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, La France n'a.qv'on ennemi dans c#t|a Ile p çfest la gon* GoDqaétedireevemement d'Himema. Les Français seraient acctieiDis com^ de TtMoirïfo^^ me des libérateurs par toutes les populations^ par une O^rti^ du peuple houva luI-mfiiBfe;, ipii. soqffref eiptoité par ses
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chdb mykaiiMi (i)« C'est donc la poiBsaBoe houva qu'il faut décrtiiref el cetie piiiwioee» il faut Tatc^quer au cœur* C'eBt à Himenia que les Français doivent OMmter ; c'est h TaJiaMTîvou j dans la Capitale mfiaie du Houia^ qu'ils doi^ teot s'arrêter.
Vu mot 4» Ra* Le roi Radama disait : • Si les Européens trouvent un b coDqoéifl > chemin pour aller à Tananarivon, la puissance des Hôu-
t vas sera détruite. » Le' chemin est trouvé; le gouvernement en a le plan tracé très en détail ; c'est une route praticable aux chariots , à l'artillerie. Tandis que deux établissements militaires seront formés à la côte , Vxxit à Voahémaro(N.-E.), Tautre à Bavatoubé (N.-O.)» postes beaucoup plus faciles à fortifier que Diégo-Souarez, une petite armée, sans perdre un seul jour sur le littoral , s'avancera résolument vers le plateau du centré. C'est ut voyage de "huit jours 9 sans obstacles natarefs , sans fatigues. Dès les premières hauteurs franchies, on trouve Te climat du midi de la France ; dès les premières hauteurs franchies , le pays est aussi sain que les plus belles provinces d'Europe. Sur cette route parfaitement découverte, sans marécages, sans forêts, on rencontrera les généraux houvas avec leur armée mal organisée , avec leurs soldats que fait marcher la peur du tangbèn et du bûcher. Une seule bataille contre des barbares déguenillés nous livre Itle entière (2). Nous entrons i
Tananarivou , ville sans défense. Une fois dépossédés de leur capitale , que peuvent faire les Houvas, ayant devant eux , au centre de leur province , un corps d^armée européen , et
(1) Le Houra vent la paix, le trarafl et le commerce. Il est doux, bien* vcOtaDt, poU. Il aime et respecte les blancs, n se détoome toqjoors dans le tftÉÉiÉ iKMr Rnr Mre pUne t li iiJ%iMre')aMials cber Puh «f'eàt ssasttfré de- JI^Bder m ilaH de le «eeevelr . h^ Bebin'tarakt iis^ beÉMOtoit nmbff^^n
(i] Les indigènes ne sont pas bien redoutables. A Nosse-Bé, M* le capi- Catoe QoQhot, à la tlle de quinte hommes, mettait en déroute plus de cent
Hmi cbefMi MMqvetti.
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terière, autour d'eax^ les presMDt, lei mcnaçaM^ ton* tes tes pqmlatîons impatientes de le«r joug et jof eiises de hâter leor raine 7 Les HoaTas se soaqitttraieiily et il ne faudrait pas ph0 de trois mois po» asBurer notre JCon^iMt dt eonsolicha* notre dominacioii.
Il y a une organisatioii pcditiqne et nélhaire tsttte Mte>et l>icn fiute- par les Hantas. Dam ctaKpm proivince ^Kbfiies soldats miséraUes saffisent i contenir des popatations Mimées de senthnenai heetiles. Nosis seraîtHi plus difllefle -de maintenir notre antoriié aussi fenne , mato plo» bieirpsillante et plas gfinëreuse , sur des penpiês 4foi nous regarda raient conaie* leurs saovenrs I Cbet les ftefSim'sarakB une idée a pénétré tous les esprits : c'est qa^U est in^possible 4è seeoner le jony. Cette idée^ nous l^entretiend»)ars aisément il notre profit, sous on système 4e doortnation plas liif arable anx indigènes.
L'honorftUedépfitéqoiy I propos de J^oceipation delfa^ kgaobe , a préfsnda ifoeceitelte serait têtn Atfphk à tfaxarb miU0 ti$ue9 , n^a pas éfldenimenl lès ptas simples ootims Bor tes cboaesdoni il parle. On tranve, en A^érie^ impenple aralie ayant le sentiment de sa raee^ des populationa c|ii^iiiè religion commune unit, qu'un chef religieux donlae pai* une bante aniorité. A JMalegaelM) 41 n'etinn adoone espèce ^ lien rellgient.il n'eiisie dans it pays aneiwe Tellgtan »
aacan eake (1>* Le pouvoir qui domine, bîcv loin d'vfoir
(Xi hw Hal^sacbeaoot une craxwe^ vagne à Teaprit do bien, Zanhar^^ le grand Diea, et à Peaprit du mal, AngatcK Trèa logiqnemeDt fit n*adreaaettt Vetir» prières, ponr Mier le Mal, qu'à Angateb. lia se ecnlestest^llfS^ ter et ds Mnir 9aata<s en aasMa tria nmm^m» HSfoiit qWsa drt ^.étterfslii^ et publique. lia ont beaucoop de cootaice dana leora aoiiUelif^a (oli), et accordent une grande importance, pour les petites choses, î Ta aefence dea devins (ÀmpangHéhat^rt)* Ils peaplénMP la natvre de féiM a^tasls» é'âaiet fsi nnieMMSt. aa.ssAeoqfvsiMia qpsDi^é ia bqia a^qiAi* d^aisaani aaccéa,etila le aroiapt menaiçéa d'oA daogoc lonqa'oa Tiola» d^ane manière qnelconqne, toutes ces choses saintes.
une CMfléeratioQ inpérieiire^ eàt dété^é*^ méprit par rioiviense.niajtNrité des peuplades. Il s'est imposé par la force ; il se niamtient par d'odieaK moyens de violence. La iaèblefise eeoie. et la tmidité des peuplades divisées entre elles, et non organisées, font la fitrce des Honfas. Tentes «es peuplades, qn'uBeiiatoe coaranine rallierait oontrô les Anboualamb'ft d*Ankfaouva, débarrassées de ces itaattres, restanoiient tmqours divisées entre elles , faibles conséqnemifienlel fticiieb à. maintenir sous notre raiorilé. Qu'on ne ehercbe donc pas des comparaison^ ridicules; ell^ témoifueitt d'une ignoranee profonde. En Afrique» disait M. Manqii 5 il fatit teAit porter avec soi, vivres , bois , souvent «lênie de Teau , et Ton agit au milieu de population» dont le caractère est antipetblipie aa ndtre. Aucun de tes obsta<clii^à lUtlegèche, dont les peuples, pour la plupart, inclinent affectueusement vers nous. Pour contenir et gouverner TAlgAîe» IL le marébhal Bugeaud demande 80,000 hommes ; pour conquérir^ conserver et gouv amer Malegaobe , il laut K,000 Ettropé»s et 1,500 noirs YolofEs du Sénégal. £t Malegacbe, c- eat un empire plus étendu que l'Algérie , vingt •fois pfais rîobe , et bien plus importanirpour la grandeur de -la France, u pair de la ^^ objecte: loueurs contre la colodisatltHi de Hâlegache flèf re. J'iUialubrité de ses côtes. Le plan de coltqujtêe el d'occupa-
tion, que nous appayons ici fait tomber eetm okyéctîoo. Le plateau d'Himerna est, nous le répétons, sain comme la 'France, et ce qui doit en convaincre mSme le député uloQt nous parlions tout à l'beure., c'est que le Houva desèencJavrà' la c^ succombe plus aisément an» fiètr69 que f Européen. Le corps d'occupation et le gros des colons français resteront donc sur le plateau d'Ankhouva, à Tanamirivou, siège du gouvemenwnt Les «noupes indigènes tiendront pour nous les postes le long du littoral ; oih les
efforts des coIods plos hardis assainiront de proche en proche le sol par la culture.
. Mais, en vérité, nous ne comprenons pas qu'on s'avise d'invoquer la peur de la lièvre , quand il s'agit de féconder des sources immenses de richesses, d'accomplir de grandes œuvres civilisatrices ? Toutes les terres sauvages ne sontelles pas malsaines, et ne faut-il pas que le travail intelligent de riiomme dessèche les marécages et épure l'atmosphère ? De pareils dangers pourraient-ils arrêter un noble peuple dans ses entreprises ? Le Français , réputé intrépide, reculerait piteusement devant la fièvre I la fièvre effraierait plus que le boulet et la mitraille I Étrange aveuglement ! Dans une seule rencontre , à la bataille de la Moskowa , 40,000 hommes sont massacrés en cherchant à tuer leurs semblables , et à peine si ces terribles souvenirs inspirent de l'horreur pour les guerres d'extermination ; et s'il meurt SO hommes dans quelque colonie nouvelle, au milieu de travaux qui fécondent le sol et civilisent la contrée , vous entendez s'élever de grandes plaintes de réprobation et de découragjementl.... Ayons donc enfin le courage des conquêtes civilisatrices , et nous , qui avons si long-temps versé notre sang aux œuvres périlleuses de la guerre et de la destruction , ne redoutons pas de courir quelques dangers dans des entreprises religieuses de paix et de production.
L'occupation de l'tle Malegache par la conquête d'Himerna est aujourd'hui l'idée de tous les hommes intelligents qui se sont occupés de cette question , AI. le contre amiral de Hell, M. Bedier, administrateur à l'tle Bourbon , M. le capitaine de corvette Guillain , M. le capitaine d'artillerie Gotthot, MM. Jehenne^ Passot, Tréhouart..,. On nous écrit de Bourbon qu'un plan très détaillé de cette opération avait été soumis au gouverneur par H. le capitaine Gou-»
bot, et que ce tratail très remarquable avait reçu une pleine approbation.
Ghoii des a- Nous n'avons pas besoin de dire qn^une aussi belle opération demanderait à être conduite par des hommes intelli* gents , habiles ^ expérimentés» On ne s'en rapporterait pas au hasard , comme en 1899« pour choisir le commandant et les divers agents chargés d'opérer la conquête et de l'orga* niser. La première condition , k notre avis , pour que cette affaire soit bien menée 5 c'est que le chef connaisse très bien le terrain sur lequel il va agir , c'est qu'il ait étudié la question malegache, soit de nos postes du nord et de Test, Sainte-Marie, MayotteetNosse^Bé, soit de TMe Bourbon. L'armée d'expédition et le corps de l'administration civile lui-même porteront des uniformes très éclatants ; tous les actes publics s'accompliront avec un grand appareil , avec un étalage de solennité. Tout , dans nos rapports avec les indigènes , devra prendre un caractère à la fois d'étrangeté et de grandeur. Nous ne saurions trop recommander aux esjNTits sérieux ces vues sur l'éclat extérieur, nécessaire ft notre Intervention chez les sauvages. Qu'on n'oublie pas ceci : un beau modèle d'uniforme , une belle parade bien faite , peuvent épai^er la vie à plusieurs centaines d'hommes , et hâter de plusieurs mois l'affermissement définitif de notre autorité.
Tant que H. Guizot sera à la tête des affaires, cette belle entreprise n'aura pas lieu , nous le craignons. Ce ministre a pris le soin ne nous édifier à cet égard : t Je suis convaincu , » a-t*il dit> que la France ferait, passez-moi le mot, une t folie en essayant de renouveler de grands établissements » coloniaux à Madagascar. . • Nous n'avons aucun dessein de » nous servir de Nosse<-Bé pour rentrer dans l'tle de Mada- » gascar... Certainement, tant qu'il me sera donné d'avoir
»^ quelque influence tlans les conseils de- la couronne et de » mon pays 5 je m'opposerai pour mon compte à ce que f BOUS nous laissions attirer et compromettre dans les af^ f faires et les luttes de la grande lie elle-même. » Conçoit-on que de semblables paroles^ prononcées à la tribune nationale5 n'aient pas trouvé un contradicteur parmi les cent députés qui représentent nos frontières maritimes!
Quoi qu'il ea soit, M. Guizot peut cesser d'être ministre. S'il reste au pouvoir » il peut changer de principes : c'est cbose facile , quelquefois c'est chose honorable. Les ports de mer et les provinces maritimes sauront bien rappeler leurs représentants à leur devoir; Paris fera entendre sa voix souveraine^ car l'industrie parisienne est fortement inté* ress^e & demander à la colonisation des débouchés. Avant peu les électeurs de France , mieux éclairés , recommanderont au gouvernement le système colonisateur et la conquête de Malegache. '
En attendant) il faut utiliser les positions que nous venons Préparation à de prendre au nord de la grande terre » sel<Ni les vues expri- ** ^°^"^^®' mées par M. le ministre de la marine et par M. le directeur des colonies en 1843. De Mayotte et de Nosse-Bé, la France doit étendre sa main secourable sur les populations indépendantes du pays des Sakalaves. Auprès de chacun des «befs des peuplades il faut envoyer des instructeurs militaires qui formeront à la discipline européenne les hordes confuses des sauvages. Dans le royaume de Boéoi , en Ambongou , d^ns le Hénabé^ chez les Andrévoulas , il faut organiser des troupes'régulières d'indigènes qui arrêteront les excursions et les déprédations des Houvas. Ayons des agents dans toutes les provinces de l'Ouest, qui aident de leurs
conseils les chefs sakalaves^ dans Tiotérét de notre politique et dans l'intérêt du pays. Pour cette œuvre de préparation « il faut semer l'argent d'une main libérale. Il y a dans le gouvernement de France un grand défaut, dont il devra se purger , s'il veut que les entreprises coloniales de la nation prospèrent : c'est l'économie y une économie sordide ; c'est à ce motif que les Anglais (1) attribuent justement le peu de succès de nos entreprises. S'il arrive^ par hasard, au gouvernement de se départir de ce déplorable principe , c'est en quelque sorte par boutade et avec une maladresse impardonnable. Ainsi a-t-on prodigué l'argent pour notre mince établissement des Marquises ^ tandis qu'on lésine par^ tout ailleurs , tandis qu'à Nosse-Bé et à Mayotte spécialement^ toutes les instructions du ministre recommandent la plus stricte économie. N'est-ce pas sur ces points qu'il faudrait agir avec une grande libéralité ^ afin d'ouvrir les voies à la conquête d'un magnifique empire?
Aujourd'hui qu'une forte station vient d'être constituée dans les mers malegacbes^ sous le commandement d'un oflBcier de haut mérite ^ M. le capitaine de vaisseau Romain des Fossés, et qu'un bateau à vapeur est expédié à Bourbon pour faire le service entre cette colonie et Mayotte, nous aurons des forces suffisantes pour pouvoir dDontrer incessamment notre pavillon aux populations malegaches. Il faut se presser d'organiser la communication directe de la France avec ses colonies orientales par la mer Rouge. Il serait très facile d'adopter immédiatement le plan proposé par le M. capitaine de corvette Guillain , et qui consisterait à utiliser le steamer de la station des mers malegaches en l'envoyant périodiquement joindre à Aden
(1) The nataralli psrcimonioot disposition ofthe French GoTeramont... Toir Montgomery Marlin, Goppland, etc.
la ligne anglaise des Indes. La dépense de ce service serait ainsi considérablement réduite. Da reste ^ quand la France aura Malegache, elle sera maîtresse de la navigation à vapeur des mers indo-africaines , car elle trouvera dans cette tle^ au nord-ouest, des mines abondantes de houille. A Nosse-Bé, on peut établir des ateliers, des écoles, où les enfants viendront s'initier aux sciences et aux indu* stries de la civilisation. On parle beaucoup à Tîle Bourbon des vues émises dans ce sens par M. le capitaine de corvette Guillain , pour préparer habilement les voies à la conquête ultérieure de Malegache. Il paraît que M. le capitaine Gouhot, qui le premier a commandé nos possessions du nord-ouest, avait commencée agir avec intelligence à Nosse-Bé , et créé pour la France des rapports féconds avec les populations voisines.
Entre des colons français et les indigènes de Mal^a-* DUDosiiions ftiche (1) les rapports seront prompts à s'établir, et agréables, legaches eoyer» Malgré les violences de nos soldats, malgré les folies de ^^ F"'»«**»nos missionnaires , malgré les fraudes commerciales de nos traitants, malgré les mauvais traitements et les injures que nous avons fait subir aux gens de la côte , malgré notre défaite et notre honte de 1829 , les Malegaches craignent et respectent le blanc ; ils aiment le Français. Les carac*tères des deux races se conviennent Gai, insouciant, bienveillant, enthousiaste, le Malegache est attiré vers nous par des affinités naturelles qui le tiennent éloigné du caractère anglais. Son esprit de finesse et de ruse se trouve
(1) liai relatiotu avee lei Sakalavea seuls offriront moins de Cicllité, parce que eespeaplet sont (Boeore à l'étal de bratalité sauvage , indolents el méfiants.
d'ailleurs plus à Taise avec nous qu'avec TAnglais ^ calca« lateur sévère et toujours sur ses gardes. Nous écoutons complaisamment les histoires qu'invente le Malegacbe et nous lui démontrons en plaisantant le mensonge de ses inventions. Les Anglais l'arrêtent dès le premier mot 5 avec leur gravité magistrale , et l'accablent de leurs airs de hauteur. Le Malegache s'approche toujours d'un Vaza. en tui tendant la main ; il le respecte y mais il aime à vivre dans des conditions de familiarité. Un Anglais bien élevé, on te sait, ne donne une poiguée de main qu'à tin gentleman bien authentique; et le plus mince sujet britannique, plein de sa dignité , tient scrupuleusement à distance les hommes des races colorées. Les Malegaches aiment le plaisir avec passion , et le puritanisme anglais les fait mourir d'ennui. Le génie souriant de la France sera donc toujours le bienvenu sur le sol malegache (1).
C'est le Français qui, pour ces peuples, représente le véritable blanc, l'étranger supérieur. Ils l'appellent Vaza; its nomment l'Anglais Vaza'-EngUsh, le distinguant ainsi du type , comme ils distinguent le mulâtre de Maurfce et de Bourbon sous la qualification assez injurieuse de Tay-ni*
(1) L.'^A. Chapelier, nataraliste , qui a passé plusiears années à Malegache, et dont les mémoires manuscrits conUennent de précieuses études sur cette lie et sur ses moeurs, écrivait en 1^1 , de sa résîdenee d^An-^boadi-atafaB, «u bord de THivoundrou :
« Je dirai que les peuples de cette grande Ile sont tous disposés à recevoir les lois que le gouvernement français voudra leur donner, si toutefois il les sait adapter è leurs climats ; moeurs, usages, préjugés , etc. , en se gardant bien de les effaroucher par cet appareil militaire , qui ne lui attachera ja-* mais les cœurs dans ces vastes et Tertiies contrées;
» Qu^fl sache encore choisir les hommes qu'il mettra à la tête de ses nouteani établissements : car il doit être convaincu que l^condnite, Pignoranee, les vues mercantiles et lintérét penomiel de oeoi qui les gnavemaient jadis, ont été la véritable cause de leur dertructîoB, et qa*lb le lerMl encore sHl n^y apporte pas tous iu soins. »
Faza (1). Ils connaisseot depuis des siècles uotre race : Services rendas
partout, sur la côte, on trouve des geos parlsot le créole '^ ^** Français,
français. Quelques uns de nos compatriotes ont laissé au
milieu d^euz des souvenirs de respect et d*aniour; quel<»
ques uns ont rendu d^importants services dans le pays.
A Tananarivou nême, les premiers Européens qu'on a
TUS étaient de notre nation ; c'est un Français qui donna
cbei les Houvas les premières notions de lecture et d'é«*
criture.
En 1816, à rtie Bourbon , an caporal déserte son dra-« t(obiii« peau avec complication de vol du pécule des soldats de sa compagnie. Il se sauve à Maurice, et dans cette tle toute pleine de sympathie française et de souvenirs impériaux, il se fait passer pour le neveu d'un général mort à Waterloo. Ayant promptement épuisé cette res-» source, qu*il ne sut ni sagement exploiter ni ménager, le caporal s'improvisa maître d'école; puis enfin, par un dernier effort» il se fit artiste dramatique au degré de figurant Son succès ayant été médiocre dans les chœurs, et toute chance de réussir chez les civilisés lui parais* sant épuisée I Tex-caporal-instituteur^cabotin se décida h se retirer chei les sauvages. Il partit par dessus bord pour Tamatave , et de là monta à Himema , oii il devint promptement feld -> maréchal , prince et favori de Ra-^ dama. C'est le caporal Robin; il fut le premier maître d'école de Radama et des autres chefs, et commença l'organisation de son armée. Robin aimait la boisson et la bamboche; il était dépensier, sans soin, obligeant, gai et actif, un bon enfant , comme l'on dit , une nature d'artiste douée d'un médiocre sens moraL Robin , quoique
(I) ta Betsim^sarak me disait en créole : Blaoc» pitit 2anliare$ noir» pf^ lit Aogaiek ; milatre, c... Utnc
très aflectiouQé par Radama , fut promptement «ffacé par Hastie» hoisme plus fio, plus habile, et d'ailleurs appuyé par les influences de son gouvernement Soutenu par la France, Robin aurait pu nous rendre de grands services. En 1829, cet honune s'étant présenté au capitaine Gourbeyre, celui-ci, au lieu d'utiliser la connais* sance qu'il avait du pays, le dédaigna en lui reprochant sa désertion. Robin est mort en 1836, en mer, comme il allait à la pêche sur quelque Uot des Amirantes.
Arooax. Plusieurs autres Français se sont fait aimer on respec-
ter dans le pays; nous avons cité déjà M. Arnoux. Arnous est le premier qui ait fondé un établissement sérieux de production ; il avait de grandes plantations à Hahéla. Il est remarquable que Tintroduction de la culture et de la fabrique dans le pays appartient presque tout entière à des Français. Les Anglais ont à peu près borné leur initiation aux faits de Tordre politique » militaire , moral et religieux. Les missionnaires ont enseigné la fabrication du fromage et donné la dinde au pays ; ils ont introduit à Himerna la première forge à l'européenne. Les Houvas doivent leurs premiers chevaux au gouvernement de Blaurice (1). L'œuvre industrielle des Anglais n'a pas été beaucoup plus loin. Au temps de leur puissance même, c'était un Français,
Legros. Legros, entrepreneur de constructions, qui bâtissait des
maisons à Tananarivou , qui formait des charpentiers, des menuisiers et des ébénistes. Garvaille, mulâtre franco-malabar, créait l'art de la ferblanterie. Il y a à Tananarivou , depuis quinze ou dix-huit ans, un homme qui est le véritable bienfaiteur de ce pays. M. Laborde, d'Auch, en Gascogne, est le grand chef industriel du pays. Cet homme a le génie de Tindustrie; il essaie de tous les arts, il réus-
(1] L'espèce cheraline vient admirablement aor les plateaux (THiinemt*
H. Laborde*
8it dans tous; seul il apprend tous les métiers et il lesenseigne aux autres ; il fait des tourneurs y des serruriers , des forgerons , des armuriers ; il a fabriqué des fusils , des canons ; il produit de Tindigo, d'après les avis de M. Savoye^ le traitant; il développe les plantations de coton , étend celles du mûrier et de Tambrevattierpour l'élève des vers à soie (1). Laborde est le grand maître des cérémonies à Tananarivou ; il est le maître de danse de la cour, et c'est lui qui a introduit la valse dans le pays. Voilà le vrai type du colonisateur (2).
Un très grand nombre d'arbres fruitiers , à la côte orientale p ont été plantés par les traitants français. H. A rnoux a donné à Malegache le café, qui y est d'une excellente qna-* lité ; M. Savoye , une variété d'indigo de l'Inde , supérieure à l'espèce indigène. A Sainte-Marie, en 1822, M. Blevec^ aujourd'hui lieutenant-colonel du génie et directeur au Ha* vre, M. Albraud, ancien élève de l'école normale, et M. le capitaine d'artillerie Carayon, essayaient, avec zèle et intelligence, de naturaliser la culture et l'industrie de la civilisation*
M. Napoléon de Lastelle , capitaine de la marine ma r* chaude de Saint-Malo, avait succédé, en 1829, à Joseph Arnoux dans l'établissement de Mahéla. M. de Lastelle, H. de LasteUe. représentant et associé de la maison Rontaunay, de Bour- uanay. ^ ^'
(t) Il y a à AnkhoovA ane espèce parilealière de ver à sole > qui vit de
préférence sur l*AmbrevatUer (Gytisus Gajao).
(3) Il est ane province de France, la moins maritime, la plus centrale, dont les enfants sont admirablement organisés poar l'œuvre colonisatrice; G^est la montagneuse Auvergne. L^Auvergnat , laborieux , paUent , plein de courage et d'énergie, ayant à la fois Tamour des aventures et l^esprit positif et tenace, est allé s^établir sur toutes les terres nouvelles. On le trouve partout sur le globe , et aucune province ne proteste mieux que la sienne , par son caractère et par ses actes, contre les théories anti-colonisatrices de M. Guizot.
bon, est un homme plein d'activité, d'intelligence et d^ha^bileté. Il faut le citer un des premiers parmi les bienfait teurs de l'Ile Malegache. Il a donné une extension considé* rable à ses habitations de Hahéla et de Hananzari. Avec un petit noyau d'une vingtaine d'agents subalternes européens, il a créé un grand mouvement d'industrie. Il a mainte-* nant plus de 180 charpentiers malegacbes; quelques uns de ses charpentiers de marine sont capables de construire un navire. Une jolie goélette de 30 tonneaux est sortie de son chantier. Il a des tonneliers , des forgerons ; il fabrique des haches , des pioches et des pelles , qui trouvent à se placer très avantageusement dans le commerce à Bourbon. Il a Introduit sur ses établissements un grand nombre de moyens mécaniques pour faciliter et féconder le travail, «t que souvent on ne trouve même pas cfaex des planteurs de Uaurice. H. de Lastelle a multiplié l'arbre k pain , le ban^ coulier; il a planté 60,000 pieds de coco, 160,000 pieds de café. Ses produits en sucre et en rhum sont déjà consi* dérables. La reine Ranavalo a un intérêt dans les établis^ sements de Mahéla et de Mananzari, qui, depuis dix ans, lui ont rapporté environ 7,000 piastres d'Espagne an* fiuellement Presque tous les paiements ont été effectués en fusils (1).
IL de Lastelle est considéré et craint à Tananarivou. Les chefs barbares voient avec regret la position importante que w Vaia occupe dans le pays ; mais , comme son industrie
(1) If OQs mettons en fait qae le goavernement hoava aujourd'hui a quatre fois plus d^armes que de soldats. Les ministres remplissent ainsi leurs magasins de fnsfls par un double motif : d*at>ord ils veulent donner i l'exté* rieur une idée exagérée de leur force; ensuite ils espèrent, en cas d^nne grande expédition française , pouvoir fiiire marcher dans leurs rangs les hommes des peuplades malegacbes , entre les mains desqueb aijourdliui ils Délaissent mémejpas de tagaies. Cette disposition à faire un étalage menteur de lear paisfance te montre ea toutes circoostancea. En 1S40» lorsque
accroît pour une bonne part la richesse de la reine, on est obligé 4e le ménager. Il est remarquable qu'à cette heure les deux seuls Européens qui vivent* à Tananarivou ou 7 peuvent monter librement, et qui se trouvent en bons rap* ports avec les Hoovas, sont deux Français, tous deux digneif représentants de rintelligeuce de notre nation, du génig coionisilteur de la France.
Ces œuvres accomplies par nos compatriotes , les facili* tés qne nous offrent à Malegacbe les sympathies de caractère, tout nous prouve qne nous réussirons promptement Ji civiliser ce beau pays, si nous savons renoncer aux déplorables errements du passé en fait de colonisation, et adopter un système sagement combiné et des principes d'humanité et de justice»
M. Campbell fut envoyé par la Free labour at$aeiation de Itaurice pour traiter de Témigration de laboareurs malegaches. Tordre fàt expédié* dans toatee les directions lur la c(He, poar faire remooter à Tanaoarivoo les &ot#r|wote booTas occnpés à fidre le commerce. Go grand mouvement eal lien, afin qu'on pût réunir à Tananarivou S0,000 hommet sont les armes , et faire étalage de puissance devant l'envoyé anglais. IVoui donnons ce fUI pour certain; il nous a été commnnliioé par tm bonne ipil coomU à les wfwircei et lea SiieiaeidB gonveroeoMol boava*
."Prliielpt» 4«l ééMÊÊt v«itar .tes 9él9mlamnmt%,
LMntenrention des nations ciTÎIisées, cbez les peoples en Ctat de minorité, doit 6tre bienveillante , paterneUe, eon-^ forme aux règles de Téternelle justice. L'Européen évitera de blesser dans leurs sentiments et dans leurs mœurs les hommes qu'il vient enseigner; il respectera autant que possible leurs institutions; il ménagera jusqu'à leurs préjugés» s'appliquant à les attirer k la civilisation chrétienne par la persuasion , par l'attrait de nos industries et de nos arts^ par Peiemple de nos mœurs» plus dignes et plus heureuses, par l'empire de nos institutions plus justes.
Dieu nous garde, comme faisait l'excellent Rochon (1), de rêver pour Malegache des bergeries ! Nous, ne croyons pas à l'innocence édénique des populations de cette tie, depuis long-temps livrées aux désordres et aux vices de la sauvagerie, du patriarcat et de la barbarie. Autant que personne nous comprenons la nécessité d'un pouvoir très ferme, mais sous l'autorité duquel seront toujours présents et respectés les principes d'humanité, dont l'introduction jus* tifie seule l'intervention des peuples civilisés sur les terres nouvelles. Ces terres sont aux indigènes : Dieu a donné k chaque race son sol et son climat Dieu, en faisant k la race blanche un don supérieur des facultés de l'âme, en l'orga* nisant de telle sorte qu'elle pût aisément s'acclimater sous toutes les latitudes, lui a en même temps imposé l'obligation d'étendre sur tous les peuples du monde le bénéfice de sa force privilégiée , car les races colorées ont besoin d'être aidées dans le développement de leur civilisation par celles qui marchent k la tête de l'humanité. L'Europe doit donc
(IJ Vùyage à Madagoioar,
h tontes les régions souffrantes du globe les secours de sov ifiitialion.
De ce devoir^ et de lui seul, natt le droit que s'arrogent les nations civilisées sur les terres sauvages, le droit de premier occupant. Leur occupation, elles doivent d'abord se la faire pardonner par les naturels ; elles doivent ensuite la fiiire bénir.
Comme nous trouvons ces peuples déjà faussés par des institutions oppressives, imbus de l'esprit guerrier, pleins de méfiance , particulièrement contre nous , en raison des mauvais procédés antérieurs de l'Européen» il faut bien a» voir recours, jusqu'à certain point, à des moyens decon^^ trainte. Une forte organisation militaire est indispensable, à condition qu'elle ne serve que d'aide et de protection pour faciliter l'emploi d'éléments plus harmoniques.
On sent généralement , dans notre époque, la convenance jie'^ÇîJ'^^S^T d'appliquer l'armée à des travaux publics, aux œuvres de iit<ire. production ; or, dans les établissements de colonies, le soldat doit être avant tout ouvrier et agriculteur. S'il faut qu'il intimide et contienne par les marques de sa puissance, il importe encore plus qu'il attire par l'exemple de son acti« vite utile. L'armée , avec sa constitution actuelle, ne paratt pas pouvoir facilement passer au travail productif. Les meilleurs esprits qui ont étudié cette grave question concluent à organiser des corps nouveaux , à double caractère militaire et industriel. C'est particulièrement pour l'œuvre colonisa-» trice que devront être formées ces armées nouvelles ; leur champ d'opération c'est Malegache, c'est la Guyane, ce sont l'Algérie et le Sénégal.
Aux portes de nos places maritimes on devra créer des ^^^^ colooinécoles coloniales. Là, sous le régime militaire, on instruirait les adultes à des industries variées, on s'appliquerait à for^ mer ces hommes à aptitudes multiples, faisant tous les
— !8A — nétiers, proiipet i lèut, oes ilfûrAet Morin, ednme on les nomiDe, dont nous estimoDs si haut les services daDS ms ba* bilations, aai coiQnie& Là on ^vêtait dès le bas âge les eofants du paf s, et qo se préparerait ainsi des annéea fomes, indastrienaest savantes.
tTn mot sur an . li eiiste ime Ecole poUtîqiie qui prétend que Tordre gé-
lion da trauiL * Déral résultera d'un certain mécanisme appliqué aux conditions du travail , qui prétend posséder les lois de la véritable organisation de la société.
Cette école s'est posée devant le monde avec une sagesse honorable , elle a répudié tons les moyens révolotionnaîres, et elle en appelle à une expérience partielle ,. dans «ne pe* tite localité, sur une réunioo d'enfants, sous tontes iesgaran* lies des institutioos existantes. C'est avec ces éléments faciles à manier que l'Ecole sociétaire voudrait , sans rien dé*
l ' ranger à r<Nrdre établi , faire l'essai d'une organisation par-
ticulière de l'industrie , dans laquelle l'homme appliquerait ses facultés à des fonctions nombreuses et variées, dans la«» quelle le principe de la division parcellaire serait appliqué à chaque branche du travail humain. Dans nn pareil mécanisme, chacun pourrait suivre ses vocations industrielles , et passer d'un travail à un autre travail pour le plus grand bien de sw développement physique et intellectuel, et sans le moindre inconvénient pour la perfection de l'oeuvre.
Quelques personnes timides trouvent un inconvénient même k ce mode restreint d'eiqiértence ; elles objectent : « Le principe de l'organisation phalanslérienne étant la
• multiplicité des fonctions, la variété dans le travail , l'ap^ » plication de ce principe dans une école isolée offriraitdes » inconvénients. A supposer que les disciples de Foutier ne
• réussissent pas dans leur essai , le temps occupé k i'expé^
• rience serait à peu près perdu par les enfants, et le noiH p veau mode de travail aurait jeté inutilement la confusion
• dans leurs facultés. Dans le ca» où Fessai réassiraitj il n'est
• pas sûr qu'on donnât immédiatement aux expérimenta* » teurs les moyens d'appliquer aux grandes personnes ce
• qu'ils auraient démontré sur les enfants. Les choses ne se > transforment pas en un jour; et que! emploi trouvera-t-on
• dans l'ordre social actuel pour ces individus que l'on aura » développés sous tant de faces diverses? Les résultats de
• Teasai^ concluants pour la loi générale et qui pourront » pousser la société vers les voies de sa destinée vraie, au^
• ront provisoirement les inconvénients des réformes ordi-* » naires : ils seront nuisibles k ceux même qui auront servi » les premiers à démontrer l'excellence de la loi. »
On le voit, nous ne dissimulons pas la force des objections dans ce qu'elles ont de plus minutieux. Eh bien ! l'in^ stitution dont nous parlons permet d'expérimenter l'organi*» sation phalanstérienne du travail sans aucun inconvénient possible. Nous le répétons, le type du colonisateur c'est le Michel Marin, l'homme propre à tous les métiers, tel, enfin» que nous avons vu le Gascon Laborde cbex le peuple bar^ bare d'Ankhouva. Ainsi donc, à cet égard, le système de l'ér dvcatitm industrielle , le mode de travail propose par Fourier, répond purement et simplement à un besoin actuel de la so^ cUté, à la formation d*agents colonisateurs» Il y a mieux : les uniformes industriels, les grades, les plumets, les parades de VéciAe phalanstérienne » sont des éléments indispensables pour frapper les yeux des sauvages et les eonquérir pacifi? quement , et nous avons dit comment les Aillais avaient su utiliser ces élém»ts pour imposer aux Malegaches et les séduire.
L'institution dont nous émettons l'idée permettrait donc, tout en travaillant à une œuvre pratique et nationale , d'ex» périmenter les théories de l'Ëcole sociétaire, sans inconvé« nient, sans aucune souffrance individuelle, et à peu de fraisa
Lorsqu'une école représentée par des bommes honorables dont le chef actuel a été appelé au conseil général de la Seine par la confiance des électeurs parisiens, dont Torgane (Phalange et Démocratie pacififfue) a mérité l'attention et Testime des hommes les pins sérieux dans le parlement et dans l'administration, lorsque cette école déclare très sérieusement qu'elle possède les principes de l'ordre vrai et la loi du bonheur universel , il est de la dignité des bommes d'état de ne pas se boucher les oreilles et de ne pas afiecter un dédain déplacé. L'aveuglement , l'ignorance et l'entétc^ ment , sont de mauvais conseillers.
Il est de l'intérêt des classes privilégiées de faciliter les expériences qui ont pour but le soulagement du pauvre, car voici que de grands murmures commencent à se faire en* tendre au sein des masses populaires , en France et dans la Grande-Bretagne. Il est de leur intérêt de ne pas découra* ger le zèle des réformateurs pacifiques. Cette école sociétaire , toujours si prudente , si réservée , tellement hostile aux moyens révolutionnaires , tellement zélée protectrice des intérêts acquis, que maintes fois son attitude lui a attiré des accusations de froideur , des soupçons injustes et des calomnies dans les rangs des amis du peuple, il faut craindre qu'elle ne se lasse à la fin, et qu'elle n'en vienne à croire qu'il n'y a de salut pour son idée et pour le bonheur ^lu monde que dans des secousses nouvelles. N'oubliez pas que cette école parie au nom de l'émancipation , de la liberté absolue , du bonheur infini , et que , s'il lui plaisait de jeter» avec ces grands mots, de grandes promesses au pauvre, sous cette forme brève et familière qu'emploie M. de Lamennais pour semer des sentiments de protestation et de haine, elle aurait une grande puissance, peut-être, pour exalter les masses souffrantes et les pousser aux soulèvements extrêmes. Tenez compte aux hommes sages de leur esprit de
bienveillance et de jnstice pour toutes les classes, et prêtez une oreille confiante lorsqu'ils tous demandent de faciliter des expériences qui» sans vous nuire, en vous servant vous-mêmes , doivent soulager le pauvre , Topprimé , et laver les souillures de Tordre social.
Nous abandonnoas ces considérations aux hommes de bonne volonté et d'intelligence droite. Constatons simplement que remploi de l'armée aux travaux productifs est demandé par tous les bons esprits de notre temps , que cet emploi est particulièrement nécessaire et fécond pour l'œuvre colonisatrice , et que l'institution dont nous offrons l'idée peut être le germe de la transformation de l'élément militaire et rendre dignement service au pays.
Il faut absolument transformer le soldat pour pouvoir lui confier l'éducation des peuples mineurs. Le soldat abandonné à l'esprit purement militaire ne saurait chercher que la guerre; il vit pour la destruction et ne grandit que par elle. Comment , en effet , songerait-il à organiser la paix et la production ? La guerre, c'est son métier, et il faut bien qu'il cherche toujours à en venir aux mains, puisqu'il n'a de chance d'avancement que par la bataille, puisque , pour lui, Je suprême objet de noble ambition c'est un beau trépas les armes à la main. Les hommes les plus intelligents , les plus hostiles aux vieux préjugés guerriers, se laissent entraîner par le vice des institutions. Des officiers de la flotte , des corps savants , de l'infanterie , après avoir rendu des services dans les colonies , se sont vu refuser de l'avancement parce que leurs services , très appréciés d'ailleurs, n'étaient .pas, disait-on , des services militaires et de leur arme. Aussi faut-il un grand dévoûment dans un officier pour qu'il .ambitionne et sollicite ces postes coloniaux, où il expose sa santé, sa vie, où il prodigue souvent des efforts de zèle et
.de génie que l'état ne sait pas récompenser.
AdmiDlstration Avant pen, sans doute ^ on se décidera à dréer on ministère spécial des colonies. Dans ce ministère il y aura une division cliargée des colonisations nouvelles, afin que Poeuvre colonisatrice de la France soit dirigée dans un esprit juste et humain , sur des principes fixes, conformément à des plans élaborés avec maturité. Alon^on organisera aussi un corps colonial , civil et militaire , où se recruteront les gouverneurs et tous les agents de Tœuvre colonisatrice , sur de telles bases que nos officiers , nos marins et nos soldats, aient une garantie pour leurs services. Cette organisation aura cet avantage considérable de permettre de renoncer à rélément purement militaire, qui domine presque exclusivement, aujourd'hui, dans le personnel des gouverne-* ments coloniaux.
C'est par rin- C'est par l'élément industriel qu'il feut conquérir les cSoSsen**'*^ **"* peuples barbares. Présentons-nous à eux en producteurs de
la richesse ; qu'ils sentent promptement que, par le fait de notre présence , leurs jouissances se sont accrues. Créons devant eux pour qu^ils créent à leur tour ; attirons-les au travail par l'offre d'une juste rétribution ; attachons-les dès l'abord, par l'idée de la coopération et par celle du gain, à nos œuvres d'établissement Augmenter les besoins des sauvages , les initier à l'industrie , les séduire par des présents , par des objets de luxe, par des fêtes» tels sont les vrais moyens de les attacher aux colonisateurs, tels sont les procédés des conquêtes pacifiques.
Garanties con- Tout en proclamant l'excellence de Télément de rin^çMt '*co?ire"îe8 duslrie et du luxe pour faire avancer et pour sauver les ce «larch?""*'' peuples attardés et abrutis , nous avouons notre parfeite
méfiance à l'endroit des agents ordinaires employés à transmettre aux pays nouveaux les produits de l'industrie européenne. Le contact des hommes habitués an commerce a ses vices et ses périls. Ce que porte le commerçant est sou-
veraiaement bon ; moins bon est le commerçant lui-même : mieux vaut la chose que la personne. Les abus du commerce anarchique ont fait assez de bruit dans ces derniers temps , et de toutes parts on demande des garanties contre les fraudes et les faussetés des marchands. C'est à Malegacbe sqrtout qu'il importe de faire renaître la confiance détruite par les traitants; et daus ce pays on pourrait faire l'essai de plusieurs institutions de garantie , telles que la centralisation des magasins^ pour éviter le désordre et l'encombrement résultant des méventes, des retards d'ex-< péditions ^ pour éviter surtout le désordre plus dangereux de la falsification des marchandises. Les Hollandais , habiles colonisateurs, ont mis un frein au négoce libre, et réservé le monopole des approvisionnements à une compagnie. A Malegacbe, tout en respectant mieux les droits de la liberté, on devrait organiser, dans les établissements principaux de la côte , un système de magasins centraux, où arriveraient les produits européens sous la garantie des marques de fabrique, pour être distribués dans des dépôts de vente sur divers points du pays.
Il existe à Malegache des tendances dont on pourrait profiter. Depuis quelques années le gouvernement bouva accapare les transports et en confie la charge à ses soldats. Ce n'est pas le seul exemple que nous ofirent ces barbares d'un emploi utile de l'armée. CoroUer avait eu l'idée défaire faire par les régiments houvas des travaux de production. C'est par les soldats de son gouvernement de Tamatave, régulièrement conduits par leurs officiers , qu'il fit planter et entretenir son beau jardin de Manourou , dont on ne voit plus que les tristes vestiges sur les bords de l'Hivoulouine , i deux lieues de la mer. Ce sont des officiers de grades assez élevés et des premières familles d'Uimerna qui surveillent les ateliers de MM. de Lastelle et Ducasse ; chez ce
dernier j à Manamboulou ^ j'ai vu ces officiers présider à tous les travaux de défrichement et de plantation , et passer leurs journées sur le terrain , derrière les bandes de travailleurs.
Il est encore d'autres germes précieux d'institution sur cette terre de Malegache. On pourra utiliser le système des corvées, qui accable les populations , et le transformer heu« reusement Aujourd'hui , sur un ordre des chefs houvas, tous les habitants valides d'un village partent en masse et vont souvent très loin se mettre à l'ouvrage pour le service de la reine. On les garde trois mois , quatre mois , à de rudes besognes, mal dirigées, souvent improductives. En 1839, lorsque j'étais à Malgache, on employait pour couper et transporter les bois nécessaires à la construction d'un vaste palais royal , à travers les difficultés inouïes des forêts et des marécages, 10,000 hommes qui, avec moins de peine, auraient construit une route magnifique. Ces malheureux, obligés d'abandonner leurs champs, quelquefois au temps des semailles et des récoltes, ne reçoivent au-* cune espèce de rétribution. M. Ducasse en avait ainsi 1,000, se renouvelant par troupes tous les trois mois , et auxquels il ne fournissait ni vivres, ni vêtements, pas même le logement. Ils se construisaient à la hâte des paillottes , après l'heure de la corvée, et se nourrissaient, les plus riches de leurs provisions de riz apportées du village, les autres des racines qu'ils allaient fouiller dans le sol nourricier des forêts voisines. Sur l'établissement de Manamboulou , les 150 galériens envoyés d'Himerna étaient plus heureux que les gens de corvée ; on les nourrissait du moins.
On peut conserver le système des réquisitions, parce qu'il conduit au travail les sauvages, un peu trop indolents, à la condition de dépouiller ce système de ce qu'il a d'excessif et d'odieux. On choisirait avec opportunité le moment des
— lui —
expéditions 5 de manière à ne pas ruiner les récoltes; on mesurerait avec sollicitude la part du travail requis , on rétribuerait surtout convenablement le travailleur. Ces bandes industrielles 9 menées par des chefs militaires^ perceraient les routes et feraient les ouvrages d'assainissement (1). Ainsi serait encouragé le travail en grandes réunions , système tout à fait dans les mœurs du peuple malegache. Avant que les corvées de la reine eussent rendu déserts les villages épuisés 5 on voyait les habitants se rassembler et faire en commun leur œuvre de culture. Récemment encore , j'ai trouvé sur les bords du Manzouzourou {Us mille coins , rivière très enroulée 5 pleine de détours) un village réuni faisant les semailles. Il y avait peu d'hommes ; les femmes marchaient en avant , imprimant légèrement leurs piquets dans la terre humide , et les enfants venaient derrière , se-
(i) Il est temps qoe la société songe k utiliser les condamnés pour ces traYaai périlleai. On perd aqiourd'boi beaucoup d^ntelligence, de temps et d^argent, à bâtir et rebâtir des prisons sur tous les modes pénitenciaires. G^est là une petite besogne étroite. Au lieu d^enfermer les coupables , donnez-leur le grand air, en leur imposant les périls d^une ouvre religieuse. Us ont porté atteinte â Tordre social ; quMts aillent eiposer leur ?ie au service de rbumanité. Tout individu condanmé k plus d'un an de prison doit être envoyé dans les marais des colonies. Les condamnés k courtes peines entreraient en France dans des établissements analogues k celui d'Oswald, fondé par llionorable M. Schutzemberger , député et maire de Strasbourg. Dans les colonies, ces bommes deviendraient meilleurs. Ils pourraient être aisément maintenus dans leurs ateliers k Malegacbe. On garderait les plus dangereux autour des forts, k Vonbémar et k Bavatoubé. Les Houvas savent bien rendre la désertion impossible dans les province* soumises. Gbaque cbef de village a la garde de son canton ; il veille k ce que toutes ressources soient refusées au déserteur : le tangbèn répond de son zèle. Dieu nous garde du tangbèn ! mais la civilisation a ses conseils de guerre. Il y aurait du reste peu à craindre des condamnés écbappés. Dans ce pays si fertile , si riche , aux mœurs d*amour si faciles/.ils perdront bien vite leur brutale énergie; ils cueilleront insouciants la Jaune et savoureuse patate, la banane onctueuse; ils se feront pasteurs, éleveurs de poules , et ils s'endormiront dans Pabon« dance des femmes.
niant les grains de riz ; tous travaillaient en cadence et cban* taient leurs airs aux rhythmes pressés^ accordant leurs voix nettes, avec une exquise justesse^ sur une simple harmonie de tierce. Un champ semé , on passait à un autre , et Tœuvre de chacun s'achevait gaîment par les soins de tous. Ce sont là des restes des institutions du patriarcat, germes heureux dont les traces ont disparu dans nos sociétés civilisées. La civilisation peut trouver à s'instruire chez les sauvages.
La France, intelligente et juste, prendra soin de ne pas pressurer ces populations appauvries par la tyrannie et la rapacité des Ilouvas. Elle fera respecter la propriété, que la reine Ranavalo et ses ministres tendent à confisquer à leur profit exclusif. Chaque jour voit Tirnpôt peser plus durement sur les Malegaches , et le système des confiscations s'étendre et grandir. Chaque chef de village est chargé de recueillir l'impôt, et répond du paiement : il remet la recette à des officiers houvas qui passent de temps en temps dans les villages. S'il y a retard de paiement, le chef est vendu. Tonte famille payait annuellement à la reine un ballot de riz en paille ; c'est le var-zé , riz de la main. Zé veut dire longueur de la main : c'était la grandeur cube du ballot d'impôt par famille. Aujourd'hui on ne paie plus par famille, mais par case, et on exige des ballots de 15 à 20 pouces. Depuis 1837, nouvel impôt Tous les ans, en décembre, chaque tête libre paie en argent le poids d'un grain de riz. Les femmes des Européens, autrefois exemptes, sont aujourd'hui soumises à l'impôt En 1835, on essaya d'imposer les esclaves. On demanda un kiroabo d'argent (1). Les malheureux Malegaches^ avertis d'avoir à
(1) On coupe les piastres d'Bspagne en plosieun parties; le quart fait le kiroubo.
payer à certaios jours ^ faisaient d'inutiles efforts pour trouver de Taiigent, si rare dans le pays. Quelques uns donné* rent jusqu'i trois beaux bœufs pour avoir un kiroubo (29 sous). L'agitation fut si grande^ que les chefs hou vas des provinces craignirent un soulèvement; ils annoncèrent qu'ils allaient écrire à la reine , et TafTaire n'alla pas plus loin.
Tout Halegache riche est dépouillé par le TsitiaUnga (qui ne ment pas) ; c'est une zagaie en argent Un Hou va ar*' rive avec des soldats, il entre dans la case, pique en terre la zagaie d'argent Le maître du logis ifait le salut de la reine, en donnant un kiroubo au Tsitialenga, représentant de Ranavalo. Alors commence le kabar. On accuse le chef de famille d'incivisme 9 de manque de loyalisme, sur la déposi* tion du premier venu qui témoigne par peur. On amarre l'accusé, et on l'envoie juger au chef-lieu. S'il perd, on lui prend toute sa fortune; s'il gagne , on ne lui en retient que la moitié.
Les propriétés des Houvas sont un peu mieux respectées ; cependant à Himema chacun cache sa richesse. Ratsimanicb, le second ministre à Tananarivou, écrivait, il y a quelques années, au riche bourgeois Ramahèva : t Tu t'enrichis : c'est beau l'argent ; mais n'oublie pas , mon frère , que la richesse n'est rien si tu ne crains pas la reine. N'oublie pas surtout que tes biens sont à la reine , puisque tout ce qui est sur le sol est nourri par le sol. Toute la terre de Malegache appartient à la reine, toi, tes bœufs et ton riz. •
Certes, il nous serait facile de faire bénir notre administration en établissant un système d'impôts moins vexatoire , et proportionnel aux ressources des populations ; et les Malega^ches, sous le gouvernement français, se verraient avec joie garantir contre la confiscation exercée d'une manière barbare par Ranavalo-Mandjaka.
Garanties cod- Ayant protégé nos Malegaches contre les excès d*one adiré le missionnai- . . ^ ,. u- -x .^ • * 1 -1
réelle moraliste, ministration chicanière et tyranniqne 5 contre les violences
du militaire, contre les perfidies da traitant , il restera à les préserver des persécutions fanatiques du missionnaire et des prescriptions rigides du moraliste européen. Il faudra veiller à ce que la légèreté française ne les blesse pas dans leurs mœurs et dans leurs préjugés.
Les Malegaches ont mille superstitions. Si nous voyons à leurs seuils un pieu fiché en terre avec des banderoles flottantes (1) , ne violons pas ce signe et passons sans même heurter à la porte ; dans cette maison de palmier, on fait l'amour peut-être. Ces sauvages ont plus que nous le cnlte des saints mystères de la nature et le respect des libertés individuelles. Conformons-nous à leurs usages d'hospitalité, que méprisait l'Anglais Burch à Port-Louquez. Ne violons jamais leurs sembous , le champ de mort que leur religion garde aux ancêtres , sur la cime des collines chevelues. Ils ont des bois sacrés , des oiseaux sacrés , des bœufe sacrés.
En 1839, poursuivant dans le delta marécageux d'Hyvoundrou les troupes de canards sauvages, les ramiers bleus et verts, les tsirirîseX les langoarous (sarcelles et grands échassiers), j'avisai un bel oiseau posé sur une large feuille de nénuphar, immobile an milieu du courant. La pirogue allait droit sur lui, j'abaissai mon fusil... Ce fut un grand cri, et ma traitante, se levant, arrêta vivement mon bras. Les pagayeurs détournèrent la pirogue, afin de ne pas déranger l'oiseau, qui nous regarda passer, paisible , balancé sur la feuille que le flot agité faisait onduler ; c'était un oiseau sacré. A quelques jours de là , remontant le fleuve ,
- (1) CTesl le tahùu des peuples de lX>eéaiiie. Un signe eitériear snlBl pour consacrer religiensemcnl nn ob]el. A Ualegache, on peat ainsi s'isoler pour quelques heures, el nul n'aurait l'indiscrétion d'approcher d^ioe mijson dont le maître a recommandé le respecl.]
étendu sur mon matelas et la tête sur Tes genoux dlngov* FOU 9 ma traitante , je compris ^ à Fair et à Taccent à la fois solennel et embarrassé de mes pagayeurs, qu^tls avaient une préoccupation grave et à laquelle je me trouvais mêlé. J'interrogeai Ingourott : f Yaza 9 me répondit-elle, ils disent qu'ici tes Français ont tué le bœuf sacré. ■ C'était en 1829, dans leur expédition de Batoumanoui , que les Français avaient frappé l'animal qui depuis quinze ans paissait en liberté aux bords du fleuve : ce bœuf n'était pas à des Honvas, mais à des Antayhivoundrous , gens favorables aux blancs, et ces gens, après dix années, parlaient encore avec chagrin de ce meurtre sacrilège.
Il serait tout à fait mal conçu d'aller prêcher brutalement à Malegache Pabolition de l'esclavage , institution antique et respectée. L'afiranchissement imposé blesserait profondément Interdire aux blancs d'avoir des esclaves, c'est tout ce qu'on peut faire. A Malegache, d'ailleurs, l'émancipation n'aurait pas autant d'utilité que dans les colonies civilisées; il n'y a généralement d'esclaves surchargés d'ouvrage et molestés que ceux des traitants et des traitantes pour le plus grand bien de l'Européen. Chez les indigènes l'esclave est Tenfant de la famille, il travaille à ses heures. J'en ai vus étendus au soleil , jouant et faisant de la musique, tandis que leurs maîtresses se livraient à de rudes besognes. Ils 'gardent si bien leur dignité , que l'étranger a de la peine à les distinguer des hommes libres. Cette condition de bien-étre est particulièrement notable chez les esclaves ruraux ; ceux-ci ne sont , à vrai dire , que les fermiers de leurs maîtres.
La grande affaire des missionnaires et des moralistes à Malegache, c'estla polygamie : c'est sur le terrain d'amour que nous en appelons surtout aux sentiments de tolérance; cette question est l'une des plus graves en fait d'établissements coloniaux. On aurait contre soi , si l'on voulfiit attaquer
Tétat des choses , toutes les femmo^ de Ttle , emportées et fiirieiisesj et les femmes de ce pays ont beaucoup plus d'influeace que les nôtres dans la société européenne. Il y a un certain aiigument de Dian-Manbangbe^ (1) qui engage forcément le sexe malcgache contre toute mesure restrictive de aes droits. Au lieu donc d'essayer une réforme impossible par la persuasion, dangereuse par la contrainte» employons un moyen plus adroit et plus pacifique : introduisons à Malegache quelques centaines de milliers d'hommes européens. Ce système aura en outre Tavantage de croiser les races et de jeter dans le sang malegacbe Tinfluence précieuse et su^ périeure de la race caucasique.
La pire chose, ce serait que Télément militaire se mtt au
aenrice du missionnaire et du moraliste , et prêtât la main
k leurs fâcheuses entreprises , comme Champmargou fit
pour le P. Etienne. Il y a tant de contradiction entre ces
deux ordres de colonisateurs , qu'ils se déconsidèrent par
leur seul rapprochement. Leur accord ne peut, en effet,
•quejparattre bicarré i l'excellente logique des sauvages. Que
doivent41s penser , ces naïfs iusulaires j en voyant sous le
mAme drapeau, les missionnaires proscrire les libres amours
et vivre vieiiges , tandis que soldats et officiers prennent à
. gré et largement le doux plaisir , et s'abandonnent à l'in*
, constance jusqu'à l'excès 7
.Même lorsqu'il s'agit d'introduire des réformes commandées par les principes les plus justes et les plus sacrés, il est . besoin 4e grands ménagements. On ne change pas en un jour les idées, surtout par des actes de violence. Les bar- . barea et les sauvages n'ont pas sur la liberté individnelle , sur les droits de chacun , les idées saines que les civilisés ont acquises.
(I) Voysi page 4».
Nous avons dit que des chefs de la noblesse botiva s'é« talent enfuis il y a quelques années ^ et avai^t reçu asile à rfle Maurice. La reine Ranavalo fit demander immédiate* ment à ses alliés Teitradition de ses sujets. Ses ministres exposaient que» dans la loi de leur pays» nul n'ayant le droit de se soustraire à l'autorité du roi, le gouvernement anglais devait respecter et faire respecter la coutume malegadie» s^3 était réellement Tami de Ranavalo-Mandjaka. Le gouverneur de Maurice , sir William Nicolay » comme on le pense bien» persista, et refusa de livrer les fugitifs ; mats il épuisa Vainement ses raisonnements pour démontrer aux Halegaches la légitimité de sa résistance. Les pourparlers durèrent très long-temps » et à cette heure encore ce fait est un grief xtës grave reproché par le gouvernement dHimerna à celui de Maurice ; il est considéré comme un manquement aux devoirs qu'imposent Talliance et l'amitié. Et ce ne sont pas les gens du pouvoir seulement qui accusent l'Angleteire pour ce fait; consultez les gens de la côte : eux-mêmes peuvent avoir besoin de Thospitalité mauricienne» et pourtant la plupart n'hésiteraient pas à trouver naturelle et fondée la réclamation de Ranavalo-Mandjaka » et à oon<kimner le procédé des Anglais.
Telles sont les mœurs» telle est la force des institutioiis. Sans doute il faut corriger ces idées barbares qui attribuent un pouvoir excessif an chef» et refusent tons droits à l'individu ; sans doute sir William Nicolay eut raison de ne pas céder aux prétentions de la reine. Mais ce fait indique combien la différence extrême des principes impose à TEuropéen de soins et de précautions.
Plus on s'adresse haut dans l'échelle des facultés humaines» plus on trouve de difficultés à modifier les idées et les mœurs ; ainsi les feits de l'ordre religieux et moral sont-tk de ceux qui exigent du civilisateur les ménagements tes
plus scropuleux. Lors donc qa'on commence par attaquer de front les superstitions des sauvages et les institutions qui règlent les rapports affectueux ^ c'est agir avec une extrême imprudence, c'est le comble de Tabsurdité et de la folie. En toutes choses , commençons par le commencement : c'est précisément parce que les faits religieux et moraux sont les plus importants dans la vie de Thomme qu'il convient de les réserver comme couronnement à Tœuvre des réformes sociales.
C'est li ce que n'ont pas compris , en général , les missionnaires» mal éclairés sur la nature de l'homme et emportés par un lèle aveugle.
Nous croyons qu'il importe d' utiliser , en fait de colonisation, le zèle des missionnaires ; il faut chei le conquérant pacifique l'amour pour les peuples conquis , le désir de leur salut, il faut l'ardeur et la force qu'inspire la passion de l'unité religieuse. Cette ardeur et cette force ^ la foi chrétienne les met au cœur des missionnaires, qui poursuivront sans relâche le salut des populations barbares , dût cette pieuse entreprise ne leur rapporter à eux-mêmes que les privations , les mauvais traitements et le martyre. Nous ne saurions trop applaudir à ce zèle sublime ; mais nous croyons qu'il est nécessaire de le diriger quelquefois.
Le missionnaire ne se reconnaît le plus souvent que la charge de sauver des âmes pour une vie ultérieure; le dogme prêché par lui condamne la terre comme un lieu d'exil et de passage , flétrit les appétits de la chair et jusqu'aux sentiments du cœur , comme inspirations mondaines et souffle du mauvais esprit. Pour lui » le type du beau, c'est le détachement des biens d'ici-bas et l'aspiration continue Y^rs les félicités éthérées. Je ne veux pas discuter ici ce dogme ; mais, quelle que soit sa valeur en thèse générale, toujours est-il que^ dans sa rigidité spiritualiste, il ne sau-
rait avoir d'action sur des hommes bruts ; de tonte évî* dence ce dogme est seulement compréhensible pour des intelligences très raffinées, il n'est applicable qu'à des natures déjà convenablement préparées.
La société des missions ne conçoit presque le salut que par la prédication et par les livres : c Envoyez-nous , écrit 1 révêque de Maronée» vicaire apostolique de TOcéanie^ • envoyez-nous des frères , des fonds , un imprimeur et une > presse à caractères. > Les catholiques sèment Tévangile; les protestants opposent la Bible au Nouveau Testament, qu'ils brûleraient volontiers. Est-il sensé de parler du péché originel et de Timmortalité de Fâme à des êtres bruts I Fait-on de la métaphysique aux nouveaux nés qui s'agitent dans leur berceau ? Non : on les entoure de soins prévoyants pour faciliter l'action des organes, et on leur présente une mamelle saine et abondante d'où jaillit la vie à flots. Le sauvage c'est l'enfant ; le sauvage veut vivre et jouir. Au bord de ses mers poissonneuses, au fond de ses forêts luxuriantes, i 1 ne lui est pas venu à l'idée de supposer que Dieu ait versé le lait dans le cœur du palmier, le sucre dans les fruits dorés , pour que l'homme s'absttnt. Il a subi le mal comme un fait , il a pris le bien comme un droit. Ne comprimez donc pas l'homme sauvage dans son essor vers la liberté ; vêtissez-le, nourrissez-le à larges mains, faites briller à ses yeux charmés les hochets éclatants , raffinez ses sens à mesure qu'il grandit à la vie et que la vigueur vient à ses membres; puis, lorsque le développement physique sera assuré, vous pourrez parler au cœur et enseigner à l'esprit
Pour peu qu'on voulût réfléchir, quelle intelligence droite méconnaîtrait ces tendances, ces exigences de la nature humaine 7 II suffit d'étudier les rapports des missionnaires eux-mêmes pour être parfaitement instruit à cet égard*
L'évêque de Maroaée> celui-là même qui demande des pré-
dicateurs et une presse à imprimer , écrit :
M Vous ne sauriez croire l'effet que produit sur nos in* sulaires la vue des images de dévotion. On est venu de plus de cinquante lieues pour admirer un tableau de cou* leurs grossières y représen^nt la Nativité et TAdoration des bergers. Tous les naturels qui le voyaient en étaient émerveillés. La chambre où est Tautel de la mission est ornée de plusieurs grandes images ^ devant chacune desquelles jil n'est pas rare de trouver nos sauvages dans une sorte de contemplation qui rend souvent leur visite un peu longue , mais qui tourne assurément au bien de leurs &mes. • Un autre missionnaire, le R. P. Servant^ écrit de la New-
Zélande, le 22 mai 1838 :« La décoration de la chapelle
» charme beaucoup les naturels du pays... La beauté des
• cérémonies les enchante, leurs yeux ne se lassent pas
• de considérer. Les chants de Téglise l^ur plaisent aussi 9 beaucoup, et paraissent faire sur eux une vive impres- » sion. f
Ces indices parlent-ils assez clairement?
Quelquefois il se produit un fait profondément triste dans Tceuvre des missions : on s'est passionné pour le martyre lui-même, on en est arrivé à chercher la persécution pour soi-même beaucojup plus que la conversion pour les infidèles. Un missionnaire, dans les expéditions périlleuses, mouraitril par la maladie, le poison ou le fer, au lieu de gémir sur cette force perdue pour le prosélytisme , ils élevaient au Ciel des actions de grâce. L'un d'eux écrivait de la mer du Sud cette affligeante parole : « Notre mission est » plus florissaute que jamais : nous avons eu quatre grandes » persécutions cette année. »
Heorenx encore lorsque les missionnaires appartiennent à la religion catholique , car le bien se fait, le salut s'accomplit à Tinsu même des bons pères. Ce qui n'est qu'accessoire à leurs yeux devient le principal , en effet , dans l'œuvre de la eivilisation, et le raffinement du corps et de l'âme s'opère par les images, par la musique et par l'encens.
Qaant aux protestants , aux rigides méthodistes, leur ac« tiott jp il faut le dire , est souvent funeste sur les terres nouvelles; ils ne s'y maintiennent que par un gouvernement dur ^ par l'autorité de l'intelligence intimidant et comprimant rignorance et la faiblesse. Le consul général des Philippines, M, Adolphe Barrot , constatait ce fait en ces termes, après avoir observé les Iles Sandwich en 1839 : « La t crainte des châtiments, et non la conviction , empêche les i insulaires de se livrer à toutes leurs anciennes habitudes »
> et chaque fois que l'occasion se présente de secouer le » joug qui leur est imposé, ils la saisissent avec ardeur...
> Qu'ont fait les missionnaires? Us croient avoir corrigé les
> mœurs, et la démoralisation est à son comble. Ils croient • avoir fait des chrétiens, ils n'ont faitquedés hypocrites... i Us leur ont fait connaître la misère, qn ils ne connaissaient » pas... Cette population, que les premiers navigateurs nous » réprésentent comme si heureuse dans sa nudité , nous a » semblé misérable sous les haillons dont la civilisation l^'a » couverte. »
Ainsi, aggravation de privations et de souffhmces pour les naturels, rigueurs odieuses de la part des envoyés de Dieu, impuissance finale à civiliser, à perfectionner, voilà les conséquences de la loi de compression. Mais qu'ils sont fiers, ces pauvres ignorants chrétiens ! qu'ils sont fiers d'avoir séparé les sexes dans toute cérémonie et pendant les repas, d'avoir interdit la danse et le chant , d'avoir fait cesser les
mimiqaesy les spectacles, toutes les fêtes^ tous les doux jeux de volupté, tout ce qui était expansion et joie 1 Qu'ils éont fiers d'avoir imposé à ces figures jadis souriantes un air grave et puritain , d'avoir étouffé tout élan de liberté , d'à* voir effacé tout charme, d'avoir éteint tOMte flamme radieuse I Qu'ils sont fiers d'avoir tiré la Bible à 20,000 exemplaires aux Sandwich ! C'est à leurs comptes de librairie qu'ils mesurent leur œuvre ; et tandis que ces prêtres vertueux et pudiques proscrivent toute chanson d'amour, savez-vous quels chanta ils écoutent paisiblement, savez -vous quels sentiments ils laissent célébrer? Voici l'éloge du roi, leur ami , leur créature :
c La lance du roi est toujours rouge du sang du cœur de » ses ennemis, et son casse-tête est hérissé des dents des » guerriers qu'il a tués.
> Quand il parle, sa voix traverse les montagnes, et tous • les guerriers d'Oahou accourent se ranger autour de lui, » car ils savent que bientôt , avec un aussi grand chef, leur » pied marchera dans le sang. •
Cela se chante entre le benedicite et les grâces.
Des documents certains établissent que depuis ces derniers temps une mortalité effrayante décime la populatioa des Sandwich : c'est là le fruit de l'action des Européens , et particulièrement des méthodistes. Le régime puritain , rigoureusement imposé, a attristé ces pauvres sauvages ; le bouleversement jeté brusquement dans leurs habitudes a porté atteinte à la santé générale. Au moment oh les matelots chrétiens versaient dans leur sang le virus impudique, les missionnaires chrétiens leur défendaient le bain et affublaient leur nudité d'habits lourds et gênants. Ainsi emprisonnés dans des haillons et éloignés de l'eau où ils se plongeaient chaque jour en jouant, la malpropreté a développé, entretenu et exaspéré chex eux des maladies de peau terri-
blés. Ces pauvre gens , qui apparaissaient tout ruisselanta et lustrés, dans leur nudité naïve et saine, à TEuropéen surpris, et le saluaient de si doux sourires, aujourd'Iiui passent ûremblants et honteux, d^enillés» puants et flétris, sous le regard du missionnaire; et lui, pour un tel succès, élève stupidement vers Dieu ses actions de grâces. Allez ! Dieu détourne sa fiice de votre œuvre maudite, et il prçnd en pitié vm misérables folies !
Le gouvernement de France ne permettra pas que de teU les cruautés soient commises dans le pays où flotte notre pavillon. S'il y avait chez nous de pareils fanatiques, qn nei leur laisserait pas la liberté de. faire le mai.
Prêtres chrétiens, comprenez mieux votre sublime et sainte mission. Et vous, nos frères catholiques, observez avec soin les faits, et voyez que votre supériorité sur les protestants vous Tavez due à la satisfaction que votre église, donne i^ Félément humain , à la tolérance, au lu^e.
Si vous avez séduit le sauvage, c'est lorsque vous avez porté sur les terres nouvelles les iniag^,.les parfums et les harmonies. Suivez toujours l'exemple des. intelligents orga^ nisateurs des missions de la Californie et du Paraguay.
S'il est vrai, que te sabre tout seul ne saurait rien fonder de durable, si c'est là un. moyen maudit de Diieu , la croix d^ bois toute nue oe conquerrait paa plus que Tépée; et le nnssionnaire sera impuissant comme le soldat tant qu'il n'emploiera que la prédication, tant qu'il n'enseignera que la morale et la foi chrétienne. Ia seraop , I4 morale ^t les es^ sais de conversion , ce sont là de saintes choses ; pourtant , chez les sauvages, au début des entreprises coloniales, ces choses saintes , employées seules, seraient des éléments de guerre, et rien de plus»^ . —
Il faut que la croix soit d'or et qu'elle se plante sur le sol à côté de la charrue ; il Ikut qu'à ses bras soient suspendus
les fruits doi'és et les étoffes brillwtes, et qu'elle «e dresse» au nilieu des flots d'eneens^ an cMceit tarmoftieu des.io* stroments et des voix. Portes devant vous, prêtres chrétiens» ce symbole ainiri transfiguré , bîenfaiaaal et gkMîenx , et désonnais fOti*e zèle pîeia et Votre sidiUme défoûmaol ne seront plus perdus.
Tel est le signe de la rédemption qu'il faut âi'alrard poé* senter au sauvage. Que l'Europe frateilndiie apparaisse avec les iustruinents qui facilitent le travail et le fécondant ; qu'elle porte avec elle le luxe, la Hberté. Sadiez, vous qui tenes U èroii, qu'il but purifier le ewf% «fant de parier i Vinm de son immortalité. Saehei qu^avantd*aq»iner au oiel Tboaime doit cesser d'abord de ranper dans la fange> et se dresser glorieusement en roi sur le domaine terrestre confié & sa gestion par la monificence de Diea Ailez, bons pères ! com* mencez l'œuvre ainsi ; quand vous aurez arrfilé auprès ite vous le sauvage par ces jouiasances dites par vois gra^ Éièresi mais qui doivent lui convenir, puisqu'il est grossier et matériel , 9i(yrB, au milieu des chants, vous verserez la le* çon plus sainte du cœur, l'enseignement supérieur de l'in*telligence, la partie de Dieu.
Tels sont les principes qu'il convient de mettre au service de la politique colonisatrice. Ces principes sont baséi sur la nature même de Tbomme. PuisseniHls étreimnpris dans les hautes régions du pouvoir, afin que désonnais les entreprises coloniales soient fécondes pour (et hèglmM^ profitables et gloHeusds pour la France)
têÊt
Poisse là France comprendre la grandeur de sa mission ! Poisse-t-elle ne pas abandonner à d'antres^ pins ardents et plus généreux^ le soin d'accomplir ce mouTement providenitel qui rapproche les i^ces bamaines pour les associer et |nnnr réaliser Tunité du monde!
* Peuple de France, race de conquérants, ton œuvre sur la terre n^est point acherée ; H te reste encore des empires à fonder, de grandes aventures à courir ; d'autres triomphes feront encore tressaillir ton âme chevaleresque. Arrête ta {>ensée religieuse sur toutes les parties du gfobe ; écoute cette voix immense qui te racontera, au milieu des sanglots et des blasphèmes , les misères, les avilissements et les tortures des hommes, tes frères. Convie l'Europe entière à jeter des yeux de pitié sur tout ce qui n'est pas elle, sur ce vaste monde plein de douleurs. Prêtez Toreille et contemplez!
IVun bout du globe à Fautre, des hommes, des peuples, des races entières, se traînent, dans leur nudité grossière, sur tmsolhieuhe, ets'en disputent, les armes à la main, les fhiits sauvages et lés racines. Partout les familles dénuées vfvent entassées dans des huttes enfumées et infectes, étrangères aux premiers soins de propreté, couvertes de vermine et detiùstules, se nourrissant de chenilles , d'araignées, din- ^ctes immfondes. Ici oi^ dévore, sans les vider, les intestins éès animaux, là on se couvre de pelleteries putréfiées, ailleurs dtt s^éint le corps d'immondices. La misère est telle , que, sur tous les continents, on s'entretue pour des racines insapides, pour quelques lambeaux de chair décomposée. Il y a, vers les éôâtrées glaoées de TÂmérique du nord , des peupladeï (pli tes mlrts forcent leurs femmes à allaiter déjeunes
ours afin de les engraisser pour leur ventre. Chez les Afiricains du sud^ les femmes mangent leur arrière^aix.
Dans cent contrées^ on abandonne les malades, on laisse mourir sans secours les vieux parents , on jette aux fleuves vieillards et invalides, parce que leur mort laisse une proie moins maigre aux survivants. Aux Philippines, le père vend ses enfants pour se nourrir. Dans les archipels de Ilamoa et de Mindaùao» par toute TOcéanie, aux jours de disette » on mange ses enfants et sa femme , et son père et sa mère. L'homme mange l'homme en Australie , en Tasmanie, à Ti« mor, à Sumatra , Bornéo, Mindaôao , Ambouan , Célèbes, Java, Kiros, Viti , Nasichi , Levou , Hamoa , Tonga, Pelew« à Lambok, aux Iles Pomotou, aux îles Salomon, aux Caro«« Unes, chez les Mounamounas de la côte orientale d'Afrique,, et probablement dans tout l'intérieur de ce continent Dans l'archipel Radak, la mère, par excès de pauvreté, détruit, au jour de leur naissance, ses enfants, afin qu'ils n'accroissent pas sa gêne, afin qu'ils ne sentent pas comme elle leurs en-* trailles déchirées par la faim. £n Australie, le nourrisson qui perd sa mère est enterré vivant avec elle.
Dans vingt pays l'homme vend ses enfants pour avoir une; femme. A Sumatra, on brûle, on empale, on écartelle, on taille debout à coups de hache l'honmie coupable d'un vol ou d'un adultère.. L'injurié , par commandement de la loi» mange vivant celui qui a fait l'injure. Il y a des pays oùron, châtre les hommes pour s'assurer de la fidélité des femmes; il y en a où l'on châtre les hommes pour les livrer, avec des allures plus molles et plus féminines, à des embrassepients honteux. II y en a d'autres oili , lorsque Ifi mari doute de la légitimité du fils qui vient de naître dans sa maison, il. le. mange , et fait ainsi disparaître son doute avec les derniers restes de la créature de Dieu. Sur quelques terres maudites, les mères conduisent leurs nourrissons aux prisponiera en-».
bhatnédy dont elles percent les veines; elles allaitent leurs enfants de sang humain. Cent peuplades proclament la guerre en ces termes : • Marchons et mangeons-les ! t Le plus agréable hommage qu'un sujet puisse faire à certains chefs îc^est celui des parties nobles de ses ennemis ; on fait cette cruelle violation du corps sur le prisonnier vivant, avant de le dévorer. Des sauvages ^ après les sanglantes mêlées ^ arrachent les yeux et le cœur de leurs captifs : les yeux , ils les suspendent en trophée dans leurs cabanes ; le cœur, ils le mangent chaud de vie encore. Leur repas de cannibales achevé , ils nettoient les os de leurs victimes pour les porter en collier.
Aux îles Salomon , le chef tue le sujet qui a marché sur son ombre. En Australie , la fille ne donne ses faveurs d'amour qu'après s'être fait déchirer de verges ou casser la tête à coups de massue. A Bornéo, pour avoir une femme il faut lui présenter les parties nobles arrachées à un ennemi. Qiez vingt peuplades de rOcéanie, une fille attend, pour céder à son amant, qu'il lui ait fait don d'une tête humaine toute saignante. Sur toute la surface du globe on trouve encore des peuples qui versent le sang humain comme une sainte offrande sur Pautel de la Divinité. On voit des prêtres arroser les époux de leur urine aux jours des bénédic-^ tiotts nuptiales. Des malheureux se cadenassent ou s'infibulent par dévotion, et vont ainsi s'étaler à tous les yeux, dans la stupidité de leur orgueil. Enfin, en Australie (comment dire cette monstrueuse histoire ?) l'homme a communiqué à l'espèce porchine l'horrible mal de Vénus (1).
Ainsi partout l'horrible se mêle au grotesque , le hideux à rinfâme. Il n'est pas de monstruosité épouvantable qui ne 'soit vivante ,à cette heure, sur quelque point du globe. Dans
(1) Je ti«ofl ce ftiida capitaine Grey, gouverneor de Swan-RiTer.
cet immense règne du mal ^ Malegache a son lot de cor* ruptions fatales et de souffrances. Chez quelques unes de ses peuplades , on expose et l'on abandonne au fond des forêts les enfants nés à de certains jours que la superstition dit funestes. Sur toute l'Ile plane le fléau du tanghën , et sous les coups de son aile funèbre , on voit les famille et les tribus s'agiter dans le délire , bondir sur le sol , Voà\ ha* gard et la bouche écumante , et mourir. La race indigène ainsi s'épuise et tend à disparaître. Sons le joug odieux des chefs houvas, cette terre féconde se dépeuple, les haute» herbes et les lianes sauvages envahissent lesol , les bruits de la vie s'éteignent , il se fait de vastes solitudes.
Non, ce ne sera pas en vain, peuples civilisés^ peuples chréti^s, qu'on fera appel à vos ardeurs charitables; non, vous ne laisserez pas sans secours celte plaie infinie qui accable le monde ; vous ne serez pas sourds à tant de plain* tes, à tant de gémissements. Que si votre cœur se fermait aux sentiments d'amour, vous auriez du moin^ conscience de la profonde solidarité qui unit toutes les races éur le domaine terrestre. Tout ce qu'on souffr% là-bas par les ter« res désolées, n'en doutez pas, vous en recevez l'attdnte dans vos pays bénis par la culture, et ne crajes pa^ qi^e l'Europe se développe jamais dans tout^ sa destinée beurreuse tant que les autres continents resteront plongés dM/i^ leur barbarie.
Cette idée de la solidarité des diversjçs parties du monde entre elles, il faut la faire pénétrer à fond dans les esprits^ Les savants exposent admirablement en chaire la loi de l'é* quilibre physiologique , ils enseignent comment le cerveau sou£Gre et se trouve paralysé par l'état de maladie des of^«» nés inférieurs. Les hommespolitiques commencent à sentir plus vivement la nécessité d'une hiérarchie vraie entre la capitale d'un empire et ses provinces; ils comprennent
qu'il est ÛÈûtèf^at de laisser graadtr seal le centre et d« négliger les extrémités attardées, et qu'an pareil monvemenl jecteraif tôt ou tard la perturbation dans l'oindre social. Le temps esiiwnu de concevoir que la terre, elle aussi , est un tout. Pour le bien de I^Eut^e , centre actif du monde, il est nécessaire que chacun des organes du grand corps de la terre ait son développemoit régulier ; il éot nécessaire que toutes ses parties soient cultivées , assainies et épurées. Il y a doue un întérOt profond pour TEu** rope àr voir se souletef le lo^urd manteau des aflUctions pesant sur la phis grande partie des contrées du globe , en iftéme temps quMl y a de? ofr pour les races blanches privilégiées d'intervenir et de sauver les races souffrantes*
Dans cette mission sainte, dans cette «euvre de cem*quètes harmoniques de la civilisation sur la barbarie, le peuple de FrAnce doit réclamer sa pwt de noble tra* va9, deproGt et de gloire^ A Malegachel à Haiegachel Noos avons proclamé devant TBorope que nous avions des droits incontestables sur la grande lie africaine : des esprits malheureux nous sont venus dire que^ ces droits, il fallait les réserver et les faire respecter des puissances rivales, mais à la condition de ne pas les exercer. Quel conseil odieux I Est-ce donc à dire que nous empêcherions tout peuple plus hardi et plus généreux d'agir quand nous n'agissons pas, de faire te bieu quand nous refusons de ressayer? Est-ce donc à dire que nous refuserions aux barbares la faculté de laver leurs plaies séculaires 7 Est-ce donc à dire que la France consentirait à accroître de ses mains le fardeau des peuples affligés et à les pousser plus avant dans Tablme de leurs douleurs? Ah I ce serait un crime. Les droits que nous prétendons sur Madagascar impliquent des devoirs ; ils nous imposent l'obligation d'initier k notre civilisation les peuples malegaches. Remplis-
sÔDs cette mission sacrée » si nous voalons encore <tre un grand peuple devant le monde*
Il faut agir, il faut se hâter. N'attendons pas que quelque révolution de palais k Himeroa rende aux Anglais leur autorité d'autrefois. Que la France se décide promp» tement à détruire ce nid de vautours qui perche sur les hautes montagnes d'Ankhouva; qu'elle envoie i Haiegâche ses hardis enfants ; qu'ils s'élancent avec leur joyeuse intrépidité sur le plateau central , et que de Tananarivou > le grand village barbare , ils fassent une cité civilisée ; qa'ils substituent l'autorité féconde de la nation fk*ançaise à celle des Houvas , et que soit à jamais ruiné le pouvoir fatal de Ranavalo«4Mandjaka et de ses ministres I C'est une guerre; sainte , car il s'agit de secourir des hommes asservis sous un joug infâme et d'arracher toute une race aux torture» de Tempoisonnanent ; c'est une guerre utile et glorieuse , car il y a à Malegache une source immense de richesses à ouvrir, un magniâque empire à conquérir pour Ja France.
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