‹ Colonisation et agriculture de l'Algérie (volume 2)Chapitre 103 sur 138 · PARTIE Iil. — COLONISATION · texte numérisé non relu

PARTIE Iil. — COLONISATION

plades pacifiques, si elle n'exigeait, en un mot, qu une faible occupation militaire, on pourrait mettre les frais de colonisation en balance avec le temps, et peutètre préférerait-on dépenser du temps que de l'argent ; mais on sait qu'il n en est malheureusement pas ainsi, et que les énormes sacrifices qu'imposent l'occupation et la guerre, non-seulement ne sont pas le fait de la colonisation, mais ne peuvent être compensés que par les résultats de celle-ci. J'ai cherché à démontrer que les dépenses d'occupation et de guerre devaient même diminuer d’une manière certaine par la colonisation ; j ajouterai que c’est là une proposition qu'il me parait difficile de ne pas admettre. Tout ce qu’on peut contester, c’est la possibilité, ou du moins le succès d'une colonisation établie sur une grande échelle.

Dans une pareille occurrence, que doit faire le gou vernement? Commencer l'essai, et le commencer sur plusieurs points à la fois. Et comme il ne trouvera d’abord, et pendant assez longtemps, que des hommes n'ayant que leur courage, leurs bras et leurs connaissances agricoles, il sera forcé de les établir à ses frais, en leur procurant les conditions qui leur manquent pour réussir.

Je le répète, une fois un certain nombre de ces colons établis et obtenant de bons résultats, on sera certain de voir arriver des familles de petits propriétaires qui échangeront leurs deux ou trois hectares morcelés et leur chaumière contre douze ou quinze

hectares en Algérie; puis enfin les grands proprié- I 20

taires, les capitalistes, ou du moins nos riches fermiers des départements du nord qui, assurés de trouver des bras et une certaine sécurité, voudront, eux aussi, devenir propriétaires en Afrique. Le tout est de commencer, d'ouvrir la voie ; car une conséquence de cette timidité dont j'ai parle et de ce manque de jugement, c'est de faire qu'on se jette dans les routes battues avec autant d’empressement qu'on s'éloigne des voies nouvélles. C’est toujours l'histoire des moutons de Panurpge.

il faudra donc, de toute nécessité, que le gouvernement commence par tout donner; plus tard, il donnera moins, puis enfin il cessera de donner et vendra. Répétons encore qu’un des moyens de réduire les dépenses, c'est de les faire largement dès le début, et de hâter ainsi la venue de l’ère productive.

Voici comment j'entends qu'on pourrait procéder.

SECTION IT. — Division des villages en trois classes. — Intervention de l’État.

Il y aurait. trois catégories ou ciasses de villages. La première comprendrait ceux que le gouvernement ferait établir entièrement à ses frais, et où les colons receyraient, en outre, une grande partie des moyens d'exploitation.

La seconde se composerait des villages où le gouvernement non-seulement ferait les travaux d'utilité générale, mais encore aiderait les colons par des

PARTIE IL. — COLONISATION. 307 avances en matériaux de bâtisse, instruments, bestiaux, semences.

Enfin, dans les villages de troisième classe, l'administration se bornerait aux travaux généraux et au lotissement.

Ç 1. Distribution des villages suivant leur classe.

Les villages de première classe, qui sont ceux dont il y aurait le plus à s'occuper en ce moment, seraient placés sur les points où l'intérêt politique exige de fixer le plus promptement une population européenne que l'intérêt privé n°y appellerait pas de longtemps.

J'ai signalé plus haut les localités où 1l importe d’avoir promptement une population de cultivateurs européens. J'ajouterai que, sauf quelques localités exceptionnelles, les environs d'Alger, Bône, Philippeville, Blidah, Coléah, offrent assez d’attrait à l'intérêt privé, pour que les sacrifices que devrait s'imposer le gouvernement pussent être réduits, par conséquent pour qu’on s y bornât aux villages de deuxième et de troisième classe.

Ce ne serait que pour Oran, Mostaganem, la Calle, et les stations de l’intérieur, qu'il faudrait nécessairement des villages de première classe.

Encore ne serait-il pas nécessaire que tous les villages établis autour de ces stations fussent de première catégorie; ils pourraient être en partie de seconde et mème de troisième classe, Les circon-

stances locales, rapprochées de l'utilité de l’occupalion, détermineraient le elassement pour chaque point.

Dans la plupart des cas, le premier ou les deux ou trois premiers villages seraient nécessairement de Ja première catégorie. Une fois établis, ils permettraient d'en fonder d’autres de la seconde et de la troisième. L'essentiel serait de placer les premiers de manière à ce que, tout en remplissant, à l'égard des stations militaires auprès desquelles ils se trouveraient, le but qu'on se propose, ils procurent certains avantages à un territoire plus ou moins étendu où lon pourrait ensuite établir des villages de seconde et de troisième classe.

Pour expliquer plus clairement ma pensée, je prendrai un exemple; ce sera, si l’on veut, Arzeu, où, grâce à un bon port, il est probable qu'on créera un jour une ville.

En mème temps qu'on développerait la station sous le point de vue militaire, maritime et commercial, on établirait des villages européens sur le territoire circonvoisin, dans un rayon de trente à quarante kilomètres, par exemple. Tous ces villages devraient-ils être de la première catégorie? Je ne le pense pas. Les points mal partagés, sous le rapport de la sécurité, de la salubrité ou de la fertilité, mais qu'il importerail néanmoins de peupler promptement, jouiraient seuls de cet avantage.

Si l’on procédait par zones concentriques, en éta-

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