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338 COLONISATION ÊT AGHICULTURE DE L'ALGÉRIE. { 2. Soldats libérés.
En sera-t-il de même des soldats libérés, surtout de ceux libérés au milieu de leur temps, c’est-à-dire après quatre ans de service? Évidemment non.
Sans doute le soldat libéré n’a rien de plus pressé, surtout lorsqu 1l'se trouve en Afrique, que de rentrer dans ses foyers. Mais, comme on l'a fort bien dit, au bout de quelques mois, les plaisirs du toit paternel ne lui paraissent plus aussi attrayants, et c’est presque toujours sans répugnance qu'il vient rejoindre son corps ; à plus forte raison reviendrait-1l volontiers en Afrique, s’il pouvait y ramener une épouse et s'il savait y trouver un établissement plus grand, plus avantageux que tout ce qu'il aurait pu espérer en France. 11 y a done là un élément sérieux, utile de colonisation, car ces hommes n'auront pas encore perdu l'habitude du travail, ei ils auront le grand avantage de connaitre déjà l'Afrique, d'y èire acclimatés, d'être rompus au maniement des armes, el d'avoir des habitudes d'ordre et de subordination qu'il est essentiel d'introduire parmi les colons.
Jusque-là rien de mieux. Voilà les premières eonditions de:succès. Le reste dépend de l'organisation. Quelle sera celle qu'on donnera à ces soldats transformés en colons? A quel règlement, à quelle discipline les soumettra-t-on ?
En proposant des soldats libérés, 1l est bien clair
PARTIE HIT, — COLONISATION, 359 que MM. les chefs militaires n'ont jamais eu l'idée de s'annihiler et de se voir remplacés, auprès de leurs anciens subordonnés, par un maire et un simple chef de Ja milice, comme dans les villages civils. En un mot, cest, je crois, toujours de la colonisation militaire qu'ils ont entendu faire avec les militaires libérés. On peut done supposer qu'il s'agirait de créer quelque chose d’analogue à ce qui existe dans les Confins militaires de la Hongrie et de la Transylvanie. Quelques détails sur ceux-ci ne seront donc pas superflus.
Ÿ 3. Colonies militaires de la Hongrie et de la Transylvanie.
La contrée connue sous le nom de Confins militaires, et qui comprend quatre provinces ou généralats, n'est, en effet, autre chose qu’une vaste colonie militaire où les provinces sont commandées par des généraux, les districts par des colonels, les subdivisions par des majors, et les villages par des capitaines ou des lieutenants ; où les circonseriptions territoriales se font par régiments, bataillons et compagnies, où le chef militaire résume en lui toutes les autorités administratives, civiles et judiciaires, où enfin tout, jusqu’à la culture, se fait militairement. |
La longue durée de cette colonie, les résultats qu’elle a produits dans des circonstances fort analogues à celles qui existent en Algérie, tout doit la faire considérer comme le type le plus parfait, Pexemple le plus concluant d’une colonie militaire.
C'est une véritable colonie, car la population sy compose de familles. La seule différence git dans cette organisation qui fait de chaque colon un soldat, de ses fils des enfants de troupe, et qui ne se borne pas à lui imposer laccomplissement de certains devoirs militaires, comme cela a lieu pour notre garde nationale et pour les milices africaines, mais soumet tous ses actes, et, comme je le disais, jusqu'à ses travaux agricoles, à des règlements précis et aux ordres de ses chefs.
Cette organisalion a produit, je le répète, d'admirables résultats.
A l’époque où furent eréés ces Confins militaires, le pays qu'ils occupent était depuis longtemps inhabitable par suite des incursions continuelles des Monténégrins. Cette organisation a non-seulement permis de repeupler ces contrées, mais encore, grâce à la précaution qu'eut le gouvernement autrichien d'appeler l'intervention d'agronomes instruits dans la eréation et dans l'exécution de cette mesure, elle a eu pour effet d'y introduire une culture excellente, bien supérieure à celle des contrées voisines. Aussi les Confins militaires présentent-ils, sous ce rapport, un contraste remarquable avec celles-er.
De tout cela faut-il conclure qu'un système pareil serait parfaitement approprié aux circonstances de l'Algérie, et que tous les villages de première classe, par exemple, où mème tous les villages de l'intérieur, devraient recevoir une organisation de ce genre ?