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et nos rivières. On sait ce que la plupart sont devenus. Presque tous sont mort-nés et n'existent que sur le papier.
D'ailleurs, associations et syndicats ne résoudraient pas la question financière qui est évidemment la question fondamentale. Il faudrait toujours que le gouver nement accordât des subventions plus ou moins considérables. Or, il est encore très douteux pour moi que l’État trouve profit à se dessaisir en faveur de qui que ce soit du soin de dépenser les fonds qu’il consacrera à la colonisation.
Cette dernière observation s'applique à plus forte raison aux compagnies financières qui pourraient chercher, dans des subventions du gouvernement, le bénéfice que certainement les colons ne pourraient leur procurer.
On a proposé encore une autre combinaison : le gouvernement paierait mille francs, par famille de co. lons, aux grands propriétaires qui auraient établi des villages sur leurs terres.
Cette mesure ne pourrait s'appliquer que là où il y a de grands propriétaires européens, c’est-à-dire aux environs d'Alger et de Bône, localités où la colonisation rencontre déjà moins de difficultés qu'ailleurs. Elle pourrait ensuite donner lieu à de nombreux abus, car, quoiqu’on puisse imposer certaines conditions bien définies à l'obtention de l'indemnité, il ne serait peut-être pas difficile aux hommes adroits et
bien épaulés d'éluder la plupart de ces conditions. Ih 23
Néanmoins, je considère cette combinaison comme rationnelle en principe, et comme susceptible d’être appliquée plus tard à plusieurs localités de l'intérieur. On pourra même, un jour, faire de l'établissement d’un certain nombre de familles de colons la condition de la concession des grandes terres.
J'ai à peine besoin d’ajouter que les colons établis de la sorte devraient recevoir l'étendue de terres que j'ai indiquée plus haut comme nécessaire à chaque famille, et Ja posséder en toute propriété, après avoir, bien entendu, rempli certaines conditions qui leur seraient imposées.
Si, comme je n’en doute pas, les événements favorisent la colonisation de l'Algérie, un moment arrivera où le gouvernement n'aura plus besoin, pour attirer les colons, de leur faire de grands avantages.
Néanmoins, pour que l'Algérie ne soit pas fermée aux familles pauvres, aux prolétaires agricoles, à tous ceux enfin qui n'auraient pas les deux ou trois mille francs nécessaires pour s'établir, administration pourrait avoir recours, accessoirement, à une nouvelle combinaison.
Ce qui est peu praticable aujourd'hui deviendra facile plus tard, lorsque tous les doutes, sinon sur la conservation, du moins sur l'occupation entière et la colonisation de l'Algérie, auront cessé, que la sécurité sera plus complète, et que des villages européens enloureront, comme nous l'avons dit, loutes les stations militaires. Alors on pourra essayer quelque chose
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d'analogue à la belle création de l'honorable maire de Strasbourg, M. Schutzemberg, à Ostwald.
Voici comment je comprendrais qu'on procédit :
Les familles indigentes, placées sous les ordres d'un directeur nommé par le gouvernement, seraient réunies au nombre de trente, quarante et plus, dans une localité convenable, etemployées à défricher les terres, à les complanter, à les dessécher, à les irriguer, à les mettre enfin en parfait état de production. On emploierait également ces mèmes travailleurs, concurremment avec des ouvriers spéciaux, à la construction des bâtiments nécessaires pour les loger.
Les salaires, {ant pour les journées que pour les travaux à la tâche, seraient {arifés d'avance, mais avec maximum et minimun, alin que le directeur püt récompenser l’ouvrier laborieux et habile.
Une portion seulement des salaires serait payée chaque semaine ou chaque mois, à la demande des individus. Le reste serait porté au compte de chaque famille.
Tout le monde serait nourri et entretenu par la communauté, et il n'y aurait point de ménages isolés : une seule cuisine commune , un seul magasin général pourvoieratent à tous les besoins.
Les frais occasionnés pour nourriture et entretien seraient également portés en compte à chaque famille,
Les produits en grains, bestiaux, laines, peaux, ete., qui dépasseraient la consommation, seraient vendus au profit de la colonie, et la somme en serait répartie
entre tous les travailleurs, au prorata, non pas du nombre de leurs journées, mais de la valeur totale de leur travail de l’année. Cette somme serait évalement portée au compte de chaque famille.
Les frais généraux seraient supportés par l'État, qui concéderait, en outre, gratuitement les {erres.
Je ne puis entrer ici dans tous les détails d’une pareille organisation ; mais toute personne, quelque peu au courant des affaires commerciales, pourra s'en faire une idée très nette.
Le principe en est très simple. Le gouvernement fournit le capital-terre et le capital-argent ; les colons fournissent leur travail, et, comme le gouvernement est grandement intéressé à ce que le pays se peuple le plus rapidement possible, non-seulement il renonce à gagner sur les colons, mais encore il concède les terres oratuitement, et fait la part large aux travailleurs, en supportant les frais généraux.
Cette combinaison, qui se rapproche, comme on le voit, de celle du célèbre fondateur de l’école sociétaire, ne serait néanmoins que transitoire. Lorsque toutes ou la plupart des terres seraient en état de production, c’est-à-dire au bout de quatre, cinq, six ou huit ans, on diviserait ces terres en lots, à la manière indiquée précédemment.
On caleulerait ce qu'a coûté chaque lot, terrain et bâtiments, soit en matériaux, en travail ou en mobilier, et toute famille qui, par ses journées et par ses parts dans les produits de la colonisation, déduction
PARTIE IL, — COLONISATION. 397 faite de ce qu'elle a reçu en nourriture, vêtements, argent, elc., aurait au crédit de son compte une somme au moins épale à la moitié de la valeur d'un lot, deviendrait propriétaire des dix à douze hectares, ainsi que de la maison et du jardin composant ce lot. Les familles qui n'auraient pas encore cette somme continueraient à travailler en communauté, jusqu’à ce que leur avoir eüt atteint le chiffre nécessaire.
Quant au remboursement du reste de la valeur du lot, il aurait lieu suivant le système que nous proposons plus loin, pour les colons des trois catégories de villages, à l'exception que le paiement de l'intérêt et des annuités commencerait dès la seconde année de l'entrée en possession.
Plusieurs personnes trouveront peut-êlre celte combinaison plus rationnelle, plus avantageuse que le projet de fondation de villages que j'ai développé plus haut. Mais, d’abord, je doute qu'une combinaison pareïlle qui, toute simple qu’elle paraisse aux hommes instruits, restera longtemps inintelhigible pour le paysan, attire dès à présent beaucoup de familles d’honnèêtes et laborieux cultivateurs. On pourrait craindre de n'avoir principalement que des vagabonds ne remplissant aucune des nombreuses conditions indispensables aujourd’hui au colon d'Afrique. Ensuite, il ne faut pas se faire illusion, le succès d’une entreprise pareille dépend essentiellement de l'homme qui sera chargé de la diriger. Qu'on suppose, en effet, un directeur placé à la tête d’une création pareille et
358 COLONISATION ETF AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. manquant de probité ou de connaissances agricoles, ou de fermeté, ou de cette modération si nécessaire aux hommes chargés du commandement et qu'on rencontre si rarement chez nous; qu'on suppose, dis-je, un directeur privé de lune ou l’autre de ces qualités, et l'entreprise ne pourra que languir. Les hommes uliles s'en éloigneront, il n°y restera bientôt plus que le rebut qui ne trouvera pas à se caser ailleurs. Or, je le dis ici avec regret, mais avec une profonde conviction, toutes les fois que le succès d’une combinaison dépendra, avant tout, du choix des hommes chargés de l'exécuter, il faudra désespérer de la voir réussir généralement, qu'il s'agisse d'entreprises publiques ou d'entreprises particulières.
Je ne veux pas, à cause de cela, repousser d'une manière absolue cette combinaison ou toute autre offrant le même inconvénient; mais je crois qu'il convient de n’en pas faire la base d’une œuvre aussi 1mportante que la colonisation de l'Algérie, et qu'il faut préférer des systèmes qui, moins parfaits, moins avantageux peut-être, ont le grand avantage de dépendre moins complétement du choix des individus.
J'ai dit un mot de l’école sociétaire. Cette école, à la tête de laquelle sont aujourd'hui des hommes d'un incontestable talent, à vues grandes et pures, s'occupe de questions si importantes, et dont la solution intéresse à un si haut degré la prospérité, l'existence même de la société, que, sans partager ses doctrines, j émets ici le vœu bien ardent que le pouvoir lui donne les
PARTIE IL. — COLONISATION, 359 moyens de faire, en Algérie, un essai en grand de l'application de ses théories. Si, comme je le crois, tout n y est pas également bon, également praticable, il s’y trouvera toujours une foule d'excellentes choses dont on pourra profiter ultérieurement, non-seulement en Algérie, mais encore dans d’autres colonies, et même dans la métropole.
7. Cultivateurs ayant même origine, même langue, même culte, et retrouvant la patrie dans une cité nouvelle; colons isolés accueillis individuellement, formant néanmoins agrégation par l'effet des mesures administratives et la communauté des intérêts.
Ces deux combinaisons, les plus simples et par conséquent les plus négligées par les faiseurs de projets, me paraissent, à vrai dire, les seules au moyen desquelles on puisse arriver à une colonisation prompte et sérieuse de l'Algérie.
La première semble surtout réunir toutes les conditions désirables. Le campagnard est, beaucoup plus que le citadin, attaché à ses usages, à son patois et à tout ce qui l'entoure. Sa position, même en France, et à plus forte raison en Algérie, le force bien plus souvent à recourir à ses voisins, et établit forcément entre eux et lui des relations très intimes. Nul doute qu’en ayant soin de faire partir et voyager ensemble, et, dans tous les cas, de réunir dans un même lieu des émigrants d’une même contrée, on ne diminue notablement les inconvénients et les épreuves toujours si pénibles du premier établissement, et par suite la ré-
pugnance de beaucoup de cultivateurs pour lexpatriation ; nul doute qu'on n'accroisse ainsi, dès le début, le nombre des colons honnêtes, possédant des ressources, car ces hommes seront bien plus disposés à abandonner leur clocher et à risquer leur pelit avoir en Algérie, lorsqu'ils sauront y trouver des pays, peut-être même des voisins, des amis, des parents, que tant qu'ils seront dans l'incertitude sur leurs futurs compagnons. C’est là ce qui explique les nombreuses émigrations de nos Basques dans Uruguay.
Toutefois cette combinaison, admise comme règle absolue, ne serait pas sans inconvénients. L'Algérie est un pays neuf pour tous les émigrants européens, mais à un degré variable, suivant la contrée d’où ils sortent. On peut donc s'attendre à ce qu'il y aura plus ou moins de bévues, plus ou moins de fautes commises, dans la culture, pendant les premières années. Mais il est évident que ce seront surtout les gens du nord qui auront une longue et dure école à faire. Qu'on suppose, par exemple, des Suisses ou des Alsaciens composant exclusivement la population d'un village ou de tous les villages environnant un centre. D'abord cette population, venue de pays si différents de l'Algérie, w’apprendra qu à ses dépens Îles règles d'hygiène nécessaires dans toutes les contrées chaudes ; de plus, elle cultivera absolument comme elle cultivait en Suisse ou en Alsace. Cette hypothèse s’est déjà réalisée, et J'en ai vu des exemples à Bouffarik et dans le Sahel.
On obvierait sans doute un peu à cet inconvénient
PARTIE LI. — COLONISATION. 361 très grave, qui pourrait même compromettre pendant longtemps le succès de la colonisation, en plaçant, dans chaque centre, un directeur ou inspecteur des cultures, qui serait chargé de faire connaitre aux colons les précautions hygiéniques et les points principaux de la culture algérienne, les plantes les plus importantes, les divers procédés de culture, les époques de semailles et de récolte, ete. Cela pourrait encore se faire par des instructions claires et détaillées, répandues parmi les colons. Mais tout cela, bon pour l'homme instruit, est complétement insuffisant pour le paysan. Il lui faut nécessairement l'exemple; il faut parler à ses yeux et non à son intelligence. Quelques fermes-modèles, disséminées dans le pays, pourront ètre fort utiles, en supposant qu'elles soient bien dirigées, ce qui est encore problématique. Mais ces élablissements n'agiront au loin que sur les colons instruits. Leur action sur le paysan ne s'étendra pas au delà d'un rayon restreint. C’est dans son village même que celui-ci doit trouver ses modèles ; et c’est ce qui aura lieu, d'une manièré incomplète sans doute, mais suffisante pour lui épargner les plus grosses erreurs, si l'on a soin de placer dans chaque village, à côté des gens du nord, un certain nombre de colons du midi, français, italiens ou espagnols , mais toujours venus d’une contrée où croit l'olivier.
Ce système offre, en outre, le seul moyen de franciser promptement les étrangers que la colonisation amènera en Algérie, et de donner à notre population
coloniale, malgré la diversité des origines, une cer taine homogénéité qui me parait une condition importante pour les diverses éventualités auxquelles peut ètre soumise l'Algérie.
Je crois done qu'on devra modifier le principe en ce sens que, tout en ayant soin de réunir dans un village beaucoup de familles de même origine, on n'en formera cependant pas la population exclusive, mais la moitié, ou tout au plus les deux tiers de l'ensemble. Ainsi, une commune de soixante-quatorze feux pourrait recevoir, par exemple, 58 à 42 familles alsaciennes, franc-comtoises ou lorraines, et 32 à 56 familles provençales, languedociennes ou mahonaises.
Pour arriver à cette francisation dont je viens de parler, il serait bon de ne placer avec les Suisses, les Allemands et même les Alsaciens que des méridionaux français, et avec les Espagnols, des Français du nord.
Ce mélange de deux populations fixées à côté l’une de l'autre dans le même village, et néanmoins toutes deux compactes, pourra sans doute présenter des inconvénients, donner lieu à des rixes, des haines, surtout là où il y aura des Espagnols qui, par cette raison, ne devront jamais former la majorité. Il est à croire, néanmoins, que la communauté des dangers et des intérêts, et de bonnes mesures administratives, feront taire la plupart des dissidences, dans le début. Plus tard, une fusion sétablira, cimentée par des
PARTIE III, —— COLONISATION. 363 unions, par la communauté de religion et par celle de l'instruction donnée aux enfants.
Je viens de mentionner la communauté de religion. Je crois, en effet, qu'il importe de ne placer, dans un mème village, que des colons d’une même croyance.
A bien considérer, ce ne serait done autre chose que la seconde combinaison, des colons isolés, accueillis individuellement, mais formant agrégation, non-seulement, comme l'indique le titre, par la communauté des intérêts et l'effet des mesures administratives, mais encore par la communauté d’origine d'une partie des habitants de chaque village.
La première combinaison suppose des émigrations en masse. Mais, outre que le gouvernement ne peut en aucune manière les provoquer, elles présentent tant d'inconvénients, qu'en eüt-il le pouvoir, il ne devrait pas en user.
Ainsi done, émigrations isolées, mais qu'on pourra rendrenombreuses dans les circonstances convenables, par des circulaires faisant connaitre l'état des choses et les avantages qu’assure le gouvernement aux colons, de mème que par des secours de route; réunion, dans les villages, d’un certain nombre de familles de même origine.
Tout cela est praticable, facile. La dernière mesure offre d'autant moins de difficultés que le lieu d'arrivée de presque tous les colons est Alger, et qu'ils peuvent ètre dirigés de là sur tous les points désignés par ladministralion.