PARTIE III, — 6OLONISATION
rables du morcellement indéfini et de l'enchevêtrement que notre Code, trop vanté peut-être, loin d'empêcher, favorise.
Nous avons en France beaucoup d'immeubles qui, par leur nature mème, sont éndivis : tels sont les maisons et les usines. Personne ne trouve mauvais qu'on ne puisse vendre un bout de maison, une portion de moulin ou de fabrique. Les colons finiraient sans doute par s’habituer également à considérer leurs lots comme des immeubles compactes et indivisibles.
Cependant, comme une loi pareille aurait nécessairement pour résultat de rendre les mutations plus difficiles, plus rares, et d'empêcher notamment les échanges entre colons, pour remédier aux fautes plus ou moins nombreuses qui auraient pu être commises dans le lotissement, je n’en conseillerais pas l’adoption. Mais ce que je demande, c’est qu’on ne voie pas s'introduire en Afrique ces faits déplorables qui se reproduisent journellement en France, et que nos lois permettent par un respect exagéré pour la propriété, comme, par exemple, dix enfants se partageant en autant de parcelles chacune des dix, quinze ou vingt pièces de terres laissées par leur père.
Comme je l'ai déjà dit, il me paraît indispensable de fixer un minimum et certaines conditions à la division. Un hectare devrait être ce minimum pour tout terrain non arrosé, c’est-à-dire qu'il devrait être interdit de vendre des pièces ou de diviser l'héritage en parcelles qui n'auraient pas cette étendue,
Toute pièce ou portion de pièce, pour être acquise isolément par vente ou héritage, devrait, en outre, donner sur un chemin.
Du reste, les règlements financiers offrent un moven non moins efficace et beaucoup plus en harmonie avec nos mœurs, non-seulement pour prévenir le morcellement, mais encore pour favoriser la conservation intégrale des lots. C’est aussi dans ces règlements que j'aperçois le seul remède à l’effrayant morcellement et enchevètrement des terres en France. Les mesures efficaces ne manqueront pas du jour où notre administralion financière ne bornera plus son immense pouvoir à tondre le plus complétement possible, mais s'occupera aussi un peu des moyens de faire croitre la laine‘.
(1) Qu’on me permette de citer un exemple pour mieux rendre ma pensée. On s’évertue depuis longtemps à rechercher les moyens de supprimer les étangs de pêche qui couvrent, en France, près de 200 mille hectares, et qui sont, pour une étendue vingt fois plus ‘grande, c’est-à-dire pour 4 millions d’hectares, une cause déplorable d’insalubrité. La Convention, par ses décrets, n’a rien obtenu, et aujourd’hui les enquêtes de commodo et incommodo n’empêchent pas de nouveaux étangs de se créer journellement, Il y a longtemps que j'ai proposé un moyen qui, de l’aveu de beaucoup de propriétaires d’étangs avec lesquels j’en avais conféré, aurait amené, sans secousses et sans bouleversements ruineux, la suppression de la plupart des étangs de pêche. C’était tout simplement de les placer, sur le cadastre et pour les impôts, sur la même ligne que les terres de première classe ou même que les jardins. J’avais aussi proposé quelque chose d’analogue pour les 500 mille hectares de marais qui empestent encore le territoire de la France, ainsi que pour prévenir le déboisement et arriver au reboisement d’une partie de ces montagnes nues dont l'étendue s’accroit dans une proportion effravante,