aventuré une, parole qjai compromet son, avenir. L'idée fixe 4ç M. Thiers c'est, de xfft^B ope ]^a|t,.de Toeuvre iippérialç ; il veut agrapdir lapuiss^w^^ fr^>HiMK sur le continent;» en s'af|Hiyanti»up l'Angleterre. Ce système là^ c'est la guerre continentale, dont la Fraqçe nq ii,<^i pafif Divers avertissements sérieux oqt dû édi)|er l'habUç^^^^^^ centre gauche sur les dispositiop^pacipquf^ du|^|i,il àx^ voir I d'aiUeujrs, ipie^ si l^s flatpfoe^ dç J!^iurit. fl^erij^r se raniment parfois ^cp^e (at malb{)UEei;sfi<p«i^t)ti?p.,£i;9i|<f^ c'est pour menace»: l'Ang)et^iTQ, dogt.lui, il r^vp l'AKi^cn, Qu'il spnge4<>]^& renouvelpf sa polif^i^ f^t 9i^%.94f;9Ukr plisse promptement son évolution, s'il ^f^ yeuXfi^M yw réduit h s'agiter désormais dans une. imp^Vs^nce; Qp^e»
|i« BUlault B'a-t4l pas proclamé à la triboae des désirs conform^àla palhiquecotonisatriee? Ces vues impliquent tout un systèam opposé à ^ui de IL TUers, Or» que détiendrait li Thiers dans le parlement s'il n'avait a¥«c lui M, BiUanlt? Des homnes éraînents> dans le sein de la CbamlNre^ M. Dafiiures fiUiistre ML de Lamartine^ sent dévoués à l'idée de Veqmnaiim coloniale de k France* Des députés d'opinions dfavarseftf BIML Alphonse Denis > EstanceUn» Lberbette, LaerossQ»etc«^ s'ocqnpent avec un léle particulier de la question q^eiale de liadagpiseaf .
La politique oécessaire de la France forcera tôt ou tard le gouvernement à mlonàser Madagascar. Comment devra- V-U procéder à cette «esuveo?
No«s savons q/m^ radaîniatration de. la marine nourrit Mode da prol'idée de fittr<5 accepter par les flouw le pro^ctorat de la ^^'SSl^^;. Fraarce^ Des iostvuciitins dans ce sens ont été.> assure^ ^lOn, données à KL le capitaine de corvette Rang , nommé an commandement des établissements maleg^ches* Voilà» noua en sommes cimvainou > un pn^et enfanté dans les bureau, du ministèfe par des booimea qni n'ont pas sur les afiwea de MalegaelM» les notions les plus élémentai^ res^ Nous défioiu qu'on nons cite un aeul de nos officiers» un. seul voyi^^sur séfjeut» ayant été dans 111e africaine depuis dix aii»9 qui admette: la possildlité de l'éMMiseement d*on proteetor^
U y a dans le pays d'Uimerna deux partis» composés d'un trèa petit nombre d*hoBWieB » car la masse du peuple hoiiva est un troupeau -qu'on mteo et qu'on exploite , et n^ayaniméniepafteneofele vriai sentiment de sa nsUonatUté : d'un< c4fé ^nt les hommes édairés de la noblesse > de fau* tre lea chefe miijia wes de la clause du peuple» aujourd'hui dominants»
Les cheb militaires ont en exécration les Européens,
Anglais et Français. Leur pouvoir ne s'appuie que sur des moyens de Tîolence et de barbarie , c'est par la peur du tan-» ghèu qu'ils gouvernent. Ils savent bien qu'une intervention quelconque des puissances européennes , que le contactseul des indigènes avec les individus de race blan^e, au-» rait pour effet infaillible de saper leur autorité ; aussi toutec^ leurs mesures tendent-elles à faire cesser ce contact Le& traitants n'ont plus le droit de voyager dans l'intérieur. Tout Malegacbe qui vendrait des vivres à un Yaza, an delh deS' premières hauteurs, hors de la vue de mér, serait cbttdam-' né à prendre le tanghèn comme trattre à la reine. On décourage les traitants, on leur rend le commerce impossible ; on a même été, nous l'avons dit, en* 1697, jusqu'ft défendre it des btanes de s'établir sur la côte orientale. Les officiers houvas traitent aujourd'hui directement avec les capitaines de navires, et monopolisent entièrement le commerce. Téot prouve enfin que le gouvernement de Tananaiivou vent forcer les Européens, même les plus inoffensifs, A aban*donner le sol malegacbe. Les ministres ratriment toutes les superstitions, pour exciter la haine contre les étranga*s ; en^ fin il est de toute évidence que jamajs le parti domiÉant aujourd'hui ne consentira à accepter le protectorat d'aucune puissance européenne. Si on lui fait des ouvertures , il est possible qu'il les accueiUe d'qn^r bienveillant : il n'y a pas dans toute l'Europe un diplomate aussi roué et plushabil^f qu'un chef houva. Les ministres feront répondre à 1a!retne ({u'elle estime beaucoup le peuple français et qu'elle a ùtie profonde admiration pour le génie du roi Louis-PhiKppe , de ses ministres, de M. le directeur des colonies et de M. l'amiral-ministre, Akàmbila-Banoa , ce ^ut^eau de mer \ Sur ce pied Ik, les négociations <dureron« cinquante «nnées, au bout desquelles elles seront beaucoup moins avancées que le premier joor.
QaâQt à PâQtre parti, quant aux: chefs de h noblesfie. Ceux-ci 0OQt biéttveiliania pwn PEoropéeQ; ils ientenCoe que les blancs ont fait et peuvent firire de inea diMrféiiK pays. Essayes donc de leurfaife 'aecepter'Pidfie'du protec* torat de la PraAce.- Pour conférer de cette «Mire atec eix, vous n'ares pas besoin de tenter les Voies > difOcile» d^uae correspondance secrète à Tananarffîoq , et d^e«po»er ipieU que émissaire AntÉtte à pi^endre te twgbèn.. Alhs à i^Ûe Maurice, et là, dans la compagnie amicale du révéfendfo* nés, Tous-troirreres 4e noUes' Hovras qui vou» feront accueil en tr^s btfn aflglato. Ces Soties , ee sont les chefs'les plus actifs du parti de la noblesse réfugiés k llamiee , oli'8« sont entretenus d'argent et de caresses par le giimveraeiaest britannique, et oà ils attendent PoccastiMide^ftiii^unéni* Tofotion de palais kHimeroa, réimililion; dont lè profltserait'pour PAngleterre. Que les hommes d'eue aient'done ceci présent i la pensée et Uèli ft fond dans leui» InteHi^ genee Hl n^ a pas diantre protectorat possible, à liaUgaf^ che, que celui de l'Angleterre , et celui-là , il y a'^s chan-» ces pour qti^Ls'y établie, si la Pt«iioe nrae^détide pâte à agir sérieusement et 'i4te» » •
Le gouvernement anglais tt's^ra pas, devant fSiropey imminence <roa s'emparer direetenenc d^'Hadagasèar , parce que, detant ^^f^^^*^ l'Europe, cette terre esf françaiser; mais^ de Mamice y ésni^ dant sa main, qui sène^'dis *i P^ reooiiimèn««r;1t)réeMi-> mencera 'bientôt > I^osuvré interrcimpue' par là monf *dtt''mi Badama^^: '««réer un empire v M donniez l'oigffififlÉëstt etii ▼ie; et ptil» ensuite, en tXHit bonnour , avryrakdn noMl^,!! ne pnunra sèrêfAser k rèCOhnaMre une^^ssanceséHeiisè^ ment conscitoée. Etim enipire non^^n, oe «erd ui^o«MiBe anglaise ear ii^ ne se retwontrera pas 4e long^JMilps un an«> tre Rardama asèez babile pour utitlseryan pvoflt de md paryi^ les yoes anAltielMs 'des Anglais» assea ént»glfAai ot^niset
êO-
— It4 —
tonpoiirloicoiiMrif ettea domitterl V<Mlè«e^efe?arAngkttrrre. La «oie dto pmiectwat est donc iavfniMble pour la RrMMto à Htlegaehe.
Mais ce Inode^ d'actioft «a laL^mAme eèUil hoB t
la ferme du proteetoeat^ e» priactpe^esi e^eq^i coa** TJaalie iiîeaàt pour iiModaina la tuiAUect raetioa efficace dèf «léttepoiea enropéeiiie» mt les teiAres Qonvelles>^ et pour oti^aiiiaBr leurs lapporti sTee les pedplea ^m aoBt ettcore ■làitoiiratf
liaîa ee qnt est oenveMblet jMie , âécsssaiffe eo point de vse diBoki^ oe qui sera ■éaiisé daae aa teaips pea éMgaé peut^tre^ n^eit pas le^foetsaiiéBieni pfaiicsMedaiis leaseasaai peésent Les eahHHaateans peaveat dèi aiqoafd'Iitti» via-JHei» dèa saaiMges et an IxonlNtres, eiaployer des moyens da bieavcittanoaetd'^aimait; maïs ils $0«t parfois coatramts d*a|^ aotrenaent 5 et il ne lear est pas la^joars ticila de respseter k constilutioo poUlîqaedespaysoi ils s'^sîiliasenU L'ebttaek à cet égud fient pariîoattèBeomnt de rHwope elle^^nCaÉCi.
fia eftt^daas P'étst de Jatoasie^de dîthlta» <rti vifeat en-* tre elles les puissances européennes» aacane d^'dles ne peut faire m» «ciadramirité à renérienTi d'eipaaiîea eotoaiiairicey qu'elle ne soit i i'iasiaat mCme a a a r de ment Dontra* née et desservie par ses rivales; et cet état d'iM)siîlités se* entes dnrsf»' tut qne des oonvéniien fénéndes^ prises dans an eongute de la eivîUsatiDn tant entière^ n^aiarent pss JSteraaké paar ebaqae peuple la place qu'il pent oecnper « lesioma sor tosqueiles il pent «tcodresa main eo»qn<raats el.eMttmtriee^ lealiaiites daasrlesqaelles4l4eii eaermr son aetianh. ZaniqusKidéedn eeneert earq^éen^neee sera pas rédisieei «acandedans nn^eengrès permanent on pMadiqne^ oà o'tfialiaBera Je tsain^ de ré^ttlra.da masidei les
desdiaers gMivemementfl nelaîaseront pat
aa QtAwAsaum la UMrté^de ehoisir ie» arayens d'actioft les |iIoft )ii8t6&. Une aatioo qui se MksenttCtempartec mofumd'hqi v&aXB sente k aae palhique çhevdercBqvJoiieiBit.Qa rôle de tdttpe chus Jes alttics dtt moiidfiL
Tant que D^est pas ot^^aiiiaé entre les. {misianeei la oon-aeii afbta^l dont fiOQS{iarioiMy U«8t presque impratioftble k «0 govfenieiaeot 4V«Bdblif et deinàniemr^soft prtMctoeat eorun peuple iniMuv. La iovaieda pnotectorai doaae aua JDtriguesdeiboîlesoirrvtares) les ageiiai deaknairaarifalae ctrooa^enMo t iaqeaminDeiit km oboii>et s^eSoïKaat éd 4|ubiatlaier lama inOaanceB das. k (gnat enement d« fmp^ Cet maaœawstces InCM desintérèiaoppoeés^ n'eBfcotBiit»qQa tiiaUlenmiti, bésiMioM^ araableSy là^où r onîté d'aaiias ee** Tait indispeiieabledaas rintteftt mteedu ptogièt des 90» palatioiis protégées, et têtoa tard ka ptataica, ka proiesta* tions, les^éroites des piinoes-iadigèaes, conduisent k I9 n6^ ^^essiié de kar déposMon et k des aeies de rtpMnkn Ttoleote^'
Ainsi donc> dans Fintértc de la «ÉHfisation et des peuplerque bms avMa mfeiBkMi de aaavfir> tttaat «iueaaaif peur 4ê^motMn$y A cette foMe^ù piOlMlfÉ«t> meda d^inisi^ veatimi bianvdiUttiit en tai^iêaM» atato*^^ poarêara*«f^ fieace et franc, eaige desfartntiearéiidtanid^aitaocerd sur périeur entre ks^iasanees.'
A ces. censidératkns notts en jeindroaa d'antfvst 41es •nous sont adnssséeapar nades eQeiers k»fihis dietinpiée qui aesMt eacupM daa ifltfrêts aalouianau < »
« Lea ^ndigènea de la Polynésie v« iOottAe^kynS'^ Jiada»gascar^ ne sentiras asBes4^iK0£apenu)«Ottfonnbra- an pareil engagement, d^SttiiaiqaeiladdlBWaaUk pbMai|oaat(variant avec lebuiqua k protecteur étkppndilgésae^iQpnsent •#iattè{mbe> ii err «vfdentqoe, ai lesi^eÛitlOBadkeMottBat ne sent paabien diteminées ^ elks né paient f&MM^ il en résnkera A ehaqae îuftant des fraissenents qw la plus
piifliaiite des panieB eomractaaies sera toivrars imfeinSe à trjAcfaer par la force. Alors le plus £aible cherchera natu-^ reUement à pi^endre son point d*«ppai chez vos rirnox pour annuler votre volonté; il vons oonsidérera sans cesse comme un oppresseor, et^ contre votre attente^ le rdie de protecteur appartiendra incqniestablement à oette tierce pnissanee amo hifaelle vons sereiobligé de compter. C'est ainsi que cdle^BÎ jotânit de tous les bénéfices de etm transaction 9ÊûSr en avoir les embarras. En ce qni c<mcerne Talti , que se fWfOBt^^rùn^ Voilà. avant Dont ca qu'il, faudrait bien résoudra: car il ne snflBt p^j» 4e parier vaguement d'un protsqtorat; encoce fiHit«*il qoe ks limites Jipii le comprennent soîeM d'avance déterminées. Veut^n empêcher ce groupe d'Of» de tombei^ entre les serres de T Angleterre 7 11 est. clair que le ^oteclorat a'empêdiera pis eet événement de s'ac* complir si cette nation le veut réaliser : car Tft^ti» valnéra* kl» sur tous les points. de ma périmètre et eotonré de formidables possessions anglaises, est trop éloigné de la France imur étfie.conveoaUemeilt défendu. Sst-ce donc .un intérêt pDMMMrcial? lUis ie, commeree est pnsqae «ni dans ces coaltffie^.ei^.si les bbèéSceB étaient considérables» les nations 4iQnc«ftQtttef sâinraifint bien a'arunger ponr en avoir leur iwrt HètanfrHDouA de le. dire ; pour créer des débouchés, il faut en venir» bon gré mal gré, à fisûre produire le sol. N'est- 41 pas préféraUeakursjde fonder directement une colonie 4oot on dispoferait perpétuellement icomme on l'entendrait, plutôt que d'avoijc jweoaca à un protectiarat pnécaire de sa natore» pvasqne «ni dans les résultats eommerciaust» fécond «il graves mmifttcalions, et ne cptiésentant pus la moindre gaantie pinirv ie fiaeemett de ooa «apitnux?
: Dans les refartim»; que l'on a avec les peiiplades sanvages» an peed toiyonci liMlhenr&nsement de iiriieqae leurs actions sont gteéralemani londéessar larnseet sur la défiance ; qo^ 4ottiQfi figiet inlemalioaales tetir sont inconnues t les
flâtttages sont de grande enfaùts^ légers, capricieux ^ ign&rants^ fanfarons et présomptueax , que le premier misérable Tena peut inflnencer. A?ec de pareilles conditions , le |)ro^ tectorat aerait-il long-temps possible, et ne finirait-it pas par tomber bientôt dans le domaine du pouvoir absolu 7 •
» * 1 • . . - Il . 1 . ftanger det pe-
Le système de petites occupations partielles serait plein mn occupations de dangers. Il a pour effet de dopner Téveil aux chefs bon* P^*^^^vas ; il excite la sollicitude jalouse du gouYernement aoiglais, il donne le temps aux Anglais et aux Houvas de prendre des mesures contre nous; on peut dire qu'à cet égard l'occupation de Nosse-Bé et de Mayotte n'a pas été sans inconvénient Ces démonstrations, tant qu'elles ne seront pas suivies d'une vaste et définitive occupation, auront pour résultat d'accroître les avanies dont souffrent les traitants et de ruiner le commerce européen.
, De grands établissements sur le littoral ont aussi leur incoBTénienu danger. Les fièvres sévissent au milieu des marécages de la ^^ à it^cSS! côte, depuis la fin d'octobre jusqu'à la fin de mars : les Houvas, profitant de la belle saison pour venir nous harceler et nous faire la guerre, remonteraient sur leurs plateaux salubres pendant l'hivernage, échappant eux-mêmes au fléau et nous laissant exposés à ses ravages. Nous pourrions sans doute nous établir dans le Nord-Est, qui est parfaitement sain, à Vouhémaro, à Port-Louquez, à Diégo-Souarez; mais resterait toujours la difiBculté d'étendre au loin notre domination, resterait toujours l'hostilité permanente du gouvernement houva.