‹ Colonisation et agriculture de l'Algérie (volume 2)Chapitre 11 sur 138 · PARTIE I, == OCCUPATION ET GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

PARTIE I, == OCCUPATION ET GOUVERNEMENT

commerce et surtout par l’agriculture, a été complétement oublié, voire mème entravé et arrêté dans l'essor qu'il prenait spontanément.

En outre, a-t-on ajouté, ce même pouvoir, belliqueux par essence, n’a vu que la guerre pour soumettre les Arabes, et a beaucoup trop négligé Îles moyens diplomatiques, et notamment les négociations appuyées sur de l'argent, moyens puissants dans le pays, bien moins coùteux que la guerre, mais qui répugnent aux militaires, et dans l'emploi desquels ils montrent peu d'habileté.

Le premier de ces reproches est malheureusement fondé. Je viens de signaler moi-même les fautes commises, sous ce rapport, par beaucoup de nos chefs militaires transformés subitement en administrateurs.

Le mal existe; c’est positif. Mais, pour le faire cesser, est-il indispensable de remplacer le gouverneur militaire par un gouverneur civil, et le remède, dans ee eas, ne serait-il pas pire que le mal? C'est là ce que nous allons examiner.

{ 6. La colonisation peut marcher, même avec un gouvernement militaire.

La répartition des fonds appartient au ministère. Libre à lui d’en consacrer une part convenable aux dépenses qui intéressent la colonisation, l'agricalture et le commerce. Les militaires ne sauront pas bien employer, dit-on ; que ce soient des fonctionnaires

civils qui en reçoivent Ja mission, et qu'il leur soit, en outre, donné, sous ce rapport, une certaine indépendance, sinon vis-à-vis du gouvereur général, du moins à l'égard des autres chefs militaires ; que ceux-ci mème soient intéressés à la grande œuvre de la colonisalion ; qu'ils puissent y voir, comme dans les faits d'armes, une occasion d'avancement; en un mot, qu'une impulsion forte, énergique, émanant du pouvoir suprème, pousse vers la colonisation et vers le développement des intérêts matériels de la colonie, et bientôt on verra toutes les autorités rivaliser de zèle pour atteindre ce but: c’est ce qui a lieu aujourd'hui. Aussi la colonisation marche-t-elle, lentement peutètre au gré de quelques esprits impatients, mais d'un pas sûr et de façon à ne plus rétrograder, quels que soient les événements qui surviennent.

Ÿ 7. Dangers des moyens diplomatiques auprès des indigènes.

Quant à la seconde objection, s'il est vrai que les moyens diplomatiques appuyés sur des cadeaux, sur de l'argent, soient souvent plus puissants et surtout moins chers que la guerre pour amener la soumission des indigènes, il n'est pas moins vrai, pour quiconque s’est donné la peine d'observer le pays, que ces moyens n'ont de valeur que comme accessoires de la guerre, et qu'ils deviendraient non-seulement inutiles, mais des plus dangereux, si l'on en faisait le principal. Les tribus finiraient alors par nous atta-

PARTIE E =— OCCUPATION ET GOUVERNEMENT. 25 quer uniquement pour nous faire acheter la paix. Ce serait une réminiscence du Bas-Empire.

On se tromperait ensuite étrangement si l’on eroyait que l'emploi de ces moyens est facile. Peut-être des fonctionnaires civils seraient-ils plus aptes à surmonter les difficultés de leur application que les militaires dont la franchise s'accommode mal des détours de la diplomatie ; mais, d'abord, je le répète, les négocialions avec les Arabes n’ont de chances de succès qu'appuyées par des forces militaires. Les traités, avec eux, doivent être écrits sur un canon. Les cadeaux n’ont de valeur que lorsque la main qui les donne leur a déjà fait sentir le tranchant du sabre.

Puis, si nos généraux sont peu diplomates, nos fonctionnaires civils le seront-ils davantage ? N'y a-t1l pas quelques raisons de douter, en général, de Laptitude des Français pour la diplomatie, malgré de brillentes exceptions ? N’est-on pas fondé à croire que la légèreté de leur caractère, le manque de jugement et d'esprit d'observation qui en sont la conséquence, Îles rendent inférieurs, sous ce rapport, à la plupart des autres nations, malgré des apparences contraires, malgré, ou peut-être à cause de cet esprit qui les distingue parmi tous les autres peuples? Or, qu'on ne s'y trompe pas, en fait de roueries et de duplicité, les diplomates européens les plus retors sont des Ingénus auprès des Arabes. Nous pourrions done nous attendre à avoir souvent le dessous dans ces luttes de ruse, quel que soit le négociateur, civil ou militaire; etune défaite,

en pareil cas, peut compromettre l'honneur plus que la perte d'un combat. Avec des soldats comme les nôtres, un combat malheureux nous assure dix victoires, et ce combat même ne peut avoir lieu que dans des circonstances honorables pour nos armes ; avec des diplomates peu habiles, nous pourrions souvent être dupes, à la grande risée des indigènes.

Il est indubitable, à mes yeux, qu'on n’a que trop usé de ces moyens diplomatiques. Beaucoup de nos chefs militaires, sensibles aux reproches qui leur ont souvent été adressés de sacrifier les intérêts de l'AIgérie à la manie des bulletins, ou désireux de cueillir des palmes dans le champ de la diplomatie, ont négocié lorsqu'il aurait fallu combattre. Ajoutons qu'il s’en faut que ces négociations aient loujours accru Ja haute opinion qu'il importe que les indigènes conservent de la France.

Et comment en serait1l autrement, lorsqu'il s'agit d'un peuple qui, comme je viens de le dire, nous est si supérieur pour ce genre de guerre, et qui, de plus, considère toujours comme la plus faible ou la plus lâche celle des deux parties belligérantes qui prend l'initiative des négociations ?

Loin de moi tout système exclusif et par-dessus tout celui de la guerre; mais, pour réussir, les nations comme les individus doivent employer les moyens qui sont le plus en harmonie avec leur aptitude, leur génie spécial,

Je suis si frappé des difficultés et des dangers qu'of.

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